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ÉLIEN

HISTOIRES DIVERSES

LIVRE NEUVIÈME.

1. Caractère d'Hiéron. - 2. De la victoire de Taurosthène. - 3. Luxe d'Alexandre. - 4. De Polycrate et d'Anacréon. - 5. D'Hiéron et de Thémistocle. - 6. De Périclès. - 7. Égalité d'âme de Socrate. - 8. Juste punition des excès de Denys le jeune. - 9. Du luxe de Démétrius. - 10. Du mépris de Platon pour la vie. - 11. Du peintre Parrhasius. - 12. Conduite des Romains et des Messéniens à l'égard des Épicuriens. - 13. De la gourmandise et de l'embonpoint excessif de Denys. - 14. De la maigreur de Philétas. - 15. D'Homère. - 16. De l'Italie. - 17. De la vanité de Démosthène. - 18. De Thémistocle. - 19. De Démosthène et de Diogène - 20. D'Aristippe. - 21. Mot de Théramène. - 22. Philosophes qui s'appliquèrent à la médecine. - 23. D'Aristote malade. - 24. De la mollesse de Smindyride. - 25. Conduite de Pisistrate envers les Athéniens. - 26. De Zénon et d'Antigonus. - 27. Naïveté d'un Lacédémonien. - 28. Mot de Diogène. - 29. Socrate, au-dessus de la crainte et de l'intérêt. - 30. Prévoyance d'Anaxarque. - 31 . Mort subite d'un athlète vainqueur. - 32. De la statue de Phryné, et de celles des chevaux de Cimon. - 33. Réponse d'un jeune homme à son père. - 34. Mot de Diogène. - 35. Orgueil d'Antisthène. - 36. D'Antigonus et d'un joueur de lyre. - 37. Plaisanterie d'Anaxarque au sujet d'Alexandre. - 38. De la lyre de Pâris. - 39. Passions insensées. - 40. Usage des Carthaginois. - 41. De Pausanias et de Simonide. - 42. D'Artaxerxe et de Darius.

1. Caractère d'Hiéron.

HIÉRON de Syracuse aimait singulièrement les Grecs, et faisait grand cas de la science. Naturellement libéral, il était plus prompt à donner que ceux qui demandaient n'étaient empressés à recevoir. Son âme était trop élevée pour s'abaisser jusqu'à la défiance. Il vécut avec ses trois frères dans l'union la plus intime; union réciproque, que les soupçons ne troublèrent jamais.
Simonide et Pindare passèrent avec Hiéron une partie de leur vie : le premier, quoique déjà appesanti par les années, n'avait pas hésité à se rendre auprès de lui; la réputation de générosité que le tyran de Syracuse avait si justement acquise, était un attrait puissant pour le vieillard de Céos, qui, dit-on, aimait passionnément l'argent (01).

2. De la victoire de Taurosthène.

QUELQUES écrivains racontent (02) que le jour même où Taurosthène remporta la victoire aux jeux olympiques, son père en fut instruit par un spectre qui lui apparut. D'autres disent que Taurosthène avait emporté avec lui un pigeon, dont les petits à peine éclos n'avaient point encore de plumes, et que l'ayant lâché dans le moment où il fut déclaré vainqueur, après lui avoir attaché au col un morceau d'étoffe pourpre, le pigeon vola vers ses petits avec tant de vitesse, qu'en un jour il arriva de Pise à Égine (03).

3. Luxe d'Alexandre.

On peut dire que ce fut Alexandre lui-même qui amollit ses favoris, en souffrant qu'ils s'abandonnassent au luxe. Agnon portait des souliers garnis de clous d'or (04). Lorsque Clitus avait à parler de quelque affaire, il recevait, en se promenant sur des tapis de pourpre (05), ceux avec qui il devait la traiter. Perdiccas et Cratère, grands amateurs de la gymnastique, avaient toujours, parmi leurs bagages, assez de peaux pour couvrir l'étendue d'un stade, dont ils formaient dans le camp une vaste enceinte, pour s'y livrer aux différents exercices : à leur suite marchaient des chevaux chargés de sacs de poussière, pour le combat de la lutte (06). Léonnatos et Ménélas, qui aimaient la chasse, faisaient porter avec eux une ample provision de toile : il y en avait de quoi entourer un espace de cent stades.
La tente d'Alexandre pouvait contenir cent lits : cinquante colonnes dorées soutenaient un plafond pareil, dont le travail était aussi varié que précieux. Autour de la tente, en dedans, on trouvait d'abord cinq cents Perses, vêtus de robes couleur pourpre et jaune, on les nommait Mélophores (07); après eux, un corps de mille archers, vêtus de robes mi-parties couleur de feu et d'une autre couleur tirant sur le rouge : ils étaient précédés de cinq cents Macédoniens, portant des boucliers d'argent. Au milieu de la tente, s'élevait un trône d'or, sur lequel le roi, environné de ses gardes, venait s'asseoir pour donner ses audiences. En dehors, et dans toute la circonférence, on avait ménagé un espace toujours garni de mille Macédoniens et dix mille Perses. Personne n'osait entrer sans permission chez Alexandre : sa fierté naturelle, et l'orgueil tyrannique que les succès y avaient ajouté, inspiraient la terreur.

