Dion Cassius, traduit par E. Gros Tome IX

DION CASSIUS

HISTOIRE ROMAINE.

TOME DIXIÈME : LIVRE LXXVIII

Traduction française : E. GROS.

livre LXXVII - livre LXXIX

 

 

Livre LXXVIII
 

 

Τάδε

[

An de Rome 969. C. Atius Salinus et Pomponius Anullinus consuls.

1. Menant après cela, son armée contre les Parthes, sous prétexte qu'Artabanos ne voulait pas lui donner sa fille, dont il avait demandé la main (Artabanos, en effet, savait bien que l'intention de l'empereur était, en apparence, d'épouser sa fille, mais, en réalité, de s'emparer du royaume des Parthes), Antonin dévasta une grande partie de la contrée qui entoure la Médie, attendu la soudaineté de son attaque, renversa des médailles, prit Arbèles, et, ouvrant les tombeaux des rois parthes, dispersa les ossements, car les Parthes n'en vinrent même pas aux mains avec lui. Aussi n'ai-je rien de particulier à raconter sur les événements d'alors, sinon le fait de deux soldats qui, ayant volé une outre de vin, se rendirent devant Antonin avec la prétention, chacun, de s'approprier le butin tout entier, et qui, sur son ordre de partager le vin, tirèrent leurs épées et coupèrent l'outre en deux pour en avoir la moitié avec celle du vin. Tel était, en effet, leur respect pour leur empereur qu'ils l'importunaient pour de pareilles contestations ; tel était aussi leur esprit qu'ils perdirent et l'outre et le vin. Les barbares donc se retirèrent dans les montagnes au-delà du Tigre, afin de se préparer à la défense ; Antonin cacha cette retraite, et se vanta d'avoir complètement défait ceux qu'il n'avait même pas vus, d'autant plus qu'un lion, descendu tout à coup d'une montagne, avait combattu pour lui, ainsi qu'il l'écrivit.

2. Ce n'était pas seulement dans les autres circonstances qu'il s'écartait des coutumes et des lois de son pays, même dans les expéditions [.... vérité, car j'ai lu le livre qu'il a écrit sur ce sujet. Il avait tellement conscience de ses dispositions à l'égard de tous les sénateurs, qu'il se saisissait des esclaves de beaucoup d'entre eux qui ne murmuraient même pas, de leurs affranchis et leurs plus intimes amis, et qu'il les interrogeait par la torture pour savoir si un tel l'aimait ou si un tel le haïssait. Car, selon les figures formées par les astres au moment de la naissance des principaux citoyens qui l'entouraient, il jugeait, disait-il, de l'affection et de l'aversion, qu'on avait pour lui, et plusieurs durent à cela, les uns des honneurs, les autres la mort.

An de Rome 970. Bruttius Praesens et Messius Extricatus consuls.

3. Les Parthes et les Mèdes, irrités des traitements qu'on leur faisait subir, ayant rassemblé une nombreuse armée, Antonin fut dans les dernières transes ; car, s'il était audacieux à menacer et prompt à oser, il était lâche pour combattre et faible pour résister aux fatigues. Il ne pouvait plus supporter ni la chaleur ni les armes, à tel point qu'il était vêtu de tuniques à manches, faites en forme de cuirasse, de manière que, paraissant avoir des armes, sans en supporter le poids, on ne conspirât pas contre lui et on l'admirât. Il faisait souvent usage de ces tuniques, lors même qu'il n'y avait pas de bataille. Il portait une chlamyde, tantôt entièrement de pourpre, tantôt avec une bande blanche au milieu ; parfois même, je lui ai vu une chlamyde blanche avec une bande de pourpre au milieu. En effet, en Syrie et en Mésopotamie, il fit usage de l'habit et de la chaussure des Celtes. Il imagina une sorte de vêtement d'une coupe barbare, composé de morceaux cousus en forme de lacerne ; il s'en revêtit fréquemment, ce qui lui valut le surnom de Caracallus, et ordonna que les soldats surtout en fussent couverts. Les Barbares voyant cette condutie d'Antonin, apprenant que ses soldats étaient énervés par la mollesse à laquelle ils s'étaient auparavant abandonnés (entre autres choses, ils passaient l'hiver dans des maisons, consommaient le bien de leurs hôtes comme s'il leur eût appartenu), [sentant que al fatigue et la misère présente avait tellement brisé les corps et abattu les âmes, que cette armée était devenue indifférente aux nombreuses largesses qu'elle recevait à chaque instant de l'empereur], les barbares prirent courage, persuadés qu'ils auraient en elle des alliés et non des ennemis [.... ]

4. Antonin se préparait aussi de son côté ; mais il ne lui fut pas donné de faire la guerre, car il fut tué au milieu des soldats qu'il estimait tant et en qui il avait une si grande confiance. Un devin ayant prédit, en Afrique, de façon que la prédiction se répandit dans le public, que Macrin, préfet du prétoire, et son fils Diaduménien devaient arriver à l'empire, et ayant été, pour ce motif, envoyé à Flavius Maternianus, qui commandait alors à Rome les soldats de la ville, lui découvrit le complot ; et celui-ci en écrivit à l'instant à Antonin. Les circonstances voulurent que cette lettre, faisant un détour, fût envoyée à Antioche à Julia [mère de l'empereur], attendu qu'elle avait ordre de trier toutes les dépêches, afin de ne pas incommoder inutilement, en les lui envoyant, le prince occupé en pays ennemi ; cependant une autre lettre, venant de la part d'Ulpius Julianus, alors chargé du cens, lettre où il l'instruisait de ce qui se passait, arrivait, protée par d'autres courriers, droit à Macrin ; de sorte que la lettre à l'empereur subit un retard, tandis que la lettre envoyée à Macrin fut lue par lui auparavant. Craignant donc d'être mis à mort par l'empereur à cause de cette prédiction, et aussi parce qu'un Egyptien, nommé Sérapion, avait, quelques jours auparavant, dit en face à Antonin que sa vie ne serait plus de longue durée et que Macrin lui succèderait, [Macrin ne différa plus, Sérapion, en effet, d'abord] exposé à un lion, n'ayant pas été touché par l'animal à qui il se contenta, dit-on, de tendre la main, fut tué, bien que, à ce qu'il prétendit, il eût pu échapper aussi à ce supplice en invoquant certaines divinités, s'il eut vécu seulement un jours de plus.

5. Quant à Macrin, [il n'éprouva aucun mal, mais il se hâta], pendant qu'il était perdu, d'autant plus qu'Antonin avait [tout à coup, la veille de son jour natal,] écarté, l'un sous un prétexte, l'autre sous un autre, comme pour leur donner des honneurs, [les amis qui l'entouraient. [........................ persuadé que le destin le lui réservait, et il avait pris de cela même un surnom.] S'étant par suite, entendu avec deux tribuns des cohortes prétoriennes, [les deux frères Aurélius Némésianus et Aurélius Apollinaris, ainsi qu'avec Julius Martialis, qui servait dans les vétérans], et était personnellement irrité contre Antonin, [qui lui avait refusé le grade de centurion], il ourdit un complot. Voici de quelle manière l'entreprise fut exécutée. Le 8 avril, Antonin étant parti d'Edessa pour aller à Carrhes, et étant descendu de cheval pour satisfaire à une nécessité de la nature, Martialis, s'approchant de lui comme s'il eût eu besoin de lui parler, le frappa d'un petit poignard. Il prit aussitôt la fuite, et il n'aurait pas été découvert, s'il avait jeté son arme ; au lieu que, cette arme l'ayant fait reconnaître, il fut percé d'un coup de javelot par un des Scythes qui accompagnaient Antonin. Les tribuns sous prétexte de porter secours à l'empereur, l'égorgèrent. [Or, ce Scythe n'accompagnait pas le prince seulement à titre d'allié, mais encore comme chargé pour ainsi dire, de sa garde.

