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DION CASSIUS

HISTOIRE ROMAINE

LIVRE XXXI

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TOME TROISIÈME

ce volume comprend les livres 36, 37 et 38

 LIVRE XXXVI

Ravages commis par les pirates

An de Rome 687
M'. Acilius et C. Pison Consuls

18. Je raconterai maintenant ce qui se passa au sujet de Pompée. Les pirates ne cessaient d'inquiéter les navigateurs, comme les voleurs inquiétaient. les habitants du continent. Sans doute il n'y a pas eu d'époque où il n’en ait été ainsi, et ces brigandages se perpétueront tant que la nature humaine sera la même. Cependant ils n'avaient été commis jusqu'alors, sur terre et sur mer, que dans certains endroits, durant la belle saison, et par un petit nombre d'hommes; mais depuis que des guerres continuelles avaient en lieu simultanément dans plusieurs pays, que beaucoup de villes avaient été détruites, que leurs habitants; fugitifs trouvaient partout le châtiment suspendu sur leur tête, et qu'il n'y avait plus de retraite sûre pour personne, une foule de malheureux s'étaient jetés dans le brigandage. On put plus aisément le détruire sur le continent, où il frappait davantage les regards des populations, où le dommage: se faisait sentir de près, et où les moyens de répression n'étaient pas difficiles : sur la mer, au contraire, il prit le plus grand accroissement. Et en effet, tandis que les Romains étaient occupés sans relâche à combattre contre leurs ennemis, les pirates accrurent beaucoup leurs forces, parcoururent diverses mers et s'adjoignirent tous ceux qui se livraient au même genre de vie qu'eux : quelques-uns même secoururent plusieurs peuples, à titre d'alliés.

19. J'ai raconté ce qu'ils firent en commun avec d'autres peuples : lorsque cette union eut cessé, ils ne restèrent point dans l'inaction. Bien loin de là : seuls, avec leurs propres forces, ils causèrent souvent de grands dommages aux Romains et à leurs alliés. Ce n'était plus eu petit nombre, mais avec des flottes considérables qu'ils infestaient les mers : ils eurent des généraux et se firent un grand nom. Dans le principe ils cherchaient de préférence à piller et à emmener de force ceux qui naviguaient ; ils ne les laissaient point tranquilles pendant l'hiver ; car leur audace, l'habitude et le succès leur faisaient affronter la mer avec confiance, même dans cette saison. Ensuite, ils attaquèrent aussi ceux qui se tenaient dans les ports. Quelqu'un osait-il faire voile contre eux ; d'ordinaire il était vaincu et trouvait la mort dans la lutte. Était-il vainqueur ; il ne pouvait mettre la main sur un seul de ces brigands, tant ils voguaient avec célérité. Vaincus, ils revenaient bientôt, comme s'ils avaient remporté la victoire, ravageaient et livraient aux flammes, non seulement les campagnes et les habitations qui s'y trouvaient, mais des villes entières : ils prenaient possession de quelques-unes et ils y établissaient, comme dans un pays ami, des quartiers d'hiver d'où ils pouvaient faire des sorties, en même temps qu'ils y trouvaient un refuge.

20. Enhardis par ces succès, ils descendirent sur la terre ferme et firent beaucoup de mal, même à ceux qui ne fréquentaient pas la mer : ils attaquèrent les alliés que Rome avait hors de l'Italie et l'Italie elle-même. Persuadés qu'ils feraient là un plus riche butin et qu'ils inspireraient plus de terreur aux autres peuples, s'ils n'épargnaient pas cette contrée, ils abordèrent dans diverses villes du littoral et jusque dans Ostie. Ils brûlèrent les vaisseaux et pillèrent tout ce qui tomba sous leur main. Enfin, comme personne ne réprimait leurs excès, ils séjournèrent longtemps à terre et mirent en vente, avec autant de sécurité que s'ils avaient été dans leur propre pays, les hommes qu'ils n'avaient pas tués et les dépouilles qu'ils avaient enlevées. Ils portaient le pillage, ceux-ci dans un endroit, ceux-là dalla un autre (car les mêmes pirates ne pouvaient infester ensemble toute la mer) ; mais ils étaient si étroitement unis, qu'ils envoyaient de l'argent et des secours même à ceux qui leur étaient tout à fait inconnus, comme à leurs meilleurs amis. Ce qui ne contribua pas peu à augmenter leur puissance, c'est qu'ils honoraient tous ensemble ceux qui se montraient bienveillants pour quelques-uns d'entre eux, et qu'ils pillaient ensemble ceux dont quelques-uns seulement avaient à se plaindre.

Aulus Gabinius propose de charger Pompée de la guerre contre les pirates, avec des pouvoirs extraordinaires

21. La puissance des pirates avait grandi à un tel point, que la guerre contre eux était terrible, continue ; qu'elle ne pouvait être évitée par aucune précaution, ni terminée par des traités. Les Romains n'entendirent pas seulement parler de leurs brigandages : ils en furent même les témoins (car les divers objets qu'ils tiraient du dehors n'étaient plus importés, et l'arrivage du blé était complètement interrompu) ; toutefois ils ne s'en préoccupèrent pas assez, lorsqu'ils l'auraient dû : ils envoyèrent bien contre les pirates des vaisseaux et des généraux, lorsque quelque nouvelle inquiétante venait les émouvoir ; mais ces mesures ne produisirent aucun bon résultat et n'aboutirent même qu'à rendre les alliés beaucoup plus malheureux ; jusqu'au moment où ils furent réduits eux-mêmes à la situation la plus critique. Alors ils s'assemblèrent et délibérèrent, pendant plusieurs jours, sur le parti qu'ils devaient prendre. Pressés par de continuels dangers, voyant qu'ils auraient à soutenir une lutte redoutable et compliquée, persuadés qu'il était également impossible de combattre les pirates tous à la fois, ou séparés les uns des autres (car ils se secouraient mutuellement et on ne pouvait les attaquer partout en même temps), les Romains ne savaient à quoi se résoudre et désespéraient d'obtenir quelque succès ; lorsqu'un tribun du peuple, Aulus Gabinius (soit à l'instigation de Pompée, soit pour lui complaire ; car c'était un très mauvais citoyen, nullement inspiré par l'amour du bien public), proposa de confier la guerre contre tous les pirates à un seul général, revêtu d'un pouvoir absolu, choisi parmi les consulaires, investi du commanderaient pour trois ans, et qui aurait sous ses ordres des forces très considérables et plusieurs lieutenants. Il ne désigna point formellement Pompée ; mais il était évident que le peuple le choisirait, aussitôt qu'il aurait entendu faire une proposition de ce genre.

22. C'est ce qui arriva : la rogation de Gabinius fut approuvée, et à l'instant toute l'assemblée pencha pour Pompée ; à l'exception des sénateurs, qui auraient mieux aimé souffrir les plus grands maux de la part des pirates que de lui donner un tel pouvoir : peu s'en fallut même qu'ils ne missent le tribun à mort dans leur palais. Il s'échappa de leurs mains ; mais à peine la multitude eut-elle connu le vote des sénateurs, qu'il s'éleva un violent tumulte. Elle envahit le lieu où ils siégeaient, et elle les eût massacrés, s'ils ne s'étaient retirés. Ils se dispersèrent et se cachèrent, à l'exception de Caïus Pison (car ces événements se passèrent pendant qu'il était consul avec Acilius) : il fut arrêté, et il aurait payé de sa mort l'opposition de tous ses collègues, si Gabinius n'avait obtenu sa grâce. Dès lors, les grands personnellement se tinrent tranquilles, trop heureux de conserver la vie ; mais ils persuadèrent à neuf des tribuns du peuple de se déclarer contre Gabinius. Par crainte de la multitude, ces tribuns ne firent aucune opposition, excepté Lucius Trébellius et Lucius Roscius, qui osèrent prendre parti contre lui ; mais ils ne purent rien dire, ni rien faire de ce qu'ils avaient promis. Le jour où la proposition de Gabinius devait être convertie en loi étant arrivé, voici ce qui se passa : Pompée désirait vivement le commandement ; cependant, croyant déjà, tant à cause de son ambition qu'à cause de la faveur dont il jouissait auprès de la multitude, qu'il n'y aurait aucun honneur pour lui à l'obtenir ; mais un déshonneur véritable à ne pas en être chargé, et connaissant l'opposition des grands, il voulut paraître céder à la nécessité. Il était d'ailleurs dans son caractère de témoigner très peu d'empressement pour ce qu'il ambitionnait, et il affecta d'autant plus d'agir alors ainsi, qu'en recherchant le commandement il aurait excité l'envie ; tandis qu'il serait glorieux pour lui d'être choisi, contre son gré ; uniquement parce qu'il était le général le plus capable.

Discours de Pompée sur la proposition de Gabinius

23. Il s'avança au milieu de l'assemblée et parla ainsi : "Je suis heureux de la dignité que vous me décernez, Romains ; car il est naturel à tous les hommes de s'enorgueillir des bienfaits qu’ils reçoivent de leurs concitoyens. Pour moi, souvent comblé d'honneurs par vous, je ne puis assez me réjouir du témoignage d'estime que vous m'accordez aujourd'hui. Mais je ne pense pas que vous deviez vous montrer ainsi d'une bienveillance inépuisable envers moi, ni que je puisse être revêtu sans cesse de quelque commanderaient ; car j'ai eu des fatigues à endurer dès mon enfance, et il est juste que vos faveurs se portent sur les autres. Ne vous rappelez-vous point combien de maux j'ai supportés pendant la guerre contre Cinna, quoique je fusse dans la première jeunesse ? combien j'ai eu à souffrir en Sicile et en Afrique, quoiqu'à la rigueur je ne fusse pas encore au nombre des éphèbes ? combien de dangers j'ai courus en Espagne, avant d'être en âge de siéger dans le sénat ? Certes, je ne vous accuse pas d'avoir payé tous ces services par l’ingratitude, il s'en faut bien. Et en effet, outre tant de récompenses éclatantes dont vous m'avez jugé digne, le commandement que vous m'avez confié contre Sertorius, lorsque personne ne voulait ni ne pouvait l'accepter ; le triomphe que vous m'avez accordé pour cette expédition, quoique les lois s'y opposassent ; tout cela m'a couvert de gloire. Mais les soins et les dangers qui ont pesé sur moi, ont épuisé mon corps et affaissé mon âme. Et n'allez pas considérer que je suis jeune encore, ne calculez pas que j'ai tel ou tel âge ; car si vous comptez combien j'ai fait de campagnes, combien de dangers j'ai affrontés, vous en trouverez beaucoup plus que d'années dans ma vie ; et par là vous reconnaîtrez mieux encore que je ne puis désormais supporter ni les fatigues ni les soucis.

24. D'ailleurs, alors même qu'on a la force de les endurer, le commandement, vous le voyez, attire l'envie et la haine. Sans doute vous les méprisez et vous ne pourriez honorablement vous en inquiéter ; mais elles seraient pour moi un accablant fardeau. Je l'avoue, la guerre et ses dangers n'ont rien qui m'effraye, rien qui m'afflige autant que l’envie et la haine. Et quel homme sensé peut se trouver heureux, s'il est entouré de jaloux ? Qui peut se consacrer aux affaires publiques, avec la certitude d'être traduit en justice, sil échoue ; ou d'être exposé à l'envie, s'il réussit ? Pour ces raisons et pour beaucoup d'autres, permettez-moi de vivre en repos et de m'occuper de mes affaires privées ; afin que je puisse enfin veiller aux intérêts de ma famille, et que je ne m'éteigne pas consumé de fatigues ! Chargez un autre général de la guerre contre les pirates : il en est plusieurs, plus jeunes ou plus âgés que moi, tous désireux et capables de commander votre flotte : dans ce grand nombre vous pourrez facilement choisir. Je ne suis pas le seul qui vous aime, le seul qui ait l'expérience de la guerre. Un tel et un tel sont aussi dévoués, aussi habiles que moi ; mais je craindrais de paraître vouloir leur complaire, en les appelant par leur nom." 