4. De Polycrate et d'Anacréon.

POLYCRATE, ami déclaré des Muses, faisait grand cas d'Anacréon : il aimait également sa personne et ses vers. Mais je ne puis approuver, dans le tyran de Samos, le trait de faiblesse que je vais rapporter. Anacréon ayant eu occasion de parler de Smerdias, objet de la tendresse de Polycrate, l'avait loué avec la plus grande chaleur. Le jeune homme, flatté des éloges du poète, s'attacha fortement à lui. Qu'on ne s'avise pas d'en conclure rien d'odieux contre les moeurs du poète de Téos : par les dieux ! il aimait en Smerdias les qualités de son âme, et rien de plus. Cependant Polycrate, jaloux de l'honneur qu'Anacréon avait fait à Smerdias, non moins jaloux de l'union qui s'était formée entre eux, fit raser la tête du jeune homme, autant pour l'humilier que pour causer du déplaisir au poète. Mais Anacréon fut assez maître de lui-même pour feindre prudemment qu'il ne s'en prenait point à Polycrate : il mit cette action sur le compte de Smerdias, et lui reprocha d'avoir fait une sottise, en osant s'armer lui-même contre sa chevelure. Qu'Anacréon chante donc les vers qu'il a faits sur la perte des cheveux de Smerdias; il les chantera mieux que moi (08).

5. D'Hiéron et de Thémistocle.

HIÉRON étant venu à Olympie, pendant la célébration des jeux, pour y disputer le prix de la course des chevaux, Thémistocle empêcha qu'il n'entrât en lice : "Il n'est pas juste, dit-il, que celui qui n'a point partagé les dangers de la Grèce (09) ait part à ses jeux." Et. Thémistocle fut approuvé.

6. De Périclès.

ON a vu Périclès, lorsque la peste lui ravit ses enfants, supporter ce malheur avec la plus grande fermeté : son exemple apprit aux Athéniens à souffrir courageusement la perte de ce qu'ils avaient de plus cher.

7. Égalité d'âme de Socrate.

XANTHIPPE avait coutume de dire, qu'au milieu des troubles qui agitaient sans cesse la république, elle n’avait jamais remarqué aucun changement sur le visage de Socrate, soit lorsqu'il sortait de chez lui, soit quand il y rentrait. C'est que Socrate était préparé à tous les événements : un fond de gaieté naturelle le défendait des atteintes de la tristesse, et l'élévation de son âme le mettait au-dessus de la crainte.

8. Juste punition des excès de Denys le jeune.

DENYS le jeune, en arrivant dans la ville des Locriens (c'était la patrie de Doris sa mère), commença par s'emparer des maisons des citoyens les plus puissants. Bientôt, par son ordre, ces maisons furent jonchées de roses, de serpolets, et d'autres fleurs de différentes espèces, pour y recevoir les filles des Locriens qu'il se faisait amener, comme des victimes destinées à satisfaire son incontinence. Un tel excès ne demeura pas impuni. Lorsque Denys eut été chassé du trône par Dion (10), les Locriens prostituèrent la femme et les filles du tyran : ces malheureuses essuyèrent les traitements les plus honteux, principalement de la part de ceux qui avaient des liaisons de parenté ou d'alliance avec les filles que Denys avait déshonorées. Quand on fut las de les outrager, on les fit mourir, après leur avoir enfoncé de longues aiguilles sous les ongles des mains; leurs os furent broyée dans des mortiers : quiconque refusait de manger des chairs qu'on en avait séparées, était dévoué aux Furies. Enfin, ce qui resta de leurs corps fut jeté dans la mer. Pour Denys, il alla chercher un asile à Corinthe : après avoir essayé de tous les genres de vie, reduit à une extrême misère, il finit par se faire prêtre de Cybèle (11). Dans ce nouvel état, il quêtait, au nom de la déesse, en jouant du tambour et dansant au son de la flûte : c'est ainsi qu'il termina sa carrière.

9. Du luxe de Démétrius.

DÉMÉTRIUS Poliorcète (12) se rendit maître d'un grand nombre de villes, et des contributions exorbitantes qu'il eut la dureté d'en exiger, il se fit un revenu annuel de douze cents talents. Une très petite partie de cette somme était employée pour l'entretien de son armée; le reste servait à payer ses plaisirs. Tout était parfumé chez lui, jusqu'au pavé de son appartement, qu'on avait soin, d'ailleurs, de joncher des fleurs nouvelles que produit chaque saison de l'année, afin qu'il ne marchât que sur des fleurs. Son penchant à l'amour était extrême, et ne se bornait pas aux femmes. Le soin de sa figure était pour lui une occupation sérieuse : ce n'était pas assez que ses cheveux fussent toujours arrangés avec art; il avait le secret de les rendre blonds (13), comme il savait, par le secours de l'acanthe, donner à ses joues une teinture rouge. Je n'entrerai point dans le détail des drogues de toute espèce dont ce fastueux efféminé faisait usage.