6. Antonin, en effet, avait donné des armes à des Scythes et à des Celtes, tant libres qu'esclaves, qu'il avait enlevés à leurs enfants et à leurs femmes, et il les tenait autour de sa personne, ayant plus de confiance en eux que dans les soldats ; aussi, entre autres faveurs, il leur accordait des grades de centurion et les appelait des lions. Il donnait souvent audience aux ambassadeurs envoyés par des nations étrangères, sans que, à l'exception des interprètes, il y eût d'autres assistants que ces gardes, et il leur donnait pour instruction, au cas où lui arriverait quelque chose, de marcher sur Rome, dont, selon lui, il était très facile de s'emparer, et, pour que rien de cela ne transpirât jusqu'à nous, il faisait tuer sur-le-champ les interprétes. Malgré cette précaution, nous avons appris, dans la suite, ce fait de la bouche des barbares eux-mêmes, et de celle de Macrin ce qui avait rapport aux poisons ; car Antonin s'en était, soit par réquisition, soit par achat, procuré auprès des habitants de la Haute-Asie une si grande quantité et une si grande variété, que l'on compta sept millions cinq cent cinquante mille drachmes dépensés pour cela, dans l'intention de faire périr en secret et de manières diverses, un aussi grand nombre de personnes qu'il le voudait. Plus tard ces poisons, ayant été trouvés dans le palais, furent tous brûlés ; [pour le moment, les soldats, irrités de cet état malheureux, et, entre autres motifs encore, de ce qu'on leur préférait les barbares, cessèrent de porter au prince une vaine affection, et, lorsqu'un complot s'ourdit contre lui, ils ne le secoururent pas]. Ainsi finit Antonin, après une vie de vingt-neuf ans quatre jours (il était né le 4 avril) ], et un règne de six ans deux mois et deux jours.

7. A cet endroit de mon histoire, s'offrent en foule à mon esprit des circonstances qui sont pour moi un sujet d'étonnement. Au moment où il allait sortir d'Antioche pour la dernière fois, son père se présenta en songe devant lui, tenant une épée à la main, et lui disant : "De même que tu as tué ton frère, de même je t'égorgerai ;" et les haruspices l'avertirent de prendre garde à ce jour, en employant sans détour l'expression :"Les protes du foie de la victime sont fermées." Après cet avertissement, il passa par une porte sans faire cas de rien, même du lion qu'il appelait Acinacès (cimeterre), son compagnon de table et de lit, qui le retint à sa sortie et lui déchira son vêtement ; car il nourrissait plusieurs autres lions et il en avait toujours quelques-uns autour de lui ; mais celui-là, il l'embrassait, souvent même en public. Voilà ce qui eut lieu ; de plus, un peu avant sa mort, à Alexandrie, comme je l'ai entendu raconter, le feu, ayant subitement envahi avec violence tout l'intérieur du temple de Sérapis, n'endommagea absolument aucun autre objet que l'épée dont l'empereur avait tué son frère ; [ensuite, le feu s'étant arrêté, des étoiles se montrèrent en grand nombre] ; à Rome, [un génie, revêtu de la forme humaine, mena un âne au Capitole et ensuite au palais, cherchant, disait-il, le maître de l'animal, et ajoutant que ce maître avait péri et que c'était Jupiter qui régnait. Saisi, à raison de ce fait et envoyé à Antonin par Maternianus : "Je m'en vais, dit-il, comme tu me l'ordonnes, mais ce ne sera pas à l'empereur actuel, ce sera à un autre que j'arriverai" ; puis parvenu à Capoue, il disparut.

8. Ce fait se passa tandis qu'il vivait encore.] Aux jeux du cirque, [célébrés en l'honneur du règne de Sévère], la statue de Mars, qu'on y portait en pompe, tomba ; mais cette circonstance est la moins importante : la plus importante, c'est que ceux de la fraction des Bleus, ayant, après avoir été vaincus, aperçu un geai qui faisait entendre avec grande force des cris sinistres, dirigèrent tous sur lui leurs regards, et tous, comme de concert, s'écrièrent à l'instant : "Bonjour, Martialis ; Martialis, il y a longtemps que nous ne t'avons vu ;" non que jamais le geai eût été ainsi nommé, mais parce que, comme s'ils eussent obéi à une inspiration, ils saluaient, en cet oiseau, Martialis, le meurtrier d'Antonin. Antonin aussi sembla lui-même à quelques-uns avoir annoncé sa fin en disant dans la dernière lettre qu'il écrivit au sénat : "Cessez de souhaitez que mon règne dure cent ans ; " c'était, en effet, une acclamation toujours répétée depuis qu'il était parvenu à l'empire, et ce fut alors la première et la seule fois qu'il la blâma, reprochant en paroles aux sénateurs de souhaiter l'impossible, et, en réalité, annonçant que son règne n'aurait plus aucune durée. Comme un jour quelques personnes tiraient un présage de cette défense, cela me rappela, pour ma part aussi, qu'à Nicomédie, au festin qu'il nous donna pour les Saturnales, après une foule de propos du genre de ceux qu'on tient d'ordinaire à table, l'empereur, quand nous fûmes levés, m'appelant à lui, me dit :"Euripide, ô Dion, a dit autant d'élégance que de vérité que

Les destinées se manifestent sous bien des formes différentes ; les dieux accomplissent beaucoup de choses contre notre attente, et celles que nous attendions n'arrivent pas ; mais un dieu fraye la voie aux événements imprévus. Ce qui vient de se passer en est une preuve éclatante."

Sur le moment, cette citation sembla une niaiserie sans portée ; mais comme il périt peu après, et que ce fut la dernière parole qu'il prit la peine de m'adresser, on jugea qu'il avait en quelque sorte prophétisé ce qui devait lui arriver, à l'exemple de Jupiter surnommé Bélus, ce qui est adoré à Apamée de Syrie ; ce dieu, en effet, adressa ces paroles à sévère, lorsqu'il était encore simple particulier :

Semblable pour les yeux et à la tête, à Jupiter qui se plaît au bruit de la foudre, à Mars, pour la ceinture, et à Neptune, pour la poitrine.

Plus tard, lorsque Sévère fut devenu empereur, il lui rendit cet oracle :

Ta famille toute entière nagera dans le sang.

9. [Le corps d'Antonin fut alors brûlé, et ses os, rapportés secrètement, la nuit à Rome, furent déposés dans le monument des Antonins ; car tout le monde, sénateurs et particuliers, hommes et femmes, étaient animés contre lui d'une haine tellement forte, que, dans toutes leurs paroles, et dans toutes leurs actions, ils le traitaient comme le plus grand ennemi de l'Etat. S'il ne fut pas flétri par un décret, ce fut à cause des soldats, qui, n'ayant pas obtenu la paix dont ils espéraient être récompensés par Macrin, et privés des gains qu'ils faisaient sous le prince défunt, se prirent à le regretter, et parvinrent à le faire mettre au nombre des héros ; il est clair que cette décision fut sanctionnée par un sénatus-consulte]. Du reste, les paroles outrageantes de tous à son égard ne tarissaient pas ; on ne l'appelait plus Antonin ; [les uns l'appelaient Bassianus, de son ancien nom, les autres] Caracallus, comme je l'ai dit, [d'autres encore] Tarautas, du surnom du gladiateur qui à la petitesse et à la laideur de son extérieur joignait [une âme audacieuse et] sanguinaire.

