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ÉLIEN

HISTOIRES DIVERSES

LIVRE TROISIÈME.

1. Description de Tempé en Thessalie. - 2. Du courage avec lequel Anaxagore supporta la mort de ses fils. - 3. Xénophon soutint courageusement la nouvelle de la mort de son fils. - 4. De Dion apprenant la mort de son fils. - 5. Antigonus ne fut point ému à la vue du cadavre de son fils. - 6. De la grandeur d'âme de Cratès. - 7. De la calomnie. - 8. Un poème valut à Phrynichus le commandement de l'armée athénienne.  - 9. De la puissance de l'amour. - 10. Du choix des amis chez les Lacédémoniens. - 11. De l'âme. - 12. De l'amour chez les Lacédémoniens. - 13. De l'ivrognerie des Tapyriens - 14. De la passion des Byzantins pour le vin. - 15. De la même passion chez les Argiens, les Tirynthiens les Thraces, etc. - 16. Comparaison de Démétrius et de Timothée. - 17. La philosophie n'est point incompatible avec les qualités qu' exige l'administration. - 18. Entretien de Midas et de Silène. - 19. De la querelle d'Aristote avec Platon. - 20. Présents qu'on offrit à Lysandre. - 21 . De la grandeur d'âme de Thémistocle. - 22. De la piété d'Énée, et de la commisération des Grecs pour les Troyens. - 23. D'Alexandre. - 24. Goût de Xénophon pour le beau. - 25. De Léonidas et des trois cents Lacédémoniens. - 26. Du tyran Pindare. - 27. De Platon, et comment il fut déterminé à s'appliquer à la philosophie. - 28. Comment Socrate réprima l'orgueil d'Alcibiade. - 29. De la pauvreté et de l'orgueil de Diogène. - 30. De la continence de quelques anciens. - 31 . Du peintre Nicias. - 32. D'Alexandre apprenant à jouer de la lyre. - 33. De Satyrus le joueur de flûte. - 34. Loi commune aux Lacédémoniens et aux Romains.  - 35. Il n'était pas permis de rire dans l'Académie. - 36. Pourquoi Aristote se retira d'Athènes. - 3 7. Loi de Céos sur les vieillards. - 38. Particularités de l'histoire d'Athènes. - 39. De la première nourriture de quelques peuples. - 40. Des satyres et des silènes. - 41 . Divers surnoms de Bacchus. - 4 2. De quelques femmes devenues furieuses. - 43. D'un joueur de lyre tué par les Sybarites. - 44. De trois jeunes gens qui allaient à Delphes. - 45. Oracle rendu à Philippe. - 46. Loi des Stagirites. - 47. De Timothée, et de quelques autres grands hommes.


1. Description de Tempé en Thessalie.

ESSAYONS maintenant de peindre et de décrire le lieu nommé Tempé, en Thessalie. Tel est, de l'aveu de tout le monde, l'avantage de la parole, quand elle est employée avec énergie, qu'elle peut, aussi bien que la main du plus fameux artiste, rendre sensibles toutes sortes d'objets.
Il est une contrée entre l'Olympe et l'Ossa, montagnes d'une hauteur prodigieuse, et qu'il semble que les dieux n'aient séparées l'une de l'autre, que pour ménager entre elles un espace de la longueur de quarante stades, sur un plèthre (01) de largeur en quelques endroits, un peu plus dans d'autres. Au milieu coule le Pénée, que d'autres fleuves grossissent dans son cours, en confondant leurs eaux avec les siennes. Là, sont mille réduits, variés à l'infini; ouvrages non de l'art, mais de la nature, qui se plut à embellir ce canton, quand ses mains le formèrent. Le lierre y croit en abondance, et y devient extrêmement touffu : tel que la vigne ambitieuse, il embrasse en serpentant les arbres les plus hauts, et prend racine sur leur écorce. Le smilax (02), qui n'y est pas moins commun, s'élève sur le coteau, et de son ombre couvre tellement les rochers, qu'on ne voit plus qu'un tapis de verdure, qui flatte agréablement la vue. La plaine et les vallées sont semées de différents bocages : partout, des asiles charmants, où les voyageurs peuvent, pendant l'été, se mettre à l'abri de la chaleur et goûter délicieusement le frais. Les fontaines, les ruisseaux d'eau fraîche y coulent de tous côtés : ces eaux, très agréables à boire, ont encore, dit-on, l'avantage d'être salutaires à ceux qui s'y baignent, et de fortifier leur santé. Des oiseaux du plus mélodieux ramage, dispersés çà et là, charment les oreilles : ils escortent, en chantant, le voyageur, qui marche sans se lasser, et ne sent plus que le plaisir d'entendre ce doux concert.
Les réduits, les lieux de repos dont je viens de parler, se trouvent sur les deux rives du Pénée, qui traverse la vallée de Tempé, roulant ses eaux lentement et sans bruit; on croirait voir couler de l'huile. Les arbres nés sur les bords du fleuve, joignant ensemble leurs rameaux, forment un ombrage épais, qui, pendant la plus grande partie du jour, le garantit des ardeurs du soleil, et procure aux navigateurs une fraîcheur agréable. Tous les peuples du voisinage se réunissent dans ce lieu; ils y offrent des sacrifices, et tiennent des assemblées, qui se terminent par des festins. Comme, en immolant les victimes, on brûle sans cesse des parfums, il est aisé de juger que les voyageurs et ceux qui naviguent sur le Pénée, respirent continuellement les plus douces odeurs. Ainsi ce lieu est consacré par les hommages qu'on ne cesse d'y rendre à la Divinité.
C'est ici, disent les Thessaliens, que, suivant l'ordre de Jupiter, Apollon Pythien fut purifié, lorsqu'il eut percé de ses flèches le serpent Python, qui gardait le temple de Delphes; tandis que la Terre, sa mère, y rendait des oracles. Ils ajoutent que le fils de Jupiter et de Latone, partant pour Delphes, on il s'empara du siège de l'oracle, se couronna du laurier de Tempé, et qu'il en portait une branche à la main. Il existe aujourd'hui un autel dans l'endroit même où le dieu prit sa couronne et la branche de laurier. Maintenant encore les habitants de Delphes envoient tous les neuf ans à Tempé un certain nombre de jeunes gens distingués, sous la conduite d'un chef choisi entre eux : ils offrent en arrivant de somptueux sacrifices, et s'en retournent, après s'être fait des couronnes du même laurier dont l'amant de Daphné ceignit autrefois sa tête. Ils prennent la route nommée Pythias, qui traverse la Thessalie, la Pélagonie (03), le Mont Oeta, le pays des Aeniens, des Méliens, des Doriens, et des Locriens surnommés Hespériens. Tous ces peuples reçoivent ces jeunes gens, à leur passage, avec autant de respect et d'honneurs qu'on en rend aux Hyperboréens, lorsqu'ils vont porter à Délos des offrandes au même dieu. C'est de ce même laurier qu'on fait les couronnes des vainqueurs aux jeux Pythiens.
Je ne m'étendrai pas davantage sur la vallée de Tempé, en Thessalie.

2. Du courage avec lequel Anaxagore supporta la mort de ses fils.

QUELQU'UN étant venu annoncer au Clazoménien Anaxagore, fortement occupé à instruire ses disciples, que la mort venait de lui enlever ses deux fils, les seuls qu'il eût : "Je savais bien, répondit le philosophe sans se troubler, qu'ils n'étaient nés que pour mourir (04)."

3. Xénophon soutint courageusement la nouvelle de la mort de son fils.

UN messager vint de Mantinée apprendre à Xénophon, lui pour lors sacrifiait aux dieux, que son fils Gryllos était mort : Xénophon ôta sa couronne, et continua son sacrifice (05). Le messager ayant ajouté que Gryllos était mort vainqueur : Xénophon reprit sa couronne. Ce fait est connu et répandu partout.

4. De Dion apprenant la mort de son fils.

UN jour que Dion, fils d'Hipparinus, et disciple de Platon, était occupé de quelques affaires qui intéressaient la république, son fils tomba du toit de la maison dans la cour, et mourut de sa chute. Dion, sans être ému de cet accident, poursuivit le travail qu'il avait commencé.

5. Antigonus ne fut point ému à la vue du cadavre de son fils.

ON dit qn'Antigonus second, en voyant le corps de son fils (06) qu'on rapportait du champ de bataille, ne changea pas de couleur et ne versa pas une larme; mais qu'après ravoir loué d'être mort en brave soldat, il ordonna qu'on l'ensevelît. 