10. Du mépris de Platon pour la vie.

COMME l'Académie passait pour un lieu malsain, les médecins conseillèrent à Platon d'aller s'établir au Lycée : "Je n'en ferai rien, leur répondit le philosophe; je n'irais pas même habiter le sommet du mont Athos, quand je serais certain de prolonger ma vie au-delà du plus long terme que les hommes aient jamais pu atteindre (14)".

11. Du peintre Parrhasius.

LE peintre Parrhasius (15) portait des habits de pourpre et une couronne d'or. C'est un fait attesté par différents écrivains, et par les inscriptions mêmes de ses tableaux (16). S'étant un jour présenté pour disputer le prix, dans l'île de Samos, il rencontra un concurrent qui ne lui était pas inférieur, et qui l'emporta sur lui (17). Le tableau de Parrhasius représentait le combat d'Ajax et d'Ulysse, se disputant les armes d'Achille. Comme un de ses amis lui témoignait la part qu'il prenait à son malheur: "Je suis, répondit Parrhasius, peu touché de ma défaite; mais je plains le sort du fils de Télamon, qui se trouve vaincu pour la seconde fois en combattant pour les mêmes armes. " Parrhasius portait un bâton orné de filets d'or, qui l'entouraient en serpentant : des cordons du même métal serraient les oreilles de sa chaussure autour de ses pieds. Au reste, l'exercice de son art n'avait rien de triste ni de fatigant pour lui : comme il le cultivait par goût, il s'y livrait avec plaisir. Souvent même il égayait son travail, en chantant ou en répétant quelque air à demi-voix. C'est de Théophraste que nous tenons ces détails.

12. Conduite des Romains et des Messéniens à l'égard des Épicuriens.

LES Romains bannirent de leur ville Alcée et Philisque, sectateurs d'Épicure, parce qu'ils avaient inspiré à la jeunesse le goût des voluptés criminelles. Les Messéniens traitèrent de même tous les Épicuriens.

13. De la gourmandise et de l'embonpoint excessif de Denys.

DENYS d'Héraclée (18), fils du tyran Cléarque, par une suite de sa gourmandise habituelle et de la mollesse dans laquelle il vivait, parvint, dit-on, insensiblement à un tel excès d'embonpoint et de graisse, que l'énorme volume de son corps, et la masse de chair dont il était chargé, lui ôtaient la liberté de la respiration. Pour le guérir de cette maladie, les médecins ordonnèrent qu'on fît faire des aiguilles menues, mais très longues, et qu'on les lui enfonçât dans les côtés et dans le ventre, lorsqu'il tomberait dans un sommeil trop profond. Ils prirent eux-mêmes le soin d'administrer le remède. Tant que l'aiguille ne perçait que des chairs insensibles, et en quelque façon étrangères au corps de Denys, il était immobile comme une pierre; mais dès qu'elle avait atteint le point où commençait son vrai corps, où sa chair n'était plus embarrassée de cette graisse superflue, il sentait la piqûre, et se réveillait. Quand quelqu'un se présentait pour traiter d'affaires avec lui, il s'enfermait dans une espèce de boîte, d'autres disent dans une petite tour, qui couvrait tous ses membres, à l'exception de la tête qui passait au-dessus; et c'est ainsi qu'il donnait ses audiences. Quel manteau, grands dieux ! on le prendrait moins pour le vêtement d'un homme, que pour la loge d'une bête féroce.

14. De la maigreur de Philétas.

PHILÉTAS de Cos (19) était si grêle et si faible, qu'au moindre choc il tombait par terre. Comme le vent, pour peu qu'il eût été violent, aurait pu le renverser, on dit qu'il avait la précaution de porter des chaussures garnies d'une semelle de plomb. Conçoit-on qu'un homme qui ne pouvait résister au vent, eut la force de traîner une chaussure si pesante ? Pour moi, je n'en crois rien; mais je raconte ce que j'ai ouï dire.

15. D'Homère.

LES Argiens donnaient à Homère le premier rang en tout genre de poésie : ils ne mettaient tous les autres poètes qu'après lui. Dans les libations qui précédaient les festins qu'ils donnaient à leurs hôtes, ils invoquaient conjointement Apollon et Homère. On ajoute un fait, confirmé d'ailleurs par le témoignage de Pindare, savoir, qu'Homère se trouvant si pauvre qu'il n'avait pas de quoi marier sa fille, lui donna pour dot son poème intitulé les Cypriaques (20).

