Xénophon, traduit par Eugène Talbot

XENOPHON

EXPEDITION DE CYRUS ET RETRAITE DES DIX MILLE

Ξενοφώντος - Κύρου Ἀνάβασις. Βιβλίον E.

LIVRE V

Traduction française · Eugène TALBOT.

Autre traduction (LUZERNE)

livre IV -  livre VI

 

 

 

 

 

 

 

EXPEDITION DE CYRUS

 

ET

 

RETRAITE DES DIX MILLE

 

LIVRE V.

CHAPITRE PREMIER.

Chirisophe se met en quête de navires ; Xénophon pourvoit au reste. — Dexippus, envoyé pour ramener les vaisseaux, s’enfuit sur l’un d’eux. — Polycrate ramène un vaisseau à trente rames.

 

Ξενοφώντος - Κύρου Ἀνάβασις. Βιβλίον Ε

[1] [Ὅσα μὲν δὴ ἐν τῇ ἀναβάσει τῇ μετὰ Κύρου ἔπραξαν οἱ Ἕλληνες, καὶ ἐν τῇ πορείᾳ τῇ μέχρι ἐπὶ θάλατταν τὴν ἐν τῷ Εὐξείνῳ Πόντῳ, καὶ ὡς εἰς Τραπεζοῦντα Ἑλληνίδα πόλιν ἀφίκοντο, καὶ ὡς ἀπέθυσαν ἃ εὔξαντο σωτήρια θύειν ἔνθα πρῶτον εἰς φιλίαν γῆν ἀφίκοντο, ἐν τῷ πρόσθεν λόγῳ δεδήλωται.]

[2] Ἐκ δὲ τούτου ξυνελθόντες ἐβουλεύοντο περὶ τῆς λοιπῆς πορείας· ἀνέστη δὲ πρῶτος Λέων Θούριος καὶ ἔλεξεν ὧδε.

«γὼ μὲν τοίνυν, ἔφη, ὦ ἄνδρες, ἀπείρηκα ἤδη ξυσκευαζόμενος καὶ βαδίζων καὶ τρέχων καὶ τὰ ὅπλα φέρων καὶ ἐν τάξει ὢν καὶ φυλακὰς φυλάττων καὶ μαχόμενος, ἐπιθυμῶ δὲ ἤδη παυσάμενος τούτων τῶν πόνων, ἐπεὶ θάλατταν ἔχομεν, πλεῖν τὸ λοιπὸν καὶ ἐκταθεὶς ὥσπερ Ὀδυσσεὺς ἀφικέσθαι εἰς τὴν Ἑλλάδα. »

[3] Ταῦτα ἀκούσαντες οἱ στρατιῶται ἀνεθορύβησαν ὡς εὖ λέγει· καὶ ἄλλος ταὔτ᾽ ἔλεγε, καὶ πάντες οἱ παριόντες. Ἔπειτα δὲ Χειρίσοφος ἀνέστη καὶ εἶπεν ὧδε.

[4] « Φίλος μοί ἐστιν, ὦ ἄνδρες, Ἀναξίβιος, ναυαρχῶν δὲ καὶ τυγχάνει. ἢν οὖν πέμψητέ με, οἴομαι ἂν ἐλθεῖν καὶ τριήρεις ἔχων καὶ πλοῖα τὰ ἡμᾶς ἄξοντα· ὑμεῖς δὲ εἴπερ πλεῖν βούλεσθε, περιμένετε ἔστ᾽ ἂν ἐγὼ ἔλθω· ἥξω δὲ ταχέως. »

Ἀκούσαντες ταῦτα οἱ στρατιῶται ἥσθησάν τε καὶ ἐψηφίσαντο πλεῖν αὐτὸν ὡς τάχιστα.

[5] Μετὰ τοῦτον Ξενοφῶν ἀνέστη καὶ ἔλεξεν ὧδε.

«  Χειρίσοφος μὲν δὴ ἐπὶ πλοῖα στέλλεται, ἡμεῖς δὲ ἀναμενοῦμεν. Ὅσα μοι οὖν δοκεῖ καιρὸς εἶναι ποιεῖν ἐν τῇ μονῇ, ταῦτα ἐρῶ. [6] Πρῶτον μὲν τὰ ἐπιτήδεια δεῖ πορίζεσθαι ἐκ τῆς πολεμίας· οὔτε γὰρ ἀγορὰ ἔστιν ἱκανὴ οὔτε ὅτου ὠνησόμεθα εὐπορία εἰ μὴ ὀλίγοις τισίν· ἡ δὲ χώρα πολεμία· κίνδυνος οὖν πολλοὺς ἀπόλλυσθαι, ἢν ἀμελῶς τε καὶ ἀφυλάκτως πορεύησθε ἐπὶ τὰ ἐπιτήδεια. [7] Ἀλλά μοι δοκεῖ σὺν προνομαῖς λαμβάνειν τὰ ἐπιτήδεια, ἄλλως δὲ μὴ πλανᾶσθαι, ὡς σᾐζησθε, ἡμᾶς δὲ τούτων ἐπιμελεῖσθαι. » 

 [8] Ἔδοξε ταῦτα.

« Ἔτι τοίνυν ἀκούσατε καὶ τάδε. Ἐπὶ λείαν γὰρ ὑμῶν ἐκπορεύσονταί τινες. Οἴομαι οὖν βέλτιστον εἶναι ἡμῖν εἰπεῖν τὸν μέλλοντα ἐξιέναι, φράζειν δὲ καὶ ὅποι, ἵνα καὶ τὸ πλῆθος εἰδῶμεν τῶν ἐξιόντων καὶ τῶν μενόντων καὶ ξυμπαρασκευάζωμεν, ἐάν τι δέῃ, κἂν βοηθῆσαί τισι καιρὸς ᾖ, εἰδῶμεν ὅποι δεήσει βοηθεῖν, καὶ ἐάν τις τῶν ἀπειροτέρων ἐγχειρῇ ποι, ξυμβουλεύωμεν πειρώμενοι εἰδέναι τὴν δύναμιν ἐφ᾽ οὓς ἂν ἴωσιν. »

[9] Ἔδοξε καὶ ταῦτα.

«ννοεῖτε δὴ καὶ τόδε, ἔφη. Σχολὴ τοῖς πολεμίοις λῄζεσθαι, καὶ δικαίως ἡμῖν ἐπιβουλεύουσιν· ἔχομεν γὰρ τὰ ἐκείνων· ὑπερκάθηνται δὲ ἡμῶν. Φυλακὰς δή μοι δοκεῖ δεῖν περὶ τὸ στρατόπεδον εἶναι· ἐὰν οὖν κατὰ μέρος [μερισθέντες] Φυλάττωμεν καὶ σκοπῶμεν, ἧττον ἂν δύναιντο ἡμᾶς θηρᾶν οἱ πολέμιοι. Ἔτι τοίνυν τάδε ὁρᾶτε. [10] Εἰ μὲν ἠπιστάμεθα σαφῶς ὅτι ἥξει πλοῖα Χειρίσοφος ἄγων ἱκανά, οὐδὲν ἂν ἔδει ὧν μέλλω λέγειν· νῦν δ᾽ ἐπεὶ τοῦτο ἄδηλον, δοκεῖ μοι πειρᾶσθαι πλοῖα συμπαρασκευάζειν καὶ αὐτόθεν. ἢν μὲν γὰρ ἔλθῃ, ὑπαρχόντων ἐνθάδε ἐν ἀφθονωτέροις πλευσόμεθα· ἢν δὲ μὴ ἄγῃ, τοῖς ἐνθάδε χρησόμεθα. [11] Ὁρῶ δὲ ἐγὼ πλοῖα πολλάκις παραπλέοντα· εἰ οὖν αἰτησάμενοι παρὰ Τραπεζουντίων μακρὰ πλοῖα κατάγοιμεν καὶ φυλάττοιμεν αὐτά, τὰ πηδάλια παραλυόμενοι, ἕως ἂν ἱκανὰ τὰ ἄξοντα γένηται, ἴσως ἂν οὐκ ἀπορήσαιμεν κομιδῆς οἵας δεόμεθα. »

Ἔδοξε καὶ ταῦτα.

[12]  « Ἐννοήσατε δ᾽, ἔφη, εἰ εἰκὸς καὶ τρέφειν ἀπὸ κοινοῦ οὓς ἂν καταγάγωμεν ὅσον ἂν χρόνον ἡμῶν ἕνεκεν μένωσι, καὶ ναῦλον ξυνθέσθαι, ὅπως ὠφελοῦντες καὶ ὠφελῶνται. »

Ἔδοξε καὶ ταῦτα.

[13]  « Δοκεῖ τοίνυν μοι, ἔφη, ἢν ἄρα καὶ ταῦτα ἡμῖν μὴ ἐκπεραίνηται ὥστε ἀρκεῖν πλοῖα, τὰς ὁδοὺς ἃς δυσπόρους ἀκούομεν εἶναι ταῖς παρὰ θάλατταν οἰκούσαις πόλεσιν ἐντείλασθαι ὁδοποιεῖν· πείσονται γὰρ καὶ διὰ τὸ φοβεῖσθαι καὶ διὰ τὸ βούλεσθαι ἡμῶν ἀπαλλαγῆναι. »

[14] Ἐνταῦθα δὲ ἀνέκραγον ὡς οὐ δέοι ὁδοιπορεῖν. Ὁ δὲ ὡς ἔγνω τὴν ἀφροσύνην αὐτῶν, ἐπεψήφισε μὲν οὐδέν, τὰς δὲ πόλεις ἑκούσας ἔπεισεν ὁδοποιεῖν, λέγων ὅτι θᾶττον ἀπαλλάξονται, ἢν εὔποροι γένωνται αἱ ὁδοί. [15] Ἔλαβον δὲ καὶ πεντηκόντορον παρὰ τῶν Τραπεζουντίων, ᾗ ἐπέστησαν Δέξιππον Λάκωνα περίοικον. Οὗτος ἀμελήσας τοῦ ξυλλέγειν πλοῖα ἀποδρὰς ᾤχετο ἔξω τοῦ Πόντου, ἔχων τὴν ναῦν. Οὗτος μὲν οὖν δίκαια ἔπαθεν ὕστερον· ἐν Θρᾴκῃ γὰρ παρὰ Σεύθῃ πολυπραγμονῶν τι ἀπέθανεν ὑπὸ Νικάνδρου τοῦ Λάκωνος. [16] Ἔλαβον δὲ καὶ τριακόντορον, ᾗ ἐπεστάθη Πολυκράτης Ἀθηναῖος, ὃς ὁπόσα λαμβάνοι πλοῖα κατῆγεν ἐπὶ τὸ στρατόπεδον. Καὶ τὰ μὲν ἀγώγιμα εἴ τι ἦγον ἐξαιρούμενοι φύλακας καθίστασαν, ὅπως σῷα εἴη, τοῖς δὲ πλοίοις ἐχρήσαντο εἰς παραγωγήν. [17] Ἐν ᾧ δὲ ταῦτα ἦν ἐπὶ λείαν ἐξῇσαν οἱ Ἕλληνες, καὶ οἱ μὲν ἐλάμβανον οἱ δὲ καὶ οὔ. Κλεαίνετος δ᾽ ἐξαγαγὼν καὶ τὸν ἑαυτοῦ καὶ ἄλλον λόχον πρὸς χωρίον χαλεπὸν αὐτός τε ἀπέθανε καὶ ἄλλοι πολλοὶ τῶν σὺν αὐτῷ.

[1] Tout ce que firent les Grecs durant l’expédition de Cyrus et dans leur marche jusqu’à la mer qui se nomme le Pont-Euxin, puis leur arrivée à Trapézonte, ville grecque où ils firent les sacrifices promis pour leur délivrance dès qu’Us seraient en pays ami, a été raconté dans les livres précédents.

]2] On s’assemble, et l’on délibère sur la route qui reste à suivre. Antiléon de Thurium se lève le premier et parle en ces mots :

« Pour ma part, dit-il, camarades, je suis las de plier bagage, d’aller, de courir, de porter des armes, de marcher en rang, de monter la garde, de me battre : je veux une trêve à tous ces travaux. Puisque nous voilà au bord de la mer, je veux m’embarquer, et, comme Ulysse, étendu et dormant, arriver jusqu’en Grèce (01). »

[3] En entendant ces mots, les soldats s’écrient avec grand bruit qu’il a bien passé. Un autre répète les mêmes paroles, et après lui tous les assistants. Chirisophe se lève alors et dit :

« J’ai pour ami, chers camarades, Anaxibius, qui se trouve en ce moment à la tête d’une flotte. Si vous m’envoyez à lui, j’espère revenir avec-les trirèmes et les bâtiments de transport qui nous sont nécessaires. Puisque vous voulez vous embarquer, attendez mon retour ; je reviendrai dans peu. »

Ces paroles ravissent les soldats, qui décident que Chirisophe parte dans le plus bref délai.

[5] Après lui, Xénophon se lève et dit :

« Chirisophe va nous 107 aller chercher des vaisseaux, et nous, nous resterons ici. Par conséquent, ce qu’il vous convient de faire durant ce séjour, je vais vous le dire. [6] D’abord il faut tirer des vivres du pays ennemi, car le marché ne suffit pas à nos besoins et nous n’avons la faculté d’acheter qu’à un petit nombre de marchands : de plus, ce pays étant ennemi, il y a risque que beaucoup des nôtres périssent, si vous vous avancez sans soin et sans précaution pour vous procurer des vivres. [7] Je crois donc qu’il faut aller marauder à distance pour nous faire des provisions, que personne ne s’écarte, si nous voulons ne pas être perdus, et que nous y veillions tous. »

[8] Cet avis est adopté.

« Écoutez encore ceci. Plusieurs d’entre vous iront à la maraude. Il est donc bon, je crois, que celui qui sortira nous prévienne et nous indique où il va, afin que nous connaissions le nombre des sortants et des restants, et que nous nous tenions prêts au besoin. S’il faut porter secours à quelqu’un, nous saurons où courir. Si quelqu’un sans expérience médite une entreprise, nous en délibérerons avec lui et nous tâcherons de savoir à quelle force il aura affaire. »

[9] On adopte cet avis.

« Songez encore à ceci, dit Xénophon : l’ennemi de son côté peut piller à son aise, et il a le droit de nous tendre des pièges, puisque nous nous sommes approprié ce qui est à lui. Il est posté au-dessus de nous. Je crois donc qu’il faut des gardes tout autour du camp. Si nous nous divisons par compagnies pour garder et veiller, les ennemis auront moins de chances de nous surprendre. Voici encore une chose. [10] Si nous avions la certitude que Chirisophe revînt avec une flotte capable de transporter l’armée, ce que je vais dire serait inutile. Mais comme en ce moment le fait est douteux, je suis d’avis de nous pourvoir ici même de bâtiments. Si nous les avons, quand il reviendra, nous n’en manquerons pas pour naviguer ; s’il n’en amène pas, nous userons de ceux d’ici. [11] Je vois souvent des navires longer cette côte. Empruntons aux Trapézontins de longs navires ; amenons-les ici et gardons-les, après en avoir détaché le gouvernail, jusqu’à ce que nous en ayons un nombre suffisant ; peut-être alors ne manquerons-nous pas de moyens de transport. »

Cette proposition est encore adoptée.

[12] « Examinez aussi, continue Xénophon, s’il n’est pas juste de nourrir à frais communs les gens que nous amènerons, durant tout le temps qu’ils resteront ici, et de convenir avec eux du passage, afin qu’ils profitent en nous profitant. »

La proposition est accueillie,

[13] « Enfin, dit Xénophon, je suis d’avis, s’il nous est impossible d’arriver à nous 108 procurer des bâtiments, d’ordonner aux villes maritimes de réparer les chemins, qui, d’après ce que nous savons, sont en fort mauvais état. Elles obéiront par crainte et par le désir de se voir débarrassées de nous. »

[14] Tout le monde s’écrie qu’il n’est pas nécessaire de réparer les chemins. Xénophon, voyant leur folie, ne va point aux voix, mais il engage les villes à les réparer d’elles-mêmes, en leur disant qu’elles seront plus vite débarrassées, si les routes sont praticables. [15] On reçoit des Trapézontins un pentécontore, dont on donne le commandement au Laconien Dexippe. Cet homme, sans se préoccuper de réunir des navires, prend la fuite et s’échappe du Pont-Euxin avec le vaisseau qu’il a. Mais dans la suite il fut justement puni. Ayant intrigué en Thrace, auprès de Seuthès, il y fut tué par le Laconien Nicandre. [16] Les Grecs empruntent aussi un triacontore, dont on confie le commandement à Polycrate d’Athènes, qui ramène près du camp tous les vaisseaux qu’il peut prendre. On en tire la cargaison, que l’on met sous bonne garde, afin qu’il ne s’en perde rien, et l’on se sert des bâtiments pour le transport. [17] En même temps les Grecs sortent pour la maraude : les uns prennent ; les autres ne trouvent pas. Cléénète, ayant conduit son loche et celui d’un autre contre un poste difficile, y est tué, et plusieurs autres avec lui.

CHAPITRE II.

Lutte contre les Driles.

[1] Ἐπεὶ δὲ τὰ ἐπιτήδεια οὐκέτι ἦν λαμβάνειν ὥστε ἀπαυθημερίζειν ἐπὶ τὸ στρατόπεδον, ἐκ τούτου λαβὼν Ξενοφῶν ἡγεμόνας τῶν Τραπεζουντίων ἐξάγει εἰς Δρίλας τὸ ἥμισυ τοῦ στρατεύματος, τὸ δὲ ἥμισυ κατέλιπε φυλάττειν τὸ στρατόπεδον· οἱ γὰρ Κόλχοι, ἅτε ἐκπεπτωκότες τῶν οἰκιῶν, πολλοὶ ἦσαν ἁθρόοι καὶ ὑπερεκάθηντο ἐπὶ τῶν ἄκρων. [2] Οἱ δὲ Τραπεζούντιοι ὁπόθεν μὲν τὰ ἐπιτήδεια ῥᾴδιον ἦν λαβεῖν οὐκ ἦγον· φίλοι γὰρ αὐτοῖς ἦσαν· εἰς δὲ τοὺς Δρίλας προθύμως ἦγον, ὑφ᾽ ὧν κακῶς ἔπασχον, εἰς χωρία τε ὀρεινὰ καὶ δύσβατα καὶ ἀνθρώπους πολεμικωτάτους τῶν ἐν τῷ Πόντῳ.

[3] Ἐπεὶ δὲ ἦσαν ἐν τῇ ἄνω χώρᾳ οἱ Ἕλληνες, ὁποῖα τῶν χωρίων τοῖς Δρίλαις ἁλώσιμα εἶναι ἐδόκει ἐμπιμπράντες ἀπῇσαν· καὶ οὐδὲν ἦν λαμβάνειν εἰ μὴ ὗς ἢ βοῦς ἢ ἄλλο τι κτῆνος τὸ πῦρ διαπεφευγός. ἓν δὲ ἦν χωρίον μητρόπολις αὐτῶν· εἰς τοῦτο πάντες ξυνερρυήκεσαν. Περὶ δὲ τοῦτο ἦν χαράδρα ἰσχυρῶς βαθεῖα, καὶ πρόσοδοι χαλεπαὶ πρὸς τὸ χωρίον. [4] Οἱ δὲ πελτασταὶ προδραμόντες στάδια πέντε ἢ ἓξ τῶν ὁπλιτῶν, διαβάντες τὴν χαράδραν, ὁρῶντες πρόβατα πολλὰ καὶ ἄλλα χρήματα προσέβαλλον πρὸς τὸ χωρίον· ξυνείποντο δὲ καὶ δορυφόροι πολλοὶ οἱ ἐπὶ τὰ ἐπιτήδεια ἐξωρμημένοι· ὥστε ἐγένοντο οἱ διαβάντες πλείους ἢ δισχίλιοι ἄνθρωποι. [5] Ἐπεὶ δὲ μαχόμενοι οὐκ ἐδύναντο λαβεῖν τὸ χωρίον (καὶ γὰρ τάφρος ἦν περὶ αὐτὸ εὐρεῖα ἀναβεβλημένη καὶ σκόλοπες ἐπὶ τῆς ἀναβολῆς καὶ τύρσεις πυκναὶ ξύλιναι πεποιημέναι), ἀπιέναι δὴ ἐπεχείρουν· οἱ δὲ ἐπέκειντο αὐτοῖς. [6] Ὡς δὲ οὐκ ἐδύναντο ἀποτρέχειν (ἦν γὰρ ἐφ᾽ ἑνὸς ἡ κατάβασις ἐκ τοῦ χωρίου εἰς τὴν χαράδραν), πέμπουσι πρὸς Ξενοφῶντα· ὁ δὲ ἡγεῖτο τοῖς ὁπλίταις.

 [7] Ὁ δὲ ἐλθὼν λέγει ὅτι ἔστι χωρίον χρημάτων πολλῶν μεστόν· τοῦτο οὔτε λαβεῖν δυνάμεθα· ἰσχυρὸν γάρ ἐστιν· οὔτε ἀπελθεῖν ῥᾴδιον· μάχονται γὰρ ἐπεξεληλυθότες καὶ ἡ ἄφοδος χαλεπή.

[8] Ἀκούσας ταῦτα ὁ Ξενοφῶν προσαγαγὼν πρὸς τὴν χαράδραν τοὺς μὲν ὁπλίτας θέσθαι ἐκέλευσε τὰ ὅπλα, αὐτὸς δὲ διαβὰς σὺν τοῖς λοχαγοῖς ἐσκοπεῖτο πότερον εἴη κρεῖττον ἀπαγαγεῖν καὶ τοὺς διαβεβηκότας ἢ καὶ τοὺς ὁπλίτας διαβιβάζειν, ὡς ἁλόντος ἂν τοῦ χωρίου. [9] Ἐδόκει γὰρ τὸ μὲν ἀπαγαγεῖν οὐκ εἶναι ἄνευ πολλῶν νεκρῶν, ἑλεῖν δ᾽ ἂν ᾤοντο καὶ οἱ λοχαγοὶ τὸ χωρίον, καὶ ὁ Ξενοφῶν ξυνεχώρησε τοῖς ἱεροῖς πιστεύσας· οἱ γὰρ μάντεις ἀποδεδειγμένοι ἦσαν ὅτι μάχη μὲν ἔσται, τὸ δὲ τέλος καλὸν τῆς ἐξόδου. [10] Καὶ τοὺς μὲν λοχαγοὺς ἔπεμπε διαβιβάσοντας τοὺς ὁπλίτας, αὐτὸς δ᾽ ἔμενεν ἀναχωρίσας ἅπαντας τοὺς πελταστάς, καὶ οὐδένα εἴα ἀκροβολίζεσθαι. [11] Ἐπεὶ δ᾽ ἧκον οἱ ὁπλῖται, ἐκέλευσε τὸν λόχον ἕκαστον ποιῆσαι τῶν λοχαγῶν ὡς ἂν κράτιστα οἴηται ἀγωνιεῖσθαι· ἦσαν γὰρ οἱ λοχαγοὶ πλησίον ἀλλήλων οἳ πάντα τὸν χρόνον ἀλλήλοις περὶ ἀνδραγαθίας ἀντεποιοῦντο. [12] Καὶ οἱ μὲν ταῦτ᾽ ἐποίουν· ὁ δὲ τοῖς πελτασταῖς πᾶσι παρήγγειλε διηγκυλωμένους ἰέναι, ὡς, ὁπόταν σημήνῃ, ἀκοντίζειν, καὶ τοὺς τοξότας ἐπιβεβλῆσθαι ἐπὶ ταῖς νευραῖς, ὡς, ὁπόταν σημήνῃ, τοξεύειν δεῆσον, καὶ τοὺς γυμνῆτας λίθων ἔχειν μεστὰς τὰς διφθέρας· καὶ τοὺς ἐπιτηδείους ἔπεμψε τούτων ἐπιμεληθῆναι.