Réponse de Gabinius au discours de Pompée

25. Après ce discours, Gabinius prit la parole et dit : "Romains, ici encore Pompée se montre digne de lui, en ne courant pas après le commandement, en ne s'empressant point de l'accepter lorsqu'il lui est déféré. Il ne convient jamais à l'homme de bien de rechercher le pouvoir avec ardeur, ni de se jeter volontairement dans des entreprises difficiles ; et quand il s'agit, comme aujourd'hui, d'une tâche très importante, il ne doit l'accepter qu'après de mûres réflexions, afin de s'en acquitter sans faire de faux pas et sans se démentir. La témérité, qui promet tout, dégénère dans l'action en une précipitation qui n'attend pas le moment propice et conduit souvent à des fautes. Au contraire, la circonspection, mise en pratique dès le début, reste la même dans l'exécution et profite à tous. Quant à vous, votre devoir est d'adopter non ce qui plaît à Pompée, mais ce qui est utile à l'État ; car ce n'est pas à ceux qui briguent le commandement que vous devez le confier ; mais bien aux hommes les plus capables. Les premiers abondent, tandis que vous ne trouverez que Pompée qui le mérite. Souvenez-vous de tous les maux que nous avons soufferts pendant la guerre contre Sertorius, parce que nous n'avions point de général ; souvenez-vous que parmi les citoyens, plus jeunes ou plus vieux, Pompée seul nous parut digne de la diriger. Alors, il n'avait pas l'âge voulu par les lois, il ne siégeait pas encore dans le sénat ; cependant nous l'envoyâmes à la place des deux consuls. Certes je voudrais que vous eussiez un grand nombre d'hommes éminents ; et s'il y avait des voeux à faire pour cela, je le souhaiterais. Mais ici les voeux sont impuissants et on ne peut compter sur le hasard : pour être propre à commander, il faut avoir reçu de la nature certaines dispositions particulières, posséder les connaissances nécessaires, s'être livré aux exercices convenables et, par-dessus tout, avoir la fortune favorable. Or, tous ces avantages sont bien rarement réunis dans un seul homme, et vous devez, quand vous eu avez trouvé un qui les possède, montrer tous pour lui un dévouement unanime et profiter de ses services, même malgré lui. Une semblable violence est très honorable pour celui qui l'exerce et pour celui qui en est l'objet : elle sauve l'un et met l'autre à même de sauver ses concitoyens, pour lesquels un homme de bien, un ami de son pays doit être prêt à sacrifier son corps et son âme.

26. Pensez-vous que ce même Pompée qui, dans sa jeunesse, porta les armes, commanda des armées, augmenta notre puissance, sauva nos alliés et fit des conquêtes sur nos ennemis, ne pourrait plus vous être très utile, aujourd'hui qu'il est dans toute sa force et qu'il a atteint cet âge où l'homme est supérieur à lui-même ; aujourd'hui qu'il possède la plus grande expérience de la guerre ? Celui que vous choisîtes pour général lorsqu'il était dans l'adolescence, le repousserez-vous maintenant qu'il est homme ? Celui que vous chargeâtes des guerres les plus importantes quand il était encore simple chevalier, ne vous paraîtra-t-il pas digne de votre confiance pour cette expédition maintenant qu'il est sénateur ? Avant de l'avoir efficacement éprouvé, vous le recherchâtes comme votre seul appui dans les dangers qui vous pressaient ; et maintenant que vous le connaissez à fond, vous ne vous confieriez pas à lui dans une situation non moins critique. Alors qu'il n'avait pas le droit d'exercer le commandement, vous le nommâtes général contre Sertorius, et vous ne l'enverriez pas combattre contre les pirates, après qu'il a été consul ? Citoyens, que votre choix ne se porte pas sur un autre ; et. toi, Pompée, écoute-moi, écoute la patrie. C'est elle qui t'a donné le jour, c’est elle qui t'a nourri : tu dois être esclave de ses intérêts et ne reculer, pour les soutenir, devant aucune fatigue, devant aucun danger. Fallût-il même mourir, loin d'attendre l'heure marquée par le destin, tu devrais à l'instant courir au-devant du trépas.

27. Je parais ridicule sans doute en donnant ces conseils à l'homme qui, dans tant de guerres importantes, a déployé son courage et son dévouement pour la patrie. Cède donc à mes instances et à celtes de tes concitoyens, Pompée. Si quelques hommes te portent envie, ne crains rien : que ce soit même pour toi un nouveau motif de montrer plus de zèle. L'affection du peuple et les avantages que tu procureras à la République doivent te rendre insensible à l’envie ; et si tu as à coeur de chagriner tes ennemis, dans cette vue même accepte le commandement. Ils s'affligeront lorsque, malgré eux, tu auras commandé et tu te seras couvert de gloire. Enfin, tu mettras à tes exploits passés un couronnement digne de toi, en nous affranchissant de maux nombreux et terribles."

Opposition de Trebellius; Catulus prend la parole

28. A peine Gabinius eut-il cessé de parler, que Trébellius essaya de le réfuter ; mais n'ayant pu obtenir la parole, il empêcha les tribus d'aller aux voix. Gabinius indigné ajourna le vote concernant Pompée ; mais il en proposa un autre contre Trebellius lui-même. Les dix-sept tribus qui votèrent les premières, déclarèrent qu’il agissait illégalement et qu'il ne devait pas conserver la puissance tribunitienne. Déjà la dix-huitième allait en faire autant, et Trebellius eut encore beaucoup de peine à se taire. Voyant ce qui se passait, Roscius n'osa prendre la parole ; mais, levant la main, il demanda par un signe qu'on élût deux généraux, afin de diminuer, au moins de cette manière, la puissance de Pompée. Pendant qu'il gesticulait ainsi, la multitude poussa un cri si terrible et si menaçant qu’un corbeau, qui volait au dessus du lieu où elle était assemblée, en fut effrayé et tomba, comme s'il eût été frappé de la foudre : après cet incident, Roscius contint non seulement sa langue, mais encore sa main. Catulus avait jusqu'alors gardé le silence : Gabinius l'engagea à dire quelques mots, persuadé que Catulus, qui était le chef du sénat, entraînerait ses collègues à voter comme les amis de Pompée. Gabinius espérait d'ailleurs qu'éclairé par ce qui était arrivé aux tribuns, il approuverait sa proposition. La parole fut accordée à Catulus, à cause du respect et de la considération dont l'entourait la multitude, qui avait toujours reconnu dans ses discours et dans ses actes un ami du peuple. Il s'exprima ainsi :

Discours de Catulus contre la proposition de Gabinius

29. "Romains, vous connaissez tous mon dévouement sans bornes pour vous : puisqu'il en est ainsi, mon devoir est de dire librement et sans détour tout ce que je sais être utile à la patrie. Le vôtre est d'écouter mes paroles avec calme, et de prendre ensuite votre résolution. Si vous excitez du tumulte, vous n'emporterez d'ici aucun avis salutaire ; tandis que vous auriez pu recevoir de bons conseils. Au contraire, en me prêtant une oreille attentive, vous arriverez infailliblement à une détermination conforme à vos intérêts. D'abord, et c’est sur ce point que j'insiste le plus, vous ne devez confier à aucun homme de si grands pouvoirs, sans interruption : les lois s’y opposent, et l'expérience a prouvé qu'il n'est rien de plus dangereux. Ce qui rendit Marius si redoutable, c'est uniquement, pour ainsi parler, qu'en très peu de temps vous l'aviez chargé des guerres les plus importantes et revêtu six fois du consulat en quelques années. Ce qui fit Sylla si puissant, c'est que durant tant d'années consécutives il commanda les armées et fut ensuite dictateur, puis consul ; car il n'est pas dans notre nature qu'un jeune homme, ni même qu'un vieillard, qui ont longtemps eu le pouvoir dans les mains, se soumettent volontiers aux lois de leur pays.

30. Si je tiens ce langage, ce n'est pas que j'aie quelque reproche à faire à Pompée ; c'est parce qu'il ne vous serait pas avantageux de lui déférer un semblable commandement : les lois d'ailleurs ne le permettent point. Et en effet, si le commandement est un honneur pour les citoyens que vous en jugez dignes, tous ceux qui ont droit d'y prétendre doivent l'obtenir (c'est en cela que la démocratie consiste) : s'il expose aux fatigues, tous les citoyens doivent les partager (c'est ce qui constitue l'égalité). De plus, si vous agissez comme je vous le conseille, un grand nombre de citoyens s'exerceront au maniement des affaires publiques, et il vous sera facile, par l'expérience, de choisir les plus capables, quels que soient les besoins de l'État. Au contraire, la manière dont vous procédez a pour conséquence inévitable de rendre fort rares les hommes convenablement préparés aux affaires publiques et dignes de les diriger. Si vous avez manqué d'un général pour la guerre contre Sertorius, c'est surtout parce que, pendant les années qui l'avaient précédée, vous aviez longtemps laissé le commandement dans les mêmes mains. Ainsi, quoique Pompée mérite, à tous égards, d'être chargé de l'expédition contre les pirates, par cela même que ce choix serait condamné par les lois et par l'expérience, il ne doit avoir ni votre approbation ni la sienne.

31. Voilà ce que j'avais d'abord à dire et à signaler particulièrement à votre attention. J'ajoute que, lorsque des consuls, des préteurs, des proconsuls et des propréteurs n'obtiennent les magistratures civiles et le commandement des armées que d'après les prescriptions des lois, il n'est ni honorable ni utile pour vous de les violer, pour créer je ne sais quelle magistrature nouvelle. A quoi bon élire des magistrats annuels, si vous ne vous en servez pas, lorsque les circonstances l'exigent ? Certes, ce n'est pas pour qu'ils se promènent avec la toge bordée de pourpre, ni pour que revêtus du titre de leur charge, ils soient privés de l'autorité qu'elle confère. Et comment ne serez-vous pas en butte à la haine de ces hommes et de tous ceux qui aspirent à prendre part au gouvernement de l'État, si vous abolissez les magistratures établies dans notre pays ; si vous ne laissez rien à faire à ceux que vous avez élus conformément aux lois, pour décerner à un simple citoyen un commandement extraordinaire et tel qu'il n'a jamais existé.

32. S'il est nécessaire de créer un magistrat en dehors des magistrats annuels, nous en avons un exemple ancien ; je veux parler du dictateur, mais ce dictateur, avec l'autorité dont il était revêtu, nos pères ne l'établirent jamais pour toutes les affaires indistinctement, ni pour plus de six mois. Si vous avez besoin d'un magistrat extraordinaire, vous pouvez donc, sans enfreindre les lois et sans vous montrer peu soucieux des intérêts de la république, nommer un dictateur, que ce soit Pompée ou tout autre citoyen ; pourvu que son autorité ne s'étende pas au delà du terme légal, ni hors de l'Italie. Vous n'ignorez pas avec quel respect nos pères observèrent cette règle, et vous ne trouverez pas de dictateur élu à d'autres conditions, excepté un seul : je veux parler de celui qui fut envoyé en Sicile et qui ne fit rien. Du reste, l'Italie n'a pas besoin d'un tel magistrat, et vous ne supporteriez point, je ne dis pas l'autorité, mais le nom d'un dictateur : j'en ai pour garant votre indignation contre Sylla. Comment pourriez-vous, sans imprudence, créer aujourd'hui un pouvoir qui durerait trois ans, qui s'étendrait, pour ainsi dire, sur tout dans l'Italie et hors de l'Italie ? Les malheurs qu'une pareille autorité attire sur les États, les troubles qu'excitèrent souvent au milieu de nous les hommes dévorés de la soif de dominer au mépris des lois, les maux qu'ils appelèrent sur eux-mêmes, vous les connaissez tous également.

33. Je n'ajouterai donc rien à ce sujet. Qui ne sait, en effet, qu'il n'est ni honorable ni avantageux que toutes les affaires soient dans les mains d'un seul homme, ni qu'un seul homme, eût-il un mérite éminent, soit l'arbitre de la fortune de tous ? Les grands honneurs, un pouvoir excessif enorgueillissent et corrompent même les coeurs les plus vertueux. Il est d'ailleurs une chose qu'à mon avis vous ne devez point perdre de vue, c'est qu'il n'est pas possible qu'un seul homme commande sur toute la mer et dirige convenablement cette guerre ; car, si vous voulez faire ce que les circonstances exigent, vous devez combattre les pirates sur tous les points à la fois, afin qu'ils ne paissent se réunir, ni se ménager un refuge auprès de ceux qui ne sont pas engagés dans cette guerre ; de sorte qu'il sera très difficile alors de mettre la main sur eux. Un seul chef ne saurait y suffire en aucune façon. Comment pourrait-il, en effet, faire la guerre, le même jour, en Italie, en Cilicie, en Égypte, en Syrie, en Grèce, dans l'Ibérie, dans la mer Ionienne et dans les îles ? Vous devez donc consacrer à cette expédition un grand nombre de soldats et de généraux, si vous voulez en retirer quelque avantage.