16. De l'Italie.

LES Ausoniens furent les premiers habitants de l'Italie : ils étaient autochtones. On dit que très anciennement il exista dans ce pays un certain Marès (21), qui depuis la tête jusqu'à la ceinture était homme, et avait une croupe de cheval. Le mot Marès, ajoute-t-on, répond au mot grec qui signifie, à moitié cheval. Pour moi, je suis persuadé qu'on crut Marès un composé des deux espèces, parce qu'il osa le premier monter un cheval et lui mettre un frein. Une autre circonstance qui me paraît incroyable et que je regarde comme une fable, c'est que Marès vécut cent vingt-trois ans, qu'il mourut trois fois, et que trois fois il revint à la vie.
On prétend qu'il n'y a point de contrée qui ait été habitée par autant de diverses nations, que l'Italie. Plusieurs causes ont pu y contribuer. : la température du climat, dans les différentes saisons; la bonté du sol, naturellement propre à porter toutes sortes de fruits, et fertilisé par les ruisseaux qui l'arrosent; la graisse de ses pâturages; les fleuves qui la traversent; une mer tranquille dont elle est environnée; enfin un grand nombre de ports et d'anses, où les vaisseaux peuvent aborder et relâcher en sûreté : mais par-dessus tout, le caractère doux et humain des habitants invitait les étrangers à venir s'y établir. Aussi a-t-on compté autrefois dans l'Italie jusqu'à onze cent quatre vingt dix sept villes.

17. De la vanité de Démosthène.

ON ne peut nier, ce me semble, que Démosthène ne fût ridiculement vain, s'il est vrai, comme on le dit, que quand il entendait des porteurs d'eau parler de lui en le voyant passer, il s'en applaudissait avec la plus grande complaisance. Si de pareils personnages étaient capables de donner de la vanité à Démosthène, que devait-il éprouver, lorsqu'il était applaudi dans l'assemblée du peuple?

18. De Thémistocle.

THÉMISTOCLE, fils de Néoclès, se comparait aux chênes : "Lorsqu'il pleut, disait-il, les hommes, pressés par le besoin de se mettre à couvert, ont recours aux chênes, dont les branches leur forment un abri; mais lorsque le temps est serein, ils arrachent, en passant, ces mêmes branches, les rompent et les brisent."
Thémistocle disait encore, que si on lui montrait deux chemins, l'un qui conduisît aux enfers, l'autre à la tribune aux harangues, il prendrait par préférence le chemin des enfers.

19. De Démosthène et de Diogène.

DIOGÈNE, déjeunant un jour au cabaret, aperçut Démosthène qui passait dans la rue : il l'appela; et comme l'orateur ne se rendait point à l'invitation : "Eh quoi, ajouta Diogène, auriez-vous honte d'approcher d'un lieu où votre maître ne dédaigne pas d'entrer tous les jours ?" Il voulait parler du peuple en général, et de chaque citoyen en particulier. C'était dire que les orateurs, ainsi que tous ceux qui, par état, haranguent le peuple, sont les esclaves de la multitude.

20. D'Aristippe.

PENDANT un voyage qu'Aristippe faisait par mer, il s'éleva une tempête qui lui causa une frayeur extrême. Un de ceux qui étaient dans le vaisseau, lui dit : « Comment donc Aristippe, et vous aussi, vous avez peur comme le vulgaire! " - "Oui certes, répondit le philosophe; et ce n'est pas sans raison. Vous ne risquez ici, vous autres, qu'une misérable vie, qui ne vous en est pas moins chère; celle que je risque est parfaitement heureuse (22)."

21. Mot de Théramène.

THÉRAMÈNE était à peine sorti d'une maison dans laquelle il était entré, que la maison s'écroula. Les Athéniens vinrent en foule le féliciter sur le bonheur singulier qu'il avait eu d'échapper au danger; à quoi il fit une réponse qui dut surprendre tout le monde : "Ô Jupiter ! dit-il, pour quel temps me réservez-vous ?" Presque aussitôt après, les trente tyrans le firent périr en le condamnant à boire de la ciguë (23).

22. Philosophes qui s'appliquèrent à la médecine.

LES disciples de Pythagore faisaient, dit-on, une étude particulière de la médecine; Platon s'y livra de même avec la plus sérieuse application, ainsi qu'Aristote fils de Nicomaque, et un grand nombre d'autres.

23. D'Aristote malade.

ARISTOTE, étant malade, fut visité par son médecin, qui lui donna je ne sais quelle ordonnance. "De grâce, lui dit le philosophe, ne me traitez pas comme un bouvier ou comme un manoeuvre : commencez par me dire ce qui vous détermine pour tel remède; après quoi, vous me trouverez prêt à vous obéir." C'était avertir son médecin de ne lui rien ordonner sans de bonnes raisons.

24. De la mollesse de Smindyride.

SMINDYRIDE (24) de Sybaris porta si loin l'excès de la mollesse qu' il surpassa tous ses concitoyens, qui faisaient cependant de la recherche des voluptés et des délices de la vie, leur unique occupation. Un jour qu'il avait couché et dormi sur des feuilles de roses, il se leva, en se plaignant que la dureté de son lit lui avait causé des ampoules. Certainement Smindyride n'aurait couché ni à terre, ni sur de la paille, ni sur les gazons d'un coteau, ni, comme Diomède, sur une peau de taureau, lit bien convenable d’un robuste et valeureux guerrier. Ce héros, dit Homère, couchait sur la peau d'un taureau (25).