10. Voilà, quelque nom qu'on lui donne, quelles furent les actions de ce prince : pour moi, avant même qu'il fût arrivé au pouvoir, son père m'avertit en quelque sorte que j'aurais à écrire aussi ces événements. Dans une grande plaine, je crus voir toute l'armée romaine sous les armes, comme Sévère était déjà mort, et, [dans cette plaine,] le prince assis sur une colline et sur une haute tribune, parlant aux soldats. Quand il me vit, debout en sa présence, écouter ce qu'il disait, il m'adressa ces mots : "Approche, Dion, afin de connaître exactement, pour l'écrire, tout ce qui se dit, et se fait ici." Telles furent la vie et la mort de Tarautas ; [à sa suite, périrent ceux qui avaient pris part au complot, les uns sur-le-champ, les autres un peu plus tard ; en outre, ses familiers et les Césariens furent mis à mort ; tellement le destin avait attaché à sa personne un génie meurtrier et pour ses ennemis et pour ses amis.]

11. Macrin était Maure de naissance, originaire de Césarée, fils de parents tellement obscurs, [qu'on l'a comparé, avec beaucoup de justesse, à l'âne conduit par le génie dans le palais] ; il avait, d'ailleurs, une oreille percée à la façon de [la plupart] des Maures ; mais sa modération couvrait la bassesse de son extraction ; quant aux lois, il était moins habile dans leur connaissance que fidèle à les faire appliquer. [Aussi la défense d'un ami en justice lui ayant valu la connaissance de Plautianus, il fut d'abord son intendant ; puis, après avoir failli périr avec lui et avoir été sauvé contre toute attente par Cilon, qui le réclama, il fut préposé aux postes de sévère sur la voie Flaminia ; ] enfin, [après avoir reçu pour peu de temps,] d'Antonin, [le titre de procurateur,] il fut nommé préfet du prétoire et remplit cette charge avec habileté et justice [dans tout ce qu'il fit de son propre chef. Avec un tel caractère, parvenu à une si grande élévation, il conçut dans son esprit, du vivant même de Tarautas, pour la raison que j'ai dite, l'espoir d'être empereur] ; et, après la mort du prince, ce ne fut, ni le jour même, ni les deux suivants, qu'il envahit ouvertement le pouvoir, de peur de sembler l'avoir tué dans ce dessein ; il laissa les affaires des Romains, pendant ce temps, marcher sans être dirigées par un chef absolu et sans qu'eux-mêmes eussent connaissance de cette vacance : des amis, envoyés partout aux soldats campés en Mésopotamie à cause de la guerre, mais qui, au lieu d'être réunis dans un seul endroit, étaient dispersés çà et là, les lui concilièrent, l'espérance de les débarrasser d'une guerre dont ils étaient surtout accablés. C'est ainsi que le quatrième jour, qui était le jour natal de Sévère, il fut comme un homme à qui l'on fait violence, élu empereur par ces troupes.

12. Dans sa harangue aux soldats, il leur dit une foule de choses agréables, et fit concevoir aux autres citoyens l'espérance de nombreux avantages, en relevant ceux qui avaient encouru une peine à vie pour quelque impiété (je parle de ce qu'on appelle impiété à l'égard des empereurs) de la condamnation prononcée contre eux ; en relâchant ceux qui étaient accusés des crimes de ce genre ; en révoquant les réglements de Caracallus en matière de testament et d'affranchissement et Aurélianus qu'ils réclamaient.......

fragments de texte grec

..... ; il défendit aussi qu'on lui érigeait aucune statue du poids de plus, soit de cinq livres en argent, soit de trois livres en or.

fragments de texte grec

13. ...... éloges, il s'attira de la part des gens sensés un blâme presque aussi grand que pour avoir mis certaines personnages au rang des consulaires, et les avoir aussitôt envoyés gouverner des provinces, bien que, pour avoir reçu les ornements consulaires, il eût refusé de figurer, l'année suivante, comme consul pour la seconde fois, exemple qui, introduit par Sévère, avait été imité par son fils. Si, en cela, Macrin agit à son égard et à celui d'Adventus d'une manière conforme à l'usage, il ne laissa pas que de commettre une grave inconséquence en envoyant Marcius Agrippa commander d'abord en Pannonie, puis en Dacie, tandis que Sabinus et Castinus, gouverneurs de ces provinces, étaient, en apparence parce qu'il avait besoin de s'entretenir avec eux, en réalité parce qu'il redoutait l'élévation de leurs sentiments et leur amitié pour Caracalla, aussitôt mandés près de lui. Il déléguas donc Agrippa en Dacie, et Décius Triccianus en Pannonie ; le premier, ancien esclave chargé de la parure d'une femme et appelé en justice sous Sévère à raison de ce fait ; puis, bien qu'attaché au fisc, relégué pour malversation, dans une île, ensuite rappelé avec les autres exilés par Tarautas, maître des requêtes et secrétaire de ce prince, et, enfin, rabaissé au rang des sénateurs n'ayant exercé que la préture, pour avoir amené à l'armée des jeunes gens hors d'âge ; Tricianus, qui avait servi comme simple soldat en Pannonie, autrefois portier du gouverneur de cette province, et alors commandant de la légion Albanienne.

14. Voilà ce que beaucoup reprochaient à Macrin, et aussi sa conduite envers Adventus, ayant fait partie du corps mercenaire des éclaireurs et espions, ayant abandonné ce service, puis exercé l'emploi de greffier, devenu tabellaire, puis cubiculaire et ensuite promu au grade de procurateur ; Adventus, nommé par lui sénateur, son collègue au consulat, et préfet urbain, quand la vieillesse l'empêchait de voir, le manque d'instruction de lire, le défaut d'expérience de s'occuper des affaires, Adventus avait osé, après la mort de Caracallus, dure aux soldat : "C'est à moi, attendu que je suis l'aîné de Macrin, qu'appartient l'empire, mais, comme je suis accablé d'ans, je le lui cède" ; il sembla être proie à une sorte de délire, de même que Macrin donnant la plus haute dignité du sénat à un homme qui, consul, ne put s'adresser à personne dans la compagnie une parole convenable, et qui, le jour des comices, fit, pour ce motif, semblant d'être malade. Aussi Macrin ne tarda-t-il pas à le remplacer dans la préfecture de Rome par Maximus Marius, comme s'il n'avait eu d'autre intention, en le nommant préfet, que d'avilir le sénat, non seulement parce qu'Adventus avait servi comme mercenaire, qu'il avait rempli les fonctions de bourreau, d'éclaireur, de centurion, mais encore parce qu'il avait reçu le commandement de la ville avant l'exercice du consulat, c'est-à-dire, qu'il avait été préfet urbain avant d'être sénateur. Il tint cette conduite à l'égard d'Adventus dans l'espérance de couvrir par ce moyen, la sienne à lui, qui avait ravi l'empire n'étant encore que chevalier.

