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DENYS D'HALICARNASSE

 
EXAMEN CRITIQUE DES PLUS CÉLÈBRES ÉCRIVAINS DE LA GRÈCE,

PAR
DENYS D'HALICARNASSE;
TRADUIT EN FRANÇAIS POUR LA PREMIÈRE FOIS,
AVEC DES NOTES .

PAR E. GROS, Professeur au Collège royal de Saint-Louis.
TOME PREMIER.

PARIS.
BRUNOT—LABBE, ÉDITEUR,
LIBRAIRE DE L'UNIVERSITÉ ROYALES
QUAI DES AUGUSTINS N" 33.
1826.

MÉMOIRES DE DENYS D'HALICARNASSE SUR LES ANCIENS ORATEURS.

ΔΙΟΝΥΣΙΟΥ ἉΛΙΚΑΡΝΑΣΣΕΩΣ ΠΕΡΙ ΤΩΝ ἈΡΧΑΙΩΝ ῬΗΤΟΡΩΝ ὙΠΟΜΝΗΜΑΤΙΣΜΟΙ

 

DINARQUE
 

 


N. B. Le jugement de Denys d'Halicarnasse sur Dinarque ne se trouve dans aucun manuscrit de la Bibliothèque du Roi.
Holwel ne l'a pas inséré non plus dans son Choix des Mélanges critiques de Denys d'Halicarnasse. Mes principaux guide sont dom Sylburg, Hudson, Reiske et Ed. Rowee Mores.


DINARQUE.
SOMMAIRE:
I. Dinarque n'a point de caractère propre : quatre écrivains ont porté ce nom. - II-III. Naissance et vie de Dinarque. - IV-VIII. Temps où il a vécu et caractère de son éloquence. - IX. A quel signe on peut reconnaître ses discours. - X. Quels sont les discours sur des affaires publiques qui appartiennent à cet orateur. - XI. Idem, qu'on lui attribue à tort. - XII. Discours sur des causes privées dont il est l'auteur. - XIII. Idem, qu'on lui attribue à tort.

I. DANS mes Mémoires sur les anciens orateurs, je n'ai point parlé de Dinarque, parce qu'il n'a pas été le créateur d'un genre nouveau, comme Lysias, Isocrate, Isée; et qu'il n'a pas même perfectionné ce que d'autres avaient inventé, comme Démosthène, Eschine et Hypéride. Cependant, puisque cet orateur est généralement estimé pour la vigueur du style, et qu'il nous a laissé, sur des affaires publiques et sur des causes privées , plusieurs discours qui ne sont pas à dédaigner, j'ai pensé que je ne devais pas le passer sous silence, et qu'il convenait de donner quelques détails sur sa vie et sur le caractère de son talent. Je crois, d'ailleurs, fort important pour les esprits qui ne regardent point l'éloquence comme un exercice frivole, de distinguer les discours qui sont véritablement son ouvrage de ceux qu'on lui attribue à tort; avec d'autant plus de raison que Callimaque et les grammairiens de Pergame n'ont rien écrit d'exact sur cet orateur. Outre qu'ils ne disent rien de nouveau, ils se sont même trompés sur les faits les plus connus: non seulement ils ont avancé un grand nombre de faussetés, et lui ont assigné plusieurs discours qui ne sont pas de lui; mais encore, ils ont attribué à d'autres les discours dont il est le véritable auteur. Le polygraphe Démétrius de Magnésie fait mention de cet orateur dans son Traité des Homonymes. On croirait d'abord qu'il va donner d'utiles renseignements ; mais il ne remplit pas cette attente. Rien n'empêche de transcrire ses propres paroles : « Quatre Dinarque, dit-il, se présentent à nous : le premier est celui qu'on met au nombre des orateurs d'Athènes; le second a écrit sur les actions fabuleuses des Crétois; le troisième, plus ancien que les deux autres et né à Délos, a composé des poésies et des ouvrages historiques; le quatrième, enfin, nous a laissé un traité sur Homère. Je me propose de parler de chacun en particulier : je vais commencer par Dinarque l'orateur. A mon avis, il se rapproche d'Hypéride pour la grâce, et l'on peut même dire qu'il lui est supérieur. Ses preuves sont convaincantes, ses figures variées : il a tant de naturel que l'auditeur est forcé de croire que les choses n'ont pu se passer autrement qu'il le dit. Il y a vraiment de la simplicité à regarder le discours contre Démosthène comme un ouvrage de Dinarque, tant il est éloigné de son caractère. Toutefois, ce discours est si remarquable qu'il a toujours été mis au rang de ses ouvrages, quoiqu'il ne soit pas de lui, tandis que les opinions sont partagées sur les cent soixante environ dont il est véritablement l'auteur. Le style de Dinarque peint fidèlement les mœurs ; il a quelque chose de mordant qui remue les passions ; et s'il est moins véhément que Démosthène, il ne lui est inférieur ni pour la persuasion, ni pour l'à-propos. »