34. On m'objectera peut-être que, si vous chargez un seul chef de cette guerre, il aura plusieurs lieutenants sur mer et sur terre. Comment ne serait-il pas plus juste et plus utile, dirai-je à mon tour, que ceux qui doivent y prendre part, sous ses veux, soient désignés par vous pour cette mission, et reçoivent de vous une autorité indépendante. Quel est donc l'obstacle qui s'y oppose ? Alors ils s'occuperont de la guerre avec plus de soin, par cela même que chacun aura sa tâche à remplir et ne pourra imputer à personne sa propre négligence. De là aussi une émulation plus active, parce que chacun aura une autorité absolue et recueillera lui-même la gloire de ses exploits. Au contraire, si vous nommez un chef unique, croyez-vous qu'un homme, soumis à un autre, déploiera la même ardeur ; qu'il exécutera tout ce qui lui sera ordonné, sans jamais chercher une excuse, alors que l'honneur de la victoire devra revenir non à lui, mais à un autre ? Non, il n'est pas possible qu’un seul général dirige en même temps toutes les opérations d'une si grande guerre : Gabinius lui-même l'a reconnu, en demandant que plusieurs aides soient donnés au chef qui doit être choisi par vos suffrages. Il reste à examiner s’ils devront avoir le titre de commandants, de lieutenants ou de chefs ; s'ils seront élus par tout le peuple et revêtus d'une autorité indépendante, ou nommés par Pompée seul et placés sous ses ordres. Mon opinion est, sous tous les rapports et même au point de vue des pirates, plus conforme aux lois : chacun de vous doit le reconnaître. Outre cette considération, vous voyez combien il est dangereux de détruire toutes les magistratures, à l'occasion de la guerre contre ces brigands, et de n'en laisser subsister aucune, pendant sa durée, ni en Italie, ni dans les contrées soumises à notre domination***.

Pouvoirs confiés à Pompée; il met fin aux brigandages des pirates

35. ***on lui confia pour trois ans le gouvernement de l'Italie avec l’autorité proconsulaire ; on lui donna en outre quinze lieutenants, et un décret lui permit de prendre tous les vaisseaux, tout l'argent, toutes les troupes qu'il voudrait. Le sénat sanctionna, malgré lui, ces mesures et celles qui partirent successivement réclamées par cette guerre ; surtout lorsque, Pison ayant refusé aux lieutenants de Pompée de lever des troupes dans son gouvernement de la Gaule Narbonnaise, le peuple fit éclater un vif mécontentement : il aurait même déposé Pison sur-le-champ, si Pompée n'avait pas intercédé eu sa faveur. Celui-ci, après avoir tout préparé comme l'exigeaient l'importance de cette expédition et la grandeur de ses vues, parcourut soit en personne, soit par ses lieutenants, toutes les mers qu'infestaient les pirates, et il en pacifia la plus grande partie, cette année même. Disposant d'une flotte considérable et de nombreux corps d'armée, rien ne put lui résister ni sur mer ni sur terre : en même temps il se montrait plein d'humanité pour ceux qui faisaient volontairement leur soumission. Par là il gagna un grand nombre de pirates qui, inférieurs en forces et témoins de sa bonté, se mettaient avec empressement à sa discrétion. Pompée s'occupait de leurs besoins, et, pour que la pauvreté ne, les entraînât pas à de nouveaux brigandages, il leur donnait toutes les terres qu'il voyait désertes et toutes les villes qui manquaient d'habitants. Plusieurs furent ainsi peuplées, entre autres celle qui prit le nom de Pompéiopolis - située sur les côtes de la Cilicie, elle s'appelait autrefois Soli et avait été ruinée par Tigrane.

Les consuls Acilius et Pison proposent une loi contre la brigue

36. Tels sont les événements qui se passèrent pendant le consulat d'Acilius et de Pison. De plus, ils proposèrent eux-mêmes contre ceux qui seraient convaincus de brigue dans les élections une loi qui les déclarait incapables d'exercer aucune magistrature, de siéger dans le, sénat, et les frappait d'une amende. Depuis que la puissance tribunitienne avait recouvré ses anciens privilèges, et que plusieurs citoyens dont les noms avaient été effacés par les censeurs sur la liste du sénat, cherchaient à reconquérir leur ancienne dignité, les factions et les cabales se multipliaient à l'infini, à propos de toutes les charges. Les consuls ne proposèrent pas cette loi par haine contre ces menées ; puisqu'ils avaient été élus eux même, à force d'intrigues et Pison, déféré à la justice pour ce fait, n'avait échappé à la nécessité de se défendre que par le dévouement d'un ou deux de ses amis ; mais parce qu'ils y furent contraints par le sénat. Voici à quelle occasion : un certain Caïus Cornelius, tribun du peuple, avait cherché à faire établir les châtiments les plus sévères contre ceux qui seraient convaincus de brigue, et le peuple avait approuvé sa proposition. Le sénat, sachant par expérience que si les peines sont trop rigoureuses, les menaces de la loi peuvent bien inspirer quelque terreur ; mais que, par cela même que ces peines sont excessives, il n'est pas facile de trouver des accusateurs, ni même des juges disposés à condamner les coupables ; tandis que des peines modérées déterminent plusieurs hommes à intenter des accusations et ne détournent point les juges d'une sentence de condamnation, ordonna aux consuls d'amender cette proposition et de la présenter au peuple ainsi adoucie. 

Proposition du tribun C. Cornelius sur le même objet

37. Les comices avaient été déjà annoncés, et par cela même il n'était plus permis de faire aucune loi avant leur réunion ; mais, dans l'intervalle, ceux qui aspiraient aux charges publiques se portèrent à de nombreux excès ; des massacres furent même commis. Le sénat décida que la loi serait rendue avant les comices et qu'on donnerait une garde aux consuls. Indigné de ce décret, Cornelius proposa une loi qui défendait aux sénateurs d'accorder une charge à quiconque la demanderait illégalement, ou de statuer sur aucune des questions qu'il appartenait au peuple de résoudre. Tout cela avait été depuis longtemps réglé par des lois ; mais on ne s'y conformait plus. Cette proposition souleva un grand tumulte : elle rencontra une vive opposition dans le sénat, surtout de la part de Pison. La multitude brisa ses faisceaux et tenta même de le mettre en pièces. Cornelius, voyant qu'elle se laissait emporter trop loin, congédia l'assemblée, avant de recueillir les suffrages : plus tard il ajouta à sa loi que le sénat délibérerait sur ces questions, avant qu'elles fussent portées devant le peuple, et que le peuple devrait ratifier la délibération du sénat. 

Loi de C. Cornelius concernant les édits des préteurs

38. Telle fut la loi de Cornelius à ce sujet : il en proposa une autre que je vais faire connaître. Tous les préteurs consignaient, dans un édit qu'ils affichaient, les principes d'après lesquels ils devaient rendre la justice ; mais ils ne donnaient point toutes les formules qui avaient été établies au sujet des contrats. De plus, ils ne composaient point cet édit tout d'une fois, et ils n'observaient pas ce qu'ils avaient écrit : souvent même ils le changeaient, et la plupart du temps c'était, comme cela devait arriver, par bienveillance ou même par haine pour certaines personnes. Cornelius proposa donc une loi en vertu de laquelle les préteurs seraient tenus de faire connaître, aussitôt q'ils entreraient en charge, d'après quelles règles ils rendraient la justice, et de ne s'en écarter jamais. En un mot, les Romains, à cette époque, se montrèrent si soucieux de réprimer la corruption, qu'ils établirent des peines contre ceux qui s'en rendraient coupables et des honneurs pour leurs accusateurs. Ainsi, quoique Caïus Carbon n'eût été que tribun du peuple, ou lui décerna les honneurs consulaires, parce qu'il avait mis en accusation M. Cotta, qui avait destitué le questeur Publius Oppius soupçonné de se laisser corrompre et d'ourdir des trames criminelles, mais qui s'était enrichi, lui-même en Bithynie. Plus tard Carbon eut aussi le gouvernement de cette province et n'y commit pas moins d'exactions que Cotta : il fut accusé par le fils de celui-ci et condamné à son tour ; car pour certains hommes il est plus facile de blâmer les autres que de se corriger eux-mêmes. Ils sont très prompts à faire ce qui leur paraît mériter d'être puni dans autrui ; et s'ils condamnent le mal chez les autres, ce n'est pas une raison pour qu'on croie qu'ils l'ont en aversion.

L. Lucullus refuse le gouvernement de la Sardaigne 

39. Lucius Lucullus était arrivé au terme de sa préture urbaine. Nommé ensuite au gouvernement de la Sardaigne, il ne l'accepta pas : il se sentait de l'éloignement pour cette charge, parce que la plupart des gouverneurs de province se conduisaient mal. Il était d'une grande douceur et il en donna une preuve éclatante. En effet, Acilius ayant fait briser le siège d'où Lucullus rendait la justice, sous prétexte que celui-ci ne s'était point levé en le voyant passer auprès de lui, Lucullus ne se fâcha pas et rendit la justice debout à partir de ce jour : ses collègues en firent autant, par égard pour lui. 

Proposition de Roscius sur les théâtres et de C. Manilius sur le vote des affranchis

40. Roscius proposa une nouvelle loi : C. Manilius, qui était aussi tribun du peuple, en proposa une autre. Le premier demanda qu'au théâtre les places des chevaliers fussent séparées de celles des autres citoyens, et cette proposition lui valut des éloges : peu s'en fallut, au contraire, que Manilius ne fût puni pour la sienne. Le dernier jour de l'année, vers le soir, à la tète de quelques hommes du peuple qu'il avait disposés pour un coup de main, il proposa de conférer aux affranchis le droit de voter comme ceux qui leur avaient donné la liberté.

An de Rome 688.

C. Manilius propose de confier à Pompée la guerre contre Mithridate; César et Cicéron soutiennent cette proposition; elle est adoptée

Le lendemain (c'était le premier jour du mois dans lequel L. Tullius et Aemilius Lépidus prirent possession du consulat), le sénat, instruit de cette proposition, la rejeta sur-le-champ : l'indignation de la multitude était montée à son comble. Manilius, qui en fut effrayé, attribua d'abord à Crassus et à quelques autres la pensée de cette loi ; mais comme personne ne le crut, il chercha, malgré une vive répugnance, à flatter Pompée et prit surtout ce parti, parce qu'il savait que Gabinius avait beaucoup de crédit auprès de lui. Il lui fit donc confier la guerre contre Tigrane et contre Mithridate, avec le gouvernement de la Bithynie et de la Cilicie. 

41. Alors le mécontentement et l'opposition des Grands éclatèrent encore pour diverses causes ; mais principalement parce que Marcius et Acilius furent déposés avant d'être parvenus au terme de leur charge. Le peuple avait envoyé, peu de temps auparavant, des commissaires pour régler les affaires dans les pays conquis (la guerre paraissait finie d'après ce que Lucullus avait écrit) ; mais il n'en approuva pas moins la loi Manilia, à l'instigation de César et de M. Cicéron, qui soutinrent cette loi, non qu'ils la crussent avantageuse pour l'État, ou qu'ils voulussent complaire à Pompée, mais parce qu'ils voyaient qu'elle serait inévitablement adoptée. César voulait tout à la fois flatter le peuple, qui lui paraissait beaucoup plus puissant que le sénat, et se frayer la voie pour obtenir, un jour, un semblable décret en sa faveur. Il cherchait eu même temps à exciter encore davantage la jalousie et la haine contre Pompée, par les honneurs qui lui seraient conférés ; afin que le peuple se dégoûtât plus promptement de lui. Quant à Cicéron, il aspirait à gouverner l'État et voulait montrer au peuple et aux Grands qu'il accroîtrait considérablement la force du parti qu'il aurait embrassé. Il favorisait donc tantôt les uns, tantôt les autres, pour être recherché par les deux partis : ainsi, après avoir fait cause commune avec les Grands et préféré, par suite de cette résolution, l'édilité au tribunat, il se déclara alors pour la lie du peuple.

C. Manilius est défendu par Cicéron

42. Une action en justice fut ensuite intentée à Manilius par les Grands. Il chercha à obtenir un ajournement ; mais Cicéron, qui lui était opposé en tout, consentit à grand'peine à remettre la cause au lendemain, sous prétexte qu'on était à la fin de l'année : il était alors préteur et présidait la commission chargée de cette affaire. La multitude s'étant montrée fort mécontente, Cicéron fut contraint par les tribuns de se rendre dans l'assemblée du peuple : il attaqua vivement le sénat et promit de défendre Manilius. Sa conduite, dans cette circonstance, lui attira d'amers reproches, et il fut appelé transfuge. Un mouvement populaire, qui éclata sur-le-champ, empêcha la commission de se réunir. Publius Paetus et Cornélius Sylla, neveu du célèbre Sylla, désignés consuls, et qui avaient été convaincus de corruption, résolurent d'attenter aux jours de L. Cotta et de L. Torquatus, parce qu'ils les avaient accusés ; mais surtout parce qu'ils avaient été élus à leur place.

Première conspiration de Catilina

Plusieurs s'associèrent à ce projet, entre autres Cn. Pison et Lucius Catilina homme plein d'audace, qui avait aussi brigué le consulat et conservait un vif ressentiment de ne l'avoir pas obtenu. Mais ils ne purent réussir : leur complot fut dévoilé, et le sénat donna une garde aux consuls. Un décret aurait même été rendu contre les coupables, sans l'opposition d'un tribun du peuple. Cependant Pison conservait encore toute sa hardiesse : le sénat, craignant qu'il n'excitât des troubles, l'envoya incontinent en Espagne, sous prétexte d'y remplir un commandement. Il fut égorgé par les habitants qu'il avait révoltés par quelques injustices.