15. Voila ce dont on l'accusait avec raison, et aussi d'avoir nommé préfets du prétoire Julianus Ulpius et Julianus Nestor, hommes dépourvus de tout mérite, ne s'étant signalés par aucune action, amis s'étant acquis une grande réputation pour leur scélératesse sous le règne de Caracallus, en lui prêtant souvent, lorsqu'ils étaient à la tête des messagers, leur ministère pour ses curiosités impies. Peu, cependant, faisaient ces réflexions et n'avaient aps une confiance sans réserve ; la plupart des particuliers, promptement délivrés de Tarautas contre leur attente, et espérant que Macrin se conduirait dans tout le reste d'après les exemples qu'il avait montrés, n'eurent pas le temps, dans un si court délai, de le condamner ; aussi regrettèrent-ils vivement après sa mort, un prince qu'ils n'auraient pas manqué de haïr s'il avait vécu davantage. Macrin, en effet, se mit à vivre dans la mollesse, [et prit en aversion ceux qui lui adressaient des remontrances. Maternianus et Datus furent sans motif (quel crime, en effet, avaient-ils commis en défendant leur empereur ?) ......

fragments de texte grec]

ceux qu'il soupçonnait de voir d'un oeil mécontent la bassesse de sa naissance et son usurpation inattendue, étaient l'objet de rigueurs insensées. Il aurait dû faire le contraire, sachant et quelle était son origine, et quelle était, dans le moment, sa fortune ; au lieu de se laisser emporter à l'orgueil, [se conduire avec modération ............., ] et consoler ses sujets par toute sorte de bienfaits, et en se montrant vertueux en toute circonstance pareillement

fragments de texte grec

...................... s'imaginèrent .........au point de vouloir qu'on les publiât ; il nous envoya aussi des documents qui, ainsi que d'autres semblables dans la suite, furent lus par le questeur. Néanmoins, un jour, ce fut un préteur qui, attendu que le sénat était alors assemblé et qu'il ne s'y trouvait aucun questeur présent, donna lecture des messages de Macrin lui-même.

17. Après la première lettre lue, on lui décerna, à lui et à son fils tout ce que de droit ; il fut déclaré patricien, prince de la jeunesse et César. Macrin accepta les autres honneurs, mais refusa les jeux du cirque, qui avaient été décrétés à l'occasion de son avènement, prétendant qu'il avait été suffisamment honoré par le spectacle donné le jour natal de Sévère. Il ne fit aucune mention de Tarautas, ni en mal ni en bien, sinon qu'il lui donnait le titre d'empereur ; car il n'osa le déclarer ni dieu ni ennemi : selon moi, ce fut parce qu'il craignait de prendre le premier parti à cause des forfaits de ce prince et de la haine que lui portait une foule de citoyens, le second à cause des soldats ; selon d'autres, ce fut parce qu'il aimait mieux que la déclaration d'infamie fût l'oeuvre du sénat et du peuple plutôt que la sienne, attendu surtout qu'il était au milieu des camps. Il prétendait, en effet, qu'Antonin avait été, par son injustice, le principal auteur de la guerre, qu'il avait fortement grevé le trésor public en augmentant les sommes payées aux barbares, sommes qui, ajoutait-il, égalaient la solde des troupes. Néanmoins personne n'osa se montrer assez hardi contre le prince défunt pour le déclarer ennemi public, craignant d'être sur-le-champ mis à mort par les soldats qui étaient dans la ville ; mais on l'outragea d'une autre manière autant qu'il était possible, en citant par leurs noms les victimes de sa cruauté, en le comparant à tous ceux qui avaient, n'importe à quelle époque, exercé leur perversité tyrannique sur Rome ; en demandant la suppression des jeux du cirque qui se célébraient pour l'anniversaire de sa naissance, l'envoi pur et simple à la fonte de toutes ses statues d"or et d'argent, la recherche active et la punition des délateurs du règne précédent ; car, un grand nombre, non seulement d'esclaves, d'affranchis, de soldats et de Césariens, mais encore des chevaliers, des sénateurs et des femmes de personnages illustres, passaient pour avoir fait secrètement des dénonciations sous ce règne et pour avoir calomnié des citoyens.

18. Cependant on ne lui donna pas le nom d'ennemi public, bien que sans cesse, sous prétexte que le nom de Martialis se rapportait à celui de Mars, on criât que Martialis devait être honoré d'éloges et de statues sacrées ; on ne fit non plus voir alors à Macrin rien qui signifiât qu'on était irrité contre lui. ] La cause en fut que, les esprits occupés par la joie de la mort de Tarautas, on n'eut pas le loisir de songer à la bassesse de la naissance de Macrin, et qu'on l'accepta avec bonheur pour empereur, songeant moins au maître dont on allait devenir esclave, qu'à celui dont on était délivré, et convaincu que n'importe qui, même le premier venu, serait toujours préférable. [L'abolition de ses constitutions (toutes les dépenses, en effet, autrefois exigées contrairement à l'usage, non seulement du trésor public des Romains, mais aussi de certains citoyens sur leurs deniers privés, ainsi que de quelques peuples, furent supprimées) et l'espoir que rien de semblable ne serait imposé dans la suite, inspiraient une satisfaction générale de l'état présent des choses.

19. Néanmoins, lorsqu'on apprit qu'Aurélianus avait été mis à mort, et que Diaduménien, fils de Macrin, avait été proclamé César, en apparence par les soldats, à la demande desquels il était venu d'Antioche auprès de son père, mais en réalité par Macrin lui-même, et, de plus, que cet enfant avait reçu le nom d'Antonin (ces choses avaient été faites en vue de flatter les soldats, d'un côté pour ne point paraître flétrir complétement la mémoire du prince défunt, et cela, d'autant plus qu'on avait secrètement enlevé les statues qu'il s'était élevées à Rome, tant sous le nom d'Alexandre que sous le sien propre ; d'un autre, pour avoir un prétexte de leur promettre sept cent cinquante autres drachmes), on commença à changer des sentiments ; mais, songeant qu'on n'était compté pour rien auparavant, et en réfléchissant, à tout ce que ...... fragments de texte grec.

20. fragments de texte grec.....

Voilà l'Auguste des Romains, en le possédant nous possédons tout." Telle est la force que la nature a donnée à l'homme et de respect pour le bien et de mépris pour le mal, qu'on s'imaginait que Macrin et Diaduménien n'existaient plus du tout comme s'ils étaient morts. Ce ne fut pas la moindre cause du mépris que lui témoignèrent les soldats, qui ne tinrent aucun compte des moyens employés pour les flatter, d'autant plus que les Pergaméniens, privés des distinctions qu'ils avaient reçues auparavant de Tarautas, s'étaient laissés aller contre son successeur à une foule d'injures grossières, fait pour lequel il les avait publiquement notés d'infamie.

21. Il va être à l'instant parlé des soldats ; quant à Macrin, il n'adressa, malgré la demande qu'il en avait reçue, aucun message au sénat concernant les délateurs, et ne fit aucune déclaration, même indirecte, à cet égard, prétendant, à tort ou à raison, afin de ne pas exciter un grand tumulte, qu'aucune pièce de ce genre n'avait été trouvée dans la demeure impériale (Tarautas, en effet, ou détruisait, ou renvoyait, comme je l'ai dit, à leurs auteurs, afin qu'il ne subsistât aucune preuve de leur perversité, la plupart des écrits contenant une dénonciation) : il se contenta de signaler trois sénateurs que, d'après des renseignements surpris par lui, il jugeait dignes de haine, Manilius et Julius, et, en outre, Sulpicius Arrénianus, qui avait accusé calomnieusement, entre autres, Bassus, fils de Pomponius, dont il avait été le lieutenant lorsque celui-ci était gouverneur de la Mysie. Ces coupables furent relégués dans des îles (Macrin défendit publiquement de les punir de mort, "afin, écrivait-il en propres termes, afin que les fautes que nous leur reprochons, on ne nous voie pas nous-mêmes les commettre")] ; il en fut de même de L. Priscillianus, [dénoncé par le sénat lui-même,] qui s'était rendu aussi fameux par ses accusations que par ses massacres de bêtes. [Souvent, en effet, il combattit à Tusculum, toujours contre plusieurs bêtes, de telle sorte qu'il portait les marques de leurs morsures] ; un jour même, il fut mis aux prises, seul, avec un ours, une panthère, une lionne et un lion à la fois ; mais il fit mourir, par ses calomnies, un nombre encore bien plus grand de citoyens, chevaliers et sénateurs. [Ces deux mérites] lui avaient valu de grands honneurs de la part de Caracallus, [son inscription sur la liste des anciens préteurs et le gouvernement de l'Achaïe, contrairement à l'usage ; mais il s'attira une haine violente de la part du sénat, fut mis en accusation,] et relégué dans une île. [ Tel fut le sort des coupables. ]