[13] Ἐπεὶ δὲ πάντα παρεσκεύαστο καὶ οἱ λοχαγοὶ καὶ οἱ ὑπολόχαγοι καὶ οἱ ἀξιοῦντες τούτων μὴ χείρους εἶναι πάντες παρατεταγμένοι ἦσαν, καὶ ἀλλήλους μὲν δὴ ξυνεώρων (μηνοειδὴς γὰρ διὰ τὸ χωρίον ἡ τάξις ἦν)· [14] Ἐπεὶ δ᾽ ἐπαιάνισαν καὶ ἡ σάλπιγξ ἐφθέγξατο, ἅμα τε τῷ Ἐνυαλίῳ ἠλέλιξαν καὶ ἔθεον δρόμῳ οἱ ὁπλῖται, καὶ τὰ βέλη ὁμοῦ ἐφέρετο, λόγχαι, τοξεύματα, σφενδόναι, πλεῖστοι δ᾽ ἐκ τῶν χειρῶν λίθοι, ἦσαν δὲ οἳ καὶ πῦρ προσέφερον. [15] Ὑπὸ δὲ τοῦ πλήθους τῶν βελῶν ἔλιπον οἱ πολέμιοι τά τε σταυρώματα καὶ τὰς τύρσεις· ὥστε Ἀγασίας Στυμφάλιος καταθέμενος τὰ ὅπλα ἐν χιτῶνι μόνον ἀνέβη, καὶ ἄλλος ἄλλον εἷλκε, καὶ ἄλλος ἀνεβεβήκει, καὶ ἡλώκει τὸ χωρίον, ὡς ἐδόκει. [16] Καὶ οἱ μὲν πελτασταὶ καὶ οἱ ψιλοὶ ἐσδραμόντες ἥρπαζον ὅ τι ἕκαστος ἐδύνατο· ὁ δὲ Ξενοφῶν στὰς κατὰ τὰς πύλας ὁπόσους ἐδύνατο κατεκώλυε τῶν ὁπλιτῶν ἔξω· πολέμιοι γὰρ ἄλλοι ἐφαίνοντο ἐπ᾽ ἄκροις τισὶν ἰσχυροῖς. [17] Οὐ πολλοῦ δὲ χρόνου μεταξὺ γενομένου κραυγή τε ἐγένετο ἔνδον καὶ ἔφευγον οἱ μὲν καὶ ἔχοντες ἃ ἔλαβον, τάχα δέ τις καὶ τετρωμένος· καὶ πολὺς ἦν ὠθισμὸς ἀμφὶ τὰ θύρετρα. Καὶ ἐρωτώμενοι οἱ ἐκπίπτοντες ἔλεγον ὅτι ἄκρα τέ ἐστιν ἔνδον καὶ οἱ πολέμιοι πολλοί, οἳ παίουσιν ἐκδεδραμηκότες τοὺς ἔνδον ἀνθρώπους.

[18] Ἐνταῦθα ἀνειπεῖν ἐκέλευσε Τολμίδην τὸν κήρυκα ἰέναι εἴσω τὸν βουλόμενόν τι λαμβάνειν. Καὶ ἵενται πολλοὶ εἴσω, καὶ νικῶσι τοὺς ἐκπίπτοντας οἱ εἰσωθούμενοι καὶ κατακλείουσι τοὺς πολεμίους πάλιν εἰς τὴν ἄκραν. [19] Καὶ τὰ μὲν ἔξω τῆς ἄκρας πάντα διηρπάσθη, καὶ ἐξεκομίσαντο οἱ Ἕλληνες· οἱ δὲ ὁπλῖται ἔθεντο τὰ ὅπλα, οἱ μὲν περὶ τὰ σταυρώματα, οἱ δὲ κατὰ τὴν ὁδὸν τὴν ἐπὶ τὴν ἄκραν φέρουσαν. [20] Ὁ δὲ Ξενοφῶν καὶ οἱ λοχαγοὶ ἐσκόπουν εἰ οἷόν τε εἴη τὴν ἄκραν λαβεῖν· ἦν γὰρ οὕτως σωτηρία ἀσφαλής, ἄλλως δὲ πάνυ χαλεπὸν ἐδόκει εἶναι ἀπελθεῖν· σκοπουμένοις δὲ αὐτοῖς ἔδοξε παντάπασιν ἀνάλωτον εἶναι τὸ χωρίον. [21] Ἐνταῦθα παρεσκευάζοντο τὴν ἄφοδον, καὶ τοὺς μὲν σταυροὺς ἕκαστοι τοὺς καθ᾽ αὑτοὺς διῄρουν, καὶ τοὺς ἀχρείους καὶ φορτία ἔχοντάς τε ἐξεπέμποντο καὶ τῶν ὁπλιτῶν τὸ πλῆθος, καταλιπόντες οἱ λοχαγοὶ οἷς ἕκαστος ἐπίστευεν.

[22] Ἐπεὶ δὲ ἤρξαντο ἀποχωρεῖν, ἐπεξέθεον ἔνδοθεν πολλοὶ γέρρα καὶ λόγχας ἔχοντες καὶ κνημῖδας καὶ κράνη Παφλαγονικά, καὶ ἄλλοι ἐπὶ τὰς οἰκίας ἀνέβαινον τὰς ἔνθεν καὶ ἔνθεν τῆς εἰς τὴν ἄκραν φερούσης ὁδοῦ· [23] Ὥστε οὐδὲ διώκειν ἀσφαλὲς ἦν κατὰ τὰς πύλας τὰς εἰς τὴν ἄκραν φερούσας. Καὶ γὰρ ξύλα μεγάλα ἐπερρίπτουν ἄνωθεν, ὥστε χαλεπὸν ἦν καὶ μένειν καὶ ἀπιέναι· καὶ ἡ νὺξ φοβερὰ ἦν ἡ ἐπιοῦσα. [24] Μαχομένων δὲ αὐτῶν καὶ ἀπορουμένων θεῶν τις αὐτοῖς μηχανὴν σωτηρίας δίδωσιν. Ἐξαπίνης γὰρ ἀνέλαμψεν οἰκία τῶν ἐν δεξιᾷ ὅτου δὴ ἐνάψαντος. Ὡς δ᾽ αὕτη ξυνέπιπτεν, ἔφευγον οἱ ἀπὸ τῶν ἐν δεξιᾷ οἰκιῶν.

[25] Ὡς δὲ ἔμαθεν ὁ Ξενοφῶν τοῦτο παρὰ τῆς τύχης, ἐνάπτειν ἐκέλευε καὶ τὰς ἐν ἀριστερᾷ οἰκίας, αἳ ξύλιναι ἦσαν, ὥστε καὶ ταχὺ ἐκαίοντο. [26] Ἔφευγον οὖν καὶ οἱ ἀπὸ τούτων τῶν οἰκιῶν. Οἱ δὲ κατὰ στόμα δὴ ἔτι μόνοι ἐλύπουν καὶ δῆλοι ἦσαν ὅτι ἐπικείσονται ἐν τῇ ἐξόδῳ τε καὶ καταβάσει. Ἐνταῦθα παραγγέλλει φέρειν ξύλα ὅσοι ἐτύγχανον ἔξω ὄντες τῶν βελῶν εἰς τὸ μέσον ἑαυτῶν καὶ τῶν πολεμίων. Ἐπεὶ δὲ ἱκανὰ ἤδη ἦν, ἐνῆψαν· ἐνῆπτον δὲ καὶ τὰς παρ᾽ αὐτὸ τὸ χαράκωμα οἰκίας, ὅπως οἱ πολέμιοι ἀμφὶ ταῦτα ἔχοιεν. [27] Οὕτω μόλις ἀπῆλθον ἀπὸ τοῦ χωρίου, πῦρ ἐν μέσῳ ἑαυτῶν καὶ τῶν πολεμίων ποιησάμενοι. Καὶ κατεκαύθη πᾶσα ἡ πόλις καὶ αἱ οἰκίαι καὶ αἱ τύρσεις καὶ τὰ σταυρώματα καὶ τἆλλα πάντα πλὴν τῆς ἄκρας.

[28] Τῇ δὲ ὑστεραίᾳ ἀπῇσαν οἱ Ἕλληνες ἔχοντες τὰ ἐπιτήδεια. Ἐπεὶ δὲ τὴν κατάβασιν ἐφοβοῦντο τὴν εἰς Τραπεζοῦντα (πρανὴς γὰρ ἦν καὶ στενή), ψευδενέδραν ἐποιήσαντο· [29] Καὶ ἀνὴρ Μυσὸς καὶ τοὔνομα τοῦτο ἔχων τῶν Κρητῶν λαβὼν δέκα ἔμενεν ἐν λασίῳ χωρίῳ καὶ προσεποιεῖτο τοὺς πολεμίους πειρᾶσθαι λανθάνειν· αἱ δὲ πέλται αὐτῶν ἄλλοτε καὶ ἄλλοτε διεφαίνοντο χαλκαῖ οὖσαι. [30] Οἱ μὲν οὖν πολέμιοι ταῦτα διορῶντες ἐφοβοῦντο ὡς ἐνέδραν οὖσαν· ἡ δὲ στρατιὰ ἐν τούτῳ κατέβαινεν. Ἐπεὶ δὲ ἐδόκει ἤδη ἱκανὸν ὑπεληλυθέναι, τῷ Μυσῷ ἐσήμηνε φεύγειν ἀνὰ κράτος· καὶ ὃς ἐξαναστὰς φεύγει καὶ οἱ σὺν αὐτῷ. [31] Καὶ οἱ μὲν ἄλλοι Κρῆτες (ἁλίσκεσθαι γὰρ ἔφασαν τῷ δρόμῳ), ἐκπεσόντες ἐκ τῆς ὁδοῦ εἰς ὕλην κατὰ τὰς νάπας καλινδούμενοι ἐσώθησαν, ὁ Μυσὸς δὲ κατὰ τὴν ὁδὸν φεύγων ἐβόα βοηθεῖν· [32] Καὶ ἐβοήθησαν αὐτῷ, καὶ ἀνέλαβον τετρωμένον. Καὶ αὐτοὶ ἐπὶ πόδα ἀνεχώρουν βαλλόμενοι οἱ βοηθήσαντες καὶ ἀντιτοξεύοντές τινες τῶν Κρητῶν. Οὕτως ἀφίκοντο ἐπὶ τὸ στρατόπεδον πάντες σῷοι ὄντες.

[1] Les vivres manquant, il était difficile au soldat de revenir le même jour au camp. Xénophon prend donc des guides à Trapézonte, et conduit la moitié de l’armée contre les Driles, en laissant l’autre moitié de garde au camp, attendu que les Colques, chassés de leurs habitations, s’étaient réunis en grand nombre et portés sur les hauteurs.[2]  Les Trapézontins, de leur côté, ne menaient point où il eût été facile d’avoir des vivres, parce que c’eût été chez des amis ; mais ils conduisent de grand cœur chez les Driles, dont ils avaient à se plaindre. C’est un pays montueux et âpre : les habitants sont les plus belliqueux de tout le Pont-Euxin.

[3] Dès que les Grecs sont arrivés dans le haut pays, tous les 109 endroits qui paraissent aux Driles d’une prise facile, ils y mettent le feu en se retirant. On n’y trouve à prendre que des porcs, des bœufs et autres bestiaux échappés aux flammes. Il y avait un lieu qu’on appelait leur métropole. Ils s’y étaient tous réfugiés. Alentour était un ravin très-profond, avec des abords difficiles. [4] Les peltastes, qui avaient couru cinq ou six stades en avant des hoplites, traversent te ravin, en voyant beaucoup de bestiaux, ainsi que d’autres objets de bonne prise, et attaquent le poste. Ils étaient suivis d’un grand nombre de doryphores, qui étaient sortis pour trouver des vivres, de sorte qu’il y avait plus de deux mille hommes au delà du ravin. [5] Ne pouvant pas enlever par un combat la place qu’entourait un large fossé, dont une palissade et beaucoup de tours de bois garnissaient le ravin, ils essayent de se replier ; mais les ennemis fondent sur eux. [6] Impossible de revenir sur ses pas, vu qu’on ne pouvait descendre qu’un à un de la place au ravin. Ils députent à Xénophon, qui commandait les hoplites. L’envoyé lui dit que la place est pleine d’un riche butin.

[7] « Mais nous ne pouvons l’emporter : le lieu est fort ; il n’est pas facile non plus de se retirer : on tombe sur nous dans des sorties, et la retraite n’est pas commode. »

[8] En entendant ces mots, Xénophon mené les hoplites jusqu’au bord du ravin et fait poser les armes, passe seul avec les lochages, et examine s’il vaut mieux ramener ceux qui ont traversé ou faire traverser les hoplites, pour prendre la place. [9] Xénophon se rend à leur avis, plein de confiance dans les victimes, les devins ayant, en effet, déclaré qu’il y aurait bataille, mais que la fin de l’affaire serait heureuse. [10] Il renvoie alors les lochages pour faire passer le ravin aux hoplites. Pour lui, il reste, ordonne aux peltastes de reprendre leurs rangs et interdit toute escarmouche. [11] Les hoplites arrivés, il commande à chaque lochage de former son loche sur l’ordre qu’il croit le plus avantageux à la bataille. Comme les lochages étaient près l’un de l’autre, ils ne pouvaient manquer, comme de tout temps, de faire assaut de courage. [12] Les lochages exécutent cet ordre. Alors il prescrit à tous les peltastes de s’avancer, la main sur la courroie du javelot, pour le lancer au premier signal, et aux archers de tenir la corde pour la décocher au premier signal ; puis il recommande aux gymnètes d’avoir leurs sacs pleins de pierres, et charge les hommes soigneux d’y veiller.

[13] Quand tout est prêt, les lochages, les hypolochages et les simples soldats, qui ne s’estimaient pas moins qu’eux, sont tous 110 rangés en bataille et se Voient les uns les autres, la nature du terrain permettant d’embrasser toute la ligne d’un coup d’œil. [14] On chante un péan, la trompette résonne, on crie tout d’une voix :  « Ënyalius ! » et les hoplites s’avancent au pas de course. [15] Bientôt c’est une pluie de traits, de javelots, de flèches, de pierres lancées par les frondes et plus encore par les mains ; il y en a même qui lancent du feu. Sous cette quantité de projectiles, les ennemis abandonnent la palissade et les tours. Alors Agasias de Stymphale et Philoxène de Pélène, laissent leurs armes et montent en simple tunique ; les uns entraînent les autres ; d’autres sont déjà montés ; la place est prise, on le croit. [16] Les peltastes et les psiles y courent, et se mettent à piller, chacun du mieux qu’il peut. Cependant Xénophon, debout auprès des postes, retient dehors le plus d’hoplites possible, car d’autres ennemis se faisaient voir sur des hauteurs fortifiées. [17] Quelques moments après, un cri se fait entendre à l’intérieur ; los uns fuient avec le butin qu’ils ont pris, plusieurs sont blessés : on se bouscule aux portes, on interroge ceux qui sortent. Ils répondent qu’il y a dans la place un fort d’où les ennemis ont fait une sortie et blessé beaucoup de monde.

[18] Au même instant, Xénophon fait publier par le héraut Tolmide que quiconque veut piller peut entrer. Bon nombre s’y portent et les nouveaux entrés repoussent la sortie de l’ennemi, qu’ils renferment de nouveau dans la citadelle. [19] Tout ce qui est en dehors est pillé et enlevé par les Grecs. Les hoplites se tenaient en armes, les uns près de la palissade, les autres dans le chemin qui menait à la citadelle. [20] Xénophon et les lochages vont reconnaître s’il est possible de s’en emparer : c’était un moyen d’assurer leur retraite ; autrement, il paraissait bien difficile de l’opérer. Après avoir bien observé, ils jugent la place absolument imprenable. [21] Ils se préparent donc à la retraite : les soldats arrachent, chacun devant soi, les pieux de la palissade : on renvoie les gens inutiles et ceux qui sont chargés de butin, ainsi que la plupart des hoplites, et les lochages ne laissent que ceux en qui ils ont le plus de confiance.

[22] La retraite commencée, un gros d’ennemis fait une sortie, ayant des boucliers d’osier, des piques, des jambières et des casques paphlagoniens : d’autres montent sur les maisons des deux côtés du chemin qui mène à la citadelle ; [23] de sorte qu’il n’était pas sûr de les poursuivre jusqu’aux portes qui y donnaient entrée. Comme ils lançaient de grosses poutres du haut des maisons, il était dangereux de rester et de se retirer. La 111 nuit, qui s’approchait, était effrayante. [24] Les Grecs combattaient dans cette perplexité, lorsqu’une divinité leur offrit un moyen de salut. Tout à coup une maison de la droite s’enflamme sans que personne y ait mis le feu. A peine est-elle écroulée, que tous ceux des maisons de la droite prennent la fuite.

[25] Xénophon. profitant de cette leçon du hasard, fait mettre le feu aux maisons de gauche : elles étaient de bois, elles s’enflamment bien vite. [26] Tous ceux qui s’y trouvaient prennent la fuite. Ceux qu’on avait en tête inquiétaient seuls ; et il était évident qu’ils attaqueraient dans la retraite et à la descente. Xénophon ordonne alors à tous ceux qui sont hors de l’atteinte des traits d’apporter du bois et de le jeter entre eux et l’ennemi. [27] Quand il s’en trouve assez, on y met le feu ; on met aussi je feu aux maisons voisines du fossé, pour donner de l’occupation à l’ennemi. C’est ainsi qu’on se retire à grand’ peine de cette place, ayant le feu pour barrière entre soi et les ennemis. Tout fut brûlé : ville, maisons, tours, palissades, et le reste, excepte la citadelle.

[28] Le lendemain, les Grecs se retirent avec des vivres. Comme ils craignaient la descente vers Trapézonte, passage étroit et escarpé, ils font une fausse embuscade. [29] Un Mysien d’origine, et qui portait le nom de son pays, prend avec lui quatre ou cinq Cretois, se poste dans un Heu fourré, et fait semblant de se dérober à la vue des ennemis ; or, leurs peltes d’airain, brillant par intervalles, les rendaient fort visibles. [30] Les ennemis, voyant cela, ont peur de quelque embuscade. Cependant l’armée descend. Quand le Mysien la croit assez loin, il fait signe aux siens de fuir à toutes jambes ; puis, se redressant lui-même, il s’enfuit avec eux. [31] Les Crétois, qui craignent d’être joints à la course, quittent le chemin et se sauvent en roulant de la montagne dans le bois. Le Mysien, qui fuit le long de la route, crie au secours : [32] on le secourt en effet et on le ramène blessé. Ceux qui loi étaient venus en aide se retirent à reculons sous les traits de l’ennemi, auquel quelques Crétois renvoient des flèches : on arrive de la sorte au camp, tous sains et saufs.

112 CHAPITRE III.

Chirisophe n’arrive point : on embarque une partie de l’armée, le reste suit par terre. — Arrivée a Cérasonte. — Revue et dénombrement. — Partage de l'argent. — Consécration faite par Xénophon à Apollon et à Diane. — Description de sa retraite à Scillonte et de la fête de Diane, instituée par lui.

[1] Ἐπεὶ δὲ οὔτε Χειρίσοφος ἧκεν οὔτε πλοῖα ἱκανὰ ἦν οὔτε τὰ ἐπιτήδεια ἦν λαμβάνειν ἔτι, ἐδόκει ἀπιτέον εἶναι. Καὶ εἰς μὲν τὰ πλοῖα τούς τε ἀσθενοῦντας ἐνεβίβασαν καὶ τοὺς ὑπὲρ τετταράκοντα ἔτη καὶ παῖδας καὶ γυναῖκας καὶ τῶν σκευῶν ὅσα μὴ ἀνάγκη ἦν ἔχειν. Καὶ Φιλήσιον καὶ Σοφαίνετον τοὺς πρεσβυτάτους τῶν στρατηγῶν εἰσβιβάσαντες τούτων ἐκέλευον ἐπιμελεῖσθαι· οἱ δὲ ἄλλοι ἐπορεύοντο· ἡ δὲ ὁδὸς ὡδοποιημένη ἦν. [2] Καὶ ἀφικνοῦνται πορευόμενοι εἰς Κερασοῦντα τριταῖοι πόλιν Ἑλληνίδα ἐπὶ θαλάττῃ Σινωπέων ἄποικον ἐν τῇ Κολχίδι χώρᾳ. [3] Ἐνταῦθα ἔμειναν ἡμέρας δέκα· καὶ ἐξέτασις σὺν τοῖς ὅπλοις ἐγίγνετο καὶ ἀριθμός, καὶ ἐγένοντο ὀκτακισχίλιοι καὶ ἑξακόσιοι. Οὗτοι ἐσώθησαν. Οἱ δὲ ἄλλοι ἀπώλοντο ὑπό τε τῶν πολεμίων καὶ χιόνος καὶ εἴ τις νόσῳ.

[4] Ἐνταῦθα καὶ διαλαμβάνουσι τὸ ἀπὸ τῶν αἰχμαλώτων ἀργύριον γενόμενον. Καὶ τὴν δεκάτην, ἣν τῷ Ἀπόλλωνι ἐξεῖλον καὶ τῇ Ἐφεσίᾳ Ἀρτέμιδι, διέλαβον οἱ στρατηγοὶ τὸ μέρος ἕκαστος φυλάττειν τοῖς θεοῖς· ἀντὶ δὲ Χειρισόφου Νέων ὁ Ἀσιναῖος ἔλαβε.

[5] Ξενοφῶν οὖν τὸ μὲν τοῦ Ἀπόλλωνος ἀνάθημα ποιησάμενος ἀνατίθησιν εἰς τὸν ἐν Δελφοῖς τῶν Ἀθηναίων θησαυρὸν καὶ ἐπέγραψε τό τε αὑτοῦ ὄνομα καὶ τὸ Προξένου, ὃς σὺν Κλεάρχῳ ἀπέθανεν· ξένος γὰρ ἦν αὐτοῦ. [6] Τὸ δὲ τῆς Ἀρτέμιδος τῆς Ἐφεσίας, ὅτ᾽ ἀπῄει σὺν Ἀγησιλάῳ ἐκ τῆς Ἀσίας τὴν εἰς Βοιωτοὺς ὁδόν, καταλείπει παρὰ Μεγαβύζῳ τῷ τῆς Ἀρτέμιδος νεωκόρῳ, ὅτι αὐτὸς κινδυνεύσων ἐδόκει ἰέναι, καὶ ἐπέστειλεν, ἢν μὲν αὐτὸς σωθῇ, αὑτῷ ἀποδοῦναι· ἢν δέ τι πάθῃ, ἀναθεῖναι ποιησάμενον τῇ Ἀρτέμιδι ὅ τι οἴοιτο χαριεῖσθαι τῇ θεῷ.

[7] Ἐπειδὴ δ᾽ ἔφευγεν ὁ Ξενοφῶν, κατοικοῦντος ἤδη αὐτοῦ ἐν Σκιλλοῦντι ὑπὸ τῶν Λακεδαιμονίων οἰκισθέντος παρὰ τὴν Ὀλυμπίαν ἀφικνεῖται Μεγάβυζος εἰς Ὀλυμπίαν θεωρήσων καὶ ἀποδίδωσι τὴν παρακαταθήκην αὐτῷ. Ξενοφῶν δὲ λαβὼν χωρίον ὠνεῖται τῇ θεῷ ὅπου ἀνεῖλεν ὁ θεός. [8] Ἔτυχε δὲ διαρρέων διὰ τοῦ χωρίου ποταμὸς Σελινοῦς. Καὶ ἐν Ἐφέσῳ δὲ παρὰ τὸν τῆς Ἀρτέμιδος νεὼν Σελινοῦς ποταμὸς παραρρεῖ. Καὶ ἰχθύες τε ἐν ἀμφοτέροις ἔνεισι καὶ κόγχαι· ἐν δὲ τῷ ἐν Σκιλλοῦντι χωρίῳ καὶ θῆραι πάντων ὁπόσα ἐστὶν ἀγρευόμενα θηρία.