6. De la grandeur d'âme de Cratès.

LE Thébain Cratès est connu par plusieurs traits qui prouvent l'élévation de son âme. Il faisait peu de cas des choses pour lesquelles le vulgaire se passionne; de la fortune, par exemple, et même de la patrie. Tout le monde sait qu'il abandonna ses richesses à ses concitoyens; mais voici un fait que peu de gens savent. Lorsque Cratès quitta Thèbes, qu'on venait de rebâtir (07). « Je me soucie peu, dit-il, d'une ville qu'un nouvel Alexandre viendra détruire. »

7. De la calomnie.

DÉMOCHARÈS, neveu de Démosthène par sa soeur, voulut montrer un jour combien il méprisait les propos malins du peuple. Apercevant, dans la boutique d'un chirurgien (08), quelques-uns de ces méchants de profession, empressés à saisir toutes les occasions de médire. "De quoi parlez-vous là, leur dit-il, vrais dysménides ? (09)" Il peignait par ce seul mot tous les vices de leur caractère. 

8. Un poème valut à Phrynichus le commandement de l'armée athénienne (10

LORSQUE les Athéniens choisirent Phrynichus pour général de leur armée, il ne dut cet honneur, ni à la brigue, ni à la noblesse de sa naissance, ni à ses richesses. Ce n'est pas que toutes ces choses ne fussent capables de remuer les Athéniens, et qu'elles n'aient même déterminé souvent leur choix : mais Phrynichus avait inséré dans une de ses tragédies quelques vers, dont le rythme militaire convenait aux mouvements de la danse pyrrhique. Toute l'assemblée en fut frappée; et les spectateurs enchantés l'élurent sur-le-champ pour général, ne doutant pas qu'un homme capable de faire des vers si parfaitement assortis au génie guerrier, ne fût également propre à conduire des opérations guerrières avec succès.

9. De la puissance de l'amour (11).

QUEL est celui qui  n'aimant point, voudrait, dans un combat et dans la mêlée, avoir affaire à un homme amoureux ? Le premier fuit la rencontre de l'autre; il l'évite par le sentiment de sa faiblesse : c'est un profane qui n'est point initié aux mystères de l'amour. N'ayant pour lui que sa propre valeur et la force de son corps, il redoute un guerrier qu'un dieu remplit d'une fureur surnaturelle : et ce dieu n'est point Mars (cet avantage leur serait commun ); c'est l'amour. Ceux qui ne sont animés que par le premier, portent au combat le courage que peut inspirer une seule divinité; tel fut Hector (12), qu'Homère n'a pas craint de mettre à côté de Mars. Mais les guerriers amants, pénétrés à la fois de la fureur de Mars, et embrassés des feux de l'amour, réunissant l'influence des deux divinités, objets de leur culte, doivent, disent les Crétois, être doublement braves, doublement redoutables. Il n'y aurait donc point de reproche à faire à un guerrier qui, n'ayant pour lui qu'une seule divinité, n'oserait se mesurer avec celui qui en aurait deux.

10. Du choix des amis chez les Lacédémoniens.

JE pourrais. citer plusieurs beaux traits, concernant les éphores de Lacédémone : j'en ai choisi quelques-uns, que je vais rapporter. Si un jeune Lacédémonien, beau et bien fait, préférait pour ami un homme riche à un pauvre vertueux, les éphores le condamnaient à une amende; sans doute, afin qu'il fût puni de son amour pour les richesses par la perte d'une partie des siennes. Ils punissaient de même tout citoyen honnête homme, qui ne s'attachait, par l'amitié, aucun des jeunes gens que l'on connaissait pour être bien nés (13) : ils pensaient que l'honnête homme aurait rendu son ami, et peut-être encore quelque autre, semblables à lui. En effet, la bienveillance de celui qui aime, s'il mérite d'ailleurs d'être respecté, est un puissant aiguillon pour exciter l'objet aimé à la vertu. Une loi lacédémonienne ordonnait même qu'on pardonnât à un jeune homme, en faveur de sa jeunesse ou de son inexpérience, les fautes qu'il commettait, et qu'on punît en sa place le citoyen qui l'aimait, pour lui apprendre à être le surveillant et le juge des actions de son ami.

11. De l'âme.

SUIVANT les péripatéticiens, l'âme étant pendant le jour asservie au corps, et enveloppée dans la matière, ne peut voir clairement la vérité; mais durant le sommeil (14), délivrée de cette servitude, et repliée sur elle-même dans la région de la poitrine, elle acquiert la faculté de prévoir l'avenir. De là, disent-ils, naissent les songes. 

12. De l'amour chez les Lacédémoniens.

A Lacédémone, les jeunes gens ne se montrent ni dédaigneux ni fiers à l'égard de leurs amants et ce qui prouve qu'ils différent en cela de ceux qui chez les autres peuples se distinguent par leur beauté, c'est qu'ils prient leurs amants de respirer en eux : expression lacédémonienne; par laquelle ils les prient de les aimer. L'amour spartiate ne connaît rien de honteux. Ceux qui seraient assez lâches pour souffrir un affront, ou assez audacieux pour outrager un concitoyen, ne sauraient demeurer à Sparte : il ne leur reste plus que l'exil, ou la mort même.

13. De l'ivrognerie des Tapyriens (15).

LES Tapyriens sont tellement passionnés pour le vin, qu'ils passent à boire la meilleure partie de leur vie : on pourrait dire qu'ils vivent dans le vin. Ce n'est pas seulement comme boisson qu'ils en usent : il s'en servent pour oindre leur corps; ainsi que les autres peuples se servent de l'huile.

14. De la passion des Byzantins pour le vin.

ON dit que les Byzantins aiment si passionnément le vin, qu'on les voit quitter leurs maisons, et les louer à des étrangers qui viennent habiter leur ville, pour aller s'établir dans les tavernes.  Ils leur laissent jusqu'à leurs femmes; commettant ainsi deux crimes à la fois, ivrognerie et prostitution. Quand ils sont bien ivres, ils ne connaissent d'autre plaisir que d'entendre jouer de la flûte : le son de cet instrument les met en gaieté; ils ne soutiendraient pas celui de la trompette. Sur cela, on peut juger de l'éloignement des Byzantins pour les armes et pour la guerre. C'est, pour cette raison que, durant le siège de Byzance, Léonidas, leur général, voyant qu'ils avaient abandonné la garde des murailles, vivement attaquées par les ennemis, et qu'ils passaient les jours entiers dans leurs réduits accoutumés, ordonna qu'on établît des cabarets sur les remparts. Cet ingénieux artifice les rengagea, quoiqu'un peu tard, à ne pas s'écarter de leur poste : il ne leur restait plus de motif de le quitter. Nous tenons ces faits de Damon (16). Ménandre semble s'accorder avec lui, quand il dit que l'air de Byzance rend ivrognes ceux qui y abordent pour faire le commerce, et qu'on y emploie toute la nuit à boire.

15. De la même passion chez les Argiens, les Tirynthiens les Thraces, etc.

LES Argiens et les Tirynthiens ont été souvent joués sur le théâtre, comme excessivement adonnés au vin (17). Il est constant, et personne ne l'ignore, que les Thraces sont aussi de puissants buveurs : les Illyriens d'aujourd'hui ne sont point à l'abri de ce reproche : on dit même à leur honte qu'ils souffrent qu'un étranger, admis à leurs festins, boive à la santé de telle femme qui lui plaît, quoiqu'il n'ait avec elle aucune liaison de parenté (18).

16. Comparaison de Démétrius et de Timothée.

LEQUEL, de Démétrius Poliorcète ou de l'Athénien Timothée, fut le plus grand homme de guerre ? Pour réponse, je me contenterai de vous marquer le caractère de l'un et de l'autre : vous pourrez après cela vous décider pour la préférence. Démétrius, violent, ambitieux, injuste, portant partout la consternation, ne s'emparait des villes qu'en détruisant et renversant leurs murailles avec ses machines de guerre : mais Timothée, pour s'en rendre maître, n'employait que la parole; il persuadait aux habitants qu'il leur était avantageux de se soumettre aux Athéniens (19). 