22. Flaccus fut chargé de cette même surintendance des distributions de blé, que Manilius exerçait auparavant, et qui lui avait été confiée en récompense de sa délation contre lui, et ensuite de présider aux distributions qui se faisaient dans les jeux donnés par les préteurs, excepté ceux de Flore ; puis les iuridici de l'Italie furent forcés de rentre dans les limites de la compétence qui leur avait été attribuée par Marc-Antonin. Un certain Domitius Florus brigua les charges avec insistance ; bien qu'il eût été auparavant rédacteur des actes du sénat, qu'il dût, en conséquence, être désigné édile, et qu'ensuite, avant d'exercer cette charge, il eût été déchu de son espoir par la chute de Plautianus, il recouvra sa position et fut nommé tribun du peuple ; de plus, Anicius Festus fut envoyé en Asie comme gouverneur en place d'Asper. Asper, en effet, avait reçu les plus grands honneurs de Macrin, qui espérait, par lui, mettre ordre aux affaires d'Asie ; puis, lorsqu'il était en route et que déjà il approchait de cette province (Macrin n'avait pas admis la requête, venue jusqu'à lui, par laquelle on demandait à Caracallus de ne pas avoir cet Asper pour proconsul), il éprouva un grave outrage en se voyant repoussé (on avait rapporté de lui plusieurs paroles inconvenantes); et comme si Asper eût demandé un second congé pour cause de vieillesse et de maladie, le prince donna l'Asie à Festus, bien que celui-ci eût été laissé de côté par Sévère dans le tirage au sort ; et comme le temps de son administration était court, il ordonna que Festus la gouvernerait encore l'année suivante au lieu d'Aufidius Fronton. Fronton, en effet, n'eut, bien que l'ayant tirée au sort, ni l'Afrique, à cause de la demande des habitants, ni l'Asie, malgré un changement antérieur de désignation. Macrin, néanmoins, fut d'avis de lui donner, bien que resté dans ses foyers, les deux cent cinquante mille drachmes de traitement qui lui seraient revenues. Mais Fronton refusa de les recevoir, disant que ce n'était aps d'argent, mais d'un gouvernement qu'il avait besoin ; et c'est pour cela que, dans la suite

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23. Julia, mère de Tarautas, se trouvait à Antioche ; lorsqu'elle apprit sa mort, elle fut tellement affectée sur le moment qu'elle se frappa avec force la poitrine et essaya de se laisser mourir de faim. Car celui qu'elle haïssait durant sa vie, elle [le] pleurait [maintenant] qu'il n'était plus ; ce n'était, [de sa part, ni regret ni désir qu'il vécût, c'était douleur d'être réduite à la condition privée. Aussi se laissa-t-elle aller à une foule d'injures sanglantes contre Macrin. Ensuite, comme rien n'était changé ni au train impérial, ni à la garde des prétoriens qui l'entourait, et Macrin, qui n'avait aps encore appris les discours tenus par elle, lui ayant écrit en termes obligeants, alors, reprenant courage, elle renonça à son envie de mourir, et, sans rien lui répondre, elle s'adresse aux soldats qui étaient avec elle [...

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afin d'arriver au pouvoir suprême, comme Sémiramis et Nitocris, qui étaient pour ainsi dire ses compatriotes ....

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d'Antioche pour se retirer où il lui plairait ; [lorsqu'elle apprit les discours qu'on tenait à Rome sur son fils,] elle n'eut plus d'amour pour la vie ; déjà pour ainsi dire, rongée par le cancer qu'elle avait au sein, cancer qui, resté fort longtemps presque stationnaire, avait été alors irrité par les coups qu'elle se donna en se frappant la poitrine à l'occasion de la mort de son fils, elle se laissa mourir de faim.

24. Après s'être élevée si haut, malgré son origine plébéienne, après avoir, pendant le règne de son mari, mené une vie remplie de douleurs par Plautianus, après avoir vu le plus jeune de ses deux fils égorgé dans ses bras, avoir haï l'aîné tant qu'il vécut, et avoir appris la manière dont il avait été tué, elle tomba vivante du pouvoir et elle se donna la mort ; de sort qu'à considérer cette femme, on n'estime heureux aucun de ceux qui ont joui d'une grande puissance, s'il n'y a pas eu dans leur vie quelque plaisir vrai et pur, quelque bonheur sans mélange et sans interruption. Voilà quel fut le sort de Julia ; son corps, rapporté à Rome, fut déposé dans le monument de Caius et de Lucius ; plus tard, néanmoins, ses os, ainsi que ceux de Géta, furent transférés, par les soins de Maesa, sa soeur, dans l'enceinte consacrée à Antonin.

25. Quant à Macrin, sa vie ne devait pas longtemps se prolonger, comme la chose lui fut annoncée à l'avance. Une mule, à Rome, mit bas un mulet, une coche un petit cochon ayant quatre oreilles, deux langues et huit pieds ; il y eut aussi un violent tremblement de terre, le sang coula d'une conduite d'eau, des abeilles construisirent leurs rayons dans le Forum boarium. L'amphithéâtre, frappé de la foudre, le jour même de la fête de Vulcain, fut atteint à ce point que toute la galerie du haut et tout ce qui, au ras du sol, se trouvait dans le pourtour, fut la proie des flammes, et que le reste fut, par suite, fortement endommagé par le feu. Ni le secours des hommes, bien qu'on y répandît, pour ainsi dire, tout ce qu'il y avait d'eau, ni la pluie du ciel, bien qu'elle tombât à flots impétueux, ne purent éteindre l'incendie, à tel point les deux eaux étaient épuisées par la violence de la foudre ; l'édifice lui-même resta quelque temps, ainsi mutilé ; aussi les spectacles de gladiateurs eurent-ils lieu, pendant plusieurs années, dans le stade. C'était là un signe de l'avenir. En effet, il y avait bien eu déjà, mais fréquemment surtout pendant son règne,et d'autres incendies des bâtiments impériaux, ce qui a toujours été regardé comme un présage fâcheux ; mais ce dernier s'adressait directement à lui, en ce qu'il sembla supprimer les jeux du cirque célébrés en l'honneur de Vulcain. Aussi ce prodige donna-t-il lieu de croire à une révolution prochaine, d'autant plus que le Tibre, débordant le même jour, se précipita dans le Forum, et dans les rues avoisinantes avec tant d'impétuosité que des hommes même furent emportés. J'ai aussi entendu raconter qu'une femme à l'air farouche et superbe, se montrant à quelques personnes, leur dit que ces malheurs étaient peu de chose en comparaison de ceux qui allaient tomber sur les Romains. C'est ce qui arriva.