[9] Ἐποίησε δὲ καὶ βωμὸν καὶ ναὸν ἀπὸ τοῦ ἱεροῦ ἀργυρίου, καὶ τὸ λοιπὸν δὲ ἀεὶ δεκατεύων τὰ ἐκ τοῦ ἀγροῦ ὡραῖα θυσίαν ἐποίει τῇ θεῷ, καὶ πάντες οἱ πολῖται καὶ οἱ πρόσχωροι ἄνδρες καὶ γυναῖκες μετεῖχον τῆς ἑορτῆς. Παρεῖχε δὲ ἡ θεὸς τοῖς σκηνοῦσιν ἄλφιτα, ἄρτους, οἶνον, τραγήματα, καὶ τῶν θυομένων ἀπὸ τῆς ἱερᾶς νομῆς λάχος, καὶ τῶν θηρευομένων δέ. [10] Καὶ γὰρ θήραν ἐποιοῦντο εἰς τὴν ἑορτὴν οἵ τε Ξενοφῶντος παῖδες καὶ οἱ τῶν ἄλλων πολιτῶν, οἱ δὲ βουλόμενοι καὶ ἄνδρες ξυνεθήρων· καὶ ἡλίσκετο τὰ μὲν ἐξ αὐτοῦ τοῦ ἱεροῦ χώρου, τὰ δὲ καὶ ἐκ τῆς Φολόης, σύες καὶ δορκάδες καὶ ἔλαφοι. [11] Ἔστι δὲ ἡ χώρα ᾗ ἐκ Λακεδαίμονος εἰς Ὀλυμπίαν πορεύονται ὡς εἴκοσι στάδιοι ἀπὸ τοῦ ἐν Ὀλυμπίᾳ Διὸς ἱεροῦ. Ἔνι δ᾽ ἐν τῷ ἱερῷ χώρῳ καὶ λειμὼν καὶ ὄρη δένδρων μεστά, ἱκανὰ σῦς καὶ αἶγας καὶ βοῦς τρέφειν καὶ ἵππους, ὥστε καὶ τὰ τῶν εἰς τὴν ἑορτὴν ἰόντων ὑποζύγια εὐωχεῖσθαι. [12] Περὶ δὲ αὐτὸν τὸν ναὸν ἄλσος ἡμέρων δένδρων ἐφυτεύθη ὅσα ἐστὶ τρωκτὰ ὡραῖα. Ὁ δὲ ναὸς ὡς μικρὸς μεγάλῳ τῷ ἐν Ἐφέσῳ εἴκασται, καὶ τὸ ξόανον ἔοικεν ὡς κυπαρίττινον χρυσῷ ὄντι τῷ ἐν Ἐφέσῳ. [13] Καὶ στήλη ἕστηκε παρὰ τὸν ναὸν γράμματα ἔχουσα·

« Ἱερὸς ὁ χῶρος τῆς Ἀρτέμιδος. Τὸν ἔχοντα καὶ καρπούμενον τὴν μὲν δεκάτην καταθύειν ἑκάστου ἔτους. Ἐκ δὲ τοῦ περιττοῦ τὸν ναὸν ἐπισκευάζειν. ἂν δὲ τις μὴ ποιῇ ταῦτα τῇ θεῷ μελήσει. »
 

[1] Cependant Chirisophe n’arrive point : on n’a point de vaisseaux en nombre ; on ne trouve plus de vivres à enlever ; on se décide à partir. On embarque les malades, ceux qui ont passé la quarantaine, les enfants, les femmes, tous les équipages inutiles, et l’on charge Philésius et Sophénète, les plus âgés des stratèges, de s’embarquer avec eux et d’en prendre soin. Les autres se mettent en marche : les chemins avaient été réparés. [2] On arrive au bout de trois jours à Cérasonte (02), ville grecque, sur la mer, colonie des Sinopéens, sur le territoire de la Colchide, On y reste dix jours. [3] On passe la revue et l’on fait le dénombrement des soldats sous les armes. Il y en a huit mille six cents : c’étaient les débris d’environ dix mille ; les autres avaient été détruits par les ennemis, les neiges, la maladie.

[4] On partage alors l’argent provenant de la vente des prisonniers ; on prélève pour Apollon et pour Diane d’Éphèse un dixième que les stratèges se divisent entre eux et se chargent de mettre en réserve afin de l’offrir aux dieux. On remet à Néon d’Asinée la part de Chirisophe.

[5] Xénophon, mettant à part l’offrande d’Apollon, la consacre à Delphes dans le trésor des Athéniens, et y fait inscrire son nom et celui de Proxène, son hôte, qui avait péri avec Cléarque. [6] Quant à la part de Diane, quand il quitta l’Asie avec Agésilas pour se rendre en Béotie, il laissa cet argent à Mégabyze, néocore (03) de Diane, ne doutant pas qu’il n’eût à courir de grands dangers avec Agésilas, et il recommanda au dépositaire de le lui rendre, s’il survivait ; mais, s’il lui arrivait malheur, d’en faire l’offrande qu’il croirait la plus agréable à la déesse.

113 [7] Lorsque, durant son exil (04), Xénophon habitait Scillonte, ville bâtie par les Lacédémoniens dans les environs d’Olympie, Mégabyze vint voir les jeux olympiques et lui rendit son dépôt. Xénophon l’accepte, et achète un terrain qu’il consacre à la déesse, sur l’indication même des dieux. [8] Ce territoire est traversé par le fleuve Sélinus, fleuve du même nom que celui qui coule en Asie près du temple de Diane à Éphèse. On trouve dans tous les deux des poissons et des coquillages. Dans le domaine de Scillonte il y a des terrains de chasse et du gibier de toute espèce.

[9] De l’argent sacré Xénophon érige aussi un temple et un autel, et, depuis ce temps, il n’a cessé d’offrir à la déesse un sacrifice et la dîme des productions de ses terres. Tous les habitants de la ville et des environs, hommes et femmes, prennent part à la fête. La déesse fournit aux assistants de la farine d’orge, du pain, du vin, des friandises, une portion des victimes engraissées dans les pâturages sacrés, et du gibier. [10] En effet, à l’occasion de cette fête, les fils de Xénophon et ceux des autres habitants faisaient une grande chasse, à laquelle prenaient part tous ceux qui voulaient. On chassait soit sur le domaine sacré, soit sur celui de Pholoé, des sangliers, des chevreuil ; des cerfs. [11] Ce lieu, situé sur le chemin de Lacédémone à Olympie, est à une vingtaine de stades du temple d’Olympie consacré à Jupiter. Dans l’enceinte sacrée sont des bocages et des montagnes couvertes d’arbres, où l’on peut élever des porcs, des chèvres, des bœufs et des chevaux, si bien qu’il est facile d’y nourrir, largement tous ceux qui viennent à la fête. [12] Autour du temple même on a planté un verger d’arbres fruitiers, qui donnent toutes sortes d’excellents fruits selon les saisons. Le temple ressemble, en petit, à celui d’Éphèse ; mais à Éphèse la statue de la déesse est d’or, et ici de cyprès. [13] Près du temple est une colonne avec cette inscription :

« Ce lieu est consacré à Diane. Que celui qui l’occupera ou en recueillera les fruits en offre tous les ans un dixième, et que du reste il entretienne le temple : si l’on n’agit pas ainsi la déesse y veillera. »

114 CHAPITRE IV.

Arrivée aux frontières des Mossynèques. — lis s’opposent au passage de l’armée grecque. — Ils sont battus. — Mœurs de ce peuple.

[1] Ἐκ Κερασοῦντος δὲ κατὰ θάλατταν μὲν ἐκομίζοντο οἵπερ καὶ πρόσθεν, οἱ δὲ ἄλλοι κατὰ γῆν ἐπορεύοντο. [2] Ἐπεὶ δὲ ἦσαν ἐπὶ τοῖς Μοσσυνοίκων ὁρίοις, πέμπουσιν εἰς αὐτοὺς Τιμησίθεον τὸν Τραπεζούντιον πρόξενον ὄντα τῶν Μοσσυνοίκων, ἐρωτῶντες πότερον ὡς διὰ φιλίας ἢ διὰ πολεμίας πορεύσονται τῆς χώρας. Οἱ δὲ εἶπον ὅτι οὐ διήσοιεν· ἐπίστευον γὰρ τοῖς χωρίοις. [3] Ἐντεῦθεν λέγει ὁ Τιμησίθεος ὅτι πολέμιοί εἰσιν αὐτοῖς οἱ ἐκ τοῦ ἐπέκεινα. Καὶ ἐδόκει καλέσαι ἐκείνους, εἰ βούλοιντο ξυμμαχίαν ποιήσασθαι· καὶ πεμφθεὶς ὁ Τιμησίθεος ἧκεν ἄγων τοὺς ἄρχοντας. [4] Ἐπεὶ δὲ ἀφίκοντο, συνῆλθον οἵ τε τῶν Μοσσυνοίκων ἄρχοντες καὶ οἱ στρατηγοὶ τῶν Ἑλλήνων· [5] Καὶ ἔλεξε Ξενοφῶν, ἡρμήνευε δὲ Τιμησίθεος·

«Ὦ ἄνδρες Μοσσύνοικοι, ἡμεῖς βουλόμεθα διασωθῆναι πρὸς τὴν Ἑλλάδα πεζῇ· πλοῖα γὰρ οὐκ ἔχομεν· κωλύουσι δὲ οὗτοι ἡμᾶς οὓς ἀκούομεν ὑμῖν πολεμίους εἶναι. [6] Εἰ οὖν βούλεσθε, ἔξεστιν ὑμῖν ἡμᾶς λαβεῖν ξυμμάχους καὶ τιμωρήσασθαι εἴ τί ποτε ὑμᾶς οὗτοι ἠδίκησαν, καὶ τὸ λοιπὸν ὑμῶν ὑπηκόους εἶναι τούτους. [7] Εἰ δὲ ἡμᾶς ἀφήσετε, σκέψασθε πόθεν αὖθις ἂν τοσαύτην δύναμιν λάβοιτε ξύμμαχον. »

[8] Πρὸς ταῦτα ἀπεκρίνατο ὁ ἄρχων τῶν Μοσσυνοίκων ὅτι καὶ βούλοιντο ταῦτα καὶ δέχοιντο τὴν ξυμμαχίαν.

[9]  « Ἄγετε δή, ἔφη ὁ Ξενοφῶν, τί ἡμῶν δεήσεσθε χρήσασθαι, ἂν ξύμμαχοι ὑμῶν γενώμεθα, καὶ ὑμεῖς τί οἷοί τε ἔσεσθε ἡμῖν ξυμπρᾶξαι περὶ τῆς διόδου;  »

[10] Οἱ δὲ εἶπον ὅτι

« Ἱκανοί ἐσμεν εἰς τὴν χώραν εἰσβάλλειν ἐκ τοῦ ἐπὶ θάτερα τὴν τῶν ὑμῖν τε καὶ ἡμῖν πολεμίων, καὶ δεῦρο ὑμῖν πέμψαι ναῦς τε καὶ ἄνδρας οἵτινες ὑμῖν ξυμμαχοῦνταί τε καὶ τὴν ὁδὸν ἡγήσονται. »

 [11] Ἐπὶ τούτοις πιστὰ δόντες καὶ λαβόντες ᾤχοντο. Καὶ ἧκον τῇ ὑστεραίᾳ ἄγοντες τριακόσια πλοῖα μονόξυλα καὶ ἐν ἑκάστῳ τρεῖς ἄνδρας, ὧν οἱ μὲν δύο ἐκβάντες εἰς τάξιν ἔθεντο τὰ ὅπλα, ὁ δὲ εἷς ἔμενε. [12] Καὶ οἱ μὲν λαβόντες τὰ πλοῖα ἀπέπλευσαν, οἱ δὲ μένοντες ἐξετάξαντο ὧδε. Ἔστησαν [ὥσπερ] ἀνὰ ἑκατὸν μάλιστα οἷον χοροὶ ἀντιστοιχοῦντες ἀλλήλοις, ἔχοντες γέρρα πάντες λευκῶν βοῶν δασέα, ᾐκασμένα κιττοῦ πετάλῳ, ἐν δὲ τῇ δεξιᾷ παλτὸν ὡς ἕξπηχυ, ἔμπροσθεν μὲν λόγχην ἔχον, ὄπισθεν δὲ τοῦ ξύλου σφαιροειδές. [

13] Χιτωνίσκους δὲ ἐνεδεδύκεσαν ὑπὲρ γονάτων, πάχος ὡς λινοῦ στρωματοδέσμου, ἐπὶ τῇ κεφαλῇ δὲ κράνη σκύτινα οἷάπερ τὰ Παφλαγονικά, κρωβύλον ἔχοντα κατὰ μέσον, ἐγγύτατα τιαροειδῆ· εἶχον δὲ καὶ σαγάρεις σιδηρᾶς. [14] Ἐντεῦθεν ἐξῆρχε μὲν αὐτῶν εἷς, οἱ δὲ ἄλλοι ἅπαντες ἐπορεύοντο ᾄδοντες ἐν ῥυθμῷ, καὶ διελθόντες διὰ τῶν τάξεων καὶ διὰ τῶν ὅπλων τῶν Ἑλλήνων ἐπορεύοντο εὐθὺς πρὸς τοὺς πολεμίους ἐπὶ χωρίον ὃ ἐδόκει ἐπιμαχώτατον εἶναι. [15] ᾨκεῖτο δὲ τοῦτο πρὸ τῆς πόλεως τῆς Μητροπόλεως καλουμένης αὐτοῖς καὶ ἐχούσης τὸ ἀκρότατον τῶν Μοσσυνοίκων. Καὶ περὶ τούτου ὁ πόλεμος ἦν· οἱ γὰρ ἀεὶ τοῦτ᾽ ἔχοντες ἐδόκουν ἐγκρατεῖς εἶναι καὶ πάντων Μοσσυνοίκων, καὶ ἔφασαν τούτους οὐ δικαίως ἔχειν τοῦτο, ἀλλὰ κοινὸν ὂν καταλαβόντας πλεονεκτεῖν.

[16] Εἵποντο δ᾽ αὐτοῖς καὶ τῶν Ἑλλήνων τινές, οὐ ταχθέντες ὑπὸ τῶν στρατηγῶν, ἀλλὰ ἁρπαγῆς ἕνεκεν. Οἱ δὲ πολέμιοι προσιόντων τέως μὲν ἡσύχαζον· ἐπεὶ δ᾽ ἐγγὺς ἐγένοντο τοῦ χωρίου, ἐκδραμόντες τρέπονται αὐτούς, καὶ ἀπέκτειναν συχνοὺς τῶν βαρβάρων καὶ τῶν ξυναναβάντων Ἑλλήνων τινάς, καὶ ἐδίωκον μέχρι οὗ εἶδον τοὺς Ἕλληνας βοηθοῦντας· [17] Εἶτα δὲ ἀποτραπόμενοι ᾤχοντο, καὶ ἀποτεμόντες τὰς κεφαλὰς τῶν νεκρῶν ἐπεδείκνυσαν τοῖς Ἕλλησι καὶ τοῖς ἑαυτῶν πολεμίοις, καὶ ἅμα ἐχόρευον νόμῳ τινὶ ᾄδοντες. [18] Οἱ δὲ Ἕλληνες μάλα ἤχθοντο ὅτι τούς τε πολεμίους ἐπεποιήκεσαν θρασυτέρους καὶ ὅτι οἱ ἐξελθόντες Ἕλληνες σὺν αὐτοῖς ἐπεφεύγεσαν μάλα ὄντες συχνοί· ὃ οὔπω πρόσθεν ἐπεποιήκεσαν ἐν τῇ στρατείᾳ. [19] Ξενοφῶν δὲ ξυγκαλέσας τοὺς Ἕλληνας εἶπεν·

« Ἄνδρες στρατιῶται, μηδὲν ἀθυμήσητε ἕνεκα τῶν γεγενημένων· ἴστε γὰρ ὅτι καὶ ἀγαθὸν οὐ μεῖον τοῦ κακοῦ γεγένηται. [20] Πρῶτον μὲν γὰρ ἐπίστασθε ὅτι οἱ μέλλοντες ἡμῖν ἡγεῖσθαι τῷ ὄντι πολέμιοί εἰσιν οἷσπερ καὶ ἡμᾶς ἀνάγκη· ἔπειτα δὲ καὶ τῶν Ἑλλήνων οἱ ἀμελήσαντες τῆς ξὺν ἡμῖν τάξεως καὶ ἱκανοὶ ἡγησάμενοι εἶναι ξὺν τοῖς βαρβάροις ταὐτὰ πράττειν ἅπερ σὺν ἡμῖν δίκην δεδώκασιν· ὥστε αὖθις ἧττον τῆς ἡμετέρας τάξεως ἀπολείψονται. [21] Ἀλλ᾽ ὑμᾶς δεῖ παρασκευάζεσθαι ὅπως καὶ τοῖς φίλοις οὖσι τῶν βαρβάρων δόξητε κρείττους αὐτῶν εἶναι καὶ τοῖς πολεμίοις δηλώσητε ὅτι οὐχ ὁμοίοις ἀνδράσι μαχοῦνται νῦν τε καὶ ὅτε τοῖς ἀτάκτοις ἐμάχοντο. »

[22] Ταύτην μὲν οὖν τὴν ἡμέραν οὕτως ἔμειναν· τῇ δὲ ὑστεραίᾳ θύσαντες ἐπεὶ ἐκαλλιερήσαντο, ἀριστήσαντες, ὀρθίους τοὺς λόχους ποιησάμενοι, καὶ τοὺς βαρβάρους ἐπὶ τὸ εὐώνυμον κατὰ ταὐτὰ ταξάμενοι ἐπορεύοντο τοὺς τοξότας μεταξὺ τῶν λόχων [ὀρθίων] Ἔχοντες, ὑπολειπομένου δὲ μικρὸν τοῦ στόματος τῶν ὁπλιτῶν. [23] Ἦσαν γὰρ τῶν πολεμίων οἳ εὔζωνοι κατατρέχοντες τοῖς λίθοις ἔβαλλον. Τούτους ἀνέστελλον οἱ τοξόται καὶ πελτασταί. Οἱ δ᾽ ἄλλοι βάδην ἐπορεύοντο πρῶτον μὲν ἐπὶ τὸ χωρίον ἀφ᾽ οὗ τῇ προτεραίᾳ οἱ βάρβαροι ἐτρέφθησαν καὶ οἱ ξὺν αὐτοῖς· ἐνταῦθα γὰρ οἱ πολέμιοι ἦσαν ἀντιτεταγμένοι. [24] Τοὺς μὲν οὖν πελταστὰς ἐδέξαντο οἱ βάρβαροι καὶ ἐμάχοντο, ἐπειδὴ δὲ ἐγγὺς ἦσαν οἱ ὁπλῖται, ἐτρέποντο. Καὶ οἱ μὲν πελτασταὶ εὐθὺς εἵποντο διώκοντες ἄνω πρὸς τὴν πόλιν, οἱ δὲ ὁπλῖται ἐν τάξει εἵποντο. [25] Ἐπεὶ δὲ ἄνω ἦσαν πρὸς ταῖς Μητροπόλεως οἰκίαις, ἐνταῦθα οἱ πολέμιοι ὁμοῦ δὴ πάντες γενόμενοι ἐμάχοντο καὶ ἐξηκόντιζον τοῖς παλτοῖς, καὶ ἄλλα δόρατα ἔχοντες παχέα μακρά, ὅσα ἀνὴρ ἂν φέροι μόλις, τούτοις ἐπειρῶντο ἀμύνασθαι ἐκ χειρός.

[26] Ἐπεὶ δὲ οὐχ ὑφίεντο οἱ Ἕλληνες, ἀλλὰ ὁμόσε ἐχώρουν, ἔφευγον οἱ βάρβαροι καὶ ἐντεῦθεν, λιπόντες ἅπαντες τὸ χωρίον. Ὁ δὲ βασιλεὺς αὐτῶν ὁ ἐν τῷ μόσσυνι τῷ ἐπ᾽ ἄκρου ᾠκοδομημένῳ, ὃν τρέφουσι πάντες κοινῇ αὐτοῦ μένοντα καὶ φυλάττουσιν, οὐκ ἤθελεν ἐξελθεῖν, οὐδὲ ὁ ἐν τῷ πρότερον αἱρεθέντι χωρίῳ, ἀλλ᾽ αὐτοῦ σὺν τοῖς μοσσύνοις κατεκαύθησαν. [27] Οἱ δὲ Ἕλληνες διαρπάζοντες τὰ χωρία ηὕρισκον θησαυροὺς ἐν ταῖς οἰκίαις ἄρτων νενημένων περυσινῶν, ὡς ἔφασαν οἱ Μοσσύνοικοι, τὸν δὲ νέον σῖτον ξὺν τῇ καλάμῃ ἀποκείμενον· ἦσαν δὲ ζειαὶ αἱ πλεῖσται. [28] Καὶ δελφίνων τεμάχη ἐν ἀμφορεῦσιν ηὑρίσκετο τεταριχευμένα καὶ στέαρ ἐν τεύχεσι τῶν δελφίνων, ᾧ ἐχρῶντο οἱ Μοσσύνοικοι καθάπερ οἱ Ἕλληνες τῷ ἐλαίῳ· [29] Κάρυα δὲ ἐπὶ τῶν ἀνώγεων ἦν πολλὰ τὰ πλατέα οὐκ ἔχοντα διαφυὴν οὐδεμίαν. Τούτων καὶ πλείστῳ σίτῳ ἐχρῶντο ἕψοντες καὶ ἄρτους ὀπτῶντες. Οἶνος δὲ ηὑρίσκετο ὃς ἄκρατος μὲν ὀξὺς ἐφαίνετο εἶναι ὑπὸ τῆς αὐστηρότητος, κερασθεὶς δὲ εὐώδης τε καὶ ἡδύς.

[30] Οἱ μὲν δὴ Ἕλληνες ἀριστήσαντες ἐνταῦθα ἐπορεύοντο εἰς τὸ πρόσω, παραδόντες τὸ χωρίον τοῖς ξυμμαχήσασι τῶν Μοσσυνοίκων. Ὁπόσα δὲ καὶ ἄλλα παρῇσαν χωρία τῶν ξὺν τοῖς πολεμίοις ὄντων, τὰ εὐπροσοδώτατα οἱ μὲν ἔλειπον, οἱ δὲ ἑκόντες προσεχώρουν. [31] Τὰ δὲ πλεῖστα τοιάδε ἦν τῶν χωρίων. Ἀπεῖχον αἱ πόλεις ἀπ᾽ ἀλλήλων στάδια ὀγδοήκοντα, αἱ δὲ πλέον αἱ δὲ μεῖον· ἀναβοώντων δὲ ἀλλήλων ξυνήκουον εἰς τὴν ἑτέραν ἐκ τῆς ἑτέρας πόλεως· οὕτως ὑψηλή τε καὶ κοίλη ἡ χώρα ἦν. [32] Ἐπεὶ δὲ πορευόμενοι ἐν τοῖς φίλοις ἦσαν, ἐπεδείκνυσαν αὐτοῖς παῖδας τῶν εὐδαιμόνων σιτευτούς, τεθραμμένους καρύοις ἑφθοῖς, ἁπαλοὺς καὶ λευκοὺς σφόδρα καὶ οὐ πολλοῦ δέοντας ἴσους τὸ μῆκος καὶ τὸ πλάτος εἶναι, ποικίλους δὲ τὰ νῶτα καὶ τὰ ἔμπροσθεν πάντα, ἐστιγμένους ἀνθέμια. [33] Ἐζήτουν δὲ καὶ ταῖς ἑταίραις ἃς ἦγον οἱ Ἕλληνες ἐμφανῶς ξυγγίγνεσθαι· νόμος γὰρ ἦν οὗτός σφισι. Λευκοὶ δὲ πάντες οἱ ἄνδρες καὶ αἱ γυναῖκες.

[34] Τούτους ἔλεγον οἱ στρατευσάμενοι βαρβαρωτάτους διελθεῖν καὶ πλεῖστον τῶν Ἑλληνικῶν νόμων κεχωρισμένους. Ἔν τε γὰρ ὄχλῳ ὄντες ἐποίουν ἅπερ <ἂν> ἄνθρωποι ἐν ἐρημίᾳ ποιήσειαν, μόνοι τε ὄντες ὅμοια ἔπραττον ἅπερ ἂν μετ᾽ ἄλλων ὄντες, διελέγοντό τε αὑτοῖς καὶ ἐγέλων ἐφ᾽ ἑαυτοῖς καὶ ὠρχοῦντο ἐφιστάμενοι ὅπου τύχοιεν, ὥσπερ ἄλλοις ἐπιδεικνύμενοι.