Mithridate envoie une députation à Pompée pour demander la paix ; ils ne peuvent s'entendre

43. Pompée fit d'abord ses préparatifs, comme sil devait se rendre en Crète auprès de Métellus ; mais, instruit des décrets qui venaient d'être rendus, il feignit d'être mécontent, comme il l'avait déjà fait, et accusa ses adversaires de lui susciter sans cesse des embarras pour lui faire commettre quelque faute ; tandis que, au fond, il se réjouissait de ces décrets. La Crète et ce qui pouvait rester à faire sur mer ne lui parut plus d'aucune importance, et il tourna tous ses soins vers la guerre contre les barbares. Voulant dès lors sonder Mithridate, il chargea Métrophanès de lui porter des paroles de paix ; mais Mithridate ne tint alors aucun compte de Pompée ; parce qu'Arsace, roi des Parthes, venant de mourir, il espérait mettre dans ses intérêts Phraates, son successeur. Pompée le prévint, fit sur-le-champ alliance avec Phraates, aux mêmes conditions, et l'engagea à se jeter dans l'Arménie, qui dépendait de Tigrane. A cette nouvelle, le roi du Pont effrayé envoya aussitôt une députation à Pompée, pour demander la paix. Pompée ayant exigé qu'il déposât les armes et rendît les transfuges, Mithridate n'eut pas le temps de délibérer ; car à peine les conditions imposées par le général romain eurent-elles transpiré parmi les soldats de ce roi, qu'ils se révoltèrent ; les transfuges (et ils étaient en grand nombre), par la crainte d'être livrés ; les barbares, par la crainte d'être forcés à combattre sans eux. Ils se seraient même portés à quelque extrémité envers lui, s'il n'était parvenu, quoique bien difficilement, à les contenir en prétextant qu'il avait envoyé une députation, non pour négocier ; mais pour observer les préparatifs des Romains.

Entrevue de Lucullus et de Pompée en Galatie

44. Pompée, dès qu'il eut reconnu qu'il devait faire la guerre, s'occupa de tous les préparatifs nécessaires et rappela sous les drapeaux les légions Valériennes. Déjà il était en Galatie, lorsque Lucullus vint à sa rencontre, lui assura que, la guerre étant terminée, une nouvelle expédition serait inutile, et que, pour cette raison, les commissaires, chargés par le sénat d'établir l'ordre dans les pays conquis, étaient arrivés. N'ayant pu lui persuader de se retirer, il eut recours aux injures et lui reprocha, entre autres choses, de se mêler de toutes les affaires et d'être passionné pour la guerre et pour le commandement. Pompée s'inquiéta peu des attaques de Lucullus, défendit à l'armée de lui obéir et marcha, à grandes journées, contre Mithridate, impatient d'en venir aux mains avec lui le plus tôt possible.

Premiers succès de Pompée en Arménie

45. Mithridate, dont les forces étaient moindres que celles de Pompée, l'évita pendant quelque temps ; ravageant tous les lieux qui se trouvaient sur son passage, promenant son ennemi de contrée en contrée et le réduisant à manquer de vivres. Mais le général romain s'étant jeté dans l'Arménie, parce que ses provisions s'épuisaient, et dans l'espoir de s'emparer de cette contrée qui n'avait pas de défenseurs, Mithridate craignit qu'elle ne lui fût enlevée en son absence. Il s'y rendit donc de son côté, occupa vis-à-vis de l'ennemi une hauteur fortifiée par la nature, et se tint en repos avec toute son armée. Il se flattait de détruire les Romains par la disette ; tandis que les vivres lui arrivaient en abondance de tous côtés, par cela même qu'il était dans un pays soumis à sa puissance. Au pied de cette hauteur s'étendait une plaine nue, où Mithridate faisait incessamment descendre quelques cavaliers qui maltraitaient tous ceux qu'ils rencontraient : aussi vit-il plusieurs romains passer de son côté, comme transfuges. Pompée n'eut pas la témérité d'attaquer là Mithridate et son armée. Il transporta son camp dans un autre endroit, qui était entouré de bois et où il devait être moins inquiété par la cavalerie et par les archers de l'ennemi. Il plaça en embuscade quelques-uns de ses soldats dans un lieu convenablement choisi, s'approcha ouvertement du camp des barbares avec quelques autres, y porta le trouble et les ayant attirés où il désirait, il en fit un grand carnage. Enhardi par ce succès, il envoya plusieurs détachements de son armée chercher des vivres sur divers points de cette contrée.

Mithridate passe dans l'Arménie, soumise à Tigrane; Pompée le suit; bataille entre les Romains et l'armée de Mithridate; les Romains ont l'avantage

46. Mithridate, voyant que Pompée s'en procurait sans danger, qu'avec une poignée de soldats il s'était emparé de l'Anaïtis, contrée de l'Arménie consacrée à une divinité de ce nom, que ces succès lui attiraient de nombreux partisans, et que les soldats de Marcius se joignaient à lui, fut en proie à de vives alarmes. Il ne séjourna pas davantage dans ce pays, s'éloigna sans délai, à la faveur des ténèbres, et, ne marchant que pendant la nuit, il gagna l'Arménie soumise à Tigrane. Pompée le suivit pas à pas avec un vif désir d'engager le combat ; mais il n'osa l'attaquer, ni durant le jour, parce qu'alors les barbares ne sortaient point de leur camp ; ni durant la nuit, parce qu'il redoutait des lieux qui lui étaient inconnus : il attendit donc qu'on fût arrivé au pays limitrophe. Là, instruit que les ennemis songeaient à lui échapper par la fuite, il se vit forcé d'en venir aux mains avec eux, pendant la nuit. Cette résolution une fois arrêtée, il s'éloigna le premier, à leur insu, lorsqu'ils faisaient la méridienne, et prit la route qu'ils devaient suivre. Le hasard l'ayant conduit dans une gorge entourée de plusieurs hauteurs, il fit monter ses soldats sur ces hauteurs et attendit les barbares, qui, parce qu'ils n'avaient encore rien souffert, se croyaient même alors tellement à l'abri du danger qu'ils espéraient que les Romains cesseraient de les poursuivre, et s'engagèrent dans cette gorge avec sécurité et sans précaution. Pompée tomba sur eux au milieu des ténèbres ; car ils n'avaient point, de lumière, et aucun astre ne brillait au firmament.

47. Voici la description de cette bataille : d'abord, à un signal convenu, tous les trompettes à la fois sonnèrent la charge. Ensuite les soldats, les valets et les gens attachés à l'armée poussèrent tous ensemble un cri de guerre. Ils frappaient, ceux-ci les boucliers avec les lances, ceux-là les ustensiles d'airain avec des pierres : les sons, réfléchis et répétés par les flancs creux des montagnes, répandaient le plus grand effroi. Les barbares, surpris au milieu de la nuit et dans des lieux déserts par ce bruit soudain, furent épouvantés, comme s'ils avaient été frappés d'un fléau envoyé par les dieux. En ce moment, les Romains, de tous les points qu'ils occupaient sur les hauteurs, lancèrent des pierres, des traits et des javelots, qui, tombant sur des masses compactes, faisaient toujours quelques blessures et réduisirent les barbares à la position la plus critique. Équipés non pour le combat, mais pour la route ; confondus, hommes et femmes, avec les chevaux et les chameaux de toute espèce ; les uns à cheval, les autres sur des chars, tels que litières couvertes et voitures de voyage ; ceux-ci déjà blessés, ceux-là s'attendant à l'être, ils étaient en proie à mille craintes, se serraient les uns contre les autres, et par cela même ils trouvaient plus promptement la mort. Voilà ce qu'ils eurent à souffrir tant qu'ils furent attaqués de loin. Lorsque les Romains, ayant épuisé les moyens de les frapper à distance, tombèrent sur eux, ceux qui occupaient les extrémités furent taillés en pièces : comme ils étaient la plupart sans armes, un seul coup suffisait pour leur donner la mort. En même temps le centre était foulé, parce qu'on s'y portait des extrémités, par l'effet de la crainte qui régnait tout autour. Les barbares périssaient ainsi pressés et écrasés les uns par les autres, sans avoir aucun moyen de se défendre et sans oser rien entreprendre contre les ennemis. Cavaliers et archers, pour la plupart, ils ne pouvaient ni voir devant eux à cause des ténèbres, ni rien tenter dans la gorge étroite on ils étaient engagés. La lune enfin brilla : ils s'en réjouirent dans l'espérance de se défendre enfin à sa clarté. Ils auraient pu en tirer quelque avantage, si les Romains, qui l'avaient par derrière, fondant sur leurs ennemis tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, n'avaient trompé et leurs yeux et leurs bras. Comme ils étaient fort nombreux et que leurs corps projetaient tous ensemble des ombres bien au loin dans la gorge ; tant qu'ils s'approchaient ainsi des barbares, ils les induisaient en erreur. En effet, ceux-ci, croyant l'ennemi près d'eux, portaient des coups qui se perdaient dans le vide, et ils étaient blessés sans s'y attendre lorsqu'ils voulaient combattre ces ombres corps à corps. Plusieurs périrent de cette manière : d'autres non moins nombreux furent faits prisonniers, et beaucoup d'autres, parmi lesquels se trouvait Mithridate, prirent la fuite.

Mithridate, forcé de fuir, ne peut obtenir un asile auprès de Tigrane. Il s'avance jusqu'au Bosphore, fait mettre à mort Macharès, son fils, qui avait embrassé le parti des Romains; il arrive au delà du Phasis

48. Mithridate alors se dirigea vers Tigrane : il se fit précéder d'une députation ; mais il ne trouva chez lui aucune disposition amicale, parce que ce roi supposait que si son fils s'était révolté, il avait été poussé par Mithridate, son aïeul. Aussi, bien loin de lui accorder un asile, Tigrane fit-il arrêter, et charger de chaînes ses envoyés. Déçu dans son espoir, Mithridate tourna ses pas du côté de la Colchide ; puis il s'avança par terre jusqu'au Palus-Méotide et jusqu'au Bosphore, gagnant les uns et réduisant les autres par la force. Il s'empara de cette contrée alors soumise à Macharès, son fils, qui avait embrassé le parti des Romains et auquel il inspira tant d'effroi qu'il n'osa paraître en sa présence. Macharès fut mis à mort par ses amis, à l'instigation de son père, qui leur promit l'impunité et de l'argent. Sur ces entrefaites, Pompée fit poursuivre Mithridate ; mais celui-ci avait pris les devants, et il était déjà arrivé au delà du Phasis.

Fondation de Nicopolis par Pompée

Le général romain fit bâtir, dans l'endroit où il avait remporté la victoire, une ville qu'il donna aux blessés et aux soldats affaiblis par l'âge. Plusieurs habitants des lieux voisins vinrent s'y établir volontairement avec eux : ils l'occupent encore aujourd'hui, sous le nom de Nicopolitains et font partie de la province de Cappadoce. Tels furent les exploits de Pompée.

Tigrane le fils se révolte contre son père; il est vaincu et se jette dans les bras des Romains
Tigrane le fils sert de guide à Pompée dans une expédition contre son père

49. Tigrane le fils, à la tête de quelques hommes considérables qui supportaient avec peine l'autorité de son père, se retira auprès de Phraate ; et comme celui-ci hésitait sur le parti qu'il devait prendre, à raison de ses traités avec Pompée, il le détermina à envahir l'Arménie. Ils s'avancèrent jusqu'à Artaxata, soumirent tout sur leur passage et attaquèrent même cette ville. Tigrane le père, effrayé à leur approche, s'était enfui dans les montagnes. Cependant Phraate, pensant que le siège d'Artaxata durerait quelque temps, laissa au jeune Tigrane une partie de son armée et rentra dans ses États. Tigrane le père marcha alors contre son fils ainsi abandonné à lui-même et le vainquit. Celui-ci prit la fuite et se dirigea d'abord vers son aïeul ; mais, instruit que Mithridate, vaincu lui-même, avait besoin de secours plutôt qu'il n'était en mesure de secourir les autres, il se jeta dans les bras des Romains et servit de guide à Pompée dans une expédition en Arménie contre son père.

Pompée franchit l'Araxe et s'avance jusque sous les murs d'Artaxata

50. A cette nouvelle, le vieux Tigrane, saisi de crainte, envoya un héraut à Pompée et lui livra les ambassadeurs de Mithridate, mais l'opposition de son fils l'empêcha d'obtenir des conditions raisonnables. D'un autre côté, Pompée, ayant franchi l'Araxe, s'était avancé jusque sous les murs d'Artaxata, malgré les démarches de Tigrane, qui, dans cette extrémité, lui abandonna la ville et se rendit volontairement dans son camp ; mais, afin de lui inspirer tout à la fois du respect et de la pitié, il prit soin que tout, dans son extérieur, tînt le milieu entre son ancienne dignité et son abaissement présent. Il se dépouilla donc de sa tunique coupée de raies blanches et de son manteau qui était tout de pourpre ; mais il garda sa tiare et la bandelette qui y était attachée.