26. En effet, le fléau ne s'arrêta pas à Rome, il se fit sentir à tout l'univers qui lui était soumis, à tout l'univers qui remplissait sans cesse son amphithéâtre, car Rome renonça, vaincue, à la guerre contre les barbares, et elle eut beaucoup à souffrir de l'avidité et de la révolte des soldats. Voici comment les deux malheurs arrivèrent. ]

An de Rome 971. Macrin et Adventus consuls.

Macrin, voyant Artabanos, vivement irrité de ce qu'il avait souffert, envahir la Mésopotamie avec une nombreuse armée, lui renvoya d'abord, de son propre mouvement, les captifs avec des paroles amies, l'invitant à faire la paix et rejetant sur Tarautas la cause de ce qui s'était passé ; mais, comme Artabanos, loin de recevoir ces ouvertures, lui enjoignit d'avoir à relever les forteresses et les villes renversées, à évacuer complétement la Mésopotamie et à donner satisfaction pour les autres dégâts commis et pour la dévastation des monuments des rois [(plein de confiance dans les troupes nombreuses qu'il avait rassemblées, et méprisant Macrin comme un indigne parvenu, il se laissait aller à une colère sans borne, et il espérait arriver, malgré son ennemi, à l'accomplissement de tous ses projets);] Macrin n'eut pas même le temps de réfléchir ; marchant à la rencontre de son adversaire, qui déjà s'était avancé jusqu'à Nisibis, il fut vaincu dans un combat que se livrèrent, de part et d'autre, les soldats, pour approvisionner d'eau le camp qu'ils établissaient. Une seconde fois [....

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S'étant envoyé l'un à l'autre des ambassadeurs et des hérauts, ils conclurent ensemble un traité.

27. Macrin, en effet, tant à cause de sa lâcheté naturelle (comme les Maures, il était fort peureux) qu'à cause de l'indiscipline des soldats, n'osa pas continuer la guerre ;] il fit, afin d'obtenir la paix, de fort grosses dépenses pour gagner par des présents tant Artabanos lui-même, que ceux qui étaient puissants auprès de lui, en sorte que le total des frais monta à peu près à quinze millions de drachmes. [.... Pour ce motif et par suite du grave mécontentement que causait à ses soldats une absence plus longue que d'habitude hors de leurs foyers, ainsi que le manque de vivres, attendu qu'il n'y avait moyen ni d'en demander à des provinces (ces peuples ne font jamais de préparatifs à l'avance), ni d'en tirer du pays, puisqu'il était dévasté, tandis que l'abondance régnait dans les forteresses, Artabanos se décida sans peine à traiter. Macrin, néanmoins, n'écrivit pas au sénat une relation exacte de tout ce qui s'était passée entre Artabanos et lui ; aussi, à cette occasion, des sacrifices furent, en vertu d'un décret, offerts pour honorer son triomphe, et on lui décerna le nom de Parthique. Il ne l'accepta pas, vraisemblablement par honte de prendre un surnom emprunté à des ennemis qui l'avaient vaincu. Cela n'empêcha pas non plus les hostilités de cesser contre l'Arménie, comme je l'ai dit, Tiridate ayant consenti à recevoir le diadème que lui envoya Macrin, repris sa mère, retenue onze ans en prison par Tarautas, le butin fait en Arménie et les possessions de son père en Cappadoce, et conçu l'espoir d'obtenir le tribut annuel que lui payaient les Romains. Mais les dévastations des Dacringes en Dacie et leurs menaces de prolonger la guerre, depuis que les otages exigés d'eux par Caracallus sous prétexte d'alliance leur étaient revenus, y mirent obstacle. Voilà comment les choses se passèrent.

28. Une nouvelle guerre, non plus une guerre étrangère, mais une guerre civile éclata parmi les romains. [Irrités de leurs échecs, et ne supportant plus aucun travail, même volontaire, renonçant en tout à toute espèce de discipline, ne voulant avoir aucun empereur qui leur commandât avec fermeté, tout en prétendant recevoir des largesses sans borne, et croyant juste de n'accomplir aucune oeuvre digne d'eux,] les soldats se mutinèrent. [La diminution de la solde, la suppression des récompenses et des immunités de service qu'ils obtenaient sous Tarautas, bien que ces mesures ne dussent les atteindre en rien, les exaspérèrent ; le séjour prolongé en Syrie, pour ainsi dire dans un même lieu, où la guerre les avait forcés de prendre leurs quartiers d'hiver, contribua encore à les affermir dans leurs dispositions. Macrin, en effet, avait cru agir en bon général et en homme avisé en ne retranchant rien à ceux qui étaient sous les armes, en conservant sans y toucher, tous les règlements faits pour eux par son prédécesseur et en déclarant à l'avance aux recrues qu'elles seraient enrôlées suivant les anciennes ordonnances de Sévère ; il espérait qu'arrivant en petit nombre à la fois à l'armée, ces recrues, d'abord par inexpérience de la guerre, et par craint, puis, par la force du temps et celle de l'habitude, ne tenteraient aucun mouvement ; tandis que les autres, qui ne perdraient rien, resteraient tranquilles.

29. Cette mesure, si les soldats s'étaient retirés dans leurs forteresses, et avaient été ainsi dispersés, était bonne. Convaincus qu'ils n'avaient réellement pas de préjudice à redouter, puisqu'ils n'en éprouvaient pas sur-le-champ, aucun d'eux, peut-être, n'aurait montré d'irritation ; ou, si quelques-uns avaient témoigné du mécontentement, comme ils n'auraient formé, en définitive, que quelques groupes isolés, et qu'ils n'auraient été soumis à des chefs tirés du sénat, ils n'auraient pas pu faire grand mal. Au lieu de cela, rassemblés en Syrie,et, d'un côté, s'imaginant que, s'ils étaient dispersés, on prendrait à leur égard (ils croyaient qu'en ce moment on les flattait à cause des exigences de la guerre) quelque décision nouvelle ; d'un autre...... ceux-ci tuèrent plusieurs soldats et ravagèrent une partie de la Mésopotamie, ceux-là se massacrèrent les uns les autres en assez grand nombre, destituèrent leur empereur, et, ce qui est plus grave, en établirent à sa place un autre qui ne fit rien que de mauvais et de honteux.

30. Voici encore, selon moi, un présage manifeste, s'il en fut jamais ; une éclipse de soleil très remarquable [eut lieu] en ces jours-là ; [une comète se montra longtemps ; un second] astre, étendant plusieurs nuits sa queue de l'Occident à l'Orient, nous jeta dans un trouble si terrible qu'à chaque instant nous avions à la bouche ce passage des poésies d'Homère :

Le ciel immense a retenti tout à l'entour avec fracas, Jupiter l'a entendu.

Voici, du reste, comment les choses se passèrent. Maesa, soeur de Julia Augusta, qui avait deux filles, Soaemis et Mamée, [de son mari Julius, personnage consulaire, ] et deux petits-fils, l'un [Avitus,] de Soaemis, mariée à Varius Marcellus, qui était de la même province qu'elle [(il était d'Apamée), avait été procurateur, mis au rang des sénateurs,] et était mort depuis ; l'autre, Bassianus, de Mamée, mariée à Gessius Macrianus, Syrien également, [originaire de la ville d'Arcé, et à qui avait été confiée plusieurs fois la charge de procurateur ....

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Un certain Eutychianus, qui s'était concilié la faveur dans les jeux et dans les gymnases.

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Voyant la haine des soldats pour Macrin (....