[1] Les premiers arrivés par mer à Cérasonte en partent de môme : le reste suit par terre. [2] On arrive aux frontières des Mossynèques (05) ; on députe Timésithée de Trapézonte, proxène des Mossynèques, pour leur demander si l'on. va marcher en pays ami ou ennemi. Ils répondent qu’ils ne souffriront point le passage : ils se fiaient à leurs places. [3] Timésithée raconte alors aux Grecs que ces peuplades sont en guerre avec celles de l’autre côté du pays. On juge à propos d’inviter celles-ci à une alliance offensive contre les autres. Timésithée y est député et ramène les chefs avec lui. [4] Quand ils ont arrivée, les chefs des Mossynèques se réunissent avec les stratèges grecs, [5] et Xénophon leur parle ainsi, Timésithée servant d’interprète :

« Mossynèques, nous voulons retourner en Grèce par terre, attendu que nous n’avons pas de vaisseaux. Nous trouvent un obstacle dans ceux de vous que nous savons être vos ennemis. [6] Si vous voulez, vous pouvez, en vous alliant avec nous, vous venger et les soumettre pour toujours à votre obéissance. [7] Songez que, si vous ne voulez pas de nous, vous ne retrouverez plus pour auxiliaire une armée telle que la nôtre. »

[8] Le chef des Mossynèques répond qu’ils adhèrent à tout cela et qu’ils veulent bien de l’alliance,

[9] « Eh bienl voyons, dit Xénophon ; à quoi nous emploierez-vous, si nous devenons vos alliés, et de votre côté, que ferez-vous pour nous aider à poursuivre notre marche ? »

 [10] Ils répondent :

« Nous sommes en mesure d’attaquer à revers le pays de ceux qui sont vos ennemis et les nôtres, et de vous envoyer ici des vaisseaux et des hommes qui combattront pour vous et vous guideront en chemin. »

[11] Ils repartent ensuite, après avoir donné et reçu des gages de foi. Le lendemain, ils reviennent amenant trois cents canots, chacun d’un seul tronc d’arbre, et portant chacun trois hommes, dont deux débarquent et se mettent en ordre de 115 bataille ; le troisième reste dans le canot. [12] Les canots repartent conduits ainsi par un seul homme. Voici comment les autres se forment : ils se mettent sur plusieurs files, de cent hommes au plus, et se répondant les unes aux autres comme des chœurs.Ils portent tous des boucliers d’osier, couverts de cuir de bœuf blanc garni de poil et ressemblant à une feuille de lierre. Ils tiennent de l’autre main un javelot long de six coudées, armé d’une pointe de fer, et terminé en boule du côté du bois.

 [13] Leurs tuniques ne descendent pas jusqu’aux genoux ; elles sont d’une toile épaisse, comme de grosses couvertures de lin. Ils ont sur la tête des casques de cuir à la paphlagonienne, sur le milieu desquels s’élève une tresse en spirale, à la façon d’une tiare. Ils ont des sagaies de fer. [14] Un d’entre eux ayant préludé, ils se mettent tous à chanter, puis, marchant en cadence, passent à travers les rangs des Grecs qui étaient sous les armes, et s’avancent aussitôt contre le poste des ennemis qui paraissait le plus facile à enlever. [15] C’était un lieu en avant de la ville qu’ils appelaient leur métropole, et dans laquelle était la principale forteresse des Mossynèques, cause originaire de cette guerre ; car ceux qui l’occupaient étaient réputés maîtres de tout le pays des Mossynèques. Les alliés des Grecs prétendaient que les autres n’en étaient pas justes détenteurs, et que les possesseurs de cette place les privaient d’autant.

[16] A leur suite marchent, sans l’ordre des stratèges, quelques Grecs attirés par l’espoir de piller. Les ennemis les laissent tranquillement avancer ; mais, quand ils les voient près du poste, ils font une sortie au pas de course, les mettent en fuite, tuent un grand nombre de barbares, ainsi que quelques-uns des Grecs qui les avaient accompagnés, et poursuivent les fuyards jusqu’à ce qu’ils aperçoivent les Grecs arrivant au secours. [17] Alors ils se détournent et battent en retraite, coupent les têtes des morts et les montrent aux Grecs et à leurs compatriotes ennemis, en dansant et en chantant un air national. [18] Les Grecs sont tout affligés d’avoir enhardi les ennemis et d’avoir vu fuir avec les barbares une grande quantité des leurs, ce qui jusque-là n’était jamais arrivé durant toute l’expédition. [19] Aussi Xénophon convoquant les Grecs :

« Soldats, dit-il, ne vous découragez point après ce qui s’est passé. C’est un mal pour un bien. [20] D’abord, vous avez appris que les Mossynèques qui doivent nous servir de guides sont réelle- 116 ment les ennemis de ceux que nous sommes forcés de traiter en ennemis. En second lieu, les Grecs qui ont eu la folie de ne pas rester dans vos rangs, et qui ont cru pouvoir faire avec des barbares ce qu’ils avaient fait avec nous, viennent d’en être punis : ils ne s’aviseront plus de s’écarter de notre armée. [21] Il faut donc vous préparer à montrer à vos alliés que vous valez mieux que des barbares, et aux ennemis qu’ils ont eu affaire à d’autres hommes, et non plus à des soldats mal rangés. »

[22] Ainsi se passa la journée. Le lendemain, on fait un sacrifice : les victimes étant favorables, on dîne ; on se forme en colonnes droites, on range les barbares à l’aile gauche, dans le même ordre, et l’on marche. Les archers étaient dans l’intervalle des colonnes, un peu en arrière du front des hoplites, [23] parce que, parmi les ennemis, il y en avait de lestés à la course qui lançaient des pierres. Les archers et les peltastes les repoussent. Le reste de l’armée s’avance au pas et bien aligné vers le point où la veille avaient été mis en fuite les barbares et ceux qui étaient avec eux : l’ennemi y était en bataille.[24]  Les barbares soutiennent le choc des peltastes et les combattent ; mais, à l’approche des hoplites, ils tournent le dos. Les peltastes se mettent aussitôt à leur poursuite et arrivent en montant jusqu’à la métropole. Les hoplites suivent en bon ordre. [25] Arrivés en haut, près des maisons de la métropole, les ennemis se rallient et renouvellent le combat en lançant des javelots ; ou bien, comme ils ont des piques épaisses, longues, qu’un homme aurait peine è porter, ils essayent de se défendre avec les mains.

[26] Les Grecs, loin de lâcher prise, les serrent de près : les barbares s’enfuient et abandonnent tous la place. Leur roi demeure dans une tour de bois, bâtie sur le haut de la montagne : ils l’y entretiennent à frais communs et lui servent de gardes. Il refuse de sortir, ainsi que ceux du premier poste : ils y sont tous brûlés avec les tours de bois. [27] Les Grecs pillent la place. Ils trouvent dans la maison des amas de pains des années précédentes qui se transmettent de père en fils, au dire des Mossynèques. Il y avait aussi du grain nouveau en gerbe : c’était pour la plupart de l’épeautre. [28] On trouve dans des amphores des tranches de dauphin salé. D’autres vases étaient pleins de graisse de dauphin, employée par les Mossynèques aux mêmes usages que l’huile d’olive par les Grecs. [29] Dans des greniers étaient de grosses châtaignes, sans fissure. C’est leur manger 117 ordinaire : ils les font bouillir et s’en servent comme de pain. On trouva du vin, qui, bu pur, parut aigre à cause de sa rudesse, mais qui, trempé, prit un bouquet et un goût agréables.

[30] Les Grecs dînent et continuent leur marche, après avoir remis la place aux Mossynèques, leurs alliés. De toutes les autres places qu’on trouva sur le chemin, et dans lesquelles il y avait des ennemis, les moins fortes furent abandonnées de leurs défenseurs, les autres se rendirent. [31] Voici ce que c’est que la plupart de ces villes : elles sont entre elles à une distance d’environ quatre-vingts stades, les unes plus, les autres moins. On crie, et l’on s’entend d’une place à l’autre, tant le pays est élevé et creux. [32] Quand les Grecs arrivent chez les Mossynèques, leurs alliés, ceux-ci leur montrent des enfants de genis riches, nourris, engraissés de châtaignes bouillies, délicats, très-blancs, à peu près aussi grands que gros. Ils ont le dos marqueté, et sur la poitrine un tatouage de fleurs. [33] Ils tâchaient d’avoir commerce, aux yeux de tous, avec les filles que les Grecs avaient à leur suite : c’est un usage du pays. Tous sont blancs, hommes et femmes.

[34] Les Grecs disent que, dans leur expédition, ils n’ont pas trouvé de peuples plus barbares et dont les mœurs s’éloignent plus de celles des Grecs. Ils font en public ce que partout ailleurs on fait à l’écart, et qu’on n’oserait pas faire si l’on était vu ; puis, quand ils sont seuls, ils font ce qu’on fait devant d’autres. Ils se parlent à eux-mêmes et se mettent à rire tout seuls ; ils dansent sans qu’il y ait personne, et n’importe où ils se trouvent, comme s’ils voulaient se faire voir.

CHAPITRE V.

On traverse le pays des Chalybes et des Tibarènes. — Arrivée à Cotyore. — Entrevue avec les Sinopéens.

[1] Διὰ ταύτης τῆς χώρας οἱ Ἕλληνες, διά τε τῆς πολεμίας καὶ τῆς φιλίας, ἐπορεύθησαν ὀκτὼ σταθμούς, καὶ ἀφικνοῦνται εἰς Χάλυβας. Οὗτοι ὀλίγοι τε ἦσαν καὶ ὑπήκοοι τῶν Μοσσυνοίκων, καὶ ὁ βίος ἦν τοῖς πλείστοις αὐτῶν ἀπὸ σιδηρείας.

[2] Ἐντεῦθεν ἀφικνοῦνται εἰς Τιβαρηνούς. Ἡ δὲ τῶν Τιβαρηνῶν χώρα πολὺ ἦν πεδινωτέρα καὶ χωρία εἶχεν ἐπὶ θαλάττῃ ἧττον ἐρυμνά. Καὶ οἱ στρατηγοὶ ἔχρῃζον πρὸς τὰ χωρία προσβάλλειν καὶ τὴν στρατιὰν ὀνηθῆναί τι, καὶ τὰ ξένια ἃ ἧκε παρὰ Τιβαρηνῶν οὐκ ἐδέχοντο, ἀλλ᾽ ἐπιμεῖναι κελεύσαντες ἔστε βουλεύσαιντο ἐθύοντο. [3] Καὶ πολλὰ καταθυσάντων τέλος ἀπεδείξαντο οἱ μάντεις πάντες γνώμην ὅτι οὐδαμῇ προσίοιντο οἱ θεοὶ τὸν πόλεμον. Ἐντεῦθεν δὴ τὰ ξένια ἐδέξαντο, καὶ ὡς διὰ φιλίας πορευόμενοι δύο ἡμέρας ἀφίκοντο εἰς Κοτύωρα πόλιν Ἑλληνίδα, Σινωπέων ἄποικον, οὖσαν δ᾽ ἐν τῇ Τιβαρηνῶν χώρᾳ.

[4] [Μέχρι ἐνταῦθα ἐπέζευσεν ἡ στρατιά. Πλῆθος τῆς καταβάσεως τῆς ὁδοῦ ἀπὸ τῆς ἐν Βαβυλῶνι μάχης ἄχρι εἰς Κοτύωρα σταθμοὶ ἑκατὸν εἴκοσι δύο, παρασάγγαι ἑξακόσιοι καὶ εἴκοσι, στάδιοι μύριοι καὶ ὀκτακισχίλιοι καὶ ἑξακόσιοι, χρόνου πλῆθος ὀκτὼ μῆνες.] [5] Ἐνταῦθα ἔμειναν ἡμέρας τετταράκοντα πέντε. Ἐν δὲ ταύταις πρῶτον μὲν τοῖς θεοῖς ἔθυσαν, καὶ πομπὰς ἐποίησαν κατὰ ἔθνος ἕκαστοι τῶν Ἑλλήνων καὶ ἀγῶνας γυμνικούς. [6] Τὰ δ᾽ ἐπιτήδει᾽ ἐλάμβανον τὰ μὲν ἐκ τῆς Παφλαγονίας, τὰ δ᾽ ἐκ τῶν χωρίων τῶν Κοτυωριτῶν· οὐ γὰρ παρεῖχον ἀγοράν, οὐδ᾽ εἰς τὸ τεῖχος τοὺς ἀσθενοῦντας ἐδέχοντο.

[7] Ἐν τούτῳ ἔρχονται ἐκ Σινώπης πρέσβεις, φοβούμενοι περὶ τῶν Κοτυωριτῶν τῆς τε πόλεως (ἦν γὰρ ἐκείνων καὶ φόρον ἐκείνοις ἔφερον) καὶ περὶ τῆς χώρας, ὅτι ἤκουον δῃουμένην. Καὶ ἐλθόντες εἰς τὸ στρατόπεδον ἔλεγον· προηγόρει δὲ Ἑκατώνυμος δεινὸς νομιζόμενος εἶναι λέγειν·

[8]  « Ἔπεμψεν ἡμᾶς, ὦ ἄνδρες στρατιῶται, ἡ τῶν Σινωπέων πόλις ἐπαινέσοντάς τε ὑμᾶς ὅτι νικᾶτε Ἕλληνες ὄντες βαρβάρους, ἔπειτα δὲ καὶ ξυνησθησομένους ὅτι διὰ πολλῶν τε καὶ δεινῶν, ὡς ἡμεῖς ἠκούσαμεν, πραγμάτων σεσωσμένοι πάρεστε. [9] Ἀξιοῦμεν δὲ Ἕλληνες ὄντες καὶ αὐτοὶ ὑφ᾽ ὑμῶν ὄντων Ἑλλήνων ἀγαθὸν μέν τι πάσχειν, κακὸν δὲ μηδέν· οὐδὲ γὰρ ἡμεῖς ὑμᾶς οὐδὲν πώποτε ὑπήρξαμεν κακῶς ποιοῦντες. [10] Κοτυωρῖται δὲ οὗτοι εἰσὶ μὲν ἡμέτεροι ἄποικοι, καὶ τὴν χώραν ἡμεῖς αὐτοῖς ταύτην παραδεδώκαμεν βαρβάρους ἀφελόμενοι· διὸ καὶ δασμὸν ἡμῖν φέρουσιν οὗτοι τεταγμένον καὶ Κερασούντιοι καὶ Τραπεζούντιοι· ὥστε ὅ τι ἂν τούτους κακὸν ποιήσητε ἡ Σινωπέων πόλις νομίζει πάσχειν. [11] Νῦν δὲ ἀκούομεν ὑμᾶς εἴς τε τὴν πόλιν βίᾳ παρεληλυθότας ἐνίους σκηνοῦν ἐν ταῖς οἰκίαις καὶ ἐκ τῶν χωρίων βίᾳ λαμβάνειν ὧν ἂν δέησθε οὐ πείθοντας. [12] Ταῦτ᾽ οὖν οὐκ ἀξιοῦμεν· εἰ δὲ ταῦτα ποιήσετε, ἀνάγκη ἡμῖν καὶ Κορύλαν καὶ Παφλαγόνας καὶ ἄλλον ὅντινα ἂν δυνώμεθα φίλον ποιεῖσθαι. »

[13] Πρὸς ταῦτα ἀναστὰς Ξενοφῶν ὑπὲρ τῶν στρατιωτῶν εἶπεν·

« Ἡμεῖς δέ, ὦ ἄνδρες Σινωπεῖς, ἥκομεν ἀγαπῶντες ὅτι τὰ σώματα διεσωσάμεθα καὶ τὰ ὅπλα· οὐ γὰρ ἦν δυνατὸν ἅμα τε χρήματα ἄγειν καὶ φέρειν καὶ τοῖς πολεμίοις μάχεσθαι. [14] Καὶ νῦν ἐπεὶ εἰς τὰς Ἑλληνίδας πόλεις ἤλθομεν, ἐν Τραπεζοῦντι μὲν (παρεῖχον γὰρ ἡμῖν ἀγοράν) ὠνούμενοι εἴχομεν τὰ ἐπιτήδεια, καὶ ἀνθ᾽ ὧν ἐτίμησαν ἡμᾶς καὶ ξένια ἔδωκαν τῇ στρατιᾷ, ἀντετιμῶμεν αὐτούς, καὶ εἴ τις αὐτοῖς φίλος ἦν τῶν βαρβάρων, τούτων ἀπειχόμεθα· τοὺς δὲ πολεμίους αὐτῶν ἐφ᾽ οὓς αὐτοὶ ἡγοῖντο κακῶς ἐποιοῦμεν ὅσον ἐδυνάμεθα.

[15] « Ἐρωτᾶτε δὲ αὐτοὺς ὁποίων τινῶν ἡμῶν ἔτυχον· πάρεισι γὰρ ἐνθάδε οὓς ἡμῖν ἡγεμόνας διὰ φιλίαν ἡ πόλις ξυνέπεμψεν. [16] Ὅποι δ᾽ ἂν ἐλθόντες ἀγορὰν μὴ ἔχωμεν, ἄν τε εἰς βάρβαρον γῆν ἄν τε εἰς Ἑλληνίδα, οὐχ ὕβρει ἀλλὰ ἀνάγκῃ λαμβάνομεν τὰ ἐπιτήδεια. [17] Καὶ Καρδούχους καὶ Ταόχους καὶ Χαλδαίους καίπερ βασιλέως οὐχ ὑπηκόους ὄντας ὅμως καὶ μάλα φοβεροὺς ὄντας πολεμίους ἐκτησάμεθα διὰ τὸ ἀνάγκην εἶναι λαμβάνειν τὰ ἐπιτήδεια, ἐπεὶ ἀγορὰν οὐ παρεῖχον. [18] Μάκρωνας δὲ καίπερ βαρβάρους ὄντας, ἐπεὶ ἀγορὰν οἵαν ἐδύναντο παρεῖχον, φίλους τε ἐνομίζομεν εἶναι καὶ βίᾳ οὐδὲν ἐλαμβάνομεν τῶν ἐκείνων. [19] Κοτυωρίτας δέ, οὓς ὑμετέρους φατὲ εἶναι, εἴ τι αὐτῶν εἰλήφαμεν, αὐτοὶ αἴτιοί εἰσιν· οὐ γὰρ ὡς φίλοι προσεφέροντο ἡμῖν, ἀλλὰ κλείσαντες τὰς πύλας οὔτε εἴσω ἐδέχοντο οὔτε ἔξω ἀγορὰν ἔπεμπον· ᾐτιῶντο δὲ τὸν παρ᾽ ὑμῶν ἁρμοστὴν τούτων αἴτιον εἶναι.

[20] « Ὃ δὲ λέγεις βίᾳ παρελθόντας σκηνοῦν, ἡμεῖς ἠξιοῦμεν τοὺς κάμνοντας εἰς τὰς στέγας δέξασθαι· ἐπεὶ δὲ οὐκ ἀνέῳγον τὰς πύλας, ᾗ ἡμᾶς ἐδέχετο αὐτὸ τὸ χωρίον ταύτῃ εἰσελθόντες ἄλλο μὲν οὐδὲν βίαιον ἐποιήσαμεν, σκηνοῦσι δ᾽ ἐν ταῖς στέγαις οἱ κάμνοντες τὰ αὑτῶν δαπανῶντες, καὶ τὰς πύλας φρουροῦμεν, ὅπως μὴ ἐπὶ τῷ ὑμετέρῳ ἁρμοστῇ ὦσιν οἱ κάμνοντες ἡμῶν, ἀλλ᾽ ἐφ᾽ ἡμῖν ᾖ κομίσασθαι ὅταν βουλώμεθα. [21] Οἱ δὲ ἄλλοι, ὡς ὁρᾶτε, σκηνοῦμεν ὑπαίθριοι ἐν τῇ τάξει, παρεσκευασμένοι, ἂν μέν τις εὖ ποιῇ, ἀντ᾽ εὖ ποιεῖν, ἂν δὲ κακῶς, ἀλέξασθαι. [22] Ἃ δὲ ἠπείλησας ὡς, ἢν ὑμῖν δοκῇ, Κορύλαν καὶ Παφλαγόνας ξυμμάχους ποιήσεσθε ἐφ᾽ ἡμᾶς, ἡμεῖς δέ, ἢν μὲν ἀνάγκη ᾖ, πολεμήσομεν καὶ ἀμφοτέροις· ἤδη γὰρ καὶ ἄλλοις πολλαπλασίοις ὑμῶν ἐπολεμήσαμεν· ἂν δὲ δοκῇ ἡμῖν καὶ φίλον ποιεῖσθαι τὸν Παφλαγόνα [23] (ἀκούομεν δὲ αὐτὸν καὶ ἐπιθυμεῖν τῆς ὑμετέρας πόλεως καὶ χωρίων τῶν ἐπιθαλαττίων), πειρασόμεθα ξυμπράττοντες αὐτῷ ὧν ἐπιθυμεῖ φίλοι γίγνεσθαι.  »

[24] Ἐκ τούτου μάλα μὲν δῆλοι ἦσαν οἱ ξυμπρέσβεις τῷ Ἑκατωνύμῳ χαλεπαίνοντες τοῖς εἰρημένοις, παρελθὼν δ᾽ αὐτῶν ἄλλος εἶπεν ὅτι

« οὐ πόλεμον ποιησόμενοι ἥκοιεν ἀλλὰ ἐπιδείξοντες ὅτι φίλοι εἰσί. Καὶ ξενίοις, ἢν μὲν ἔλθητε πρὸς τὴν Σινωπέων πόλιν, ἐκεῖ δεξόμεθα, νῦν δὲ τοὺς ἐνθάδε κελεύσομεν διδόναι ἃ δύνανται· ὁρῶμεν γὰρ πάντα ἀληθῆ ὄντα ἃ λέγετε.»

 [25] Ἐκ τούτου ξένιά τε ἔπεμπον οἱ Κοτυωρῖται καὶ οἱ στρατηγοὶ τῶν Ἑλλήνων ἐξένιζον τοὺς τῶν Σινωπέων πρέσβεις, καὶ πρὸς ἀλλήλους πολλά τε καὶ φιλικὰ διελέγοντο τά τε ἄλλα καὶ περὶ τῆς λοιπῆς πορείας ἀνεπυνθάνοντο ὧν ἑκάτεροι ἐδέοντο.

[1] Pour traverser ce pays, soit ennemi, soit ami, les Grecs emploient huit étapes. Ils sont peu nombreux et soumis aux Mossynèques. La plupart vivent de l’extraction du fer.

[2] De là on arrive chez les Tibarènes. Le pays des Tibarènes est beaucoup plus uni, et leurs places, situées au bord de la mer, sont moins fortes. Les stratèges étaient d’avis de les attaquer de vive force, pour que l’armée y fit quelque butin : aussi 118 les présente hospitaliers envoyés par les Tibarènes sont-ils refusés, et on leur ordonne d’attendre jusqu’à ce qu’on ait décida ; après quoi l’on sacrifie. [3] Mais, après avoir immolé beaucoup de victimes, les devins s’accordent à dire que les dieux ne se sont nullement prononcés pour la guerre. On reçoit donc les présents ; et après avoir traversé ce territoire, pendant deux jours, comme pays ami, on arrive à Cotyore, ville grecque, colonie des Sinopéens, dan/s le pays des Tibarènes.

[4] Jusqu’à cet endroit, l’armée avait été à pied. Voici le calcul de la route qu’elle avait faite dans sa retraite, depuis la bataille, près de Babylone, jusqu’à Cotyore : cent vingt-deux étapes, six cent vingt parasanges, ou dix mille six cents stades ; durée de la marche : huit mois. [5] Elle reste à cette station quarante-cinq jours. On commence par offrir des sacrifices aux dieux : chaque nation grecque fait sa pompe et célèbre des jeux gymniques. [6] On va prendre des vivres soit dans la Paphlagonie, soit sur le territoire des Cotyorites, attendu qu’ils ne voulaient point fournir de marché, ni recevoir les malades dans leurs murs.

[7] Sur ces entrefaites arrivèrent des députés de Sinope. Ils craignaient et pour la ville des Cotyorites, qui dépend de la leur et qui leur paye tribut, et pour le territoire environnant, qu’on leur avait dit ravagé. Ils viennent au camp, et disent par l’organe d'Hécatonyme, homme réputé éloquent :

[8] « Soldats, la ville de Sinope nous envoie pour vous féliciter de ce que par vous la Grèce a vaincu les Barbares, et pour nous réjouir avec vous de ce qu’à travers mille dangers, dont le bruit est arrivé à nos oreilles, vous voilà sains et saufs dans ce pays. [9] Grecs nous-mêmes, nous nous attendons à n'éprouver de vous, qui êtes Grecs, que de bons traitements et nulle injure, car jamais nous ne nous sommes mal conduite envers vous. [10] Les Cotyorites, chez qui vous êtes, sont une de nos colonies : nous leur avons donné le pays enlevé aux Barbares ; et voilà pourquoi ils nous payent un tribut fixe, ainsi que les habitants de Cérasonte et de Trapézonte. En conséquence, tout le mal que vous leur ferez, la ville de Sinope croira le subir. [11] Aujourd'hui nous apprenons que vous êtes entrés à main armée dans leur ville, que vous avez logé quelques-uns des vôtres dans les maisons, et que, sans leur aveu, vous prenez sur leur territoire ce dont vous avez besoin. [12] Nous n’approuvons pas cette conduite. Si vous continuez d’agir ainsi, nous serons forcés de recourir à Corylas, aux Paphlagoniens, ou à tout autre que nous pourrons avoir pour ami. »

[13] A ces mots, Xénophon se lève et répond au non des soldats : 

119 « Nous sommes venus ici. habitants de Sinope, contents d’avoir sauvé notre vie et nos armes : car piller et combattre en même temps l’ennemi était pour nous chose impossible. [14] Mais maintenant que nous sommes arrivés à des villes grecques, à Trapézonte, où l’on nous a fourni un marché de vivres, nous n’avons rien pris qu’en payant ; en retour de quoi les citoyens ont rendu des honneurs à l’armée, et lui ont offert des présents d’hospitalité : de notre part mêmes hommages ; de plus, nous avons épargné ceux des Barbares dont ils sont alliés, tandis que leurs ennemis, ceux contre lesquels ils nous ont conduits eux-mêmes, nous leur avons fait tout le mal possible.

[15] « Demandez-leur comment nous avons agi avec eux : il y en a ici que, par amitié, la ville nous a donnés pour guides. [16] Seulement partout où, lors de notre arrivée, nous ne trouvons point de marché, que le pays soit grec ou barbare, nous prenons ce qu’il nous faut, non par licence, mais par nécessité. [17] Nous avons fait la guerre aux Carduques, aux Chaldéens, aux Taoques, qui ne sont pas sujets du roi, mais des peuples redoutables : nous en avons fait des ennemis. Pourquoi ? par la nécessité de prendre des vivres, puisqu’ils ne voulaient pas nous en vendre. [18] Les Macrons, au contraire, nation barbare, nous en ayant fourni à prix d’argent, comme ils ont pu, nous les avons considérés comme amis, et n’avons rien pris chez eux par violence. [19] Si nous avons pris quelque chose chez les Cotyorites, que vous dites dépendre de vous, ils en sont eux-mêmes responsables. Ils ne se sont pas conduits avec nous en amis : ils ont fermé leurs portes et ont refusé de nous recevoir chez eux et de rien nous vendre hors des murs’, puis ils sont venus auprès de nous accuser leur harmoste d’en être la cause.

[20] « Quant à ce que tu dis que nous sommes entrés de force dans les logements, nous avons demandé qu’on donnât un abri aux malades ; et, comme on n’ouvrait pas les portes, afin de nous recevoir, nous sommes entrés dans la place sans autre violence : là, nos malades trouvent un abri et nous en soldons la dépense ; seulement nous gardons les portes, afin que nos malades ne soient pas sous la dépendance de votre harmoste, et que nous puissions les transporter quand nous le voudrons. [21] Les autres, vous le voyez, couchent en plein air et en bon ordre, toujours prêts à rendre service pour service, insulte pour insulte. [22] Tu nous menaces et tu dis que, si bon vous semble, vous aurez pour alliés contre nous Corylas et les Paphlagoniens. Eh bien ! nous, si nous y sommes contraints, nous 120 vous ferons la guerre à tous. Nous nous sommes déjà essayés contre des forces bien supérieures aux vôtres ; mais, de plus, si nous voulons, nous aurons le Paphlagonien Cour ami. [23] Nous savons qu’il désire s’emparer de votre ville et de vos places maritimes. Nous essayerons donc, devenus ses amis, d’agir de concert avec lui dans ce qu’il médite.»

[24] On voit clairement que les collègues d’ambassade d’Hécatonyme sont fort mécontents de son discours. L’un d’eux s’avance, et dit qu’ils ne sont pas venus déclarer la guerre, mais prouver qu’ils sont amis.

« C’est par des présents hospitaliers que nous vous accueillerons, si vous venez à Sinope. Pour l’instant, nous allons ordonner aux gens de ce pays de vous fournir ce qui dépend d’eux ; car nous voyons que tout ce que vous dites est vrai. »

[25] Bientôt après, les Cotyorites envoient des présents d’hospitalité ; de leur côté, les stratèges grecs font aux envoyés de Sinope un accueil hospitalier ; ils ont ensemble une longue conférence sur leurs affaires respectives, notamment sur le reste de la route à faire et sur les services réciproques qui peuvent être rendus.

CHAPITRE VI.

Sur le conseil d’Hécatonyme, on se décide à prendre la route de mer.

[1] Ταύτῃ μὲν τῇ ἡμέρᾳ τοῦτο τὸ τέλος ἐγένετο. Τῇ δὲ ὑστεραίᾳ ξυνέλεξαν οἱ στρατηγοὶ τοὺς στρατιώτας. Καὶ ἐδόκει αὐτοῖς περὶ τῆς λοιπῆς πορείας παρακαλέσαντας τοὺς Σινωπέας βουλεύεσθαι. Εἴτε γὰρ πεζῇ δέοι πορεύεσθαι, χρήσιμοι ἂν ἐδόκουν εἶναι οἱ Σινωπεῖς· ἔμπειροι γὰρ ἦσαν τῆς Παφλαγονίας· εἴτε κατὰ θάλατταν, προσδεῖν ἐδόκει Σινωπέων· μόνοι γὰρ ἂν ἐδόκουν ἱκανοὶ εἶναι πλοῖα παρασχεῖν ἀρκοῦντα τῇ στρατιᾷ. [2] Καλέσαντες οὖν τοὺς πρέσβεις ξυνεβουλεύοντο, καὶ ἠξίουν Ἕλληνας ὄντας Ἕλλησι τούτῳ πρῶτον καλῶς δέχεσθαι τῷ εὔνους τε εἶναι καὶ τὰ κάλλιστα ξυμβουλεύειν.

[3] Ἀναστὰς δὲ Ἑκατώνυμος πρῶτον μὲν ἀπελογήσατο περὶ οὗ εἶπεν ὡς τὸν Παφλαγόνα φίλον ποιήσοιντο, ὅτι οὐχ ὡς τοῖς Ἕλλησι πολεμησόντων σφῶν εἴποι, ἀλλ᾽ ὅτι ἐξὸν τοῖς βαρβάροις φίλους εἶναι τοὺς Ἕλληνας αἱρήσονται. Ἐπεὶ δὲ ξυμβουλεύειν ἐκέλευον, ἐπευξάμενος εἶπεν ὧδε.

[4] « Εἰ μὲν ξυμβουλεύοιμι ἃ βέλτιστά μοι [εἶναι] Δοκεῖ, πολλά μοι καὶ ἀγαθὰ γένοιτο· εἰ δὲ μή, τἀναντία. Αὐτὴ γὰρ ἡ ἱερὰ ξυμβουλὴ λεγομένη εἶναι δοκεῖ μοι παρεῖναι· νῦν γὰρ δὴ ἂν μὲν εὖ ξυμβουλεύσας φανῶ, πολλοὶ ἔσονται οἱ ἐπαινοῦντές με, ἂν δὲ κακῶς, πολλοὶ ἔσεσθε οἱ καταρώμενοι.

[5] « Πράγματα μὲν οὖν οἶδ᾽ ὅτι πολὺ πλείω ἕξομεν, ἐὰν κατὰ θάλατταν κομίζησθε· ἡμᾶς γὰρ δεήσει τὰ πλοῖα πορίζειν· ἢν δὲ κατὰ γῆν στέλλησθε, ὑμᾶς δεήσει τοὺς μαχομένους εἶναι. Ὅμως δὲ λεκτέα ἃ γιγνώσκω· [6] Ἔμπειρος γάρ εἰμι καὶ τῆς χώρας τῆς Παφλαγόνων καὶ τῆς δυνάμεως. Ἔχει γὰρ ἀμφότερα, καὶ πεδία κάλλιστα καὶ ὄρη ὑψηλότατα. [7] Καὶ πρῶτον μὲν οἶδα εὐθὺς ᾗ τὴν εἰσβολὴν ἀνάγκη ποιεῖσθαι· οὐ γὰρ ἔστιν ἄλλῃ ἢ ᾗ τὰ κέρατα τοῦ ὄρους τῆς ὁδοῦ καθ᾽ ἑκάτερά ἐστιν ὑψηλά,

« ἃ κρατεῖν κατέχοντες καὶ πάνυ ὀλίγοι δύναιντ᾽ ἄν· τούτων δὲ κατεχομένων οὐδ᾽ ἂν οἱ πάντες ἄνθρωποι δύναιντ᾽ ἂν διελθεῖν. Ταῦτα δὲ καὶ δείξαιμι ἄν, εἴ μοί τινα βούλοισθε ξυμπέμψαι. [8] Ἔπειτα δὲ οἶδα καὶ πεδία ὄντα καὶ ἱππείαν ἣν αὐτοὶ οἱ βάρβαροι νομίζουσι κρείττω εἶναι ἁπάσης τῆς βασιλέως ἱππείας. Καὶ νῦν οὗτοι οὐ παρεγένοντο βασιλεῖ καλοῦντι, ἀλλὰ μεῖζον φρονεῖ ὁ ἄρχων αὐτῶν.

[9] « Ἢν δὲ καὶ δυνηθῆτε τά τε ὄρη κλέψαι ἢ φθάσαι λαβόντες καὶ ἐν τῷ πεδίῳ κρατῆσαι μαχόμενοι τούς τε ἱππέας τούτων καὶ πεζῶν μυριάδας πλέον ἢ δώδεκα, ἥξετε ἐπὶ τοὺς ποταμούς, πρῶτον μὲν τὸν Θερμώδοντα, εὖρος τριῶν πλέθρων, ὃν χαλεπὸν οἶμαι διαβαίνειν ἄλλως τε καὶ πολεμίων πολλῶν ἔμπροσθεν ὄντων, πολλῶν δὲ ὄπισθεν ἑπομένων· δεύτερον δὲ Ἶριν, τρίπλεθρον ὡσαύτως· τρίτον δὲ Ἅλυν, οὐ μεῖον δυοῖν σταδίοιν, ὃν οὐκ ἂν δύναισθε ἄνευ πλοίων διαβῆναι· πλοῖα δὲ τίς ἔσται ὁ παρέχων; ὡς δ᾽ αὔτως καὶ ὁ Παρθένιος ἄβατος· [10] Ἐφ᾽ ὃν ἔλθοιτε ἄν, εἰ τὸν Ἅλυν διαβαίητε. Ἐγὼ μὲν οὖν οὐ χαλεπὴν ὑμῖν εἶναι νομίζω τὴν πορείαν ἀλλὰ παντάπασιν ἀδύνατον. ἂν δὲ πλέητε, ἔστιν ἐνθένδε μὲν εἰς Σινώπην παραπλεῦσαι, ἐκ Σινώπης δὲ εἰς Ἡράκλειαν· ἐξ Ἡρακλείας δὲ οὔτε πεζῇ οὔτε κατὰ θάλατταν ἀπορία· πολλὰ γὰρ καὶ πλοῖά ἐστιν ἐν Ἡρακλείᾳ. »

[11] Ἐπεὶ δὲ ταῦτ᾽ ἔλεξεν, οἱ μὲν ὑπώπτευον φιλίας ἕνεκα τῆς Κορύλα λέγειν· καὶ γὰρ ἦν πρόξενος αὐτῷ· οἱ δὲ καὶ ὡς δῶρα ληψόμενον διὰ τὴν ξυμβουλὴν ταύτην· οἱ δὲ ὑπώπτευον καὶ τούτου ἕνεκα λέγειν ὡς μὴ πεζῇ ἰόντες τὴν Σινωπέων τι χώραν κακὸν ἐργάζοιντο. Οἱ δ᾽ οὖν Ἕλληνες ἐψηφίσαντο κατὰ θάλατταν τὴν πορείαν ποιεῖσθαι.

[12] Μετὰ ταῦτα Ξενοφῶν εἶπεν·

« Ὦ Σινωπεῖς, οἱ μὲν ἄνδρες ᾕρηνται πορείαν ἣν ὑμεῖς ξυμβουλεύετε· οὕτω δὲ ἔχει· εἰ μὲν μέλλει πλοῖα ἔσεσθαι ἱκανὰ ὡς ἀριθμῷ ἕνα μὴ καταλείπεσθαι ἐνθάδε, ἡμεῖς ἂν πλέοιμεν· εἰ δὲ μέλλοιμεν οἱ μὲν καταλείψεσθαι οἱ δὲ πλεύσεσθαι, οὐκ ἂν ἐμβαίημεν εἰς τὰ πλοῖα. [13] Γιγνώσκομεν γὰρ ὅτι ὅπου μὲν ἂν κρατῶμεν, δυναίμεθ᾽ ἂν καὶ σᾐζεσθαι καὶ τὰ ἐπιτήδεια ἔχειν· εἰ δέ που ἥττους τῶν πολεμίων ληφθησόμεθα, εὔδηλον δὴ ὅτι ἐν ἀνδραπόδων χώρᾳ ἐσόμεθα. »

Ἀκούσαντες ταῦτα οἱ πρέσβεις ἐκέλευον πέμπειν πρέσβεις. [14] Καὶ πέμπουσι Καλλίμαχον Ἀρκάδα καὶ Ἀρίστωνα Ἀθηναῖον καὶ Σαμόλαν Ἀχαιόν. Καὶ οἱ μὲν ᾤχοντο.

[15] Ἐν δὲ τούτῳ τῷ χρόνῳ Ξενοφῶντι, ὁρῶντι μὲν ὁπλίτας πολλοὺς τῶν Ἑλλήνων, ὁρῶντι δὲ πελταστὰς πολλοὺς καὶ τοξότας καὶ σφενδονήτας καὶ ἱππέας δὲ καὶ μάλα ἤδη διὰ τὴν τριβὴν ἱκανούς, ὄντας δ᾽ ἐν τῷ Πόντῳ, ἔνθα οὐκ ἂν ἀπ᾽ ὀλίγων χρημάτων τοσαύτη δύναμις παρεσκευάσθη, καλὸν αὐτῷ ἐδόκει εἶναι χώραν καὶ δύναμιν τῇ Ἑλλάδι προσκτήσασθαι πόλιν κατοικίσαντας. [16] Καὶ γενέσθαι ἂν αὐτῷ ἐδόκει μεγάλη, καταλογιζομένῳ τό τε αὑτῶν πλῆθος καὶ τοὺς περιοικοῦντας τὸν Πόντον. Καὶ ἐπὶ τούτοις ἐθύετο πρίν τινι εἰπεῖν τῶν στρατιωτῶν Σιλανὸν παρακαλέσας τὸν Κύρου μάντιν γενόμενον τὸν Ἀμπρακιώτην.

[17] Ὁ δὲ Σιλανὸς δεδιὼς μὴ γένηται ταῦτα καὶ καταμείνῃ που ἡ στρατιά, ἐκφέρει εἰς τὸ στράτευμα λόγον ὅτι Ξενοφῶν βούλεται καταμεῖναι τὴν στρατιὰν καὶ πόλιν οἰκίσαι καὶ ἑαυτῷ ὄνομα καὶ δύναμιν περιποιήσασθαι. [18] Αὐτὸς δ᾽ ὁ Σιλανὸς ἐβούλετο ὅτι τάχιστα εἰς τὴν Ἑλλάδα ἀφικέσθαι· οὓς γὰρ παρὰ Κύρου ἔλαβε τρισχιλίους δαρεικοὺς ὅτε τὰς δέκα ἡμέρας ἠλήθευσε θυόμενος Κύρῳ, διεσεσώκει. [19] Τῶν δὲ στρατιωτῶν, ἐπεὶ ἤκουσαν, τοῖς μὲν ἐδόκει βέλτιστον εἶναι καταμεῖναι, τοῖς δὲ πολλοῖς οὔ. Τιμασίων δὲ ὁ Δαρδανεὺς καὶ Θώραξ ὁ Βοιώτιος πρὸς ἐμπόρους τινὰς παρόντας τῶν Ἡρακλεωτῶν καὶ Σινωπέων λέγουσιν ὅτι εἰ μὴ ἐκποριοῦσι τῇ στρατιᾷ μισθὸν ὥστε ἔχειν τὰ ἐπιτήδεια ἐκπλέοντας, ὅτι κινδυνεύσει μεῖναι τοσαύτη δύναμις ἐν τῷ Πόντῳ·

« Βούλεται γὰρ Ξενοφῶν καὶ ἡμᾶς παρακαλεῖ, ἐπειδὰν ἔλθῃ τὰ πλοῖα, τότε εἰπεῖν ἐξαίφνης τῇ στρατιᾷ·

[20]  «Ἄνδρες, νῦν μὲν ὁρῶμεν ὑμᾶς ἀπόρους ὄντας καὶ ἐν τῷ ἀπόπλῳ ἔχειν τὰ ἐπιτήδεια καὶ ὡς οἴκαδε ἀπελθόντας ὀνῆσαί τι τοὺς οἴκοι· εἰ δὲ βούλεσθε τῆς κύκλῳ χώρας περὶ τὸν Πόντον οἰκουμένης ἐκλεξάμενοι ὅποι ἂν βούλησθε κατασχεῖν, καὶ τὸν μὲν ἐθέλοντα ἀπιέναι οἴκαδε, τὸν δ᾽ ἐθέλοντα μένειν αὐτοῦ, πλοῖα δ᾽ ὑμῖν πάρεστιν, ὥστε ὅπῃ ἂν βούλησθε ἐξαίφνης ἂν ἐπιπέσοιτε. »

[21] Ἀκούσαντες ταῦτα οἱ ἔμποροι ἀπήγγελλον ταῖς πόλεσι· ξυνέπεμψε δ᾽ αὐτοῖς Τιμασίων Δαρδανεὺς Εὐρύμαχόν τε τὸν Δαρδανέα καὶ Θώρακα τὸν Βοιώτιον ταὐτὰ ἐροῦντας. Σινωπεῖς δὲ καὶ Ἡρακλεῶται ταῦτα ἀκούσαντες πέμπουσι πρὸς τὸν Τιμασίωνα καὶ κελεύουσι προστατεῦσαι λαβόντα χρήματα ὅπως ἐκπλεύσῃ ἡ στρατιά. [22] Ὁ δὲ ἄσμενος ἀκούσας ἐν ξυλλόγῳ τῶν στρατιωτῶν ὄντων λέγει τάδε.

 « Οὐ δεῖ προσέχειν μονῇ, ὦ ἄνδρες, οὐδὲ τῆς Ἑλλάδος οὐδὲν περὶ πλείονος ποιεῖσθαι. Ἀκούω δέ τινας θύεσθαι ἐπὶ τούτῳ οὐδ᾽ ὑμῖν λέγοντας. [23] Ὑπισχνοῦμαι δὲ ὑμῖν, ἂν ἐκπλέητε, ἀπὸ νουμηνίας μισθοφορὰν παρέξειν κυζικηνὸν ἑκάστῳ τοῦ μηνός· καὶ ἄξω ὑμᾶς εἰς τὴν Τρῳάδα, ἔνθεν καί εἰμι φυγάς, καὶ ὑπάρξει ὑμῖν ἡ ἐμὴ πόλις· ἑκόντες γάρ με δέξονται. [24] Ἡγήσομαι δὲ αὐτὸς ἐγὼ ἔνθεν πολλὰ χρήματα λήψεσθε. Ἔμπειρος δέ εἰμι τῆς Αἰολίδος καὶ τῆς Φρυγίας καὶ τῆς Τρῳάδος καὶ τῆς Φαρναβάζου ἀρχῆς πάσης, τὰ μὲν διὰ τὸ ἐκεῖθεν εἶναι, τὰ δὲ διὰ τὸ ξυνεστρατεῦσθαι ἐν αὐτῇ σὺν Κλεάρχῳ τε καὶ Δερκυλίδᾳ. »

[25] Ἀναστὰς αὖθις Θώραξ ὁ Βοιώτιος, ὃς περὶ στρατηγίας Ξενοφῶντι ἐμάχετο, ἔφη, εἰ ἐξέλθοιεν ἐκ τοῦ Πόντου, ἔσεσθαι αὐτοῖς Χερρόνησον χώραν καλὴν καὶ εὐδαίμονα ὥστε τῷ βουλομένῳ ἐνοικεῖν, τῷ δὲ μὴ βουλομένῳ ἀπιέναι οἴκαδε. Γελοῖον δὲ εἶναι ἐν τῇ Ἑλλάδι οὔσης χώρας πολλῆς καὶ ἀφθόνου ἐν τῇ βαρβάρων μαστεύειν.

 [26] « Ἔστε δ᾽ ἄν, ἔφη, ἐκεῖ γένησθε, κἀγὼ καθάπερ Τιμασίων ὑπισχνοῦμαι ὑμῖν τὴν μισθοφοράν. »

Ταῦτα δὲ ἔλεγεν εἰδὼς ἃ Τιμασίωνι οἱ Ἡρακλεῶται καὶ οἱ Σινωπεῖς ὑπισχνοῦντο ὥστε ἐκπλεῖν.

[27] Ὁ δὲ Ξενοφῶν ἐν τούτῳ ἐσίγα. Ἀναστὰς δὲ Φιλήσιος καὶ Λύκων οἱ Ἀχαιοὶ ἔλεγον ὡς δεινὸν εἴη ἰδίᾳ μὲν Ξενοφῶντα πείθειν τε καταμένειν καὶ θύεσθαι ὑπὲρ τῆς μονῆς [μὴ κοινούμενον τῇ στρατιᾷ], εἰς δὲ τὸ κοινὸν μηδὲν ἀγορεύειν περὶ τούτων. Ὥστε ἠναγκάσθη ὁ Ξενοφῶν ἀναστῆναι καὶ εἰπεῖν τάδε.