17. La philosophie n'est point incompatible avec les qualités qu'exige l'administration. 

On a vu des philosophes à la tête des affaires publiques : d'autres, se bornant à cultiver leur raison, ont passé leur vie dans le repos. Entre les premiers sont Zaleucus (20) et Charondas (21) qui réformèrent, l'un, le gouvernement des Locriens, l'autre, d'abord celui des Catanéens, puis, après qu'il eut été exilé de Catane, celui des Rhéginiens. Archytas servit utilement les Tarentins (22). Les Athéniens durent tout à Solon. Bias et Thalès rendirent les mêmes services à l'Ionie, Chilon à Lacédémone, Pittacus à Mitylène, Cléobule à Rhodes (23). Anaximandre (24) fut chargé de conduire la colonie que les Milésiens envoyèrent à Apollonie (25). Xénophon, connu d'abord pour un brave soldat, fit voir qu'il était encore meilleur général : lorsqu'après la mort de Cyrus et la perte de plusieurs de ceux qui l'avaient suivi dans son expédition, les Grecs furent réduits à choisir entre eux quelqu'un qui pût les sauver et les ramener dans leur patrie, leur choix tomba sur Xénophon (26). Ce fut Platon fils d'Ariston, qui fit rentrer Dion en Sicile, et qui par ses sages conseils le mit en état d'abolir la tyrannie de Denys. Socrate n'approuvait point le gouvernement des Athéniens; leur démocratie lui paraissait n'être qu'un mélange de tyrannie et de monarchie : aussi, non seulement ne concourut-il point par son suffrage à la condamnation des dix généraux que les Athéniens livrèrent à la mort (27); il refusa de plus, courageusement, de s'associer aux crimes des trente tyrans. Mais s'agissait-il de prendre les armes pour la défense de la patrie, aussitôt et sans hésiter il devenait soldat : il combattit aux journées de Délium (28), d'Amphipolis, de Potidée. Aristote remit sur pied sa patrie, qui était, je ne dis pas simplement ébranlée, mais tombée en ruine (29). Démétrius de Phalère gouverna glorieusement Athènes, jusqu'au moment où, chassé de la ville par cet esprit d'envie qui était familier aux Athéniens, il se retira eu Égypte auprès de Ptolémée, et y fut à la tête de la législation (30) Niera-t-on que Périclès fils de Xanthippe, Épaminondas fils de Polymnis, Phocion fils de Phocus, Aristide fils de Lysimaque, Éphialte fils de Sophonide, ne fussent de vrais philosophes ? Je dirai la même chose de Carnéade et de Critolaüs, qui ont vécu dans des temps postérieurs (31). Leur ambassade à Rome, où ils avaient été envoyés par les Athéniens, sauva la république : ils surent si bien disposer le sénat en leur faveur, que les sénateurs disaient : "Les Athéniens nous ont envoyé des ambassadeurs, non pour nous porter à faire ce qu'il désirent, mais pour nous y forcer."
Je pourrais regarder encore comme ayant eu part à l'administration publique, Persée (32), qui eut Antigonus pour élève, Aristote, à qui on ne contestera pas d'avoir formé la jeunesse d'Alexandre fils de Philippe; enfn Lysis, cet illustre disciple de Pythagore, qui fut chargé de l'éducation d'Épaminondas. Il y aurait donc de l'imprudence, ou plutôt de la folie, à regarder les philosophes comme des citoyens oisifs et inutiles à la société. Pour moi, je me livrerais avec bien du plaisir à cette espèce d'oisiveté, à ce prétendu amour du repos.

18. Entretien de Midas et de Silène.

Si l'on en croit Théopompe, Midas, roi de Phrygie, s'entretint un jour avec Silène (Silène était fils d'une nymphe, et à ce titre, quoiqu'il fût par sa naissance d'un ordre inférieur aux dieux, comme eux néanmoins il était immortel, et fort au-dessus de la condition des hommes). Après s'être entretenu de différentes choses, Silène dit à Midas: "L'Europe, l'Asie et la Libye sont des îles que les flots de l'Océan baignent de tous côtés : hors de l'enceinte de ce monde il n'existe qu'un seul continent, dont l'étendue est immense. Il produit de très grands animaux et des hommes d'une taille deux fois plus haute que ne sont ceux de nos climats : aussi leur vie n'est-elle pas bornée au même espace de temps que la nôtre; ils vivent deux fois plus longtemps. Ils ont plusieurs grandes villes, gouvernées suivant des usages qui leur sont propres; leurs lois forment un contraste parfait avec les nôtres. Entre ces villes, il y en a deux d'une prodigieuse étendue, et qui ne se ressemblent en rien. L'une se nomme Machimos (la Guerrière), et l'autre Eusébie (la Pieuse). Les habitants d'Eusébie passent leurs jours dans la paix et dans l'abondance : la terre leur prodigue ses fruits, sans qu'ils aient besoin de charrues ni de boeufs; il serait superflu de labourer et de semer. Après une vie qui a été constamment exempte de maladies, ils meurent gaiement et en riant. Au reste, leur vie est si pure, que souvent les dieux ne dédaignent pas de les visiter. À l'égard des habitants de Machimos, ils sont très belliqueux : toujours armés, toujours en guerre, ils travaillent sans cesse à étendre leurs limites. C'est par là que leur ville est parvenue à commander à plusieurs nations; on n'y compte pas moins de deux millions de citoyens. Les exemples de gens morts de maladie y sont très rares. Tous meurent à la guerre, non par le fer (le fer ne peut rien sur eux), mais assommés à coups de pierres ou à coups de bâton. Ils ont une si grande quantité d'or et d'argent, qu'ils en font moins de cas que nous n'en faisons du fer. Autrefois, continua Silène, ils voulurent pénétrer dans nos îles; et après avoir traversé l'Océan avec dix millions d'hommes, ils arrivèrent chez les Hyperboréens : mais ce peuple parut à leurs yeux si vil et si méprisable, qu'ayant appris que c'était néanmoins la plus heureuse nation de nos climats, ils dédaignèrent de passer outre."
Ce que Silène ajouta est beaucoup plus étonnant encore :
"Dans ce pays, dit-il, des hommes qu'on distingue par le nom de Méropes, sont maîtres de plusieurs grandes villes : sur les confins du territoire qu'ils habitent est un lieu appelé Anoste (sans retour), qui ressemble à un gouffre, et n'est ni éclairé, ni ténébreux; l'air qui forme son atmosphère, est mêlé d'un rouge obscur. Deux fleuves coulent aux environs; le fleuve Plaisir, et le fleuve Chagrin, c'est ainsi qu'on les nomme : leurs bords sont couverts d'arbres, de la hauteur d'un grand platane. Ceux qui croissent sur les bords du fleuve Chagrin, produisent des fruits d'une telle qualité, que quiconque en a goûté, verse tant de larmes qu'il s'épuise, et meurt enfin, après avoir passé ses jours dans la douleur. Les arbres qui ombragent l'autre fleuve, portent des fruits d'une qualité toute différente : celui qui en mange, sent tout à coup son âme débarrassée des passions qui l'agitaient; s'il a aimé, il en perd le souvenir. Il rajeunit par degrés, en repassant par tous les âges de la vie, qu'il avait laissés derrière lui : de la vieillesse il revient à l'âge mur, de celui-ci à l'adolescence, ensuite à la puberté; il finit par devenir enfant; puis il meurt."
Ceux qui regardent Théopompe de Chio (33) comme un écrivain digne de foi, peuvent croire ce récit : pour moi, dans cette histoire et dans plusieurs autres, je ne vois qu'un faiseur de contes.

19. De la querelle d'Aristote avec Platon.

VOICI, dit-on, quelle fut l'origine du différend qui s'éleva entre Platon et Aristote. Platon n'approuvait ni la manière de vivre d'Aristote, ni le soin qu'il prenait de se parer. Ce philosophe était, en effet, très recherché dans ses habits et dans sa chaussure. Il se coupait les cheveux, pratique étrangère à Platon; il étalait avec complaisance les bagues dont ses doigts étaient chargés. On voyait de plus sur son visage un certain air moqueur, qui, joint à la démangeaison de parler hors de propos, décelait le fond de son caractère. Il est certain que toutes ces choses sont peu dignes d'un philosophe. Aussi Platon, qui remarquait ces ridicules, en conçut de l'éloignement pour Aristote : il lui préférait Xénocrate (34), Speusippe (35), Amyclas (36), quelques autres encore, qu'il traitait avec toutes sortes d'égards, et avec qui il s'entretenait familièrement. Pendant un voyage que Xénocrate était allé faire dans sa patrie, Aristote, accompagné d'une troupe de ses disciples, entre lesquels étaient Mnason le Phocéen et plusieurs autres de la même trempe, vint un jour attaquer Platon, dans le dessein de le surprendre. Le philosophe avait quatre-vingts ans. Par une suite de ce grand âge, la mémoire commençait à lui manquer; et Speusippe, alors malade, n'était point auprès de lui. Aristote, profitant de la circonstance, tomba comme d'une embuscade sur ce vieillard : il affecta de l'embarrasser par des questions captieuses, qui pouvaient en quelque sorte être prises pour de vraies objections; en quoi Aristote se montrait à la fois injuste et ingrat. Depuis ce jour, Platon s'abstint de toute promenade hors de chez lui : il ne se promena plus que dans l'intérieur de sa maison avec ses amis. Xénocrate, de retour de son voyage après trois mois d'absence, rencontra par hasard Aristote se promenant dans le lieu où il avait laissé Platon. Il vit qu'Aristote, au lieu d'aller avec ses disciples chez Platon, au sortir de la promenade, prenait dans la ville le chemin de son logis. "Où est Platon, dit-il à quelqu'un de ceux qui se promenaient ?" soupçonnant que ce philosophe pouvait être malade. "Platon se porte bien, lui répondit-on; mais Aristote, en venant ici le chagriner, lui a fait abandonner sa promenade ordinaire : Platon s'est retiré chez lui, et ne traite plus de la philosophie que dans son jardin." Sur cette réponse, Xénocrate vole chez Platon : il le trouva discourant dans un cercle nombreux, Platon ayant cessé de parler, Xénocrate et lui s'embrassèrent tendrement, comme on peut le penser : mais dès que la conversation fut finie, Xénocrate, sans rien dire à Platon, sans rien écouter, assembla ses camarades; et après avoir fait à Speusippe les reproches les plus vifs, de ce qu'il avait cédé la promenade au philosophe de Stagire, il alla lui-même attaquer Aristote de toutes ses forces; il le poussa si vivement, qu'il l'obligea d'abandonner le terrain, et qu'il rétablit Platon dans la possession de sa promenade ordinaire.