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poussé en quelque sort aussi par le Soleil, qu'ils appellent Elagabale, et qu'ils ont en grande vénération, ainsi que par d'autres oracles, il conçut le projet de renverser Macrin, et d'établir empereur à sa place Avitus, petit-fils de Maesa, bien qu'il fût encore en bas âge. Il vint à bout de ces deux entreprises [......

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Le faisant passer pour fils adultérin de Tarautas, et le parant de vêtements que ce prince portait étant enfant,

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..... il l'introduisit, de nuit, dans le camp à l'insu de sa mère et de son aïeule, et, le 16 mai, au matin, il décida à la révolte les soldats qui ne demandaient qu'un prétexte pour se soulever. Instruit de cela, Eutychianus...

32......... comme une forteresse ennemie. Quand il pouvait s'en rendre maître le jour même (les Maures, qui avaient été envoyés comme alliés de Tarautas, combattirent avec tant d'ardeur pour Macrin, attendu qu'il était du même pays qu'eux, qu'ils enfoncèrent plusieurs portes), il ne le voulut pas, soit qu'il redoutât de donner l'assaut, soit qu'il espérât amener ceux qui étaient dans le camp à se rendre volontairement. Puis, comme, loin de lui envoyer quelqu'un pour traiter, on barricada, la nuit, toutes les portes, afin d'être plus en sûreté, il attaqua de nouveau, mais sans obtenir aucun résultat. Les assiégés, en effet, à force de promener sur les remparts Avitus, que déjà ils appelaient M. Aurélius Antonin, de montrer de loin, comme étant son portrait, des images de Caracalla, enfant, dont il était, disaient-ils véritablement le fils et nécessairement el successeur au pouvoir, et d'ajouter à grands cris :"Que faites-vous là, compagnons d'armes ? pourquoi combattre ainsi contre le fils de votre bienfaiteur ?" les assiégés corrompirent tous les soldats de Julianus, au point que ceux-ci, d'ailleurs disposés à al révolte, tuèrent les chefs qui étaient à leur tête, à l'exception de Julianus (il prit la fuite), et livrèrent au faux Antonin leurs personnes et leurs armes. Comme ils en étaient empêchés par leurs centurions et autres chefs subalternes, Eutychianus les décida, par l'entremise de Festus, ancien cubliculaire de Tarautas, à les égorger tous, proposant à chacun, comme un appât, les biens et le grade occupé à l'armée par celui qu'il aurait tué ; de plus, l'enfant leur débita, du haut du rempart, des paroles qu'on lui avait suggérées, où il louait son père, et .... Macrin, comme.....

33....... Fragments de texte grec

34. ........ fit périr, entre autres, la fille et le gendre de Marcianus ; puis rassemblant, attendu le peu de temps qu'il avait devant lui, quelques soldats parmi ceux qui lui restaient (Marcellus était mort), il livra un combat et le tua ; mais n'osant s'avancer plus loin sans Macrin, il l'appela à son aide. Celui-ci se rendit promptement à Apamée, au milieu des soldats d'Albe, et déclara son fils empereur, bien qu'il ne fût âgé que de dix ans, afin d'avoir un prétexte de cajoler les soldats, en leur promettant, entre autres choses, cinq mille drachmes ; il leur en distribua environ mille immédiatment, et rétablit, en faveur des autres, la totalité du blé et les autres avantages qui leur avaient été enlevés, espérant, par ces mesures, les ranger à son parti. Ce fut la même raison qui lui fit distribuer au peuple cent cinquante drachmes environ pour un souper, avant d'avoir annoncé quoi que ce soit de relatif à la révolte, afin qu'on regardât ce banquet comme donné, non à l'occasion de ces événements, amis en l'honneur de son fils. Sur ces entrefaites, un soldat, du nombre de ceux qui s'étaient détachés de lui, l'aborda pour lui offrir la tête de Julianus (Julianus avait été découvert dans sa cachette et égorgé), fortement serrée dans plusieurs linges, comme étant celle du faux Antonin : elle était, en effet, cachetée avec l'anneau de Julianus. Cela fait, le soldat, pendant qu'on la développait, prit la fuite, et Macrin, instruit de ce qui se passait, n'osa plus ni conserver ses positions, ni marcher contre le camp ; il rentra en hâte à Antioche. A la suite de cette retraite, les soldats d'Albe et les autres, qui étaient en quartiers d'hiver dans ces contrées, abandonnèrent son parti. On faisait des préparatifs des deux côtés et on envoyait des messages et des lettres aux provinces et aux légions : aussi, en beaucoup d'endroits, la première dépêche de chacun au sujet de son rival, la continuité et la différence des messages entre eux, jetèrent-elles le trouble ; elles causèrent, par suite, d'un côté comme de l'autre, la perte d'une foule de messagers, la mise en jugement d'une foule de ceux qui avaient tué les gens d'Antonin ou n'avaient aps sur-le-champ embrassé sa cause, et dont, pour ce motif, les uns furent mis à mort, els autres punis d'une autre façon. Je passerai le reste de ces événements (ils se ressemblent et leur détail n'a aucune importance sérieuse), mais je raconterai sommairement ce qui se passa en Égypte.

35. Le gouverneur de cette contrée était Basilianus, que Macrin avait créé préfet du prétoire en remplacement de Julianus ; certaines parties de l'administration dépendaient de Marius Sécundus, bien que Macrin l'eût fait sénateur et qu'il fût mis à la tête de la Phénicie ; l'un et l'autre étaient pour ces motifs, dévoués à l'empereur, et ils mirent à mort les hérauts du faux Antonin. Tant que les affaires restèrent incertaines, ils furent en suspens, eux, les soldats et les particuliers, voulant, souhaitant et publiant, les uns ceci, les autres cela, comme c'est l'habitude dans les séditions. Mais, lorsqu'arriva la nouvelle de la défaite de Macrin, il y eut un fort soulèvement ; plusieurs parmi le peuple et des soldats en grand nombre y périrent : Secundus tomba dans l'indécision, et Basilianus, craignant d'être mis à mort sur-le-champ, s'enfuit en Égypte ; arrivé en Italie, aux environs de Brundusium, il fut découvert par la trahison d'un ami, demeuré à Rome, à qui il avait secrètement envoyé demander des vivres. C'est ainsi qu'ayant été plus tard ramené à Nicomédie, il y fut égorgé.]

36. Quant à Macrin, il écrivit au sénat au sujet du faux Antonin ce qu'il avait écrit partout au gouvernement de provinces, le traitant de petit enfant, et disant qu'il avait perdu la raison ; il écrivit, en outre à Maximus, préfet de Rome, entre autres choses appropriées aux circonstances que les soldats nouvellement enrôlés voulaient qu'on leur donnât tout ce qu'ils recevaient auparavant, et que les autres, à qui on n'avait rien enlevé, s'associaient à la colère de leurs camarades au sujet de ce qu'on ne leur accordait pas. "Pour ne point parler des autres avantages qu'ils ont obtenus de Sévère, et de son fils, avantages qui ont perdu la discipline militaire, il était, disait-il impossible et de leur donner la solde complète avec les hautes payes qu'ils recevaient (l'augmentation qui avait eu lieu sous Tarautas atteignait le chiffre de soixante millions de drachmes par an) et de ne pas la leur donner ; d'un côté, les soldats, de l'autre ....

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Il pleura sur son sort, et témoigna que, dans son malheur, il avait la consolation de survivre à un fratricide, qui avait fait tous ses efforts pour ruiner l'univers. Il ajouta, dans sa lettre : "Je sais qu'il y a bien des gens qui préfèrent la mort des empereurs à leur propre vie. Ce n'est pas pourtant de moi que je parle ici, ne pouvant croire que personne ait désiré ou souhaité ma perte." A cet endroit, Fulvius Diogénianus s'écria : "Nous l'avons tous souhaitée."