II. Ces détails ne conduisent à aucune notion exacte et positive. Ils n'apprennent rien ni sur la naissance de Dinarque, ni sur l'époque où il vécut, ni sur le lieu où il cultiva l'éloquence. Démétrius s'est borné à recueillir des noms connus de tout le monde : ce qu'il rapporte du grand nombre des discours de Dinarque ne s'accorde point avec les traditions les plus authentiques; et s'il faut dire franchement ce que je pense, il avance tout le contraire. Voici les détails que j'ai rassemblés sur cet orateur. Il était fils de Sostrate et originaire de Corinthe. II vint à Athènes à l'époque où la philosophie et l'éloquence y étaient cultivées avec ardeur, et fut l'ami de Théophraste et de Démétrius de Phalères. Doué d'heureuses dispositions pour l'éloquence, il commença à écrire dans le temps où Démosthène florissait encore : bientôt il devint un orateur distingué. La plus brillante époque de sa réputation fut après la mort d'Alexandre, lorsque Démosthène et les autres orateurs eurent été condamnés à un exil perpétuel ou à la peine capitale, et qu'Athènes n'avait plus d'écrivain célèbre. Pendant quinze ans, il composa des discours pour tous ceux qui l'en chargeaient, jusqu'au moment où Cassandre se rendit maître d'Athènes. Sous l'archontat d'Anaxicrate, à l'époque où les rois Antigone et Démétrius détruisirent la garde établie au port de Munychie par Cassandre, quoique étranger, il fut accusé avec les citoyens les plus distingués, d'avoir détruit la démocratie. Voyant la haine des Athéniens soulevée contre lui, et craignant surtout que ses richesses ne l'exposassent à quelque danger, il n'attendit pas son jugement : il sortit d'Athènes, se retira à Chalcis d'Eubée, où il vécut depuis l'archontat d'Anaxicrate jusqu'à celui de Philippe, c'est-à-dire pendant quinze ans, espérant toujours que Théophraste et ses autres amis lui procureraient le moyen de rentrer dans Athènes.

III. Lorsque Démétrius lui eut permis de revenir de l'exil, ainsi qu'aux autres bannis , il s'embarqua pour Athènes. Arrivé chez Proxène, l'un de ses amis, on lui enleva ses richesses : il touchait alors à un âge avancé et sa vue était très affaiblie. Comme Proxène montrait peu de zèle pour les retrouver, Dinarque lui intenta un procès, au sujet de la perte de sa fortune. Avant cette affaire, il n'avait jamais parlé devant un tribunal. Telle fut la vie de cet orateur. Ces détails sont tirés de l'histoire de Philochore et des paroles mêmes de Dinarque. Dans le discours qu'il prononça contre Proxène, à son retour de l'exil, il s'exprime en ces termes : « Moi, Dinarque de Corinthe, fils de Sostrate, j'accuse Proxène, chez lequel j'habite, de m'avoir dérobé deux talents. Il m'a causé ce dommage, après m'avoir reçu dans sa maison de campagne, lorsque je revenais de Chalcis à Athènes : il m'a volé deux cent quatre-vingt cinq statères d'or que je rapportais de Chalcis, car il en était informé. J'avais aussi, en arrivant chez lui, une vaisselle d'argent estimée à vingt mines : il s'en est emparé. » Il dit encore, au commencement de ce discours, que jamais il n'avait parlé devant un tribunal. Il expose aussi dans l'exorde la perte que Proxène lui a fait éprouver, et parle ensuite de son exil et des autres circonstances de sa vie qui démontrent la vérité de ce que j'ai dit. On voit, par la fin du même discours, que Dinarque avait vécu à Athènes en qualité d'étranger domicilié, et qu'il était déjà vieux lorsqu'il plaida cette cause. Voilà les détails que nous fournit Dinarque. Philochore, dans son histoire de l'Attique, dit, en parlant du renversement de la démocratie et du retour des proscrits : « Pendant l'archontat d'Anaxicrate, la ville de Mégare fut ruinée la première. Démétrius, à son arrivée de Mégare, fit tous les préparatifs du siège de Munychie, et, après en avoir détruit les fortifications, rendit la liberté au peuple. Bientôt plusieurs citoyens furent accusés : de ce nombre était Démétrius de Phalère. Les accusés qui n'attendirent pas la décision des juges furent condamnés à mort : les autres furent absous. » Ainsi s'exprime Philochore dans le huitième livre de son histoire. Dans le neuvième, il dit : « Lorsque cette année touchait à sa fin et qu'une autre allait commencer, un prodige arriva dans l'Acropolis : une chienne, après avoir pénétré dans le temple de Minerve Poliade, se glissa dans celui de Pandrose, et s'avança jusqu'à l'autel de Jupiter Hercien, qui se trouve sous un olivier. C'est une coutume à Athènes que les chiens ne doivent jamais entrer dans l'Acropolis. Dans le même temps, vers la fin du jour et lorsque le soleil disparaissait sous l'horizon, le ciel étant serein, une étoile nouvelle brilla durant quelques moments. Interrogés sur les événements qu'annonçaient ces prodiges, nous répondîmes qu'ils présageaient le retour des bannis; que ce retour ne devait amener aucun changement dans la forme du gouvernement, mais qu'il s'opérerait sans le moindre trouble. Cette prédiction s'accomplit. »