20. Présents qu'on offrit à Lysandre.

LE Lacédémonien Lysandre étant allé en Ionie, ceux du pays avec qui il avait des liaisons d'hospitalité, lui, envoyèrent, entre autres présents, un boeuf et un gâteau. Dès qu'il eut jeté les yeux sur le gâteau, il demanda ce que c'était que cette pâte cuite. "C'est, répondit celui qui l'avait apporté, un composé de miel, de fromage, et d'autres ingrédients.".- « Allez, repartit Lysandre, le porter aux ilotes (37); ce mets n'est pas fait pour un homme libre. » Quant au boeuf, il ordonna qu'on l'apprêtât à la façon de son pays; et il en mangea avec plaisir.

21. De la grandeur d'âme de Thémistocle.

THVMISTOCLE encore enfant, revenant un jour de l'école, se trouva par hasard à la rencontre de Pisistrate (38), qui venait à lui par le même chemin. Le conducteur de l'enfant lui dit de s'écarter un peu, pour laisser passer le tyran.
"Eh quoi, répondit fièrement Thémistocle, la rue n'est-elle pas assez large ?" Réponse, qui déjà faisait entrevoir la noblesse et l'élévation de l'âme de Thémistocle. 

22. De la piété d'Énée, et de la commisération des Grecs pour les Troyens.

LES Grecs, après la prise de Troie, touchés de compassion pour les malheureux habitants, leurs captifs (sentiment bien digne des Grecs), firent publier par un héraut, que tout citoyen libre pouvait emporter avec lui tel effet qu'il voudrait choisir. Énée choisit, par préférence, ses dieux domestiques. Il s'en saisit, et déjà il se mettait en marche, lorsque les Grecs, admirant cet acte de piété, lui permirent de faire un second choix. Énée prit son père, vieillard accablé sous le poids des années, et le chargea sur ses épaules. Tel fut alors l'excès de l'admiration des Grecs, qu'ils laissèrent à Énée l'entière disposition de tout ce qui lui appartenait. Hommage éclatant rendu à la piété; preuve sensible que le respect pour les dieux et pour ceux de qui on a reçu le jour, est capable d'amollir le coeur des plus cruels ennemis.

23. D'Alexandre.

LES batailles d'Arbèle et d'Issus, le passage du Granique, Darius vaincu, les Perses réduits à l'esclavage par les Macédoniens, toute l'Asie conquise, les Indiens soumis, ce sont là certainement des traits brillants de l'histoire d'Alexandre. Les actions de ce prince à Tyr et chez les Oxydraques (39), sans parler de plusieurs autres faits semblables, n'eurent pas moins d'éclat. Mais pourquoi renfermer ici dans le cercle étroit d'un éloge, les prodiges de valeur de ce conquérant ? Accordons plutôt à  l'envie, si on le veut, qu'Alexandre dut la plupart de ses victoires à la fortune, dont il fut le favori (40). On pourra du moins dire à sa gloire, qu'il ne fut jamais au-dessous de sa fortune, et que jamais il ne manqua aux occasions qu'elle lui offrit.
Ce que je vais rapporter ne fait pas autant d'honneur à Alexandre. On raconte qu'après avoir passé le cinquième jour du mois dius (41) à boire chez Eumée, il dormit le six pour cuver son vin, et ne donna, dans toute cette journée, d'autres signes de vie, que de se lever, et de communiquer à ses généraux le projet qu'il avait de partir le lendemain dès la pointe du jour; qu'il dîna le sept chez Perdiccas, où s'étant enivré, il dormit le huit; qu'il s'enivra de nouveau le quinze, et passa le jour suivant à dormir, selon sa coutume; que le vingt sept il soupa chez Bagoas, dont la maison était à dix stades du palais, et dormit le vingt-huit. De deux choses l'une : il faut nécessairement, ou croire qu'en effet Alexandre passa dans une crapule honteuse la plus grande partie du mois dius, ou regarder comme des imposteurs les écrivains qui nous ont transmis ces faits : mais ils s'accordent tous, même Eumène le Gardien (42), à faire la même peinture du reste de la vie d'Alexandre.

24. Goût de Xénophon pour le beau.

XÉNOPHON, naturellement curieux de toutes les choses qui méritent d'être recherchées, était surtout jaloux d'avoir de belles armes (43). Si le succès de la guerre, disait-il, est heureux, une parure magnifique sied bien à un vainqueur; et le corps de celui qui périt dans le combat, revêtu d'une belle armure, gît du moins avec dignité : c'est là le seul ornement funèbre qui convienne à un homme valeureux; c'est le seul qui le pare véritablement. Aussi assure-t-on que Xénophon avait un bouclier d'Argos, une cuirasse d'Athènes, un casque travaillé en Béotie (44), et un cheval d'Épidaure (45). On reconnaît ici l'homme passionné pour le beau, et qui se sent digne de n'avoir que du beau. 

25. De Léonidas et des trois cents Lacédémoniens.

LEONIDAS, roi de Lacédémone, et trois cents Lacédémoniens, allèrent volontairement chercher aux Thermopyles la mort qui leur avait été prédite par l'oracle (46), et terminèrent leur carrière avec honneur, en combattant valeureusement pour le salut de la Grèce. Par là, ils se sont acquis une gloire immortelle; et la réputation de leur courage se perpétuera dans tous les âges.

26. Du tyran Pindare.

PINDARE, fils de Mélas et de la fille d'Alyattès, roi de Lydie, s'étant emparé du pouvoir souverain à Éphèse, fut d'une sévérité inexorable dans les cas qui méritaient des peines, mais doux et modéré dans toute autre circonstance. Il montra surtout son attachement à sa patrie (47), par le soin qu'il eut de la préserver du joug des barbares. Voici comment il se conduisit. Crésus, son oncle maternel, ayant assujetti l'Ionie, lui manda par des ambassadeurs, qu'il eût à remettre Éphèse entre ses mains : comme Pindare refusa de se rendre, Crésus forma le siège de la ville. Sur ces entrefaites, une des tours, qui depuis a été nommée la Traîtresse, vint à s'écrouler : Pindare, voyant alors que le danger devenait pressant, conseilla aux habitants d'attacher des cordes, d'un bout aux portes et aux murs de la ville, de l'autre aux colonnes du temple de Diane, comme pour faire de la ville même une offrande à la déesse (48) : il espérait par cette espèce de consécration la sauver du pillage. En même temps, il leur conseilla d'aller trouver Crésus pour lui demander grâce. On dit que ce prince, à la vue des Éphésiens qui venaient à lui, portant les marques ordinaires de suppliants (49), sourit de leur stratagème, loin d'en être irrité; qu'il leur accorda la liberté avec la vie (50), et qu'il se contenta d'ordonner à Pindare de sortir dÉphèse. Pindare obéit : il rassembla ceux d'entre ses amis qui se trouvèrent disposés à le suivre; et après avoir chargé Pasiclès, un de ceux qui lui étaient le plus attachés, de veiller sur son fils et sur les effets qu'il laissait dans la ville, il se retira dans le Péloponnèse. Ainsi, pour ne pas asservir sa patrie aux Lydiens, Pindare échangea l'honneur de gouverner contre un exil volontaire.

27. De Platon, et comment il fut déterminé à s'appliquer à la philosophie.

J'AI ouï conter un fait; je ne sais s'il est vrai (51): en tout cas, voici ce que j'ai entendu dire. Platon, fils d'Ariston, se voyant dans une extrême pauvreté, résolut de partir d'Athènes pour aller joindre l'armée. Socrate qui le surprit achetant des armes, lui fit changer de résolution, et par des discours tels que ce philosophe était capable de les tenir, lui persuada de se tourner vers la philosophie.