[28]  « Ἐγώ, ὦ ἄνδρες, θύομαι μὲν ὡς ὁρᾶτε ὁπόσα δύναμαι καὶ ὑπὲρ ὑμῶν καὶ ὑπὲρ ἐμαυτοῦ ὅπως ταῦτα τυγχάνω καὶ λέγων καὶ νοῶν καὶ πράττων ὁποῖα μέλλει ὑμῖν τε κάλλιστα καὶ ἄριστα ἔσεσθαι καὶ ἐμοί. Καὶ νῦν ἐθυόμην περὶ αὐτοῦ τούτου, εἰ ἄμεινον εἴη ἄρχεσθαι λέγειν εἰς ὑμᾶς καὶ πράττειν περὶ τούτων ἢ παντάπασι μηδὲ ἅπτεσθαι τοῦ πράγματος. [29] Σιλανὸς δέ μοι ὁ μάντις ἀπεκρίνατο τὸ μὲν μέγιστον, τὰ ἱερὰ καλὰ εἶναι· ᾔδει γὰρ καὶ ἐμὲ οὐκ ἄπειρον ὄντα διὰ τὸ ἀεὶ παρεῖναι τοῖς ἱεροῖς· ἔλεξε δὲ ὅτι ἐν τοῖς ἱεροῖς φαίνοιτό τις δόλος καὶ ἐπιβουλὴ ἐμοί, ὡς ἄρα γιγνώσκων ὅτι αὐτὸς ἐπεβούλευε διαβάλλειν με πρὸς ὑμᾶς. Ἐξήνεγκε γὰρ τὸν λόγον ὡς ἐγὼ πράττειν ταῦτα διανοοίμην ἤδη οὐ πείσας ὑμᾶς. [30] Ἐγὼ δὲ εἰ μὲν ἑώρων ἀποροῦντας ὑμᾶς, τοῦτ᾽ ἂν ἐσκόπουν ἀφ᾽ οὗ ἂν γένοιτο ὥστε λαβόντας ὑμᾶς πόλιν τὸν μὲν βουλόμενον ἀποπλεῖν ἤδη, τὸν δὲ μὴ βουλόμενον, ἐπεὶ κτήσαιτο ἱκανὰ ὥστε καὶ τοὺς ἑαυτοῦ οἰκείους ὠφελῆσαί τι. [31] Ἐπεὶ δὲ ὁρῶ ὑμῖν καὶ τὰ πλοῖα πέμποντας Ἡρακλεώτας καὶ Σινωπέας ὥστε ἐκπλεῖν, καὶ μισθὸν ὑπισχνουμένους ὑμῖν ἄνδρας ἀπὸ νουμηνίας, καλόν μοι δοκεῖ εἶναι σῳζομένους ἔνθα βουλόμεθα μισθὸν τῆς σωτηρίας λαμβάνειν, καὶ αὐτός τε παύομαι ἐκείνης τῆς διανοίας, καὶ ὁπόσοι πρὸς ἐμὲ προσῇσαν λέγοντες ὡς χρὴ ταῦτα πράττειν, ἀναπαύεσθαί φημι χρῆναι. [32] Οὕτω γὰρ γιγνώσκω· ὁμοῦ μὲν ὄντες πολλοὶ ὥσπερ νυνὶ δοκεῖτε ἄν μοι καὶ ἔντιμοι εἶναι καὶ ἔχειν τὰ ἐπιτήδεια· ἐν γὰρ τῷ κρατεῖν ἐστι καὶ τὸ λαμβάνειν τὰ τῶν ἡττόνων· διασπασθέντες δ᾽ ἂν καὶ κατὰ μικρὰ γενομένης τῆς δυνάμεως οὔτ᾽ ἂν τροφὴν δύναισθε λαμβάνειν οὔτε χαίροντες ἂν ἀπαλλάξαιτε. [33] Δοκεῖ οὖν μοι ἅπερ ὑμῖν, ἐκπορεύεσθαι εἰς τὴν Ἑλλάδα, καὶ ἐάν τις μέντοι ἀπολιπὼν ληφθῇ πρὶν ἐν ἀσφαλεῖ εἶναι πᾶν τὸ στράτευμα, κρίνεσθαι αὐτὸν ὡς ἀδικοῦντα. Καὶ ὅτῳ δοκεῖ, ἔφη, ταῦτα, ἀράτω τὴν χεῖρα. »

 [34] Ἀνέτειναν ἅπαντες.

Ὁ δὲ Σιλανὸς ἐβόα, καὶ ἐπεχείρει λέγειν ὡς δίκαιον εἴη ἀπιέναι τὸν βουλόμενον. Οἱ δὲ στρατιῶται οὐκ ἠνείχοντο, ἀλλ᾽ ἠπείλουν αὐτῷ ὅτι εἰ λήψονται ἀποδιδράσκοντα, τὴν δίκην ἐπιθήσοιεν. [35] Ἐντεῦθεν ἐπεὶ ἔγνωσαν οἱ Ἡρακλεῶται ὅτι ἐκπλεῖν δεδογμένον εἴη καὶ Ξενοφῶν αὐτὸς ἐπεψηφικὼς εἴη, τὰ μὲν πλοῖα πέμπουσι, τὰ δὲ χρήματα ἃ ὑπέσχοντο Τιμασίωνι καὶ Θώρακι ἐψευσμένοι ἦσαν [τῆς μισθοφορᾶς]. [36] Ἐνταῦθα δὲ ἐκπεπληγμένοι ἦσαν καὶ ἐδεδίεσαν τὴν στρατιὰν οἱ τὴν μισθοφορὰν ὑπεσχημένοι. Παραλαβόντες οὖν οὗτοι καὶ τοὺς ἄλλους στρατηγοὺς οἷς ἀνεκεκοίνωντο ἃ πρόσθεν ἔπραττον, πάντες δ᾽ ἦσαν πλὴν Νέωνος τοῦ Ἀσιναίου, ὃς Χειρισόφῳ ὑπεστρατήγει, Χειρίσοφος δὲ οὔπω παρῆν, ἔρχονται πρὸς Ξενοφῶντα, καὶ λέγουσιν ὅτι μεταμέλοι αὐτοῖς, καὶ δοκοίη κράτιστον εἶναι πλεῖν εἰς Φᾶσιν, ἐπεὶ πλοῖα ἔστι, καὶ κατασχεῖν τὴν Φασιανῶν χώραν. [37]  -Αἰήτου δὲ ὑιδοῦς ἐτύγχανε βασιλεύων αὐτῶν. Ξενοφῶν δὲ ἀπεκρίνατο ὅτι οὐδὲν ἂν τούτων εἴποι εἰς τὴν στρατιάν·

«Ὑμεῖς δὲ ξυλλέξαντες, ἔφη, εἰ βούλεσθε, λέγετε. »

Ἐνταῦθα ἀποδείκνυται Τιμασίων ὁ Δαρδανεὺς γνώμην οὐκ ἐκκλησιάζειν ἀλλὰ τοὺς αὑτοῦ ἕκαστον λοχαγοὺς πρῶτον πειρᾶσθαι πείθειν. Καὶ ἀπελθόντες ταῦτ᾽ ἐποίουν.

[1] Telle fut la fin de cette journée. Le lendemain, les stratèges convoquent les soldats, et jugent convenable de délibérer sur la route à suivre, en prenant conseil des Sinopéens. S’il fallait aller par terre, il paraissait utile d’avoir des Sinopéens pour guides, attendu qu’ils connaissaient la Paphlagonie ; si l’on voulait aller par mer, il fallait encore recourir aux Sinopéens : seuls, en effet, ils paraissaient en état de fournir la quantité de bâtiments nécessaires à l’armée. [2] On appelle donc les députés aux délibérations, et on leur expose qu’en qualité de Grecs, le premier service à rendre à des Grecs, c’est de leur témoigner de la bienveillance et de leur donner le meilleur conseil.

[3] Hécatonyme se lève, et commence par une apologie de ce qu’il avait dit au sujet de l’alliance avec les Paphlagoniens : il n’avait pas voulu dire qu’on ferait avec eux la guerre aux Grecs, mais que, pouvant avoir les barbares pour amis, on pré- 121 férerait les Grecs. Pressé de dire son avis, il invoque les dieux et dit :

[4] « Si je vous conseille le meilleur parti, puisse-t-il m’arriver toutes sortes de biens ! Autrement, qu’il m’arrive le contraire ! Cette délibération qu’on dit être sacrée, je la regarde comme telle. En ce moment, si l'on voit que j’ai donné un bon conseil, vous serez beaucoup à me louer ; s’il est mauvais, vous serez beaucoup à me maudire.

[5] « Je sais que ce sera pour nous une bien plus grosse affaire, si vous vous faites transporter par mer, car il faudra que nous vous procurions des vivres ; tandis que, si vous vous en allez par terre, c’est vous qui vous ferez un passage en combattant. [6] Je dirai pourtant ce que je sais, vu que je connais par expérience le pays et les forces des Paphlagoniens. Leur pays est de deux natures, de fort belles plaines et de très-hautes montagnes. [7] Et d’abord, je sais par où il faut y entrer directement Il n’y a pas d’autre chemin qu’une gorge dominée des deux côtés par des montagnes élevées.

« Qu’une poignée d’hommes occupe, s’ils le peuvent, ces hauteurs. Une fois qu’ils en sont maîtres, il n’y a pas d’hommes qui puissent y passer. Je vous le ferai voir, si vous voulez y envoyer quelqu’un avec moi. [8] Je sais ensuite que dans la plaine il y a une cavalerie considérée par les Barbares comme supérieure à toute la cavalerie du roi. Ces gens-là ne se sont point rendus à l’appel du roi : leur chef est bien trop fier.

[9] « Supposons que vous puissiez passer ces montagnes à la dérobée ou en prévenant l’ennemi, et qu’arrivés dans la plaine, vous battiez cette cavalerie, soutenue d’une infanterie qui monte à plus de douze myriades, vous arrivez à des fleuves, et d’abord au Thermodon, large de trois plèthres : il ne sera pas facile, je crois, de le passer, ayant des ennemis nombreux en tête et sur vos derrières. Le second fleuve est l’Iris, qui a aussi trois plèthres de largeur ; et le troisième l’Halys, qui n’a pas moins de deux stades de large. Vous ne pourriez le traverser sans bateaux ; mais des bateaux, qui vous en fournira ? Vient ensuite le Parthénius : il n’est pas plus guéable ; [10] et cependant il faudra le passer, à supposer que vous ayez franchi l’Halys. Je pense donc que la route de terre vous sera non-seulement difficile, mais complètement impossible. Si, au contraire, vous vous embarquez, vous longez la côte d’ici à Sinope, et de Sinope à Héraclée (06), puis, d’Héraclée, vous n’avez 122 aucun embarras, soit par terre, soit par mer vu qu’à Héraclée se trouvent beaucoup de bâtiments. »

[11] Quand il a fini de parler, les uns le soupçonnent d’avoir parlé par amitié pour Corylas, dont il est le proxène ; les autres, que l’espoir d’une récompense lui a dicté cet avis ; d’autres enfin le soupçonnent d’avoir parlé dans la crainte qu’en allant parterre on ne mette à mal le territoire des Sinopéens. Les Grecs cependant décident qu’on achèvera la route par mer.

[12] Alors Xénophon. prenant la parole :

« Sinopéens, dit-il, nos hommes choisissent la route que vous leur conseillez ; mais voici comment. S’il doit se trouver assez de bâtiments pour qu’il ne reste pas ici même un seul homme, nous sommes prêts à nous embarquer ; mais s’il faut que les uns restent ici et que les autres s’embarquent, pas un de nous ne montera à bord. [13] Nous savons que, partout où nous serons en force, nous pourrons nous sauver et avoir des vivres. Mais si nous sommes pris à être plus faibles que nos ennemis, il est clair que nous serons traités comme des esclaves. »

Cette réponse entendue, les députés prient d’envoyer des députés à Sinope. [14] On envoie Callimaque d’Arcadie, Ariston d’Athènes, et Samolas d’Achaïe : ils partent sur le-champ.

[15] Dans le même temps Xénophon, voyant cette foule d’hoplites grecs, cette foule de peltastes, d’archers, de frondeurs, de cavaliers, qui, grâce à une longue expérience, étaient devenus d’excellents soldats, les voyant, dis-je, sur les bords du Pont-Euxin, où l'on n’aurait pu qu’avec de grands frais rassembler de telles forces, songea qu’il serait beau d’y accroître le territoire et la puissance des Grecs en y fondant une ville. [16] Il lui semblait qu’elle deviendrait considérable, quand il songeait au nombre des troupes et à celui des peuples qui avoisinent le Pont. Il offre un sacrifice avant de s’ouvrir à qui que ce soit des soldats, et appelle Silanus d’Ambracie, qui avait été devin de Cyrus.

[17] Silanus craignant que, si ce projet était réalisé, l’armée ne s’établit dans ce pays, répand parmi les soldats le bruit que Xénophon veut y fixer les troupes et bâtir une ville, pour se faire à lui-même un nom et une puissance. [18] Or Silanus, pour sa part, aspirait à retourner le plus tôt possible en Grèce. Les trois mille dariques qu’il avait reçues de Cyrus, pour avoir prédit juste d’après un sacrifice à dix jours de distance, il les avait bien gardées. [19] Les soldats, en apprenant ce dessein, furent d’avis, les uns qu’il valait mieux rester, mais la plupart, non. Timasion de Dardanie et Thorax de Béotie disent à des marchands d’Héraclée et de Sinope qui se trouvaient là, que, si l'on ne paye pas la 123 solde aux Grecs peur qu’ils puissent se fournir de vivres durant la traversée, il y a grande apparence qu’on fixera cette troupe sur les bords du Pont. 

« C’est l’avis de Xénophon, et il nous engage, aussitôt que les bâtiments seront arrivés, de dire à l'armée :

[20] « Soldats, nous vous voyons en ce moment fort embarrassé pour avoir des vivres durant le trajet et pour gagner quelque chose à rapporter aux vôtres dans votre patrie. Si vous voulez choisir, à votre gré, un des pays colonisés autour de l’Euxin, vous vous en emparerez ; alors celui qui voudra retournera dans sa patrie, celui qui ne voudra pas, pourra rester : vous aves des vaisseaux, ainsi vous pouvez tomber à l’improviste où bon vous semblera. »

[21] Les marchands font part à leurs villes de cette nouvelle. Timasion de Dardanie y envoie Eurymaque de Dardanie et Thorax de Béotie, pour la confirmer. Les Sinopéens et les Héracléotes, en rapprenant, dépêchent vers Timasion pour le prier de se mettre à la tête de l’affaire, et de prendre l’argent nécessaire à l’embarquement de l’armée. [22] Celui-ci, satisfait de cette offre, rassemble les soldats et leur dit :

« Camarades, il ne faut pas songer à rester ici, ni mettre rien au-dessus de la Grèce. J’entends dire qu’il y en a parmi nous qui font des sacrifices dans cette vue, sans nous en rien dire. [23] Je vous promets, si vous vous embarquez, à la néoménie, de payer à chacun de vous un talent cyzicène par mois : je vous mènerai dans la Troade, d’où je suis banni ; ma ville deviendra vôtre, car je sais qu’on m’y recevra de bon cœur. [24] Je vous conduirai ensuite dans un pays où vous ferez un riche butin. Je connais à fond l'Eolide, la Phrygie, la Troade, tout le gouvernement de Pharnabaze : celles-ci, parce que j’en suis originaire ; cet autre, parce que j’y ai fait la guerre avec Cléarque et Dercydidas. »

[25] Aussitôt se lève Thorax de Béotie, qui sans cesse disputait le commandement à Xénophon. Il dit qu’à la sortie du Pont-Euxin, on trouvera la Chersonèse, contrée belle et fertile : là, qui voudra pourra se fixer ; et qui ne voudra pas, retournera dans sa patrie. Il est ridicule, quand la Grèce offre tant de pays riches et féconds, de chercher chez les Barbares.

[26] « Jusqu’à ce que vous y soyez arrivés, moi aussi, comme Timasion, je vous promets la solde. »

 Il disait cela, parce qu’il savait ce que les Héracléotes et les Sinopéens avaient promis à Timasion, si l’on s’embarquait.

[27] Cependant Xénophon gardit le silence. Philésius et Lycon, tous deux Achéens, se lèvent et disent qu’il est étrange qu’en 124 particulier Xénophon sollicite les Grecs à rester et sacrifie dans cette vue, sans en faire part à l'armée, tandis qu’en commun il ne dit rien sur ce sujet. Ainsi contraint, Xénophon se lève et dit :

[28] « Soldats, je sacrifie, vous le voyez, autant que je puis pour vous et pour moi, afin que mes paroles, mes pensées et mes actions, aillent à ce qu’il y a de plus beau et de meilleur et pour vous et pour moi. Je sacrifiais donc, il n’y a qu’un instant, pour savoir s’il valait mieux vous parler le premier de mon projet et travailler à l’accomplir, ou ne toucher en rien à cette affaire. [29] Le devin Silanus m’a répondu, point essentiel, que les victimes étaient favorables. Il savait qu’il ne parlait pas à un homme sans expérience, car j’assiste toujours aux sacrifices. Mais il a ajouté qu’il voyait dans les entrailles dol et fourberie contre moi : et certes, il voyait juste, puisqu’il tramait de me calomnier auprès de vous. C'est lui, en effet, qui a semé le bruit que je voulais exécuter mes projets, sans vous les faire agréer. [30] Pour ma part, si je vous voyais dans l’embarras, je songerais aux moyens de nous emparer d’une ville : qui voudrait, s’embarquerait sur l’heure ; qui ne voudrait pas, resterait pour gagner de quoi faire du bien à sa famille. [31] Mais, puisque je vois les Héracléotes et les Sinopéens vous envoyer des bâtiments, puisqu’il y a des hommes qui vous promettent une solde à partir de la néoménie, je crois avantageux de nous sauver où nous voulons et de recevoir en plus un salaire pour nous être sauvés. Je renonce donc à ce dessein, et tous ceux qui sont venus me trouver pour me dire d’agir ainsi, doivent y renoncer également. [32] Voici, en effet, ma pensée : réunis en corps, comme maintenant, vous êtes respectés et vous ne manquez point du nécessaire ; car c’est une suite de la victoire de se rendre maître du bien des vaincus. Mais si vous vous séparez, si vous amoindrissez vos forces, vous ne pourrez plus prendre votre subsistance, et vous n’aurez pas à vous réjouir de votre retraite. [33] Je crois donc comme vous qu’il faut retourner en Grèce ; et si quelqu’un reste, ou si on le prend à quitter l’armée, avant qu’elle soit toute en lieu sur, qu’il soit décrété de trahison. Que ceux qui sont de cet avis lèvent la main ! »

[34]  Tous la lèvent.

Silanus se met à crier et s’efforce de dire qu’il est juste qu’on s’en aille, si l’on veut. Les soldats ne veulent pas entendre ce langage, mais ils le menacent, s’ils le prennent à déserter, de lui en faire porter la peine. [35] Alors les Héracléotes, sachant qu’on avait décidé de s’embarquer et que Xénophon lui-même l’avait fait décréter, envoient des vaisseaux mais non l’argent qu’ils 125 avaient promis pour la solde à Timasion et à Thorax, promesse mensongère. [36] Aussi ceux qui avaient promis cette solde à l’armée sont frappés de terreur, et en redoutent la colère. Ils prennent avec eux les stratèges, qui tous, à l’exception de Néon d’Asinée, commandant à la place de Chirisophe absent, avaient connaissance de leurs premières démarches, et viennent trouver Xénophon. Ils disent qu’ils se repentent ; que, puisqu’on a des vaisseaux, le meilleur est de voguer vers le Phase et de s’emparer du pays des Phasiens : [38] le fils d’AEétès était roi de ce pays. Xénophon répond qu’il ne communiquera rien de ce genre à l’armée.

« Assemblez-la vous-mêmes, dit-il, et, si vous le voulez, faites-lui cette proposition. »

Timasion de Dardanie est d’avis de ne point la convoquer, mais que chacun essaye de gagner les premiers lochages placés sous ses ordres. On se sépare et  l’on agit ainsi.

CHAPITRE VII.

Xénophon, calomnié par Néon d’Asinée, se défend auprès des soldats. — Conduite honteuse du lochage Cléarète. — Enquêtes sur quelques faits passés.

[1] Ταῦτα οὖν οἱ στρατιῶται ἀνεπύθοντο ταραττόμενα. Καὶ ὁ Νέων λέγει ὡς Ξενοφῶν ἀναπεπεικὼς τοὺς ἄλλους στρατηγοὺς διανοεῖται ἄγειν τοὺς στρατιώτας ἐξαπατήσας πάλιν εἰς Φᾶσιν. [2] Ἀκούσαντες δ᾽ οἱ στρατιῶται χαλεπῶς ἔφερον, καὶ ξύλλογοι ἐγίγνοντο καὶ κύκλοι ξυνίσταντο καὶ μάλα φοβεροὶ ἦσαν μὴ ποιήσειαν οἷα καὶ τοὺς τῶν Κόλχων κήρυκας ἐποίησαν καὶ τοὺς ἀγορανόμους· [ὅσοι μὴ εἰς τὴν θάλατταν κατέφυγον κατελεύσθησαν.] [3] Ἐπεὶ δὲ ᾐσθάνετο Ξενοφῶν, ἔδοξεν αὐτῷ ὡς τάχιστα ξυναγαγεῖν αὐτῶν ἀγοράν, καὶ μὴ ἐᾶσαι ξυλλεγῆναι αὐτομάτους· καὶ ἐκέλευσε τὸν κήρυκα ξυλλέξαι ἀγοράν. [4] Οἱ δ᾽ ἐπεὶ τοῦ κήρυκος ἤκουσαν, ξυνέδραμον καὶ μάλα ἑτοίμως. Ἐνταῦθα Ξενοφῶν τῶν μὲν στρατηγῶν οὐ κατηγόρει, ὅτι ἦλθον πρὸς αὐτόν, λέγει δὲ ὧδε.

[5]  « Ἀκούω τινὰ διαβάλλειν, ὦ ἄνδρες, ἐμὲ ὡς ἐγὼ ἄρα ἐξαπατήσας ὑμᾶς μέλλω ἄγειν εἰς Φᾶσιν. Ἀκούσατε οὖν μου πρὸς θεῶν, καὶ ἐὰν μὲν ἐγὼ φαίνωμαι ἀδικεῖν, οὐ χρή με ἐνθένδε ἀπελθεῖν πρὶν ἂν δῶ δίκην· ἂν δ᾽ ὑμῖν φαίνωνται ἀδικεῖν οἱ ἐμὲ διαβάλλοντες, οὕτως αὐτοῖς χρῆσθε ὥσπερ ἄξιον. [6] Ὑμεῖς δέ, ἔφη, ἴστε δήπου ὅθεν ἥλιος ἀνίσχει καὶ ὅπου δύεται, καὶ ὅτι ἐὰν μέν τις εἰς τὴν Ἑλλάδα μέλλῃ ἰέναι, πρὸς ἑσπέραν δεῖ πορεύεσθαι· ἢν δέ τις βούληται εἰς τοὺς βαρβάρους, τοὔμπαλιν πρὸς ἕω. Ἔστιν οὖν ὅστις τοῦτο ἂν δύναιτο ὑμᾶς ἐξαπατῆσαι ὡς ἥλιος ἔνθεν μὲν ἀνίσχει, δύεται δὲ ἐνταῦθα, ἔνθα δὲ δύεται, ἀνίσχει δ᾽ ἐντεῦθεν; [7] Ἀλλὰ μὴν καὶ τοῦτό γε ἐπίστασθε ὅτι βορέας μὲν ἔξω τοῦ Πόντου εἰς τὴν Ἑλλάδα φέρει, νότος δὲ εἴσω εἰς Φᾶσιν, καὶ λέγεται, ὅταν βορρᾶς πνέῃ, ὡς καλοὶ πλοῖ εἰσιν εἰς τὴν Ἑλλάδα. Τοῦτ᾽ οὖν ἔστιν ὅπως τις ἂν ὑμᾶς ἐξαπατήσαι ὥστε ἐμβαίνειν ὁπόταν νότος πνέῃ;

[8] « Ἀλλὰ γὰρ ὁπόταν γαλήνη ᾖ ἐμβιβῶ. Οὐκοῦν ἐγὼ μὲν ἐν ἑνὶ πλοίῳ πλεύσομαι, ὑμεῖς δὲ τοὐλάχιστον ἐν ἑκατόν. Πῶς ἂν οὖν ἐγὼ ἢ βιασαίμην ὑμᾶς ξὺν ἐμοὶ πλεῖν μὴ βουλομένους ἢ ἐξαπατήσας ἄγοιμι; [9] Ποιῶ δ᾽ ὑμᾶς ἐξαπατηθέντας καὶ γοητευθέντας ὑπ᾽ ἐμοῦ ἥκειν εἰς Φᾶσιν· καὶ δὴ ἀποβαίνομεν εἰς τὴν χώραν· γνώσεσθε δήπου ὅτι οὐκ ἐν τῇ Ἑλλάδι ἐστέ· καὶ ἐγὼ μὲν ἔσομαι ὁ ἐξηπατηκὼς εἷς, ὑμεῖς δὲ οἱ ἐξηπατημένοι ἐγγὺς μυρίων ἔχοντες ὅπλα. Πῶς ἂν οὖν ἀνὴρ μᾶλλον δοίη δίκην ἢ οὕτω περὶ αὑτοῦ τε καὶ ὑμῶν βουλευόμενος;

[10] « Ἀλλ᾽ οὗτοί εἰσιν οἱ λόγοι ἀνδρῶν καὶ ἠλιθίων κἀμοὶ φθονούντων, ὅτι ἐγὼ ὑφ᾽ ὑμῶν τιμῶμαι. Καίτοι οὐ δικαίως γ᾽ ἄν μοι φθονοῖεν· τίνα γὰρ αὐτῶν ἐγὼ κωλύω ἢ λέγειν εἴ τίς τι ἀγαθὸν δύναται ἐν ὑμῖν, ἢ μάχεσθαι εἴ τις ἐθέλει ὑπὲρ ὑμῶν τε καὶ ἑαυτοῦ, ἢ ἐγρηγορέναι περὶ τῆς ὑμετέρας ἀσφαλείας ἐπιμελούμενον; τί γάρ, ἄρχοντας αἱρουμένων ὑμῶν ἐγώ τινι ἐμποδών εἰμι; παρίημι, ἀρχέτω· μόνον ἀγαθόν τι ποιῶν ὑμᾶς φαινέσθω.

[11] « Ἀλλὰ γὰρ ἐμοὶ μὲν ἀρκεῖ περὶ τούτων τὰ εἰρημένα· εἰ δέ τις ὑμῶν ἢ αὐτὸς ἐξαπατηθῆναι ἂν οἴεται ταῦτα ἢ ἄλλον ἐξαπατῆσαι ταῦτα, λέγων διδασκέτω. [12] Ὅταν δὲ τούτων ἅλις ἔχητε, μὴ ἀπέλθητε πρὶν ἂν ἀκούσητε οἷον ὁρῶ ἐν τῇ στρατιᾷ ἀρχόμενον πρᾶγμα· ὃ εἰ ἔπεισι καὶ ἔσται οἷον ὑποδείκνυσιν, ὥρα ἡμῖν βουλεύεσθαι ὑπὲρ ἡμῶν αὐτῶν μὴ κάκιστοί τε καὶ αἴσχιστοι ἄνδρες ἀποφαινώμεθα καὶ πρὸς θεῶν καὶ πρὸς ἀνθρώπων καὶ φίλων καὶ πολεμίων. »

[13] Ἀκούσαντες δὲ ταῦτα οἱ στρατιῶται ἐθαύμασάν τε ὅ τι εἴη καὶ λέγειν ἐκέλευον. Ἐκ τούτου ἄρχεται πάλιν·

« Ἐπίστασθέ που ὅτι χωρία ἦν ἐν τοῖς ὄρεσι βαρβαρικά, φίλια τοῖς Κερασουντίοις, ὅθεν κατιόντες τινὲς καὶ ἱερεῖα ἐπώλουν ἡμῖν καὶ ἄλλα ὧν εἶχον, δοκοῦσι δέ μοι καὶ ὑμῶν τινες εἰς τὸ ἐγγυτάτω χωρίον τούτων ἐλθόντες ἀγοράσαντές τι πάλιν ἀπελθεῖν. [14] Τοῦτο καταμαθὼν Κλεάρετος ὁ λοχαγὸς ὅτι καὶ μικρὸν εἴη καὶ ἀφύλακτον διὰ τὸ φίλιον νομίζειν εἶναι, ἔρχεται ἐπ᾽ αὐτοὺς τῆς νυκτὸς ὡς πορθήσων, οὐδενὶ ἡμῶν εἰπών. [15] Διενενόητο δέ, εἰ λάβοι τόδε τὸ χωρίον, εἰς μὲν τὸ στράτευμα μηκέτι ἐλθεῖν, εἰσβὰς δὲ εἰς πλοῖον ἐν ᾧ ἐτύγχανον οἱ ξύσκηνοι αὐτοῦ παραπλέοντες, καὶ ἐνθέμενος εἴ τι λάβοι, ἀποπλέων οἴχεσθαι ἔξω τοῦ Πόντου. Καὶ ταῦτα ξυνωμολόγησαν αὐτῷ οἱ ἐκ τοῦ πλοίου σύσκηνοι, ὡς ἐγὼ νῦν αἰσθάνομαι. [16] Παρακαλέσας οὖν ὁπόσους ἔπειθεν ἦγεν ἐπὶ τὸ χωρίον. Πορευόμενον δ᾽ αὐτὸν φθάνει ἡμέρα γενομένη, καὶ ξυστάντες οἱ ἄνθρωποι ἀπὸ ἰσχυρῶν τόπων βάλλοντες καὶ παίοντες τόν τε Κλεάρετον ἀποκτείνουσι καὶ τῶν ἄλλων συχνούς, οἱ δέ τινες καὶ εἰς Κερασοῦντα αὐτῶν ἀποχωροῦσι.

[17] « Ταῦτα δ᾽ ἦν ἐν τῇ ἡμέρᾳ ᾗ ἡμεῖς δεῦρο ἐξωρμῶμεν πεζῇ· τῶν δὲ πλεόντων ἔτι τινὲς ἦσαν ἐν Κερασοῦντι, οὔπω ἀνηγμένοι. Μετὰ τοῦτο, ὡς οἱ Κερασούντιοι λέγουσιν, ἀφικνοῦνται τῶν ἐκ τοῦ χωρίου τρεῖς ἄνδρες τῶν γεραιτέρων πρὸς τὸ κοινὸν τὸ ἡμέτερον χρῄζοντες ἐλθεῖν. [18] Ἐπεὶ δ᾽ ἡμᾶς οὐ κατέλαβον, πρὸς τοὺς Κερασουντίους ἔλεγον ὅτι θαυμάζοιεν τί ἡμῖν δόξειεν ἐλθεῖν ἐπ᾽ αὐτούς. Ἐπεὶ μέντοι σφεῖς λέγειν, ἔφασαν, ὅτι οὐκ ἀπὸ κοινοῦ γένοιτο τὸ πρᾶγμα, ἥδεσθαί τε αὐτοὺς καὶ μέλλειν ἐνθάδε πλεῖν, ὡς ἡμῖν λέξαι τὰ γενόμενα καὶ τοὺς νεκροὺς κελεύειν αὐτοὺς θάπτειν λαβόντας.

[19] « Τῶν δ᾽ ἀποφυγόντων τινὰς Ἑλλήνων τυχεῖν ἔτι ὄντας ἐν Κερασοῦντι· αἰσθόμενοι δὲ τοὺς βαρβάρους ὅποι ἴοιεν αὐτοί τε ἐτόλμησαν βάλλειν τοῖς λίθοις καὶ τοῖς ἄλλοις παρεκελεύοντο. Καὶ οἱ ἄνδρες ἀποθνῄσκουσι τρεῖς ὄντες οἱ πρέσβεις καταλευσθέντες. [20] Ἐπεὶ δὲ τοῦτο ἐγένετο, ἔρχονται πρὸς ἡμᾶς οἱ Κερασούντιοι καὶ λέγουσι τὸ πρᾶγμα· καὶ ἡμεῖς οἱ στρατηγοὶ ἀκούσαντες ἠχθόμεθά τε τοῖς γεγενημένοις καὶ ἐβουλευόμεθα ξὺν τοῖς Κερασουντίοις ὅπως ἂν ταφείησαν οἱ τῶν Ἑλλήνων νεκροί. [21] Συγκαθήμενοι δ᾽ ἔξωθεν τῶν ὅπλων ἐξαίφνης ἀκούομεν θορύβου πολλοῦ  « Παῖε παῖε, βάλλε βάλλε, » καὶ τάχα δὴ ὁρῶμεν πολλοὺς προσθέοντας λίθους ἔχοντας ἐν ταῖς χερσί, τοὺς δὲ καὶ ἀναιρουμένους. [22] Καὶ οἱ μὲν Κερασούντιοι, ὡς [ἂν] Καὶ ἑορακότες τὸ παρ᾽ ἑαυτοῖς πρᾶγμα, δείσαντες ἀποχωροῦσι πρὸς τὰ πλοῖα. Ἦσαν δὲ νὴ Δία καὶ ἡμῶν οἳ ἔδεισαν. [23] Ἐγώ γε μὴν ἦλθον πρὸς αὐτοὺς καὶ ἠρώτων ὅ τι ἐστὶ τὸ πρᾶγμα. Τῶν δὲ ἦσαν μὲν οἳ οὐδὲν ᾔδεσαν, ὅμως δὲ λίθους εἶχον ἐν ταῖς χερσίν. Ἐπεὶ δὲ εἰδότι τινὶ ἐπέτυχον, λέγει μοι ὅτι οἱ ἀγορανόμοι δεινότατα ποιοῦσι τὸ στράτευμα. [24] Ἐν τούτῳ τις ὁρᾷ τὸν ἀγορανόμον Ζήλαρχον πρὸς τὴν θάλατταν ἀποχωροῦντα, καὶ ἀνέκραγεν· οἱ δὲ ὡς ἤκουσαν, ὥσπερ ἢ συὸς ἀγρίου ἢ ἐλάφου φανέντος ἵενται ἐπ᾽ αὐτόν.

[25] « Οἱ δ᾽ αὖ Κερασούντιοι ὡς εἶδον ὁρμῶντας καθ᾽ αὑτούς, σαφῶς νομίζοντες ἐπὶ σφᾶς ἵεσθαι, φεύγουσι δρόμῳ καὶ ἐμπίπτουσιν εἰς τὴν θάλατταν. ξυνεισέπεσον δὲ καὶ ἡμῶν αὐτῶν τινες, καὶ ἐπνίγετο ὅστις νεῖν μὴ ἐτύγχανεν ἐπιστάμενος. [26] Καὶ τούτους τί δοκεῖτε; ἠδίκουν μὲν οὐδέν, ἔδεισαν δὲ μὴ λύττα τις ὥσπερ κυσὶν ἡμῖν ἐμπεπτώκοι.

« Εἰ οὖν ταῦτα τοιαῦτα ἔσται, θεάσασθε οἵα ἡ κατάστασις ἡμῖν ἔσται τῆς στρατιᾶς. [27] Ὑμεῖς μὲν οἱ πάντες οὐκ ἔσεσθε κύριοι οὔτε ἀνελέσθαι πόλεμον ᾧ ἂν βούλησθε οὔτε καταλῦσαι, ἰδίᾳ δὲ ὁ βουλόμενος ἄξει στράτευμα ἐφ᾽ ὅ τι ἂν θέλῃ. Κἄν τινες πρὸς ὑμᾶς ἴωσι πρέσβεις εἰρήνης δεόμενοι ἢ ἄλλου τινός, κατακτείναντες τούτους οἱ βουλόμενοι ποιήσουσιν ὑμᾶς τῶν λόγων μὴ ἀκοῦσαι τῶν πρὸς ὑμᾶς ἰόντων. [28] Ἔπειτα δὲ οὓς μὲν ἂν ὑμεῖς πάντες ἕλησθε ἄρχοντας, ἐν οὐδεμιᾷ χώρᾳ ἔσονται, ὅστις δὲ ἂν ἑαυτὸν ἕληται στρατηγὸν καὶ ἐθέλῃ λέγειν  « βάλλε βάλλε, » οὗτος ἔσται ἱκανὸς καὶ ἄρχοντα κατακανεῖν καὶ ἰδιώτην ὃν ἂν ὑμῶν ἐθέλῃ ἄκριτον, ἢν ὦσιν οἱ πεισόμενοι αὐτῷ, ὥσπερ καὶ νῦν ἐγένετο. [29] Οἷα δὲ ὑμῖν καὶ διαπεπράχασιν οἱ αὐθαίρετοι οὗτοι στρατηγοὶ σκέψασθε. Ζήλαρχος μὲν ὁ ἀγορανόμος εἰ μὲν ἀδικεῖ ὑμᾶς, οἴχεται ἀποπλέων οὐ δοὺς ὑμῖν δίκην· εἰ δὲ μὴ ἀδικεῖ, φεύγει ἐκ τοῦ στρατεύματος δείσας μὴ ἀδίκως ἄκριτος ἀποθάνῃ.

[30] Οἱ δὲ καταλεύσαντες τοὺς πρέσβεις διεπράξαντο ὑμῖν μόνοις μὲν τῶν Ἑλλήνων εἰς Κερασοῦντα μὴ ἀσφαλὲς εἶναι, ἂν μὴ σὺν ἰσχύι ἀφικνῆσθε· τοὺς δὲ νεκροὺς οὓς πρόσθεν αὐτοὶ οἱ κατακανόντες ἐκέλευον θάπτειν, τούτους διεπράξαντο μηδὲ ξὺν κηρυκείῳ ἔτι ἀσφαλὲς εἶναι ἀνελέσθαι. Τίς γὰρ ἐθελήσει κῆρυξ ἰέναι κήρυκας ἀπεκτονώς; ἀλλ᾽ ἡμεῖς Κερασουντίων θάψαι αὐτοὺς ἐδεήθημεν.

[31] Εἰ μὲν οὖν ταῦτα καλῶς ἔχει, δοξάτω ὑμῖν, ἵνα ὡς τοιούτων ἐσομένων καὶ φυλακὴν ἰδίᾳ ποιήσῃ τις καὶ τὰ ἐρυμνὰ ὑπερδέξια πειρᾶται ἔχων σκηνοῦν. [32] Εἰ μέντοι ὑμῖν δοκεῖ θηρίων ἀλλὰ μὴ ἀνθρώπων εἶναι τὰ τοιαῦτα ἔργα, σκοπεῖτε παῦλάν τινα αὐτῶν· εἰ δὲ μή, πρὸς Διὸς πῶς ἢ θεοῖς θύσομεν ἡδέως ποιοῦντες ἔργα ἀσεβῆ, ἢ πολεμίοις πῶς μαχούμεθα, ἢν ἀλλήλους κατακαίνωμεν; [33] Πόλις δὲ φιλία τίς ἡμᾶς δέξεται, ἥτις ἂν ὁρᾷ τοσαύτην ἀνομίαν ἐν ἡμῖν; ἀγορὰν δὲ τίς ἄξει θαρρῶν, ἢν περὶ τὰ μέγιστα τοιαῦτα ἐξαμαρτάνοντες φαινώμεθα; οὗ δὲ δὴ πάντων οἰόμεθα τεύξεσθαι ἐπαίνου, τίς ἂν ἡμᾶς τοιούτους ὄντας ἐπαινέσειεν; ἡμεῖς μὲν γὰρ οἶδ᾽ ὅτι πονηροὺς ἂν φαίημεν εἶναι τοὺς τὰ τοιαῦτα ποιοῦντας. »

[34] Ἐκ τούτου ἀνιστάμενοι πάντες ἔλεγον τοὺς μὲν τούτων ἄρξαντας δοῦναι δίκην, τοῦ δὲ λοιποῦ μηκέτι ἐξεῖναι ἀνομίας ἄρξαι· ἐὰν δέ τις ἄρξῃ, ἄγεσθαι αὐτοὺς ἐπὶ θανάτῳ· τοὺς δὲ στρατηγοὺς εἰς δίκας πάντας καταστῆσαι· εἶναι δὲ δίκας καὶ εἴ τι ἄλλο τις ἠδίκητο ἐξ οὗ Κῦρος ἀπέθανε· δικαστὰς δὲ τοὺς λοχαγοὺς ἐποιήσαντο. [35] Παραινοῦντος δὲ Ξενοφῶντος καὶ τῶν μάντεων συμβουλευόντων ἔδοξε καθῆραι τὸ στράτευμα. Καὶ ἐγένετο καθαρμός.

[1] Les soldats apprennent ce qui s’est passé. Néon leur dit que Xénophon, après avoir séduit les stratèges, a l’intention de tromper les soldats et de les ramener vers le Phase. [2] A cette nouvelle, les soldats sont indignés : ils se forment en groupes ; ils se rassemblent en cercles. Déjà l’on craint de les voir faire ce qu’ils ont fait aux envoyés de Colques et aux agoranomes : tous ceux qui ne s’étaient pas sauvés sur mer, avaient été lapidés. [3] Xénophon, instruit de ce qui se passe, croit qu’il faut au plus vite convoquer l’armée et ne pas lui laisser le temps de le faire d’elle-même. Il ordonne au héraut de la convoquer. [4] Aussitôt qu’on entend le héraut, on accourt avec empressement. Alors Xénophon, sans accuser les stratèges de s’être rendus auprès de lui :

[5] « Soldats, dit-il, j’apprends qu’on m’impute faussement le dessein de vous tromper et de vous conduire au Phase. Écoutez-moi donc, au nom des dieux ! Si je vous parais coupable, il ne faut pas que je sorte d’ici sans en porter la peine ; mais si les vrais coupables sont mes calomniateurs, traitez-las comme ils le méritent. [6] Vous savez où le soleil se 126  lève et où il se couche ; que. si l'on veut aller en Grèce, c’est vers le couchant qu’il faut se diriger, et que, si l’on vent aller chez les Barbares, c’est au contraire vers l’orient. Est-il possible qu’on puisse vous abuser au point de vous faire croire que le soleil se lève où il se couche, et se couche où il se lève ? [7] Nous savons également que le Borée porte en Grèce ceux qui partent du Pont, et que le Notus conduit vers le Phase : et quand le Borée souffle, vous dites qu’il fait un beau temps pour aller en Grèce. Y a-t-il moyen de vous tromper et de vous faire embarquer quand souffle le Notus ?

[8] « Mais supposons que je vous embarque par un temps calme : est-ce que je ne naviguerai pas sur un seul vaisseau, tandis que vous en aurez au moins cent ? Alors comment vous forcerai-je à faire le même trajet que moi, si vous ne voulez pas ? comment vous entraînerai-je en vous trompant ? [9] Mais je suppose encore que je vous ai trompés, que mes enchantements vous ont entraînés vers le Phase. Nous descendons à terre. Vous reconnaîtrez bien que vous n’êtes pas en Grèce ; je serai tout seul, moi, le trompeur, et vous, trompés, vous serez près de dix mille, ayant des armes. Le moyen qu’un seul homme ne soit pas puni, quand il médite de pareils desseins contre lui-même et contre vous ?

[10] « Mais ce sont là les propos d’hommes insensés, jaloux de moi et des égards que vous avez pour moi. Et cependant je n’ai pas mérité cette jalousie. Quel est celui d’entre eux que j’empêche de parler s’il a quelque chose de bon à dire, de combattre s’il veut, et pour vous et pour lui-même, de veiller avec dévouement à votre sûreté ? Eh quoi ! Vous choisissez des chefs ; est-ce que je suis un obstacle ? Je résigne le commandement : qu’un autre le prenne ; seulement qu’il fasse le bien de l’armée.

[11] « Mais j’en ai dit assez : s’il est quelqu’un de vous qui se croie trompé ou qui pense que d’autres l’ont été, qu’il le dise et le prouve! Maintenant qu’en voilà assez sur ce propos, [12] ne vous séparez pas avant que je vous aie parlé d’un fait que je commence à voir se produire dans l’armée. Si ce mal se développe, s’il arrive au point qu’il a l’air de vouloir atteindre, il est temps de prendre des mesures relatives à nous-mêmes, ado de ne pas paraître les plus méchants et les plus lâches des hommes à la face du ciel et de la terre, de nos amis et de nos ennemis, et de ne pas nous couvrir de honte. »

[13] En entendant ces mots, les soldats étonnés le pressent de dire ce que c’est. Il commence ainsi :

« Vous savez qu’il y avait sur les montagnes 127 barbares des bourgades alliées aux Cérasontins, d’où quelques habitants descendaient et venaient nous vendre du bétail et les autres denrées qu’ils possédaient. Plusieurs de vous, ce me semble, ont été dans la plus voisine de ces bourgades, ont fait leur marché, et sont revenus. [14] Le lochage Cléarète, informé qu’elle est petite et mal gardée, et parce qu’elle se fiait à notre amitié, sort la nuit pour aller la piller, sans rien dire à personne. [15] Il avait le dessein, s’il s’en rendait maître, de ne plus revenir à l’armée, de s’embarquer à bord d’un bâtiment sur lequel ses camarades de chambrée longeaient la côte, d’y charger la prise, de mettre à la voile et de sortir de l’Euxin. Ces camarades s’étaient faits ses complices, comme je viens de le savoir. [16] Cléarète appelle à lui tous ceux qu’il peut séduire et les mène à la bourgade. Mais le jour l’ayant surpris en route, les gens du lieu se rassemblent, et du haut de leurs montagnes se défendent si bien de leurs traits et de leurs coups, qu’ils tuent Cléarète et bon nombre des siens. Quelques-uns s’enfuient à Cérasonte.

[17] « Cela se passait le jour même où nous partions à pied pour venir ici. Plusieurs de ceux qui devaient suivre par mer étaient encore à Cérasonte et n’avaient pas levé l’ancre. Alors, suivant le rapport des Cérasontins, arrivent trois vieillards du lieu attaqué, qui demandent à être introduits dans notre assemblée. [18] Ne nous trouvant pas, ils disent aux Cérasontins qu’ils sont surpris de ce que nous avons eu l’idée de les attaquer. Ceux-ci leur ayant répondu que l’affaire n’avait point été concertée, les barbares en sont contents, et veulent s’embarquer pour venir ici nous raconter ce qui s’est passé et inviter ceux qui le voudraient à reprendre et à ensevelir les morts.

[19] « Quelques-uns des Grecs qui avaient fui se trouvaient encore à Cérasonte. Sachant où allaient ces barbares, ils osent leur jeter des pierres et en appeler d’autres à leur aide. Les trois députés périssent lapidés. [20] Aussitôt des Cérasontins arrivent nous trouver, et noue, stratèges, consternés de ce que nous apprenons, nous nous concertons avec les Cérasontins sur les moyens de donner la sépulture aux cadavres des Grecs. [21]  Nous étions assis en avant des autres, quand tout à coup nous entendons un grand tumulte : « Frappe ! frappe ! jette ! jette ! » Nous voyons bientôt un grand nombre d’hommes accourir, les uns tenant des pierres dans leurs mains, les autres en ramassant. [22] Les Cérasontins, témoins de ce qui s’était passé dans leur ville, s’enfuient épouvantés vers leurs vaisseaux ; et même, par 128 Jupiter ! quelques-uns de nous n’étaient pas sans crainte. Pour moi, je m’avance, je demande quel est ce désordre. Il y en avait qui n’en savaient rien, tout en ayant des pierres entre les mains. [23] Je trouve enfin un homme au courant de l’affaire : il me dit que les agoranomes se sont fort mal conduits avec l’armée. [24] Au même instant, un soldat aperçoit l’agoranome Zélarque qui se retire vers le rivage : il jette un cri ; les autres l’entendent, et les voilà courant sus, comme s’ils avaient vu paraître un sanglier ou un cerf.

[25] « Les Gérasontins, voyant qu’on se précipite de leur côté, croient qu’on leur en veut, fuient en courant et se jettent dans la mer. Quelques-uns des nôtres y tombent aussi, et tous ceux qui ne savent pas nager se noient. [26] Que vous semble des Cérasontins ? Ils ne nous avaient fait aucun tort, ils craignaient que nous ne fussions tout à coup enragés comme des chiens.

« Si un pareil ordre de choses subsiste, voyez en quel désarroi tombera notre armée. [27] Vous tous réunis en corps, vous ne serez plus maîtres de faire la guerre, ou, si vous le voulez, d’y mettre un terme. Le premier venu conduira l’armée à son gré et où il voudra. S’il vous vient quelques envoyés pour vous demander la paix ou toute autre chose, qui voudra les fera mettre à mort et vous empêchera de rien entendre des paroles de ceux qui nous sont députés. [28] Ensuite, tous ceux que vous aurez choisis pour chefs n’auront plus d’autorité. Quiconque s’élira lui-même stratège et voudra crier : « Jette ! jette ! » pourra tuer tout chef ou tout simple soldat qu’il lui plaira, sans forme de procès, s’il trouve des complaisants, comme cela est arrivé naguère. [29] Quels exploits vous ont produits ces stratèges qui se sont créés eux-mêmes, voyez-les. Zélarque, cet agoranome, est-il coupable envers vous, il s’est enfui par mer, et il a échappé au châtiment : est-il innocent, il fuit loin de l’armée de crainte d’être mis à mort injustement et sans forme de procès.

[30] « Ceux qui ont lapidé les envoyés ont fait que, seuls de tous les Grecs, vous ne pouvez être en sûreté à Cérasonte, si vous n’y venez en force. Ces morts, que naguère ceux même qu’ils avaient tués vous invitaient à venir ensevelir, ils ont fait qu’il n’est pas sûr pour vous d’aller les enlever même avec un héraut. Qui voudra être héraut, après avoir tué ceux des autres ? Aussi avons-nous prié les Cérasontins d’ensevelir nos morts.

[31] « Si vous approuvez tous ces faits, rendez un décret qui les confirme, afin que, s’ils se renouvellent, chacun se tienne sur ses gardes et essaye de se retrancher dans quelque lieu fort.  129 [32] Mais si vous croyez que ce sont là des actes de bêtes sauvages et non pas d’hommes, songez à y mettre un terme. Autrement, par Jupiter ! comment ferons-nous aux dieux des sacrifices qui leur plaisent, après des actes impies ; comment irons nous combattre les ennemis, si nous nous égorgeons les uns les autres ? [33] Quelle ville nous recevra comme amis, si l’on voit chez nous pareil désordre ? Qui osera nous apporter des vivres, quand il sera notoire que nous ne reculons pas devant les plus grands crimes ? Si nous croyons avoir mérité quelque gloire, qui donc osera louer des hommes tels que nous ? Je sais que nous paraîtrions des scélérats après une pareille conduite. »

[34] Aussitôt tous les Grecs se lèvent et disent qu’il faut commencer par sévir contre les coupables, ne plus tolérer à l’avenir de semblables désordres, et mettre à mort le premier qui les renouvellera : les stratèges vont instruire le procès, on va rechercher toutes les autres fautes commises depuis la mort de Cyrus, et les lochages en seront juges. [35] Sur la proposition de Xénophon, appuyée du conseil des devins, on décide de purifier l’armée, et l’expiation a lieu.

CHAPITRE VIII.

Accusé d’avoir frappé plusieurs soldats, Xénophon se justifie.

[1] Ἔδοξε δὲ καὶ τοὺς στρατηγοὺς δίκην ὑποσχεῖν τοῦ παρεληλυθότος χρόνου. Καὶ διδόντων Φιλήσιος μὲν ὦφλε καὶ Ξανθικλῆς τῆς φυλακῆς τῶν γαυλικῶν χρημάτων τὸ μείωμα εἴκοσι μνᾶς, Σοφαίνετος δέ, ὅτι αἱρεθεὶς ... Κατημέλει, δέκα μνᾶς. Ξενοφῶντος δὲ κατηγόρησάν τινες φάσκοντες παίεσθαι ὑπ᾽ αὐτοῦ καὶ ὡς ὑβρίζοντος τὴν κατηγορίαν ἐποιοῦντο. [2] Καὶ ὁ Ξενοφῶν ἐκέλευσεν εἰπεῖν τὸν πρῶτον λέξαντα ποῦ καὶ ἐπλήγη. Ὁ δὲ ἀπεκρίνατο·

« Ὅπου καὶ ῥίγει ἀπωλλύμεθα καὶ χιὼν πλείστη ἦν.

[3] Ὁ δὲ εἶπεν·

« Ἀλλὰ μὴν χειμῶνός γε ὄντος οἵου λέγεις, σίτου δὲ ἐπιλελοιπότος, οἴνου δὲ μηδ᾽ ὀσφραίνεσθαι παρόν, ὑπὸ δὲ πόνων πολλῶν ἀπαγορευόντων, πολεμίων δὲ ἑπομένων, εἰ ἐν τοιούτῳ καιρῷ ὕβριζον, ὁμολογῶ καὶ τῶν ὄνων ὑβριστότερος εἶναι, οἷς φασιν ὑπὸ τῆς ὕβρεως κόπον οὐκ ἐγγίγνεσθαι. Ὅμως δὲ καὶ λέξον, ἔφη, ἐκ τίνος ἐπλήγης. [4] Πότερον ᾔτουν τί σε καὶ ἐπεί μοι οὐκ ἐδίδους ἔπαιον; ἀλλ᾽ ἀπῄτουν; ἀλλὰ περὶ παιδικῶν μαχόμενος; [5] Ἀλλὰ μεθύων ἐπαρᾐνησα;

Ἐπεὶ δὲ τούτων οὐδὲν ἔφησεν, ἐπήρετο αὐτὸν εἰ ὁπλιτεύοι.

« Οὐκ ἔφη· πάλιν εἰ πελτάζοι. Οὐδὲ τοῦτ᾽ ἔφη, ἀλλ᾽ ἡμίονον ἐλαύνειν ταχθεὶς ὑπὸ τῶν συσκήνων ἐλεύθερος ὤν. »

[6] Ἐνταῦθα δὴ ἀναγιγνώσκει αὐτὸν καὶ ἤρετο·

« Ἦ σὺ εἶ ὁ τὸν κάμνοντα ἀγαγών;

-- Ναὶ μὰ Δί᾽, ἔφη· σὺ γὰρ ἠνάγκαζες· τὰ δὲ τῶν ἐμῶν συσκήνων σκεύη διέρριψας.

[7]  -- Ἀλλ᾽ ἡ μὲν διάρριψις, ἔφη ὁ Ξενοφῶν, τοιαύτη τις ἐγένετο. Διέδωκα ἄλλοις ἄγειν καὶ ἐκέλευσα πρὸς ἐμὲ ἀπαγαγεῖν, καὶ ἀπολαβὼν ἅπαντα σῷα ἀπέδωκά σοι, ἐπεὶ καὶ σὺ ἐμοὶ ἀπέδειξας τὸν ἄνδρα. Οἷον δὲ τὸ πρᾶγμα ἐγένετο ἀκούσατε, ἔφη· καὶ γὰρ ἄξιον.

[8] Ἀνὴρ κατελείπετο διὰ τὸ μηκέτι δύνασθαι πορεύεσθαι. Καὶ ἐγὼ τὸν μὲν ἄνδρα τοσοῦτον ἐγίγνωσκον ὅτι εἷς ἡμῶν εἴη· ἠνάγκασα δὲ σὲ τοῦτον ἄγειν, ὡς μὴ ἀπόλοιτο· καὶ γάρ, ὡς ἐγὼ οἶμαι, πολέμιοι ἡμῖν ἐφείποντο.»

 Συνέφη τοῦτο ὁ ἄνθρωπος.

[9]  « Οὐκοῦν, ἔφη ὁ Ξενοφῶν, ἐπεὶ προύπεμψά σε, καταλαμβάνω αὖθις σὺν τοῖς ὀπισθοφύλαξι προσιὼν βόθρον ὀρύττοντα ὡς κατορύξοντα τὸν ἄνθρωπον, καὶ ἐπιστὰς ἐπῄνουν σε. [10] Ἐπεὶ δὲ παρεστηκότων ἡμῶν συνέκαμψε τὸ σκέλος ἁνήρ, ἀνέκραγον οἱ παρόντες ὅτι ζῇ ἁνήρ, σὺ δ᾽ εἶπας·

-- Ὁπόσα γε βούλεται· ὡς ἔγωγε αὐτὸν οὐκ ἄξω. Ἐνταῦθα ἔπαισά σε· ἀληθῆ λέγεις· ἔδοξας γάρ μοι εἰδότι ἐοικέναι ὅτι ἔζη.

[11]  -- Τί οὖν; ἔφη, ἧττόν τι ἀπέθανεν, ἐπεὶ ἐγώ σοι ἀπέδειξα αὐτόν;

-- Καὶ γὰρ ἡμεῖς, ἔφη ὁ Ξενοφῶν, πάντες ἀποθανούμεθα· τούτου οὖν ἕνεκα ζῶντας ἡμᾶς δεῖ κατορυχθῆναι;  »

[12] Τοῦτον μὲν ἀνέκραγον ὡς ὀλίγας παίσειεν· ἄλλους δ᾽ ἐκέλευε λέγειν διὰ τί ἕκαστος ἐπλήγη. Ἐπεὶ δὲ οὐκ ἀνίσταντο, αὐτὸς ἔλεγεν·

[13]  «  Ἐγώ, ὦ ἄνδρες, ὁμολογῶ παῖσαι δὴ ἄνδρας ἕνεκεν ἀταξίας ὅσοις σᾐζεσθαι μὲν ἤρκει δι᾽ ὑμῶν ἐν τάξει τε ἰόντων καὶ μαχομένων ὅπου δέοι, αὐτοὶ δὲ λιπόντες τὰς τάξεις προθέοντες ἁρπάζειν ἤθελον καὶ ὑμῶν πλεονεκτεῖν. Εἰ δὲ τοῦτο πάντες ἐποιοῦμεν, ἅπαντες ἂν ἀπωλόμεθα. [14] Ἤδη δὲ καὶ μαλακιζόμενόν τινα καὶ οὐκ ἐθέλοντα ἀνίστασθαι ἀλλὰ προϊέμενον αὑτὸν τοῖς πολεμίοις καὶ ἔπαισα καὶ ἐβιασάμην πορεύεσθαι. Ἐν γὰρ τῷ ἰσχυρῷ χειμῶνι καὶ αὐτός ποτε ἀναμένων τινὰς συσκευαζομένους καθεζόμενος συχνὸν χρόνον κατέμαθον ἀναστὰς μόλις καὶ τὰ σκέλη ἐκτείνας. [15] Ἐν ἐμαυτῷ οὖν πεῖραν λαβὼν ἐκ τούτου καὶ ἄλλον, ὁπότε ἴδοιμι καθήμενον καὶ βλακεύοντα, ἤλαυνον· τὸ γὰρ κινεῖσθαι καὶ ἀνδρίζεσθαι παρεῖχε θερμασίαν τινὰ καὶ ὑγρότητα, τὸ δὲ καθῆσθαι καὶ ἡσυχίαν ἔχειν ἑώρων ὑπουργὸν ὂν τῷ τε ἀποπήγνυσθαι τὸ αἷμα καὶ τῷ ἀποσήπεσθαι τοὺς τῶν ποδῶν δακτύλους, ἅπερ πολλοὺς καὶ ὑμεῖς ἴστε παθόντας.

[16] « Ἄλλον δέ γε ἴσως ἀπολειπόμενόν που διὰ ῥᾳστώνην καὶ κωλύοντα καὶ ὑμᾶς τοὺς πρόσθεν καὶ ἡμᾶς τοὺς ὄπισθεν πορεύεσθαι ἔπαισα πύξ, ὅπως μὴ λόγχῃ ὑπὸ τῶν πολεμίων παίοιτο. [17] Καὶ γὰρ οὖν νῦν ἔξεστιν αὐτοῖς σωθεῖσιν, εἴ τι ὑπ᾽ ἐμοῦ ἔπαθον παρὰ τὸ δίκαιον, δίκην λαβεῖν. Εἰ δ᾽ ἐπὶ τοῖς πολεμίοις ἐγένοντο, τί μέγα ἂν οὕτως ἔπαθον ὅτου δίκην ἂν ἠξίουν λαμβάνειν; [18] Ἁπλοῦς μοι, ἔφη, ὁ λόγος· εἰ μὲν ἐπ᾽ ἀγαθῷ ἐκόλασά τινα, ἀξιῶ ὑπέχειν δίκην οἵαν καὶ γονεῖς υἱοῖς καὶ διδάσκαλοι παισί· καὶ γὰρ οἱ ἰατροὶ καίουσι καὶ τέμνουσιν ἐπ᾽ ἀγαθῷ· [19] Εἰ δὲ ὕβρει νομίζετέ με ταῦτα πράττειν, ἐνθυμήθητε ὅτι νῦν ἐγὼ θαρρῶ σὺν τοῖς θεοῖς μᾶλλον ἢ τότε καὶ θρασύτερός εἰμι νῦν ἢ τότε καὶ οἶνον πλείω πίνω, ἀλλ᾽ ὅμως οὐδένα παίω· [20] Ἐν εὐδίᾳ γὰρ ὁρῶ ὑμᾶς. Ὅταν δὲ χειμὼν ᾖ καὶ θάλαττα μεγάλη ἐπιφέρηται, οὐχ ὁρᾶτε ὅτι καὶ νεύματος μόνον ἕνεκα χαλεπαίνει μὲν πρῳρεὺς τοῖς ἐν πρᾐρᾳ, χαλεπαίνει δὲ κυβερνήτης τοῖς ἐν πρύμνῃ; ἱκανὰ γὰρ ἐν τῷ τοιούτῳ καὶ μικρὰ ἁμαρτηθέντα πάντα συνεπιτρῖψαι. [21] Ὅτι δὲ δικαίως ἔπαιον αὐτοὺς καὶ ὑμεῖς κατεδικάσατε· ἔχοντες ξίφη, οὐ ψήφους, παρέστατε, καὶ ἐξῆν ὑμῖν ἐπικουρεῖν αὐτοῖς, εἰ ἐβούλεσθε· ἀλλὰ μὰ Δία οὔτε τούτοις ἐπεκουρεῖτε οὔτε σὺν ἐμοὶ τὸν ἀτακτοῦντα ἐπαίετε. [22] Τοιγαροῦν ἐξουσίαν ἐποιήσατε τοῖς κακοῖς αὐτῶν ὑβρίζειν ἐῶντες αὐτούς. Οἶμαι γάρ, εἰ ἐθέλετε σκοπεῖν, τοὺς αὐτοὺς εὑρήσετε καὶ τότε κακίστους καὶ νῦν ὑβριστοτάτους.

[23] « Βοΐσκος γοῦν ὁ πύκτης ὁ Θετταλὸς τότε μὲν διεμάχετο ὡς κάμνων ἀσπίδα μὴ φέρειν, νῦν δέ, ὡς ἀκούω, Κοτυωριτῶν πολλοὺς ἤδη ἀποδέδυκεν. [24] Ἢν οὖν σωφρονῆτε, τοῦτον τἀναντία ποιήσετε ἢ τοὺς κύνας ποιοῦσι· τοὺς μὲν γὰρ κύνας τοὺς χαλεποὺς τὰς μὲν ἡμέρας διδέασι, τὰς δὲ νύκτας ἀφιᾶσι, τοῦτον δέ, ἢν σωφρονῆτε, τὴν νύκτα μὲν δήσετε, τὴν δὲ ἡμέραν ἀφήσετε.

[25] « Ἀλλὰ γάρ, ἔφη, θαυμάζω ὅτι εἰ μέν τινι ὑμῶν ἀπηχθόμην, μέμνησθε καὶ οὐ σιωπᾶτε, εἰ δέ τῳ ἢ χειμῶνα ἐπεκούρησα ἢ πολέμιον ἀπήρυξα ἢ ἀσθενοῦντι ἢ ἀποροῦντι συνεξεπόρισά τι, τούτων δὲ οὐδεὶς μέμνηται, οὐδ᾽ εἴ τινα καλῶς τι ποιοῦντα ἐπῄνεσα οὐδ᾽ εἴ τινα ἄνδρα ὄντα ἀγαθὸν ἐτίμησα ὡς ἐδυνάμην, οὐδὲν τούτων μέμνησθε. [26] Ἀλλὰ μὴν καλόν τε καὶ δίκαιον καὶ ὅσιον καὶ ἥδιον τῶν ἀγαθῶν μᾶλλον ἢ τῶν κακῶν μεμνῆσθαι. »

Ἐκ τούτου μὲν δὴ ἀνίσταντο καὶ ἀνεμίμνῃσκον. Καὶ περιεγένετο ὥστε καλῶς ἔχειν.
 

[1] Il est décidé que les stratèges auront à rendre compte de leur conduite passée. Le compte rendu, Philésias et Xanthiclès sont condamnés à payer vingt mines de déficit dans la caisse de la marine. Sophénète est condamné à dix mines pour négligence dans ses fonctions de général. Xénophon est accusé par quelques hommes, prétendant qu’il les a frappés et le décrétant de violence (07). [2] Xénophon se lève et somme le premier qui avait porté plainte de dire d’abord où il a été battu. Celui-ci répond :

« Dans un lieu où nous mourions de froid, où nous étions couverts de neige. »

[3] Xénophon reprend :

« S’il faisait le temps que tu dis, quand les vivres manquaient, quand on ne sentait pas une goutte de vin, que nous étions rendus de fatigues, ou harcelés par l’ennemi, si c’est alors que je t’ai insulté, je 130 suis plus insolent que les ânes, dont la fatigue n’arrête pas dit-on, l’insolence. Mais explique pourquoi je l'ai frappé. [4] Te demandais-je quelque chose, et est-ce pour ton refus que je t’ai battu ? Est-ce que j’exigeais une restitution ? [5] T’ai je querellé pour un mignon, ou bien étais-je en état d’ivresse ? »

L’autre convenant que ce n’est rien de tout cela, Xénophon lui demande s’il était alors parmi les hoplites.

« Non. — Avec les peltastes ? — Non plus ; mais moi, homme libre, je conduisais un mulet ; les camarades de chambrée m’en avaient chargé.  »

[6] Xénophon reconnaissant alors son homme :

« N’es-tu pas, lui demande-t-il, celui qui transportait un malade ?

— Oui, par Jupiter  ! tu m’y avais forcé, après avoir culbuté le bagage de mes compagnons.

[7] — Mais cette culbute, dit Xénophon, voici comment elle s’est faite. Je répartis les effets entre d’autres soldats, pour les porter et me les remettre. Le tout m’ayant été rendu en bon état, je te l’ai remis en échange de mon homme. Mais écoutez comment cela s’est fait : la chose en vaut la peine.

[8] « On laissait en arrière un homme qui ne pouvait plus marcher : je ne le connaissais que parce qu’il était un des nôtres. Je te force à le porter, sans quoi il est perdu ; car, si je ne me trompe, nous avions les ennemis en queue. »

L’homme en convient,

[9] « Après t’avoir fait prendre les devants, poursuit Xénophon, je retourne à l’arrière-garde, et je te retrouve ensuite creusant une fosse pour enterrer ton homme. Je m’arrête et je l'approuve.  [10] Mais pendant que nous sommes là, le malade plie la jambe : tous les assistants s’écrient qu’il est en vie. Alors toi : « Tout ce qu’on voudra, dis-tu ; pour moi, je ne le porte plus. C’est alors que je t’ai frappé. — Tu dis vrai. — Tu me faisais l’effet de savoir qu’il n’était pas mort. — Eh bien, répéta le plaignant, en est-il moins mort depuis que je te l’ai rendu  ? — Et nous aussi, dit Xénophon, nous mourrons tous ; mais est-une raison pour nous enterrer tout vifs ? »

[12] Tout le monde alors s’écrie qu’il n’a pas assez frappé. Xénophon invite ensuite les autres à dire pourquoi chacun d’eux l’a été. Personne ne se levant, il dit :

« Oui, soldats, j’en conviens, j’ai frappé pour indiscipline beaucoup d’hommes, auxquels il aurait dû suffire d’être sauvés par vous : nous marchions en ordre et nous combattions quand il le fallait, tandis que ces hommes-là, quittant leurs rangs, et courant en avant, voulaient piller et gagner plus que vous. Si nous avions tous fait cela, nous étions tous perdus. [14] Il y a plus : quelque soldat mou, refusant de se relever et se livrant lui- 131 même à l’ennemi, je l’ai frappé, je l’ai contraint de rallier. En effet, dans le grand froid, ayant moi-même attendu longtemps après qu’on eut plié bagage, je me suis aperçu que j’avais peine à me relever et à étendre les jambes. [15] D’après cette expérience personnelle, dès que-je voyais quelqu’un s’asseoir en paresseux, je l’activais : car le mouvement et l’action donnent de la chaleur et de la souplesse, tandis que la station et le repos, ainsi que je l’ai vu, aident le sang à se glacer et les doigts des pieds à se geler ; accident que vous savez être arrivé à plusieurs d'entre vous.

[16] « Quelque autre soldat, arriéré par nonchalance, et qui empêchait vous l’avant-garde et nous l’arrière-garde d’avancer, je l’ai peut-être frappé du poing, afin qu’il ne fût pas frappé de la lance des ennemis. [17] Il est donc permis à ceux que j’ai sauvés ainsi de me demander compte du traitement que je leur ai infligé contrairement à la justice. Mais s’ils étaient tombés au pouvoir des ennemis, quel traitement dus terrible n’auraient-ils pas eu à subir, et dont ils croiraient avoir à demander raison ? [18] Je vous parle à cœur ouvert. Si j’ai puni quelqu’un pour son bien, je dois être puni comme un père qui châtie ses enfants ou un maître ses disciples. C’est aussi pour le bien que les médecins coupent et brûlent. [19] Mais si vous croyez que j’ai agi par violence, réfléchissez que, grâce aux dieux, j’ai bien plus de confiance aujourd’hui qu’alors, que je me sens aujourd’hui plus d’audace que jadis, que je bois plus de vin ; et cependant je ne frappe personne : [20] c’est que je vous vois au port. Mais durant la tempête, quand la mer est soulevée, ne voyez-vous pas que, pour le moindre signe de tête, le pilote s’emporte contre les matelots de la proue, le timonier s’emporte contre ceux de la poupe ? c’est qu’en pareil cas la faute la plus légère peut tout perdre. [21] Du reste, vous avez prononcé vous-mêmes que j’ai eu raison de frapper ces gens, car vous étiez autour de moi tenant en main non pas des cailloux de suffrages, mais des armes, et vous pouviez leur venir en aide, si vous le vouliez. Mais, par Jupiter, vous ne leur êtes point venus en aide, et vous n’avez pas frappé avec moi celui qui abandonnait son rang. [22] Vous avez autorisé la conduite de ces lâches en donnant les mains à leur insolence : car je le crois, si vous vouliez y faire attention, vous verriez qu’ils sont devenus les plus lâches et les plus insolents des hommes.

[23] « Boïscus, un lutteur thessalien, bataillait récemment pour porter son bouclier : il se disait malade ; et maintenant, à ce que  132 j’entends dire, il a dépouillé je ne sais combien de Cotyorites. [24] Si tous êtes sages, vous ferez avec lui le contraire de ce qu’on fait aveu les chiens. Les chiens méchants, on les met à l’attache le jour, et on les lâche la nuit : lui, si vous êtes prudents, vous l’attacherez la nuit, et le lâcherez le jour.

[25] « Mais en vérité, dit-il en terminant, je m’étonne que vous vous rappeliez ce que j’ai pu vous faire de désagréable, et que vous ne puissiez vous en taire ; tandis que s’il en est à qui j’ai porté secours durant le froid, que j’ai défendus contre l’ennemi, à qui j’ai rendu service dans la maladie ou dans la détresse, personne ne s’en souvient. Si j’ai loué ceux qui faisaient une belle action, si j’ai honoré quelque brave, autant qu’il était en moi, on ne se le rappelle pas davantage. [26] Et cependant il est beau, il est juste, c’est un devoir agréable et sacré de se souvenir du bien plutôt que du mal. »

A ces mots, chacun se lève l’esprit tout entier aux souvenirs, et l’affaire s’arrange au mieux.


 

 

(01) Voy. Homère, Odyssée, Xlll, 19.

(02)  Aujourd’hui Keresount, Ce fut, dit-on, dans cette ville que Lucullus trouva le cerisier, qu’il importa en Italie. De là les noms latins de verasus et cerasum pour désigner l’arbre et le fruit.

(03)   Ministre du temple.

(04) Voy. notre Introduction.

(05)  C’est-à-dire habitants de Mossynes. Dans la langue de ces peuples, mossyne signifie tour de bois. Cf. Strabon, XII.

(06) Aujourd’hui Erekli.

(07)  Accusation semblable a celle que Démosthène intenta plus tard à Midias, qui l’avait frappé.