IV. Après ces détails, il me reste une chose importante à faire : c'est de fixer l'époque où florissait Dinarque, afin de reconnaître avec certitude les discours qui sont véritablement de lui, et ceux qu'on a tort de lui attribuer. Et d'abord, je pense qu'il était âgé de soixante-dix ans lorsqu'il revint de l'exil : je me fonde sur ses propres paroles : il dit lui-même qu'il était alors un vieillard. Or, ce nom ne peut convenir qu'à celui qui est arrivé à cet âge. D'après cette supposition assez plausible, car nous n'avons pas de preuve certaine, Dinarque naquit sous l'archontat de Nicophème. Si l'on soutient que cet orateur est né avant ou après cette époque, outre que cette assertion ne repose sur rien, c'est lui enlever plusieurs de ses discours, ou plutôt tous ses discours, à l'exception de cinq ou six : en effet, il serait beaucoup plus ancien que quelques-uns et plus jeune que certains autres. On peut dire, sans craindre de se tromper, qu'il commença à écrire à l'âge de vingt-cinq ou vingt-six ans, à l'époque où la réputation de Démosthène brillait de tout son éclat; et puisque Pythodème est le vingt-sixième archonte après Nicophème, il est à peu près certain que les discours antérieurs à cet archonte et attribués à Dinarque ne doivent pas être regardés comme son ouvrage : il en est de même de ceux qui ont été composés depuis Anaxicrate jusqu'à Philippe. Nul doute qu'on n'alla pas chercher à Chalcis des discours sur les affaires publiques ou sur des causes privées : Athènes, à cette époque, ne manquait pas d'orateurs.

V. Après avoir fixé, avec toute l'exactitude possible, l'époque où vivait cet orateur, afin de bien distinguer les discours qui lui appartiennent de ceux qui ne sont pas de lui, je dois m'occuper du caractère de son éloquence. C'est le point difficile, parce que, dans les discours publics, comme dans les causes privées, Dinarque n'a pas de manière qui lui soit commune avec d'autres orateurs, ni qui lui appartienne en propre. Ici il imite Lysias, et ailleurs Hypéride ou Démosthène : on peut s'en convaincre par une foule de passages. Par exemple, il imite Lysias dans le discours pour Mnésiclès, dans le discours pour Nicomaque contre Lysistrate et dans plusieurs autres. Hypéride, plus sage que Lysias pour l'économie du discours et l'art de développer les choses, lui a servi de modèle dans plus de trente discours, et, notamment, dans l'opposition formée contre Agathon, au sujet d'un héritage. Il présente aussi plusieurs traits de ressemblance avec Démosthène, qu'il s'efforce surtout d'imiter : on peut s'en convaincre par le discours contre Polyeucte. Il débute de la même manière, et dans tout le discours, il le copie fidèlement.

VI. A quel signe peut-on donc reconnaître les compositions qui sont véritablement de Dinarque? Il faut d'abord étudier à fond le caractère des autres orateurs, et lui attribuer, premièrement les discours qui ont de la ressemblance avec ceux de Lysias : en second lieu, et sans s'inquiéter des titres, certains discours que plusieurs critiques attribuent à Hypéride ; enfin ceux qui se rapprochent de la manière de Démosthène, au point qu'on est tenté de les regarder comme l'ouvrage de cet écrivain. Les orateurs qu'il imite ont une physionomie invariable qui les fait reconnaître. Ainsi, Lysias, dans les causes privées comme dans les causes publiques, conserve toujours le même caractère ; c'est-à-dire, un style clair, un arrangement de mots naturel, coulant et bien supérieur pour la grâce à tous les ornements. Hypéride le cède à Lysias pour le choix des mots, mais il l'emporte par rapport aux choses : il varie la forme de ses narrations; quelquefois il suit l'ordre naturel des faits, et d'autres fois il remonte des derniers aux premiers. Dans la confirmation, il fait usage non seulement de l'enthymème, mais de l'épicherème, pour donner plus de développement aux preuves. Démosthène, qui a éclipsé ces orateurs, aussi bien que tous les autres, prend ce qu'ils ont de plus parfait : il se distingue par la clarté et par une diction proportionnée au sujet, par un arrangement de mots qui lui est propre, par des tours serrés et arrondis, par une sage disposition, par le pathétique, et surtout par la véhémence. Quant à Dinarque, il n'est pas toujours semblable à lui-même: on ne peut le reconnaître qu'à son caractère d'imitateur. En effet, l'imitation et le type primitif des discours, si l'on peut parler ainsi, laissent toujours apercevoir une grande différence : on le voit par Isocrate et ses disciples.