28. Comment Socrate réprima l'orgueil d'Alcibiade.

SOCRATE, voyant qu'Alcibiade tirait vanité de ses richesses, et qu'il s'enorgueillissait de ses grands domaines, le mena dans un lieu où était exposée une carte géographique (52), qui représentait la terre entière : « Dans cette carte, lui dit-il, cherchez, je vous prie, l'Attique. » Quand Alcibiade l'eut trouvée : « Cherchez, continua Socrate, les terres qui vous appartiennent. » - « Elles n'y sont pas marquées, » répondit Alcibiade. « Eh quoi, reprit le philosophe, vous vous enorgueillissez pour des possessions qui ne sont pas même un point sur la terre ! » 

29. De la pauvreté et de l'orgueil de Diogène.

DIOGÈNE de Sinope avait coutume de dire que toutes les imprécations contenues dans les tragédies (53) s'accomplissaient sur lui, et qu'il en ressentait les effets : car, disait il, je suis errant, sans maison, sans patrie, pauvre, mal vêtu, réduit à vivre au jour le jour. Dans cet état, Diogène n'était pas moins fier qu'Alexandre, lorsque, maître de l'univers, ce prince revint à Babylone, après avoir subjugué les Indiens.

30. De la continence de quelques anciens.

LE joueur de lyre Amébée (54) est renommé par son extrême continence. Il avait épousé une très belle femme, qui, dit-on, n'éprouva jamais qu'elle eut un mari. Diogène, l'acteur tragique, peut être cité comme un exemple de la même vertu. Clitomaque (55) le pancratiaste (56) portait la pudeur jusqu'à détourner la vue, quand il apercevait deux chiens accouplés, et même jusqu'à quitter la table dans un repas, lorsqu'on y parlait trop librement.

31. Du peintre Nicias.

LE peintre Nicias (57) travaillait, avec une telle application, qu'absorbé dans son ouvrage, il oubliait souvent de manger.

32. D'Alexandre apprenant à jouer de la lyre.

ALEXANDRE, fils de Philippe, était encore enfant, et n'avait pas atteint l'âge de puberté, lorsqu'il apprit à jouer de la lyre. Son maître (58) lui ayant dit un jour de pincer une certaine corde, pour en tirer un son, dont la modulation convînt à la pièce qu'il exécutait : « Eh, qu'importe, dit Alexandre, que je pince celle-là, » en lui montrant uns autre corde ? « Il importe peu, répondit le maître, pour qui doit être roi, mais beaucoup pour qui voudrait jouer de la lyre suivant les règles. » Le musicien, instruit de l'aventure de Linus (59), craignait d'avoir le même sort. Hercule, dans son enfance, eut Linus pour maître de lyre : Linus l'ayant un jour traité avec humeur, parce qu'il touchait mal son instrument, Hercule, dans un mouvement de colère, le tua d'un coup d'archet (60).

33. De Satyrus le joueur de flûte.

LE joueur de flûte Satyrus, qui assistait souvent aux discours d'Ariston (61) sur la philosophie, en sortait si enchanté qu'il s'écriait (parodiant un vers dHomère (62)). Si je ne jette mon arc au feu, que .... Satyrus voulait parler de sa flûte, et témoignait ainsi combien il tenait son art au-dessous de la philosophie.

34. Loi commune aux Lacédémoniens et aux Romains. 

LES Lacédémoniens et les Romains avaient une loi qui réglait le nombre et la qualité des mets qu'il était permis d'avoir dans un repas. Ils voulaient que les citoyens fussent tempérants en tout, et particulièrement en ce qui regarde la table.

35. Il n'était pas permis de rire dans l'Académie.

C'EST une tradition athénienne, qu'autrefois il n'était pas permis de rire dans l'Académie; tant on était attentif à préserver ce lieu de tout ce qui pouvait le profaner, et y introduire la dissipation. 

36. Pourquoi Aristote se retira d'Athènes.

QUELQU'UN (63) demandant à Aristote qui s'était retiré d'Athènes dans la crainte de s'y voir condamner (64), si Athènes était une belle ville: « Parfaitement belle, répondit-il; mais comme on y voit les poires naître après les poires, de même aussi les figues y succèdent aux figues (65)." Par ce vers d'Homère qu'il parodiait, il voulait désigner les sycophantes (66). "Pourquoi l'avez-vous quittée ?" reprit celui qui l'interrogeait. "Je ne voulais pas, repartit Aristote, que les Athéniens se rendissent deux fois coupables envers la philosophie." Il avait en vue la mort de Socrate, et le danger que lui même avait couru.

37. Loi de Céos sur les vieillards.

SUIVANT une loi établie à Céos (67), les habitants de l'île qui, étant parvenus à un âge fort avancé, sentent eux-mêmes que l'affaiblissement de leur esprit les rend incapables de servir utilement la patrie, s'invitent réciproquement comme pour un festin où l'on doit recevoir ses hôtes, ou se réunissent comme pour un sacrifice solennel; puis se couronnent la tête, et avalent de la ciguë.

38. Particularités de l'histoire d'Athènes.

LA première découverte de l'olivier et du figuier s'est faite, dit-on, dans Athènes, dont le terroir a le premier produit ces deux arbres (68). L'invention de l'action judiciaire appartient aux Athéniens. C'est chez eux qu'on vit pour la première fois, des hommes combattre nus, après s'être oint le corps avec de l'huile (69). Érichthonius est le premier qui ait attelé des chevaux à un char.

39. De la première nourriture de quelques peuples.

LES Arcadiens vivaient de glands, les Athéniens de figues, les Argiens et les Tirynthiens de poires (70), les Indiens du suc de certains roseaux (71), les Carmanes (72), du fruit des palmiers, les Méotes (73) et les Sarmates de millet, les Perses de pistaches et de cresson. 

40. Des satyres et des silènes.

LES satyres et les silènes étaient la compagnie ordinaire de Bacchus. Les satyres étaient ainsi nommés du mot sairein (74) (ouvrir tellement la bouche que les dents sont à découvert). On les a quelquefois appelés tityres, de leurs chansons lascives, teretismata. Quant aux silènes, ils tiraient leur nom du mot sillainein, railler : sillos se dit d'une invective accompagnée d'une plaisanterie désobligeante. Les silènes portaient des robes garnies de poils des deux côtés, comme pour désigner les plants de vignes consacrés à Bacchus, et le nombre prodigieux de ceps et de pampres dont un vignoble est hérissé.

41. Divers surnoms de Bacchus.

LES anciens ont donné différents noms à Bacchus : ils l'appelaient Phléon, de phluein, abonder en fruits; Protrygas (75), Staphylite, Omphacite. Et ce ne sont pas là les seuls surnoms de Bacchus.

42. De quelques femmes devenues furieuses.

PROETUS avait deux filles, Élége et Célène (76) : le feu que Vénus alluma dans leurs veines, les rendit furieuses. On les vit, dit-on, parcourir toutes nues, comme des insensées, une partie du Péloponnèse et quelques autres contrées de la Grèce.
J'ai ouï dire que Bacchus remplit de ses fureurs les femmes de Lacédémone et de Chio. Les Béotiennes, possédées du même dieu, poussèrent encore plus loin leurs emportements : les théâtres en ont retenti plus d'une fois (77).
On raconte que les filles de Minée, Leucippe, Aristippe et Alcithoé (78), furent un jour les seules qui manquèrent à célébrer la fête de Bacchus : par un excès d'amour pour leurs maris, dont elles ne voulaient pas s'éloigner, elles ne se mirent pas au nombre des Ménades en l'honneur du dieu. Bacchus en fut irrité. Pendant qu'elles travaillaient, attachées sans relâche à leur ouvrage, voilà que tout à coup leurs métiers se trouvent entourés de lierres et de ceps de vignes (79); des dragons viennent s'établir dans les corbeilles où elles mettaient leurs laines; le lait et le vin dégouttent de leurs lambris. Ces prodiges ne touchèrent point les filles de Minée, et ne purent les engager à rendre au dieu le culte qu'il exigeait. Alors, sans être à Cithéron, elles furent saisies d'un accès de fureur, pareil à celui dont Cithéron fut témoin (80). Le fils de Leucippe, jeune et tendre enfant, leur parut être un faon de chevreuil (victime ordinaire des orgies) : elles commencèrent par le déchirer; puis coururent se joindre à la troupe des bacchantes. Mais celles-ci chassèrent honteusement les filles de Minée, pour le crime qu'elles venaient de commettre; et les trois soeurs furent métamorphosées en oiseaux, l'une en corneille, l'autre en chauve-souris, la troisième en hibou (81).