25. Conduite de Pisistrate envers les Athéniens.

PISISTRATE, pendant qu'il exerça l'autorité souveraine, avait coutume d'envoyer chercher les citoyens qui restaient oisifs dans les places publiques, et de demander à chacun d'eux pourquoi il était ainsi désoeuvré : "Auriez-vous, disait-il, perdu vos boeufs de labourage ? recevez-en d'autres de moi, et allez travailler. Manquez-vous de grain pour ensemencer vos terres ? je vais vous faire donner du mien." Pisistrate craignait que l'oisiveté ne réveillât dans l'esprit de ses concitoyens l'idée de se soulever contre lui (26).

26. De Zénon et d'Antigonus.

LE roi Atigonus (27) témoignait à Zénon de Cittium (28) la plus haute estime. Un jour que ce prince avait bu outre mesure, il alla trouver Zénon : après l'avoir serré entre ses bras (ces sortes de caresses sont familières aux gens ivres), il le pria de lui demander quelque chose, protestant et jurant avec la légèreté d'un jeune homme, qu'il lui accorderait sa demande. "Eh bien, repartit Zénon, allez vous en, et vomissez." Par ce mot, il fit sentir en même temps au roi, avec autant de fermeté que de sagesse, et la honte de l'état où le vin l'avait réduit, et le risque qu'il courait de mourir de plénitude.

27. Naïveté d'un Lacédémonien.

QUELQU'UN tançait un paysan de Lacédémone, sur ce que, dans l'excès de sa douleur, il s'abandonnait immodérément aux larmes. "Que voulez-vous que j'y fasse, répondit naïvement le Lacédémonien ? ce n'est pas ma faute : j'ai le cerveau humide; c'est mon tempérament (29)."

28. Mot de Diogène.

UN Spartiate citait avec éloge ce vers d'Hésiode : Un boeuf ne mourrait pas, si on n'avait pas un mauvais voisin (30). Diogène, qui l’entendit, lui fit cette réponse : "Cependant les Messéniens ont péri avec leurs boeufs et vous êtes leurs voisins (31)."

29. Socrate, au-dessus de la crainte et de l'intérêt.

SOCRATE retournait chez lui après souper, assez avant dans la nuit. De jeunes libertins l'ayant su, se placèrent en embuscade sur son chemin, avec des flambeaux allumés et des masques de Furies. Ils étaient dans l'usage, eux et leurs semblables, d'abuser de leur loisir pour jouer de mauvais tours aux passants. Socrate les vit sans en être troublé : il s'arrêta, et se mit à leur faire des questions, telles qu'il en faisait ordinairement aux jeunes gens qui venaient l'écouter dans le Lycée ou dans l'Académie.
Alcibiade envoya un jour des présents considérables à Socrate, aux yeux de qui il était jaloux d'étaler sa magnificence. Xanthippe vit les présents avec complaisance; et comme elle témoignait un grand désir de les accepter :
"Non, lui dit Socrate; disputons plutôt de générosité avec Alcibiade, en nous obstinant à refuser ses dons. " Quelqu'un lui disant, qu'on est heureux d'obtenir le qu'on désire : - "On est encore plus heureux, repartit Socrate, de ne rien désirer. "

30. Prévoyance d'Anaxarque.

ANAXARQUE (32), qui accompagnait Alexandre dans ses expéditions, prévoyant aux approches de l'hiver, que le prince irait établir son camp dans un lieu où il n'y avait point de bois, laissa tous ses bagages dans celui qu'on devait quitter, et fit charger de bois ses chariots. Lorsque l'armée fut arrivée au nouveau camp, la disette de bois se trouva telle, qu'on fut obligé de brûler les lits d'Alexandre pour lui faire du feu : mais le prince ayant su qu'il y en avait chez Anaxarque, il alla le trouver, et se fit oindre dans sa tente. Il apprit alors quelle précaution Anaxarque avait prise pour ne pas manquer de bois : il loua beaucoup sa prévoyance, et lui paya son feu avec usure, en lui donnant le double de ce qu'il avait perdu en vêtements et en différents effets.

31. Mort subite d'un athlète vainqueur.

UN athlète de Crotone venait de remporter la victoire aux jeux olympiques : déjà il allait vers les hellanodices (33) pour recevoir la couronne, lorsque, frappé subitement d'épilepsie, il tomba mort.

32. De la statue de Phryné, et de celles des chevaux de Cimon.

LES Grecs érigèrent, dans le temple de Delphes, une statue d'or à la courtisane Phryné (34) sur une colonne fort élevée. Quand je dis les Grecs, je n'entends pas toute la nation: je n'ai garde de vouloir inculper un peuple entier, pour qui j'ai la plus grande estime; je parle de ceux d'entre les Grecs qui respectaient peu les bienséances. On voyait aussi, dans Athènes, des cavales d'airain qui représentaient au naturel les cavales de Cimon (35).

33. Réponse d'un jeune homme à son père.

UN jeune Érétrien (36) avait longtemps fréquenté l'école de Zénon; à son retour, son père lui demanda ce qu'il avait appris chez le philosophe. "'Vous le verrez," répondit-il. Le père, indigné de la sécheresse de cette réponse, le maltraita : "Vous voyez, lui dit le jeune homme sans s'émouvoir, et maître de lui-même, que j'ai appris à supporter le courroux de mon père."