VII. Prenons plusieurs discours qui appartiennent à Dinarque, et qui ont une grande ressemblance avec ceux de Lysias. Pour en reconnaître l'auteur, il faut, avant tout, savoir quels sont les traits particuliers qui caractérisent Lysias. Si l'on trouve dans le discours du naturel, de la grâce et un heureux choix de mots ; si rien n'y paraît inanimé, on peut dire avec assurance qu'il est de Lysias. Mais si on n'y remarque ni cette grâce, ni cette persuasion, ni cette correction, ni ce naturel qui sont le cachet du talent de Lysias, on doit le mettre au nombre des compositions de Dinarqne. De même pour les discours attribués à Hypéride. Le style est-il simple, ainsi que l'arrangement des mots; la disposition est-elle convenable; les tours n'ont-ils rien de véhément, rien d'enflé, on peut dire que le discours appartient à Hypéride; car c'est là ce qui le caractérise. Mais si ces qualités manquent, la composition fût-elle d'ailleurs recommandable, il faut le ranger parmi les écrits de Dinarque. On doit suivre la même règle à l'égard de Démosthène. Si vous trouvez une diction majestueuse, un arrangement de mots varié, un pathétique plein de vie, une sorte d'aigreur unie à une grande sagacité; si tout est animé et noble, dites sans hésiter que c'est l'ouvrage de Démosthène; mais ces qualités ne sont-elles point portées à toute leur perfection, ou bien le discours n'a-t-il point partout la même physionomie; qu'il reste au nombre des compositions de Dinarque. En un mot, il est deux moyens de distinguer les productions originales des ouvrages d'imitation : le premier consiste dans un goût naturel qui se fortifie par l'exercice et la lecture; l'autre, qui suit de près le premier, est du ressort de l'art. Que peut-on dire du premier? rien; et sur le second? Que dans tous les genres, l'original a une beauté et une grâce naturelles, tandis que les ouvrages d'imitation, lors même qu'elle est parfaite, sentent le travail et s'éloignent du naturel. C'est par là que non seulement un orateur reconnaît un orateur, mais qu'un peintre distingue les tableaux d'Apelles des tableaux des artistes qui l'ont imité; que le statuaire reconnaît les ouvrages de Polyclète, et le sculpteur ceux de Phidias.

VIII. Les écrivains qui se vantent d'imiter Platon, et qui, ne pouvant atteindre à cette grandeur antique, à ce sublime, à cette grâce et à cette beauté qui le caractérisent, prodiguent les expressions bruyantes et ambitieuses, sont bientôt confondus, à l'aide de ce principe : ceux qui se disent imitateurs de Thucydide, et qui, incapables d'approcher de son énergie, de sa noblesse, de sa vigueur, emploient des tours qui différent peu du solécisme ou sont pleins d'obscurité, sont bientôt démasqués par le même moyen. Il en est encore ainsi des orateurs qui, ayant pris Hypéride pour modèle, n'ont pu reproduire ni sa grâce ni ses autres qualités : ils sont tombés dans l'oubli. Tels sont Artamène, Aristoclès, Philagrius et Molon, qui appartinrent à l'école de Rhodes. Les écrivains qui cherchèrent à copier Isocrate trait par trait devinrent lâches, froids, sans nerf, affectés. On doit ranger dans cette classe Timée, Psaon et Sosigène. Ceux qui ont voulu marcher sur les traces de Démosthène et imiter cet orateur ont fait une tentative louable; mais ils n'ont pu atteindre aux grandes beautés de son éloquence. Dinarque en approche plus que tout autre ; mais il lui est inférieur pour la majesté dans le choix de l'expression; pour la variété et le changement des tours, dans l'arrangement des mots et dans l'invention des preuves : les siennes, loin d'être nouvelles et frappantes comme celles de Démosthène, ont quelque chose de vulgaire et de commun; enfin, dans la disposition, pour la manière de distribuer et de développer les arguments, d'employer la preuve préparatoire, les insinuations et les autres ressources de l'art. Démosthène l'emporte surtout par l'accord parfait de toutes les parties, et l'exacte observation des convenances. En m'exprimant ainsi, je ne prétends pas que Dinarque ne mérite jamais des éloges sous ce rapport : je n'ai voulu parler qu'en général et de ce qui a lieu le plus souvent. C'est pour cette raison que certains critiques l'appellent le Démosthène rustique : ils l'ont jugé d'après les défauts qui se trouvent dans l'économie du discours; car ce n'est point par la forme du corps que le grossier habitant de la campagne diffère de l'habitant poli des villes, mais par la parure et par le maintien.

IX. Tels sont les renseignements que j'ai pu recueillir sur le caractère des compositions de Dinarque. Je vais parler des moyens de reconnaitre les discours qui lui appartiennent. Je me bornerai à en donner le titre. Quant à ceux qu'on lui attribue à tort, j'exposerai, avec toute l'exactitude possible, les motifs qui me déterminent à les rejeter. Comme la connaissance des temps est nécessaire pour cet examen, je commencerai par le catalogue des archontes d'Athènes, depuis l'époque où j'ai placé la naissance de Dinarque, jusqu'à celle où il lui fut permis de rentrer dans sa patrie. Ils sont au nombre de soixante-dix. Voici leurs noms :
Nicophème, Callimède, Euchariste, Céphisodote, Agathoclès, Elpine, Callistrate, Diotime, Eudème, Aristodème, Thessalus, Apollodore, Callimaque, Théophile, Thémistocles, Archias, Eubulus, Lyciscus, Pythodote, Sosigène, Nicomachus, Théophraste, Lysimachide, Charondas, Phrynichus, Pythodème. Nous avons dit que c'est sous l'archontat de celui-ci que Dinarque parla pour la première fois au barreau. Après lui vinrent Evenète, Ctésiclès, Nicocrate, Nicètes, Aristophane, Aristophon, Céphisophon, Euthycrite, Hégémon, Chrémès, Anticlès, Céphisodore, Philoclès (c'est pendant son archontat qu'une garde fut établie à Athènes, et la démocratie dissoute), Archippe, Néachmus, Apollodore, Archippe, Démogène, Démoclide, Praxibule, Nicodore, Théophraste, Polémon, Simonide, Hieromnémon, Démétrius, Charinus, Anaxicrate (pendant son archontat, l'oligarchie établie par Cassandre fut abolie, et les citoyens qui avaient été dénoncés prirent la fuite : de ce nombre était Dinarque) : Coroebe, Euxénippe, Phéréclès, Léostrate, Nicoclès, Calliarque, Hégémachus, Euctémon, Mnésidème, Antiphate, Nicias, Nicostrate, Olympiodore, Philippe : pendant l'archontat de ce dernier, le roi Démétrius permit aux proscrits et à Dinarque de rentrer dans leurs foyers.