Tigrane le père se rend dans le camp des Romains; accueil qu'il y trouve

Pompée envoya au-devant de lui un licteur chargé de le faire descendre de cheval ; car Tigrane, suivant la coutume de son pays, se disposait à pénétrer à cheval dans les retranchements des Romains. Mais lorsqu'il y fut entré à pied ; lorsqu'il eut déposé son diadème, qu'il se fut prosterné et eut adoré Pompée, ce général, ému de compassion par un tel spectacle, s'élança vers lui, le releva, ceignit son front du bandeau royal, le fit asseoir à ses côtés et le consola en lui disant, entre autres choses, qu'il n'avait point perdu son royaume d'Arménie, mais gagné l'amitié des Romains. Après avoir ranimé son courage par ces paroles, il l'invita à souper. 

Partage fait par Pompée entre Tigrane le père et Tigrane le fils; celui-ci est envoyé à Rome sous escorte

51. Le fils de Tigrane, assis de l'autre côté de Pompée, ne se leva pas devant son père et ne lui donna aucune marque d'affection. Il ne se rendit pas même au souper auquel il avait été invité ; et ce fut là ce qui lui attira surtout la haine de Pompée. Le lendemain, après avoir entendu le père et le fils, le général romain rendit au vieux Tigrane les États qu'il avait reçus de ses ancêtres : quant aux provinces qu'il avait conquises (c'étaient, entre autres contrées, diverses parties de la Cappadoce et de la Syrie, la Phénicie, la Sophène, pays limitrophe de l'Arménie), et elles formaient un tout assez vaste, il les lui enleva : de plus, il exigea une contribution d'argent et ne donna à Tigrane le fils que la Sophène : c'était là que se trouvaient les trésors du roi d'Arménie. Le jeune Tigrane les réclama avec énergie : n'ayant pu les obtenir (car Pompée ne pouvait se faire payer avec d'autres fonds les sommes qui lui avaient été promises), il éprouva un vif mécontentement et résolut de prendre la fuite. Instruit à temps de son projet, Pompée le fit garder à vue et envoya aux gardiens de ces trésors l'ordre de les remettre à Tigrane le père. Ils refusèrent, sous prétexte que cet ordre devait être donné par le jeune Tigrane, déjà regardé comme le souverain de ce pays. Pompée l'envoya alors lui-même au château où les trésors étaient déposés : celui-ci, l'ayant trouvé fermé, s'en approcha de très près et ordonna, malgré lui, de l'ouvrir. Les gardiens n'obéirent pas davantage, soutenant qu'il ne donnait pas cet ordre de bon gré, mais par contrainte. Pompée indigné fit mettre en prison Tigrane le jeune ; et les trésors furent ainsi remis à son père. Pompée partagea son armée en trois corps et établit ses quartiers d'hiver dans l'Anaïtis et sur les bords du Cyrnus, après avoir reçu de Tigrane le père un grand nombre de présents et des sommes beaucoup plus considérables que celles qui avaient été convenues. Ce fut là surtout ce qui le détermina à l'inscrire bientôt après au nombre des amis et des alliés du peuple romain et à envoyer son fils à Rome sous escorte. Néanmoins il ne passa pas l'hiver dans le repos. 

Première expédition de Pompée contre Oroesès, roi des Albanais

52. Orosès, roi des Albanais qui habitent au delà du Cyrnus, voulant jusqu'à un certain point complaire à Tigrane le fils, qui était son ami ; mais craignant par-dessus tout que les Romains n'envahissent aussi l'Albanie, et persuadé que, s'il profitait de l'hiver pour tomber sur eux à l'improviste, pendant qu'ils n'étaient pas réunis dans le même camp, il pourrait remporter quelque avantage, se mit eu marche, la veille des Saturnales. Il se dirigea en personne contre Métellus Céler, qui avait Tigrane auprès de lui. En même temps, il envoya quelques troupes contre Pompée et quelques autres contre Lucius Flaccus, gouverneur de la troisième partie de la province ; afin que les Romains, inquiétés sur tous les points à la fois, ne pussent se secourir les uns les autres ; mais il ne réussit nulle part. Métellus Céler le repoussa vigoureusement : quant à Flaccus, ne pouvant défendre le retranchement qui entourait son camp, parce qu'il avait un trop vaste circuit, il en fit creuser un autre en dedans du premier : par-là il fit croire aux ennemis qu'il éprouvait des craintes et les attira en deçà du retranchement extérieur ; puis fondant sur eux à l'improviste, il en massacra un grand nombre dans la mêlée et beaucoup d'autres dans leur fuite même. Sur ces entrefaites, Pompée, informé d'avance de l'attaque des barbares contre la partie de l'armée romaine qui n'était pas avec lui, fit tout à coup volte-face, mit en déroute ceux qui s'avançaient contre lui et marcha sans retard contre Orosès ; mais il ne put l'atteindre. Repoussé par Céler et connaissant l'échec des divers corps de son armée, ce roi avait pris la fuite. Pompée tomba sur plusieurs Albanais, au moment où ils traversaient le Cyrnus et en fit un grand carnage ; puis, à la prière de ceux qui avaient échappé à la mort, il accorda la paix. Il désirait vivement de faire une invasion dans l'Albanie ; mais, à cause de l'hiver, il différa volontiers la guerre. Tels furent alors les exploits de Pompée.

ÉCLAIRCISSEMENTS.
LIVRE TRENTE-SIXIÈME.

Les pirates (p. 5 et suiv.).
En comparant Dion Cassius avec Plutarque (001) et Appien (002), j'ai remarqué dans mon Auteur l'absence de plusieurs faits importants et dont l'exposé aurait été plus instructif que les harangues mises dans la bouche de Pompée, de Gabinius et de Catulus (003). Je vais essayer de réparer quelques-unes de ces omissions.
Dion ne donne pas assez de détails sur l'origine des pirates et sur leurs progrès. La Cilicie fut leur berceau : en peu de temps ils eurent plus de mille vaisseaux, et quatre cents villes furent forcées de leur ouvrir leurs portes. Ils pillèrent et détruisirent plusieurs temples qui n'avaient jamais été profanés (004). Le bruit de ces succès attira dans leurs rangs de nombreux habitants de la Syrie, de l'île de Chypre, de la Pamphylie, du Pont et de presque toutes les contrées de l'Orient. Les pirates alors parcoururent la mer qui s'étend des côtes de l'Asie Mineure aux Colonnes d'Hercule. La navigation ne fut plus sûre, et l'interruption du commerce paralysant l'agriculture, Rome craignit la famine pour elle-même et pour ses provinces. Pompée fut chargé de détruire un fléau qui étendait chaque jour ses ravages.
Suivant Dion (005), en confiant à Pompée une autorité absolue pour trois ans, on lui adjoignit quinze lieutenants, et un décret lui permit de prendre tous les vaisseaux, tout l'argent et toutes les troupes qu'il voudrait. Il ajoute que Pompée visita, soit en personne, soit par ses lieutenants, les mers qu'infestaient les pirates.
L'histoire a besoin d'indications plus précises. Si Plutarque fixe d'abord, comme Dion, le nombre des lieutenants à quinze (006), ailleurs il parle de vingt-quatre lieutenants et de deux questeurs (007). On peut donc avec Appien porter à vingt-cinq les lieutenants placés sous les ordres de Pompée (008). Les pays soumis par le sénat à l'autorité de ce général sont nettement indiqués dans Plutarque et dans Appien : c'étaient les mers situées en deçà des Colonnes d'Hercule et les contrées baignées par ces mers, jusqu'à une distance de cinquante milles dans l'intérieur les terres. Or, à cette époque, il y avait sous l'empire des Romains bien peu de pays situés à une plus grande distance de la mer, et dans cette circonscription se trouvaient des nations redoutables et des rois très puissants (009).
Appien évalue l'armée de Pompée à 120,000 fantassins et 4,000 cavaliers, sa flotte à 270 vaisseaux. De plus, il fut autorisé à demander aux alliés les soldats, les vaisseaux et les sommes d'argent dont il aurait besoin (010).
Le même historien raconte comment Pompée distribua les rôles entre ses lieutenants, après avoir donné à chacun des vaisseaux, des cavaliers et des fantassins. Tiberius Néron et Manlius Torquatus furent chargés de la défense de l'Espagne et des Colonnes d'Hercule. II confia la mer Ligurienne et la mer des Gaules à Marcus Pomponius ; l'Afrique, la Sardaigne, la Corse et les lies voisines à Lentulus Marcellinus et à Publias Atilins; les côtes de l'Italie à L. Gellius et à Cn. Lentulus; la Sicile et la mer Ionienne à Plotius Varus et à Terentius Varron ; le Péloponnèse, l'Attique, l'Eubée, la Thessalie, la Macédoine et la Béotie à L. Sisenna; les îles de la mer Egée et l'Hellespont à L. Lollius ; la Bithynie, la Thrace, la Propontide et l'entrée du Pont à P. Pison ; la Lycie, la Pamphylie, Cypre et la Phénicie à Métellus Nepos (011). Ces détails sont d'autant plus précieux que Plutarque (012) se contente de dire, à peu près comme Dion, que Pompée divisa la mer Méditerranée en treize départements et préposa à cha¬cun de ces départements un de ses lieutenants avec un certain nom¬bre de vaisseaux. D'après Appien, Pompée consacra quarante jours à la visite des départements de l'occident; puis il revint à Rome, d'où il se rendit à Brindes (013). Plutarque est plus précis sur ce point (014) : suivant lui, le consul Pison, que Dion nous représente comme un des plus violents adversaires de Pompée, cherchait, par dépit et par envie, à entraver les préparatifs de l'expédition contre les pirates; il donnait même des congés. Instruit de ces menées, Pompée ordonna à sa flotte de faire voile pour Brindes, tandis qu'il se dirigeait lui-même vers Rome par l'Etrurie. A peine la nouvelle de son retour fut-elle connue, que tous les citoyens accoururent à sa rencontre avec une joie d'autant plus vive que, par un changement soudain les vivres arrivaient, chaque jour, en abondance. Peu s'en fallut que Pison ne fût déposé : Cabinius avait rédigé une proposition à ce sujet. Plutarque rapporte, comme Dion, que Pompée s'y opposa, qu'il montra une grande modération dans toute sa conduite, et qu'après avoir fait décréter diverses mesures, il partit pour Brindes.
Comme Dion, Plutarque (015) raconte que Pompée se montra humain et qu'il permit à un grand nombre de pirates de s'établir dans plusieurs villes , parmi lesquelles il cite Soli, sur les côtes de la Cilicie, et Dyme, en Achaïe, alors presque déserte et dont le territoire était très fertile.
Le récit d'Appien, moins sentimental, est plus conforme à la vérité historique : l'arrivée soudaine de Pompée en Orient, la grandeur de ses préparatifs, la terreur de son nom, frappèrent les pirates d'épouvante. D'abord ils avaient paru vouloir commencer l'attaque et rendre la lutte difficile : tout à coup, saisis de crainte, ils s'éloignent des villes qu'ils tenaient assiégées, pour se retirer dans leurs forts et dans leurs repaires accoutumés. Pompée arrive en Cilicie avec des troupes consi¬dérables et des machines de guerre. Les pirates effrayés cherchent à désarmer sa vengeance, en renonçant à combattre. Ceux qui occupaient les deux châteaux les plus forts, Cragus et Anti-Cragus, puis tous les autres, viennent se mettre à sa merci. En même temps, ils lui livrent une grande quantité d'armes déjà fabriquées ou confectionnées à demi, tous leurs vaisseaux, tant ceux qui étaient sur mer que ceux qui se trouvaient encore dans les chantiers, l'airain, le cuivre, le fer, les cordages; en un mot, tous les matériaux destinés à la construction des navires, et un grand nombre de prisonniers. Pompée brûla les matériaux : quant aux prisonniers, il les renvoya dans leur patrie. Il s'attacha surtout à savoir quels étaient, parmi les pirates, ceux qui s'étaient jetés dans le brigandage parce que la guerre ne leur avait point laissé d'autre ressource, et il leur permit de s'établir à Malles, à Adam, à Épiphanie, et dans les autres villes de la Cilicie, désertes ou peu habitées. Quelques-uns furent transportés à Dyme (016).
Plutarque et Dion ne parlent point des résultats de cette guerre pour Rome. Les voici en résumé, d'après Appien : Pompée captura soixante et onze vaisseaux; trois cent six autres lui furent livrés : il prit cent vingt villes ou forts. Dix mille pirates environ périrent, en combattant contre les Romains.
Je ne dois pas terminer cette note, sans faire observer que Plutarque et Appien ne disent rien de l'opposition du tribun Trebellius à la proposition de Gabinius, en faveur de Pompée. Asconius (017) donne des détails qui confirment le récit de Dion. Suivant ce scholiaste, Trebellius avait promis au sénat de mourir plutôt que de laisser passer la rogation de Gabinius : celui-ci convoqua les tribus pour déposer le tribun rebelle, comme jadis T. Gracchus avait déposé son collègue M. Octavius, Trebellius ne se laissa pas effrayer et persista dans son opposition, espérant que Gabinius finirait par céder; mais après les votes des dix-sept premières tribus, il fléchit devant la volonté du peuple, se désista de son opposition, et la proposition de Gabinius fut adoptée.