34. Mot de Diogène.

Diogène étant allé à Olympie, y vit, durant la célébration des jeux, de jeunes Rhodiens superbement vêtus : "Voilà du faste," dit-il en riant. Un moment après, ayant rencontré des Lacédémoniens, portant de mauvaises tuniques sales : "Autre espèce de faste", dit le philosophe.

35. Orgueil d'Antisthène.

SOCRATE s'étant aperçu qu'Antisthène (37) affectait de mettre en vue une partie de son manteau qui était déchirée à force de service : "Ne cesserez-vous point, lui dit-il, de nous montrer votre vanité (38) ?"

36. D'Antigonus et d'un joueur de lyre.

PENDANT qu'un joueur de lyre faisait montre de son talent en présence d'Antigonus, ce prince ne cessait de répéter : "Remontez la dernière corde "; puis, "remontez celle du milieu." Le musicien impatienté : "Prince, lui dit-il, que les dieux vous préservent de posséder mon art mieux que moi (39)" !

37. Plaisanterie d'Anaxarque au sujet d'Alexandre.

ANAXARQUE, surnommé l'eudémonique (40), se moquait de la vanité d'Alexandre qui voulait s'ériger en dieu. Un jour, entre autres, que ce prince était malade, et que son médecin lui avait ordonné une potion : "Tout l'espoir de notre dieu, dit Anaxarque en riant, consiste donc dans l'effet de ce breuvage."

38. De la lyre de Pâris.

COMME Alexandre, se trouvant à Troie, examinait avec la plus grande curiosité tous les objets qui s'offraient à sa vue, un Troyen vint lui montrer la lyre de Pâris : "J'aimerais mieux, lui dit ce prince, voir celle d'Achille (41). " Il désirait avec raison de voir l'instrument sur lequel ce guerrier fameux avait chanté les grands hommes. Pour la lyre de Pâris, quels sons fit-elle jamais entendre ? des sons assortis à ses amours adultères, et qui n'étaient propres qu'à flatter et à séduire des femmes.

39. Passions insensées.

EST-IL quelqu'un qui puisse ne pas convenir que les amours dont je vais parler étaient aussi ridicules qu'incroyables ? Xerxès aimait follement un platane (42). Un jeune Athénien, d'une des familles les plus distinguées de la ville, devint passionnément amoureux d'une statue de la Bonne Fortune qui était dans le prytanée : après l'avoir caressée et serrée dans ses bras, furieux, éperdu, il alla trouver les prytanes, et les conjura de lui vendre la statue, pour laquelle il était prêt à donner une somme considérable. N'ayant pu l’obtenir, il la ceignit de bandelettes, lui mit une couronne sur la tête, la revêtit d'ornements précieux, offrit des sacrifices, puis se donna la mort, en versant un torrent de larmes.
La joueuse de lyre Glanée (43) fut aimée, suivant les uns, par un chien; suivant d'autres, par un bélier, ou par une oie. Un chien se passionna pour un enfant nommé Xénophon, de Soles, ville de Cilicie. On parle d'un geai qui devint amoureux d'un enfant de Sparte parfaitement beau (44).

40. Usage des Carthaginois.

LES Carthaginois avaient toujours deux pilotes sur leurs vaisseaux. Il est absurde, disaient-ils, qu'un vaisseau ait deux gouvernails (45); tandis que le pilote, bien plus utile aux navigateurs, chargé d'ailleurs de diriger toute la manoeuvre, est seul, sans collègue, sans aucun homme qui puisse le remplacer.

41. De Pausanias et de Simonide.

PAUSANIAS, roi de Sparte, se trouvant un jour à table avec Simonide de Céos, le pria de débiter quelque sentence : souvenez-vous que vous êtes homme, lui dit Simonide en riant. Pausanias ne fit aucune attention à ce mot, et n'en profita pas : il était dès lors fortement attaché au parti des Mèdes (46); et fiers de ses liaisons d'hospitalité avec leur roi; peut-être aussi le vin avait-il égaré sa raison. Mais lorsqu'il se vit renfermé dans le temple de Minerve Chalciaeque (47), luttant contre la faim, près de mourir du genre de mort le plus cruel, il se souvint de Simonide : "Hôte de Céos, s'écria-t-il par trois fois, il y avait un grand sens dans votre réponse; aveugle que j'étais, je n'en ai pas connu le prix (48)".

42. D'Artaxerce et de Darius.

LORSQUE Artaxerxe (49) eut fait mourir Darius l'aîné de ses fils, qui avait conspiré contre lui, le second, par l'ordre de son père, se tua lui-même de sa propre épée devant le palais (50).