DISCOURS SUR DES CAUSES PUBLIQUES,
APPARTENANT VERITABLEMENT A DINARQUE.

X. Examen de la vie de Polyeucte, qui avait obtenu le titre de roi des Archontes : « Πολλὰ μὲν καὶ ἀγαθὰ γένοιτο. » Dénonciation contre Polycucte, chassé de sa tribu par ordre du sénat : « Πάλαι θαυμάζω ὑμῶν » Discours contre Polyeucte, au sujet d'un fonds de terre qui renfermait une mine : « Περὶ μὲν αὐτῆς τῆς μηνύσεως » Allocution concernant le même sujet : « Βραχὺν, ὦ ἄνδρες. » Discours contre Pythéas, accusé d'être étranger : « Ἱκανὴ μὲν ἦν πρόφασις. » Discours contre le même citoyen, au sujet du négoce : « Ἐπειδὴ τοῖς μὲν λέγειν τῶν ῥητόρων » Discours contre Timocrate : « Ὥσπερ δίκαιόν ἐστι ». Discours contre Lycurgue, sommé de rendre ses comptes : « Οἶδα ὅτι, κἂν μηδὲν ὑμῖν. » Défense d'Eschine contre Dinias : « Βουλοίμην ἂν, ὦ ἄνδρες » Discours contre Phormisius accusé d'impiété : « Ἆρά γ' ἔι τινες ». Discours contre Callaeschrus, touchant les honneurs : « Πολλάκις, ὦ Ἀθηναῖοι. » Discours sur la paix : « Ἅπαντα συμβήσεσθαι. » Autre discours contre Dinias, accusé de mauvaise administration : « Ἴσως μὲν, ὦ Ἀθηναῖοι ». Accusation contre Himérius : « Οὐδένα νομίζω, ὦ Ἀθηναῖοι. » Accusation contre Pistias : « Ὥσπερ καὶ ὑμῶν ἕκαστος. » Discours contre Agasiclès, accusé d'être étranger : « Οὐδένα πώποτε οἶμαι. » Dénonciation contre Théocrinus : « Ἀγαθοῦ πατρὸς, ὦ Ἀθηναῖοι.» Callimaque l'attribue à Démosthène. Discours contre Stéphanus, accusé d'avoir fait une proposition contraire aux lois : « Ὑπάρχει τοῦ νόμου δεδωκότος, ὦ ἄνδρες. » Accusation semblable contre Clisthène : « Οὐκ ἀγνοῶ, ἄνδρες. » Contestation entre les habitants de Phalères et Phoenix, au sujet du sacerdoce de Neptune: « Εὔχομαι, νὴ τὴν Ἀθηνᾶν, πρέπειν δή » Discours contre l'inventaire de Céphisophon : « Πρῶτον μὲν, ὦ ἄνδρες, δέομαι. »
Autre discours qui commence par ces mots : « Τὰ μὲν περὶ τὴν ὠνήν. » Apologie en faveur du scribe Phidias contre l'opposition formée par Charès : « Οὔτ' ἔχθρας οὐδεμιᾶς ἕνεκα . » Discours contre Philoclés, au sujet de l'argent distribué par Harpale : « Τί χρὴ λέγειν τὸ πρὸς τῶν. » Discours contre Gnosius, sur le même sujet : « Οὐκ ἄδηλον. » Discours contre Aristonicus sur le même sujet : « Εὐτύχημα μὲν ἦν, ὦ ἄνδρες. » Discours contre Démosthène sur le même sujet : « Ὁ μὲν δημαγωγὸς ὑμῖν. » Discours contre Aristogiton sur le même sujet : « Πάνθ' ὡς ἔοικειν, ὦ ἄνδρες »

DISCOURS SUR DES CAUSES PUBLIQUES,
QUI N'APPARTIENNENT PAS A DINARQUE.