43. D'un joueur de lyre tué par les Sybarites.

DURANT certains jeux établis à Sybaris en l'honneur de Junon, il s'éleva une sédition entre les habitants, au sujet d'un joueur de lyre qui disputait le prix (82). Comme des deux parts on courait aux armes, le musicien effrayé s'enfuit précipitamment, avec tout son appareil, vers l'autel de Junon; mais le respect dû à ce lieu ne put le sauver de la fureur des séditieux, qui le massacrèrent. On vit aussitôt jaillir dans le temple une veine de sang, qui semblait couler d'une source intarissable. Les Sybarites envoyèrent consulter l'oracle de Delphes sur ce prodige; et voici quelle fut la réponse de la Pythie : "Éloignez-vous de mon sanctuaire : le sang dont vos mains sont encore dégouttantes, vous interdit l'entrée de ce temple. Je ne vous annoncerai point vos destinées. Vous avez tué le ministre des Muses aux pieds de l'autel de Junon, sans craindre de vous exposer à la vengeance des dieux. Mais le châtiment suivra de près le crime (83); et les coupables ne l'éviteront pas, fussent-ils issus de Jupiter : eux et leurs enfants en porteront la peine; dans leurs familles, une calamité en appellera toujours une autre ».
L'oracle ne tarda pas à s'accomplir : les Sybarites, ayant pris les armes contre les Crotoniates, furent entièrement défaits, et leur ville fut détruite.

44. De trois jeunes gens qui allaient à Delphes.

TROIS jeunes gens de la même ville, allant ensemble à Delphes pour consulter l'oracle, rencontrèrent des voleurs. Un des voyageurs s'enfuit : un autre tua tous ces brigands, à l'exception d'un seul, qui esquiva le coup dont il allait être percé.; mais l'épée du jeune voyageur atteignit le sein de son troisième camarade. La Pythie ayant été consultée, répondit à celui qui avait pris la fuite : « Vous avez laissé périr votre ami sous vos yeux, sans le secourir : je n'ai point de réponse à vous donner. Sortez de ce temple auguste. » Elle répondit à l'autre : « En voulant sauver la vie à votre ami, vous la lui avez ôtée : vos mains, loin d'être souillées. par ce meurtre, sont plus pures qu'elles n'étaient auparavant. »

45. Oracle rendu à Philippe.

ON dit que Philippe fut averti par l'oracle de Trophonius (84) en Béotie, de se garantir des chars, et qu'effrayé de cet avis, il ne monta jamais dans aucun char. De là s'est formée une double tradition : les uns prétendent que sur la poignée de l'épée avec laquelle Pausanias assassina Philippe, il y avait un char sculpté en ivoire; les autres, que Philippe fut tué en faisant le tour d'un lac voisin de Thèbes, nommé Char. La première opinion est la plus commune; la seconde est beaucoup moins répandue (85).

46. Loi des Stagirites.

VOICI une loi des habitants de Stagire, qu'on peut aisément reconnaître pour une loi grecque : Ne prenez point dans un lieu ce que vous n'y avez pas mis (86).

47. De Timothée, et de quelques autres grands hommes.

TIMOTHÉE commença par être l'objet des éloges des Athéniens; mais dès qu'ils crurent avoir sujet de lui imputer une faute (87), ni ses anciens exploits, ni la vertu de ses ancêtres (88), ne purent le sauver de l'exil. Thémistocle ne tira pas plus d'avantage de la victoire qu'il avait remportée dans le combat naval de Salamine, et de son ambassade à Sparte : je parle de l'ambassade durant laquelle il eut l'adresse de ménager aux Athéniens le temps de rebâtir les murs de leur ville. Ces deux actions n'empêchèrent pas qu'il ne fût banni, non seulement d'Athènes, mais de la Grèce entière. La victoire de Platées ne fut pas plus utile à Pausanias, roi de Lacédémone : ses manoeuvres à Byzance, et ses liaisons avec les Perses (89), lui firent perdre la faveur que ses premières actions lui avaient méritée. Ce fut en vain que la renommée avait donné à Phocion le nom de Juste : parvenu à l'âge de soixante-quinze ans, sans avoir jamais fait aucun tort à ses concitoyens. Phocion fut soupçonné de vouloir livrer le Pirée à Antipater (90), et condamné à la mort.

LIVRE TROISIÈME.

(01)  M. de la Barre, dans un Mémoire sur le stade des Grecs, évalue le plèthre à cent pieds, Mém. de l'Acad. des B. L., t. XIX, p. 515. On ne conçoit pas aisément comment il pouvait se trouver tant de choses dans une si petite étendue de terrain.
(02
Smilax, plante qui pousse plusieurs tiges longues, roides, sarmenteuses, rampantes, épineuses, garnies de mains qui s'entortillent contre les plantes voisines. Ses fleurs sont en grappe, petites, odorantes, composées chacune de six feuilles disposées en étoile.
(03)  
Pélagonie : il faut certainement lire PelasgÛaw, Pélasgie. Il est impossible qu'en suivant le chemin tracé par Élien, les Delphiens aient passé par la Pélagonie, qui était une contrée de la Macédoine, vers la Thrace; an lieu que la Pélasgie, située entre la Thessalie, la Locride, la Phtiotide et l'Achaïe, se trouvait sur leur route. Voy. Strabon, liv. VII, pag. 326.
(04)
P. Syrus a dit, dans le même sens, que la vie est un prêt fait à l'homme, et non pas un don :
Homo vitae commodatus, non donatus est. 
Lucrèce avait dit auparavant (III, 985) :
Vitaque mancupio nulli datur, omnibus usu.