Depuis que le tribunat avait recouvré ses anciens priviléges (p. 63).
Sylla, en 673, avait tellement affaibli le tribunat, qu'il n'en restait plus qu'une ombre (018). Privés du droit de proposer des lois (019) et de haranguer le peuple (020), déclarés incapables de remplir une autre magistrature (021), les tribuns n'avaient conservé que le jus auxilii (022). Des protestations continuelles se firent entendre contre cet abaissement de la puissance tribunitienne. En 678, C. Sicinius demanda qu'elle fût rétablie dans ses droits (023). L'année suivante, le consul Aurelius Cotta proposa de modifier les lois de Sylla contre le tribunat et de permettre aux tribuns de briguer, en sortant de leur charge, des magistratures plus élevées (024). En 680, le tribun L. Quinctius réclama plus d'une fois contre les réformes de Sylla, et il fallut à Lucullus, alors consul, beaucoup de prudence pour maîtriser ses attaques (025). L'an 681, le tribun Licinius Macer s'éleva contre les lois de Sylla et demanda avec énergie le rétablissement de la puissance tribunitienne (026). La même proposition fut renouvelée, l'an 683, par le tribun M. Lollius Palicanus. Enfin, l'an 684, après les plus vives instances de la part du peuple (027), Pompée rendit au tribunat ses anciennes prérogatives : il fut soutenu par César, comme il avait, quelques années auparavant, aidé lui-même Sylla à les détruire (028). Le brigandage et les vexations, qui se commettaient dans les provinces, et les prévarications qui déshonoraient les jugements à Rome, furent les principales causes qui déterminèrent Pompée à restituer aux tribuns tous leurs droits (029).
A diverses époques, la brigue dut être combattue par des lois (030) ; mais jamais jusqu'alors les cabales n'avaient disputé les charges publiques avec une audace qui bravait tous les obstacles et menaçait de tout envahir.
Le récit de Dion sur la loi proposée par Acilius et Pison m'a paru donner lieu à plusieurs observations. Il dit qu'elle fut exigée par le sénat et, à ce propos, il rappelle que la proposition fut faite par deux consuls qui devaient leur dignité à la corruption et à l'intrigue. II fallait que la corruption électorale fût arrivée à son dernier terme, pour que le sénat ne reculât pas devant un pareil choix.
Dion ajoute que le sénat voulut opposer à la loi de Cornelius aine loi moins rigoureuse, de peur que des peines excessives n'empêchassent les accusateurs de se produire et les juges de condamner. Il est plus vraisemblable que le sénat agit ainsi parce que plusieurs de ses membres, dont les noms avaient été effacés sur l'Album, s'étaient assez compromis pour être atteints par la loi de Cornelius.
Nous devons regretter que Dion se soit contenté de dire en termes vagues que Cornelius voulut faire établir les peines les plus sévères contre ceux qui se rendraient coupables de brigue. Ces peines en quoi consistaient-elles? C'est ce qu'il est impossible de dire aujourd'hui : nous savons seulement, par un scholiaste de Cicéron, que sa loi est la première qui porta une peine contre les Divisores (031). Mais il fallait qu'elles fussent bien sévères, pour que le Sénat pût présenter comme ain adoucissement une loi qui déclarait ceux qui auraient été condamnés pour brigue incapables d'exercer une magistrature, de siéger dans le Sénat, et qui les frappait d'une amende pécuniaire, en même temps qu'elle assurait l'impunité à tout homme qui, condamné pour brigue, en ferait condamner un autre pour le même crime (032). Si nous ne pouvons indiquer avec certitude les motifs de la conduite du Sénat, ni déterminer avec précision les peines proposées par le tribun Cornelius, il est du moins un fait incontestable, c'est qu'à cette époque la société romaine se trouvait dans un tel état, que les anciennes lois contre la brigue n'avaient plus de force. La loi Calpurnia elle-même put bien atteindre de grands coupables, Autronius et Sylla; mais elle fut une barrière impuissante. Bientôt nous verrons Cicéron, Pompée et Licinius Crassus, forcés de recourir à de nouveaux remèdes contre un mal qui ne cessa de miner la République que lorsqu'elle disparut sous ses propres ruines. Et comment en aurait-il été autrement dans des temps où les consuls, qui proposaient une loi contre la corruption, avaient eux-mêmes obtenu leur charge par la corruption; où M. Cotta, qui avait destitué Publius Oppins, comme coupable de corruption (033), fut à son tour accusé du même crime par Carbon, qui, après avoir été décoré des honneurs consulaires, fut poursuivi par le fils de sa victime et condamné pour corruption.

Roscius proposa une nouvelle loi; C. Manilius en proposa une autre (p. 73 et suiv.).
La loi Roscia, qui. réservait aux Chevaliers les quatorze rangs de siéges les plus voisins des sénateurs dans les théâtres, assignait aussi certaines places aux banqueroutiers, alors même que leur malheur devait être imputé à la fortune et non à leur inconduite (034). Suivant Dion, celte loi valut des éloges à son auteur. Cicéron va plus loin : il dit que le peuple l'avait non seulement acceptée, mais demandée (035). Plutarque, au contraire, raconte (036) que le peuple voyait une offense dans cette loi, et qu'Othon, ayant un jour paru au théâtre, fut accueilli par les huées et les sifflets de la multitude ; mais les Chevaliers lui firent place avec de grands applaudissements. Un affreux désordre remplit le théâtre : les deux partis allaient en venir aux mains, lorsque Cicéron, instruit de ce qui se passait, accourt et commande au peuple de le suivre au temple de Bellone. Là il lui adresse des reproches, et son éloquence produit un tel effet sur les esprits, que le peuple, de retour au théâtre, prodigue les hommages à Othon (037).
La harangue prononcée à cette occasion par Cicéron était au nombre des harangues consulaires (038). Il ne nous en reste que deux ou trois mots (039) ; mais Cicéron y fait plusieurs fois allusion dans ses discours pour Cornelius (040).
Quant à la loi de C. Mauitius, en vertu de laquelle les affranchis devaient voter avec ceux qui leur avaient donné la liberté, Asconius la met sur la mème ligne que les propositions du tribun P. Sulpicius qui, quelques années auparavant, avaient allumé la guerre civile (041). D'après un fragment de Cicéron (042), cette loi fut abandonnée par le tribun lui-même, lorsqu'il vit qu'elle était condamnée par le Sénat. il chercha même à donner le change, en attribuant à Crassus et à d'autres citoyens la pensée première de cette proposition (043). Entre cette proposition et l'accusation qu'elle
attira à son auteur se place la lui par laquelle Manilius fit confier à Pompée la guerre contre Mithridate. Elle souleva le mécontentement des Grands, déjà mal disposés pour lui, à cause de sa proposition concernant les affranchis : de ces ressentiments sortit une accusation en forme contre
Manilius.
Dion ne caractérise point cette accusation : nous savons par Plutarque (044) que ce fut une accusation de péculat. Du récit de Dion il résulterait que Cicéron ne se chargea de la défense de Manilius que parce qu'il y fut contraint par le peuple : peut-être ici, comme ailleurs, notre historien a-t-il cherché à montrer Cicéron sous le jour le plus défavorable; mais peut-être aussi Plutarque a-t-il un peu sacrifié la vérité historique à l'effet dramatique (045).

C. Cornelius, tribun du peuple (p. 65).
Il m'a paru nécessaire d'ajouter ici , d'après Asconius, quelques détails à ceux que j'ai donnés sur Cornelius, p. 64, 66, 68 et 71.
Il avait présenté au Sénat une proposition, pour qu'il fût défendu de porter des sommes en dépense sur les comptes des ambassadeurs étrangers. Cette proposition était motivée sur ce qu'on leur prêtait à gros intêrets : ce trafic usuraire donnait lieu à des gains scandaleux. Le Sénat la rejeta et déclara se contenter du décret rendu vingt-sept ans auparavant, sous le consulat de L. Domitius et de C. Caelius, au sujet des ambassadeurs Crétois (046). Cornelius, blessé de ce refus et voulant affaiblir encore l'autorité du Sénat, proposa une loi d'après laquelle nul ne serait dispensé des lois sans le consentement du peuple (047). Dans les sénatusconsultes qui dispensaient d'une loi, il avait été longtemps d'usage d'ajouter que l'affaire serait portée au peuple ; mais peu à peu cet usage tomba en désuétude. La formule concernant la présentation devant le peuple fut abandonnée : ces sénatusconsultes ne furent même plus votés que par un très petit nombre de sénateurs.
Le Sénat parvint à opposer à L. Cornelius un autre tribun, P. Servilius Globulus. Le jour fixé pour la discussion, au moment où le crieur public commençait à lire au peuple le projet de loi que le greffier lui mettait sous les yeux, Globulus imposa silence et au greffier et au crieur public. Alors Cornelius en fit lui-même la lecture. Le consul L. Pison indigné s'écria que c'en était fait de l'opposition tribunitienne. Le peuple répondit par des injures, brisa ses faisceaux et lui lança des pierres. Cornelius, effrayé de ces violences, congédia l'assemblée. Plus tard il modifia sa proposition et. demanda 1° que le concours de deux cents sénateurs fût nécessaire pour tout décret portant dispense des lois; 2° que, cette dispense une fois prononcée, il n'y eût point d'opposition pour empêcher le décret d'être porté devant le peuple.
Ces deux rogations précédèrent celle du même Cornelius, au sujet des Édits perpétuels des préteurs. Il proposa, en outre, diverses lois qui furent combattues par ses collègues. Il est à regretter qu'Asconius les désigne d'une manière vague (048).
L'année suivante, sous le consulat de Manius Lepidus et de L. Volcatius, les deux frères Cominius accusèrent Cornelius de Lèse-majesté. Le préteur P. Cassius l'assigna à comparaître le dixième jour; mais il ne siégea pas ce jour-là, soit qu'il fût détourné par les soins qu'exigeait l'approvisionnement de la ville, soit pour favoriser l'accusé. Les accusateurs furent enveloppés par les hommes connus comme chefs d'émeutes. On alla jusqu'à les menacer de la mort, s'ils ne se désistaient pas : ils ne durent leur salut qu'à la fuite. Les deux frères se réfugièrent sous un escalier, où ils restèrent cachés jusqu'à la nuit, qui leur permit de s'échapper enfin par les toits des maisons voisines et de sortir de Rome. P. Cassius monta sur son siége le lendemain : les accusateurs n'ayant pas comparu, Cornelius fut renvoyé de la plainte, et les Cominius furent accusés d'avoir fait acheter chèrement leur silence.
Un an plus tard, sous le consulat de L. Aurelius Cotta et de L. Manlius Torquatus, l'accusation fut soutenue par les hommes les plus influents du sénat : Q. Hortensius, Q. Catulus, Q. Metellus Pius, L. Lucullus, M. Lepidus. Ils déclarèrent avoir entendu Cornelius lire lui-même, à haute voix et au pied de la tribune, le texte de sa proposition; ce qui ne s'était jamais vu. Suivant eux, c'était un crime de Lèse-majesté; puisqu'un tel acte n'aboutissait à rien moins qu'à enlever aux tribuns le droit d'opposition
Le jugement fut présidé par le préteur Q. Gallius. La défense, confiée à Cicéron, dura quatre jours; mais il réduisit les quatre plaidoyers à deux Actions, pour les publier. Il nous en reste de nombreux fragments (049): Quintilien les cite souvent (050), et le grammairien Marcianus Capella nous a conservé la division de la principale défense (051). Quant au discours de l'accusateur, il ne nous en est rien parvenu; mais Cicéron et Asconius en parlent avec éloge (052).

Et Lucius Catilina (p. 85).
C'est ce qu'on a appelé la première conjuration de Catilina (053).
En 688, P. Autronius Paetus et P. Cornelius Sylla, neveu du dictateur, avaient été désignés consuls pour l'année suivante, au préjudice de L. Manlius Torquatus et de L. Auretius Cotta. Ils furent accusés d'avoir acheté les voix et condamnés, en vertu de la loi Calpurnia. Leur élection fut annulée (054).
D'après Dion, Autronius et Sylla furent remplacés par leurs accusateurs, L. Cotta et L. Torquatus. Il est vrai qu'Autronius eut pour successeur L. Aurelius Cotta : quant à Sylla, il ne fut point remplacé par son accusateur, mais par le père de ce dernier; ce qui fit dire à Cicéron (055), que le jeune Torquatus enleva le tribunat à Sylla , pour le donner à son père
La même année qu'Autronius et Sylla furent désignés consuls, Catilina, nommé préteur en 686 et qui, en 687, commit les plus cruelles exactions en Afrique où il avait été envoyé en qualité de propréteur, revint à Rome, peu de temps avant les comices, et se mit sur les rangs pour le consulat. Mais il avait été précédé par les députés Africains, qui l'accusèrent de concussion (056) : le Sénat, d'après la proposition du consul L. Volcatius Tullus, lui défendit de se faire inscrire sur la liste des candidats, avant de s'être justifié. Catilina unit ses ressentiments à ceux d'Autronius et de Sylla, et ils formèrent un premier projet de conspiration. Vers les nones de décembre (057), ils s'ouvrirent à Cn. Pison, jeune homme d'une audace sans frein, plongé dans l'indigence, factieux, poussé au bouleversement de la République par sa détresse et par sa perversité naturelle. Ils s'associèrent encore deux sénateurs, L. Vargunteius (058) et C. Corn. Cethegus (059).
César fut soupçonné d'avoir trempé dans cette conjuration avec Crassus, qui devait être investi de la dictature et le prendre pour chef de la cavalerie. Ce bruit, rapporté par Suétone (060) sous la forme du doute, manque de vraisemblance. Peut-être fut-il répandu à dessein par les conjurés eux-mêmes, dans le but de recruter plus facilement des complices, en faisant croire qu'ils avaient obtenu l'adhésion de personnages qui représentaient deux factions puissantes (061).
Le projet des conjurés était d'assassiner les consuls et les sénateurs qui leur étaient odieux , d'établir la dictature et, lorsqu'ils seraient mitres du gouvernement, de rendre à Sylla et à Autronius la dignité dont ils avaient été dépouillés (062). Le jour de l'exécution fut fixé aux calendes de janvier (063), au moment où les consuls Torquatus et Colla prendraient possession de leur charge. Les conjurés se rendirent au Capitole avec des poignards cachés sous leurs robes. Mais les consuls, qui avaient eu connaissance du complot, arrivèrent avec une garde, et l'exécution fut ajournée aux nones de février. Ce jour-là, Catilina devait donner lui-même le signal ; mais il se pressa trop, et les conjurés ne se trouvèrent pas assez nombreux pour rien entreprendre (064). Le projet échoua : Cn. Pison fut envoyé dans l'Espagne citérieure avec, le titre de propréteur, soit par le crédit de Crassus, soit parce que le Sénat fut bien aise d'éloigner de Rome un homme dont il redoutait les menées turbulentes.
Dion attribue la mort de Cn. Pison à ses injustices. Salluste (065) rapporte les bruits qui coururent à ce sujet et d'après lesquels des cavaliers espagnols tuèrent Pison, suivant les uns, à cause de ses injustices, de sa hauteur et de sa dureté; suivant les autres, parce qu'ils en avaient reçu l'ordre de Pompée dont ils étaient les clients (066) : cette dernière suppo¬sition, trop facilement accueillie par Salluste, créature de César, est dénuée de vraisemblance (067).
Catilina, resté à Rome, fut accusé de concussion par P. Clodius, alors fort jeune (068). Il eut pour avocats le même L. Torquatus dont il avait juré la perte (069), et peut-être Cicéron. L'historien Fenestella ne doute point que le grand orateur n'ait défendu Catilina (070), et Cicéron avoue fui-même qu'il eut la pensée de le défendre (071) : cependant les concussions de Catilina étaient pour lui claires comme le jour (072). Asconius combat l'opinion de Fenestella par des observations fort plausibles, mais qui ne tranchent pas la difficulté à l'avantage de Cicéron. Les renseignements manquent pour la résoudre. Catilina fut absous : l'or qu'il avait amassé servit à corrompre ses juges et mêm son accusateur (073).

Mithridate, dont les forces étaient moindres (p. 91 et suiv.).
D'accord avec Dion sur le résultat du combat, qui eut lieu alors entre Pompée et Mithridate, et dans lequel l'avantage resta aux Romains, Appien (074) diffère de notre Historien sur plusieurs points importants. Ainsi, d'après Dion, les vivres abondaient dans l'armée du roi du Pont, et ce roi espérait que les Romains seraient détruits par la disette. Suivant Appien (075), au contraire, la disette força Mithridate à faire retraite et à ouvrir ainsi l'entrée de ses États à Pompée, qui, prévoyant qu'il allait se trouver dans un pays décanté, fit emporter des approvisionnements par ses soldats; tandis que Mithridate fut réduit à tuer les bêtes de somme pour nourrir les siens.
D'après Dion, la seconde bataille entre Pompée et Mithridate eut lieu pendant la nuit. Plutarque confirme son récit (076); mais Appien a adopte une autre tradition (077) : suivant lui, Mithridate prit silencieusement la fuite, pendant la nuit et par des chemins difficiles. Pompée le poursuivit et parvint à l'atteindre, le matin. bn vain les amis de Mithridate le pressèrent de livrer bataille; il résista à leurs instances et se borna à repousser les Romains qui harcelaient ses soldats : le soir, il se retira dsus un bois touffu. Le lendemain, il s'empara d'une hauteur entourée de rochers escarpés et confia à quatre cohortes la garde du sentier unique par lequel les ennemis auraient pu, à leur loue, escalader cette hauteur. Les Romains ne purent que se poster en face de Mithridate, pour l'observer et l'empêcher de s'échapper : au point du jour, la bataille fut livrée. Comme Plutarque, Appien porte à dix mille le nombre des morts.
Quant à la déesse appelée Anaïtis, aux esclaves des deux sexes attachés à ses temples, et à l'usage de consacrer à cette déesse les filles les plus nobles, qui se prostituaient pendant tout le temps qu'elles étaient vouées à son culte, il faut lire Strabon (078).

Il ne trouva chez lui aucune disposition amicale (p. 107 et suiv.). Non seulement Tigrane refusa l'hospitalité à Mithridate; mais il promit, par un édit, une récompense de cent talents à quiconque donnerait la mort au roi du Pont (079).
Voici quelques détails sur la marche de Mithridate, trop brièvement racontée par Dion et par Plutarque.
Après sa défaite, Mithridate prend la fuite; mais il parvient à rallier quelques cavaliers et trois mille fantassins : il arrive avec cette escorte à un fort appelé Sinora par Plutarque (080), Sinorega par Appien (081), et dans lequel il avait déposé des sommes considérables. Là il distribue à sa petite armée la solde d'une année (082), remet du poison à ses amis, afin qu'ils eussent toujours à leur disposition le moyen d'échapper à l'ennemi par une mort volontaire (083), et se dirige vers les sources de l'Euphrate, pour gagner la Colchide (084). Après quatre jours de marche non interrompue, il franchit l'Euphrate ; puis il consacre trois jours à équiper la petite armée qui l'avait suivi et les hommes qui s'étaient joints à elle, pénètre jusqu'à Chotène, préfecture de l'Arménie, repousse les Choténois et les Ibères, qui veulent arrêter sa marche, passe l'hiver à Dioscurias en Colchide, s'ouvre un chemin à travers les nations Scythiques, trouve un bon accueil chez les Hénioques, met en fuite les Grecs d'Asie, et arrive enfin dans les pays voisins du Palns-Méotide. Les souverains de ces contrées, pleins d'admiration pour ses exploits et redoutant encore sa puissance, s'empressent de lui donner l'hospitalité et de lui offrir des présents. Mithridate fit alliance avec eux et promit la main de ses filles à ceux qui lui parurent capables de seconder ses desseins; car il méditait dès lors le projet de traverser la Thrace, la Macédoine, la Pannonie, et de franchir les Alpes, pour porter la guerre en Italie (085).

Macharès fut mis à mort par ses amis (p. 107 et suiv.). Ici encore Appien suit une autre tradition. D'après lui, à la nouvelle que Mithridate avait parcouru les contrées qu'on appelle les Barrières de la Scythie et qui avaient été regardées comme impénétrables jusqu'alors, Macharès, un de ses fils, lui envoya une députation pour s'excuser d'avoir embrassé le parti des Romains. Mais comme il connaissait le caractère violent de son père, il brûla ses vaisseaux et s'enfuit vers la Chersonèse Pontique. Mithridate le fit poursuivre, et Macharès se donna la mort pour ne pas tomber entre ses mains (086).
Dion place la fondation de i\icopolis presque immédiatenreni après la mort de Macharès. Appien, au contraire, la donne comme postérieure aux événements relatifs à Tigrane le père et à Tigrane le fils (087). Sur ces événements mêmes j'ai quelques observations à présenter.
Plutarque (088), après avoir raconté la fuite de Mithridate et le refus qu'il éprouva de la part de Tigrane, quand il lui demanda l'hospitalité, ajoute que Pompée envahit l'Arménie, à la prière de Tigrane le fils, qui s'était déjà séparé de son père, et que le général romain et le jeune prince rebelle prirent ensemble plusieurs villes. Dans ce récit, on ne voit point pour quelle raison Tigrane le fils s'unit à Pompée. Celui de Dion est plus satisfaisant : le jeune Tigrane se met à la tète des mécontents et détermine Phraate à envahir l'Arménie. Ils s'avancent ensemble jusque sous les murs d'Artaxata qu'ils assiégent; Phraate rentre dans ses États, et le jeune Tigrane, livré à lui-même, est vaincu par son père. Alors, ne pouvant attendre aucun secours de Mithridate, il prend le parti de se jeter dans les bras de Pompée et de lui servir de guide contre son père. Ici les événements s'enchaînent et s'expliquent les uns par les autres.
La soumission de Tigrane le père, l'accueil qu'il trouve auprès de Pompée, la conduite du jeune Tigrane, le partage fait par Pompée entre le père et le fils, le mécontentement de Tigrane le fils, sont racontés à peu près de la même manière par Dion et par Plutarque (089). Seulement le Biographe fournit deux renseignements qui manquent dans l'Historien : 1° Tigrane le père, enchanté d'entendre les Romains le saluer du titre de roi, promit à chaque soldat une demi-mine d'argent, à chaque centurion dix mines et à chaque tribun militaire un talent; 2° Phraate demanda à Pompée qu'il lui rendit le jeune Tigrane et qu'il n'étendit pas son commandement au delà de l'Euphrate. Le général romain lui répondit : « Tigrane appartient plus à son père qu'à son beau-père : quant aux limites, c'est la justice qui les fixera."
Appien, ordinairement si exact, nie parait avoir adopté une tradition erronée. Suivant lui, la guerre contre les Albanais et les Ibères aurait précédé les événements dont nous venons de parler, au sujet de Tigrane le père et de Tigrane le fils. Après la mort de Macharès, Pompée, poursuivant Mithridate, serait arrivé en Colchide, où il aurait visité les lieux célèbres dans les fictions mythologiques. Tandis que Pompée, entouré de la plupart des nations voisines du Caucase, se livrait à ces explorations, deux de ces nations, les Albanais et les Ibères, lui tendirent des piéges. Le général romain les évita et battit les barbares. Après cette expédition, racontée en quelques lignes, Pompée aurait conduit son armée en Arménie, et c'est alors que Tigrane le père se serait rendu auprès de lui et qu'auraient eu lieu les événements relatifs aux deux Tigrane.
Ici, Plutarque est un guide plus sùr : Pompée, après avoir mis un terme aux discussions qui existaient entre le jeune Tigrane et son père, confia l'Arménie à Afranius : quant à lui, il poursuivit Mithridate; mais pour l'atteindre, il dut se frayer un chemin à travers les peuples voisins du Caucase. Parmi ces peuples, deux surtout, les Albanais et les Ibères, étaient redoutables par leur puissance et par leur bravoure. Pompée s'adressa d'abord aux Albanais, qui lui permirent de traverser leur pays; mais bientôt les rigueurs de l'hiver arrêtèrent son armée, et les Albanais, au nombre de quarante mille, profitèrent des Saturnales (090) pour l'attaquer. Pompée les vainquit : leur roi ayant demandé la paix, il consentit à l'accorder. Alors les Ibères esssayent de le repousser, pour se faire bien venir de Mithridate. Pompée les bat, leur tue neuf mille hommes, fait plus de dix mille prisonniers et se dirige vers le Phasis. En poursuivant Mithridate dans le Pont et chez les peuples voisins du Palus-Méotide, il eut à soutenir de nouveaux combats et de nouvelles fatigues. Les Albanais firent défection Pompée les vainquit une seconde fois.
Le récit de Plutarque répand la lumière sur la fin du XXXVIe livre de Dion Cassius et sur les §§ 1-5 du XXXVIIe. L'ordre des événements fut donc celui-ci : première expédition de Pompée contre les Albanais, qui furent défaits et obtinrent la paix. - Expédition contre les Ibères. - Deuxième expédition de Pompée contre les Albanais.


(001) Vie de Pompée, XXIV-XXVIII.
(002) Mithrid, XCII-XCVI.
(003) § 23-34 de cette édition.
(004) Entre autres, celui d'Apollon Clarien; le temple de Samothrace, celui de Cérès à Hermione, celui d'Esculape à Épidaure, celui de Neptune à l'isthme de Corinthe, à Ténare et à Calaurie; ceux d'Apollon à Actium et dans l'île de Leucade; enfin ceux de Junon dans l'île de Samos, à Argos et au promontoire de Lacinium. Les pirates enlevèrent même deux préteurs romains et la fille de l'orateur Antoine, qui ne put recouvrer sa liberté que par une forte rançon. Cf. Plutarque, Pomp. XXIV.
(005) § 35.
(006) Pomp. XXV.
(007) L. l. XXVI.
(008) Mithrid. XCIV.
(009) Plutarq. l. l. XXV.
(010) Mithrid, l. l.
(011) Mithrid. XCV. Cf. Florus, III, 6.
(012) Pomp. XXVI.
(013) Mithrid. l. l.
(014) Pomp. XXVII.
(015) Pomp. XXVII-XXVIII.
(016) Mithrid. XCV-XCVI.
(017) Schol. in Cornel., p. 71, édit, d'Orelli.
(018) Vell. Paterc. II, 30 : Imaginem sine re reliquerat. Appien, Guer. Civ. I, 100, dit la même chose en d'autres termes: Τὴν δὲ δημάρχων ἀρχὴν ἴσα καὶ ἀνεῖλεν, ἀσθενεστάτης ἀποφήνας
(019) Tite-Live, Epit. LXXXIX.
(020) Cic. pro Cluentio, XL.
(021) Appien, Guer. Civ. I, 100.
(022) Cic. de Leg. III, 79.
(023) Asconius, Schol. in Cic. Divinat., p. 103, éd. d'Orelli.
(024) Asconius, in Cornel., p. 78, éd. d'Orelli.
(025) PIutarq. Lucull. V.
(026) Cf. Salluste, Fragm. liv. III.
(027) Pseud. Asconius, in Verr. Act. I, p. 147,éd. d'Orelli.
(028) Appien, Guer. Civ. I, 59 .
(029)  Cf. M. Ed. Laboulaye, Essai sur les Lois criminelles des Romains, p. 274-275.
(030) La plus ancienne de ces lois remonte à l'an de Rome 322. Elle est mentionnée par Tite-Live, IV, 25: Ne cui album in vestimentum addere, petitionis causa, liceret. Mais, dit M. Ed. Laboulaye, 1.1. p. 284, cette loi fut bien mal observée, comme le prouve le non même de candidat : la robe blanche devint le vêtement obligé de tous ceux qui briguaient le suffrage populaire.
Vinrent ensuite les lois Paetilia, en 395; Cornelia Baeba. en 572 (sur cette loi dont Sigonius fait une loi Aemilia Baeba qu'il place en 572, et une loi Cnrnelia Fulvia qu'il place eu 594, cf. M. Ed. Laboulave, l. l. p. 285); enfn la loi Calpurnia, en 687
(031) C'est-à-dire, contre les hommes qui se chargeaient de répartir entre les électeurs les sommes déposées en mains tierces jusqu'après l'élection, Cf. Asconius, in Cornel., p. 74, éd. d'Orelli.
(032) Cic. pro Cluentio, XXXVI; pro Balbo, XXV ; Ferralius, lib. I, Epist 13, et M. Ed. Lahoulaye, l, l. p. 288.
(033) Oppius fut défendu par Cicéron. Cf. dans le XXXVe volume de Cicéron, éd. in-12, de M. J. V. Le Clerc, 1° les détails relatifs à l'accusation portée par Cotta et à la défense d'Oppius (Introd. p. 14-15); 2° les fragments du discours prononcé par Cicéron, p. 118. Quintilien, V, 13, en donne le plan :
« On accuse Oppius de s'être enrichi en détournant les subsistances de l'armée. C'est un crime odieux; mais les accusateurs se contredisent; Oppius, suivant eux, a essayé de corrompre l'armée par ses largesses. » Oppius était chevalier romain, et il avait pour juges les chevaliers. On peut croire sans peine qu'il fut acquitté.
(034) Cic. Philippic. II. 18.
(035) Fragm. du ler discours contre Cornelius, dans les OEuvres de Cicéron, tom. XXXV, p. 132, éd. in-12 de M. J. V. Le Clerc.
(036)  Vie de Cic. XIII.
(037)
« On pourrait s'étonner, dit M. J. V. Le Clerc, l. l, I, tom. I, p. 128-129, que le peuple se soit mutiné contre une loi portée quatre ans auparavant et qu'il avait demandée lui-même à grands cris; mais il est aisé de voir que la faction de Catilina cherchait à exciter la discorde entre le peuple et l'ordre équestre, le plus ferme appui de Cicéron. La loi Roscia n'était qu'on prétexte, et le récit même de Plutarque le fait assez entendre. »
(038) Lett. à Attic. II, 1
{039) Cf. Fragm. de Cic. l. l. tom. XXXV, p, 20.
(040) L. l.
(041) Ascon. in Cornel. p. 64, éd. d'Orelli; Appien, Guer. Civ. I, 55.
(042) Premier discours pour Cornelius, l. l.
{043) Cicéron, pro Muren. XXlIl, reproche à Serv. Sulpicius d'avoir demandé la remise en vigueur de cette loi de Manilius : Confusiunem suffragiorum flagitasti, prorogationem legis Maniliae, etc. M. Th. Mommsen, dans sa dissertation De Collegiis et Sodaliciis Romanorum, Kiliae, 1843, p. 48-49, not. 28, explique d'une manière très.plausible le sens des mots prorogationem legis : « Quid sibi velit prorogatio illa, non facile dicta est : fortasse eo redit quod senatus, quum Ieges abrogare jure non posset, persaepe tamen abrogaret, post tale SCtum lex ipso jure rata pro inani habebatur. Quodsi igitur contrarium placebat senatui, non opus erat nova lege, sed effectu addito ad nudum jus, lex quae erat rursus pro lege observabatur. Si magnis licet parva componere, cogitent velim ICti de stipulatione quae exceptione perpetua ne petatur irrita facta mox reviviscat, si rursus convenit ut petatur. l. 27, § 2, de pact. II, 14. Haec mihi videtur prorogatio dici posse, quum quod ipso jure valet ab impedimento liheratur. Similiter explicat Druman. V, 447, not. 62.
» L'interprétation de Forcellini, dilationem promulgandae legis, est inexacte.
(044) Vie de Cic. IX.
(045)
« Il ne devait plus exercer sa charge que deux ou trois jours, lorsqu'on traîna devant lui Manilius, accusé de péculat. Ce Manilius avait la faveur du peuple, qui le croyait persécuté à cause de Pompée dont il était l'ami. Comme il demandait du temps pour répondre, Cicéron ne lui accorda que le lendemain. Le peuple s'en irrita, l'usage des préteurs étant d'accorder au moins dix jours aux accusés. Cité devant le peuple, interpellé, sommé par les tribuns, Cicéron prend la parole : « Romains, dit-il, moi qui ai toujours traité les accusés avec la douceur et l'humanité que les lois permettent, je serais coupable, si je me conduisais autrement avec Manilius. C'est à dessein que je lui accorde le seul jour de ma préture dont je puisse encore disposer : si j'avais renvoyé le jugement à un autre préteur, m'auriez-vous cru l'ami de Manilius? » A ces mots, il se fait un merveilleux changement dans le peuple on l'applaudit, ou le prie de défendre lui-même l'accuse. Il s'en charge avec plaisir, surtout à cause de Pompée absent, et, reprenant toute l'affaire, il s'élève vivement contre les partisans de l'oligarchie et les envieux de Pompée. » (Traduction de M. J. V. Le Clerc.) Nous n'avons qu'une phrase de ce discours pro C. Manilio (Cf. les Fragm. de Cicéron, tom. XXXV, p. 15 et p. 118) : Ricard l'a confondu avec celui qui fut prononcé par Cicéron au commencement de sa préture, et qui nous est parvenu sous le titre pro Lege Manilia,
(046) Cf. Dion Cassius, Fr. CCCXXVII, tom. II, p. 210, de cette édition.
(047)
« C'était dès longtemps un usage, dit le Président de Brosses, Hist. Rom. V, 62, lorsqu'une occasion majeure et imprévue demandait que le magistrat fut revêtu d'un plein pouvoir extraordinaire, pour une prompte expédition, de lui accorder en même temps une dispense de la loi commune, qui mit sa conduite à couvert des recherches, au cas que la nécessité de prévenir le dommage de la chose publique l'eut obligé de faire quelque action ou de rendre quelque ordonnance peu conforme aux lois.»
(048) Schol. in Cornel, p, 58, éd. d'Orelli : Alias quoque complures leges Cornelius promulgavit, quibus plerique collegae intercesserunt : per quas contentiones totus tribunatus ejus peractus est.
(049) Cf. OEuv. de Cic., tom. XXXV, p. 120-140, éd. in-12 de M. J. V. Le Clerc.
(050) Cf. Inst. Orat. Liv. IV, 3 ; V, 13 ; VI, 6, VII, 4, etc.
(051) Liv. V. De la Disposition. L'orateur réfutait, dans la première partie, les chefs d'accusation depuis le tribunat de Cornelius, et dans la seconde les reproches qu'on lui adressait durant cette magistrature.
(052) Cf. Cic. Orat. XXXIX. Ascon. t. I. p. 62, éd. d'Orelli : Exstat oratio Cominii quam sumere in manus est aliquod operae pretium non solum propter Ciceronis orationes quas pro Cornelia hahemus; sed etiam propter semet ipsam.
(053) Cf. Sallust. Catil, XVIII-XIX.
(054) Cic. Fragm. pro C. Cornelio I, p. t28 : Ut spectacalum illud duorum designatorum consulum calamitate, re et tempore salubre ac necessarium, genere et exemplo miserere ac fnnestum, videremus.
(055) De Finib. II, 19.
(056) Ascon. Schol. in Tog. cand. p. 89, éd, d Orelli.
(057) Sallust. I. I. XVIII.
(058) Cic. pro Sylla, XXIV.
(059) Sallust. l. l. LII.
(060) Cæs. IX.
(061) C'est l'opinion de M Mérimée dont il faut lire les ingénieuses considérations; Conjurat. de Catilina, p. 61-70, éd. in-8, Paris, 1844.
(062) Suétone, l. l. IX.
(063) Cicéron, in Catil. I, 6; pro Murera XXV.
(064) Ascon. Schol, in Tog. cand, p. 93-94, éd. d'Orelli.
(065) Cat. XIX.
(066) Ascon. l. l. p. 94.
(067) Pompée, dit M. Mérimée, l. l. p. 75, dont la générosité toute militaire n'eût jamais confié le soin de la vengeance à des assassins, Pompée, alors au fond de l'Asie, pouvait à peine être instruit du départ de Pison, ennemi d'ailleurs encore trop peu redoutable pour exciter sa haine. Ne serait-il pas plus naturel d'attribuer et le crime et la calomnie à ceux qui en recueillirent les fruits? Trop timide pour punir publiquement, le sénat pouvait soudoyer des meurtriers, se débarrasser d'un seul coup d'un adversaire dangereux, et compromettre un désertemr de sa cause : cela pouvait passer alors pour le chef-d'oeuvre de la politique.
(068) Ascon. l. l. p. 85.
(069) Cic. pro Syll. XXIX.
(070) Ascon. l. l.
(071) Lettr. à Attic. I, 2.
(072) Cic. l.l. I, 1 : Catilina, si judicatum erit meridie non lucere, certus erit competitor. Cf. Ascon, l. l. p, 85.87.
(073) Cic. de Aruspic. Resp. XX.
(074) Mithrid. XCVIII.
(075) L. l. XCIX.
(076) Pomp. XXXII.
(077) L. l. XCIX-C.
(078) Liv. XI, p, 512-513-532, éd. Casaub. Paris, 1620. Sur la maniére dont le signal de la bataille était donné par les trompettes, cf. J. Lipse, De Mil. Roman. IV. Dialog. X. Sur l'usage de pousser des cris au moment du combat, cf. le même. l. l. Dialog. Xl; J. Upmark. De Vocifer, Bellic. Upsal, 1708, in.8.
(079) Plutarq. Pomp. XXXII.
(080) Pomp. XXXII.
(081) Mithrid. Cl.
(082) Appien, l. l.
(083) Plutarq. l.l.
(084 Appien, l.l
(085) Appien, l.l. CI-CII.
(086) Appien, l. l. CII.
(087)  Le même, l, l.CIV-CV
(088) Pomp. XXXIII.
(089) lPomp. XXXIII.
(090) Pomp, XXXV et suiv.