XI. Discours contre Théodore, sommé de rendre compte de son administration : « Ἥκιστα μὲν, ὦ ἄνδρες. » Ce discours est antérieur à Dinarque, car il fut prononcé sous l'archontat de Théophile ou de Thémistocle, trois ans après l'archontat de Thessalus, comme on le voit par son contenu même. A cette époque, Dinarque n'avait pas encore atteint sa quinzième année. - Discours contre les héraults : « Εἰ μὲν, ὁ πατὴρ, ὦ ἄνδρες. » Cette cause fut plaidée sous l'archontat d'Eubulus ou de Lyciscus, qui succéda à Eubulus. Dinarque n'avait pas encore vingt ans, car le discours pour un citoyen chassé d'Athènes fut prononcé pendant l'archontat d'Archias, successeur de Thémistocle : on le voit par le discours même. - Discours contre Moschion, accusé par Nicodicus : «Υἱὸν ἀποψηφισάμενον, ὦ ἄνδρες, τουδὶ Μοσχίωνος συμβαλών . » Il fut prononcé vers le même temps que le précédent : la chose est visible par l'exorde et même par la suite du discours. - Discours contre Ménéclés, accusé d'avoir fait emprisonner la prêtresse Ninus : « Ὦ ἄνδρες δικασταὶ, καὶ τῶν νόμων, καθ' οὕς. » Il fut prononcé pendant l'enfance de Dinarque, car l'accusé est Ménéclès qui fit arrêter cette prêtresse, et l'accusateur le fils même de Ninus. Ces faits sont antérieurs à la jeunesse de Dinarque, puisque le discours de Démosthène contre Boëtus, au sujet du nom, et dans lequel il en est question, fut prononcé pendant l'archontat de Thessalus ou d'Apollodore, comme je l'ai prouvé dans le Traité sur Démosthène. Dans ce discours, Démosthène parle de Ménéclès comme d'un homme déjà mort : « Vous savez que Boëtus était fort lié avec Ménéclès, quand il vivait. » Cette cause est donc plus ancienne ; car c'est le même Ménéclès : ce que dit l'accusateur dans le discours de Démosthène en est la preuve. - Discours sur la contestation des Athmonéens, au sujet de Myrrhine et de Milax : « Εὔχομαι δὴ τῇ Δήμητρι καὶ τῇ Κόρῃ. » Il est antérieur à la jeunesse de Dinarque; puisqu'il fut prononcé sous l'archontat de Nicomaque, comme le prouve le discours thème : cet orateur n'avait alors que vingt et un ans. Tels sont les discours qu'on a tort de mettre au nombre des ouvrages composés par Dinarque, pendant sa jeunesse. Nous allons énumérer ceux qu'on regarde comme postérieurs à son départ d'Athènes pour Chalcis. - Discussion au sujet du sacerdoce de Cérès contre un hiérophante « Πολλῶν καὶ παραδόξων, ὦ ἄνδρες δικασταί. » Cette cause fut plaidée, lorsque Dinarque était déjà en exil : le discours lui-même le prouve, puisqu'il y est question du renversement de l'oligarchie. - Le discours contre Timocrate, accusé d'avoir détruit la démocratie : « Ἔργα ποιεῖς. » Le titre même fait voir que ce discours est attribué mal-à-propos à Dinarque. - Discours contre Spudias : « Καὶ ἐν τῷ δήμῳ κατηγορήσειν ὑπεσχόμην. » Il fut prononcé après la destruction de l'oligarchie, et lorsque Dinarque était en exil, comme on le voit dans le discours. - Discours sur la discussion des habitans d'Evonyme avec les hérauts, au sujet des corbeilles sacrées : « Οὐδαμῶς τοιαῦτα πράγματα. » fut prononcé à l'époque où Dinarque était en exil : la preuve se trouve aussi dans le discours. - Discours intitulé l'Attique : « Πάντων ἦσαν ὁμοίως. » II fut prononcé vers le même temps, d'après ce qu'on voit par le discours même. - Discours intitulé l'Etolique : « Καὶ ἡμεῖς, ὦ ἄνδρες Αἰτωλοὶ, πρέσβεις. » L'oligarchie était déjà établie, lorsqu'il fut prononcé par les Athéniens exilés. Ils l'adressaient aux Etoliens pour les conjurer de les secourir, à l'époque où Cassandre faisait des efforts pour leur rendre la liberté : on le voit par le discours même. Il n'est pas probable que Dinarque, ami des fondateurs de l'oligarchie, ait soutenu ceux qui voulaient la détruire; et d'un antre côté, on ne peut supposer que les proscrits demandèrent une harangue à cet orateur. - Discours pour Diphile, qui sollicitait des récompenses publiques; il appartient au genre délibératif : « Διὰ τὸ μὴ ῥᾴδιον εἶναι. » Je pense que Démosthène en est l'auteur, et parce qu'il en composa un pour demander des récompenses publiques en faveur de ce Diphile, comme le prouve Dinarque dans son plaidoyer contre Démosthène, et parce qu'à la fin du discours, Diphile adresse des prières à Démosthène, son défenseur. Il ne me paraît point vraisemblable que Démosthène, ami de Diphile, et qui sollicitait pour lui des récompenses, lui eût permis de recevoir un discours de Dinarque. - L'apologie pour le négociant Hermias, au sujet des accusés : « *δέομαι ὑμῶν, ὦ ἄνδρες. » Le style même prouve que ce discours n'est point de Dinarque : il est languissant, faible et froid. Je l'attribuerais plutôt à Démoclide, à Ménaesechme, ou à quelqu'autre orateur semblable. Je retranche aussi des ouvrages de Dinarque deux discours concernant Mémesechme, l'un intitulé : sur le Sacrifice de Délos : « Ἰκετεύομεν ὑμᾶς.», l'autre contre Périclès et Démocrate, et qui commence par ces mots : « Νομίζομεν, ὦ ἄνδρες. », soit parce que le style en est languissant, diffus et froid; soit parce que l'orateur qui les prononça, jouit de quelque célébrité, remplaça Lycurgue dans l'administration des deniers publics, et fut souvent exposé à rendre des comptes, comme il le dit lui-même dans le discours. De plus, il ne fut point tellement dépourvu de talents pour traiter les causes publiques ou les causes privées, qu'il se vit forcé de recourir à l'éloquence de Dinarque. - Discours sur la nécessité de ne point livrer Harpale à Alexandre : « Οὐκ ἄξιον ἄρα θαυμάζω. » Il ne porte pas non plus empreinte du caractère de Dinarque : sans parler des autres défauts qui s'y trouvent, il est plat, sophistique, et s'éloigne beaucoup de la manière de Dinarque. - Le discours sur Délos : « Ἀπόλλωνος καὶ Ῥοιοῦς τῆς Ταφύλον. » Il ne peut être de Dinarque et appartient à un autre orateur : ce qui le prouve, c'est le caractère du style, qui a quelque chose de suranné, et la description topographique de Délos et de Léros. - Discours contre Démosthène, accusé d'avoir violé les lois : « Εἰώθατε, ὦ ἄνδρες. » Dans les tables de Pergame, on le donne comme un ouvrage de Callicrate. Je ne sais s'il est de lui, car je n'ai jamais lu de ses discours; mais il est tout-à-fait opposé au genre de Dinarque, faible, insignifiant, et rempli de futilités.