(05)
Les Grecs et les Romains se couronnaient dans les temps de fêtes et de réjouissances, et particulièrement lorsqu'ils offraient des sacrifices. Comme la couronne était un signe de joie, Xénophon ôta la sienne, à la nouvelle de la mort de son fils : il la reprit, quand on lui eut annoncé que sa mort avait été glorieuse, témoignant par cette double action, que la victoire de Gryllos lui faisait plus de plaisir que son trépas ne l'avait affligé.
(06) II se nommait Alcyonée : c'est lui qui, après avoir vaincu le roi Pyrrhus, eut la cruauté de couper la tête de ce prince, et vint la jeter aux pieds d'Antigonus. Plutarque, Pyrrhus, vers la fin
(07) Elle fut rebâtie par Cassandre, environ neuf ans après la mort d'Alexandre, et vingt ans après que ce prince l'avait détruite. Diod. de Sic., XIX, pag. 696.
(08)  Les boutiques des chirurgiens, des barbiers, des parfumeurs, étaient alors, ainsi que les gymnases et les places publiques, les lieux de rendez-vous de tous les gens oisifs, qui s'y assemblaient pour entendre et débiter des nouvelles.
(09Dysménides, mot composé, qui signifie, gens de manvais esprit, ennemis de tout le monde.
(10) Il est assez difficile de décider quel était ce Phrynichos : le scholiaste d'Aristophane, sur la comédie des Oiseaux, pag. 576, en compte jusqu'à quatre.
(11) Scheffer et Kuhnius croient avec raison qu'Élien a voulu faire ici l'éloge de la troupe appelée Troupe sacrée chez les Thébains, et des établissemens pareils, tant chez le Crétois que chez d'autres peuples.
(12) Le nom d'Hector ne se trouve point dans le texte; mais j'ai jugé, d'après Kuhnius, qu'Élien faisait allusion à ce vers du liv. VIII de l'Iliade, ou Homère, parlant d'Hector, dit : 
MaÛneto d' Éw ÷t' …Arhw ¤gx¡spalow.
Il était aussi furieux que Mars qui agite sa lance.
(13) Suivant plusieurs éditions d'Élien, il faudrait traduire tout au contraire, des jeunes gens que l'on connaissait pour être mal nés. La négation oé, admise ou rejetée, produit les deux sens différents.
(14) Cicéron a dit de même: Quum ergo est somno sevocatus animus a societate et contagione corporis, tum meminit praeteritorum, praesentia cernit, futura providet. De Divinat., I, 30.
(15) Strabon, liv. IX, place ces peuples entre le pays des Hyrcaniens et celui des Derbices. Suivant le même auteur, le Tapyrien qui passait pour le plus vaillant, avait droit de choisir la femme qui lui plaisait le plus. Une circonstance singulière qu'il ajoute, c'est qu'après avoir eu deux ou trois enfants d'une femme, les Tapyriens la cédaient à qui la voulait.
(16) Athénée (liv. X, pag. 442) cite Damon, comme ayant écrit sur l'histoire de Byzance. Cet auteur n'est guère connu d'ailleurs; à moins que ce ne soit le même que le Damon de Cyrène, dont Diogène Laërce fait l'éloge dans la Vie de Thalès, et qui a composé un ouvrage sur les philosophes.
(17) Les Grecs avaient tellement la réputation d'aimer le vin que les Romains, pour dire, boire avec excès, employaient le mot pergraecari, boire à la grecque.
(18) Pour sentir la justesse du reproche qu'Élien fait aux Illyriens, il faut se rappeler que, chez les Grecs, les femmes étaient absolument séparées des hommes, et exclues de tous les festins, hormis ceux qui n'étaient composés que de leurs proches parents. Avec de pareilles moeurs, on conçoit combien il devait paraître extraordinaire que des étrangers fussent admis à manger avec les femmes. Ce qui rend encore la coutume des Illyriens plus indécente, c'est que le verbe propÛnein, que j'ai traduit suivant nos usages, signifiait chez les Grecs, ainsi que propinare chez les Latins, présenter à la personne qu'on veut saluer, la coupe dans laquelle on a bu le premier; ou, la lui présenter pleine, pour boire ensuite. C'est dans ce dernier sens que mad. Dacier l'a entendu dans une de ses remarques sur le liv. XIV de l'Odyssée.
(19) Plutarque (Vie de Sylla) dit que la facilité avec laquelle Timothée prenait les villes, fit imaginer à ses envieux de le peindre endormi, tandis que la Fortune, envelopait pour lui les villes dans des filets. Voy. Élien lui-même, XIII, 43.
(20) Pag. 101 Zaleucus fut disciple de Pythagore
(21) Charondas était de Catane en Sicile, et disciple de Pythagore, ainsi que Zaleucus.
(22) Élien, VII, 14, assure que les Tarentins l'élurent six fois pour leur général; Diogène Laërce (Vie d'Archytas) prétend qu'il fut élu sept fois, et ajoute de plus que les Tarentins ne furent jamais vaincus tant qu'il commanda leurs armées.
(23) Tous les philosophes dont parle Élien dans cette phrase, depuis Solon jusqu'à Cléobule, inclusivement, étaient du nombre des sages, si connus sous le nom des sept sages de la Grèce : il ne manque que Périandre pour compléter la liste.
(24) Anaximandre, philosophe célèbre de la secte ionique : il fut disciple de Thalès.
(25) Il ne s'agit point ici de la fameuse Apollonie, située en Epire, sur les bords de la mer Adriatique : celle dont parle Élien, était à peu de distance de Byzance, sur le Pont Européen. Strabon, cité par Périzonius, la désigne sous le nom de Colonie milésienne.
(26)  On sent assez qu'Élien veut parler de la fameuse Retraite des dix mille sous les ordres de Xénophon, si bien décrite par ce guerrier philosophe.
(27) Tous les commentateurs, excepté Scheffer, conviennent qu'il faut entendre ce passage, des généraux qui vainquirent les Lacédémoniens dans un combat naval près d'Arginuse et qui furent condamnés à mort lorsqu'ils revinrent à Athènes, pour n'avoir pas enseveli les soldats tués dans le combat; devoir qu'une tempête violente les avait empêchés de rendre aux cadavres de leurs concitoyens.
(28) Délium, ville de Béotie, où les Athéniens furent vaincus par les Béotiens et les Thébains combinés. - Amphipolis, ville située sur le fleuve Strymon. - Potidée, ville de Thrace, sur la mer Égée : le siège de cette place, formé par les Athéniens, donna naissance à la guerre du Péloponnèse.
(29) Aristote était de Stagire, ville de l'ancienne Thrace, qui avait été détruite par Philippe, père d'Alexandre.
(30) Démétrius de Phalère, loué par Cicéron, Diodore de Sicile, Strabon, etc., est traité de tyran par Pausanias, Phèdre, et plusieurs autres auteurs. Périzonius remarque avec raison que ces différents jugements viennent de la différente manière dont on l'a envisagé. Les premiers, ne voyant que le bien qu'il a fait aux Athéniens, lui donnent des éloges; les autres, le considérant comme préposé au gouvernement d'Athènes par Cassandre, roi de Macédoine, le regardent comme un tyran, qui devait être odieux aux Athéniens, parce qu'ils ne se l'étaient pas donné.
(31) Ces philosophes vivaient lors de la destruction du royaume de Macédoine, sous Persée.
(32) Persée fut disciple de Zénon; son élève était Antigonus Gonatas.
(33) Théopompe fut disciple d'Isocrate : il avait composé plusieurs ouvrages qui ne sont point parvenus jusqu'à nous, entre autres, l'histoire de son temps, commençant où finit Xénophon; un recueil des Choses merveilleuses, etc. Voy. la Biblioth. grecque de Fabricius.
(34) Xénocrate était de Chalcédoine, et jouit d'une grande réputation dans Athènes.
(35) Speusippe était fils de la soeur de Platon.
(36) Amyclas, moins célèbre que les deux autres, était né à Héraclée.
(37)  Les ilotes étaient les citoyens d'une ville voisine de Sparte, que les Lacédémoniens avaient réduits en esclavage. Plutarque (Apophth. Lac.) attribue à Agésilas ce qu'Élien dit de Lysandre.
(38) Tyran d'Athènes.
(39) Les Oxydraques, peuple de l'Inde, entre le fleuve Indus et l'Hydaspe.
(40) Périzonius rapporte plusieurs passages d'auteurs anciens qui attribuaient autant les victoires d'Alexandre à sa fortune qu'à sa valeur, entre autres, celui-ci de Quinte-Curce (liv. X, c. 5) : Fatendum est tamen, quum plurimum virtuti debuerit, plus debuisse fortunae, quam solus mortalium in potestate habuit.
(41) Le mois dius, ou de Jupiter, était le premier de l'année chez les Bithyniens et les Macédoniens, et répondait au mois d'octobre des Romains.
(42) Eumène était de Cardie, ville de la Chersonèse de Thrace : il avait écrit le journal d'Alexandre. ( Athénée, X, 9.) On sait qu'Eumène était un des généraux de ce prince; pourrait-on le soupçonner d'avoir voulu dégrader son maître ?
(43) Annibal avait le même goût : Vestitus nihil inter aequales excellens; arma atque equi conspiciebantur, dit Tite-Live, XXI, 4.
(44) Les armes dont Élien fait le détail, étaient les plus renommées chez les Grecs. Pollux, Onomasticon, I, 10, 13.
(45) Les chevaux d'Épidaure étaient fort estimés: Virgile, parlant d'Épidaure, l'appelle equorum domitrix. Géorg., III, 44.
(46) Les Lacédémoniens, ayant consulté l'oracle sur l'événement de la guerre, en reçurent pour réponse, qu'il fallait que leur roi ou leur ville pérît. Le devin Mégistias, en considérant les entrailles des victimes, avait fait la même prédiction. Hérodote VII, 203 et seq.
(47) On lisait dans le texte, filñpaiw, qui aime les enfants. Ce mot se prend presque toujours en mauvaise part, et ne peut d'ailleurs s'accorder ici avec sÅfrvn, doux, modéré, auquel il est joint. Le mot filñpatriw, qui aime la patrie, proposé par quelques commentateurs, m'a paru mieux assorti au fait qui est rapporté dans ce chapitre.