(01) Voy. le chap. 2 du liv. VIII.
(02) Pausanias, Eliac, II, 9.
(03) Les anciens employaient souvent les pigeons à cet usage; les auteurs de l'antiquité en fournissent plusieurs exemples  : l'ode d'Anacréon, sur la colombe dont il se servait pour porter ses lettres à Bathylle, est connue. Les voyageurs attestent que cet usage s'est conservé jusqu'à présent chez les marchands syriens.
(04) Ce luxe a été quelquefois en usage, même parmi les soldats. Val. Max., liv. IX, c. I.
(05) Cet usage était déjà connu du temps d'Eschyle. Voy. sa tragédie d'Agamemnon,.v. 930.
(06) Les lutteurs se poudraient réciproquement le corps avec cette poussière.
Ille cavis hausto spargit me pulvere palmis, 
Inque vicem fulvae jactu flavescit arenae.

Ovid., Métam., IX, 35.
(07) Ces gardes étaient tirés du corps des dix mille Perses, qui composaient la troupe immortelle. On lit dans Athénée (liv. XII, p. 514) qu'ils portaient une pomme d'or à la pointe de leur lance : c'est probablement de là que leur est venu le nom de Mélophores.
(08) Il ne paraît pas que ces vers soient parvenus jusqu'à nous.
(09) Gélon, roi de Syracuse, et son frère Hiéron, avaient refusé de secourir la Grèce, lorsque Xerxès vint l'attaquer. Hérodote, VII.
(10) Ces malheurs n'arrivèrent à Denys que longtemps après que Dion l'eut détrôné. Voy. le chap, 12 du liv. V, et surtout la note 5.
(11) Les prêtres de Cybèle, chez les Grecs, se nommaient Agyrtes ou Métragyrtes; chez les Romains, Galli. Quoique les Anciens eussent beaucoup de vénération pour la mère des dieux, ceux qui étaient spécialement attachés à son service étaient regardés comme des gens vils et méprisables. Denys d'Halic. liv. II, p. 91. 
(12) Ce chapitre se trouve presque en entier dans Athénée, XII, p. 250, avec cette différence qu'Athénée attribue, avec raison, à Démétrius de Phalère ce qu'Élien dit de Poliorcète 
(13) On sait que les Anciens faisaient un cas particulier des cheveux jaunes ou roux; Homère peint Achille, Ménélas, etc. avec une chevelure de cette couleur.
(14) Sur le sommet du mont Athos, il y avait une ville que Méla (II, 2) nomme Acroathos, dont on croyait que les habitants vivaient le double des autres hommes. Pline (V, 2) attribue la longue vie des habitants du mont Athos à l'usage qu'ils faisaient de la chair de vipères.
(15) Parrhasius, né à Éphèse, contemporain et rival de Zeuxis.
(16) On trouve quelques-unes de ces inscriptions dans le liv. XII d'Athénée, c. 10.
(17) Cet adversaire était le peintre Timanthe, si connu par le célèbre tableau du sacrifice d'Iphigénie dans lequel, après avoir épuisé toutes les ressources de l'art, pour peindre sur le visage de ceux qui y assistaient, les différents degrés de la douleur dont ils étaient affectés, et ne sachant plus comment représenter celle d'Agamemnon, il prit le parti de lui envelopper la tête de son manteau.
(18) Denys était contemporain d'Alexandre, et lui survécut plusieurs années.
(19) Philétas, poète célèbre, qui vivait sous les règnes de Philippe, d'Alexandre, et de plusieurs des successeurs de ce prince : il fut précepteur de Ptolémée Philadelphe. Il ne se borna pas à composer des vers hexamètres, comme le dit Élien (liv. X, c. 6); il composa des élégies, des épigrammes, et d'autres espèces de poésies. Suidas.
(20) Cet ouvrage n'existe plus : Hérodote, Aristote, et plusieurs écrivains après eux, ont pensé qu'il n'était pas d'Homère. Fabric. Bibl. Graec., t.1, p. 282.
(21) De toutes les conjectures proposées par les commentateurs pour expliquer le mot Marès, la plus naturelle, peut-être, est celle de Kuhnius, qui le dérive du mot celtique, mar, ou mark, cheval. La ressemblance de cette fable avec celle des centaures peut faire juger qu'elles ont eu la même origine.
(22) La réponse d'Aristippe est conforme à sa doctrine. La jouissance du présent, sans nul désir de ce qu'on ne possède, pas, faisait, selon lui, le vrai bonheur : c'est en pratiquant cette maxime qu'il croyait mener la vie la plus heureuse. Voy. le chap 3 du liv. II.
(23) Théramène était fort zélé pour les intérêts de la république; mais comme il n'était pas ferme dans ses principes, et qu'il favorisait tantôt la démocratie, tantôt l'aristocratie, on le surnomma le Cothurne, par allusion à cette chaussure, qui pouvait se mettre indifféremment au pied droit ou au pied gauche. Plut., Vie de Nicias.
(24) Smindyride vivait peu de temps avant Cyrus. Entre les Dialogues des Morts de M. de Fontenelle, il y en a un, dont Milon et Smindyride sont les interlocuteurs : Milon reproche au Sybarite, qu'il avait passé une nuit sans dormir, à cause que parmi les feuilles de roses, dont son lit était semé, il y en avait une sous lui, qui s'était pliée en deux. M. de Fontenelle a emprunté de Sénèque (de Ira, II, 25) la particularité de la feuille de rose pliée.
(25) Iliad., X, 155.
(26) A cette raison, on pourrait ajouter que comme le tyran avait la dixième partie de toutes les productions de l'Attique, il était de son intérêt que le peuple s' appliquât à la culture des terres (Suidas) : s'il fournissait des boeufs et des grains à ceux qui en manquaient, ce n'était qu'une avance dont il était bien dédommagé.
(27) Antigonus Gonatas.
(28) Cittium, ville de l'île de Chypre, patrie de Zénon.
(29) Cette expression ressemble assez, quoique dans un sens fort différent, au mot de Parménon, dans l'Eunuque de Térence, I, 2, 25 : 
Plenus rimarum sum, hac atque illac perfluo.
(30) Opera et Dies, vers 348.
(31) Les Lacédémoniens les avaient vaincus et chassés du Péloponnèse. Voy. le chap. I du liv. VI.
(32) Voy. le chap. 37.
(33) Les hellanodices étaient les juges des jeux olympiques : leur nombre, qui était ordinairement de dix, a quelquefois varié, selon que le nombre des tribus éléennes était plus on moins grand. Leurs fonctions ne se bornaient pas à donner la couronne aux vainqueurs; ils étaient chargés de châtier les athlètes qui péchaient contre les lois des jeux. Pausanias, Eliac., I, 9.
(34)  Phryné, célèbre courtisane, née à Thespies, était si belle, qu'Apelle emprunta ses traits pour peindre sa Vénus sortant des eaux, et que Praxitèle la prit pour le modèle de sa Vénus de Cnide. Quant à la statue de Phryné qu'on voyait à Delphes, elle était de Praxitèle; on lisait au bas cette inscription : Phryné, illustre Thespienne. Athénée, XIII, 6.
(35) Le Cimon dont il s'agit, était père de Miltiade. On éleva un tombeau à ses cavales, on leur érigea même des statues, parce qu'elles avaient remporté trois fois la victoire aux jeux olympiques. Hérodote, VI, 103.
(36) Erétrie, ville de l'île d'Eubée.