DISCOURS SUR DES AFFAIRES PRIVÉES,
QUI APPARTIENNENT VERITABLEMENT A DINARQUE.

XII. Discours contre Proxène qu'il accusa de lui avoir fait éprouver du dommage. Dinarque le composa pour lui-même , il commence par ces mots : « εἴ τίς μοι θεῶν, ὦ ἄνδρες. ». Discours contre Céphisoclès et ses domestiques, sur un dommage qu'il en avait reçu : « Ἃ μὲν ἐγκαλῶν, ὦ ἄνδρες. » Discours contre Phanoclés, qui l'accusait de lui avoir causé du dommage : « ᾬμην μὲν ἐγὼ, ὦ ἄνδρες.» Discours contre Nicostrate pour Nicomaque sur un semblable sujet : « Ἄνδρες δικασταὶ, ὅτι μὲν ἰδιώτης » Défense pour Parménon contre un esclave, au sujet d'un dommage : « Καὶ παραγεγενημένος ὕστερον, ἄνδρες δικασταὶ, ἔγωγε ἔγνων ὅτι Παρμένων ἀδικεῖται. » Discours contre Posidippe, au sujet d'un vol : « *Ἀδικηθεὶς, ὦ ἄνδρες. » Discours contre Hélycas , accusé de défection: « Καταλιπόντος ἐνοτίου πατρός. ». Dicours contre Archestrate accusé du même délit : « Πολλὰ καὶ ἀγαθὰ γένοιτο. » Défense d'Hégélochus, au sujet d'un héritage : « Ὥσπερ καὶ ἡμῶν ἕκαστος. » Discours pour la fille d'Iophon, au sujet d'un héritage: « Ἄνδρες δικασταὶ, οὐ πένης ὤν.» Autre discours commençant par ces mots : «» Discussion qui a pour objet de prouver qu'on ne doit pas élever de contestation juridique sur les filles d'Aristophon : « Τοῦ νόμου δεδωκότος, ὦ ἄνδρες. » Discours contre Pédiée, sur les injustices commises à l'égard d'un orphelin : « Μηδεὶς ὑμῶν, ὦ ἄνδρες, θαυμάσῃ. » Contestation contre Charès, au sujet de l'héritage d'Hétiette : « Πολλάκις ἤδη ἤκουσα. » Discours sur l'héritage de Mnésiclès : « Δικαίαν, ὦ ἄνδρες, δέησιν. » Discours contre Proxène, au sujet d'une injure : « Ὑβριστής ἐστιν, ὦ ἄνδρες, πληγῶν. » Il devait être intitulé : Apologie pour Epicharés contre Philotas, concernant une injure : « Τὸν θαυμαστὸν, ὦ ἄνδρες.» Discours contre Cléomédon, accusé d'avoir fait battre de verges un citoyen : « Ὅτι μὲν, ὦ ἄνδρες, καὶ ὁ πατὴρ Θεόδωρος δή. » Discours contre Dioscoride, au sujet des vaisseaux :
« Δικαίως ἂν οἴμαι, ὦ ἄνδρες. » Discours sur une collecte, contre les enfants de Patroclès : « Ἃ μὲν ἀδικούμενος, ὦ ἄνδρες. » Discussion contre Aminocrate, au sujet des produits d'une terre : « Ἐπὶ τοὐπίσου, ὦ ἄνδρες, ἀνάγκη ἐστί. » Discours au sujet d'un cheval : « Τοῦ μὲν ἀγῶνος, ὦ ἄνδρες. » Autre discours commençant ainsi : « Ἐβουλόμην ἂν, ὦ ἄνδρες.» Discours pour Lysiclide contre Daus, concernant des esclaves : « Ἃ μὲν ἀδικούμενος, ὦ ἄνδρες, » Discours sur les moyens déclinatoires présentés contre Biotès : « Ὅτι μὲν, ὦ ἄνδρες, καὶ αὐτὸς ἀπείρως. » Discours contre Théodore, accusé de faux témoignage : « Νομίζομεν, ὦ ἄνδρες.  » Apologie pour Agathon : « Ὥσπερ καὶ αὐτὸς εἴρηκεν Ἀγάθων.» Défense de l'affranchi Eschyle, qui avait choisi Xénophon pour patron : « Χρήσασθαι μὲν, ὦ ἄνδρες. » Discours contre Philippe, au sujet des mines : « Ὅτι μὲν, ὦ ἄνδρες. ». Discours intitulé Callippe, au sujet d'une adoption , et qui aurait dû être intitulé : Discours pour Théodore, qu'Archéphon avait mis au nombre de ses enfants : « Βουλοίμην ἂν, ὦ ἄνδρες, ὥσπερ καλὸν καὶ δίκαιον.» Discours sur l'héritage d'Archéphon : « Καὶ δίκαιον εἶναι νομίζων. »