(48) C'était pour se conformer à l'usage où l'on était, de suspendre dans les temples les offrandes qu'on faisait aux dieux, que les Éphésiens voulurent, en quelque façon, suspendre leur ville aux colonnes du temple de Diane.
(49) Les marques des suppliants, ßkethrÛa, étaient une parure négligée, des voiles, des branches d'olivier, etc. Obsiti squalore et sordibus, velamenta supplicum, ramos oleae, ut Graecis mos est, porrigentes. Tite-Live, XXIX, 16.
(50) Au lieu de la vie, le texte porte la fuite, fug®n; mais comme il est constant que les Éphésiens restèrent dans leur ville, j'ai adopté la correction de Gesner, qui substitue zv®n, la vie, à fug®n. - M. Coray admet dans son texte une autre conjecture, Žsf‹leian, qui s'éloigne trop de la leçon des manuscrits. J. V. L.
(51)  Lorsqu'Élien a écrit ce chapitre, il avait probablement oublié ce qu'il dit dans le chap 3O du liv. II, que Platon renonça, non à la profession des armes, mais à l'art dramatique, pour s'adonner à la philosophie; à moins qu'on ne suppose que Platon s'essaya successivement dans les trois genres.
(52) Périzonius rapporte un passage de la préface d'Eustathe, à la tête du Periegesis de Denys, qui fait remonter l'origine des cartes géographiques jusqu'au règne de Sésostris.  Suivant Strabon, liv. premier, Anaximandre de Milet fut le premier qui les inventa. C'est le sentiment qu'a suivi M . Freret dans son Mémoire sur la Table de Peutinger : il ajoute qu'on les traçait d'abord sur des surfaces sphériques, afin que les méridiens et les parallèles fussent de véritables cercles, mais que l'embarras de cette construction fit bientôt trouver le moyen de les tracer sur des surfaces plates. On peut conclure, continue-t-il, de la comédie des Nuées, d'Artstophane, que l'usage des cartes de cette dernière espèce était très commun à Athènes du temps de Socrate. Rec. de l'Acad. des B. Lettres, t. XIV, p. 174, Histoire.
(53) Ces imprécations étaient communes dans les pièces des anciens poètes : la Médée d'Euripide, l'Oedipe de Sophocle, etc., en fournissent des exemples.
(54) Amébée, suivant Plutarque, vivait du temps de Zénon le stoïcien. Ovide, de Art. am., III, 299  a célébré le talent d'Amébée dans ce vers :
Tu licet et Thamyram superes, et Amaebea canto.
(55) Tout ce qu'Élien dit de Clitomaque se trouve en mêmes termes dans son Traité des Animaux. (liv. VI, c. 1). Il y parle aussi d'Amébée et de Diogène, mais avec quelques légères différences.
(56) On appelait pancratiastes les athlètes qui combattaient à la lutte et au pugilat : l'exercice se nommait pancrace.
(57) Nicias était d'Athènes, et vivait du temps d'Alexandre. Pausanias (I, 29) dit qu'il excellait surtout à peindre les animaux.
(58) Les commentateurs ne nomment point ce maître. C'est peut-être Timothée de Milet, qui ajouta plusieurs cordes à la lyre, et qui, par les sons de sa flûte, savait tellement remuer l'âme d'Alexandre, qu'un jour qu'il jouait une pièce en l'honneur de Minerve, ce prince courut promptement à ses armes. Suidas.
(59) Je ne pourrais rien dire, touchant Linus, qui n'ait été recueilli par Fabricius dans le premier volume de sa Bibliothèque grecque.
(60) Périzonius soupçonne qu'il vaudrait mieux dire, d'un coup de lyre.
(61) Ariston était né à Chio, et fut disciple de Zénon. Diog. Laërce.
(62) Élien met dans la bouche de Satyrus le vers 215 du cinquième livre de l'Iliade, où Pandarus, irrité de voir que les traits qu'il lancait portaient à faux, s'écrie : Qu'un ennemi me coupe la tète, si, dès que je serai de retour dans ma maison... je ne jette au feu mon arc et mes flèches !
(63) On sait d'ailleurs que c'était Antipater, qui avait été disciple d'Aristote. (Ammonius, vie d'Aristote.)
(64) Aristote s'était retiré à Chalcis en Eubée, pour se soustraire à l'accusation d'impiété, qu'Eurymédon, grand-prêtre de Cérès, avait intentée contre lui. ( Diogène Laërce, Vie d'Aristote.)
(65) Homère, Odyssée, VII, 120 parlant de l'abondance des fruits du jardin d'Alcinoüs, dit : Les poires y naissent après les poires, les pommes après les pommes; les raisins succèdent aux raisins, et les figues aux figues. Des deux vers, Aristote n'en formait qu'un seul, retranchant la fin du premier, et le commencement du second.
(66) Sycophantes. C'est ainsi qu'on appelait les traîtres.  Ce mot désignait originairement les dénonciateurs de ceux qui, au mépris de la loi, transportaient des figues hors de l'Attique. Au reste, l'application du vers d'Homère, dont le sel consiste dans l'allusion du mot suk° figue, perd tout son mérite dans la traduction. Par cette phrase, à Athènes les figues succèdent aux figues, Aristote voulait faire entendre que la race de calomniateurs s'y multipliait tous les jours.
(67) Céos ou Céa, île de l'Archipel, entre l'Eubée et la Béotie. Elle s'appelle aujourd'hui Zia
(68) On croyait que Minerve avait fait sortir de terre l'olivier, dans la dispute qu'elle eut avec Neptune au sujet de la souveraineté de l'Attique. La découverte du figuier était attribuée â Cérès, qui, disait-on, l'avait communiquée â Phytalus, en reconnaissance du service qu'il lui avait rendu en la recevant dans sa maison, lorsqu'elle cherchait Proserpine.
(69) Il faut entendre ceci des combats publics qui se donnaient dans les fêtes solemnelles, telles que les Athénées, ou Panathénées, dont les Athéniens furent en effet les premiers instituteurs; non des exercices particuliers de la lutte et du pugilat dont il paraît que les Spartiates ou les Crétois ont les premiers connu l'usage. Cette observation est le résultat d'une note de Périzonius, où ce savant a ramassé les passages de tous les auteurs qui peuvent servir à éclaircir ce point d'antiquité.
(70) Élien distingue deux espèces de poires, piow, pour les Argiens; Žxr‹w, pour les Tirynthiens. Le dernier signifie particulièrement poire sauvage; mais il y a beaucoup d'apparence que le premier, piow, ne doit pas être entendu autrement. Hésychius les confond en expliquant l'un par l'autre : ƒAxr‹da, pion, L‹kvnew. En Laconie on appelait piow le fruit qui était ailleurs nommé Žxr‹w. C'est à l'abondance de ce fruit que le Péloponnèse avait pris le nom d'Apia. Athénée, XIV, 27.
(71) Quique bibunt tenera dulces ab arundine succos, dit Lucain, III, 237, en parlant des Indiens.
(72) Les Carmanes étaient établis dans le golfe Persique, vers l'orient.
(73)Les Méotes, Sarmates d'origine, avaient donné leur nom aux Palus-Méotides, dont ils habitaient les bords, ou en avaient emprunté le leur.
(74) On peut consulter la note de Périzonius sur ces étymologies. Pour les rendre sensibles, il a fallu se permettre, dans la traduction, de commenter un peu le texte.
(75Protrygas, qui vendange le premier; Staphylite, qui produit les raisins; Omphacite, qui n'attend pas,  pour faire le vin, que les raisins soient murs. Ovide a rassemblé la plupart des différents noms donnés à Bacchus, au commencement du liv. IV des Métamorphoses. On en trouvera une liste, beaucoup plus ample, dans une épigramme de l'Anthologie (liv.1, pag. 82, édit. de Brod.), où chaque nom est expliqué dans les notes de Vincent Opsopée.
(76) Apollodore donne trois filles à Praetus, Lysippe, Iphinoé, et Iphianasse.
(77)  Euripide a composé, sur ce sujet, sa tragédie des Bacchantes. Eschyle en avait fait une, intitulée Penthée, qui n'est pas venue jusqu'à nous.
(78)  Plutarque les nomme Leucippe, Arsinoé, et Alcathoé.
(79)...Coepere virescere telae,
Inque hederae faciem pendens frondescere vestis.
Pars abit in vites; et quae modo fila fuerunt,
Palmite mutantur; de stamine pampinus exit
Purpura fulgorem pictis accommodat uvis
. Ovid., Métam., IV, 394.
(80) Cithéron, montagne de Béotie, consacrée â Bacchus. Élien fait allusion au meurtre de Penthée que sa mère Agavé déchira par morceaux sur le mont Cithéron.
(81) Selon Ovide, elles furent changées toutes trois en chauves-souris.
(82) Périzonius conjecture que ce joueur de lyre était du parti du tyran Télys, devenu si odieux aux Sybarites, pour avoir été l'auteur de la guerre contre les Crotoniates, qu'ils massacrèrent ses gardes et ses artisans jusqu'au pied des autels, quand il eut été dépouillé du pouvoir souverain.
(83) Horace a dit ( Od., III, 2) :
Raro antecedentem scelestum 
Deseruît pede poena claudo.

(84) Trophonius était un habile architecte, qui avait construit le temple de Delphes. Après sa mort, il fut mis au rang des dieux : on lui érigea des autels près de la ville de Lebadée, en Béotie, où il rendait des oracles.
(85)  Élien a raison de dire que la seconde opinion est moins répandue que la première. Il est peut-être le seul  qui en ait parlé. Valère Maxime, I, 8, assure que Philippe n'approcha jamais du lieu de la Béotie nommé Quadriga, char à quatre chevaux.
(86) Un article du chap.I du livre suivant peut servir de commentaire à cette loi, qui s'observait chez les habitants de Byblos.
87
  Charès l'accusait de l'avoir abandonné devant Samos, et de d'avoir ainsi empêché de s'en rendre maître. Corn. Népos, Timoth., ch. 3,
88
. Élien veut parler particulièrement de Conon, père de Timothée. 
89
. Thucydide, 1, 95, 128, etc. 
90
. Ce fut â Nicanor, lieutenant de Cassandre, que Phocion fut accusé d'avoir voulu livrer le Pirée : Antipater était mort quelque temps auparavant. Corn. Nép., Phoc., c. 3.