(37) Antisthène, fondateur de la secte cynique, et le maître de Diogène. Voy. le c. 16 du liv. X
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(38) Ce mot est rapporté différemment, et peut-être avec pus de sel, par Diogène Laërce. Suivant cet écrivain, Socrate disait qu'il voyait la vanité d'Antisthène à travers les trous de son manteau.
(39) Plutarque (de Fort. Alex.) dit que ce fut à Philippe qu'un joueur de lyre fit cette réponse.
(40) La tranquillité de son âme, et la vie douce qu'il menait, lui avaient mérité ce surnom (Diog Laër., Vie d'Anaxar.). On croit qu'il fut ou l'auteur, ou l'un des principaux partisans, de la secte eudémonique, qui était une branche de la philosophie sceptique. Athénée (VI, 13) ne le traite pas aussi favorablement qu'Élien; il en parle comme d'un des plus lâches flatteurs d'Alexandre.
(41) Stobée (Serm. 48) cite ce mot d'Alexandre, avec une addition qui mérite bien d'être rapportée : "Montrez-moi plutôt celle d'Achille : mais j'aimerais encore mieux voir sa lance que sa lyre".
(42) Voy. le chap 24 du liv. II.
(43) Glaucé vivait sous le règne de Ptolémée Philadelphe, dont elle fut la maîtresse. Hist. des Anim., VIII, II.
(44) Suivant le texte de quelques éditions, l'enfant était fort laid. Toute la fin de ce chapitre, depuis l'alinéa, forme le chap. 6 du liv. I de l'Hist. des Animaux.
(45) La coutume de mettre deux gouvernails aux deux côtés de la poupe d'un vaisseau, est connue par le témoignage de plusieurs auteurs, entre autres, par la Fable 14 d'Hygin, où il est dit, que le navire Argo a cinq étoiles au gouvernail de la droite, et quatre à celui de la gauche.
(46) Voy. le chap. 7 du liv. IV, et la note 3.
(47) Chalciaque, surnom que les Lacédémoniens donnèrent à Minerve, parce que, suivant les uns, elle avait à Sparte un  temple d'airain; suivant les autres, parce que ce temple avait été bâti par les habitants de Chalcis.
(48) Crésus, en pareille circonstances se ressouvint de même de Solon, et  l'appela trois fois à haute voix. Hérodote I, 86.
(49) Artaxerxe Mnémon.
(50) Artaxerxe craignait apparemment un pareil attentat de la part de son second fils et il voulut le prévenir; mais Plutarque plus digne de foi qu'Élien, raconte différemment la mort de ce fils d'Artaxerxe, qu'il nomme Ariaspe. Selon cet écrivain, Ochus, le dernier des fils légitimes d'Artaxerxe, envoyait à son frère Ariaspe messager sur messager, pour l'informer que le roi en voulait à ses jours : Ariaspe, trompé par ces faux avis, ne songea qu'à se soustraire à la fureur supposée de son père, et s'empoisonna.  Plutarque, Vie d'Artaxerce.