DISCOURS SUR DES AFFAIRES PRIVEES.
ATTRIBUES MAL-A-PROPOS A DINARQUE.

XIII. Discours sur les moyens déclinatoires présentés contre Pédiée : « *Κατὰ τὸν νόμον τοῦτον. » Il fut prononcé sous l'archontat d'Aristodème, comme le discours lui-même le prouve; car les colons envoyés à Samos partirent pendant qu'Aristodème était archonte, ainsi que le rapporte Philochore. Dinarque avait à peine dix ans. - Discours contre Mélésandre, au sujet de la trirème qui devait étre équipée à ses frais : « Ὥσπερ οἱ νόμοι κελεύουσιν, οὗ ἂν ὁ λόγος.  » Celui qui prononça ce discours s'exprime comme si l'injustice dont il y est question eût été commise pendant l'archontat de MoIon : il dit que l'accusation fut intentée, un an après, par Agathon, sous l'archontat de Nicophème: c'est l'époque de la naissance de Dinarque. - Discours contre Boêtus, au sujet du nom : « Οὐδεμία φιλοπραγμοσύνη.». « Quand on n'aurait point d'autres preuves de l'erreur de ceux qui disputent ce discours à Démosthène pour l'attribuer à Dinarque, la supputation des temps suffirait pour montrer qu'ils se trompent. II y est question d'une excursion contre Tamynes, comme d'un événement récent : or, cette excursion des Athéniens eut lieu sous l'archontat de Théophile; Dinarque avait alors treize ans. -Discours contre Mantithée, au sujet d'une dot : « Πάντων ἐστὶν ἀνιαρκότατον. » Il est postérieur au précédent, avec lequel il a une grande ressemblance de style qui prouve que c'est l'ouvrage du même orateur; mais cet orateur n'a point vécu du temps de Dinarque. Toutefois, cette cause ne lui est point postérieure de beaucoup d'années; mais de deux ou trois seulement, comme je l'ai prouvé plus exactement dans mon Traité sur Démosthène. - Discours pour Athénade contre Amynticus, au sujet d'un vaisseau : « Φίλος μοι καὶ ἐπιτήδειος ὤν. ».  Autre discours qui commence ainsi : « Οἴομαι μὲν ὑμᾶς, ὦ ἄνδρες. » Ce dernier fut prononcé
lorsque Diopithe commandait encore les armées d'Athènes sur les bords de l'Hellespont, comme on le voit par son contenu même : c'est à l'époque de l'archontat de Pythodote, suivant Philochore et les autres historiens. Dinarque n'avait pas encore atteint sa vingtième année. - Discours contre Mécythus, au sujet des mines :
« Πριάμενοι μέταλλον, ὦ ἄνδρες. » II fut prononcé pendant l'archontat de Nicomaque. L'orateur dit qu'il fit l'acquisition des mines sous l'archontat d'Eubulus; qu'après les avoir exploitées trois ans, chassé par un homme qui en possédait d'autres dans le voisinage, il l'avait cité en justice pendant l'archontat de Nicomaque. Dinarque avait alors vingt et un ans. - Apologie de la tutelle de Satyrus contre Charidème : « Μὴ μεγάλου κινδύνου συμβεβηκότος. » Ce discours fut prononcé aussi pendant l'archontat de Nicomaque. - Discours contre Mégaclide , au sujet de l'échange des biens : « Εἰ μὲν ἔδει, ὦ ἄνδρες, πρὸς τρεῖς, ἢ τέτταρας. » L'orateur est Apharée. Ce discours ne peut être mis au nombre de ceux de Dinarque, car il fut prononcé pendant que le général Timothée vivait encore, quelque temps après la stratégie de Ménesthée, vers l'époque où, forcé de rendre compte de sa conduite, il fut condamné à la peine capitale. Or, Timothée fut jugé sous l'archontat de Diotime, successeur de Callistrate.