37. Ce Diogénianus était un personnage consulaire, homme de peu d'esprit, et, partant, il se déplaisait à lui-même et aux autres. [Il .....

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Il fit une telle diligence que Macrin eut peine à engager une action avec lui à [Immae, ] village de la dépendance d'Antioche, distant de cent quatre-vingt stades de la ville. [Là,] Macrin remporta la victoire, grâce à l'ardeur des prétoriens (en leur enlevant les cuirasses formées d'écailles et les boucliers en gouttières, il les avait rendus plus légers) ; mais il fut vaincu par sa propre lâcheté, comme les dieux le lui avaient prédit. En effet, le jour où sa première lettre, relative à son avènement à l'empire, nous fut lue, une colombe vint se poser sur une statue de Sévère, élevée dans le sénat à ce prince, [dont Macrin avait pris le nom ; ensuite, lors du message au sujet de son fils, ce ne furent ni nles consuls, ni les préteurs (ils étaient alors absent), mais les tribuns qui nous réunirent, ce qui était déjà, pour ainsi dire, tombé en désuétude. En outre, le nom de son fils, bien qu'il l'eût nommé César et empereur, n'était pas mentionné même en tête de cette lettre, qu'il avait déclarée écrite par tous les deux ; et, dans le récit des faits qui s'étaient accomplis, il employa son nom de Diaduménianus, et laissa de côté celui d'Antonin, que l'enfant portait aussi. Voilà comment les choses se passèrent.

38. Assurément, lorsque Macrin écrivit au sujet de la révolte du faux Antonin, les consuls, comme c'est la coutume en pareilles circonstances, parlèrent contre Avitus ; un des préteurs parla dans le même sens, ainsi que l'un des tribuns, et la guerre fut déclarée et proclamée contre lui, contre son cousin, contre leurs mères et contre leur aïeule, avec impunité, comme le leur promettait Macrin, pour les complices de leur soulèvement, s'ils changeait de résolution. On lut aussi les proclamations adressées aux soldats,] proclamations qui nous firent encore mieux connaître à tous la bassesse et l'extravagance de cet homme : [entre autres choses], il y répétait continuellement qu'il était père, et que Diaduménianus était son fils ; il critiquait l'âge du faux Antonin, bien qu'ayant déclaré empereur son fils, qui était beaucoup plus jeune. [Dans la bataille, Gannys eut soin de se saisir des défilés qui sont en avant du village, et il rangea avec habileté ses soldats, bien q u'il fût complétement dépourvu de talents militaires et qu'il eût passé sa vie dans la mollesse ; une grande fortune, en effet, élève si simplement les hommes à tout, qu'elle donne la science aux ignorants]. Son armée, néanmoins, combattit avec beaucoup de faiblesse, et, sans Maesa et Soaemis [(elles accompagnaient déjà l'enfant, qui, s'élançant de leurs chars et se précipitant au milieu des fuyards, les retinrent par leurs larmes, et sans l'enfant lui-même, qui, tirant la petite épée qu'il portait, se fit voir à cheval au milieu d'eux par une sorte d'inspiration divine, comme s'il allait se jeter au milieu des ennemis, jamais elle ne se serait arrêtée. Elle aurait, même malgré cela, de nouveau tourné le dos si Macrin, à la vue de cette résistance, n'avait pas lui-même pris la fuite.

39. Ainsi vaincu le 8 juin, il fit, par le moyen d'Epagathos et d'autres, passer son fils chez Artabanos, roi des Parthes ; quant à lui, après être rentré dans Antioche comme vainqueur, afin d'être reçu par les habitants, lorsque sa défaire fut connue, et qu'à la suite de cette nouvelle, le sang eut coulé à flots sur les routes et dans la ville, selon l'intérêt que chacun portait à l'un ou à l'autre, ils 'enfuit encore de cette ville la nuit, à cheval, la tête et le mention complétement rasés, un vêtement sombre sur sa pourpre, afin de ressembler autant que possible à un simple particulier. Arrivé ainsi avec une suite peu nombreuse à Aeges de Cilicie, il monta sur un char comme soldat chargé d'un message, traversa la Cappadoce, la Galatie, et le Bithynie jusqu'à Eribole, arsenal de la ville de Nicomédie, en face de laquelle, il est situé, [dans l'intention de courir à Rome, où le sénat et peuple devaient, espérait-il, lui prêter secours. S'il était parvenu à s'y réfugier, son projet aurait infailliblement réussi : la bienveillance des Romains se portait sur lui avec une grande préférence, en considérant l'audace des Syriens, l'âge du faux Antonin et la licence de Gannys et de Comazon ; en sorte que les soldats, ou se seraient repentis d'eux-mêmes, ou auraient été domptés malgré eux. Personne parmi les peuples qu'il avait traversés, lors même qu'on le reconnaissait, n'osa le toucher] ; mais lorsqu'au sortir d'Eribole, il fit voile pour Chalcédoine, il n'osa pas entrer à Nicomédie [par crainte de Caecilius Ariston, gouverneur de Bithynie]), qu'il eut envoyé demander de l'argent à un de ses procurateurs et que cet ordre l'eut fait reconnaître, il fut saisi [étant encore] à Chalcédoine, et des soldats envoyés par le faux Antonin étant survenu ...... [.... ] il fut pris par le centurion Aurélius Celsus et fut mené jusqu'en Cappadoce [comme le plus obscur des hommes.]

40. Là, informé, que son fils était pris ...

Fragments de texte grec

Claudius Pollion centurion de la légion, s'étant saisi de personne]), il se précipita de son char (il n'était pas enchaîné) et il se brisa l'épaule sur le moment, puis, peu après, ]

Fragments de texte grec

C'est ainsi que Macrin, dans un âge avancé (il avait cinquante-quatre ans, à trois ou cinq jours près), malgré la supériorité de son expérience dans les affaires, malgré le mérite dont il avait fait preuve, malgré les nombreuses légions qu'il commandait, fut renversé par un petit enfant dont il ne connaissait pas même le nom auparavant, selon ce qui lui avait été annoncé par un oracle, [.... peu auparavant Jupiter Bélus..... ] lui fit cette réponse :

Vieillard, de jeunes guerriers l'accablent, ta vigueur est épuisé, la fâcheuse vieillesse arrive sur toi.

[Fragments de texte grec

son fils périt avec lui.]

41. C'est ainsi que personne, même de ceux qui semblent le plus forts, ne possède une puissance solide, et que ceux qui arrivent au comble du bonheur sont, comme les autres, des jouets du sort. Macrin, [qui aurait pu obtenir plus d'éloges que tous les hommes, si, au lieu de désirer pour lui-même la souveraineté, il avait créé empereur un membre du sénat qu'il aurait choisi pour le mettre à la tête de l'empire romain, et aurait échappé par là seulement à l'accusation d'avoir tramé un complot contre Caracallus, puisqu'il ne l'aurait fait que pour sauver sa vie et non par désir du pouvoir ; Macrin se condamna et se perdit lui-même, au point qu'il s'est attiré l'opprobre et un malheur mérité. En effet, pour avoir aspiré à l'empire, lorsqu'il n'avait pas même le titre de sénateur], il le perdit promptement, et par un accident cruel ; car, il ne régna, en comptant les événements jusqu'à la bataille, qu'un an deux mois et trois jours.