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table des matières d'Athénée de Naucratis

introduction à athénée de naucratis

ATHÉNÉE DE NAUCRATIS

LIVRE IX. Jambons juteux. - Napy, sineepi, ou moutarde : embamma, ou sauce : paropsis, plats et mets : rave : navet : chou : panais : poireau : bète : courge : ciboule : oiseaux : Anaxandride : cochon-de-lait. - Cochon pétalides : bœufs larinoi : science des cuisiniers : les sept Sages de la cuisine : porc moitié rôti, moitié bouilli sans être coupé : oies grasses : viande en pot : viande bouillie : testicules, aliment : oxalme, ou saumure acéteuse : esclave du ventre, ou olbiogastor : faisan : francolin : porphyrion : porphyris, et lathi-porphyris : perdrix : outardes confondues par l'auteur avec l’otus, duc : scopes : coq : moineaux : cailles : caille-mère : petites cailles : cygne : colombe : ramier : canard : plongeon : chevreuil : paon : tetrace : lombes : mamelles : lièvre : lapin : lièvres noirs et blancs : sanglier de Calydon : Syagre, nom propre : aschedore, synonyme de syagre, pour désigner le sanglier : chevreaux : plat de roses : préceptes de cuisines. - Hégémon de Thase. - Marmite de Télémaque. - Eau et vase pour laver les mains, cheironiptre et chernibe : lotion des morts : lin cru : valet tué par Hercule.

Le Livre IX des Deipnosophistes

Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

texte grec

 

 

  

 

trADUCTION

LE BANQUET DES SAVANTS D'ATHÉNÉE.

LIVRE NEUVIÈME.

 

 

ATHÉNÉE

DEIPNOSOPHISTES

LIVRE NEUVIÈME.

 

Jambons juteux. Napy, sineepi, ou moutarde : embamma, ou sauce : paropsis, plats et mets : rave : navet : chou : panais : poireau : bète : courge : ciboule : oiseaux : Anaxandride : cochon-de-lait. Cochon pétalides : bœufs larinoi : science des cuisiniers : les sept Sages de la cuisine : porc moitié rôti, moitié bouilli sans être coupé : oies grasses : viande en pot : viande bouillie : testicules, aliment : oxalme, ou saumure acéteuse : esclave du ventre, ou olbiogastor : faisan : francolin : porphyrion : porphyris, et lathi-porphyris : perdrix : outardes confondues par l'auteur avec l’otus, duc : scopes : coq : moineaux : cailles : caille-mère : petites cailles : cygne : colombe : ramier : canard : plongeon : chevreuil : paon : tetrace : lombes : mamelles : lièvre : lapin : lièvres noirs et blancs : sanglier de Calydon : Syagre, nom propre : aschedore, synonyme de syagre, pour désigner le sanglier : chevreaux : plat de roses : préceptes de cuisines. Hégémon de Thase. Marmite de Télémaque. Eau et vase pour laver les mains, cheironiptre et chernibe : lotion des morts : lin crud : valet tué par Hercule.

 

 

Chap. I. Timocrate:

[366a] « Çà,[1] parlons encore du souper ; qu'on nous verse de l'eau sur les mains : toi et moi nous aurons de quoi parler, même dès l'aurore, si tu le veux. »

On venait de servir des jambons ; quelqu'un ayant dit : Sont-ils tendres et juteux, Ulpien prit la parole : « Mais où trouve-t-on takeron dans le sens de tendre et juteux? Et quelqu'un a-t-il dit napy, pour sinapi, de la moutarde? car je vois qu'on en sert à la ronde avec les jambons. Quant au mot koleos, jambon, je sais qu'on le dit aussi au masculin, et non au féminin seulement, comme nos Athéniens.[2] » Epicharme, dans sa Mégaride, fait mention de jambons (au masculin) :

[366b] « Des intestins, de petit fromage, kooleoi, des jambons, des spondyles;[3] du reste, aucun comestible. »

Il dit, dans son Cyclope:

« C'est un manger agréable que des intestins grêles, et des jambons. »

Or, messieurs les Savants, sachez de moi qu'Epicharme appelle dans ce passage chordee, ce qu'il nomme toujours ailleurs orya, intestin ; mais je vois aussi des sels d'une saveur[4] agréable dans les autres plats. Pour les Cyniques, ce sont des gens pleins de sels, d'une saveur fade. Or, voici ce que dit parmi eux un autre chien, dans la pièce d'Antiphane, intitulée la Besace :

« Nous n'avons[5] jamais qu'un de ces mets marins ; [366c] toujours le même : c'est du sel. Nous buvons par là-dessus de la piquette, en nous servant du vinaigrier même pour gobelet. Voilà, par Jupiter, l'espèce de boisson qui nous est propre, et qui fait du bien à tous ceux d'entre nous qui se trouvent à nos repas. »

Mais j'aperçois aussi du garum mêlé avec du vinaigre. Or, je sais que certains habitants du Pont se font ainsi de l’oxygarum pour leur usage particulier.

2. A ces paroles, Zoïle interrompit Ulpien : Mon cher, Aristophane a employé le mot takeros pour délicat, dans ses Lemniènes. Voici ce qu'il dit :

[366d] « Lemnos qui produit des fèves délicates (takerous) et fort belles. »

Phérécrate dit, dans ses Krapatales :

« Pour y rendre délicats les pois chiches. »

Quant à la moutarde de Colophone, Nicandre l'a nommée dans ses Thériaques :

« Appliquez-y même une ventouse d'airain, ou de la moutarde.[6] »

Il écrit, dans ses Géorgiques :

« Des graines mordantes de moutarde : sineepios. »

Et dans un autre passage :

« Du cresson, du mufle[7] de veau et de la moutarde, sineepi, à feuille noire. »

Cratès, dans son Traité de la Diction attique produit ce vers d'Aristophane :

[367a] « Il a regardé de la moutarde, et il a crispé son visage. »

Mais Seleucus dit, dans son ouvrage sur l’Hellénisme que ce vers est des chevaliers, et que le texte porte cette leçon, kablepse napy ; il a regardé de la moutarde (il n’avait pas l'air content) : d'ailleurs, aucun attique n'a dit sinapi ; mais l'un et l'autre mot (napy et sinapi), sont de bon aloi, car napy peut s'entendre comme naphy, c'est-à-dire, nee phy,[8] qui n'a pas de volume. On appelle aphyes ce qui est petit ; c'est pourquoi l’on nomme aphye certain petit poisson. Quant à sinapi, ce nom vient de ce que cette graine blesse les yeux (sinetai[9] oopas) lorsqu'on la flaire; comme on a dit kromyon, oignon, parce que nous fermons les yeux.[10] Xénarque le comique dit, dans ses Scythes:

« Mais il n'y a plus de mal[11] à cela.[367b]  Ma petite fille s'est renfrognée tout le visage à la vue de cette vieille. »

Quant au sel et au vinaigre, le charmant Aristophane en fait mention dans ce qu'il dit du tragique Sthénélée.

« Je mangerais, en vérité, une des paroles de Sthénélée ; mais après l'avoir imprégnée[12] de vinaigre et de beau sel blanc. »

3. Voilà donc, mon cher, comme je réponds, et abondamment, certes, à tes demandes : c'est à présent à toi de nous dire où se trouve le mot paropsis, pour un vaisseau quelconque. Je sais [367c] que Platon le comique a employé le terme de paropsis pour une espèce de mets tout prêt. C'est dans ses Fêtes qu'il parle ainsi :

« Où aurons-nous donc une maze et des plats (paropsides).[13] »

Il emploie aussi ce mot pour paropseema[14] dans un assez long passage de son Europe ; en voici un extrait :

« A. Ma femme dort, et ne s'occupe de rien. B. J'entends. A. Mais il y a là des plats éveillés qui valent, sans contredit, seuls infiniment mieux[15] pour nous réjouir. Il ne s'agit que de les prendre. B. Où sont donc ces plats, [367d] je te prie? »

Le mot paropsis revient encore à la suite pour paropseema :

« Le bien d'autrui est semblable à des plats (paropsisi); promptement dissipé,[16] il ne procure qu'un plaisir bien court. »

Aristophane dit, dans son Dédale :

« Il en est des femmes comme des plats; il y a toujours pour elles quelque amateur prêt à bien faire. »

4. Ulpien ne disant rien à ces propos, Léonide prit la parole : « Il est juste sans doute [367e] que je parle à mon tour après avoir longtemps gardé le silence. » Evène de Paros dit :

« Il est des gens[17] qui ont pour habitude de contredire indistinctement sur tout ; mais le faire par de bonnes raisons, ce n'est[18] pas leur usage. Ces gens s'en tiennent à l'ancien proverbe : Tu penses comme cela, moi je pense autrement. Mais des gens sensés, on les a bientôt persuadés en leur donnant de bonnes raisons; on les trouve toujours dociles à l'instruction. »

 

5. Chap. II. Myrtile, car je t'arrête ici,[19] [367f] Antiphane s'est servi de paropsis pour le vaisseau même, dans son Béotien :

« Appelant, elle mit dans la paropsis, ou le plat. »

Alexis dit, dans son Hésione :

« Mais il ne me regarda plus, lorsqu'il vit entrer deux serviteurs portant une table chargée de l'appareil de diverses paropsis. »

L'auteur des vers qu'on attribue à Magnés dit, dans son Bacchus non retouché:

« Or, cela fut pour moi des paropsis (des plats) de malheurs. »

[368a] On lit dans l’Æthon satirique d'Achée :

« Qu'on me fasse un hachis des autres (plats, paropsidoon) choses qui doivent se servir, soit bouillies, soit simplement passées au feu, et dont l'odeur se fait sentir. »

Sotades le comique dit, dans son Paralytroumène:[20]

« Crobyle me prend, à ce qu'il me semble, pour une paropsis,[21] car après avoir mangé celui-ci, il me gruge par-dessus, pour passer le temps. »

Ce mot est employé avec équivoque dans le premier livre de la Cyropédie de Xénophon, car ce philosophe y dit : « On lui servit des plats, et de toutes sortes de sauces. »

[368b] On trouve aussi paropsis, pour assaisonnement, dans le Chiron attribuée Phérécrate, et non pour le vase même, comme le prétend Didyme dans son Traité de la Diction vicieuse. En effet, le poète y dit :

« Par Jupiter! comme les plats n'ont de valeur[22] que par les assaisonnements ; de même,[23] celui qui nous invite n'a aucun mérite par lui-même. »

Nicophon dit, dans ses Syrènes :

« Qu'un autre se batte pour la place où il mettra un plat. »

Aristophane écrit, dans son Dédale:

[368c] « Il en est des femmes comme des plats ; il y a toujours pour elles quelque amateur prêt à bien faire. »

Platon dans ses Fêtes:

« Ou aurons-nous donc une maze et des plats. »

Or, il parle de la manière[24] d'assaisonner les truffes.

Mais les Attiques, ô Syrattique Ulpien! se servent du mot embamma, pour une sauce où l'on peut tremper, comme Théopompe dans sa Paix.

[368d] Quant aux jambons, on dit kooleenes au pluriel.

6. Eupolis a dit kolee au féminin, dans son Autolycus :

« Mais des cuisses, ou pour mieux dire des jambons, koleenees, après le rhothos.[25] «

Euripide dit, dans son Sciron :

« Ni de jambons (cuisses) de faons.[26] »

Or, ce mot a été fait par contraction de koolea, comme on a dit sykea sykee, leontea leontee, peau de lion. Aristophane a dit, dans son Plutus, retouché :

« Eh! qu'est devenu ce jambon que je mangeais tout entier? »

Et dans ses Dœtalées :

[368e] « Et des jambons de tendres porcelets, et de petits gâteaux[27] tout chauds. »

Il dit, dans ses Cicognes :

« Des têtes d'agneaux et des cuisses de chevreaux (koolas). »

Platon le comique écrit, dans ses Gryphons:

« Des poissons, des jambons (koolas), des andouilles. »

On lit, dans la Barbe, pièce d'Ameipsias :

« On donna surtout, pour viandes consacrées, un jambon (koolee), un quarré, la moitié gauche d'une tête. »

Xénophon, dans son Cynégétique, écrit (kooken[28] sarkodee) l’épaule charnue, les flancs mollets. On lit, dans les Élégies de Xénophane de Colophone :

« Ayant envoyé un jambon (l’épaule) de chevreau, tu as voulu avoir pour ta part une cuisse de bœuf gras, pièce qui fait honneur[29] à un homme dont la gloire a éclaté par toute la Grèce, et qui ne se ternira point tant qu'il y aura des poètes dans cette contrée. »

7. Comme on servit de suite nombre d'autres différents mets, notons ici ceux qui méritent d'être nommés. En effet, on ne finissait pas d'apporter des oiseaux ; des oies, des poulets, ou comme d'autres les appellent pippoi (pipiones), des cochons et des faisans, [369a] oiseau des plus recherchés. Ainsi, quand je vous aurai exposé ce qui concerne les légumes, je vous parlerai des autres choses.

8. Raves.

Apollas dans son ouvrage concernant les Villes du Péloponnèse, dit que les Lacédémoniens appellent les raves gastères ; mais selon les gloses de Nicandre, ce sont les choux que les Béotiens appellent ainsi: quant aux raves, ils les nomment zakeltides; mais Amérias et Timachidas disent que ce nom se donne aux courges. [369b] Speusippe écrit, dans son livre 2 des Choses semblables : « Le raifort, la rave, le[30] rapys et le mufle de veau sont semblables; mais Glaucon, dans son Art d'assaisonner, écrit par p rapys, ce que Speusippe appelle raphys. Or, il n'y a rien de semblable à ces plantes que celle que nous appelons bunias, ou navet. Théophraste, il est vrai, ne nomme pas le navet (bunias), mais il appelle mâle certaine rave, qui est peut-être le navet.

Nicandre rappelle le bunias dans ses Géorgiques :

« Mais sème des raves en passant le cylindre sur la plaine,[31] [369c] afin qu'elles croissent basses, et aussi unies que des carreaux à mettre le pain au four. Qu'il y ait aussi, parmi, du navet[32] et du rafanus. Mais sache qu'il y a deux espèces de raves, l'une longue, l'autre formant un globe dur dans les planches des jardins. »

Cratès fait mention des raves de Céphise dans ses Rhéteurs : « très semblables aux raves de Céphise. » Théophraste[33] dit qu'il y a deux espèces de raves; mais qu'elles viennent toutes deux d'une seule graine; mais Posidonius le Stoïcien dit, liv. 7 de ses Histoires, qu'il croît aux environs de la Dalmatie des raves [369d] sans culture, et des panais sauvages.

Selon Diphile de Siphne, le médecin, la rave est atténuante, acrimonieuse, de difficile digestion et flatueuse; mais le navet vaut mieux, car outre qu'il est stomachique et nourrissant, il est aussi plus doux, et digère plus facilement. Il ajoute que la rave rôtie digère mieux, et atténue davantage. Eubule la rappelle ainsi dans son Arikylon :

[369e] « J'apporte cette rave, bonne à rôtir. »

Alexis dit, dans son Inspiré :

« Je parle à Ptolémée en faisant cuire des tranches de rave. »

Mais la rave salée est plus atténuante que celle qui est bouillie ; surtout si au sel on joint de la moutarde, comme le dit Diphile.

9. Choux ; Krambee.

Eudème d'Athènes dit, dans son Traité des Herbages, qu'il y a trois espèces de chou, l’halmyris, celle à feuille lisse, et la sélinusie, ou analogue au persil par sa feuille; que l’halmyris plaît plus que les autres. [369f] Il en vient beaucoup à Erétrie, à Cume, à Rhodes, et même à Cnide, à Ephèse. Celle à feuille lisse, dit-il, vient dans tous les pays ; la sélinusie a eu son nom de sa feuille découpée, crépue, dense, et analogue à celle du persil (selinon), mais voici comme en parle Théophraste : « Il y a deux espèces[34] de raphanos ou chou : (je l'entends ici du krambee) savoir la crépue et la sauvage. Selon Diphile de Siphne, le chou crambe vient très beau à Cume, et d'une saveur douce, mais il est amer à Alexandrie. La semence du crambe apportée de Rhodes à Alexandrie fournit, pour l'année seulement, un chou de saveur douce ; mais, ce temps révolu, elle revient à son caractère originaire. »

Nicandre en parle ainsi, dans ses Géorgiques :

[370a] « On rencontre quelquefois, dans.les campagnes, le chou à feuilles lisses. Si on le sème dans les planches des jardins, il se pare d'un feuillage épais. Il y a aussi le chou frisé qui prend la forme d'un thyrse,[35] et devient par son feuillage une espèce de buisson. Il en est une autre espèce tirant sur la couleur rouge, et semblable aux halmyris, ou choux marins. Une autre de couleur sale de grenouille, telle que celle du chou de Cume, ressemble par sa feuille aux semelles qu'on meta des pantoufles. C'est cet herbage que les anciens appelaient chou prophétique. »

Nicandre n'aurait-il pas appelé prophétique le choux (crambe) qui passe pour sacré? En effet, on trouve quelques termes analogues [370b] à cela dans les Iambes d'Hipponax.

« Mais échappé du danger, il fit sa prière au chou à sept feuilles, auquel Pandore offrait l'hommage d'un petit gâteau coulé en moule, le jour des Thargélies, avant l’expiation.[36] «

Je t'aime plus que nombre d'autres personnes, dit Ananius, et j'en jure par le chou. Téléclide a dit aussi dans ses Prytanées : Par les choux! Épicharme, dans la Terre et la Mer, jure aussi par le chou, comme le fait Eupolis dans ses Baptes.[37]

[370c] Il paraît que ce jurement vient des Ioniens; mais il ne doit pas paraître étrange que l'on ait juré par le chou, puisque Zenon de Citium, fondateur de la secte stoïque, voulant imiter le serment de Socrate qui jurait par le chien, faisait serment par la capre ; selon ce que rapporte Empode[38] dans ses Dits mémorables.

On présentait du chou aux accouchées à Athènes, comme un antidote alimentaire. C'est à ce sujet qu'Éphippe parle ainsi:

« ... Eh! quoi donc? Il n'y a aucune [370d] couronne devant la porte! Aucune odeur appétissante ne vient frapper les narines, tandis que c'est le jour des Amphidromies, où il est d'usage de faire griller des tranches de fromage de Chersonèse ; de faire cuire un chou dans de l'huile qui le couvre[39] fout entier; de servir une daube de poitrine d'agneaux bien gras; de plumer des ramiers, des grives, avec des pinsons ; de gruger des sèches, des calmars; d'empiler force bras de polypes; enfin, de vider nombre de rasades plus pures qu'à l'ordinaire. »

Antiphane rappelle aussi le chou dans son Parasite, [370e] comme un aliment assez vil. Voici ce qu'il dit :

« ... Femme, sais-tu donc ce que veulent dire ces aulx, ce fromage, ces gâteaux, ces fines pâtisseries,[40] cette saline, ces quartiers d'agneaux[41] chargés d'assaisonnements, cette thrymmatide si bien mélangée; enfin, tous ces plats qui sont la perte même de l'homme! Que dis-je, juste ciel! ils font encore bouillir des choux avec de la graisse, et ils y joignent de la purée de pois! »

Diphile dit, dans son Insatiable:

« A. Mais voici toutes sortes[42] de biens qui m'arrivent d'eux-mêmes, [370f] du chou (raphanos), de grosses fressures, beaucoup de différentes viandes très tendres. B. Oh! tout cela n'est pas à comparer à mes menues pâtisseries toutes chaudes,[43] ni à mes olives contuses. »

Alcée dit, dans sa Lutte :

« Il a déjà fait cuire une marmite de chou (raphanoon). »

Polyzèle, dans sa Naissance des Muses, les nomme krambee, et dit :

« Il y avait quantité de choux à hautes feuilles. »

11. Poirée, ou Bette.

Théophraste [371a] écrit que la blanche[44] est d'un meilleur suc que la noire, et porte moins de graine; on appelle cette espèce sicilienne. Théophraste dit la seutlis[45] est différente du teutlon, ou poirée; c'est aussi en raison de cette distinction que Diphile, dans sa pièce intitulée le Héros, blâme un homme comme parlant mal, en disant teutlis,[46] au lieu de teutlon, pour de la bette.

Eudème, dans son Traité des Plantes potagères, établit quatre espèces de bettes, la spaste,[47] ou celle qui pousse certain nombre de tiges séparées Tune de l'autre, celle de laquelle s'élève une seule tige; la blanche et la commune.

Selon Diphile de Siphne, la bette (seutlion) est d'un meilleur suc que le chou (crambe), et plus nourrissante; mais bien bouillie dans l'eau, et prise avec de la moutarde, elle devient atténuante et vermifuge; [371b] cependant la blanche est plus propre à tenir le ventre libre : la noire pousse plus les urines ; du reste, les racines en sont plus savoureuses et plus nourrissantes.

12. Le Panais.

Le panais a une saveur acrimonieuse, selon Diphile ; mais il est assez nourrissant, l'estomac s'en accommode passablement ; il favorise les selles, donne quelques vents, digère difficilement, pousse les urines, et stimule avec assez d'efficacité aux ébats amoureux; voilà pourquoi quelques écrivains l'ont aussi nommé philtre.

Numénius en parle ainsi dans ces vers :

« Usez des herbages qui sans être semés prennent racine en terre, [371c] soit pendant l'hiver, soit lorsque le printemps fleuri reparaît, savoir, le scolyme (artichaut sauvage) hérissé, le panais sauvage, la raphis[48] fortement enracinée, et la carotte champêtre. »

Nicandre dit au second livre de ses Géorgiques :

« Mais il y a aussi la tige[49] et les racines de fenouil, qui aime un terrain pierreux, et en outre le panais qui a une vilaine apparence, le maceron, le laiteron, la cynoglosse ou langue de chien, la chicorée; joignez-y les feuilles acres de pied de veau que vous aurez grattées, sans excepter l’ornithogalon. »

Théophraste parle aussi du panais.[50] Phanias[51] s'exprime ainsi au sujet de cette plante, dans le liv. 5 de ses Plantes : [371d] « On dit même que la graine de panais est bonne pour la morsure du serpent appelé seps. » Il avait écrit dans son premier livre : « Il y a plusieurs plantes qui fleurissent en ombelles, comme l'anis, le fenouil, le panais, la carotte sauvage, la ciguë, le chervis, le chaméléon, auquel plusieurs donnent l'épithète de tue-rat. »

 

Chap. III. Mais puisque Nicandre a fait mention du pied de veau dans le livre cité, il faut observer ici ce que Phanias a dit: « Le dracontium, que quelques-uns appellent pied de veau, ou aron et aroonia. »

Dioclès, liv. 1 de son Hygiène, appelle le panais astaphylinos, pour staphyhnos, mais ce qu'on nomme karton[52] (c'est une espèce de panais qui devient grand, haut) est d'un meilleur suc que l'ordinaire; [371e] il est aussi plus chaud, plus diurétique, va bien à l’estomac, se distribue bien, selon le rapport de Diphyle.

13. Poireau : Kephalooton.

Selon Diphile, le porreau se nomme aussi kephalooton, il a un meilleur suc que le karton, est médiocrement atténuant et nourrissant ; mais flatueux. Epænète écrit, dans son Art Culinaire, que le (kephalooton) porreau a aussi le nom de gethyllis. Je trouve qu'Eubule a rappelé ce nom dans son Pornobosque, ou Leno :

[371f] « Non, je ne saurais manger d'aucun pain ; je viens d'en manger chez la Gnathænion, que j'ai trouvée occupée à faire bouillir des porreaux (gethyllidas). »

D'autres disent que ce qu'on appelle géthyon[53] (ciboule) est la même chose. Phrynicus en fait mention dans son Kronos. Didyme, interprêtant cette pièce, dit que les getkya sont semblables aux porreaux de vigne, ou sauvages et qu'on les appelle aussi géthyllides.

Epicharme fait aussi mention des porreaux, géthyllides, dans son Philoctète :

« Il y avait deux aulx, et deux géthyllides. »

[372a] Aristophane écrit, dans son Æolosicon retouché.

« Des racines de ciboules (gethyoon) qui ont une odeur d'ail. »

Polémon le Périégète dit, en traitant de la Samothrace, que Latone étant grosse, eut envie de manger du porreau, gethyllis. Voici le passage:

« Il est établi à Delphes que celui qui, le jour des Théoxénies,[54] apporte le plus grand porreau à Latone, ait une portion de la table sacrée. J'ai moi-même vu un porreau qui n’était pas moindre qu'une rave, ou un raifort rond. [372b] Or, on dit que Latone étant grosse d'Apollon, eut envie de manger du porreau : voilà pourquoi on lui en fit tous les ans l'hommage. »

14. Courge : Kolokyntee.

Comme on nous servit des courges, au milieu de l'hiver, tout le monde fut surpris, croyant qu'elles venaient d'être cueillies, et nous nous rappelâmes ce que le charmant Aristophane avait dit, dans ses Saisons, en faisant l'éloge de la belle ville d'Athènes.

« A. Mais tu y verras, au milieu de l'hiver, concombres, raisins, fruits, couronnes de violettes, et voler une poussière qui même aveugle. [372c] Quant à cet homme, il vend des grives, des poires, des rayons de miel, des olives, du petit-lait, des intestins, des hirondelles,[55] des cigales, de la chair d'embryons.[56] Tu peux même voir des cabas (tout blancs de neige)[57] pleins de figues et de baies de myrtes ; ensuite des courges que l'on sème[58] en même temps que les raves, de sorte que personne n'y sait vraiment à quelle terme on est de l'année. B. Voilà, certes, un grand avantage, que de pouvoir se procurer, toute l'année, ce qu'on désire! A. Dis plutôt un grand mal ; car si cela n’était pas, on n'aurait point ces désirs, [372d] on ne ferait pas ces dépenses ; mais je puis, en soufflant très peu de temps, vous ôter tout cela ; et c'est ce que je fais pour toutes les autres villes, non pour Athènes:[59] si elle a cet avantage, c'est que parce qu'on y honore les dieux. B. Assurément ils jouissent bien du fruit de leur piété, car[60] tu as fait d'Athènes une autre Egypte. »

Quant à nous r nous fûmes très surpris d'avoir des courges à manger au mois de janvier. Elles étaient dans toute leur fraîcheur, et faisaient sentir toute la saveur qui leur est particulière. C’étaient de ces légumes que les cuisiniers savent arranger pour les avoir de garde, car ces gens s'entendent très bien à cela.

Larensius demanda pour lors si les anciens connaissaient l'usage de ces courges de réserve. [372e] Oui, dit Ulpien, Nicandre de Colophone en fait mention[61] dans ses Géorgiques, nommant sikyas, les courges, au lieu de kolokyntas ; car c'est par ce nom-ci qu'on les désignait comme nous l'avons vu ci-devant. Voicice qu'il dit :

« Enfile des courges à mesure[62] que tu les coupes par morceaux, afin de les faire sécher à l'air, et suspens-les à la fumée, afin que pendant l'hiver les esclaves en remplissent une vaste marmite, et s'en repaissent [372f] à l'aise lorsqu'ils n'ont plus d'ouvrage. Mais que la mouleuse répande des herbages, de toutes sortes de graines, en proportion[63] convenable, dans cette marmite où ils auront jeté[64] ces chapelets de courges, après les avoir lavés. Mêles-y bien aussi du champignon, de l'endive étendu depuis longtemps[65] sur d'autres herbages, des choux crépus, pour ces gens affamés. »

15. [373a] Poules : Orneis.

On avait mis des poules sur les courges et autres légumes hachés (knistois), car c'est ainsi que parle Aristophane dans sa Délie :

« Des légumes hachés ensemble (knista pour syncopta), et du marc d’olives (ou de raisin). »

Alors, Myrtile prit la parole : Mais, dit-il, l'usage actuel veut qu'on appelle ornythes et ornythia ces poules dont on nous sert un si grand nombre à la ronde. Chrysippe se sert aussi du mot ornithes, liv. 5 de son Traité de l'Honnêteté et de la Volupté. Voici ce qu'il écrit : « Comme quelques-uns prétendent que les poules (ornithas) blanches sont plus savoureuses que les noires. » Quant aux mâles, il est d'usage de les appeler alectryones, ou alectorides ; [373b] mais les anciens se servaient du mot ornis pour désigner le mâle ou femelle de tout oiseau quelconque, et non particulièrement la poule, comme nous disons à présent ornithas ooneesasthai, acheter des oiseaux. Homère dit, dans un sens général :

« Beaucoup d’oiseaux parurent vers l'orient (ornithes pollai). »

Mais, ailleurs, il dit au féminin, ornithi ligyree; avi canorœ ; et dans un autre passage, il le met encore au même genre :

« Comme un oiseau omis, vient distribuer à ses petits la becquée qu'il a trouvée, et même avec beaucoup de fatigue et de danger. »

[373c] Ménandre, dans son Épiclère non retouchée, montre bien clairement quel était l'usage de son temps, lorsqu'il dît :

« Un coq (alectryoon) criait très fort : Ne chasserez-vous donc pas ces poules loin de nous (omithas)?

Et ailleurs :

« Elle eut beaucoup de peine à chasser ces poules dehors. »

Cratinus a employé le mot ornithion au neutre dans sa Némésis :

« Tous les autres oiseaux (ornithia"). »

Mais il a dit ornitha et ornin, à l'accusatif, en parlant du mâle, [373d] dans la même pièce :

« Un oiseau à plumes rouges, ornitha. Le flamant. »

Et ailleurs :

« Il faut que tu deviennes un grand oiseau, ornitha. »

Sophocle écrit, dans ses Anténorides :

« Un coq, un héraut, un serviteur, ou ministre, ornitha. »

Eschyle dit, dans ses Cabires:[66]

« Je ne te fais pas mon coq[67] pour le voyage. »

Xénophon, liv. 2. de sa Cyropédie, nous dit que Cyras chassait aux oiseaux, ornithas, dans le plus fort de l'hiver.

On lit dans les Jumeaux de Ménandre :

« Je viens vous apporter des poules, ou volailles, ornithas. »

Et plus loin :

« Il vous envoie ces volailles, ornithas. »

On vient de voir dans Ménandre même, qu'on disait orneis au pluriel; [373e] mais Alcman dit quelque part, au même nombre :

« Ces jeunes filles se dispersèrent sans avoir fait la chose, comme des (orneis) volailles sur lesquelles plane un milan. »

Eupolis écrit aussi, dans ses Bourgades :

« N'est-il pas affligeant que j'aie engendré des enfants grossiers[68] et intraitables, tandis que les oiseaux ont toujours des petits qui leur ressemblent? »

16. Les anciens, au contraire, ont aussi dit aleclryoon au féminin par la poule; comme dans ce passage de la Némésis de Cratinus :

« Léda, il faut que tu t'acquittes de la fonction avec toute la décence convenable, et que tu imites exactement la poule (alectryoon); couve[69] donc cet œuf, de sorte qu'en cassant [373f] la coquille il en paroisse un poussin des plus beaux. »

Strattis écrit, dans ses Psychastes, avec le mot Alektryoon :

« Toutes nos poules, nos petits cochons, nos petites volailles, sont mortes. »

On lit dans le Térée d’Anaxandride :

« Elles considèrent avec plaisir des cochons qui s'accouplent, et des poules qui se font cocher. »

Mais puisque j'ai fait mention de ce poète comique, et que je sais d'ailleurs que son Térée n'a pas été couronné, je vais, mes amis, vous exposer ce qu'en a dit Chaméléon d'Héraclée, dans son liv. 6 sur la Comédie, afin de vous mettre en état d'en juger.

« Anaxandride parut un jour à cheval au spectacle d'Athènes, pour y réciter un dithyrambe, et fit entendre un morceau de sa pièce. C'était un homme d'une belle et grande taille. Il laissait croître ses cheveux, et portait une robe de pourpre garnie de franges d'or. Son caractère sombre et mélancolique était cause qu'il n'épargnait pas ses productions, [374d] car s'il était vaincu par ses rivaux, il donnait aussitôt ses pièces au marchand droguiste, pour être coupées et détaillées avec la marchandise, sans s'inquiéter de les retoucher, comme faisaient la plupart des auteurs. Il anéantit ainsi nombre de jolies pièces, devenu encore plus chagrin avec la vieillesse, et fâché contre les spectateurs. On dit qu'il était originaire de Camire, une des villes de Rhodes. Cest pourquoi je suis fort surpris que son Térée, qui n'a pas été couronné, soit parvenu jusqu'à nous, de même que plusieurs autres de ses pièces. »

Théopompe, dans sa Paix, s'est aussi servi du mot alektryoon, au féminin, en parlant de la poule. Voici ce qu'il dit:

« Je suis chagrin d'avoir perdu ma poule, alektryona, qui me pondait des œufs magnifiques. »

[374c] Aristophane dit, dans son Dédale :

« Elle a pondu un très gros œuf, comme une poule, alektryoon. »

Et ailleurs :

« Nombre de poules, alektryonoon, pondent souvent des œufs clairs, lorsqu'on veut trop les pousser. »

Le même poète, dans ses Nuées, apprenant au vieillard les différents usages de ce mot, dit :

« A. Mais comment dois-je les appeler? B. Celle-ci une poule,[70] cet autre un coq. »

[374d] On dit aussi alektoris et alektoor. Simonide écrit :

« O ! coq (alektoor) d'un chant[71] agréable. »

Cratinus dit, dans ses Saisons :

« Il fredonne de toute sa voix à chaque heure, comme un coq de Perse. »

On l'appelle alektoor, parce qu'il nous éveille et nous fait sortir du lit: lektrou. mais les Doriens, qui écrivent ornix, disent, au génitif, ornichos. Alcman écrit le nominatif en s, ornis.

« L'oiseau[72] pourpré du printemps. »

Cependant je connais chez lui le génitif pluriel formé avec la lettre chi

« Des oiseaux, ornichoon. »

17. Cochon : Delphax.

Epicharme appelle ainsi le porc mâle [374a] dans son Ulysse (automole) transfuge :

« A. Tu as malheureusement perdu le delphax que tu gardais pour les fêtes d'Eleusis. B. Oui certes! bien malgré moi. Mais lui, il prétend que c'est pour conspirer avec les Achéens, et il jure que je leur ai livré ce cochon! »

Anaxilas, dans sa Circée, a dit delphax au masculin, et même pour signifier un porc parvenu[73] à son point :

« Circée fera de vous des porcs errans sur les montagnes, courants dans les bois ; les autres, elle les changera en panthères sauvages, en lions, en loups. »

Mais Aristophane s'en est servi au féminin, dans ses Tagénistes :

« Ou le bas-ventre d'une delphax d'automne (opoorinees). »

Il dit aussi dans ses Acharnes:[74]

« Elle est encore jeune ; mais lorsqu'elle sera truie d'un âge fait, elle aura une queue grande, rouge et épaisse ; [375a] et si tu veux l'élever tout à fait, tu la verras belle truie. »

C'est ainsi qu'Eupolis a parlé dans son Siècle d'or; mais Hipponax a dit :

« Une delphax (truie) d'Éphèse. »

Ce nom conviendrait particulièrement aux femelles, puisque ce sont elles qui ont delphya, une matrice, autrement metra. C'est aussi de delphys, matrice, que vient le mot adelphos,[75] frère.

Cratinus, dans ses Archiloques, dit, en distinguant l'âge de cet animal :

« Ils sont déjà delphakes, mais choirai pour d'autres.[76] »

Aristophane le grammairien dit, dans son Traité des différents âges : [375b] Les petits, qui ont déjà la chair bien ferme, se nomment delphakes, et lorsqu'ils sont tendres et pleins de sucs, on les nomme choiroi. C'est pourquoi Homère a dit :

« Mange maintenant, ô étranger! Les domestiques de mon maître ont pour eux les viandes des choiroi (jeunes porcs); mais ce sont les amans de notre maîtresse qui mangent les grands cochons. »

Platon le comique a dit au masculin, dans son Poète :

« Il emmena sans bruit le delphax. »

Il y avait, dit Androtion, une ancienne loi qui défendait de tuer une brebis qui n'avait pas été tondue, ou qui n'avait pas agnelé ; c’était afin d'entretenir[77] la propagation de l'espèce. [375c] Voilà pourquoi on ne mangeait que des animaux faits comme les amants dans Homère :

« Mangent les grands porcs. »

Voilà pourquoi la prêtresse de Minerve n'immole même pas actuellement une agnelette, et ne mange pas non plus de fromage.[78]

Philochore nous apprend que les bœufs ayant manqué, on publia une loi par laquelle il était ordonné de s'abstenir de ces animaux, vu leur rareté. On voulait ainsi en réparer l'espèce en s'abstenant d'en sacrifier aucun.

Les Ioniens donnent le nom de choiros au cochon femelle, comme le remarque Hipponax.

« Au milieu des libations,[79] et des entrailles de truie sauvage ; (d'une laie) agrias choirou. »

[375d] Sophocle dit, dans ses Tœnariens:

« C'est pourquoi[80] il fallait garder cette truie sauvage, comme si elle eût été liée. »

Ptolémée, roi d'Egypte, dit, liv. 9 de ses Mémoires : « Me trouvant en voyage à Assos, les Assiens me présentèrent un cochon porc[81] ayant deux coudées et demie de haut, et de même longueur, aussi blanc que la neige, en disant que le roi Eumène était fort jaloux d'en avoir de pareils chez eux, au prix même de quatre mille dragmes pour un seul.

Eschyle dit :

[375e] « Je vais mettre un cochon (choiron) de lait, bien gras,[82] dans ce four de campagne ; car quel meilleur rôti peut-on servir à un homme? »

Et ailleurs :

« A. Quoi! un blanc[83] (cochon)? B. Pourquoi non? et même rôti comme il faut. A. Faites-le cuire en bouillant, et non rôtir au feu. Ne prenez cependant pas mal cet avis. »

Il dit encore :

« Sacrifiant le cochon de cette même truie qui a fait beaucoup de mal dans la maison, culbutant, mettant tout sens dessus dessous. »

[375f] Ces passages d'Eschyle sont cités par Chaméléon dans ce qu'il a écrit sur Eschyle.

18. Quant au cochon, c’était un animal sacré chez les Crétois ; Agathocle de Babylone le rapporte en ces termes, liv. 1 de son ouvrage concernant la ville de Cyziane : « On raconte que Jupiter naquit en Crète sur le Dictée, où l'on fait un sacrifice secret, dans lequel on immole une truie ; [376a] parce que ce fut une truie qui allaita l'enfant, et qui, tournant autour du lieu où il était, en grognant, empêcha que ceux qui passaient n'en entendissent les cris. C'est pourquoi tous les habitants ont cet animal en vénération et ne mangent pas de chair de porc. »

Les Præsiens[84] sacrifient aussi un porc, et ce sacrifice est établi-chez eux comme préparatoire. Néanthe de Cyzique raconte quelque chose de semblable dans son liv. 2 de l'Initiation.

Achée d'Érétrie fait mention des truies petalides dans son Æthon satyrique, et s'explique ainsi : « J'ai souvent ouï dire que les truies petalides avaient cette forme. »

[376b] Or, il les nomme petalides en faisant application de ce mot, qui se dit des veaux qu'on nomme pétales,[85] de la forme que prennent leurs cornes lorsqu'elles commencent à s'étendre. C'est ainsi qu'Eratosthène, à l'imitation d'Achée, appelle, dans son Antierinnys, les cochons, larinoi, en leur appliquant ce mot qui se dit des bœufs gras. Or, on a donné ce nom aux bœufs, ou du verbe larineuesthai, qui signifie remplir de nourriture, comme Sophron a dit : « Mais les bœufs sont engraissés, » [376c] ou de Larine, bourgade de l'Épire, ou de celui qui les menait paître, et qui se nommait Larinus.

 

19. Chap. IV. On nous servit entre autres un jeune porc, dont une moitié avait été rôtie avec beaucoup d'art; et l'autre cuite au bouillon fondait sous la dent. Tous les convives admirant l'habileté du cuisinier, il nous dit, tout fier de son talent : Eh bien, Messieurs, je défie que quelqu'un me montre par où il a été tué, ou même comment on lui a rempli le ventre de toutes sortes de bonnes choses ; en effet, il est farci de grives, d'autres volailles, [376d] et quelques parties de bas-ventre de porc, et de tranches de vulve, de jaunes d'œuf, de ventres de poules avec leurs grappes d'œufs remplis de jus exquis, de hachis de viandes assaisonnées avec du poivre, car je n'ose lâcher ici le mot latin isicia devant Ulpien, quoique je sache très bien qu'il en mange avec volupté; mais Paxamus, historien, et mon compatriote, rappelle aussi le mot isicia:[86] d'ailleurs, je m'inquiète peu des expressions attiques. Au reste, montrez-moi par où ce cochon a été tué, comment il se trouve rôti d'un côté et bouilli de l'autre.

[376e] Comme nous le cherchions, le cuisinier nous dit: Si vous pensez que je suis moins instruit que ces anciens cuisiniers dont parlent les comiques, entre autres Posidippe dans ses Danseuses, je vais vous désabuser[87] en vous citant un passage dans lequel un cuisinier instruit ainsi ses élèves :

20. « Leucon, mon élève, et vous autres aides de cuisine, tout lieu convient lorsqu'il s'agit de parler de notre art. De tous les assaisonnements qu'un cuisinier puisse connaître, le plus essentiel est sans contredit la jactance; [376f] mais même dans tous les arts tu verras que c'est la jactance qui fait principalement valoir[88] l'homme qui sait en avoir. Que le capitaine d'une troupe étrangère ait une cotte de mailles, ou un dragon gravé sur sa cuirasse de fer, aussitôt il paraît un Briarée, pour devenir lièvre dans l'occasion. Qu'un cuisinier aille travailler chez un bourgeois, menant avec lui ses élèves [377a] et autres serviteurs en sous-ordre, gens qui tous ne savent que hacher du cumin, et affamer,[89] cet appareil plaît : on est aussitôt dans l'admiration ; mais qu'il se présente lui seul, comme vraiment au fait de son art, il ne sortira de là qu'après avoir été maltraité. Ainsi aie de la jactance, comme je viens de te le faire entendre, et instruis-toi bien du goût de celui qui t'emploie ; car notre art ne diffère point du commerce, quant au point essentiel, qui est de savoir faire bonne bouche. S'agit-il de faire un repas[90] de noce, ce sera un bœuf qu'on immolera: [377b] celui qui marie sa fille est un homme distingué ; celui qui la prend pour femme ne l'est pas moins. On y verra leurs femmes, des prêtresses, des déesses, des dieux,[91] des corybantes. Les flûtes se feront entendre toute la nuit. Imagine-toi voir tout sens dessus dessous, et entendre le bruit d'un hippodrome : or, voilà le principal et les accessoires de notre art ; et souviens-t'en très bien. »

Le même poète parle ainsi d'un autre cuisinier nommé Seuthes :« Seuthes [377c] passe dans leur esprit pour un homme très ordinaire: cependant, mon ami, tu sais qu'il ne paraît pas différer de ce qu'on appelle habile capitaine. Voilà, par exemple, les ennemis en présence. Que fait un général expérimenté et de sang-froid? Il s'arrête, et se dispose à bien recevoir l'ennemi. Or, cet ennemi, c'est pour nous l'assemblée des convives : ces gens avalent volontiers coup sur coup. Il y a même souvent quinze jours qu'ils sont arrivés d'avance dans l'attente du festin, et disposés à s'en bien donner : ils n'attendaient que le moment où l'on allait apporter l'eau pour laver les mains. Imagine-toi donc voir cette tourbe, cette racaille entassée autour de la table. »

21. [377d] Mais écoutez ce que conseille un cuisinier dans les Synéphèbes d'Euphron :« Carion, lorsque tu travailleras à quelques repas où chacun paie sa quote-part, il ne s'agit pas d'y jouer d'adresse, ni de faire, ce que tu as appris de moi. Hier, tu manquas d'être pris en flagrant délit ; car aucun de tes boulerots n’avait son foie. Ils étaient tous vides ; la cervelle même n'y était plus. Si donc tu vas cuisiner chez ces gens de bas étage, tels que Dromon, Cerdon, Sotéride, qui te paient bien ce que tu auras demandé, [377e] il faut y être honnête ; mais pour aujourd'hui, nous pouvons égorger le maître de la maison où nous allons faire le repas de noces ; et si tu m'entends à demi-mot, je te reconnais pour mon élève, et pour vrai cuisinier. L'occasion ne pouvait être plus favorable ; mets-la bien à profit. C'est un vieillard avare qui donne peu. Si donc je ne te trouve pas à dévorer ce que tu pourras, ne fût-ce même que du charbon, tu es un homme perdu. Allons, entre ;[92] car voici le vieillard qui vient. O ! la lésine est peinte dans ses yeux! »

 

22. [377f] Chap. V. Il y a encore un cuisinier grand raisonneur, et aussi plein de jactance que nos médecins, dans le menteur convaincu de Sosipatre. Voici son discours :

« A. Demyle, notre art n'est pas tout à fait à mépriser en lui-même, si tu m'entends[93] bien ; mais le métier ne vas plus, depuis que tant de gens, qui n'y entendent rien, se donnent presque tous pour de grands cuisiniers. Voilà, mon ami, ce qui gâte le métier. [378a] En effet, imagine-toi un cuisinier, vraiment cuisinier, bien initié dans les mystères de l'art depuis l'enfance, réunissant tous les talents requis, instruit de toutes les finesses de la théorie, tenant même tout par ordre ; alors tu jugeras bien autrement de notre profession.[94] Nous ne restons plus que trois cuisiniers, Boidion, Chariadès et moi : moque-toi du reste. B. Que dis-tu là? A. Moi! je dis que c'est nous qui soutenons [378b] l'école de Sinon : c’était le grand maître de notre art. D'abord il nous enseigna[95] l'astrologie; à la suite de cette science, il nous montra l'architecture, et nous instruisit de la physique, car il tenait tout ce qu'on avait dit à ce sujet. Après toutes ces instructions, il nous apprit l'art militaire : voilà ce qu'il voulut que nous sussions avant la cuisine. B. Eh! mon cher, est-ce que tu veux me berner ici! A. Non, certes : mais, en attendant que le serviteur revienne du marché, je veux te toucher quelque chose sur cette partie, [378c] pour en parler entre nous plus utilement a l'occasion. B. Par Apollon! c'est bien de l'ouvrage pour moi que de t'entendre! A. Çà, mon cher, écoute-moi donc. Il faut d'abord qu'un cuisinier soit bien instruit de la météorologie, du coucher des astres et de leur lever ; qu'il sache quand le soleil se lève pour nous donner de courts ou de longs jours, et dans quels signes du zodiaque il est; car, n'en doute pas, on dit que tous les poissons, tous les aliments ont une saveur [378d] qui nous flatte différemment, selon les points de la révolution générale du ciel. Or, celui qui est instruit à cet égard, n'a plus qu'à penser à la saison où l'on n'est, pour savoir employer tout à propos : celui, au contraire, qui n'en sait rien, n'est qu'un gâte-métier. Mais tu es peut-être étonné de ce que j'ai dit que l'architecture pouvait être utile dans notre art? B. Oui, je te l'avoue. A. Eh bien, permets-moi de parler. Sans doute qu'il est avantageux pour le travail que la cheminée soit bien placée, qu'on ait un jour suffisant, [378e] qu'on puisse voir d'où vient le vent. La fumée, portée d'un côté ou de l'autre, fait toujours quelque différence pour les mets qu'on apprête. Or, je vais te montrer à-présent qu'un tel cuisinier[96] a tout ce qu'il faut pour l'art militaire. L'ordre est assurément partout bien essentiel[97] dans les arts ; [378f] mais dans le nôtre, c'est l'ordre qui doit présider presque à tout. En effet, servir et desservir chaque chose avec ordre, voir alors d'un coup d'œil quand il faut se hâter, aller doucement, discerner comment les convives trouvent ce qu'on leur sert, quand il convient de leur servir les mets, tantôt plus chauds, tantôt moins, tantôt tièdes, ou tout froids ; [379a] ce sont des connaissances qu'on puise dans les principes de l'art militaire. Enfin, que[98] veux-tu de plus? B. Oh! tu peux te retirer après m'avoir appris des choses si essentielles. »

23. C'est à peu près le langage que tient le cuisinier dans les Milésiens d'Alexis :

« Ignorez-vous donc que dans la plupart des arts, celui qui les exerce n'est pas la seule cause du plaisir qui en résulte ; mais qu'il faut que ceux qui jouissent du travail contribuent aussi à ce plaisir par la manière avantageuse dont ils en jouissent. [379b] B. Comment cela? car, à titre d'étranger, j'ai droit d'être curieux. A. Un cuisinier, par exemple, ne doit qu'apprêter les viandes comme il faut, et s'en tenir là. Si donc celui qui doit les manger et en juger vient à temps, il est sûr que c'est à l'avantage de notre art ; mais s'il tarde, et qu'elles ne soient pas prises à point, de sorte qu'il faille réchauffer ce qui était cuit, ou faire cuire à la hâte ce qu'on avait différé, c'est empêcher l'art de produire le plaisir qui devait en résulter. Pour moi, je mets les cuisiniers et les sophistes au même rang. Vous voici tous arrêtés autour de moi.[99] Pour moi, on m'allume promptement du feu ; [379c] les chiens de Vulcain sont aussitôt occupés à rôlir à leur aise, en plein air, comme vous savez que cela se fait souvent, et personne de nous autres[100] ne meurt qu'au terme ordinaire,[101] mais inconnu, que les destins ont fixé. »

24. Messieurs, qui êtes ici mes juges, car je vous nomme ainsi avec confiance en attendant le jugement[102] que votre palais va porter, cet Euphron dont je viens de parler plus haut, produit, il est vrai, sur la scène, dans ses Adelphes, un cuisinier fort savant [379d] et bien élevé, qui rappelle les noms des gens de son art, antérieurs à lui; quel en était le talent; en quelle partie chacun excellait : cependant il ne fait mention d'aucun mets, tel que ceux que je vous prépare fort souvent.

« Lycus, j'ai fait beaucoup d'élèves ; mais, toi, tu sors de chez moi parfait cuisinier en moins de dix mois, quoique tu sois fort jeune : c'est un effet de ton intelligence et de ton esprit. [379e] Ægis de Rhodes fut le seul qui sût rôtir parfaitement un poisson : Nérée de Chio savait faire cuire au bouillon un congre, de manière qu'on eût pu le présenter aux dieux. Chariadès d'Athènes faisait mieux que personne un thrion blanc : Lamprias imagina le premier la sauce noire ; Aphthooète, le boudin ; Euthynus, l'art de cuire la lentille : Aristion trouva les moyens de varier de diverses manières les mêmes choses dans les repas où chacun payait son écot. Voilà donc quels furent les sept sages de notre art, après les sept anciens sophistes de la Grèce.[103] [379f] Pour moi, voyant qu'on m’avait prévenu en tant de choses, j'imaginai le premier l'art de voler, de sorte que, loin d'encourir pour cela l'inimitié de qui que ce soit, on me demande partout. Mais toi, t'apercevant que je t'avais aussi prévenu en cela, tu imaginas cependant une ruse, et qui te fut propre. Des Téniens, vieillards aux cheveux blancs, qui avaient fait un long trajet par mer, offrirent un sacrifice ; ce fut le cinquième jour depuis leur embarquement. [380a] La victime était un petit chevreau assez maigre. Lycus, il n'y avait pas là moyen de rien enlever de la victime, ni pour toi,[104] ni pour ton maître. Tu les forças cependant à présenter deux autres chevreaux. Pendant qu'ils s'occupaient à considérer plusieurs fois le cœur, tu glissas ta main par le bas, sans qu'on s'en aperçût, et tu jetas hardiment dans la fosse le rognon que tu avais pris ; tu causas même beaucoup de vacarme. Il n'y a pas de rognons, dirent les assistants, [380b] baissant la tête avec consternation ; ils en immolèrent donc un second ; mais moi je t'en vis bien dévorer avidement le cœur. Sache donc qu'il y a déjà du temps que tu es un grand maître ; car c'est toi qui seul as trouvé le moyen de ne pas laisser ouvrir en vain la gueule au loup.[105] On cherchait un jour deux brochettes où l'on avait enfilé des intestins grêles; pendant ce temps-là tu jetas[106] deux poissons crus dans le feu, et tu fredonnas avec le dichorde. Je fus spectateur [380c] du drame[107] dont il s'agit plus haut ; car pour ceci ce n’était qu'un badinage. »

25. Quelqu'un de ces sept Sages d'un temps postérieur a-t-il jamais rien fait de pareil à ce que vous voyez dans ce porc, dont l'intérieur se trouve rempli de tant de choses, et dont un côté est rôti, tandis que l'autre a été cuit en bouillant, et sans qu'il ait été égorgé?

Nous le priâmes, le conjurâmes de nous montrer l'adresse dont il avait usé ; mais il nous répondit : Non, Messieurs, je ne le dirai pas cette année-ci; j'en jure par ceux qui ont bravé tous les dangers au combat de Marathon, et même par ceux qui ont combattu sur mer à Salamine. [380d] Après un tel serment, on crut ne pas devoir presser davantage cet homme, et qu'il fallait tout simplement porter les mains à d'autres plats.

 

Chap. VII. Oh! dit Ulpien, non, j'en jure par les guerriers d'Artémise, personne ne goûtera de rien avant qu'on ait dit où se trouve le mot parapherein, servir, présenter ; car pour le mot geumata, je suis le seul qui sache dans quel auteur on le lit. Aussitôt Magnus prit la parole, Aristophane se sert du mot parapherein dans son Proagoon :

« Pourquoi n'avez-vous pas commandé de présenter (parapherein) les gobelets. »

[380e] Sophron, dans ses Mimes féminins, l'emploie plus généralement, en disant :

« Cœcoa présente (paraphere) le verre[108] plein. »

Platon a dit, dans ses Lacédémoniens, parapheretoor

« Qu'il les présente, ou serve, toutes. »

Alexis écrit, dans sa Pamphile:

« Il approcha la table, ensuite servant, parapheroon, des chariots (quantité) d'excellentes choses. »

A présent, Ulpien, c'est à toi de parler des geumata, dégustations, dont tu t'es réservé l'honneur, car pour le verbe geusai, goûter, nous l'avons dit dans les Chèvres d'Eupolis :

« Prends ceci, et goûte-le, geusai. »

A ces mots, Ulpien dit : On lit dans le Peltaste d'Éphippe :

« Il y avait des écuries pour les ânes et les chevaux, et des (geumata) cabarets. »

Antiphane écrit, dans ses Jumeaux :

« Il goûte du vin (oinogeustei) et se promène couronné. »

26. Eh bien, reprit le cuisinier, je vais vous dire à présent une invention, non ancienne, mais bien la mienne, de peur que le joueur de flûte n'en porte la folle enchère ; comme le dit Eubule dans ses Lacédémoniens, ou sa Léda:

[381a] « Oui, par Vesta! j'ai entendu dire ceci : Un cuisinier fait-il une faute au logis, c'est le joueur de flûte, dit-on,[109] qui est battu. »

Philyllius, ou l'auteur quelconque de la pièce intitulée les Filles, a dit:

« Que le cuisinier fasse une friponnerie, c'est le joueur de flûte qui en a les coups. »

Mais pour revenir à ce porc moitié rôti, moitié bouilli, et plein sans avoir été égorgé, le cuisinier nous montra qu'il avait été saigné par une petite plaie faite au-dessous de l'épaule.

[381b] Lorsqu'il en eut coulé beaucoup de sang, nous dit-il, je tirai toutes les entrailles moyennant l'opération qu'on nomme exérèse (car, messieurs les convives babillards, ce mot est d'usage[110]), je les lavai plusieurs fois avec du vin que j'y fis passer, et je le suspendis par les pieds. Je le lavai encore avec du vin. Je fis cuire d'avance au bouillon, et avec beaucoup de poivre, les mêmes viandes dont j'ai parlé. Pour lors je les fis entrer de force par le gosier, y versant en même temps beaucoup de jus bien fait. Après cela je couvris la moitié de ce porc, comme vous le voyez, avec de la farine d'orge que j'avais bien imbibée de vin et d'huile. [381c] Je le mis au four de campagne, sur une petite table d'airain, et je le fis ainsi rôtir à feu doux, de manière à ne pas le brûler, ni le retirer sans être cuit. Lorsque la peau eut pris belle couleur, je fis bouillir l'autre côté. C'est donc ainsi que je vous le sers, après en avoir enlevé la farine. »

27. Charmant Ulpien, Denys le comique s'est aussi servi du mot exérèse dans sa pièce intitulée les Homonymes. Il y introduit un cuisinier qui tient ce discours :

[381d] « Çà, Drimon,[111] si tu sais quelque chose de beau, de bien imaginé, d'élégant dans ton métier, fais-le voir actuellement à ton maître; car c'est dans ce moment-ci que je te demande une preuve de ton habileté. Je vais te mener en pays ennemi. Sois intrépide dans tes excursions. On y donne par compte la viande aux cuisiniers ; mais fais-les si bien bouillir et fondre ensemble, que tu puisses en confondre tout le nombre : fais attention à cet avis. S'il y a un bon gros poisson, il t'appartient de droit. [381e] Si tu détournes un tronçon de saline, il est à toi, aussi longtemps que nous serons dans la maison. Mais en sortant emporte tout cela comme m'appartenant, et les autres accessoires qui ne sont, ni donnés en compte, ni enregistrés, mais qui sont comme autant de rognures et de levures. Le lendemain nous nous en régalerons;[112] cependant aie grand soin d'en donner à celui qui vend ordinairement ces rognures à son profit ; car il faut que tu trouves la porte facile à s'ouvrir. Mais qu'ai-je besoin de te conseiller? Tu sais trop bien ce que tu as à faire. Tu es mon élève, je suis ton maître ; tâche seulement de ne rien oublier, et marche avec moi. »

28. [381f] Nous faisions tous à ce cuisinier les compliments qu'il méritait tant pour sa facilité à s'énoncer, que pour son habileté dans son art, lorsque notre charmant hôte Larensius dit : Ne vaut-il pas infiniment mieux que les cuisiniers apprennent de telles choses, que ce qu'un de nos concitoyens, riche et voluptueux, exigeait des siens en leur faisant apprendre les dialogues de l'admirable Platon, [382a] et voulant que lorsqu'ils servaient les plats ils dissent : « Un,[113] deux, trois; mais, Timée, où est donc le quatrième des convives que nous avions hier, et qui est aujourd'hui un de ceux qui traitent? » Un autre cuisinier répondit : « Socrate, il s'est trouvé incommodé. » C’était ainsi qu'ils récitaient une grande partie du dialogue, fatiguant les convives indignés, et exposant tous les jours à la raillerie ce prétendu Sage qui n'ignorait de rien ; de sorte que plusieurs de ses amis firent les plus grands serments de ne plus manger chez lui ; mais si nous faisions[114] apprendre aux nôtres des passages de poètes, tels que ceux que nous venons d'entendre, sans doute qu'ils nous amuseraient beaucoup.

[382b] Alors le serviteur que nous venions de louer pour son habileté en cuisine, dit : Eh! bien, qu'est-ce que les anciens ont inventé, ou dit de semblable à ce que je viens de faire? mais pourquoi m'arrêter à ces médiocres cuisiniers,[115] pour en tirer quelque gloire, tandis que je ne prétends pas me prévaloir de mon talent? Korœbus lui-même, qui fut le premier de ceux qui méritèrent des couronnes aux jeux olympiques, était un cuisinier d'Élide, et cependant il n'eut jamais, en conséquence de son habileté, cette morgue du cuisinier qui paraît dans la Phœnicide de Straton. Voici ce qu'en dit celui qui le prend à ses gages :

« A. Je viens de prendre chez moi un sphinx mâle, non un cuisinier ; [382c] car en vérité je ne comprends rien à ce qu'il dit. C'est un homme qui a un magasin de termes nouveaux. Dès qu'il fût entré chez moi, il me fit de grands yeux, en me disant : B. Combien avez-vous invité de méropes[116] à souper? dites. A. Moi! j'ai invité des méropes à souper? Eh! tu extravagues. Quels sont donc ces méropes que tu crois que je connais? [382d] Va, il n'y en aura aucun. Inviter des méropes à souper! C'est ma foi ce à quoi j'ai le moins pensé. B. Il n'y aura absolument pas non plus de dœtymon?[117] A. Non, je pense ; point de dœtymon. Alors je comptai ; je pourrais avoir Philinus, Moschion, Nicérate, tel et tel, et je repassai mon monde en le nommant ; mais je vis qu'il ne me viendrait pas un seul convive (dœtymon), et je lui répondis : Non, il n'y aura aucun dœtymon. B. Que dites-vous aucun? A. Mon homme se fâche très fort, comme si je lui faisois une injure de ne pas inviter de dœtymons. B. Voilà qui est bien malheureux! [382e]  vous ne sacrifierez pas non plus un erysichthon.[118] A. Non, lui dis-je. B. Ni un bœuf eurymétope. A. Non, mon pauvre homme, je ne sacrifie pas de bœuf. B. Au moins vous. immolez des meela? A. Non, ma foi ; rien de tout cela. Mais je sacrifie une brebis (probation). B. Quoi, répond-t-il! meela et probata ne sont pas la même chose? A. Pour moi, je n'en sais rien, et je m'inquiète peu de le savoir. Je suis de ces grossiers campagnards, à qui il faut parler tout rondement. [382f] B. Ignorez-vous donc qu'Homère a dit meela pour brebis? A. Mon cher cuisinier, il lui était libre de parler ainsi ; mais, par Vesta, qu'est-ce que cela nous fait? Parle-moi un langage ordinaire pour ce qui te reste à me dire ; car comprendre Homère c'est pour moi un supplice. B. Je suis accoutumé à parler ainsi. A. Soit ; mais puisque tu es chez moi, ne parle plus de même. B. Eh! vous dites que je renonce à ma coutume, pour les quatre [383a] drachmes que vous m'avez promises? Apportez-moi les oulochytes?[119] A. Qu'est-ce que cela? B. De l'orge. A. Insensé que tu es, pourquoi donc ces termes embarrassants? B. Y a-t-il du peegos? A. Du peegos![120] mais ne me parleras-tu donc pas clairement, de manière à faire entendre plus distinctement, ce que tu veux? B. Insensé vieillard, me répond-il, apportez-moi du sel : voilà ce qu'est le peegos. Ensuite montrez-moi où il y a de l'eau pour laver les mains, cherniba.[121] On lui en présenta. Il sacrifia donc, et lâcha une foule d'autres termes que jamais, j'en jure, personne n'a compris : Découpez les viandes, [383b mystille moiras:[122] apportez double broche, diptych' obelous, de sorte que j'eus besoin de prendre le livre de Philétas, et de chercher quel était le sens de ses termes. Mais, lui dis-je, je t'en prie, change donc de langage, et parle-moi comme parlent les hommes. Mais, non ; Peithoo, ou la Persuasion même ne l'aurait pas déterminé facilement à cela : j'en jure par la terre! »

 

30. Chap. VIII. Je sais que la gente cuisinière est réellement fort curieuse d'historiettes, et de nouveaux mots. Les plus éloquents d'entre eux se servent d’engion, plus près, dans ce proverbe, le genou est plus près que la jambe. Ils diront, avec perieelthon, j'ai parcouru l'Asie et l'Europe. [383c] S'ils saluent quelqu'un, il ne faut pas, disent-ils, d’œnée[123] en faire un Pélée. Mais parmi les anciens cuisiniers j'en ai particulièrement admiré un, pour avoir fait avec avantage l'expérience d'une invention qui lui est due. C'est Alexis qui l'introduit sur la scène, parlant ainsi dans sa pièce intitulée le Chaudron :

« A. Il a fait bouillir, à ce qu'il me semble, un morceau de jeune porc dans un vaisseau bien clos ; mais sa négligence est cause qu'il s'est ensuite brûlé. B. Oh! il y a du remède. A. Comment? [383d] B. Prends du vinaigre, verse-le dans un bassin, froid, tu m'entends bien; ensuite plonge dans ce vinaigre ta marmite toute chaude. Comme elle sera presque toute ardente, elle attirera le fluide dans son propre corps. L'effervescence la fera ouvrir en nombre de petits canaux spongieux, comme ceux de la ponce, par lesquels elle pompera tout le vinaigre. La viande, loin d'y demeurer aride, s'y abreuvera peu à peu de suc, et deviendra comme une rosée. A. Par Apollon! mon cher Glaucias; voilà ce qui s'appelle entendre la cuisine : [383e] or, je vais le faire. Valet, tu vas nous le servir ; mais il faut, tu m'entends bien, qu'il soit froid pour nous le présenter. Par ce moyen, la vapeur ne nous prendra pas au nez, et ce sera un délice que de le manger,[124] car il sera beaucoup meilleur. Mais à t'entendre,[125] es-tu orateur ou cuisinier? B. Oh! c'est parler pour ne rien dire : vous affrontez l'art. »

31. Mais, Messieurs les convives, voilà assez de cuisiniers; de peur que l'un ou l'autre d'entre eux ne vienne d'un ton fier nous dire, [383f] comme dans le Dyskole de Ménandre:

« Personne n'a jamais impunément injurié un cuisinier. Notre art est en quelque sorte[126] sacré. »

Je vous présente donc, pour parler avec le charmant Diphile :

« Un agneau tout entier, bien dodu, et bien assaisonné : j'ai d'ailleurs bien fait rôtir[127] les jeunes cochons enveloppés de leur couenne. J'apporte ensuite une pie aussi volumineuse que le cheval de bois, tant elle est gonflée de graisse. »

32 [384a] Oies.

Comme on servait à la ronde ces oies et plusieurs autres apprêtées avec beaucoup de recherche, quelqu'un dit : Oh! ce sont des oies siteutoi, engraissées. Aussitôt Ulpien demande en quel auteur on avait jamais lu une oie siteutos, engraissée. Plutarque répond : Théopompe de Chio rapporte dans ses Histoires Grecques et dans la treizième de ses Philippiques, qu'Agésilaüs de Lacédémone étant allé en Egypte, les habitants lui envoyèrent des oies et des veaux siteutes, Epigène le comique dit dans ses Bacchantes :

« Oh! si quelqu'un[128] me prenait pour me nourrir comme une oie qu'on engraisse, siteute. »

[384b] Archestrate parle ainsi dans son Fameux Poème :

« Et préparez-nous aussi ce petit d'oie, siteute,[129] tout simplement rôti, et ce …… »

Mais, pour toi Ulpien, qui nous interroges à tout ce qui paraît, tu ne peux refuser de nous dire en quel passage des anciens il est fait mention de ces somptueux foies d'oie. Quant aux gardeurs d'oies, les anciens ne les ont pas ignorés : Cratinus en parle, dans son Dionys-Alexandre, en ces termes :

« Des chenoboskoi boukoloi, ou des gardeurs d'oie pâtres. »

Pour le genre, Homère a pris tantôt le masculin, tantôt le féminin.

« Une aigle enlevant une oie blanche. »

Ailleurs, il dit encore au féminin :

[384c] « Ainsi, lorsqu'il a enlevé une oie nourrie à la maison. »

Et ailleurs :

« J'ai à la maison vingt oies qui y mangent du froment écrasé[130] dans l'eau. »

Quant aux foies d'oies, dont on fait le plus grand cas à Rome, Eupolis (Eubule) en fait mention dans ses Vendeuses de Couronnes, en ces termes ;

« A moins que tu n'aies un foie, ou une âme d’oie. »

33. On servit aussi plusieurs demi-têtes de jeunes porcs. Kréobyle en parle dans son Faux-supposé:

[384d] « Il parut des demi-têtes fondantes de jeunes porcs. Oh! pour moi, je n'en laissai rien. Après cela vint de la viande en pot, kreokakkabos. »

Ce mets est fait de viandes hachées avec du sang, de la graisse, édulcorées avec du jus. Selon Myrtile, Aristophane le grammairien rapporte que le terme de kreokakkabos est particulier aux Achéens.

Anticlide écrit dans son liv. 78 des Retours, que les habitants de Chio devant être tués par les Erythréens dans un repas, [384e] quelqu'un, instruit de ce qui devait arriver, leur dit :

« O habitants de Chio, les Érythréens sont très injurieux; fuyez après avoir mangé de la chair de porc, et n'attendez pas le bœuf. »

Aristomène parle ainsi de viandes bouillies entre deux plats, dans sa pièce intitulée les Prestigiateurs...

(le passage manque).

Les anciens mangeaient aussi les testicules des animaux, et les appelaient rognons.[131] Philippide en fait mention, parlant ainsi de la gourmandise d'une courtisane nommée Gnathaine, dans sa pièce intitulée le Renouvellement:

« Ensuite il apporta, outre ces choses, beaucoup [384f] de testicules : toutes les autres femmes se faisant un scrupule d'y toucher, cette homicide Gnathaine se mit à rire : Par Cérès, dit-elle, voilà de beaux rognons, et elle en prit deux qu'elle avala, de sorte qu'on pensa tomber à la renverse tant on riait. »

34. Un autre convive ayant dit que le coq avec une sauce grasse[132] au vinaigre était un manger délicieux: [385a] Ulpien le censeur, couché seul sur un lit, mangeant peu, mais toujours prêt à saisir le moindre mot, prit la parole, et dit : Qu'est-ce que cet oxyliparon, à moins que vous n'ayez intention de nommer les kottanes et les lepidin,[133] qui sont des aliments ordinaires de mon pays. Mais, lui dit-on, Timoclès le comique a fait mention de l’oxyliparon dans son Dactylos.[134]

[385b] Alexis a donné à certains personnages l'épithète d'acroliparoi, ou de gras[135] à l'extérieur, tandis que tout l'intérieur du corps était de bois.

On servit un grand poisson dans une saumure acéteuse, oxalmee. Quelqu'un dit : Rien de meilleur que le poisson servi dans cette saumure. Aussitôt Ulpien qui ne s'occupait qu'à ramasser des épines, fronce le sourcil, et dit : Où trouverez-vous le mot oxalmee? D'ailleurs, je ne sache pas qu'aucun des auteurs vivans ait employé le mot opsarion pour désigner le poisson; mais la plupart des convives, méprisant son verbiage, songèrent à manger, tandis que Cynulque lui cita très haut ce passage des Aures de Métagène.

[385c] « Çà, mon ami, mangeons ; après cela fais-moi toutes les demandes que tu voudras, car à présent je suis si affamé que je ne me souviens de rien.»

Myrtile approuva volontiers la réflexion, dans l'intention de ne rien manger alors, mais de dire tout ce qu'il se rappellerait. Cratinus, dit-il, a fait mention de l’oxalme dans ses Ulysses, où Polyphème parle ainsi :

« En revanche, je vous prendrai tous, chers compagnons ; je vous ferai frire, bouillir, griller sur la braise, rôtir en broche, [385d] pour vous mettre dans une saumure ordinaire, dans l’oxalme (saumure acide), dans une saumure à l'ail (scorodalme), en vous y plongeant lorsqu'elle sera toute chaude, et celui qui me paraîtra le mieux rôti, ô braves guerriers! sera celui que je dévorerai le premier. »

Aristophane dit, dans ses Guêpes :

« Ensuite soufflant[136] sur moi pour me nettoyer, jette-moi dans l'oxalme toute chaude. »

35. Nous disons de nos jours opsarion pour poisson, et Platon le comique l'a dit aussi dans son Pisandre :

[385e] « Quand il y a quelque temps[137] que tu n'as mangé, que te donne-t-on? B. Du poisson. A. Quoi! tu t'es fatigué au travail, et voilà ce que tu as? Oh! pour moi, je mangeai hier une langouste. »

Phérécrate dit dans ses Transfuges :

« Qui nous a servi ce poisson?[138] opsarion.

Philémon dans son Trésor :

« Il n'est pas possible de falsifier la vérité, ni d'avoir en même temps de bon poisson. »

Ménandre dit dans son Carthaginois:

« Puisque après m'être fâché[139] contre Borée je n'ai pu prendre pour moi un méchant poisson, je vais faire cuire des lentilles. »

[385f] On lit dans son Ephésien :

« Ayant pris pour dîner du poisson, opsarion. »

Après quoi il dit :

« Un des poissonniers vendit des boulerots quatre dragmes. »

Anaxilas écrit dans son Hyacinthe Pornobosque (leno) :

« Mais avec quoi vous achèterai-je du poisson, opsarion. »

Et peu à près :

« Valet, apprête-nous du poisson, opsarion. »

Mais nous entendons de tout mets le mot opsariois, qui se trouve dans l’Anagyre d'Aristophane :

« Si je ne me consolais par quelques petits mets. »

[386a] En effet, Alexis met ce mot, en ce sens, dans la bouche du cuisinier, qu'il fait parler dans sa Veillée:

« A. Aimez-vous à manger vos mets (opsariois) bien chauds, ou entre deux, ou encore moins chauds. B. Le moins chaud. A. Que dites-vous, maître? B. Comment? A. Voilà un homme qui ne sait[140] guère ce que c'est que vivre! Quoi! que je vous serve tout froid? B. Point du tout. A. Tout bouillant donc? B. Non, parbleu! A. C'est donc tiède? B. Oui da. A. Aucun des gens de mon métier, que je sache, ne sert ainsi. [386b] B. Aucun de tes pareils ne fait non plus ce que tu fais ; mais mon plaisir est tel ; je veux donner à mes convives le temps de lier[141] conversation, et de se connaître. A. Mais est-ce[142] que vous avez immolé le chevreau? B. Ne m'étourdis pas;[143] mais va couper tes viandes. Valets, conduisez-le. A. Y a-t-il une cuisine ici? B. Il y en a une, et même avec une cheminée. A. Cela ne me paraît bien clair. B. Il y a une cheminée, te dis-je. [386c] A. Mais non sans danger si elle fume[144] car elle me ferait ainsi crever. »

36.. Voilà donc, ô voluptueux Ulpien! je dis voluptueux, puisque tu ne vis que pour le plaisir du ventre (olbiogastoor), voilà, dis-je, ce que j'avais à te rappeler de notre part, nous qui sommes, bien vivants. Quant à toi, il me semble que comme moi tu pratiques ce que dit Alexis dans son Atthis, ne mangeant rien de ce qui ait vie. Voici le passage :

« A. Celui qui a dit le premier qu'aucun sophiste (sage), ne mange de ce qui a vie, était vraiment un sage. Pourquoi je reviens du marché n'ayant pris rien [386d] qui ait vie. Les poissons que j'ai achetés sont morts, mais beaux. J'ai des pièces d agneau fort gras que je donnerai à manger ; mais il ne.vit pas. B. Sans doute, autrement pouvais-tu avoir ces pièces telles qu'elles sont? Y a-t-il encore autre chose. A. Oh! oui. J'ai pris un foie rôti. Or, si quelqu'un peut me prouver qu'une seule[145] de ces choses ait voix ou vie, je conviendrai que je suis dans, mon tort, et que j'ai violé la loi. »

Après ces détails, permets-nous donc de souper, car, vois, pendant que je m'entretiens avec toi, les phaisans ont passé tout près de nous, mais en nous dédaignant, à cause de ton impertinente démangeaison de parler.

[386e] Soit, dit Ulpien ; cependant, maître Myrtille, apprends-moi au moins où tu as pris le mot olbiogastoor, et si quelqu'un des anciens a fait mention de ces oiseaux du Phase, et je t'assure que demain, de bon matin, je vais, non m'embarquer pour l'Hellespont, mais au marché, pour y acheter un faisan, que je mangerai avec toi.

37. J'y consens à ces conditions, répond Myrtille.

Amphis rappelle le mot olbiogastoor dans sa Gynœcomanie, en ces termes :

« Vaurien que tu es! gourmand! n'es-tu pas un franc olbiogastoor, ou un homme qui ne met son bonheur qu'à vivre pour son ventre? »

 

[386f] Chap. IX. Faisan, Phasianikos.

L'aimable Aristophane fait mention du faisan[146] dans ses Oiseaux. Il s'agit là de deux vieillards désœuvrés, qui cherchent une ville où ils pourront demeurer à ne rien faire. Or, la vie des oiseaux paraît avoir de l'attrait pour eux. Ils s'en vont donc parmi les oiseaux; mais certain oiseau sauvage volant au-dessus d'eux, sans qu'ils s'y attendent, ils s'effraient de sa présence, puis se rassurent réciproquement, et se disent, entre autres choses, [387a] ce qui suit :

« A. Ne saurais-tu donc me dire quel est cet oiseau-ci qui vient de chier sur moi? B. C'est un faisan, phasianikos. »

C'est aussi de cet oiseau que j'entends le mot phasianos dans les Nuées du même, non de chevaux comme plusieurs le prétendent, et je dis que dans ce passage,[147]

« Non, par Bacchus, quand vous me donneriez les phasianous que nourrit Leogoras. »

On peut entendre aussi bien des phasianoi, oiseaux, que des chevaux du Phase qu'il nourrissait. D'ailleurs, Leogoras a été persiflée pour sa gourmandise dans la Périalgée de Platon le comique.

Mnésimaque, un des poètes de la moyenne comédie, dit ce qui suit, dans son Philippe, ou Amateur de Chevaux:

[387b] « Il y a ici, ce qui est assez rare, du lait de poule, et un faisan bien plumé..»

Théophraste d'Erèse, disciple d'Aristote, fait mention de ces oiseaux dans son troisième livre des Animaux.[148] Voici à peu près ses termes : « Il y a cette différence entre les oiseaux, que quelques-uns sont courts[149] des ailes, et volent peu, comme l’attagen,[150] la perdrix, le coq, le faisan; mais ils marchent dès qu'ils sont nés, et sont couverts de plumes.[151]

Aristote écrit ceci, liv. 7 de son Histoire des Animaux.[152] Parmi les oiseaux il y en a de pulvérateurs; d'autres se baignent, d'autres ne se roulent pas dans la poussière, ni ne se baignent. [387c] Quant à ceux qui ne quittent point la terre, et ne volent pas, ils sont pulvérateurs, comme la poule, la perdrix, l'attagen, le faisan, l'alouette.

Speusippe parle aussi des faisans dans son Traité des Choses semblables, liv. 2 ; mais ceux-ci appellent cet oiseau phasianos,[153] non phasianikos. »

38. Agatharcide de Cnide traitant l'article du fleuve Phasis dans le trente-quatrième livre de ses Histoires d'Europe, écrit ceci : « Les oiseaux qu'on appelle faisans[154] viennent en quantité vers les embouchures du fleuve, pour y chercher leur nourriture. »

Callixène de Rhodes (dans le liv. 4 de son ouvrage sur la ville d'Alexandrie), [387d] décrivant la fête publique que Ptolémée Philadelphe donna dans cette ville, parle de ces oiseaux comme de quelque chose de merveilleux, et dit : « Ensuite on portait en pompe, dans des cages, des perroquets, des paons, des pintades, des faisans et des oiseaux d'Ethiopie en grande quantité. »

Mais Artémidore, disciple d'Aristophane,[155] dans les Gloses qu'il a publiées sous le nom de termes culinaires, Pamphile d'Alexandrie dans ses observations sur les noms et sur les termes particuliers, citent Epænète disant, dans son Art Culinaire, que le faisan est un oiseau qu'on appelle aussi tatyras. Ptolémée Évergète dit, au second livre de ses Commentaires, que le faisan se nomme tetarton.[156] [387e] Voilà ce que j'avais à dire sur les oiseaux faisans que j'ai vus, à cause de toi, passer seulement autour de moi, comme les malades voient passer le manger;[157] mais, toi, si tu ne me paies demain ce dont tu es convenu, je ne te traduirai pas en justice, il est vrai, pour cause de fraude, [387f] mais je t'enverrai au Phase[158] pour y habiter, comme Polémon le Périégète envoya l'historien Istrus se noyer dans le fleuve du même nom.

39. Attagas varié.[159]

Aristophane écrit dans ses Chognes :

« On mange avec beaucoup de plaisir la chair de l’attagas bouilli, lorsqu'on célèbre une victoire. »

Alexandre de Mynde dit qu'il est un peu plus gros qu'une perdrix. Il est tout tacheté de diverses couleurs sur le dos, de couleur de brique, mais tirant plutôt sur le roux. Sa pesanteur[160] et la brièveté de ses ailes l'exposent à être poursuivi par les chasseurs. [388a] C'est un oiseau pulvérateur qui prolifie beaucoup, et vit de graines.

Socrate nous apprend,[161] dans son ouvrage sur les Limites, les Lieux, le Feu, et les Pierres, que les attagas furent apportés de Lydie en Egypte, et qu'ayant été lâchés dans les bois, ils firent entendre pendant quelque temps le courcaillet de la caille ; mais les eaux basses du Nil ayant occasionné une famine, dont il mourut beaucoup de monde, ces oiseaux ne cessèrent de dire jusqu'ici, et plus clairement même que les enfants qui articulent le mieux : « Tous les maux accablent les malfaiteurs ». Ces oiseaux une fois pris ne font plus entendre leurs voix ; [388b] mais si on les relâche ils cessent d'être muets.

Hipponax en fait ainsi mention :

« Ne mangeant ni attagas, ni lièvre. »

Aristophane en parle aussi dans ses Oiseaux; mais, dans ses Acharnes, il donne à entendre qu'il y en a quantité dans le pays de Mégare.[162]

Les Attiques écrivent le nom de cet oiseau avec un circonflexe contre la règle générale, car les noms terminés en as, qui ont plus de deux syllabes, et la pénultième en a, sont barytons, ou ont l'accent aigu sur cette pénultième; comme adamas,[163] akamas et akadas, mais il faut dire au pluriel attagai, non attageênes.

 

40. Chap. X. Porphyrion.

Il est évident qu'Aristophane[164] en a fait mention. [388c] Polémon, dans le liv. 5 de l'ouvrage qu'il adresse à Antigone et à Adée, dit que le porphyrion, oiseau accoutumé à vivre dans les maisons, garde scrupuleusement les femmes mariées.[165] Il a même la faculté de sentir la femme adultère au point que lorsqu'il s'en aperçoit, il commence par la faire connaître au mari, et finit sa vie en se pendant. Cet oiseau, ajoute Polémon, ne prend aucune nourriture, qu'après s'être promené, cherchant un lieu qui lui convienne;[166] alors il se roule dans la poussière, se lave, et mange.

Selon Aristote, cet oiseau est fissipède, et a une couleur bleue, [388d] de longues jambes, le bec rouge dès sa racine ; il est de la grandeur d'un coq. Il a l'œsophage étroit; voilà pourquoi il coupe par petits morceaux ce qu'il prend avec ses doigts : quant à l'eau, il la saisit comme en mordant, et l'avale. Ses doigts sont au nombre de cinq, dont celui du milieu est le plus grand. Alexandre de Mynde écrit que c'est un oiseau de Libye, et sacré selon les habitants de cette contrée-là.

Porphyris.

Callimaque dit, dans son Traité des Oiseaux, que le porphyrion diffère de la porphyris, et il le nomme séparément. Selon lui, le porphyrion prend sa nourriture dans l’obscurité, de peur qu'on ne le regarde : [388e] il s'irrite contre ceux qui approchent de ce qu'il mange. Aristophane a fait mention de la porphyris[167] dans ses Oiseaux.

Ibycus rappelle certains oiseaux qu'il nomme lathiporphyras[168] dans ce passage :

« Sur l'extrémité de son branchage jaune. Les pénélopes bigarrés, les lathiporphyrides dont le col est paré de plumes variées, et les alcyons aux larges ailes. »

Dans un autre passage (il nomme la porphyris).

« O mon ami![169] tu m'écoutes comme lorsque la porphyris étendant .... »

41. Perdrix, ou Bartavelle.

Nombre d'auteurs en on fait mention ; comme Aristophane.[170] [388f] Quelques écrivains abrègent i dans les cas obliques, comme a fait Archiloque,

« Tremblant comme une perdrix, perdika

Ils abrègent de même la syllabe du milieu dans ortyga, une caille ; chœnika, un chœnix (mesure); mais les Attiques font beaucoup plus souvent long i du milieu dans ce mot, comme Sophocle dans ses Kamiques:

« Il parut dans les bourgades renommées des Athéniens, un homme qui avait le nom de perdrix, perdikos. »

Phérécrate, ou l'auteur du Chiron:

« Il sort pour venir ici autant contre son gré, qu'une perdrix, perdikos. »

[389a] Phrynicus dit, dans ses Tragoodes :

« Kleombrote, fils de perdrix,[171] perdikos. »

Or, on prend cet oiseau pour le symbole de la lubricité. Nicophron écrit, dans ses Gagnes-deniers:

« Les epsètes et les perdrix, perdikas. »

Epicharme dit, dans ses Débauchés, faisant i bref:

« Des sèches[172] d'une saveur douce, et des perdrix volantes, perdikas. »

Voici ce qu'Aristote dit de cet animal : « La perdrix se tient sur terre, et a le pied fendu : elle vit quinze ans. La femelle passe ce terme. [389b] Les femelles des oiseaux vivent en général plus que les mâles. Elle couve ses œufs, et élève ses petits comme la poule.[173] Lorsqu'elle s'aperçoit qu'on la chasse, elle va en avant de sa couvée, se roule près des pieds du chasseur, lui faisant espérer en apparence qu'il peut la prendre, et le tient dans cette erreur jusqu'à ce que ses petits soient envolés ; ensuite elle s'envole aussi.

42. C'est un animal méchant et malicieux ; d'ailleurs, fort salace. Voilà pourquoi le mâle casse les œufs de la femelle, afin de pouvoir jouir d'elle; mais comme elle sait son intention, elle s'enfuit, et pond à l'écart. » Callimaque dit les mêmes choses dans son Traité des Oiseaux. Les mâles qui ne sont pas[174] appariés se battent, [389c] et celui qui est vaincu devient la jouissance du vainqueur. Aristote dit même que celui qui a été vaincu est obligé de se laisser cocher par tous les autres mâles qui le reprennent tour à tour. Les mâles privés s'accouplent[175] avec les sauvages. Si un d'entre eux a été vaincu par un second mâle, il est coché secrètement par celui-ci qui a prévalu : or, les mâles ne s'accouplent ainsi qu'en certaine saison de l'année, selon Alexandre de Mynde.[176] Les perdrix[177] mâles et femelles font leur nid à terre, où elles ont leur loge séparée.

Quant à la manière de prendre les perdrix,[178] si l’on se sert d'un mâle pour chasseur, le chef des perdrix sauvages s'avance à lui pour le combattre. Dès que celui-ci est pris, il en vient un autre pour combattre. [389d] Voilà ce qui arrive en se servant d'un mâle pour chasseur; mais si l'on chasse avec une femelle, elle chante jusqu'à ce que le chef des perdrix sauvages ait été séduit par elle.[179] Alors les autres se rassemblent, chassent celui-ci loin de la femelle, voyant qu'il ne s'occupe que d'elle, et non d'eux. C'est aussi pour éviter cette poursuite que souvent ce chef approche d'elle en silence, de peur qu'un autre l'entendant ne vienne se battre avec lui. Quelquefois même la femelle fait taire[180] le mâle qui s'approche d'elle. Souvent aussi une femelle quitte les œufs qu'elle couve lorsqu'elle voit son mâle aller à celle avec laquelle on chasse, et se fait cocher pour le détourner de celle-ci.

[389e] Les perdrix et les cailles sont si passionnées pour l'accouplement, qu'elles viennent tomber sur les chasseurs, assis sur les toits des maisons.[181]

On a dit aussi que les perdrix femelles qu'on emmène chasser, sont fécondées si elles voient un mâle, ou en sentent l'odeur étant sous le vent de l'endroit où il se trouve, ou s'il vole seulement près d'elles ; on ajoute même qu'elles pondent sur-le-champ. Pendant le temps de l'accouplement, les perdrix mâles et femelles volent le bec ouvert, et en allongeant la langue au dehors.

[389f] Cléarque écrit, dans son Traité de la terreur panique, que les moineaux, les perdrix, les coqs et les cailles éjaculent non seulement en voyant une femelle, mais même en entendant leur voix. La cause est l'idée de l'accouplement dont ces oiseaux mâles sont alors frappés. Or, leur passion pour le coït se manifeste surtout lorsqu'on leur présente un miroir. Ils accourent à l'objet qu'ils aperçoivent, et se font prendre, en lâchant leur semence. Il faut cependant en excepter les coqs. L'objet qui les frappe ne fait que les provoquer au combat. Tels sont les détails de Cléarque.

43. Quelques-uns appellent les perdrix caccabai,[182] [390a] comme Alcman dans ce passage :

« Alcman a introduit une espèce de chant qu'il a trouvé en formant, d'une manière articulée, le son que font entendre les kakabis.

Or, il montre clairement par-là que c'est des perdrix qu'il a appris à moduler ce chant. Voilà aussi pourquoi Chaméléon du Pont a dit que les anciens avaient imaginé la musique sur le chant des oiseaux des lieux déserts, et que c'est ainsi qu'elle s'est formée par imitation ; mais toutes les perdrix ne forment pas le son caccabi.

Théophraste, parlant de la différence des sons que forment les espèces homogènes, observe que les perdrix de l'Attique, [390b] habituées en-deçà de Corydale,[183] cacabent; et que celles qui sont au-delà, tittybisent. Basilis écrit, dans le second livre de son Histoire des Indes, que les petits hommes qui font la guerre aux grues se servent de perdrix à leur chariot.[184] On lit, dans la première partie de la collection de Ménéclès, que les Pygmées font là guerre aux grues et aux perdrix.

Mais il y a en Italie une autre espèce[185] de perdrix, dont le plumage est plus sombre ; elle est aussi plus petite de corps, et n'a pas le bec rouge. Celles qui sont du côté de Cirra[186] ont la chair d'une saveur rebutante à cause de leur pâture. [390c] Celles de la Béotie ne passent pas en Attique, ou si elles y viennent, elles se manifestent par leur son de voix, comme je l'ai dit.

Selon Théophraste, les perdrix de la Paphlagonie[187] ont deux cœurs. Celles de l'île de Sciathe mangent des limaçons. Elles pondent quelquefois quinze ou seize œufs. Elles ne volent pas loin, comme le dit Xénophon, dans le premier livre de son Anabase. Voici ses termes : Si quelqu'un fait lever précipitamment les outardes, il les prend facilement, car, [390d] comme les perdrix, elles ne volent pas loin, et sont bientôt fatiguées. La chair en est agréable à manger.

44. Plutarque trouve vrai ce que Xénophon dit des outardes, et dit qu'on apporte de la Libye adjacente quantité de ces oiseaux à Alexandrie. La chasse s'en fait de cette manière.[188]

Otus, Hibou, moyen Duc.

L'otus est un animal naturellement porté à imiter ce qu'il voit faire, surtout à l'homme. Il fait donc tout ce que lui paraissent faire les chasseurs. Ceux-ci s'arrêtent en face de lui, oignent leurs yeux d'une drogue quelconque, et ont près d'eux d'autres drogues qui peuvent coller les yeux et les paupières. [390e] Ils les laissent alors dans de petits plats, et s'éloignent. Ces oiseaux ayant vu les chasseurs se frotter les yeux, prennent des drogues qui sont dans les plats et s'en oignent à leur tour; ce qui les fait bientôt prendre.

Voici ce qu'Aristote[189] en écrit : Ces oiseaux changent de climat, sont fissipèdes, ont trois doigts, la taille d'un grand coq, la couleur d'une caille, la tête allongée, le bec aigu, le col mince, les yeux grands, la langue osseuse ; mais ils n'ont pas de gésier.

[390f] Selon Alexandre de Mynde, on donne aussi à l'otus le nom de lagoodias.[190] On dit qu'il rumine, et qu'il aime à voir un cheval. C'est pourquoi on en prendrait autant qu'on voudrait en se couvrant de la peau d'un cheval, parce qu'il en approche avec confiance.

Aristote dit ailleurs que l’otus est semblable au chat-huant, mais non oiseau nocturne.[191] Il a de petits ailerons à côté des oreilles; ce qui l’a fait nommer otus. Il est de la grandeur d'un pigeon, imite ce qu'il voit faire à l'homme. On le prend en lui donnant occasion de danser, en dansant devant lui. Sa figure tient de celle de l'homme ([391a] et il imite[192] tout ce que l'homme fait). Voilà pourquoi les comiques appellent otus tout homme qui se laisse facilement tromper. Ainsi, lorsqu'on veut en prendre, l'homme le plus adroit danse en présence de cet oiseau, qui se met aussi à danser comme un automate, en fixant le danseur ; un autre vient par derrière sans être aperçu, et se saisit de l'oiseau ravi du plaisir de l'imitation.

45. Scopes : petits Ducs.

On dit que les scopes en font autant, et se laissent prendre par la danse. Homère fait mention de ces oiseaux. Il y a une espèce de danse qui en a pris le nom de scopes, et dans laquelle on représente tous les mouvements variés que fait cet animal. [391b] Les scopes se plaisent à imiter, et c'est de leur nom que nous avons pris le mot scooptein, pour dire se moquer en contrefaisant, et prenant pour modèle ceux dont on se moque en imitant ce qu'ils font.

Tous les animaux qui ont la langue large,[193] et librement articulée imitent les sons des hommes, et des autres oiseaux; comme le perroquet et la pie.

Mais le scoope, selon Alexandre de Mynde,[194] est plus petit que le chat-huant; de couleur plombée, ayant des taches d'un gris clair ou blanchâtres; deux plumes qui partent des sourcils de chaque côté des tempes.

[391c] Selon Callimaque, il y a deux espèces de scoopes; les uns rendent un son de voix; les autres sont muets. On appelle les seconds scoopes simplement, et les premiers æiscoopes. Ils ont une couleur bleue de mer.

Alexandre de Mynde dit que ce mot est écrit sans la lettre s au commencement dans Homère, koopes, et qu'Aristote[195] a ainsi nommé ces oiseaux. Ces scoopes[196] paraissent en tout temps ; mais on n'en mange pas. Les autres ne paraissent que deux jours ou même un seul en automne. Ils diffèrent des æiscoopes par la rapidité,[197] et sont assez semblables à la tourterelle, ou au pigeon ramier.

Speusippe, au second livre des Choses semblables, écrit koopes, sans la lettre s. [391d] Epicharme a dit :

« Les koopes ; les huppes et les chats-huants. »

Alektryoon, ou Coq.

Métrodore dit, dans son Traité de la Coutume, que les koopes se prennent lorsqu'ils dansent pour imiter les hommes qui dansent devant eux.

46. Mais puisque nous avons dit, en parlant des perdrix, qu'elles étaient très salaces, ajoutons à ces détails que le coq est un oiseau extrêmement lascif. Aristote rapporte donc à ce sujet que parmi les coqs consacrés dans les temples,[198] celui qui a été offert le dernier, devient la jouissance de ceux qui y étaient auparavant,[199] et qui le cochent jusqu'à ce qu'on en présente un autre en offrande; [391e] mais si l'on n'en consacre pas de nouveau, alors ils se battent, et le vainqueur jouit à son gré de celui qui s'est laissé vaincre. On dit que le coq baisse[200] toujours la crête en passant sous une porte quelconque, et que jamais il ne se soumet à servir de femelle à un autre sans se battre. Selon Théophraste, les coqs sauvages sont plus salaces que les privés. Le même dit que les mâles (coqs) veulent cocher les poules, en quittant le juchoir ; au lieu que celles-ci ne s'y prêtent plus facilement que lorsqu'il fait grand jour.

Moineaux : Strouthoi.

Les passereaux sont aussi fort salaces,[201] et Terpsiclès dit pour cette raison que ceux qui mangent de ces oiseaux sont aussi plus lascifs. [391f] N'est-ce pas en conséquence de cette opinion que Sapho a dit que Vénus était traînée sur un char par des passereaux? car c'est un animal porté à l'accouplement, et qui prolifie beaucoup. Selon Aristote, il pond jusqu'à huit œufs.

Alexandre de Mynde distingue deux espèces de passereaux; l'une privée, l'autre sauvage. Selon lui, les femelles sont plus faibles, à tous égards; elles ont en outre le bec plus approchant de la couleur de corne, et ne présentent absolument rien de blanc, ni de noir sur le devant de la tête. Aristote dit [392a] que les mâles disparaissent en hiver; tandis que les femelles restent dans la contrée ; présumant au moins ceci comme probable, de ce que leur couleur change[202] comme celle des merles et des piettes, qui blanchissent en quelques temps. Les Éléens donnent le nom de deirites aux moineaux, selon ce que dit Nicandre de Colophone, liv. 3 de ses Gloses.

 

47. Chap. XI. Cailles : Ortyges.

On a demandé pourquoi dans les noms terminés en yx au singulier, la consonne caractéristique du génitif n'est pas généralement la même; par exemple, dans onyx et ortyx (dont, l'un fait onychos, l'autre ortygos) ; tandis que les noms dissyllabes simples masculins terminés en y précédés de x, [392b] mais qui ont pour caractéristique de leur dernière syllabe une des immuables, ou de celles par lesquelles on forme la première conjugaison des barytons, se fléchissent au génitif par k, comme keerykos du héraut, pelykos de la hache, erykos d'Eryx, bebrykos de Bebryce, et pourquoi d'un autre côté ceux qui n'ont pas ce caractère se fléchissent au génitif en g, comme ortygos de la caille, kokkygos du coucou, orygos de l'oryx; car le mot onychos d'onyx, ongle, est remarquable ici comme particulier. On observa aussi qu'en général le génitif singulier à la caractéristique du nominatif pluriel, soit consonne, soit voyelle.

Aristote dit que la caille est un des oiseaux qui changent de climat, et fissipèdes ; qu'elle ne fait pas de nid, mais une espèce de gîte dans la poussière qu'elle recouvre[203] [392c] avec des brins secs où elle couve pour se garantir des éperviers. Alexandre de Mynde écrit, au second livre de son Traité des Animaux, que la caille femelle a le cou plus mince que le mâle, et sans aucune tache noire sous.la racine du bec. Si on l'ouvre, on ne voit pas qu'elle ait de grand jabot ; mais elle a le cœur grand, formant comme trois lobes, et le foie, le fiel adhérents aux intestins ; la rate petite, et à peine visible. Ses testicules sont sous le foie comme ceux du coq.

[392d] Phanodème, liv. 3 de son Attique, parlant de la génération[204] des cailles, dit: « Erysichthon ayant aperçu Délos, île que les anciens appelaient Ortygie à cause des bandes de cailles qui s'y jettent en venant de la mer, vu la facilité qu'il y a de l'aborder. »

Eudoxe de Cnide dit, liv. 1 du Circuit de la terre, que les Phéniciens sacrifient des cailles à Hercule, parce qu'Hercule, fils de Jupiter et d'Astérie, allant en Libye, fut tué par Typhon, [392e] et qu'Iolaüs lui approchant une caille des narines,[205] Hercule ressuscita, ayant flairé cet oiseau : il avait, dit-il, beaucoup aimé cet animal étant vivant.

48. Eupolis s'est servi du diminutif ortygion, petite caille, en parlant de cet oiseau, dans ses Villes:

« Tu as nourri des cailles par le passé, et moi de petites cailles : Eh bien! quoi? »

Antiphane en use de même dans son Campagnard :

« Qu'es-tu donc capable de faire n'ayant qu'une âme de caille? »

[392f] Pratinas, dans ses Lacédémoniennes, ou ses Caryatis,[206] dit que la caille a particulièrement un chant agréable. Sans doute qu'au territoire de Phlionte et de Lacédémone elles font entendre un son de voix comme les perdrix. Or, Didyme dit que c'est pour cette raison qu'on a nommé cet oiseau sialis[207] ou bavard, car la plupart des oiseaux ont eu leur nom de leur voix, de leur chant, ou de leur cri.

Il y a aussi un oiseau qu'on appelle ortygomeetra ou caille-mère, dont Craies[208] fait mention dans ses Chirons, l'appelant

« Caille-mère[209] d'Ithaque. »

[393a] Alexandre de Mynde dit qu'elle est de la grosseur d'une tourterelle, et qu'elle a les jambes longues; que d'ailleurs elle est difficile à élever, et fort timide.

Cléarque de Soli rapporte quelque chose de particulier concernant la chasse des cailles, dans ce qu'il a écrit sur ce que Platon a dit en géomètre[210] dans sa République : « Si, lorsque les cailles s'accouplent, on leur[211] présente un miroir devant lequel on ait mis un collet, elles courent vers l'oiseau qu'elles voient dans le miroir, et tombent dans le piège. »

Choucas, Koloios.

Il dit aussi quelque chose de semblable concernant les oiseaux qu'on appelle choucas : [393b] « Si l'on présente aux choucas un vaisseau plein d'huile,[212] quelque fins qu'ils soient, l'amour qu'ils ont les uns pour les autres les fait arrêter sur les bords. Considérant alors l'objet qu'ils aperçoivent, ils agitent l'huile avec leurs ailes; mais cette huile, dont ils se sont aspergés leur collant toutes les plumes, devient la cause qui les fait prendre. »

(Les Attiques font longue la lettre y dans les cas obliques d'onyx comme dans ortygos, etc. Ils en usent de même dans doidykos de doidyx, pilon ; keerykos de keeryx, héraut; selon ce que dit Démétrius [393c] Aristophane dans sa Paix, mais Ixion a fait cet y bref, dans son Traité du Dialecte Alexandrin pour la mesure du vers, en disant :

« Des cailles nées à la maison, ortyges oikogeneis.) »

Chennia, ou petites Cailles.

Cléomène en fait mention dans son Épître à Alexandre; disant : « Des (phalerides) piettes sacrées, dix mille ; des tylades,[213] cinq mille ; des chennia salés, dix mille. » Hipparque écrit, dans son Iliade Egyptienne:

« Non, je n'aimerais pas la vie que mènent les Égyptiens,[214] plumant de petites cailles, et …… »

Cygnes.

Les cygnes parurent souvent à notre table. [393d] Le cygne, dit Aristote, prolifie beaucoup. Il est courageux ; se bat[215] avec son semblable jusqu'à la mort, et même contre l'aigle; mais il ne l'attaque pas le premier. Ces oiseaux ont un chant, surtout aux approches de la mort. Ils traversent la mer en chantant; sont palmipèdes et paissent l'herbe : cependant Alexandre de Mynde dit en avoir vu plusieurs expirants, et ne pas les avoir entendu chanter.

Hégésianax d'Alexandrie, qui a composé l'ouvrage intitulé les [393eTroïques de Céphalion, rapporte que Cycnus, qui combattit seul contre Achille, fut nourri par un cygne à Leucophrys.[216] Boios, ou Boioo dit, dans son Ornithogonie, selon Philochore, que Cycnus fut changé en cygne par le dieu Mars ; que s'étant rendu sur le fleuve Sibaris il s'accoupla avec une grue, et qu'il mit dans sa couvée une herbe appelée lygaia.[217] Quant à la grue, Boioo ajoute qu'il y eut chez les Pygmées une femme fort renommée, qu'on honorait comme déesse, mais qui, elle-même, méprisait les vraies divinités, surtout Junon et Diane. [393f] Junon indignée la changea en grue (oiseau difforme), ennemie des Pygmées, qui n'eurent pour elle que de la haine après lui avoir rendu tant d'honneurs. Selon le même ouvrage, la tortue terrestre naquit de cette femme et de Nicodamas : le poète y assure même que tous les oiseaux avaient été hommes auparavant. Pigeons ramiers.

50. Selon Aristote, il n'y a qu'un genre de pigeons, divisé en cinq espèces. [394a] La péristère,[218] la vinagine, le phaps, le ramier et la tourterelle. Il ne nomme pas le phaps au liv. 5 des Parties des Animaux ; Eschyle a cependant fait mention de cet oiseau-ci, dans son Protée tragique.[219]

« Un malheureux phabs cherchant à manger, et enlacé par le milieu du corps,[220] près des vans. »

Il a aussi employé ce mot au génitif pluriel (phaboon) dans son Philoctète.

La vinagine, dit Aristote, est plus grande que la péristère privée; mais moindre que le phabs, ou petit ramier. Le grand ramier, ou phatta, est de la grosseur d'une poule; sa couleur[221] est spodion, mais la tourterelle est la plus petite de tous, et sa couleur est tephron; [394b] celle-ci paraît en été, pour se cacher en hiver ; mais le petit ramier et le pigeon privé demeurent en tout temps. La vinagine ne se montre qu'en automne. Le gros ramier, dit-on,[222] est celui qui vit plus longtemps, car il va jusqu'à trente, et même quarante ans. Les mâles et les femelles ne se quittent qu'à la mort de l'un ou de l'autre, et celui qui reste persévère dans la viduité. C'est ce que font aussi les corbeaux, les corneilles, les choucas.

Toutes les espèces de pigeons proprement dits, couvent tour à tour. Dès que les petits sont éclos, le mâle crache sur eux[223] pour empêcher qu'ils ne soient exposés à aucun maléfice. Ils pondent deux œufs, [394c] dont le premier est mâle, le second femelle, et dans toutes les saisons de l'année. Voilà pourquoi ils font dix pontes, et même onze par an; en Egypte, ils en font. douze, car la femelle est fécondée le lendemain de sa ponte.

Aristote dit, dans le même ouvrage, que la peristera doit être distinguée de la peleias ou biset, qui est plus petit, et s'apprivoise difficilement.[224] Le biset est petit, noirâtre, a les pieds courts et rouges. Voilà pourquoi personne n'en nourrit. Selon le même, il est particulier aux pigeons privés de se baiser[225] [394d] lorsqu'ils veulent s'accoupler ; sans ce baiser, la femelle ne se laisserait pas cocher. Le mâle déjà âgé jouit de la femelle sans l'avoir baisée auparavant; mais les jeunes ne cochent jamais leur femelle qu'après le baiser. Les femelles se cochent réciproquement après s'être baisées lorsque les mâles sont absents ; mais elles ne s'injectent rien l'une à l'autre; elles pondent des œufs dont il ne résulte pas de petits.

Les Doriens emploient le mot peleias pour péristera, comme Sophron le rapporte dans ses Mimes féminins. Callimaque, dans son Traité des Oiseaux, présente comme différents les uns des autres, le ramier, la pyralis,[226] la péristère, la tourterelle.

51. Alexandre de Mynde [394e] dit que le pkassa ou ramier, de même que la tourterelle, ne boit pas en relevant la tête en arrière,[227] et qu'il ne se fait pas entendre en hiver, à moins qu'il ne fasse beau, et calme. On dit que si la vinagine qui a mangé trop de graine de gui, lâche ses excréments sur un arbre, il y croît du gui.

Daïmachus rapporte, dans ses Hist, de l’Inde,[228] qu'on y voit des pigeons de couleur de coing. Charon de Lampsaque, racontant ce que firent les Perses sous la conduite de Mardonius, et leur défaite près du mont Athos, dit que ce fut alors qu'on vit les premiers pigeons blancs en Grèce, où jamais il n'en avait paru.

Selon Aristote, [394f] lorsque les petits pigeons sont éclos, les père et mère mâchent de la terre,[229] surtout salée, leur ouvrent le bec, et y introduisent cette terre, pour les préparer ainsi à recevoir de la nourriture.

Il y a certain temps fixe à Éryx en Sicile,[230] qu'on appelle le départ, dans l'opinion que Vénus passe alors en Libye. Les pigeons disparaissent donc tous alors de cet endroit-là comme pour accompagner la déesse. Neuf jours après, temps qu'on appelle celui du retour, [395a] il arrive un pigeon qui a traversé la mer, et vient voler dans le temple; bientôt après les autres arrivent. C’est pourquoi tous les gens à leur aise, dans les environs de ce temple, font une fête, et se traitent splendidement. Les autres font résonner leurs crotales[231] avec des transports de joie. Tout cet endroit-là exhale pour lors une odeur de beurre, et c'est le signe qu'on prend pour celui du retour de la déesse.

Autocrate rapporte, dans ses Histoires d’Achaïe, que Jupiter, amoureux de la jeune Phthia d'Ægium,[232] se métamorphosa en colombe pour jouir d'elle.

Les Attiques disent peristeros, pigeon, au masculin, pour peristera, féminin, colombe. En voici un exemple des Syntrechontes d'Alexis :

[395b] « Je suis le pigeon (peristeros) blanc de Vénus ; Bacchus ne sait, non ne sait que boire et s'enivrer ; que le vin soit nouveau ou vieux,. peu importe. »

Il a aussi dit peristera au féminin, dans son Rhodien, ou sa Poppyzeuse, autrement Flatteuse, et il montre que les colombes de Sicile sont différentes des autres :

« Nourrissant chez lui de ces belles colombes de Sicile. »

Phérécrate écrit, dans ses Peintres, au masculin:

« Envoie un pigeon[233] messager, peristeros. »

Et dans sa Pétale, ou Jeune fille, il l'écrit en diminutif :

[395c] « Mais, ô ma Colombine! toi qui ressembles à Callisthène,[234] vole, transporte-moi à Cythère et en Chypre. »

Nicandre rappelle les pigeons de Sicile dans ces vers du liv. 2 de ses Géorgiques :

« Si tu nourris[235] des pigeons dracontiades qui pondent deux œufs, ou de ceux du temple de Sicile, que jamais l'eau, ni certaine quantité de coquillages ne leur manquent. »

 

52. Chap. XII. Cannes, Canards. Neilai.

Alexandre de Mynde observe que les mâles sont plus grands et présentent des couleurs plus variées que les femelles. Celui qu'on appelle glaucion, à cause de la couleur de ses yeux,[236] est un peu plus petit que le canard ordinaire. Quant à l'espèce qu'on appelle boschas; [395d] le mâle est moins tacheté que le canard.[237] Les boschas mâles ont le bec camard et trop petit pour leurs autres proportions.

La petite colymbis est le moins gros de tous les oiseaux aquatiques, d'un noir sale; ayant le bec aigu, et les yeux toujours comme en observation.[238] Elle plonge souvent.

Il y a une autre espèce de boschas, ou de sarcelle, plus grande que le canard, mais moindre que l'oie-renard ou bergandier. Ceux qu'on appelle phaskades sont un peu plus gros que les petites colymbis; du reste pareils aux canards. [395e] L'oiseau qu'on nomme uria[239] est à peu de chose près de la grosseur du canard. Il est de couleur de brique sale, et il a le bec long et étroit. La phaleris ou pietle a aussi le bec étroit. Elle paraît plus ronde; son ventre est de couleur cendrée, mais le dos tirant un peu plus sur le noir. Quant au canard neetta? et à la colymbas (dont les noms ont fourni les verbes neechestai, nager, et colymban, plonger), Aristophane en fait mention, en même temps que de plusieurs autres oiseaux marécageux, dans ses Acharnes:

[395f] « Des canards, des choucas, des attagas, des piettes, des trochiles[240] (roitelets). »

Callimaque en fait aussi mention dans son Traité des Oiseaux.

53. On nous servit encore des parastates, dont Épænète fait mention dans son Art culinaire, de même que Simarus dans le liv. 3 et 4 de ses Synonymes. Or, ces parastates sont ce qu'on appelle autrement testicules.

Il parut quelques viandes bien arrosées d'une sauce qui flattait l'odorat; quelqu'un ayant dit: [396a] Donnez-moi de ces mêmes viandes cuites entre deux plats (étouffées) ; Ulpien, ce dédale où l'on se perd avec les mots, dit aussitôt : Ma foi, je vais moi-même étouffer, si vous ne nommez l'auteur où vous avez trouvé de telles viandes, car je me garderai bien de les nommer avant de connaître l'écrivain ; le convive lui répond : Mais Strattis s'est servi de pniktos, étouffe, dans ses Macédoniens, ou Cinésias.

« Qu'il y ait toujours chez toi quelque chose de semblable, étouffé, pnikton

Eubule écrit, dans son Agglutiné, ou Amant passionné :

« Des viandes étouffées à la manière de la Sicile, et des tas de plats.[241] »

Aristophane a dit, dans ses Guêpes :

« Etouffé dans une huguenote. »

Cratinus dans ses Déliades :

[396b] « Écrase-lui en une partie que tu feras cuire proprement en l'étouffant, pnixon.[242]

Antiphane dit, dans son Campagnard :

« A. D'abord j'enlève une maze précieuse que Cérès, source de la vie, donne aux mortels comme un présent qui les flatte infiniment. Après cela, des membres étouffés de moutons, et pleins de jus, flanqués, autour, d'une jeune viande aussi tendre que l'herbe naissante. B. Que dis-tu-là? A. Je lis la fin d'une tragédie de Sophocle. »

54. Cochons de lait.

Comme on servait des cochons de lait, les convives demandèrent à ce sujet [396c] si le mot galatheenos (de lait) se disait. Quelqu'un répondit : Oh lit dans le Doulodidascale de Phérécrate :

« J'ai volé des animaux qui tétaient encore (galatheena) et non faits. »

Il dit dans ses Transfuges:

« N'est-ce pas un cochon de lait que tu vas sacrifier? »

On lit dans la Lutte d'Alcée :

« Il est ce qu'il faut[243] être. Si de ce dont je te fais part, je lâche un mot de plus qu'un cochon de lait ne peut dire .... »

Hérodote dit, dans son premier livre, qu'il n'est permis à Babylone d'immoler sur l'autel d'or que des animaux qui tètent Antiphane écrit, dans son Philétaire :

[396d] « Ce petit-maître, dont on ne peut approcher;[244] ce blanc-bec, galatheenos

Héniochus dit, dans son Polyeucte:

« Le bœuf était dur comme de l'airain, et n'a pas voulu cuire ; lui,[245] il a peut-être sacrifié un cochon de lait. »

Anacréon dit:

« Comme un jeune faon qui tète, et dont la frayeur s'est emparé, lorsqu'il a été abandonné de sa mère-cornue.[246] »

Cratès dit, dans ses Voisins :

« Maintenant vous vous régalez[247] de quelque chose de délicieux, comme d'agneaux et de cochons de lait. »

[396e] Simonide fait ainsi parler Danaé au sujet de Persée.

« O mon fils, que j'ai de peine! et toi tu ronfles[248] encore avec ton cœur enfantin. »

Il dit ailleurs ; concernant Archemore

« Ah! la funeste couronne! Ils t'ont pleuré,[249] cher enfant encore à la mamelle, lorsque tu rendis cette âme si douce! »

Cléarque dit, dans ses Vies, que le tyran Phalaris poussa la cruauté jusqu'à manger des enfants à la mamelle.

On a dit theesthai, pour sucer le lait.

[396f] « Hector, mortel, a sucé la mamelle d'une femme.[250] »

Theesthai a ce sens parce que l'on met le mamelon dans la bouche des enfants. Le mot titthos vient aussi de ce qu'on met (entithesthai) les mamelons dans la bouche (le mot galatheenos,[251] qui tète, se trouve encore dans ce vers).

« Ayant endormi des faons nouvellement nés qui tétaient. »

55. [397a] Dorkas : Chevreuil.

Comme on servit des dorkades, Palamède d'Elée, onomatologue, nous dit : La viande de dorkoones[252] n'est pas désagréable. Myrtille le reprend : « On a dit seulement dorcades, non dorkoones. » Xénophon écrit au liv. 1 de son Anabase : « Il y avait des outardes et des dorcades, ou chevreuils. »

56. Paon : Taoos.

Cet oiseau a été rare, comme le montre Antiphane dans le Soldat, ou Trychon.

« Quelqu'un ayant une fois amené[253] une paire de paons, chose rare pour lors; mais à présent il y en a plus que de cailles. »

Eubule dit, dans son Phœnix :

« En effet,[254] on n'admire le paon que pour sa rareté.»

[397b] Le paon,[255] dit Aristote, est fissipède, et paît l'herbe. Il pond lorsqu'il est âgé de trois ans. C'est alors qu'il acquiert la variété de ses couleurs. Il couve environ trente jours, et ne pond qu'une fois par an; le nombre de douze œufs, non de suite, mais par intervalles de deux en deux jours. Les femelles qui pondent pour la première fois n'ont qu'une couvée de huit œufs. Cet oiseau est sujet à pondre des œufs clairs, comme la poule; mais jamais plus de deux. Il couve, et casse la coquille comme elle.

Eupolis en parle ainsi dans ses Astraleutes, ou Exempts du service militaire.

[397c] « Quoi! nourrirai-je chez Proserpine un tel paon,[256] qui éveille ceux qui dorment?»

Antiphon, l'orateur, a écrit un discours ayant pour titre, sur les paons;[257] mais le nom de cet oiseau n'y est aucunement rappelé. Il se contente de le nommer oiseau d'un plumage varié. Il ajoute que Démus, fils de Périlampe, en nourrissait; que même plusieurs personnes venaient par curiosité, tant de Lacédémone, que de la Thessalie, pour contempler ces oiseaux, et faisaient beaucoup d'instances[258] pour en avoir des œufs. Après avoir parlé de ce qui concerne leur forme extérieure, il dit : [397d] Si quelqu'un voulait transporter de ces oiseaux à la ville, ils la quitteraient pour s'envoler aussitôt ; si d'un autre côté on leur rogne les ailes[259] c'est les priver de leur beauté, car ce sont les grandes plumes qui font leur beauté, et non celles du corps. Il nous apprend aussi dans ce même discours, qu'on était fort curieux de les voir : il ajoute qu'on n'avait cette satisfaction que les premiers de chaque mois, mais que personne ne l'obtint jamais un autre jour, et cela, non un jour, ni deux, mais pendant plus de trente ans.

57. [397e] Selon Tryphon, les Athéniens aspirent la dernière syllabe de ce mot, en écrivant tahôos pour taoos, y mettant même un accent circonflexe. C'est ainsi qu'ils lisent, comme on le voit dans le passage précédent d'Eupolis, cité de ses Astrateutes. Aristophane dit aussi dans ses Oiseaux :

« Tu es Térée?[260] mais es-tu Térée l'oiseau, ou paon, tahoos?

Et dans un autre endroit :

« C'est ma foi un oiseau:[261] mais quel oiseau? ce n'est pas un paon, tahôos. »

Les Attiques disent tahôoni (au paon) au datif, comme Aristophane l'écrit dans la même pièce.[262] Le langage Attique et l'Ionien ne permettent pas d'aspirer la dernière syllabe d'un mot, si cette syllabe commence par une voyelle. Il est d'usage qu'elle soit prononcée avec un esprit doux, ou sans être aspirée. [397f] Comme neoos, temple; Tyndareoos, Tyndarée; Meneleoos, Ménélas; leiponeoos, déserteur de vaisseau; Euneoos, Eunée; Neileoos, Nilée, praos, doux; hyios, fils; Keios, de Cée; Chios, de Chio; dios, divin; chreios, utile; pleios, plein; laios, gauche; baios, petit; phaios, brun; peeos, allié, ou parent; goos, gémissement ; thoos, vite ; rhoos, ruisseau ; zooos, vivant. En effet, l'esprit rude, demandant naturellement à se trouver sur les premières syllabes, ne peut en aucune manière être fixé [398a] sur les dernières parties des mots. Quant au mot taoos, paon, ce mot vient de taoo, j’étends,[263] parce que cet oiseau étend son plumage.

Séleucus dit, dans son cinquième chapitre de l’Hellénisme : « C'est mal à propos que les Attiques aspirent la dernière syllabe de tahôos, et y mettent même un circonflexe. Il est naturel que l'esprit rude se fasse sentir sur les premières syllabes des mots qu'on prononce, et que commençant à se faire sentir là, il passe plus rapidement sur la superficie des mots.[264] C'est même en conséquence de ce principe que les Athéniens considérant la nature de la prosodie dans l’ordre du discours,[265] ne posent point la marque de l'aspiration sur les voyelles, comme ils y mettent les accents, mais avant les voyelles.[266] [398b] Selon moi, la marque de l'esprit rude était H, chez les anciens. Voilà pourquoi les Romains surtout, font toujours précéder de ce signe les mots qui doivent être aspirés, marquant ainsi le mouvement organique qui doit précéder l'articulation de ces mots. Or, si telle est la destination naturelle de l'esprit rude, n'est-ce pas contre toute raison que les Attiques marquent de cet esprit la syllabe finale de tahoos? (au lieu de dire taoos).

 

58. Chap. XIII. Tetrax.

On avait déjà beaucoup disserté sur chaque mets qu'on servait au repas, lorsque Larensius prit la parole : Je vais aussi, nous dit-il, vous proposer quelques questions, à l'exemple d'Ulpien, car ces demandes nous servent aussi d'aliments ; que pensez-vous donc que soit le tetrax? Quelqu'un répondit: C'est une espèce d'oiseau; [398c] suivant en cela l'usage des grammairiens[267] qui répondent à ce qu'on leur demande : « C'est une espèce de plante, une espèce d'oiseau, une espèce de pierre. » Pour moi, je te dirai, brave Ulpien, que le charmant Aristophane parle du tetrax dans ses Oiseaux ; c'est ce que je n'ignore pas.

Voici le passage :

« Au porphyrion, au pélican, à l'onocrotale, au phléxide,[268] au tetrax et au paon. »

Je demande ensuite si quelque autre auteur en a fait mention. Je sais qu'Alexandre de Mynde, dans son liv. 52 des Oiseaux, parle du tetrax, non comme d'un grand oiseau, mais comme d'un des plus petits : [398d] « Le tetrax, dit-il, est égal en grandeur au spermologue,[269] et de couleur de brique ; marqueté de taches ternes, et de grandes raies; il est frugivore. Lorsque la femelle a pondu, elle fait entendre un son analogue à son nom, et l'on dit qu'elle tetraze.» On lit, dans les Noces d'Hébé d'Epicharme :

« Prenant des cailles, des passereaux, des alouettes qui aiment à rester dans la poussière, des tetraces ramasseurs de grains. »

Le même dit ailleurs :

« Il y avait des hérons au long cou, qui se courbe, et des tetraces, canne-petières, ramasseuses de grains. »

Mais puisque vous gardez le silence, je vais vous faire voir l'oiseau : [398e] « Étant gouverneur en Mysie, pour l'empereur, et à la tête des affaires de ce département, j'eus occasion de voir cet oiseau dans cette contrée-là. Apprenant que les Mysiens et les Péoniens le nommaient ainsi, je me le rappelai par ce qu'Aristophane en avait dit. Je présumais que cet oiseau avait été assez digne de l'attention du savant Aristote, pour être nommé dans son histoire qui coûta tant de talents, car on dit que ce philosophe stagirite en reçut huit cents d'Alexandre, à ce sujet; mais n'y trouvant rien sur le tetrace, [398f] je fus très satisfait d'avoir au moins pour garant de ce nom le charmant Aristophane. »

Larensius finissait de parler, lorsqu'un esclave entra, et nous apportant un tetrace dans une cage. Il est au-dessus de la taille du plus grand coq, et assez semblable pour la forme extérieure au porphyrion ; ayant de chaque côté deux barbillons pendans.aux oreilles, comme les coqs; [399a] sa voix est grave. Peu de temps après que nous eûmes admiré la beauté du plumage de cet oiseau, on nous le servit bien apprêté. Sa chair ressemble à celle de l'autruche, dont nous avons souvent mangé.

59. Psyai : Lombes.

L'auteur du Retour des Atrides dit au troisième chant :

« Hermionée atteignant, de ses pieds rapides, Nisus, lui perça les lombes, psyas, avec sa lance. »

Simariste[270] écrit ceci au troisième article de ses Synonymes : [399b] Les chairs, qui s'élèvent obliquement le long des lombes,[271] se nomment psyai en grec; on nomme cyboi et galliai les enfoncements qui sont de chaque côté. Cléarque s'exprime ainsi au second chapitre du Squelette : « Les chairs musculeuses qui sont de chaque côté, et que l'on appelle psyai ou renards, ou, selon d'autres, neuromeetrai,[272] mères des nerfs. » Le vénérable Hippocrate fait aussi mention des lombes sous le nom de psyai. On les a ainsi nommés de ce qu'on les détache et enlève facilement, leur chair n'étant que comme superposée sur la surface des os. Euphron le comique en parle dans ses Théores.

[399c] « Il y a certaine partie charnue qu'on appelle psyas ou lombes : apprends à les entamer[273] avant de les considérer. »

 

60. Chap. XIV. Mamelle : Outhar.

Téléclide dit, dans ses Bourus :

« Comme femme, il est juste que j'aie des mamelles. »

Hérodote dit, liv. 4 de ses Histoires, lorsqu'on souffle dans la vulve d'une jument, les veines se gonflent, et ses mamelles s'abaissent ; mais il est rare de trouver le mot outhar, appliqués à d'autres animaux. On emploie seulement le mot hypogastre (bas-ventre), tant pour les chevaux, que pour les poissons. Strattis écrit dans son Atalante :

« Un hypogastre de thon, et une issue. »

[399d] Théopompe dit, dans son Kallœschre:

« Il attendait le bas-ventre des poissons, mais il l'a manqué. »

Mais, dans ses Sirènes, il nomme les bas-ventres hypeetria :

« Des bas-ventres de thons blancs de Sicile. »

61. Lièvre : Lagoos.

Voici ce que le grand cuisinier Archestrate en dit:

« Il y a plusieurs manières de (aire cuire et d'apprêter le lièvre.[274] Mais voici le meilleur procédé. Servez-le brûlant, un peu rouge, après l'avoir saupoudré de sel en le tirant de la broche, et présentez-en la chair à chacun de vos convives affamés. Ne voyez pas avec dégoût le jus tomber rouge [399e] de la chair; mais dévorez-la promptement. Toutes les autres manières de l'apprêter sont, à mon avis, fort inutiles ; comme d'y verser de ce jus visqueux,[275] de le flanquer de fromage, d'y mettre une sauce à l'huile ; cuisine qui n'est faite que pour un chat. »

Naucrate le comique dit, dans sa Persienne, qu'il est rare de trouver un lièvre (dasypoda) [399f] dans l'Attique.

« Qui a jamais vu dans l'Attique un lion, ou tout autre animal féroce? Il n est même pas facile d'y trouver un lièvre. »

Il semblerait cependant, par ce que dit Alcée, dans sa Callisto, qu'il y en aurait beaucoup.

« Il faut avoir du coriandre très fin, pour en saupoudrer, avec du sel, les lièvres que nous pourrons prendre. »

62. [400a] Tryphon rapporte qu'Aristophane a écrit lagoon à l'accusatif avec un accent aigu sur la dernière syllabe, dans ses Danaïdes :

« Si vous lâchez (ce chien)[276] il pourrait emporter ce lièvre, lagoon. »

Il dit aussi dans ses Dœtalées :

« Je suis perdu! on me verra épiler (ou déchiqueter) le lièvre. »

Xénophon écrit lagoô sans n dans son Cynégétique, et avec un accent circonflexe, parce que selon notre usage lagos porte un accent, mais aigu, la syllabe étant brève. Les Attiques en usent de même sur les mots que nous terminons en os, bref aigu; comme les accusatifs neôon, temple; leôon, peuple; lagôon, lièvre; [400b] mais Sophocle a dit lagoi au pluriel, en se réglant sur l'accusatif commun lagon, dans son Amyclus satyriaue.

« Des grues, des corneilles, des chats-huants, des milans, des lièvres, lagoi. »

On trouve par la même analogie lagoo pluriel, dans les Flatteurs d'Eupolis, comme venant de la forme attique lagoon, à l'accusatif singulier.

« Il y avait des raies, des lièvres, et des femmes qui dansaient avec agilité.[277] »

Il y en a qui prononcent sans raison la dernière syllabe de ce mot, comme si elle était marquée d'un circonflexe; mais il faut en élever le ton en parlant, [400c] car les mots terminés en os conservent le même accent, quoique changés en oos selon le dialecte attique, où ils ont toujours l'accent aigu, comme naos, temple,[278] kalos, câble; attique neoos, kaloos, et c'est ainsi qu'en ont usé Epicharme, Hérodote et l'auteur des Ilotes. Les Ioniens disent aussi lagos.

« Après avoir troublé l'eau, perce[279] le lièvre marin. »

Mais lagoos est attique. Nous avons cependant vu que les Attiques disaient aussi lagos, et de là lagoi au pluriel, comme dans Sophocle.

[400d] « Des grues, des corneilles, des chats-huants, des milans, des lièvres, lagoi. »

Quant à cette expression : « Ou un lièvre (lagooon) timide, » si on la prend pour ionienne, l’oo long est de trop ; si elle est attique, il faut en retrancher l’o final. On a dit lagoôa krea, de la viande de lièvre.

63. Hégésandre de Delphes rapporte, dans ses Commentaires, que les lièvres se multiplièrent tellement, dans Astypalée, sous le règne d'Antigone Gonatas, que les habitants envoyèrent consulter l'oracle à ce sujet, et que la Pythie leur ayant répondu d'élever des chiens et de chasser, on en prit plus de six mille. Ce grand nombre ne vint que de deux lièvres qu'un homme d'Anaphée jeta dans cette île; comme auparavant un homme d'Astypalée ayant lâché deux perdrix [400e] dans Anaphée, elles y avaient tant multiplié que les habitants avaient été sur le point d'abandonner leur demeure. Or, il n'y avait pas de lièvres auparavant dans l'île d'Astypalée, mais des perdrix.

Le lièvre est un animal qui multiplie beaucoup, comme le dit Xénophon dans son Cynégétique. Voici ce qu'en dit Hérodote:[280] « Le lièvre devient la proie de tous les animaux, homme, oiseau, quadrupède : voilà sans doute pourquoi il multiplie tant. C'est le seul animal en qui la superfétation ait lieu. Il a dans le ventre des petits velus, d'autres sans poil : [400f] d'autres se forment dans la matrice, et il en conçoit encore de nouveaux. »

Kouniklos : Lapin.

Polybe dit, liv. 12 de ses Histoires, qu'il y a un autre animal analogue au lièvre, et qu'on le nomme kouniklos. Voici ses termes : « Le kouniklos vu de loin paraît être un petit lièvre; mais lorsqu’on l'a pris on voit qu'il y a une grande différence tant pour la forme que pour la qualité de la chair. Il est le plus souvent caché en terre. [401a] Le philosophe Posidonius en parle dans son histoire, et nous en avons vu beaucoup lorsque nous passâmes de Dicéarchée à Naples. C'est dans une île qui n'est pas éloignée du continent, et située vers les extrémités de Dicéarchée: il y a peu d'habitants, mais beaucoup de ces lapins.

Lièvres chélidoniens.[281]

Il y a des lièvres qu'on appelle chélidoniens, Diphile, ou Calliades, en fait mention dans sa pièce intitulée l’Ignorance :

« Qu'est-ce que cela? d'où vient ce lièvre de couleur d'hirondelle? le civet en est bleuâtre!....»

Théopompe dit, dans son liv. 5, en [401b] parlant de la Bisaltie, que le lièvre naît avec deux foies.

64. Sanglier : Cochon sauvage.

On venait de servir un cochon sauvage, ou sanglier, qui n’était pas moindre que le beau[282] sanglier de Calydon, lorsque quelqu'un de la compagnie dit : Méditatif et éloquent Ulpien, je voudrais bien savoir qui est celui qui a rapporté que le sanglier de Calydon était une laie, et même blanche. Ulpien, après avoir bien réfléchi, et voulant éluder de répondre à la demande, dit : « Enfin, gourmands que vous êtes, si vous n'avez pas encore assez mangé, après avoir tant empilé, [401c] il me semble que vous surpassez tous ceux qui se sont rendus fameux par leur grande voracité. C'est à vous maintenant de chercher qui ils sont. Quant au mot qui signifie cochon, ou sys, il est plus exact de prononcer ce mot avec s, ou sys, que sans s, ou hys, car cet animal a été ainsi nommé du mot seuesthai, c'est-à-dire, de ce qu'il se lance[283] avec impétuosité; mais il est d'usage de prononcer ce mot sans s au commencement. D'autres prétendent qu'on a dit sys, pour thys,[284] parce que cet animal convient pour les sacrifices.

Maintenant, répondez-moi, si bon vous semble, et trouvez celui qui, comme nous, a écrit en composé syagros,[285] pour désigner le sanglier. Sophocle s'est servi de ce mot en parlant d'un chien, parce que cet animal poursuivait les sangliers. [401d] Voici le passage de ses Amis, ou Amants d'Achille.

« Et toi syagre élevé,[286] à poursuivre de tous côtés. »

On lit syagros dans Hérodote, liv. 7, comme nom propre d'un Lacédémonien qui se rendit avec le titre d'ambassadeur auprès de Gélon, roi de Syracuse, pour l'engager à se liguer contre les Mèdes. Je me rappelle aussi un Etolien, nommé Syagrus, général d'armée, dont Phylarque fait mention dans le liv. 4 de ses Histoires.

Démocrite dit alors : « Ulpien, tu as coutume de ne toucher de rien [401e] avant de savoir si l'on se servait ou non, dans l'antiquité, du nom de la chose qu'on présente comme telle; mais tu veux sans doute par cette manière d'agir et ces réflexions creuses, te miner et mourir comme ce Philétas de Coo, qui se dessécha en cherchant le sens qui peut se trouver faux dans les termes. » En effet, épuisé de marasme, en voulant s'occuper de ces demandes, il y succomba, comme le montre l'inscription de son tombeau :

« Étranger, je suis Philétas; les sophismes captieux et les profondes réflexions nocturnes m'ont fait périr. »

65. Ainsi, de peur que tu ne te dessèches, en cherchant le syagre, sache qu'Antiphane a produit ce nom dans sa Fille enlevée :

[401f] « Je prendrai et je ramènerai cette nuit-ci Syagre,[287] Léonte et Lycus. »

Denys le tyran dit, dans son Adonis :

« Aller dans l'antre des nymphes, couvert par la nature, forcer avec des javelots ce sanglier qu'il sera facile de prendre;[288] des nymphes ; dis-je, auxquelles j'offre le plus souvent mes prémices. »

Lyncée de Samos écrit ceci dans sa Lettre à Apollodore : [402a] « Afin de donner la viande de chèvre à tes esclaves, et que tu aies pour toi celle de syagre, ou de sanglier. » Hippolochus le Macédonien, dont nous avons fait mention dans les discours précédents, a aussi parlé de nombre de sangliers dans sa lettre à ce même Lyncée.

Mais Ulpien, puisque tu as éludé de répondre lorsqu'on t'a interrogé sur la couleur du sanglier de Calydon, pour savoir de toi si quelqu'un a rapporté qu'il fût blanc, nous allons te nommer celui qui l'a dit : c'est ensuite à toi de chercher le passage. Il y a donc longtemps que j'ai lu les Dithyrambes de Cléomène de Rhégio : or, il l'assure dans celui qui a pour titre Méléagre.

[402b] Mais je n'ignore pas non plus que les voisins[289] de la Sicile appellent un sanglier aschedooros. Eschyle même se sert de ce mot dans ses Filles de Phorcys, comparant Persée au porc sauvage, sanglier :

« Il entra dans l'antre comme un aschedooros. »

On le lit aussi dans le Méléagre, de Sciras, natif de Tarente, poète de la comédie italique.

« Dans un lieu où jamais un berger ne mène paître, et où un aschédore ne fût non plus accouplé avec une laie. »

[402c] Mais il n'est pas étonnant qu'Eschyle emploie beaucoup de termes siciliens ayant vécu quelque temps en Sicile.

Eriphoi ; Chevreaux.

On nous servit aussi plusieurs fois du chevreau différemment apprêté. Il y en avait entre autres d'assaisonné avec du suc de silphium, qu'on n'y avait pas plaint, et ils nous fit beaucoup de plaisir, car la viande de chèvre est fort nourrissante. Cléarque de Carthage, qui pour les recherches ne le cède à aucun philosophe de la nouvelle académie, rapporte qu'un athlète de Thèbes l'emporta pour la force sur tous ceux de son temps, parce qu'il n'usait que de ces viandes. [402d] Elles fournissent des sucs robustes, gélatineux, et qui peuvent longtemps séjourner sans se dissiper, mais cet athlète était exposé à la raillerie, parce que sa sueur avait une odeur forte. Quanta la viande de porc et d'agneau, comme elles sont naturellement difficiles à digérer, elles se corrompent dans l'estomac, où elles sont en résidence avec la graisse.

Mais pour venir aux soupers des comiques, ils flattent plus les oreilles que le gosier, comme on le voit dans l’Acestrie d'Antiphane :

« A. De quelles viandes mangeriez-vous plus volontiers? B. De quelle viande? mon cher! Pour le bon marché, je préfère celle des moutons[290] qui ne font ni laine, ni fromage. [402e] Après cela, je préfère la viande de chèvre qui ne donne pas encore de lait; car ne voulant priver personne du profit qu'il peut tirer, je me contente de manger de ces viandes, qui sont ce qu'il y a de plus commun. »

Il dit, dans son Cyclope :

« Voici ce qui vous viendra de ma part, quant aux produits terrestres : un bœuf de mon troupeau, un bouc qui parcourt déjà les bois, une chèvre qui grimpe[291] jusqu'au ciel, un bélier coupé, un porc coupé,[292] une truie non châtrée, un cochon de lait, un lièvre, des chevreaux, du fromage tout nouveau, du fromage sec, du fromage en tourteau, du fromage râpé, du fromage coupé par tranches, du fromage de lait épaissi au feu. »

 

64. Chap. XV. Mais voici un autre repas de l'arrangement de Mnésimachus ; il parle ainsi dans son Hippotrophe:

[402f] « Manès, sors de ces chambres à coucher, lambrissées de cyprès; va-t-en à la place vers les statues de Mercure, où se réunissent » nos chefs de tribus, et où Phidon s'occupe de montrer à notre élégante jeunesse à monter à cheval. Entends-tu ce que je dis? Annonce-leur que les poissons refroidissent, que le vin s'échauffe déjà, que les sauces se dessèchent, le pain durcit, [403a] les fressures «ont rôties et havies, qu'il ne reste bientôt plus de viande dans la saumure; déjà l'on a avalé l'andouille, la caillette, les intestins grêles, les gros boyaux ; enfin, on nous prend à la gorge dans la salle. Le vin pétille dans les cratères, on porte les santés à la ronde ; il ne manque plus que la danse. La cervelle du jeune mari s'échauffe. Souviens-toi bien de ce que je te dis; fais-y bien attention. Quoi! tu bâilles? regarde ici: vois comment tu vas leur dire tout cela. Je vais te le répéter : ainsi dis-leur de venir sans tarder, et de ne pas faire gâter les apprêts [403b] du cuisinier ; le poisson est cuit, les viandes sont rôties, mais tout refroidit. Détaille-leur en particulier tout ce qu'il y a; des truffes, des olives, de l'ail, du chou, des courges, de la purée, du thrion, de la farce aux herbes et au miel, des tronçons de thon, de glanis, de chien de mer, de lime, de congre, du phoxin ou véron[293] entier, un coracin entier, de la membrade, du maquereau, du thon femelle, du boulerot, de l'hélacatène ou fuseau, de la queue salée de chien carcharias ou requin, de la torpille, du diable de mer, de la perche, du lézard de mer, de la petite alose, de la tanche de mer, du trinque,[294] du surmulet, du coucou de mer, de la pastenague, de la murène, du pagre, [403c] du mylle ou moyen coracin, du foie marin, du spare, du scare femelle et bigarré,[295] des thraites,[296] de l'hirondelle de mer, de la squille, du calmar, de la plie, de la vive, du polype, de la sèche, de l'orphe, de là, langouste, de l’escharos,[297] des aphyes, des aiguilles, du muge, de la scorpène, de l'anguille, des pains, et d'autres viandes innombrables; comme de l'oie, du porc, du bœuf, de l'agneau, de la brebis, du sanglier, de la chèvre, du coq, du canard, de la pie, de la perdrix, du renardeau ; en outre, il y aura après le repas quantité de bonnes choses. Tous les gens de la maison s'occupent même encore à pétrir, pâtisser, plumer, broyer, couper, rôtir. On se divertit, on jase on saute, on mange, [403d] on boit, on danse, on se persifle, on se pique, on se pousse.[298] Rien de si charmant que le son mélodieux des flûtes; on chante, on sonne de la trompette, on fait grand tapage, on va et vient, la chevelure[299] exhale le parfum des pays éloignés, de l'Arabie, de la Syrie. L'odeur ravissante de l'encens, du marum,[300] de la myrrhe, du jonc odorant, du styrax, de la mousse (de cèdre), du telinum, du mendesium, du costus, de la menthe.»

68. Après ces détails, on nous servit la marmite qu'on appelle rhodountia, ou de roses, au sujet de laquelle notre docte cuisinier étala toute son éloquence avant de laisser voir ce qu'il portait. Il plaisanta beaucoup sur les plus célèbres cuisiniers, [403e] dont il rappela même les noms. Qu'est-ce qu'a inventé, dit-il, de semblable ce cuisinier qu'Anthippe introduit sur la scène dans son Caché ? Or, voici ce qu'il raconta :

Chap. XVI.

« A. Sophon d'Acarne et Damoxène de Rhodes apprirent leur art ensemble, et eurent pour maître Labdacus le Sicilien. [403f] Ils effacèrent de leurs répertoires toutes ces vieilles recettes vulgaires d'assaisonnements, bannirent le pilon[301] de leur cuisine ; je veux dire, le cumin, le vinaigre, le silphium, le fromage, la coriandre dont Saturne usait à la sienne, et ils ont regardé comme un ignorant,[302] à tous égards, le cuisinier qui avait recours [404a] à ces vendeurs de toutes sortes d'ingrédients. Or, papa, ils ne voulaient que de l'huile, une marmite neuve, un feu vif et qu'il ne fallût pas souffler : avec cela seul, leur repas était promptement apprêté. Ce sont eux qui ont fait disparaître de la table[303] les larmes, les éternuements, cette abondante salivation, et qui ont mis les canaux sécrétoires à sec. Quant au Rhodien, il mourut d'une saumure qu'il avala ; [404b] c’était en effet une boisson peu d'accord avec la nature : il est donc mort, comme cela devait être. Pour Sophon, qui a été mon maître, ô papa, il court à présent toute l'Ionie. Moi, je m'occupe de laisser un ouvrage bien raisonné sur les inventions dont j'ai enrichi mon art. B. Eh! tu vas me tuer avec tes discours : ce n'est pas moi, mais la victime qu'il faut égorger! A. Oh! vous me verrez demain, de grand matin même, chercher dans les livres tous les procédés relatifs à mon art; [404c] car je ressemble au musicien Aspendius,[304] et vous me verrez manger de bon appétit, avec votre permission, des mets que j'ai imaginés; car je ne cuisine pas de même pour tout le monde. J'ai différentes manières d'accommoder, selon la vie que chacun mène; ainsi, d'amants aux philosophes, de ceux-ci aux traitants, ma cuisine change d'allure. Est-ce un jeune égrillard, qui pour plaire à sa maîtresse dissipe son patrimoine? Oh! je lui sers des sèches, des calmars, et toutes sortes de poissons saxatiles, accompagnés de coulis exquis, car un tel personnage dépense plus en huile qu'en coton, [404d] et ne s'occupe guère que de ses amours. A un philosophe, animal ordinairement très vorace, je sers un jambon, des pieds : au traitant, je présente un glauque, une anguille, un spare lorsque je puis en avoir. Mais si ce poisson[305] vient trop tard, j'assaisonne des lentilles. Quant aux repas funèbres, je vous en fais un des plus splendides. Mais la bouche des vieillards est beaucoup plus insensible que celle des jeunes gens. [404e] Je vous leur mets donc force moutarde,[306] et j'aiguise mes sauces en conséquence de leur stupeur. Par ce moyen, je fouette[307] aussi l'air interne chez eux, et je viens a bout de tendre l'arc de l'amour. Oui, un seul regard que je jetterais sur vous autres, me suffirait pour savoir ce que chacun[308] de vous aime le mieux à manger. »

69. Il ne sera pas plus hors de propos de faire mention ici du cuisinier que Denys introduit sur la scène dans son Thesmophore, ou Législateur. Voici donc, Messieurs les convives, ce qu'il dit :

« Par les dieux,[309] le savoir de ce cuisinier, [404f] tel que vous venez de me le raconter, est une chose bien vaine et bien futile! D'abord, il faut qu'un cuisinier, qui veut préparer un repas, le fasse selon le goût des convives; car s'il ne s'occupe que de faire son repas sans avoir songé auparavant à la manière dont il doit » tout apprêter, au temps, à l'étiquette du service, et qu'il n'ait pas pris toutes ses précautions à ces différents égards, ce n'est plus un cuisinier, mais un simple fricasseur : or, ce sont deux choses bien différentes; l'une n'est assurément pas l'autre! [405a] On appelle, il est vrai, Général d'une armée celui qui est chargé de la conduire ; mais le vrai Général est celui qui a le talent de maîtriser les circonstances, de prévoir tout; autrement il n'est que conducteur d'hommes. Il en est de même dans notre profession : le premier venu peut couper, préparer, faire bouillir des ingrédients, souffler le feu; c'est ce que j'appelle un fricasseur. Mais un cuisinier est bien autre chose ; il doit bien connaître le lieu, le moment, celui qui invite, [405b] celui qui est invité au repas, et quelle espèce de poisson il doit prendre au marché, et quand. Je sais qu'on y trouvera toujours de tout, parce qu'il y a toujours de tout ; mais tout n'est pas toujours à son juste point, et ne flatte pas toujours de même. Archestrate a écrit sur la cuisine ; il passe même, selon plusieurs, pour avoir dit quelque chose d'utile; cependant il a ignoré bien des choses, et parle sans avoir vu. [405c] Non, n'écoutez pas tout ce qu'on dit ; n'allez pas non plus apprendre tout ce qu'on a écrit pour les cas les plus pressés seulement (ou pour le simple nécessaire). La cuisine est un art sur lequel on ne peut raisonner ; autrement n'en parlez que d'après la circonstance actuelle; car cet art n'a, comme l'occasion, rien de fixe. C'est de lui-même qu'il tire tout son talent. Quant vous emploieriez toutes les ressources de l'art, si vous ne savez pas profiter du moment de les employer, l'art n'est plus rien. B. Mon ami, que tu es un grand homme!... Mais il semble que tu as oublié de faire voir ici [405d] ce cuisinier que tu disais si versé dans l'art d'apprêter ces repas splendides et si variés. A. Oh! en vous montrant comment je prépare un thrion, je vais vous donner preuve de tout le reste, et je vous apprêterai un souper dont l'odeur aura toute la finesse de l'atticisme pur : puissé-je être condamné à la sentine, pour y vivre, en malheureux, des aliments les plus vils, si à l'odeur seul des mets je ne vous fais pas dormir sur le plat! »

70. A ces mots, Émilien lui dit:

« Mon cher, plusieurs écrivains ont dit beaucoup de choses sur la cuisine,»

Selon les Adelphes d'Hégésippus : ainsi,

« Ou fais nous [405e] voir un nouveau plat de ton métier, inconnu de tes prédécesseurs, ou ne me fends pas la tête. »

Et montre-moi ce que tu apportes, en me disant ce que c'est. — Quoi! vous me méprisez parce que je ne suis qu'un cuisinier? Peut-être que

« J'ai autant gagné que vous à ma profession. »

Pour me servir des termes du comique Démétrius dont voici le passage. Il est de son Aréopagite :

« J'ai gagné a ma profession autant qu'aucun comédien ait jamais gagné à la sienne : mon art est un empire enfumé.[310] [405f] C'est moi qui préparais l'abyrtace chez Seleucus.[311] J'ai introduit l'usage de la lentille royale chez Agathoclès de Sicile ; mais je n'ai pas encore dit le principal. Certain Lacharès traitant ses amis pendant une famine, régala Minerve[312] sans suite; mais moi je régale Jupiter avec tout son train. »

[406a] Mais moi, dit Émilianus, si tu ne montres pas ce que tu apportes, je vais... Alors cet homme, quoiqu'un peu malgré lui, répondit : Voici donc ce que j'appelle marmite aux roses. Je l'ai ainsi préparée afin que vous eussiez, tant sur la tête, qu'intérieurement, le parfum suave des couronnes, et que tout votre corps se sentît de ce régal. Après avoir pilé les roses les plus odoriférantes dans un mortier, j'y ai jeté beaucoup de cervelles d'oiseaux et de porc, bien bouillies, dont j'ai ôté jusqu'à la moindre fibre;[313] j'y ai ajouté des jaunes d'œufs ; ensuite de l'huile, du garum, du poivre, du vin. [406b] Après avoir bien broyé et mêlé tout cela, je l'ai jeté dans une marmite neuve, et je n'y ai donné qu'un feu doux bien soutenu.

En disant cela, il découvrit le vaisseau : il s'en exhala une odeur suave qui parfuma toute la salle du repas, et l'un des convives ne put s'empêcher de dire (avec Homère),

« Ce parfum remué remplit de sa vapeur le palais d'airain de Jupiter, et se répandit dans le ciel et sur la terre, «

Tant l'odeur de ces roses était vaporante.

 

71. Chap. XVII. Après cela, on servit des oiseaux rôtis, des lentilles, des pois dans les marmites mêmes, et de tous ces légumes analogues, [406c] dont Phanias d'Érèse[314] parle ainsi dans son Traité des Plantes : « Tous les légumes, non sauvages et satifs, se sèment pour être cuits en bouillant, tels que la fève, le pois : car on en fait une décoction et de la purée. D'autres tiennent de la nature du pois, comme la gesse ; d'autres sont analogues à la lentille, comme le viseron, la lentille d'eau; ces espèces se sèment pour en avoir du fourrage pour les animaux, comme l'orobe pour les bœufs de labour, et le viseron pour les moutons.

Eupolis rappelle le pois légume dans son Age d'or, ou Chrysogène. [406d] Héliodore le Périégète dit, dans son premier livre de la Citadelle, que lorsqu'on eut imaginé de faire bouillir les différents bleds, on les appela dans cet âge ancien pyanon, ce que l'on dit actuellement holopyron, c'est-à-dire, tout de bled, ou bled entier.

Après ces réflexions et autres semblables, Démocrite dit : « Permettez-nous au moins de prendre de ces lentilles, ou de les goûter dans la marmite, de peur que l'un ou l'autre d'entre vous ne soit attaqué avec des pierres, comme parle Hégémon de Thase. » A ces mots, Ulpien prend la parole : Que veut donc dire cette attaque avec des pierres? Je sais qu'il se fait à Éleusine, ma patrie,[315] une assemblée qu'on appelle balleetys, mais je ne vous en dirai rien que chacun ne m'ait récompensé d'avance. [406e] Oh! pour moi, dit Démocrite, qui ne reçois pas d'argent en mercenaire, pour dire l'heure[316] qu'il est (selon ce qui est dit dans le Souper préliminaire de Timon), je vais vous apprendre ce qui concerne Hégémon :

72. « Chaméléon, poète de l'ancienne comédie, natif, du Pont, rapporte qu'Hégémon, auteur de Parodies, fut surnommé la Lentille, et dit dans une de ses pièces :

« Tout occupé de ces réflexions, je vis Minerve se présenter à côté de moi ; elle tenait une verge d'or dont elle me frappa, [406f] et me dit: Lentille, qui as souffert les plus grands maux, audacieuse que tu es, vas donc au combat. Alors plein de confiance..... »

Or, il parut un jour sur le théâtre pour donner une comédie, ayant le pan de sa robe plein de pierres, qu'il jeta dans l'orchestre ; ce qui surprit les spectateurs, incertains de la raison de ce procédé. Il cessa un peu, et dit:

[407a] « Voilà des pierres, en jette qui voudra : la lentille est une bonne chose en été et en hiver. »

Cet homme s'est fait une réputation, surtout par ses Parodies, et gagnait tous les suffrages en déclamant ses vers épiques. Il était rusé, possédant bien le talent de l'imitation dans tout son extérieur. Voilà pourquoi il charmait tous les Athéniens. Il les fit même tant rire le jour qu'on leur annonça au théâtre leur revers en Sicile, que personne ne se retira, quoiqu'il n'y eût peut-être pas un citoyen qui n'y eût perdu un parent; [407b] mais on se couvrit la tête pour pleurer, et sans sortir de place, de peur de montrer aux députés des autres villes, présents au spectacle, qu'on se croyait accablé par ce malheur. Tout le monde resta donc pour l'entendre, quoiqu'Hégémon fût sur-le-champ même déterminé à se taire au bruit de cette nouvelle.

Les Athéniens étant maîtres de la mer, obligèrent les insulaires de venir plaider à Athènes; ce fut alors que quelqu'un intenta un procès à Hégémon, et le traduisit au tribunal de cette ville. Hégémon s'y rendit, réunit avec lui le corps[317] des artisans consacrés au culte de Bacchus, et alla trouver avec eux Alcibiade, pour lui demander de le protéger. [407c] Alcibiade lui dit de ne rien craindre, et leur ordonna à tous de le suivre. Aussitôt il se rendit au temple de Cybèle, où étaient les registres des causes, se mouilla le doigt avec sa salive, et effaça l'accusation formée contre Hégémon. Le greffier et l’Archonte, offensés de ce procédé, demeurèrent cependant tranquilles, vu la crainte qu'ils avaient d'Alcibiade, et l'accusateur prit la fuite.

 

73. Chap. XVIII. Voilà donc, Ulpien, ce que nous appelons[318] Balleetys. Pour toi, tu nous diras, si tu veux, ce qui concerne la Balleetys d'Eleusis; mais, répond Ulpien : [407d] « En faisant mention de marmite tu m'as rappelé, excellent Démocrite, celle qu'on nomme la marmite de Télémaque, et que j'ai souvent désiré de connaître. » Eh bien! dit Démocrite, Timoclès le comique (car il y eut Timoclès le tragique) s'exprime ainsi dans son drame intitulée Leethee :

« Après lui arriva Télémaque, qui, le saluant d'un air fort gracieux, lui dit : Prête-moi, prête-moi les marmites [407e] dans lesquelles tu as fait bouillir les fèves. Ayant dit cela, il aperçut de loin le gros Philippe, fils de Chæréphile ; il le caressa, et lui dit d'envoyer des paniers. »

Or, le même poète nous apprend que ce Télémaque était de la bourgade d'Acharne. Voici le passage de son Bacchus :

« A. Ce Télémaque d'Acharne harangue encore le peuple (ou capte encore la bienveillance du peuple) : il ressemble à ces esclaves Syriens qu'on vient d'acheter pour la première fois. B. Comment donc, ou que fait-il? Je voudrais bien le savoir. A. Il porte[319] une fort belle marmite, mais la mort est, je crois, dedans. »

[407f] Il dit encore dans ses Satyres Icariens:[320]

« … parce qu'il n'y avait rien chez nous ; ainsi j'ai passé une nuit fort pénible. D'abord je dormis sur la dure ; ensuite Thudippe, ce lion, nous reçut en nous bernant. Pendant cet intervalle la faim nous prit. Nous nous rendîmes chez Dion, homme fort ardent ; mais il n’avait rien non plus chez lui. Courant alors chez le brave Télémaque, du bourg d'Acharné, j'y aperçus un tas de fèves; j'en empoignai, et je les mangeai. Mais cet âne, fils de Céphisodore, nous ayant vu, vint se placer sur son siège[321] en pétant. »

[408a] On voit donc par ces détails que Télémaque, qui se nourrissait de fèves, faisait, des pyanepsies,[322] une fête qu'il célébrait d'ordinaire en pétant.

74. Héniochus le comique fait mention de la purée de fèves dans son Trochyle, en disant :

« A. Quand je considère en moi-même, par les dieux! combien il y a de différence entre le cresson et les figues. B. Mais toi, ne dis-tu pas qu'un tel[323] a fait une insulte à Pauson? [408b] A. Tu me fais une demande à laquelle il n'y a pas à rire, et j'aurais bien à penser avant de me tirer de cette affaire. B. Allons, dis-moi cela. Quoi! ne peut-on pas rire d'un plat de fèves en purée! A. Mon ami, c'est que ces fèves gonflent le ventre. Or, cela ne plaît pas à ceux qui savent que Pauson est un sophiste, dont la seule occupation est de faire cuire des fèves. »

75. Après nombre de propos semblables, on apporta l'eau pour laver les mains. Aussitôt Ulpien demanda si le mot chernibon[324] (bassin à laver les mains) était en usage dans l'acception actuelle. Quelqu'un lui répondit par ces vers de l'Iliade :

[408c] « Le vieillard pressa une domestique d'aller chercher de l'eau pure, et de la verser sur les mains; aussitôt cette servante se présenta tenant en main le bassin et le pot. »

Les Attiques disent chernibion, comme on le voit dans le discours de Lysias contre Alcibiade : « Avec des bassins (chernibiois) et des thymiatères[325] d'or. »

[408d] Eupolis a dit cheironiptron dans ses Bourgades.

«... si quelqu'un arrive[326] le premier au but, il gagne, pour prix de la course, un cheironiptron, mais qu'un homme soit citoyen utile, et plus honnête que tous les autres, il n'y a pas pour lui de cheironiptron. »

Epicharme a dit cheironiba dans ses Théores :

« Une cithare, des trépieds, des chars, des tables d'airain, des cheironiba (bassins à laver), des jattes[327] à faire les libations. »

[408e] Mais l'usage le plus général est de dire de l’eau sur les mains, comme Eupolis dans son Age d'or, Ameipsias dans sa Fronde,[328] Alcée dans sa Noce sacrée. C'est l'expression dont on se sert le plus. Philyllius dit, dans son Augée ; kata cheiroon, sur les mains:

« Or, les femmes[329] ont déjà soupe; ainsi il est temps d'ôter les tables, et de balayer ; ensuite qu'on verse sur les mains à chacune d'elles, et qu'on leur présente du parfum. »

Ménandre écrit dans son Urne :

[408f] « Mais eux, ils ont déjà pris (l'eau) sur les mains, et ces bons amis nous attendent. »

78. Aristophane le grammairien, dans ses Commentaires sur les tables de Callimaque, se moque de ceux qui ne savent pas la différence des expressions, kata cheiros, sur les mains, et se laver, aponipsasthai; il observe que chez les anciens on disait kata cheiros, pour se laver les mains avant de dîner ou de souper, et aponipsasthai, pour se les laver après les repas; mais il paraît que ce grammairien a noté cette observation d'après quelques écrivains Attiques, [409a] car Homère s'est servi du mot nipsasthai.

« La servante leur apporta de l'eau pour se lacer, nipsasthai, et leur dressa une table bien polie. »

Il dit ailleurs :

« Les hérauts leur versèrent de l'eau sur les mains, et les servantes présentèrent du pain dans des corbeilles. »

Sophron a dit dans ses Mimes féminins :

« Malheureuse Kaikoa,[330] après nous avoir donné (de l'eau) sur les mains, laisse-nous enfin à table. »

Le mot cherniba se lit ordinairement chez les tragiques et les comiques, en relevant le ton de la pénultième. C'est ainsi qu'Euripide écrit ce mot avec l'accent sur cette syllabe dans son Hercule :

[409b] « Afin qu'ils plongeassent, dans le bassin à laver (cherniba), le fils d'Alcmène. »

On lit de même dans les Chèvres d'Eupolis:

« Vous arrêterez l'eau qu'elle versera, cherniba.

Mais on donnait aussi ce nom à l'eau[331] dans laquelle on plongeait le tison ardent qu'on retirait de l'autel sur lequel on avait fait le sacrifice; et on aspergeait les assistants[332] pour les purifier: Cependant il faut placer l'accent aigu sur l'antépénultième, ou relever, en parlant, le ton de cette syllabe. En effet, tous les mots composés analogues, terminés au nominatif par ps, et formés de la seconde personne du parfait passif, [409c] dont la première a deux mm, et qui conservent la finale du parfait, sont marqués d'un accent aigu[333] sur la pénultième. C'est ainsi qu'on écrit aigdips de leleipsai, leleimmai, oikotrips de tetripsai, tetrimmai; boïkleps de keklepsai, keklemmai; mot qui se trouve dans Sophocle. On lit celui de katoobleps, épithète de Mercure, dans la pièce d'Archélaüs de Chersonèse, intitulée les Idiophyes, ou produits particuliers d'un pays. Or, ces mots, et semblables, conservent leur ton ou leur accent sur la même syllabe dans les cas obliques.

Aristophane a dit en diminutif, chernibion dans ses Héros.

77. On se servait de ces vaisseaux pour se laver les mains, et les déterger avec du savon, comme on le voit dans le Koryque[334] d'Antiphane.

[409d] « Pendant que je vous écoute, ordonnez qu'on apporte à laver; qu'on donne de l'eau ici, et du savon. »

D'ailleurs on se frottait aussi les mains avec des odeurs, laissant de côté ces magdaléons,[335] qu'on servait par honneur, et que les Lacédémoniens appelaient kynades, ou faites pour les chiens, comme le dit Polémon dans sa Lettre sur les noms hors d'usage. Or, Epigène, ou Antiphane, rappelle l'usage de se frotter ainsi les mains avec des substances odorantes ; c'est dans sa pièce intitulée la Disparition de l’argent.

« Alors tu te promèneras, et tu te laveras [409e] les mains comme il faut, en prenant de la terre odorante »

Philoxène dit, dans sa pièce intitulée le Souper:

« Ensuite les esclaves versèrent des lavages sur les mains : c’était de l'eau tiède dans laquelle on avait délayé des substances savonneuses parfumées d'Iris, et ils en versèrent autant qu'il fallut. Ensuite ils présentèrent, pour essuyer les mains, des serviettes du lin le plus blanc, puis des parfums[336] d'une odeur d'ambroisie, et des couronnes garnies de violettes. »

Dromon dit, dans sa Psahrie, ou Chanteuse qui s'accompagne du psalterion.

« Comme nous eûmes[337] dîné promptement, aussitôt on ôta les tables ; on nous servit les lavages ; nous nous lavâmes ; [409f] nous reprîmes nos couronnes de fleurs d'automne, et nous les posâmes sur nos têtes. »

78. On appelait également aponiptron, l'eau qui servait à laver les pieds et les mains. Aristophane a dit :

« Comme s'ils versaient l’aponiptron[338] le soir. »

Peut-être même qu'on appelait aponiptron le bassin dont on se servait; comme on disait cheironiptron. On appelait proprement aussi aponimma, chez les Athéniens, les ablutions qu'on faisait pour honorer les morts, et celles qui et aient en usage pour ceux qui expiaient et purifiaient[339] des gens coupables involontairement, comme le dit Clidémus dans son Exégétique. [410a] Après avoir parlé des purifications, voici ce qu'il y dit :

« Il creusa une fosse[340] a l'occident du tombeau ; ensuite regardant au-delà de la fosse, il versa de l'eau en disant ceci : Que cette ablution soit pour vous, pour qui elle est nécessaire et juste après quoi il répandit du parfum pour la seconde ablution. »

Dorothée a rapporté la même chose. Voici ce qu'il dit : « On lit ceci écrit dans les Lois des Thyrgonides,[341] concernant les expiations de ceux qui viennent supplier. [410b] Lorsque vous vous serez lavé (le coupable) vous et ceux qui ont part à la viscération,[342] prenez de l'eau, faites une ablution, et purifiez le sang de celui qu'on expie, et après l'ablution agitez-le, et versez-le au même endroit. »

79. On appelait cheiromactron, ou essuie-main, la toile de lin cru dont on s'essuyait, et que Philoxène a nommé plus haut ekirimma, ou détersoir. Aristophane dit, dans ses Tagénistes:

« Çà! valet, apporte promptement de l'eau pour laver les mains, et fais passer un essuie-main, cheiromaktron. »

Mais j'observerai ici que pour l'eau dont on se lavait après souper on se servait aussi de l'expression kata cheiros, sur les mains, simplement, et non avant de manger, comme l'a dit [410c] des Attiques Aristophane le grammairien, ajoutant qu'ils employaient le mot nipsasthai,[343] pour se laver les mains après le souper. Sophocle dit, dans son Œnomaüs :

« C'est un cheiromactre,[344] car il est rasé comme un Scythe. »

Hérodote emploie aussi ce mot dans son liv. 2. Xénophon écrit au second livre de sa Cyropédie : « Lorsque tu touches de quelques-unes de ces choses-ci, tu t'essuies aussitôt les mains avec une serviette, cheiromactre, comme si tu étais très fâché qu'elles en fussent pleines. »

Polémon, liv. 6 de l'ouvrage qu'il adresse à Antigone et Adée, parle de la différence qu'il y a entre kata cheiros, sur les mains, et nipsasthai, se laver. [410d] Démonicus a employé, dans son Achélonius, l'expression kata cheiros, pour l'eau dont on se sert avant le souper ou le repas.

« Chacun s'empressait, vu[345] qu'il traitait un homme de grand appétit, et surtout Béotien. »

Mais il semble ne plus limiter l'expression kata cheiros, puisqu'il lui arrive de l'employer pour l'eau dont on se lave après le souper.

Cratinus a fait mention du lin crud, oomolinon, dans ses Archiloques.

« Une chevelure[346] ébouriffée et pleine d'ordure, telle qu'une toile de lin cru. »

Lorsque Sapho, [410e] liv. 5 de ses chansons, dit en s'adressant à Vénus :

« Ne méprise pas les cheiromactres ou voiles pourprés de mes poupées ; je te les ai envoyés comme de précieux présents de ta chère Sapho. »

Elle entend par cheiromactres, de ses poupées,[347] un ornement de tête, comme le montre Hécatée, ou celui qui a écrit les voyages autour de l’Asie. Les femmes, dit-il, ont sur la tête des cheiromactres. Hérodote rapporte ce qui suit, liv. 2. Par la suite on a dit que ce roi descendit dans les lieux bas où les Grecs placent l'enfer ; qu'il y joua aux dés avec Cérès, tantôt vainqueur, [410f] tantôt vaincu; et qu'enfin il revint du séjour de cette déesse, ayant un cheiromactre d'or dont elle lui avait fait présent.

Hellanicus rapporte, dans ses Histoires, que l'on appelait Archias l'enfant qui versait à Hercule de l'eau sur les mains, et que ce héros tua d'un coup de poing; ce qui l'obligea de fuir de Calydon; mais il dit, au second livre de sa Phoronide, que cet enfant se nommait Chérias. [411a] Hérodote l'appelle Eunomus, au dix-septième article de son ouvrage sur les Exploits d'Hercule. Ce héros tua aussi, sans le vouloir, Cyathus, fils de Polète, frère d'Antimaque, et qui était son échanson, selon ce que rapporte Nicandre, liv. 2 de ses Œtaïques, ou histoire du mont Œta ; Hercule lui consacra, dans le Proschion,[348] un lieu particulier, qu'on appelle encore aujourd'hui le champ de l’échanson.

Mais nous finissons ici ce récit, pour commencer les suivants par la voracité d'Hercule.

 

 

 

Fin du Livre neuvième.

 

 

 

 


 

[1] Ces vers sont d'Homère : Odyss. liv. 4, v. 213. L'auteur met seulement emoi te, pour Teelemachoo.

[2] Il faut conserver heemedapoi. Ulpien, que l'auteur appelle ailleurs Syrattique, affectait d'être Athénien. Ainsi la correction de Casaubon est des plus mal imaginées. Daléchamp omet ce texte dans sa version.

[3] Voyez d'Argenville sur cette espèce d'huître.

[4] Broyé avec différents aromates, et dont la saveur devenait ainsi plus agréable. Aristophane parle de sel broyé avec du thym, dans ses Acharn., acte 3, sc. 3.

[5] Casaubon dit qu'il réforme ces vers, ex animi sententia, mais il faut avouer, ex animi sententia, que c'est du Casaubon. D'ailleurs, la ligne qui commence par horoo de, etc. ; mais j’aperçois, est du discours d'Ulpien, non du texte d'Antiphane : cela correspond à ce qu'il a dit plus haut : Je vois des sels, etc. Adam a aussi mal vu ce passage, où je conserve tout. Voici le texte comme il faut le lire :

......................................... toon thalattioon d'æi

Opsoon hen echomen, dia telous de tauth’, hala :

Epi toutois pinomen oinarion, eidos, nee Dia!

Oikeias posios, ho tois parousi sympherei

Hapaxapasin, oxybaph' en poteerioo.

Le mot oikeias est du manuscrit A; ensuite je lis posios, ho, pour poseidon hoios des manuscrits vicieux, et dont les débris me fournissent le reste du texte qui est exact. Tauth' est pour tauto. Le manuscrit A porte, en un seul mot, au vers 4, hapaxanapasin : est-ce pour hapax en hapasin? comme on le présumerait, avec vraisemblance.

[6] Athénée manque ici de mémoire, ou il a lu un texte tout différent des nôtres dans Nicandre, v. 921 ; passant de ce vers au 923e, et lisant sineepi, de la moutarde, pour sideeron du fer, leçon que prouve aussi le Schol. M. Bandini ne produit pas non plus sineepi dans les variantes de ses manuscrits, et oublie de noter la différence du texte d'Athénée. Le vers des Thériaques commence ainsi : Nai meen k., etc. Il s'agit de remèdes dans le cas de morsure d'un serpent.

[7] Texte, arrhinon, manuscrit A, en poésie, pour la mesure du vers; ce que Dioscoride nomme anarrhinon et antirrhinon ; liv. 4, ch. 133. Cette plante, selon lui, passait pour garantir de tout poison, ou enchantement. Voyez M. Adanson, Famille des Personées.

[8] Doit-on diviser ce mot en nee phy, comme nee-pous qui se dit des poissons; ce qu'a expliqué M. de Villoison dans son Apollonius, ou en nee-aphy? Je laisse cette question aux grammairiens, et à l'auteur ses Etymologies, dignes des Grecs. Sinapi est un mot que les Grecs ont eu du nord.

[9] Elle blesse les jeux.

[10] Koras myomen, dit le texte; mais c'est encore un mot du nord.

[11] Casaubon changeait ici mal à propos. La leçon est constante et bonne. Il ne l'a pas comprise.

[12] Critique mordante ; pour dire que cet auteur était fade et froid.

[13] Comme nous disons, un plat, pour ce qui est dedans.

[14] Ce qu'on sert de cuit ; d'optan, faire cuire, ou rôtir.

[15] Lisez kreitton ; rapporté à chreema, Adam.

[16] Lisez brachy ge. Adam.

[17] Je reprends ce premier vers par ordre, mettant men avant ethos, avec Stobée.

[18] Le manuscrit A porte tout' ethelei, pour tout' en ethei. L'un et l'autre sont bons.

[19] Il allait parler, comme il faut le supposer.

[20] Ce mot de tous mes textes peut signifier, racheté par compensation.

[21] Casaubon observe bien que paropsis est ici pour le mets même, non pour le plat ; qu'ainsi c'est un oubli de l'auteur, ou un transport de copiste. Ibid. passer le temps ; on peut dire par dessus.

[22] Texte, aitian echousi : expression française, être dans le cas de, soit en bien, soit en mal. Casaubon va chercher ce qui n'a pas de rapport ici.

[23] Adam lit bien ce vers : Houtoos ho kalesas axios tou meethenos.

Houtoos répond à hoosper. Athénée et Didyme se trompent ici sur le sens de paropsis, qui est visiblement pour le mets qu'on sert. L'un le confond avec l'assaisonnement, l'autre avec le vaisseau. Quant à la correction de Casaubon, elle est insoutenable.

[24] Ceci doit suivre le passage précédent de Phérécrate : Par Jupiter, etc. Quant au passage du Dédale qui précède, il vient d'être cité. Il y a ici du désordre de la part des copistes. Chacun l'apercevra facilement.

[25] Je laisse le mot rhothos des imprimés. Il désigne un vase à boire. Or, selon le régime d'euthy ; doit-on traduire, après avoir bu? Je trouve rhophon dans mes manuscrits. Est-ce une variante du même mot, comme on a dit rhothia et rhophia, pour les flots agités? Ou doit-on lire euthy tou' riphou pour tou eriphou, et traduire : « On servit aussitôt des épaules et des cuisses de chevreau? » car le mot skelee se dit aussi du train antérieur des animaux. Daléchamp lisait tou' rthrou, comme régime d’euthy ; immédiatement après l'aurore. Casaubon rejette cette leçon ; mais il ne dit rien de plus. On voit plus loin des cuisses de chevreau.

[26] Je lis nebroon, pour nekroon, avec Casaubon, comme le sens l'exige.

[27] Texte, knaumatia : ce terme peut se prendre pour tout aliment friand qu'on mange promptement. Je suppose ensuite pyrœnta, pour pterœnta, que je ne condamne cependant pas, s'il s'agit d'abattis de volailles.

[28] Ce passage de Xénophon concerne le lièvre dont il décrit la structure, dans son chapitre V, n° 30, p. 248 de ses Opuscules, édition de Zeunius, 1778. Je viens de dire que skelee se disait également des deux trains des animaux. Xénophon le fait assez entendre lorsqu'il dit, les skelee, savoir, celles de derrière. Koolee se disait aussi dans les deux sens. C'est ici l'armus joint à l'omoplate. Ceux qui voudront plus d'éclaircissement, consulteront et concilieront les grammairiens Hésychius, Suidas, le Schol. d'Aristoph. sur le Plutus, au vers cité ci-devant p. 72. Un grammairien a cru que kooleepa, dans Homère, était synonyme de koolee, et désignait la cuisse; mais il s'agit du jarret. Voyez l’Apollonius de M. de Villoison, ou la nouvelle édition de M. Tollius.

[29] C'est tout le sens que je puis tirer de ce passage isolé.

[30] Le lecteur botaniste consultera ici les détails de Bod, p. 771 et suiv.; sur Théophraste, Hist. liv. 7, ch. 4. Bod a raison de lire rapis et raphis, dans ce passage, comme Hésychius le prouve, à ces deux mots, et non rapys, raphys. Mais, ou Speusippe était mal instruit, en disant que les quatre plantes dont il parle sont semblables, ou Athénée l'a mal lu. Le ravis, ou raphis, c'est-à-dire, la lampsane, est de la famille des composées, et appartient aux laitues : le mufle de veau est de celle des personnées. Quant à la différence de la rave mâle et femelle, Théophraste dit comment on peut en avoir de l'une et de l'autre ; mais il n'en distingue point la forme. Les botanistes modernes, comme je l'ai dit, ont appelée la ronde mâle ; et la longue femelle. Voyez Bauh. Pin. Du reste, conférez Bod, p. 772.

[31] Lisez tees avec les manuscrits, non gees. Je lis ensuite bathanoisi. Le texte porte platanoisi. Mais on sait que moins la feuille de ces diverses espèces de plantes s'élève, plus elles grossissent. J'ai même fait l'expérience d'en étêter plusieurs, et elles sont devenues du double des autres. L'épithète chameeloterai, fait assez sentir que le conseil du poète est, que le feuillage ne s'élève pas. Adam n'en a pas vu le sens. Daléchamp l'avait bien saisi ; mais il a donné un à peu près pour expliquer platanoisi que je ne suis pas.

[32] Je tire de ce passage altéré tout le sens que je puis, laissant le mot corrompu, ou inconnu, latharookoi, après lequel il faut un point. Adam supposait batyrrhoopoi, dense fruticantes, de rhops virgultum et bathy. La correction de Casaubon est insoutenable : elle n'a aucun rapport avec la lettre. Je lis ensuite gongylidos avec mes manuscrits, quoique B présente en correction gongylides ; mais la construction est, dissce genethlee gongylidos ek raphanoio. Les anciens avaient déjà reconnu que la graine du raphanus et celle de la rave se succédaient réciproquement. Le raphanus est le chou-rave, ou le chou-navet de Théophraste, non le raifort, comme quelques-uns l'ont cru. La suite de ce passage, sur lequel on peut conférer Bod, p. 772, se trouve liv. 4, ch. 4 d'Athénée, p. 133 du texte grec.

[33] Hist. liv. 7, ch. 4. Ce n'est pas Théophraste qui dit : il écrit, on dit. Ceci prouve qu'il faut lire gongylidos, dans le passage précédent de Nicandre. « La graine du raphanus produit deux espèces de raves, etc. »

[34] Théophraste, Hist. liv. 7, chap. 4, p. 761, distingue trois espèces de raphanos, la crépue, la lisse et la sauvage, qui a aussi la feuille lisse, il est vrai, mais petite et arrondie. Casaubon devait donc conserver oulophyllos, et ne pas y substituer simplement leiophyllos. Je ne sais ensuite où il prend legei pour legoo, leçon constante, et qui indique que c'est Athénée qui parle ; ce qui est évident, puisqu'il se trompe en citant Théophraste.

[35] Brassica crispa thyrsodes prolifera : je lis : Hee d’ oulee thyrsoodees, thamnitees petaloisi.

[36] Je rends ainsi, par un sens général, le mot pharmakos, que Casaubon croyait altéré, faute d'entendre ce que l'auteur veut dire. Ce mot, désigne le sacrifice humain, ou même l'homme et la femme qu'on brûlait à Athènes pour expier la ville, et la garantir de tout malheur. Il est incroyable que Casaubon ignore ici cet usage dont tant d'écrivains Grecs, anciens et modernes, ont fait mention. Meursius, Græc. feriat; et Potter, Antiq. Gr., p. 401, satisferont sur toutes les circonstances de cette expiation. Pandore est ici la fille d'Erechthée, qui s'offrit en sacrifice pour le salut de la patrie. Quant au chou, c'est un badinage du poète. J'ai déjà noté qu'on jurait par le chou. Voyez Érasme, Adag.

[37] Prêtres, ou ministres impudiques de l'infâme Cotytto.

[38] Casaubon trouve Posidonius dans le nom de cet auteur inconnu ; sans doute comme alfana vient d'equus.

[39] Je suis tous mes textes anciens, laissant Casaubon pour ce qu'il vaut.

[40] Pemmata dans le manuscrit A, et ceux de Casaubon : on y lit aussi pragmata, texte vicieux du manuscrit B. Plus bas on lit encore pragmata, pour pemmata, dans le passage de Diphile ; mais où il faut lire pemmasi.

[41] Adam lit bien ce passage :

………………….. Ha d’ heedysmasin

Arneia katapepleesmen’ hee de thrymmatis, etc.

[42] Je lis avec mes manuscrits et Adam, heekei pheromen' automata, etc. L'apostrophe seule manque dans les manuscrits. Casaubon ne sait ce qu'il dit ici.

[43] Je lis kaulois, ou kaustois, pour kai tois qui ne fait aucun sens; et à la fin du vers, oude tais emais, etc. Kautois homoia pemmas' oude tais emais, etc.

[44] Cf. Théophraste, Hist, liv. 7, ch. 4; et Bod, p. 777, suiv.

[45] Ceci n'est plus dans Théophraste, comme l'observe Bod, p. 778.

[46] Je lis ici kalounti, avec d'autres, pour kaloon des manuscrits. Je trouve, en outre, teutlinas dans le manuscrit A, et toû tainas dans B pour teutlidas qu'on a corrigé plus récemment dans A.

[47] Eudème veut parler ici de celle que nous appelons bette de Crète, ou Candie, semine aculeato : ce que Casaubon ne pouvait connaître, et que Bod n'avait pas vu. La séparation de ses tiges est indiquée par le mot spastos des manuscrits, non pastos. Ce qu'il entend par commune, est la verte ou d'un vert noirâtre, ou la noire de Théophraste. Du reste, voyez Bod pour les autres espèces, les Baubin, ou Zwinger, Theatr. botan.

[48] Voyez la note précédente sur raphis. Casaubon lit à tort raphys.

[49] Casaubon a rendu le texte de ce vers encore plus mauvais en voulant le corriger. Le fenouil est une plante dont toutes les parties, sans exception, s'emploient avec avantage, et qui aime les terrains pierreux. Voy. Zwinger, Theatr. botan., p. 716. Je lis donc ainsi la fin de ce vers de Nicandre, — Hai de te rizai petraiou, etc. Petraiou est ici épithète, et non substantif. Casaubon lit bien ce qui suit. La cynoglosse est de la famille des bouraches. L'ornithogalon est de la famille des liliacées : la racine est un bulbe de la classe des oignons.

[50] Hist. liv. 9, ch. 15. Voyez les détails de Bod, p. 1120 suiv.

[51] Casaubon révolte ici contre son extrême légèreté. Il reproche toujours à Phanias de parler obscurément, faute d'être assez instruit pour l'entendre ; mais Phanias est très clair. Casaubon devait ouvrir Dioscoride, liv. 3, ch. 59, il aurait vu que le panais est recommandé dans le cas de morsures de reptiles venimeux. Il aurait en outre appris, liv. 5, ch. 22 du même, que le seps est, selon Dioscoride, une espèce de vipère. La morsure de ce serpent fait promptement pourrir les chairs. Seepos deegmata y décidait la correction. Je lis donc : Kata de autou tou deegmatos, phasi, tou kaloumenou seepos, kai to tou staphylinou sperma. Je ne change rien au vrai texte que Daléchamp avait bien senti ; mais cela suffisait pour que Casaubon ne le crût pas. Je lis en outre karion, pour korion, chervi. Quant à l'épithète tue-rat, donnée au chaméléon, Nicandre l'applique aussi, dans ses Alexipharm., à l'aconit qui croît dans les lieux pierreux et ombragés, skiadeesi. Cependant notre texte est décidément pour l'interprétation de Daléchamp, dont il ne faut pas s'écarter. Les manuscrits portent mycephonoo, et non mieephonoo,

[52] Ne peut signifier ici que la carotte sauvage, ou salive, selon l'exposé du texte. Bod est avec raison de cet avis, quoi qu'en dise Casaubon. En conséquence, il lit karooton. Théophr. Hist. liv. 9, ch. 15, p. 1120. Lisez ensuite megas g' esti, kai euauxees, etc.

[53] Le gethyon, pris pour l’ampeloprase, est ici le petit porreau, ou porrum sectile, civette, ognonette. Athénée devait mieux citer ses auteurs.

[54] Fête célébrée en l'honneur d'Apollon ou de Mercure, dans plusieurs parties de l'ancienne Grèce. Voyez Meursius. On appelait aussi Théoxenie, la fête de tous les dieux, comme nous avons en Europe la fête de la Toussaint.

[55] Il s'agit ici de l'hirondelle de rivage. Cyprian observe qu'en Espagne on en apporte quantité à Valence, pendant l'été, in usum culinœ, p. 1450. Les Athéniens en mangeaient aussi. Voyez M. Camus, t. 2, sur cette drepanis d'Aristote.

[56] Je conserve le texte, emhrycia dont on veut faire nebreia. On mangeait la vulve d'une truie qui venait d'avorter, pourquoi n'en aurait-on pas mangé les petits? Mais laissons les conjectures; le mot embryon s'est dit aussi d'un petit animal né depuis deux ou trois jours. Ainsi on peut entendre ce mot d'agneaux, de cochons de lait, ou de petits, dont les Grecs et les Romains mangeaient ordinairement. Voyez Foës, au mot skylakia. Ne changeons rien.

[57] Texte, niphomenous. Ce texte est faux. Il faut lire, selon mol, stiphomenous, remplis, bien bourrés. On a dit stiphoo, ensuite steiphoo, d'où viennent stiphros, steiphros, rembourré, dur. L'auteur peut-il parler de cabas couverts de neige, tandis qu'il suppose une belle saison continuelle?

[58] Texte, arousi, leçon constante. A la lettre, ils cultivent les courges en même temps que les raves. Casaubon proposait karousi, croyant que le mot karous, génitif, selon lui, dans Galien, signifie une espèce de rave ; mais ce mot peut être le génitif de karos, qui indique la racine du chervis, excellente à manger. Le passage de Galien ne prouve rien en faveur de Casaubon. On a dit karos, karon, et karion pour sisaron, le chervis. Si l'on veut changer, il faut lire ici gong ylisi, karoisi, les raves, le chervis.

[59] C'est Borée qui parle, comme la bien vu Adam; non Eole, que voyait ici Casaubon. Borée aimait Athènes à cause d'Orithye, fille d'Érechthée, dont il avait fait sa femme. Il ne nuisait donc pas à l'Attique par son souffle glacial.

[60] Je lis d'un seul mot, hotieti. Nam, quia, parce que.

[61] On a vu, liv. 4, ch. 4, p. 133 du grec, le procédé qu'il donne ailleurs pour garder les raves.

[62] C'est le sens de tmeessoon, participe qu'il faut lire ici. Par mouleuse, entendez ici la femme esclave chargée de moudre les grains.

[63] Les manuscrits portent constamment meetria de deux syllabes, comme dans Virgile, omnia, et je garde ce texte au lieu de metroo.

[64] On voit que l'auteur a fait chytros féminin ; ou il a écrit chytra.

[65] Le sens de ce vers est fort équivoque. Je tâche de rendre la lettre que paraît avoir suivie N. le Comte, en de mykeen serias te, etc. Je présumais cependant que l'aujteur avait écrit, en de mykeen seiras te, etc. ; et des chapelets de champignons enveloppés depuis longtemps dans des herbages. Daléchamp apercevait ce sens ; mais il n'est pas plus certain que l'autre. Il paraît avoir lu au dernier vers, ouloterois kaulois, Pursan lit ouloterous kaulous, c'est l'un ou l'autre : choux crépus. Adam supposait mal à propos auoterois, siccioribus, mais je suppose eu phagesoorois pour euphaorizee qui finit le dernier vers sans aucun sens : eu se rapporte à migeemenai, mêle bien. Il n'y a qu'un bon manuscrit qui puisse ici nous rendre la vraie leçon, ou confirmer ma conjecture, ou peut-être nous rendre eu g'aoristoos: ce dernier mot désignant une quantité indéterminée de ces plantes. Adam lisait : eit’ aphorizee, qu'elle sépare ; mais comment supposer qu'il faut séparer tout ce que l'auteur veut ici qu'on mêle ensemble? Il fallait au moins traduire, ensuite qu'elle distribue cela. Au reste, ces deux derniers vers sont fort obscurs.

[66] Gutberleti a écrit sur les Cabires un petit ouvrage assez curieux : mais, comme les Hébraïsants du dernier siècle, il n'a vu que l'écorce de cette fable, égyptienne d'origine. M. Knight, qui a bien entrevu l'origine de la Trinité Juive dans son excellent ouvrage sur le Culte de Priape, ou de l’Etre Universel, m'a surpris lorsque j'ai vu qu'il ne faisait aucune attention au culte et à la théorie des Cabires.

[67] C'est-à-dire, tu ne me serviras pas dans un voyage, vu qu'il faut y être éveillé de bon matin.

[68] L'auteur voulant désigner le caractère intraitable, ou la grossièreté de ces enfants, emploie le mot kreious, qui, liv. 3, ch. 10, se disait, chez les Athéniens, des conques raboteuses, ou couvertes d'aspérités. Hésychius écrit krios au singulier. Daléchamp a mal saisi ce passage.

[69] Adam lisait ouden pour meeden, au second vers de ce passage, pensant qu'on ne pouvait recevoir un anapeste au second pied d'un vers iambique ; mais les comiques grecs en fournissent nombre d'exemples. J'en marquerai deux plus loin. Il lisait bien au troisième vers : Epi too d' epooas,' hoos an ekleepsees kalon. Casaubon corrigeait mal à propos la fin de ce vers, sans apercevoir le vice précédent. Une jeune fille d'un tempérament chaud peut bien remplir la fonction de Léda. L'un des Vossius, je ne me rappelle plus lequel, eut une servante qui fit éclore un poulet, en tenant soigneusement l'œuf entre ses deux mamelles, pendant le temps ordinaire de l'incubation de la poule. Le sens du premier vers de ce passage était lié avec ce qui précédait. Ainsi je ne fais aucun changement.

[70] Texte, alektryaina ; alektryoon.

[71] Chant agréable. C'est le texte des manuscrits de N. le Comte, des deux premières éditions et du manuscrit B, où je trouve, d'une main plus récente, heemerophoon sans apostrophe, qui annonce le jour. Le manuscrit A porte heemerophroon, qui s'occupe d'annoncer le jour: leçon peut-être la plus vraie. Casaubon lisait, comme la variante du manuscrit B, au vocatif.

[72] Il s'agit ici d'une espèce d'hirondelle. La fable apprend pourquoi elle a cette teinte.

[73] Le Scholiaste d'Aristophane fait une remarque qu'il faut noter ici. Acharn., acte 3, sc. 2, p. 407. « Les anciens appelaient choiroi, ou porcelets, les petits cochons qu'on nomma ensuite delphakes. Les cochons parvenus à leur âge, se nommaient sialoi syes, et delphax en fut le synonyme. » Il cite à ce sujet deux vers de l’Odyssée, qu'on verra plus loin dans notre texte.

[74] Aristoph. ibid. p. 409. On voit dans ce passage que delphax est pris pour une grande truie, désignée autrement par le mot choiros féminin.

[75] De a dans le sens de hama, ensemble ; de la même matrice.

[76] Daléchamp et Pursan lisent etesin, années, pour toisin, article.

[77] Retranchez ici hekaton, mot parasite formé d'heneka toon, par les copistes.

[78] Pour laisser le lait aux élèves. Le passage suivant a déjà été cité.

[79] Otez te après spondee, et le vers iambique reparaîtra : En spondee, kai splagchnoisin agrias choirou.

[80] Je suis en partie N. le Comte, en partie Ægius, et j'en déduis ce texte :

…………. Toigar agrian

Edei phylaxai choiron hooste deesmian.

[81] Texte, choiron hyion, avec les manuscrits, qu'il ne faut pas changer. Il désigne un porc fait, comme dans Homère, sialoi syes. Si on lit, comme plus bas, choiron hyios, ce sera un cochon qui tette encore, et suit sa mère. Mais ce sens ne convient pas à un cochon de deux coudées et demie de haut. Quatre mille dragmes pour une telle bête, c'est payer plus qu'en roi. Je lirais quatre cents, et c'est encore beaucoup.

[82] Texte, eutheeloumenon, leçon de tous mes textes écrits et imprimés, et je doute très fort que Casaubon ait trouvé autre chose dans les siens. On a dit theelooo, comme theelazoo. Le mot theeloous, nourrice, dans Hésychius, donne lieu de le croire : ainsi je laisse l’oonthyleumenon de Casaubon. Par four bâtard, j'entends un four portatif, autrement de campagne.

[83] Adam changeait ici; mais gardons le texte qui peut s'entendre, selon la marge de Casaubon. Ces passages isolés sont toujours un peu obscurs.

[84] En Crète. — Adam traduit ici singulièrement, sacrifient à la truie ; mais hyi suppose syn, comme en latin, facere vitula, pour facere sacra cum vitula.

[85] Petalides, selon notre auteur, vient de petaoo ; petasthai, s'étendre.

[86] Pour désigner ces viandes hachées, etc.

[87] Les passages suivants sont cités pour servir de parallèle avec l'habileté de ce cuisinier, qui enfin conclut en sa faveur.

[88] Je laisse ce vers tel qu'il est dans tous les textes, ajoutant seulement meen après touto, cela, c'est-à-dire, la jactance. Il faut lire opsei, comme l'usage le veut

[89] Texte, qui sont la faim même.

[90] Lisez nyn diakonoumen eis gamous, to thyma bous, etc.

[91] Lisez, à la fin du vers, theai, ee theoi, et supprimez tee.

[92] Ce mot que j'ajoute en version, ne doit pas être regardé comme du texte. Il répond à parage, qui doit en être retranché comme glose, et le vers aura sa juste mesure

[93] Lisez katanœes. Le vers a une syllabe de trop avec katanœsees de tous les textes.

[94] Je lis dans ce vers :             pragma touti. Treis heemeis Esmen eti ! J'ajoute touti, dont la dernière syllabe est longue, pour mieux marquer la chose, et compléter le vers. Casaubon ajoutait monoi à la fin.

[95] Je lis dans ce vers, prooton houtos astr. Le pronom démonstratif est ici nécessaire. Casaubon ajoute, à la fin, kaloos, mot trop précaire.

[96] Toion, qui fait bien le vers, comme lit Adam. Il s'agit de celui qu'il regarde plus haut comme vrai cuisinier. La correction de Casaubon ne revient pas au but.

[97] Lisez ainsi ces vers :

............................................. Hee taxis sophon

Apantachou meen esti, k................................................................

Sophon suppose chreema, comme dans Virgile, triste lupus stabulis. On voit qu'il n'y a rien à faire ici qu'à replacer les mots. Casaubon s'applaudit de sa mauvaise correction : Non minus vere, dit-il, opinorquam apte.

[98] Je lis, avec Adam, ti deeta? C'est le même qui dit cela. L'autre répond, parad., etc.

[99] Adam supposait à propos, pour plus grande clarté, comme mes disciples. Il fallait dire élèves : mais cette fin n'est pas liée avec ce qui précède.

[100] J'ai laissé la correction absurde de Casaubon, préférant un texte douteux, mais que je n'ai pas voulu lacérer, parce qu'il s'entend, en lisant seulement optoosi, qui me paraît naturel. C'est l'idée d'Adam, dont je laisse aussi les autres corrections. Les chiens de Vulcain sont les marmitons.

[101] Monees anagkees thesmos : c'est le fatum, ou mort naturelle des latins ; fato concedere.

[102] C'est toujours le cuisinier qui est censé parler.

[103] Ou les sept sages.

[104] La correction de Casaubon est ici pitoyable. Il ne vit pas que leukokreoon présente ici une apostrophe à Lycus, et qu'il faut lire : Tote Leuke kreoon soi, oude too didaskaloo, etc.

[105] Allusion au mot lycus qui signifie aussi loup.

[106] Tu poussas précipitamment dans le feu, apesobeesas, non apesbeesas : la préposition eis prouve la correction. Ce fut pendant qu'on les retirait qu'il mangea les deux brochettes d'intestins ; ce que l'auteur appelle, fredonner avec le dichorde. Allusion au mot chordee, intestin grêle.

[107] Celui des deux chevreaux, pour lesquels il y avait eu tant de bruit.

[108] Les textes portent ici periphere, mais ce que l'auteur vient de dire, et le passage d'Alexis, prouvent qu'il faut lire paraphere, comme Daléchamp l'a écrit. Malgré cela, Casaubon conserve periphere dans ses additions, contre toute vraisemblance. Le mot Cœcoa, nom d'une esclave, étant devenu kykloo sous la plume des copistes, ils ont écrit periphere, comme le sens paraissait l'exiger après l'erreur. Il est étrange que Casaubon l'ait aperçu, et ait conservé le faux texte. N. le Comte a omis Cœcoa, mais il a lu paraphere. Le manuscrit A montre l'origine de l'erreur par le mot kykloo qui est au-dessus de Cœcoa.

[109] Je note ici l'expression, pheesi, au singulier, dans un sens général, pour phasi, au pluriel ; comme je l'ai rétabli dans mon édition grecque d'Épictète, d'après d'excellents manuscrits. Adam n'a pas réfléchi à cet idiotisme, en écrivant phasi. Du reste, laissons ces vers tels qu'ils sont, puisque le sens en est clair.

[110] En chirurgie et en médecine. Ce poète en fait une application qu'on peut passer à un cuisinier. Adam fait sortir les entrailles par la force du sang qui les entraîne! Avec un peu d'anatomie, il aurait vu que les entrailles ne peuvent sortir par la piqûre d'un des vaisseaux axillaires. J'aurais passé cette absurdité à Casaubon.

[111] Drimon est la leçon de mes manuscrits. Les premières éditions, et N. le Comte, portent Dromon.

[112] Adam a bien lu euphrainetoo too laph. Le too de la fin a fait disparaître celui qui commence le vers suivant. Je ne conçois rien à Casaubon.

[113] Comme au commencement du Timée de ce philosophe.

[114] Je suis tous les textes, laissant les corrections qu'on a proposées sur ce passage, où il ne manque rien. Le mot hama est relatif à ces passages dialogues que les cuisiniers pourraient réciter entre eux, comme au théâtre: ainsi laissons de côté mageiroi, ou amatheis, inconnus dans les textes.

[115] Je lis epi metrious : le manuscrit B porte la leçon de Casaubon; mais je lis ensuite agoo, pour egoo, avec Adam. Le sens est alors exact.

[116] Épithète qu'Homère donne aux hommes, parce qu'ils peuvent articuler des sons : de neeiroo, diviser, et ops, voix : voyez Apollonius, Lexic. Homer. p. 454, édit. Tollii, 1788. Le cuisinier entend ce mot des convives, mais il y a une équivoque en ce que le mot signifie aussi l'oiseau que nous appelons guêpier, et qui dévore les abeilles. Virgile en parle, méropes, aliaque volucres, Géorg. liv. 4. Voyez M. Camus, t. 2; Aristote

[117] Pour convive.

[118] Un porc, qui fouille et déchire la terre. Eurymétope suivant, signifie large front, meela, brebis. Il dit meela, pour probata.

[119] Terme qui dans Homère signifie la farine d'orge, ou la maze qu'on en faisait, et qu'on employait dans les sacrifices. Apollonius donnera plus de détails dans son Lexique d'Homère, sur ce mot de l’Iliade, liv. I, v. 458.

[120] Racine ; peegoo, condenser. Ce mot se dit de la gelée blanche et du sel, matières concrètes. Il s'agit ici de sel.

[121] Il faut consulter ici la Glose très utile de Philémon, que M. d'Ansse de Villoison a fait imprimer dans son Apollonius, sur ce mot d'Homère, Iliade. Oo, vers 304; ajoutez notre auteur, liv. 9, ch. 18, p. 408 du texte grec.

[122] Découpe les chairs par petites parties. Voyez Apollonius au mot mistyllori, et la note de M. de Villoison. Conférez Homère, Iliad. liv. 1, 461. Je prends ici diptyche, pour impératif de diptychoo, doubler. Homère parle même de broches à cinq branches. On peut rendre ainsi ce vers: Il me lâcha les termes de mistylle, moiras, diptycha, oobelous, etc.

[123] Œnée fait allusion à oinos, vin; Pélée, à peelos, boue. Le sens de ces mots est subordonné à epitimoontes, qui signifie ici honorer en fortant une santé, et présentant le verre. Le texte indique donc, qu'en saluant et présentant le verre il ne faut pas répandre de vin, ou oinos, parce qu'on en fèrait de la boue, ou peelos ; ou Pelée d'Œnée. Ainsi je lis tina, non tini, qui changerait tout le sens.

[124] Daléchamp a certainement lu alla noogalisei ; j'écris ensuite kataphageis au participe. Cette leçon est la véritable, Casaubon dit qu'il ne comprend rien au texte.

[125] Je mets un point après meilleur précédent, ou polloo t’ ameinoon, et je conserve tout le texte.

[126] Les cuisiniers ont aussi été sacrificateurs.

[127] Je conserve periphortina et je lis ensuite kramboosas, pour kromb. Je ne vois aucune raison de foire d'autres changemens dans ce texte isolé.

[128] Otez per après hoos, et le vers iambique sera exact.

[129] Remettez ainsi ce vers hexamètre, et la partie du suivant en mesure :

Kai siteuton cheenos homou skeuaze neotton

Opton haploos, kai ton de ...

J'écris petit d'oie, pour la lettre; dites oison. Casaubon corrompt le texte.

[130] C'est avec cela qu'on les engraissait. Athénée ne cite aucun exemple d'Homère, dans lequel oie, ou cheen, en grec, soit masculin ; mais ce n’est pas par omission, comme l'observe bien Adam.

[131] Ils ne les confondaient pas toujours, comme je l'ai déjà montré en citant un passage de Pétrone, où les autres sont clairement distingués.

[132] Texte, oxyliparon.

[133] Daléchamp a noté cet endroit comme altéré. Il a eu raison, quoique Casaubon n'en dise rien. Je trouve dans mes manuscrits et les premières éditions koltana heemas, etc. Or, heemas n'est plus dans le texte de Casaubon. Le Comte a lu hymeis, qui complète probablement le sens, rapporté à mellete. Kottanes sont les figues de la petite espèce, selon Bochart. On les faisait peut-être tremper dans une saumure acéteuse, en Syrie; alors leur pulpe un peu grasse pouvait faire un oxyliparon. Nous avons vu que les anciens mangeaient les figues avec du sel. Le lepidin est le lepidion de la grande espèce, ou celui d'Alep, plante de la classe des Thlaspi : la saveur en est très poignante. Il entrait dans les plantes potagères qu'on faisait cuire avec de la graisse, et on y jetait du vinaigre; ce qu'on fait encore aujourd'hui : c'est donc une autre espèce d’oxyliparon. On a mal à propos confondu le lepidion avec le gingidion, espèce de carotte sauvage. Dioscoride a noté cette erreur, liv. 2, ch. 167 et 205. Casaubon nous renvoie au liv. 3, ch. 32 de ses Observations, pour savoir ce qui concerne le lepidion ; mais il n'en dit rien. C'est un de ces passages où il dormait.

[134] Le passage cité par l'auteur se retrouve liv. 7, ch. 12 : « Des chiens de mer, des raies, et toutes les espèces qu'on sert dans un coulis gras acéteux. »

[135] C'est-à-dire, honnêtes en apparence, mais intérieurement dépravés ; ou brillants à l'extérieur, mais intérieurement n'ayant aucune valeur.

[136] Ce sont deux vers des Guêpes, p. 451. Apophyseesas, selon le Scholiaste, peut signifier, soufflant le feu pour me faire rôtir promptement, ou soufflant sur moi pour ôter la cendre, lorsque je serai rôti.

[137] Pursan lit, meeden phagonti ; lisez gignetai, même vers.

[138] Adam fait à propos un vers de ce passage : Toupsarion heemin touto ge parttheeke tis?

[139] Voici le texte exact de ce passage, dérangé par les copistes, et que, ni Casaubon, ni Adam n'ont pu apercevoir :

Epei thymeenas too Borea idion oude Hen elabon opsarion, hepseesoo njrn phaheen. Je laisse donc les conjectures des autres.

[140] Lisez epistatai.

[141] N'étant pas obligés de souffler sur les mets trop chauds.

[142] Je lis alla ge sy pros, etc.

[143] Texte, ne me coupe pas, mais tes viandes. Lisez ensuite optanion, etc. en ôtant paides superflu, mais qui se sous-entend.

[144] Je lis ei typhousan, avec le manuscrit, A. Il faut sous-entendre echei au conjonctif. Je laisse Adam qui confond tout ce vers, dont le sens est fort clair.

[145] Je lis tig’, qui régit toutoon au génitif, pour tina après phoomen, autrement il n'y a plus de sens.

[146] Texte, phasianikos, comme dans les Oiseaux d'Aristophane, p. 545; mais on lit aussi phasianos, dans ses Nuées, acte I, sc. 1, p. 129. Le Scholiaste remarque que phasianos est pris, par les uns, pour un cheval du Phase ; par d'autres, pour un cheval marqué de la figure d’un faisan, comme on en marquait de celle d'un coq ; mais ce grammairien se décide pour le faisan, même d'après le passage d'Athénée qu'il cite. Je dirai à cette occasion quelques mots sur ces marques qu'on appliquait aux chevaux. Le Scholiaste parle d'un cheval nommé koppatias, dans les Nuées, v. 23, parce qu'on l’avait marqué de la lettre ou figure koppa ; un autre y est nommé sampora, parce qu'il était marqué d'un san, ou sigma, s. C'est ainsi, ajoute-t-il, que nous appelons bucéphales certains chevaux, non qu'ils aient la tête analogue à celle d'un bœuf, mais parce qu'on les a marqués de la figure; de cette tête : voilà pourquoi on nomma ainsi le fameux cheval d'Alexandre. On a donc eu bien tort de supposer une tête de bœuf à ce cheval. M. Hartmann a consacré un chapitre entier aux marques des chevaux, dans son excellent Traité des Haras, que j'ai déjà cité; et rappelle cette maxime de droit qui en suppose l'usage général. Equus recognoscitur per stigmata vel signa, chap. XII, p. 216, 1788. Athénée en a aussi parlé ailleurs.

[147] Ce passage devenu un peu obscur dans Athénée, par la faute des copistes, m'a fait préférer le texte même du poète, pour en mieux présenter le sens. Le faisan, selon les anciens, fut apporté du Phase (fleuve de la Colchide) par les Argonautes, à leur retour en Grèce. Cet oiseau est trop connu pour que je m'y arrête. Héliogabale se faisait quelquefois servir des repas où il n'y avait que des faisans. Lampride, § 32.

[148] Théophraste avait écrit plusieurs ouvrages sur les animaux, mais particulièrement un grand traité en sept livres qui ne nous sont point parvenus.

[149] Daléchamp lit barea, le manuscrit A porte bachea, sur lequel, mot une main plus récente a écrit la lettre r pour faire brachea ; mais N. le Comte suit nos textes.

[150] Je conserve le mot original, pour ne pas donner lieu à l'erreur. Brotier l'entend de l’attagas à plumage varié. Ce serait l'espèce qu'Athénée décrit plus loin. L'autre espèce est blanche ; c'est le lagopus altera de Pline, l. 10, ch. 48. Conférez M. Camus, t. 2, p. 110 ; et Cyprian, p. 1082.

[151] Daléchamp lit tachea. Pursan note aussi cette leçon ; mais je suis tous mes textes, dasea. Le Comte rappelle aussi cette leçon dans densæ.

[152] Lisez Hist. liv. 9, ch. 49. Conférez liv. 5, ch. 32 ; et corrigez dans notre texte, eisi pour ei.

[153] Ce sont les termes de Speusippe.

[154] Cf. Cyprian, p. 1083.

[155] Le grammairien.

[156] Daléchamp et Pursan lisent ici tatyron, pour tetarton, mot défiguré par les copistes.

[157] Sans qu'on leur en donne.

[158] C'est-à-dire, en Scythie. Le Phase était regardé comme fleuve de cette vaste partie du globe. L’Istrus suivant, est l’Ister ou Danube.

[159] Aristophane dit pteropoikilos, à plumage varié, dans ses Oiseaux, p. 552.

[160] C'est peut-être d'après ce passage que Daléchamp et Pursan lisaient barea dans l'article précédent ; mais brachea se prouverait aussi par ce même passage-ci. Rappelez ce que j'ai cité plus haut de M. Camus.

[161] Je soupçonne que notre auteur ou ses copistes attribuent ici à Socrate de Rhodes, grammairien contemporain d'Auguste, un ouvrage qui appartient à Sosicrate, écrivain qui s'est occupé des différentes sectes des anciens philosophes. La topographie, la physique et l'histoire naturelle, sont plutôt du ressort d'un tel écrivain, que d'un grammairien. Je renverrais ici à la note 3, p. 435 de mon tome I, si je n'avais pas oublié d'en corriger l'inexactitude. Voyez mon tome II, Errata, p. 126. Celte note-ci étant composée, je la laisse. « Il ne faut pas confondre ici avec ce Socrate grammairien, le philosophe Socrate qu'on dit n'avoir jamais rien écrit, quoique les détails de Diogène de Laërce et autres de Platon prouvent le contraire. Cette erreur est d'autant plus facile à commettre, qu'il y a eu plusieurs Socrate qu'on a aussi confondus. On voit même que Diogène de Laërce ne s'accorde pas avec Athénée sur l'auteur de l'ouvrage de la Succession des Philosophes, à moins qu'au lieu de Socrate on ne lise Sosicrate dans Diogène de Laërce, à la fin de la vie de Diogène le Cynique. » Quant au passage de ce liv. 9, je ne vois pas la raison du long verbiage de Casaubon. L'auteur a déjà cité des écrivains qui ont traité des Limites : il était naturel, et même indispensable de parler des lieux. Quelques phénomènes ignés, dont Sosicrate fut témoin, ou dont il aura été instruit, lui auront donné occasion de parler du feu, des pierres. Il n'y a donc rien d'incohérent dans le titre que rapporte Athénée, si on lit Sosicrate : ainsi je n'y change rien. Laissons disserter les érudits en us.

[162] Casaubon est encore ici trop docte. Il corrige en Béotie, parce que c'est un Béotien qui parle dans Aristophane, acte 4, sc. 1, p. 413. Cependant le Scholiaste appelle mégarien, l'acteur. Dikaiopolis pros ton megarea legei. « Dicæopolis dit au mégarien. » Tous mes textes sont d'accord : ne changeons rien. D'ailleurs, comme l'observe très bien Adam, il pouvait y en avoir dans le pays de Mégare, voisin de la Béotie.

[163] Sens : diamant, infatigable, mais akadas, mot constant dans les textes, est inintelligible pour moi. Je connais akeedeès. Il a l'accent sur la dernière.

[164] Un des acteurs d'Aristophane, Oiseaux, p. 599, dit qu'il enverra contre Jupiter une armée de six cents porphyrions, oiseaux couverts de peaux de panthères. « Le poète badine, par ces derniers termes, sur leur plumage, dit le Scholiaste, car ils sont kyaneoi bleus. » Il parle donc comme les connaissant bien : du reste, c'est une allusion au géant Porphyrion.

[165] Elien dit anandrous, non mariées. Apostolius, Proverb. cent, xxi, n° 23, confirme cette leçon. Gesner corrige, d'après notre texte, hypandrous, mariées. Gronove, sur Élien, ne produit point de variante. Je soupçonne qu'Élien, et Apostolius qui le copie, avaient écrit enandrous pour hypandrous, comme on a dit enaithrios, hypaithrios, etc. : en et an sont souvent changés par les copistes; alors nos textes seraient d'accord. On peut même négliger Apostolius, qui aurait copié un texte déjà corrompu, et sans réfléchir.

Mais qu'est-ce que le porphyrion. J'ai déjà dit dans le premier volume que le porphyrion n’était pas la poule sultane, ou qu'Athénée nous en a donné une description inexacte. Plus j'ai réfléchi sur ce que les modernes en ont dit, plus je me persuade qu'Athénée s'est trompé. Il compare (lui ou son auteur) le tetrax à cet oiseau, pour la forme, ch. 13 suivant. Voyez la note vers le commencement ; mais le rapport ne peut être qu'assez éloigné. Je penserais donc, malgré les doutes prudents de M. Camus, que le porphyrion est la poule sultane, sur les espèces de laquelle on consultera les détails de M. Brisson, t. 5, p. 522. Quant au tetrax, voyez ch. 13 suivant.

[166] C'est le texte constant des écrits et des imprimés. Elien, liv. 3, ch. 42, dit que « le porphyrion n'aime pas à être vu lorsqu'il veut manger ; qu'ainsi il va se cacher. » Où? sans doute dans le lieu qui lui convient. Ces deux écrivains sont donc d'accord, et Apostolius est aussi de concert, ch. xxi. N'est-ce donc pas topos epiteedeios? Mais Casaubon aime à faire du phébus, pour dire enfin que notre texte est exact : il voulait dire tropos, mode, mesure, supposant, dans Élien, rythmos pour arithmos, rythme pour nombre. Mais pour supposer rythme, il faut encore supposer, dans Elien, areskonta, qui lui plaise, pour arkounta. En effet, que voudrait dire : « Cet oiseau ne mange qu'après avoir trouvé un rythme de démarche qui lui suffise? » Elien tirait donc plutôt Casaubon par les oreilles, pour l'avertir de ne rien changer ; et Apostolius le lui défendait aussi. Je laisse de côté la comparaison que Casaubon fait de la démarche rythmique du porphyrion, avec celle que les médecins prescrivaient. C'est la pitié toute pure.

[167] Il ne fait que la nommer ; et le Scholiaste qui rappelle le mot dans ses Gloses, n'explique pas ce que c'est.

[168] Je lis lathiporphyridas, et je l'entends de la femelle du porphyrion. Le mot lathi, dans ce composé, indique assez l'oiseau qui se cache pour manger, comme on l'a vu précédemment. Je mets un point après xanthoisi. Le sens de cette partie dépendait de ce qui précédait, et que nous ignorons. Le poète continue p. p., a. latkiporphyridas, k. a. t. Le mot lathi est ici rappelé par la fausse leçon, adiporph. et adoiporph. des manuscrits. Casaubon voulait haliporphyrai ; mais il s'agit ici d'oiseau, et non de la couleur qu'on tire de la pourpre marine proprement dite, comme Bochart explique très bien haliporphyra : ainsi laissons encore le verbiage de Casaubon. Quant au mot panelopes, le Schol. d'Aristophane en fait un oiseau analogue au canard, et de la grosseur d'un pigeon : c'est notre canne-pénélope. Voyez Linné, Regn. Anim., § 61, n° 34.

[169] Je lis, en partie avec Adam, aieis men, oo ! phile, sy me, tanysipteros hoos hoka porphyris . . ., pour trouver le sens que je prends, en attendant de meilleurs textes. Athénée ne voulant que prouver la réalité du mot porphyris, ou lathiporphyris, tronque le passage, sans s'arrêter au sens ; ce qui lui arrive assez souvent.

[170] Dans ses Oiseaux, p. 555.

[171] L'auteur présente ce mot comme une équivoque. On sait que la perdrix est un oiseau très salace, selon Athénée même.

[172] Texte, seepias t'aganeousas ; leçon de tous mes textes. Ce dernier mot a pour racine, ganos, doux, dans tous les rapports; de là aganos. On en a fait les verbes ganaoo, ganeoo, ganoo aganeoo, être doux, agréable, etc. ; ainsi aganeousas est un participe féminin. L'auteur vient de dire que i, dans les cas obliques de perdix, est le plus souvent long chez les Attiques. Ensuite il cite Epicharme, qui le produit bref, bracheoos, dans l'exemple du texte. Ce mot n'a donc aucun rapport à aganeousas, comme l'ont cru le Comte et Daléchamp. Le premier lit bracheoos agan eousas ; le second, bracheoos agan neousas. Casaubon se contente de noter ce qui concerne bracheoos ; mais il se tait sur aganeousas, loin d'en observer le sens, et d'avertir ainsi le lecteur sur la méprise des deux interprètes. Il est vrai que la sèche vit très peu de temps, idée de le Comte; et qu'elle ne nage que très peu, idée de Daléchamp. Aristote autorise ces deux opinions; mais le but d'Athénée n'est pas relatif à cette théorie : il veut seulement dire que la lettre i est brève, chez Epicharme, dans les cas obliques de perdix.

[173] Athénée a très mal extrait le texte d’Aristote, liv.9, ch. 8; ainsi on ne doit regarder les textes suivants que comme une indication. Conférez ici M. Camus, t. 2 ; ses détails méritent d’être lus. Elien a donné plusieurs articles intéressants sur la bartavelle.

[174] Texte, les veufs.

[175] Les bartavelles, qu'il faut bien distinguer des autres perdrix, s'apprivoisent facilement. On les mène aux champs par bandes, et le soir on les rappelle d'un coup de sifflet. Elles suivent leur conducteur, et reviennent à la maison. C'est pendant qu'elles sont ainsi aux champs, que les privées s'accouplent avec celles qui ne le sont pas.

[176] Ces termes sont ceux d'Aristote.

[177] Ceci doit s'entendre d'après la fin du liv. 6, ch. 8, Hist. Anim. : Les perdrix, dit-il, partagent leurs œufs en deux loges; le mâle couve les œufs de l'une, et la femelle ceux de l'autre. Voyez, sur la forme des nids de perdrix, Elien, liv. 3, ch. 16; liv. 10, ch.35.

[178] Ce que je mets en italique n'est pas du texte, mais pour lier le discours. Hist. Anim., supra.

[179] Si apateethee est la vraie leçon, il faut ensuite lire hyp'autees, comme le pensait Adam. Paleuthee, selon l'expression d'Élien, conviendrait beaucoup mieux ici que pateethee. Le texte d'Aristote exigerait qu'on lût, se soit approché d'elle, heoos an antiasee ho heegemoon autee, mais cf. ici Elien, p. 200, édit. Gesner, liv. 4, ch. 16 ; ou édit. Gronov., p. 187.

[180] Casaubon, qui nous renvoie au philosophe même, dès le commencement de ces détails, devait observer que son texte est équivoque ici. M. Camus l'a pris dans un sens contraire à celui d'Athénée, disant que c'est le mâle qui fait taire la femelle. Mais il vaut mieux, comme a fait Gaza, suivre le sens qu'a pris Athénée, sans blâmer celui de M. le Camus. Il faudrait observer sur les lieux, pour lever l'équivoque sans réplique. Les textes de N. le Comte confirment le nôtre.

[181] On a voulu concilier la lettre de notre texte avec celui d'Aristote, mais fort mal à propos. Il faut se rappeler ici que les maisons étaient terminées par un toit fort plat, et même assez fréquemment par une plate-forme entourée d'une espèce de balustrade; souvent même il n'y en avait pas. Un chasseur assis sur ce toit à la campagne, y tenait, dans un appareil convenable, une bartavelle apprivoisée, près de laquelle les sauvages venaient s'abattre, et étaient ainsi dupes de leur passion. Epi toon koramoon, sur le toit, est une expression d'Aristote, au sujet d'une espèce de merle, Hist. liv. 9, ch. 19. Kathizontas se rapporte ici aux chasseurs, non aux perdrix. Si on le rapporte à celle-ci, il faudra supposer ee kathizein epi t. k., le sens sera, qu'elles viennent tomber sur les chasseurs, ou s'arrêter sur les toits des maisons ; mais l'autre sens est plus exact, et conforme à la lettre du texte. Casaubon se contente de dire que keramoon est la leçon constante : ce qui est très vrai ; mais il ne lève pas la difficulté.

[182] Ce mot conviendrait mieux à la caille; mais voyez Élien, liv. 3, ch.35; et la note d'A. Gronove, p. 1009; et plus bas Athénée.

[183] Bourgade de l’Attique de la tribu Hippothoontis. Gronove, p. 1009.

[184] Doit-on traduire, de perdrix pour voiture. En admettant le fait fabuleux, que leur servirait un chariot pour marcher contre un ennemi qui vole librement sans avoir rien à traîner? Mettons-les donc sur les perdrix mêmes; l'absurdité n'en sera pas plus grande, et le sens de la lettre sera exact.

[185] On voit donc ici que les perdrix dont on vient de parler sont différentes des nôtres, soit rouges, soit grises.

[186] Élien donne ici dans le merveilleux; mais il conte de manière à se faire lire, liv. 4, ch. 13.

[187] Élien répète aussi ce que dit Théophraste ; voyez liv. 10, ch. 35.

[188] On voit, par ce qui suit, qu'Athénée confond l’otis, ou outarde, avec l’otus, ou moyen duc ; ainsi les détails suivants sont une erreur continuée. Brotier remarque que Pline est tombé dans la même faute, liv. 19, ch. 22, t. 2, p. 487. On voit aussi qu'Athénée amplifie ce qu'Aristote a dit de l’otus, Hist. liv. 8, ch. 12, vers la fin. L’outarde d'Arabie, otis, auribus erecto cristatis, était celle que les Grecs connaissaient plus particulièrement; delà est venu l'erreur et la confusion du texte d'Athénée : voyez Linné, Rcgn. Anim., § 85, n° 2. Quant à la description de la grande outarde et de la petite ou canne-pétière, voyez M. Brisson, ornithol., t. 5, p. 18,suiv.

[189] Je ne vois pas ceci dans Aristote, excepté peut-être ce qui concerne le changement de climat, car il fait partir l’otus avec les cailles, ubi supra.

[190] Selon mes manuscrits. Daléchamp lit lagootias, oreilles de lièvre.

[191] Le texte d’Aristote suppose le contraire, liv. 8, ch. 12, puisqu'il dit que quelques-uns appelaient l’otus, corbeau de nuit: il faudrait donc dans Athénée, houtoos de esti, ou houtoos esti de nykterinos. Cependant Athénée prenant l’otus pour l’otis, a pu dire qu'il n'était pas oiseau nocturne. On n'a pas fait cette réflexion en le blâmant : l'erreur n'aurait de réalité que dans le fait, et non dans l'intention, parce qu'Athénée n’était pas assez instruit à cet égard. M. Brisson rappelle aussi l’outarde sous les noms grecs ootos et ootis, d'après les autres modernes qu'il cite.

[192] Répétition inutile.

[193] Tous mes textes portent euglootta, il faut eurygloolta pour répondre au mot platyglootta du texte d'Aristote ; c'est le sens que je suis.

[194] Cf. ici M. Camus, t. 2, au mot petit duc.

[195] Le texte d'Aristote, Hist. liv. 9, ch. 28, porte skoopes : mes manuscrits et ceux de N. le Comte sont d'accord pour celui d'Athénée. Casaubon lisait de même les siens.

[196] Ceux qu'il appelle æishoopes, ou qui se voient en toute saison, selon le sens du grec.

[197] Texte, tachei : Aristote dit pachei, par l'épaisseur.

[198] Athénée ayant séparé cet article qui se trouve au milieu de celui de la perdrix, dans Aristote, Hist, liv. 9, ch. 8, le place ici au moins pour le sens.

[199] Je lis ici proontes, avec le manuscrit A et ceux de Casaubon. Proiontes du manuscrit B et prosiontes des deux premières éditions et de celle de 1612 sont une erreur de copiste.

[200] Élien dit que le coq paraît le faire par fierté, de peur de gâter sa crête, et trouve en cela du merveilleux, Hist. Anim., liv. 4, ch.29; mais l’oie en fait autant lorsqu'elle passe sous un pont, quelque élevé qu'il soit au-dessus de l'eau.

[201] Cf. M. Camus, t. 2, p. 613, sur les Citations d'Aristote.

[202] Ce passage est mal présenté dans Athénée. Aristote, Hist. liv. 9, ch. 7, dit : « Quelques-uns avancent que les passereaux mâles ne vivent qu'un an, le concluant de ce qu'au printemps on n'en voit aucun qui ait du noir à la barbe, et qu'après ce temps-là on en voit avec ce noir; ce qui indiquerait qu'il n'en reste aucun de ceux qui vivaient auparavant. » Mais il dit que les merles deviennent roux, liv. 9, ch. 49.

[203] Arist. Hist. liv. 9, ch. 8; liv. 6, ch. 1.

[204] Texte, geneseoos, ce mot me paraît suspect : je crois qu'il s'agissait du passage et des transmigrations des cailles. Il faudrait donc ici un mot analogue à aphixeoos, epideemias, etc. — Ensuite je conserve kateide, que Casaubon change en kateiche, sans motif et sans autorité. Quant au nom d'ortygie, j'en ai déjà dit deux mots. L'Afrique fut aussi généralement appelée Ortygie.

[205] J'ai expliqué cette fable précédemment.

[206] Fête annuelle célébrée par les jeunes Lacédémoniennes en l'honneur de Diane Caryatis. Voyez Meurs., Græc: feriat.

[207] On a demandé ce que signifie ce mot, qui paraît analogue à sialos, salive. La leçon est constante, et il faut la garder. Ce mot est en grec ce que nous dirions en français bavarde, pour grande parleuse. Le mot grec a eu ce sens, comme le français bavarde, de ce que la salive vient aux lèvres de ceux qui parlent beaucoup ; ainsi la caille réitérant souvent son courcaillet, a été appelée sialis. On verra les preuves de ce sens dans les notes d'Alberti sur Hésychius, si on ne lit pas sizalis.

[208] Serait-ce Phérécrate dans son Chiron, cité plusieurs fois. Casaubon proposait Cratinus dans ses Chirons. Tous les textes portent Cratees. Je préférerais Cratees en Geitoisi, Cratès dans ses Voisins, comme plus loin ch. 12, p. 396 du Grec.

[209] On n'a pas encore décidé quel est l'oiseau dont il s'agit ici. Les Septantes ont employé ce mot pour désigner celui qu'ils nomment aussi caille simplement dans d'autres passages. D'autres ne voient dans le mot ortygo-meetra qu'une caille plus grosse que la volée à laquelle elle sert comme de guide. D'autres en font un oiseau tout différent, mais dont ils distinguent deux espèces, l'une râle d'eau, l'autre le râle de genêt. D'autres y voient un oiseau analogue, pour la structure, aux oiseaux aquatiques, mais non pour la couleur, ni pour l'habitude naturelle de nager. Cyprian est de tous les naturalistes celui qui mérite le plus d'être consulté sur cet article. Sa dissertation sur les cailles est aussi savante que curieuse ; ainsi je renvoie aux différentes descriptions qu'il présente de cet oiseau, p. 1389.

[210] Je lis matheematihoos avec les manuscrits, Pursan et autres.

[211] Je lis ex enantias autois, comme il a dit plus bas, tois koloiois hotan tethee, etc.

[212] Il semble au premier aspect qu'il manque quelque chose dans ce passage après philostorgian. Je ne le crois pas. Voici l'ordre dans lequel l'auteur avait écrit : Kai tois koloiois de, ei gar kai tosouton panourgia diapherousin, homoos hotan elaiou krateer tethee pleerees, hoi stantes auloon epi to cheilei, kai dia teen physikeen philostorgian katablepsantes epi t. e., k., etc. — On voit qu'il n'y a rien que de très régulier dans cette phrase, où il ne faut pas une syllabe de plus. Les copistes, qui ont déplacé plusieurs passages de l'auteur, peuvent sans doute avoir encore plus facilement déplacé deux mots ; ainsi l'addition de Casaubon devient absolument superflue. Quelques textes portent dans ce passage kataryttousi, katarattousi ; d'où Pursan lisait kataryousi, et auparavant katabapsantes, pour katablepsantes. Mais ne changeons rien.

[213] Une des espèces de grives. Ce mot a été expliqué. Conférez Stephanus Niger, ou Etienne le Noir, dans son Extrait d'Athénée, ou de nimio vitœ luxu, dédié au chancelier du Prat, p. 306 de ses Œuvres. Du Prat, dont la France n'a pas eu à se louer, y est appelé Cancellarius utriusque Galliæ ; ce qui mérite d'être remarqué.

[214] Lisez Aigyptou, l'Egypte. Les copistes ont cru que le mot echousi exigeait ici un nom pluriel, et ils ont écrit Aigyptioon, mais ces constructions grecques sont très ordinaires. Je marque ensuite des points pour la fin du second vers, parce que le texte ne peut s'entendre sans quelque changement. On y lit kalkatiadeisaleonta, selon les Imprimés et mon manuscrit B; mais le manuscrit A porte, kai lkatiadei saleonta. L'exemplaire de Casaubon rappelle probablement cette leçon-ci du manuscrit d'Ægius. J'y vois, sur la marge, kai k., rien de plus. La leçon du manuscrit A, quoique corrompue, est précieuse : elle nous rend probablement le vers

Chennia tillontes kai hali taut’ eisalizontes.

« Plumant de petites cailles, et ensuite les enfermant salées (dans de petits barils). » Bochart, qui rappelle cet usage dans son Hiérozoïc., m'a donné l'idée de cette correction, qui rend presque toute la lettre du texte altéré. non seulement on salait ainsi ces cailles en Afrique, mais même les sauterelles. De nos jours, celles-ci se portent encore, ainsi salées, dans les voyages, chez les Africains, comme plusieurs écrivains l'attestent. Si cette correction très simple ne se trouvait pas juste, il ne peut alors être ici question que d'un végétal, et j'écrirais ainsi le vers :

Chennia tillontes, lakathia d’eis' aleontes.

Je m'explique. Les deux premiers mots du vers sont clairs. Je fais lakathia de lkatia ; lakathion doit être le fruit du lakathee, arbre nommé dans Théophraste, Hist. liv. 3, ch. 4. Les interprètes ne comprenant pas le mot, ont voulu y écrire lakaree. On lit dans Hésychius, lakarthee, mot dû aux copistes qui auront réuni lakaree et lakathee ; mais lakathee est le vrai terme. Il est même phénicien : on le retrouve dans l'Arabe, lakatha, imprégner la peau d'une couleur. Les baies de cette espèce de cerisier sauvage servaient à teindre : c'est le machaleb de Serapion. La fleur, l'amande, le bois même, pouvaient s'employer dans les parfums, chez les Égyptiens. Il fallait moudre ou piler ce bois très odorant, analogue à celui que nous appelons bois de Sainte-Lucie, dont l'odeur est très suave. Le mot machaleb signifie aussi parfum. Castell observe que les Arabes l'avaient de la province d'Aderbizian. Nous avons le nôtre de la Lorraine. On sait que les Égyptiens s'occupaient beaucoup de la composition des parfums, et qu'ils y excellaient, comme on l'a déjà vu dans notre auteur. L'expression eisoo aleontes désignera le travail sédentaire du grand nombre d'individus qui étaient occupés à broyer, piler, moudre les ingrédients nécessaires, et en particulier ce bois et ces noyaux. Telle est la seconde conjecture que je propose sur ce passage ; elle est peut-être des plus fausses, mais qu'on choisisse entre les deux, en attendant que des manuscrits me prouvent ici que la conjecture la plus probable est souvent la plus ridicule. J'ai au moins nos textes pour moi. Adam supposait kolokasia d’ eit' aleontes. Kolokasia, ou le culcas, racine bulbeuse de l'Arum, est un comestible qui se consomme, ou bouilli, ou sec, mais non pilé, ou moulu, excepté dans le cas de maladie. Mais Casaubon m'a fait rire, lorsqu'il trouvait kai aleura, ou hai biblon, dans kalkatia. Renvoyons au moins, biblon au portefeuille de Mathanasius.

[215] Aristote dit même qu'ils se mangent, Hist. liv. 9, ch. 1. Ce n'est pas le bon naturel qu'il leur donne, ibid. ch. 12, qu'il faut conférer avec Athénée. Je laisse de côté le chant du cygne, sur lequel on a fait tant de contes.

[216] Ville de l'Asie mineure entre Tralles et le Méandre. Eudocie publiée à Venise par M. de Villoison, distingue deux Cycnus, l'un fils de Mars, l'autre de Neptune. Le premier fut tué par Hercule; le second par Achille. Ce second étant né secrètement fut abandonné près de la mer. Une bande de cygnes s'abattant autour de lui, des pêcheurs les aperçurent, vinrent à l'enfant, l'enlevèrent de là, et le nommèrent Cycnus, à cause de la circonstance : il fut par la suite appelé Scamandrodide, p. 264. Voilà une généalogie, mais qui dans Eudocie concerne le fils de Neptune, et celui qui, selon Eudocie, fut tué par Achille. Mais il paraît qu'Athénée confond ici, faute d'être aussi savant généalogiste. Laissons ces fables aux gens oisifs.

[217] Ce mot peut désigner ici un végétal aquatique, ou l'obscurité. Mais je laisse à deviner la raison des contes que fait ici Boioo, ou Boios, soit femme, soit homme.

[218] Voici les noms des différents pigeons dont parle Aristote. Peristera, pigeon privé ou domestique; peleias, le biset ou pigeon sauvage et voyageur ; phabs, le petit ramier; phassa, ou phatta, le grand ramier ; oinas, la vinagine, oiseau sylvatique, selon quelques-uns, mais quittant les arbres pour aller pâturer. Quelques écrivains le prennent pour le pigeon domestique. La division que donne Athénée paraît être prise d'Aristote, Hist. liv. 8, ch. 3, vers le milieu ; mais Aristote donne sa propre division, liv. 5, ch. 13, y nomme le biset, ou peleias, en place du phabs, qu'il a sans doute compris sous le phatta, ou grand ramier. Le texte indiqué dans Athénée est la fausse citation ordinaire. Quant au mot oinas, on a cru devoir le rendre par vinago, comme si le mot venait d'oinos, vin, et on l'a entendu d'un pigeon de couleur rousse, ou approchant. Mais nous avons vu, liv. 8, que c'est aussi l'épithète d'un poisson. D'autres ont cru qu'oinas était le phénicien ionah, pigeon, mot relatif au poli de son plumage et au reflet de lumière qu'il jette, à la gorge surtout. Bochart et Simon de Leipsic ont adopté cette étymologie, qui s'accorde avec la description de Linné, Regn. anim., aves passeres, § 92, n° 1. Je doute du vrai de cette étymologie. Le pigeon est un oiseau dont les espèces sont si variées, qu'il n'est guère possible de les différencier avec assez de précision chez les anciens ; aussi Linné doute-t-il lui-même de la différence des six premières espèces qu'il range dans son système. Nous voyons même, par notre auteur, que quelques Grecs appelaient pelcias, ce qui était peristera chez les autres. On n'est pas encore sûr de connaître toutes les espèces de pigeons. Je renvoie, en attendant, aux ornithologistes.

[219] C'est la leçon du manuscrit A. Tragique manque dans le manuscrit B, N. le Comte et les premières éditions. Pursan observe que quelques-uns lisaient ici Prométhée.

[220] Je lis mesaita, terme poétique.

[221] Je conserve les deux mots grecs, spodion et tephron, qui l'un et l'autre désignent une couleur cendrée, des nuances probablement différentes, mais qu'il est impossible de déterminer au juste. D'ailleurs ces deux oiseaux n'ont pas chacun une seule couleur particulière. Leur plumage est varié; ainsi les termes d'Aristote sont insuffisants : il fallait que Casaubon comptât bien sur l'indulgence de ses lecteurs pour expliquer l'un par cendre vive, et l'autre par cendre morte. Il a sans doute voulu dire, cendre non lessivée, et cendre lessivée, charrée. Mais le ramier présente du blanc, du noir et du brun : laissons donc là cette ineptie. Le spodion désigne un cendré tirant sur le blanc ; et le tephron, un cendré gris.

[222] Cf. Aristote, Hist. liv. 9, ch. 7.

[223] Serait-ce là l'origine du préjugé qui faisait souvent dire aux femmes grecques, en se crachant dans le sein, apeptjsa, pour détourner un malheur. Je ne vois pas ceci dans les détails d'Aristote. Conférez avec Athénée, pour ce qui suit, sur les pigeons, Hist. liv. 5, ch. i3 ; liv. 6, ch. 4.

[224] Notre texte est vicieux ; je suis Aristote, liv. 5, ch. 13.

[225] Conférez Hist. liv. 6, ch. 2. Mon manuscrit A porte ici kynein que je préfère.

[226] Si ce mot ne désigne pas le pigeon, ou columba obscure fusca de Linné, je ne le comprends pas. Mais est-ce une raison pour rejeter ce mot? Pyralis paraît pour un insecte dans Aristote. On ne sait ce qu'il désigne dans Pline, liv. 10, chap. 74. Le rejettera-t-on aussi? C’est une témérité. Attendons que le temps nous instruise, ou rejetons près de moitié de toute la nomenclature des anciens, parce qu'elle est encore fort douteuse pour nous. Les manuscrits portent pyralida par l simple. Voyez Kuhniussur Élien liv. 1, ch.15.

[227] Textes, en général, anakoptousan : je lis anakyptousan ; avec Aristote, Hist. liv. 9, ch. 7. Aristote dit : « Les colombes, les petits ramiers et les tourterelles. »

[228] Voulait-il parler de pigeons analogues à ceux de la Chine?

[229] Hist. liv. 9, ch. 7. M. Camus a rétabli fort sensément le texte d'Aristote d'après les manuscrits, conformément à ce que Pline, Athénée» Gaza et autres y avaient vu.

[230] On consultera ici Strabon et Thucydide. Vénus d'Érix est connue dans Horace : « Sive tu mavis Erycina ridens, etc. Mais Ruhnius a réuni dans ses notes sur Élien, Hist. var., liv. 1, chap. 15, tout ce qu'on peut désirer sur ce passage d'Athénée. Conférez aussi Meursius, Grœc. feriat., au mot Anagoogia.

[231] Voyez sur ces crotales, Essai sur la Musique, tom. 1 ; Pignor., de Servis.

[232] Ville d'Achaïe, entre Corinthe et Patras. Voyez Kuhnius, ibid.

[233] Columba tabellaria, dit Linné, §. 92, n°. 6, longissimè licet deportata festinanter domum redit : hinc olim litteras affixerunt per cœlum eunti nuncio. Voyez Kuhnius.

[234] Le passage est équivoque ; on peut traduire : « Vole sous la forme de Callisthène ; ou semblable à Call.

[235] L'auteur se sert du mot peleias (ou biset) que quelques-uns confondaient avec le pigeon péristère, ou privé. Casaubon ne dit rien 6ur ce passage très altéré. Adam y a fait attention. Je suis en partie ses idées. Je lis au premier vers, k' ei te sy, etc. ; au second » ee' k sikelas, etc., pour ee sikelas, etc. ; et à la fin de ce vers, phin ersai, avec les manuscrits. Ersa est ici la rosée prise pour l’eau. Le dernier mot exeniptontai, du dernier vers, n'étant pas grec, mais une altération dont je ne puis apercevoir le.bon côté, je suppose exanistanto, submoveantur, pour ne pas laisser ce vers sans être traduit. Je veux seulement indiquer le sens de celui qui a disparu sous la plume des copistes. Dans ostrakeos nomee aisimos (avec l'apostrophe nom' aisimos), la terminaison os est des deux genres, selon les Attiques. Or, ceux qui ont élevé des pigeons savent qu'ils aiment les parties salines des pierres, surtout du gypse et des coquillages marins écrasés. Les anciens paraissent ne pas l'avoir ignoré. Voilà au moins le seul sens que. présente ce texte : « Ne négligez pas de leur donner à boire, et certaine quantité régulière de coquilles d'huîtres écrasées (outre leur manger, comme l'auteur l’avait probablement dit) ». Adam lisait mal hoos rha kyousi, lorsqu'ils couvent, pour ostrakeoi. Il faudrait traduire : « Qu'ils ne manquent ni d'eau, ni de nourriture régulière, lorsqu'ils couvent. » Je laisse la correction qu'il fait à la fin du vers, et par égard pour lui. Quant à drakontiade, l'auteur fait allusion à Drakuntus, île de la côte d'Afrique, où l'on croyait que les pigeons s'envolaient en quittant la Sicile.

[236] En français, morillon : selon Linné, anas iridibus flavis, capite griseo, collari albo. Aves anseres, § 61, n° 23.

[237] Je réunis heetton de l'épitomé à neettees du texte. Pursan et Daléchamp lisent dikeen nettees, tacheté, ou marqueté comme le canard. En effet, cet oiseau aquatique est rangé, par Linné, avec les canards. Anas rectricibus (maris) recurvatis, rostro recto. Boschas, en général, désigne la sarcelle.

[238] Je lis, avec tous les textes, skeptontai: leçon prouvée par l'expérience, et qui ne pouvait être rejetée que par Casaubon, à qui l'orthographe des Grecs modernes a fait illusion. Cet oiseau est une espèce de grèbe. Voyez Linné.

[239] Il faut lire ouraia rapporté à colymbis : c'est la grande colymbis à queue. Dans Linné, colymbus maximus caudatus, § 68, n° 1. Il ne faut pas confondre ces oiseaux avec le plongeon. Celui-ci sort assez promptement de l'eau, soit qu'il ait pris ou manqué le poisson qu'il voulait ; au lieu que les colymbes sont des oiseaux aquatiques qui plongent et demeurent longtemps sous l'eau. La sarcelle n'y demeure que peu de temps, Voyez sur ces oiseaux, Linné, Regn. Anim., § 61, 62, 68. Conférez Cyprian, t. 2, part. 2, ch. 20, où il y a de bonnes choses à lire ; et les auteurs indiqués dans le Diction. des Animaux.

[240] Daléchamp croyait voir ici le pluvier. J'avoue que ce mot est fort équivoque pour moi. Voyez le passage d'Aristophane, p. 413, où l'auteur, parlant des colymbes, suppose kolymbos au singulier.

[241] Je lis patanioon pour pantanioon. On trouve ce mot défiguré encore autrement.

[242] Je lis pnixon avec mes manuscrits et Daléchamp. C'est un impératif que je rends par le futur. Je conserve katharylloos, pure. Ce mot se retrouve ailleurs comme adjectif, katharyllos. Adam lisait katathrylloos qui n'est pas grec. Deeoo, pour Deemeeteer, ou Cérès, est ensuite la vraie leçon.

[243] Je mets un point après estin : j'admets ensuite gryxomai avec les manuscrits; mais il faut être Casaubon pour lacérer et défigurer ce passage comme il le fait. Le but de l'auteur est uniquement de produire une phrase entière, ou tronquée, pourvu que le mot galatheenos s'y trouve. Du reste, le texte est exact, et je le suis à la lettre. Nous ignorons ce qui précédait.

[244] Si l'on se permet de changer ce que l'on n'entend pas, ces passages isolés signifieront tout ce qu'on voudra. Expliquons-les lorsqu'ils sont intelligibles. Casaubon fait pitié! Kroomakiskos peut signifier intraitable, revêche, inaccessible, en parlant du caractère d'un jeune homme. La racine est kroomax, tas de pierres brutes, sur lequel il est difficile de passer. L'expression galatheenos, au figuré, répondrait ici à ce que dit chez nous le peuple. « Si on lui tordait le nez, il en sortirait encore du lait. » On sait quelle licence les comiques grecs prenaient lorsqu'ils avaient besoin d'un mot nouveau pour rendre leurs idées. Je m'arrête donc au texte. Adam lisait chroomatistos, fardé. Je doute qu'on accepte ce mot. Chroomatikos rendrait la même idée, et serait un terme non équivoque. Laissons les conjectures. C'est un comédien qui s'amuse aux dépens de quelque jeune barbe. