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VARRON
DE LA LANGUE LATINE
DE LINGUA LATINA
LIVRE VII.
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer
Relu et corrigé

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1. ... repens ruina operuit, ut si verbum quod conditum est e quibus litteris oportet, inde posquamt aliqua dempta sit, obscurior fiat voluntas impositoris. Non reprehendendum igitur in illis qui, in scrutando verbo litteras adiiciunt aut demunt, quo id facilius quod sub ea voce subsit, videre possnit. Ut enim facilius obscuram operam Myrmecidis ex ebore oculi videant, extrinsecus admovent nigras setas.
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1. …… La forme primitive disparaît; de sorte que, en perdant une ou plusieurs des lettres qui le composaient, un mot devient méconnaissable, et ne permet plus de retrouver, sous ses ruines, les traces de son origine. Il ne faut donc pas blâmer ceux qui, pour éclaircir la signification cachée d’un mot, y ajoutent ou en retranchent des lettres, de même que, pour aider les yeux à voir plus distinctement les petits ouvrages de Myrmécide, on les entoure extérieurement de soies noires.
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2. Quom haec adminicula addas ad eruendum voluntatem impositoris, tamen latent multa. Quodsi poetice quae in carminibus servavit multa, prisca quae essent, sic etiam quor essent posuisset : fecundius poemata ferrent fructum. Sed ut in soluta oratione, sic in poematis verba non omnia, quae habent ἔτυμα possunt dici, neque multa ab eo, quem non erunt in lucubratione litterae prosecutae, multum licet legeret. Aelii hominis in primo in litteris Latinis exercitati interpretationem Carminum Saliorum videbis et exili littera expeditam et praeterita obscura multa.
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2. Cependant, malgré les efforts des grammairiens pour réparer ce que le temps a détruit, les mots d’une origine obscure ne laissent pas d’être très nombreux. Si les poètes, qui ont conservé beaucoup de mots anciens, en avaient en même temps expliqué la signification primitive, la lecture de leurs ouvrages serait infiniment plus utile; mais, en vers comme en prose, il n’est pas possible de rendre raison de tous les mots; et même en lisant beaucoup, si la lecture n’est pas accompagnée d’une profonde étude de la grammaire, on ne doit pas espérer de faire de grandes découvertes. Un des plus savants grammairiens latins, Aelius, a essayé d’interpréter les Saliens; mais combien cette interprétation est superficielle! Que de mots anciens dont l’origine lui est restée cachée! |
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3. Nec mirum, quom non modo Epimenides sopore post annos L experrectus a multis non cognoscatur, sed etiam Teucer Livii post XV annos ab suis qui sit ignoretur. At hoc quid ad verborum poeticorum aetatem? quorum si Pompili regnum fons in carminibus Saliorum, neque ea ab superioribus accepta, tamen habent DCC annos. Quare quor scriptoris industriam reprehendas qui herois tritavum, atavum non potuerit reperire, quom ipse avi, tritavi matrem dicere non possis? quod intervallum multo tanto propius nos, quam hinc ad initium Saliorum, quo Romanorum prima verba poetica dicunt prolata.
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3. Cela n’a rien d’étonnant, puisque non seulement Epiménide, après avoir dormi pendant cinquante ans, ne fut reconnu, à son réveil, que par un petit nombre de personnes, mais encore Teucer (dans la tragédie de Livius) ne fut reconnu, après quinze ans, par aucun des siens. Or, qu’est-ce qu’un espace de quinze ans et même de cinquante ans, comparé à l’âge des mots poétiques? En admettant même que les chants des Saliens ne remontent pas au-delà du règne de Numa, nous ne comptons pas moins de sept cents ans. Comment oseriez-vous reprocher à un écrivain de ne pas connaître le quadrisaïeul ou le père du quadrisaïeul d’un homme célèbre, puisque vous-même vous ne sauriez nommer la mère de votre aïeul ou du père de votre quadrisaïeul? Or cette époque, où ne peut atteindre votre mémoire, touche à peine à la moitié du temps qui nous sépare de l’époque où furent composés les chants Saliens et les premiers essais de la poésie romaine.
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4. Igitur de originibus verborum qui multa dixerit commode, potius boni consulendum, quam qui aliquid nequiverit reprehendendum ; praesertim quom dicat etymologice non omnium verborum posse dici causam, ut a qua re res utilis sit ad medendum medicina. Neque si non norim radices arboris, non possem dicere pirum esse ex ramo, ramum ex arbore, eam ex radicibus quas non video : quare qui ostendit equitatum esse ab equitibus, equites ab equite, equitem ab equo, neque equos unde sit dicit, tamen hic docet plura et satisfacit grato, quem imitari possimusne, ipse liber erit indicio. |
4. Il faut donc, dans le jugement qu’on porte des étymologistes, voir plutôt ce qu’ils ont fait que ce qu’ils n’ont pas fait, leur savoir gré de ce qu’ils ont découvert, sans leur faire un reproche de ce qu’ils n’ont pu découvrir, puisqu’ils sont les premiers à déclarer qu’il n’est pas possible de rendre raison de tous les mots, dont, en effet, l’étymologie n’est pas toujours aussi claire que celle de medicina (médecine). Quoique je ne voie pas les racines du poirier, je puis dire néanmoins que la poire vient de la branche; la branche, de l’arbre; l’arbre, des racines. Ainsi l’étymologiste qui, sans savoir d’où vient equus (cheval), enseigne que equitatus (équitation, cavalerie) vient de equites (cavaliers); equites, de eques (cavalier); eques, de equus, ne laisse pas d’avoir fait beaucoup pour la science, et de mériter qu’on lui sache gré de son travail. J’essayerai donc de marcher sur ses traces. |
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5. Dicam in hoc libro de verbis quae a poetis
sunt posita; primum de locis, dein quae in locis sunt ; tertio de
temporibus ; tum quae cum temporibus sunt coniuncta, sed ita quae
cum his sint coniuncta, adiungam, et, si quid excedit ex hac
quadripertitione, tamen in ea ut comprehendam. |
5. Je rechercherai, dans ce livre, les origines des mots poétiques, en traitant 1° de ceux qui désignent les lieux; 2° de ceux qui désignent les choses qui sont dans les lieux; 3° de ceux qui désignent les temps; 4° de ceux qui désignent les choses qui se font dans le temps. Je m’occuperai aussi quelquefois, par digression, des mots que l’analogie et l’affinité me feront rencontrer sur mon chemin, en observant toutefois l’ordre distinct de ma quadruple division. |
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6. Incipiam hinc:
Unus
erit quem tu tolles in caerula caeli Templum tribus modis dicitur ab natura, ab auspiciendo, ab similitudine Natura in caelo ; ab auspiciis in terra ; ab similitudine sub terra. In caelo templum dicitur, ut in Hecuba:
O
magna templa caelitum, In terra, ut in Periboea:
Scrupea saxea Bacchi Sub terra, ut in Andromacha: Acherusia templa alta Orci, salvete, infera. |
6. Je prends pour début le vers suivant: Unus erit, etc. : Il sera le seul que tu transporteras dans les temples azurés du ciel (templa). Templum se prend dans trois acceptions différentes, soit par rapport à la nature ou au ciel, soit par rapport aux auspices ou à la terre, soit par rapport aux enfers et par analogie. Dans l’ordre céleste, le mot templum a le sens que lui donne ce vers d’Hécube : Vastes temples des dieux, dont la voûte est ornée d’étoiles étincelantes. Dans l’ordre terrestre, il a celui qu’indique le passage suivant de Péribée : Il approche des âpres rochers, temple de Bacchus. Enfin, par analogie, il désigne le monde souterrain, comme dans ce vers d’Andromaque: Salut, temples achérusiens, profondes demeures de Pluton ! |
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7. Quaqua intuiti erant oculi, a tuendo primo templum dictum. Quocirca caelum, qua attuimur dictum templum. Sic: Contremuit templum magnum Iovis altitonantis, id est, ut ait Naevius :
Hemisphaerium ubi concavo Eius templi partes quattuor dicuntur, sinistra ab oriente, dextra ab occasu, antica ad meridiem, postica ad septemtrionem. |
7. Templum dérive de tueri (voir, regarder), et désigne proprement tout l’espace que peut embrasser la vue. C’est pourquoi le ciel a été appelé temple. De là ce vers : Le vaste temple de Jupiter Tonnant a tremblé. On peut le définir, avec Naevius : Un hémisphère azuré. On distingue quatre parties du ciel : la gauche ou orientale; la droite ou occidentale; l’antérieure ou méridionale; la postérieure ou septentrionale. |
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8. In terris dictum templum locus augurii aut auspicii causa quibusdam conceptis verbis finitus. Concipitur verbis non isdem usque quaque; in Arce sic: « Templa tescaque me ita sunto, quoad ego ea rite lingua nuncupavero. « Olla veter arbos quirquir est, quam me sentio dixisse, templum tescumque me esto in sinistrum. « Olla veter arbos, quirquir est, quam me sentio dixisse, templum tescumque me esto in dextrum. « Inter ea conregione conspicione cortumione, utique ea rite dixisse me sensi. |
8. Le temple terrestre est l’espace désigné, par certaines paroles sacramentelles, pour l’observation du vol des oiseaux. Ces paroles ne sont pas les mêmes en tout temps et en tout lieu. Dans la citadelle, l’augure dit : Templa tescaque, etc. |
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9. In hoc templo faciundo arbores constitui fines apparet, et intra eas regiones, qua oculi conspiciant, id est tueamur, a quo templum dictum et contemplare, ut apud Ennium in Medea: Contempla et templum Cereris ad laevam aspice; contempla et conspicare idem esse apparet ; ideo dicere, tum cum templum facit, augurem : conspicione, qua oculorum conspectum finiat. Quod, cum dicunt conspicionem, addunt cortumionem, dicitur a cordis visu: cor enim cortumionis origo. |
9. Le temple, comme on le voit, était un espace limité par des arbres, et dans lequel l’observation augurale était circonscrite. De là templum (temple) et contemplare (contempler), qui ont pour racine tueri (regarder), et qui se lisent dans ce vers de la Médée d’Ennius: Contempla et templum, etc. Contempla et conspicare doivent donc être regardés comme synonymes. C’est pourquoi l’augure employait ces mots dans la consécration du temple appelé conspicio, laquelle consistait à déterminer l’espace où le regard (oculorum conspectus) était circonscrit. Cortumio , composé de cor (cœur) et de tueri (regarder), indique cette vue de l’urne, qui aide à celle des yeux (conspicio). |
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— 10. Quod addit templa ut sint tesca, aiunt sancta esse qui Glossas scripserunt. Id est falsum: nam curia Hostilia templum est et sanctum non est. Sed hoc ut putarent, aedem sacram esse templum esse factum quod in urbe Roma pleraeque aedes sacrae sunt templa, eadem sancta, et quod loca quaedam agrestia, quae, alicuius dei sunt, dicuntur tesca. |
10. Tesca, qui suit le mot templa, suivant les interprètes des mots peu usités, a le sens de sancta (saint); mais cette interprétation est fausse; car la curie Hostilienne est un temple, et n’est pas sainte. Ce qui leur a fait penser qu’un temple est toujours saint, c’est que dans Rome la plupart des édifices religieux sont à la fois des temples et des lieux saints, et que certains lieux agrestes, consacrés à quelque divinité, sont appelés tesca. |
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11. Nam apud Accium in Philocteta Lemnio:
Ea enim loca quae sint designat, cum dicit:
Lemnia praesto Deinde :
Volcania iam templa sub ipsis Et:
Nemus
expirante vapore vides, Quare haec quod tesca dixit, non erravit : neque ideo quod sancta, sed quod, ubi mysteria fiunt, attuentur, tuesca dicta. |
11. On lit en effet, dans le Philoctète d’Accius : Qui es-tu, toi qui es venu dans ces lieux déserts et sauvages (tesca)? Accius définit ce mot dans les vers suivants : Tu vois les rivages solitaires de Lemnos, et les sanctuaires témoins des antiques mystères des Cabires. — Tu vois, au pied de ces collines, le temple de Vulcain, qui fut, dit-on, précipité du ciel dans cette île. — Là est la forêt fumante, d’où le feu a été dérobé pour être communiqué aux mortels. C’est donc avec raison qu’Accius a appelé ces lieux tesca; non pas à cause de leur sainteté, mais parce que, là où l’on célèbre des mystères, les assistants regardent (attuentur, d’où tuesca). |
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12. Tueri duo significat, unum ab aspectu ut dixi, unde est Ennii illud: Tueor te, senex? Pro Iupiter! Et: Quis pater aut cognatus volet vos contra tueri? Alterum a curando ac tutela, ut cum dicimus, Bellum tueor et tueri villam, a quo etiam quidam dicunt illum qui curat aedes sacras, aedituum, non aeditumum. Sed tamen hoc ipsum ab eadem est profectum origine, quod quem volumus domum curare dicimus : Tu domi videbis, ut Plautus cum ait: Intus para, cura, vide. Quod opust fiat. Sic dicta vestispica, quae vestem spiceret, id est videret vestem ac tueretur; quare a tuendo et templa et tesca dicta cum discrimine eo quod dixi. |
12. Tueri a deux acceptions : il signifie 1° défendre, comme dans ces deux passages d’Ennius : tueor te senex, etc.; — quis pater... tueri? 2° avoir soin de, protéger, comme dans bellum tueor, tueri villam: d’où vient que certaines personnes appellent le gardien d’un temple œdituus, et non œditomus. Du reste, l’origine d’œditomus a de l’analogie avec celle d’œdituus; car lorsque nous chargeons quelqu’un du soin de notre maison, nous lui disons : Tu domi videbis, comme Plaute, dans ce passage Aie soin de l’intérieur, surveille attentivement tout ce qui se passe. C’est ainsi que vestispica (femme de charge, qui a soin des habits et du linge) vient de vestis (vêtement) et de spicere (inspecter). C’est pourquoi templa et tesca viennent de tueri, mais avec la différence que j’ai signalée. |
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13. Etiam indidem illud Ennii: Extemplo acceptam me necato et filiam.
Extemplo
enim est continuo, quod omne templum esse debet continuo septum nec
plus unum introitum habere. |
13. Extemplo, employé par Ennius dans ce vers : Extemplo acceptum, etc. : tue-moi SUR-LE-CHAMP avec mon fils, a la même racine. Il a la même signification que continuo (de suite), parce que tout temple doit être continu et n’avoir qu’une entrée. |
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14. Quod est apud Accium:
Pervade polum, splendida mundi polus Graecum, id significat circum caeli: quare quod est : Pervade polum, valet vade περὶ πόλον. Signa dicuntur eadem et sidera : signa quod aliquid significent, ut libra aequinoctium; sidera, quae quasi insidunt, atque ita significant aliquid in terris perurendo aliudve quare ut : Signum candens in pecore. |
14. Passons à ces vers d’Accius : Parcours le pôle, et les astres brillants qui composent les douze signes de la sphère céleste. Polus est grec, et signifie le cercle du ciel; ainsi pervade polum a le sens de vade περὶ πόλον (va autour du pôle). Signa et sidera sont synonymes : signa fait entendre que les constellations représentent quelque chose (significant) , comme la Balance, qui désigne l’équinoxe; sidera vient de insidere (être assis), parce que les astres reposent sur la voûte céleste. Signa indique encore les rapports que les astres ont avec la terre, gomme signes de la grande chaleur ou de tout autre phénomène; ce qui a fait dire : La canicule est un signe funeste au troupeau. |
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15. Quod est: Terrarum anfracta revisam, anfractum est flexum, ab origine duplici dictum, ab ambitu et frangendo ; ab eo leges iubent in directo pedum VIII esse, in anfracto XVI, id est in flexu. |
15. Nous lisons dans un poète : Je parcourrai les sinuosités de la terre (anfracta). Anfractum est composé de ambitus (circuit) et de frangere (briser), et veut dire courbe c’est en ce sens que ce mot est pris dans les lois, qui ordonnent qu’il y ait huit pieds en ligne directe, et seize pieds in anfracto, c’est-à-dire en ligne courbe. |
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16. Ennius: Ut tibi Titanis Trivia dederit stirpem liberum. Titanis Trivia Diana est, ab eo dicta Trivia, quod in trivio ponitur fere in oppidis Graecis, vel quod luna dicitur esse, quae in caelo tribus viis movetur, in altitudinem et latitudinem et longitudinem. Titanis dicta, quod eam genuit Titanis Lato. Lato enim, ut scribit Manilius, est Coeo creata Titano. Ut idem scribit:
Latona pariet casta complexu Iovis id est Apollinem et Dianam. Dii quod Titanis Deliadae eadem... |
16. Ennius a dit: Ut tibi Titanis Trivia, etc. Titanis Trivia est Diane, appelée Trivia, ou de ce que les Grecs placent ordinairement sa statue dans les carrefours, ou de ce que la lune se meut en hauteur, en largeur et en longueur, et parcourt ainsi trois chemins (tres viœ) dans le ciel. Elle est surnommée Titanis, parce qu’elle a pour mère Latone, fille de Titan. Latone, dit Manilius, est née du Titan Cœus. On lit dans le même auteur : La chaste Latone, aimée de Jupiter, mit au monde deux dieux jumeaux (Apollon et Diane) dans l’île de Délos … |
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17. O sancte Apollo, qui umbilicum certum terrarum obtines ! Umbilicum dictum aiunt ab umbilico nostro, quod is medius locus sit terrarum, ut umbilicus in nobis; quod utrumque est falsum. Neque hic locus est terrarum medius neque noster umbilicus est hominis medius. Itaque pingitur quae vocatur ἡ χθὼν Πυθαγόρα, ut media caeli ac terrae linea ducatur infra umbilicum per id quo discernitur, homo mas an femina sit, ubi ortus humanus, similis ut in mundo, ibi enim omnia nascuntur in medio, quod terra mundi media. Praeterea si quod medium, id est umbilicus pilae terrae : non Delphi, medium. Sed terrae medium, non hoc sed quod vocant Delphis in aede ad latus est quiddam ut thesauri specie, quod Graeci vocant ὀμφαλὸν, quem Pythonos aiunt esse tumulum; ab eo nostri interpretes ὀμφαλὸν umbilicum dixerunt. |
17. O sancle Apollo, qui umbilicum, etc. Umbilicus est, dit-on, employé ici dans un sens métaphorique, et désigne le milieu de la terre, parce que le nombril est placé au milieu du corps humain. C’est une double erreur. Delphes n’est point placée au milieu de la terre, et le nombril n’est point placé non plus au milieu du corps humain. Ainsi, dans la figure qu’on appelle ἡ χθὼν Πυθαγόρα (la terre de Pythagore), le centre du monde est placé au-dessous du nombril, dans la partie du corps qui distingue les deux sexes, et où l’homme reçoit la vie; de même que tout ce qui existe prend naissance au milieu du monde, c’est-à-dire sur la terre, qui est placée au centre de l’univers. En admettant même que la terre ressemble à une boule, Delphes n’en occupe pas le milieu. Il ne faut donc pas entendre umbilicus dans ce sens. Ce mot vient d’ὀμφαλὸς, nom que les habitants de Delphes donnent à une éminence convexe qui s’élève dans une partie latérale du temple, et qui passe pour être le tombeau de Python. |
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18. Pacuvius: Calydonia altrix terra exsuperantum virum. Ut ager Tusculanum, sic Calydonius ager est, non terra; sed lege poetica, quod terra Aetolia, in qua Calydon, a parte totam accipi Aetoliam voluit. |
18. On lit dans Pacuvius: Calydonia altrix terra, etc. La terre ou contrée de Calydon désigne ici, par synecdoque, l’Etolie entière, dont Calydon n’est qu’une partie, de même que Tusculum n’est qu’une partie de l’Etrurie; mais, par le privilège de la poésie, Pacuvius s’exprime ainsi, quoiqu’il n’y ait pas de contrée du nom de Calydon. |
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19. Accius : Mystica ad dextram vada praetervecti. Mystica a mysteriis, quae ibi in propinquis locis nobilia fiunt. Enni: Areopagitae quia dedere aequam pilam. Areopagitae ab Areopago; is locus, Athenis. |
19. Mystica, qui se lit dans ce vers d’Accius : Mystica ad dextram, etc., est une épithète donnée aux mers dont il parle, par allusion aux mystères qui se célèbrent dans le voisinage avec une grande solennité. Areopagitœ (aréopagites), mot qui se trouve dans ce passage d’Ennius : Areopagitœ quidem, etc., dérive de Areopagus, nom d’un lieu d’Athènes où se rendait la justice. |
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20. Musae quae pedibus magnum pulsatis Olympum. Caelum dicunt Graeci Olympum, montem in Macedonia omnes; a quo potius puto Musas dictas Olympiadas: ita enim ab terrestribus locis aliis cognominatae Libethrides, Pipleides, Thespiades, Heliconides. |
20. Muses, qui foulez de vos pieds les cimes élevées de l’Olympe. Olympe, nom d’une montagne de la Macédoine, désigne chez les Grecs le ciel même. Cependant je crois que les Muses ont été appelées Olympiades, du nom de la montagne même, plutôt que du nom métaphorique du ciel; de même qu’elles doivent leurs surnoms de Libéthrides, Pimpléides, Thespiades, Héliconides, à divers autres lieux terrestres. |
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21. Cassi : Hellespontum et claustra. Claustra, quod Xerxes quondam eum locum clausit: nam, ut Ennius ait, Isque Hellesponto pontem contendit in alto. Nisi potius ab eo quod Asia et Europa ubi collidit, mare inter angustias facit Propontidis fauces. |
21. Dans ce passage: Hellespontum et claustra, Cassius fait peut-être allusion par le mot claustra au pont jeté par Xerxès sur l’Hellespont, qui fut alors, pour ainsi dire, fermé (clausus); ou plutôt au canal qui sépare l’Europe de l’Asie, et enferme les eaux de la Propontide dans une gorge étroite. |
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22. Pacuvius : Linqui in Aegeo freto. Dictum fretum a similitudine ferventis aquae, quod in fretum saepe concurrat aestus atque effervescat. Aegeum dictum ab insulis, quod in eo mari scopuli in pelago vocantur ab similitudine caprarum aeges. |
22. On lit dans Pacuvius : Liqui in Aegeo freto. Fretum (bras de mer) vient de fervere (bouillonner), parce que les flots sont souvent agités dans les détroits et les bras de mer. Aegeum, de aeges (chèvres), nom donné à certains rochers de la mer Égée, à cause de leur ressemblance avec une tête de chèvre. |
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23.
Ferme aderant aequore in alto Aequor mare appellatum, quod aequatum quom commotum vento non est. Ratis navis longas dixit, ut Naevius cum ait:
Ut
conferre queant ratem aeratam qui Ratis dicta navis longa propter remos, quod hi, cum per aquam sublati sunt dextra et sinistra, duas rates efficere videntur: ratis enim, unde hoc tralatum, illic ubi plures mali aut asseres iuncti aqua ducuntur. Hinc naviculae cum remis ratariae dicuntur. |
23. Ferme aderant œquore, etc. La mer a été appelée œquor, parce que sa surface est unie (œquatum) quand le vent ne souffle pas. Le poète a voulu désigner par rates de longs navires, de même que Naevius dans le passage suivant: Non ferre queant ratem, etc. Les navires longs ont été appelés rates à cause des rames, qui s’étendent de chaque côté sur les flots, et semblent former deux radeaux (rates); car ratis, dans le sens propre, signifie radeau ou train de bois. C’est ce qui a fait donner le nom de ratiariœ aux petits navires qu’on fait voguer avec des rames. |
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24. *** agrestis ab agro dictas apparet infulatas hostias, quod velamenta, his e lana quae adduntur, infulae: itaque tum, quod ad sepulcrum ferunt :
Frondem ac flores, addidit: |
24.... Agrestis (champêtre), de ager (champ). Les victimes, dites infulatœ, étaient ainsi appelées à cause du voile de laine, nommé infula, dont on les couvrait …………. |
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25. Cornuatam tauram umbram iaci. Dicere apparet cornuatam a cornibus; cornua a curvore dicta, quod pleraque curva. |
25. In cornuatam tauram, etc. Cornuata dérive évidemment de cornu (corne); cornu , de curvor (courbure), parce que la plupart des cornes sont recourbées. |
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26. Musas quas memorant nosces nos esse Casmenarum. Casmenarum priscum vocabulum ita natum ac scriptum est alibi; Carmenae ab eadem origine sunt declinatae. In multis verbis in quo antiqui dicebant S, postea dicunt R, ut in Carmine Saliorum sunt haec: COZEULODOIZESO; OMNIA VERO ADPATULA COEMISSE IANEUS IAM ES, DUO MISCERUSES DUN IANUS VET POS MELIOS EUM RECUM *** |
26. Apprends que nous avons donné aux Muses le nom de Casmenœ. Casmenœ est un ancien mot qui s’écrivait ainsi originairement. Carmenœ, qui a cours ailleurs, a la même origine. Dans beaucoup de mots anciens, la lettre s a été remplacée par la lettre r, comme on peut le voir dans ce passage du chant des Saliens : Cozeulodoizeso; omnia vero, etc. |
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27. *** foedesum foederum, plusima plurima, meliosem meliorem, asenam arenam, ianitos ianitor. Quare e Casmena Carmena, ut carmina, carmen; R extrito Camena factum. Ab eadem voce canite, pro quo in Saliari versu scriptum est cante, hoc versu: Divum empta cante, divum deo supplicante. |
27.... On dit aujourd’hui fœderum pour fœdesum, plurima pour plusima, meliorem pour meliosem, arenam pour asenam, janitor pour janitos. C’est ainsi que casmena est devenu carmena, d’où carmina, carmen (vers, poème). Enfin la suppression de l’r a produit camena. De ce mot est issu canite (chantez), qu’on trouve écrit cante dans ce vers des Saliens : Divum empta cante, etc. |
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28. In Carmine Priami quod est:
Veteres Casmenas cascam rem volo profari cascum significat vetus; eius origo Sabina quae usque radices in Oscam linguam egit. Cascum vetus esse significat Ennius quod ait: Quam Prisci casci populi tenuere Latini. Eo magis Manilius quod ait:
Cascum duxisse cascam non mirabile est, Item ostendit Papini ἐπιγραμμάτιον, quod in adolescentem fecerat Cascam:
Ridiculum est, cum te Cascam tua dicit amica, |
28. On lit dans le poème intitulé Priam: Veteres Casmenas caseum rem, etc. Caseus est un mot sabin, qui veut dire vieux, et qui a passé dans la langue osque. Cette signification est confirmée par ce vers d’Ennius : Quam prisci casci, etc., et par ce passage de Manilius : Cascum duxisse cascam, etc. : Il n’est pas étonnant qu’un vieillard ait épousé une vieille : Caron présidait au mariage. On en trouve encore la preuve dans cette épigramme de Papinien contre un jeune homme nommé Casca : Il est ridicule, jeune fils de Potonius, d’entendre ta vieille maîtresse t’appeler Casca. Appelle-la petite fille: ainsi un âne grattera l’autre; car tu es un enfant; et ta maîtresse, une décrépite. |
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29. Idem ostendit quod oppidum vocatur Casinum ; hoc enim ab Sabinis orti Samnites tenuerunt, et nunc nostri etiam nunc Casinum forum vetus appellant. Item significat in Atellanis aliquot pappum senem, quod Osci casnar appellant. |
29. Je citerai en outre, à l’appui de cette étymologie, le mot Casinum, nom d’une ancienne ville habitée par les Samnites, peuple issu des Sabins, et par lequel on désigne encore aujourd’hui l’ancien forum. Dans plusieurs atellanes un vieillard est appelé casnar, nom osque. |
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30. Apud Lucilium: Quid tibi ego ambages Ambivi scribere coner? Profectum a verbo ambe, quod inest in ambitu et ambitioso. |
30. On lit dans Lucilius : Quid tibi ego ambages, etc. : A quoi bon te décrire les voies détournées d’Ambivius? Ambages (détours) a pour racine ambe (autour), comme ambitus (circuit, ambition) et ambitiosus (ambitieux). |
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31. Apud Valerium Soranum: Vetus adagio est, o Publi Scipio, quod verbum usque eo evanuit, ut Graecum pro eo positum magis sit apertum: nam idem est quod παροιμίαν vocant Graeci, ut est:
Auribus lupum teneo; Adagio est littera commutata ambagio, dicta ab eo quod ambit orationem, neque in aliqua una re consistit sola. Ambagio dicta ut adustum, quod circum ustum est, ut ambiegna bos apud augures, quam circum aliae hostiae constituuntur. |
31. On lit dans Valérius Soranus : C’est un vieil adage (adagio,) ô P. Scipion. Adagio est tellement tombé en désuétude, que le mot grec παροιμὶα, qui l’a remplacé, est plus significatif. Au reste, ils désignent tous les deux une maxime vulgaire, comme: Je tiens le loup par les oreilles. — Les chiens ne se mangent pas entre eux. Adagio est une altération d’abagio, mot dérivé d’ambire (entourer), parce qu’un proverbe est toujours accessoire, et cité à l’appui de ce qu’on dit. Adagio a, dans sa composition, quelque ressemblance avec adustum (cuit autour), et me remet en mémoire la victime appelée ambiegna par les augures, qui était une génisse, autour de laquelle on immolait des agneaux. |
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32. Quom tria sint coniuncta, in origine verborum quae sint animadvertenda, a quo sit impositum et in quo et quid ; saepe non minus de tertio quam de primo dubitatur, ut in hoc, utrum primum una canis, aut canes sit appellata: dicta enim apud veteres una canes. Itaque Ennius scribit: Tantidem quasi feta canes sine dentibus latrat.
Lucilius: Impositio unius debuit esse canis, plurium canes; sed neque Ennius consuetudinem illam sequens reprehendendus, nec is qui nunc dicit: Canis caninam non est. Sed canes, quod latratu signum dant, ut signa canunt, canes appellatae, et quod ea voce indicant noctu, quae latent, latratus appellatus. |
32. Il y a trois parties qu’il faut étudier simultanément dans l’origine des mots : 1° la chose d’où le mot est tiré; 2° la chose que ce mot sert à désigner; 3° et enfin le mot lui-même. Or, il arrive souvent qu’on est aussi embarrassé sur le troisième point que sur le premier. Par exemple, a-t-on dit originairement canis ou canes? car nous voyons que les anciens disaient canes au singulier, pour désigner un chien : témoin ce passage d’Ennius: Tantidem quasi feta CANES, etc.; et cet autre de Lucilius: nequam.... immanis CANES ut. On a dû dire originairement canis au singulier, et canes au pluriel; mais Ennius qui a dit canes au singulier, et celui qui dit aujourd’hui canis caninam non est, proverbe que j’ai cité plus haut, sont irrépréhensibles, et absous par l’usage. Canis dérive de canere, parce que les chiens comme des trompettes (ut signa canunt) donnent le signal par leurs aboiements. Latratus (aboiement), de latere, parce qu’ils avertissent pendant la nuit de ce qui est caché dans les ténèbres. |
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33. Sic dictum a quibusdam ut una canes, una trabes: ... trabes remis rostrata per altum. Ennius:
Utinam ne in nemore Pelio securibus cuius verbi singularis casus rectus correptus ac facta trabs. |
33. De même qu’on voit quelquefois canes au singulier, on rencontre aussi trabes au lieu de trabs (poutre, et, au figuré, navire, arbre), comme dans ce vers: TRABES remis, etc.; et dans ce passage d’Ennius: utinam ne in nemore.... ad terram TRABES. |
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34. In Medio: Caelitum camilla, expectata advenis, salve hospita. Camillam qui glossemata interpretati dixerunt administram; addi oportet, in his quae occultiora: itaque dicitur nuptiis camillus, qui cumerum fert, in quo quid sit, in ministerio plerique extrinsecus nesciunt. Hinc Casmilus nominatur Samothreces mysteriis dius quidam amminister diis magnis. Verbum esse Graecum arbitror, quod apud Callimachum in poematibus eius inveni. |
34. On lit dans le Medius: Cœlitum camilla, etc. Camilla, suivant les glossateurs (interprètes des mots peu usités), a le sens de administra (intendante). Eclaircissons, en passant, d’autres mots analogues, qui ont quelque obscurité. On appelle camillus celui qui, dans les noces, porte la corbeille de la mariée, dont la plupart des autres serviteurs ignorent le contenu. De là le nom de Casmilus, donné dans la Samothrace à un ministre particulier des mystères des grands dieux. Je crois que ce mot est d’origine grecque, pour l’avoir rencontré dans les poèmes de Callimaque. |
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35. Apud Ennium: Subulo quondam marinas propter astabat plagas. Subulo dictus, quod ita dicunt tibicines Tusci: quocirca radices eius in Etruria, non Latio quaerundae. |
35. On lit dans Ennius : subulo quondam, etc. Subulo, nom des joueurs de flûte chez les Tusques, dont il faut par conséquent chercher la racine dans l’Etrurie, et non dans le Latium. |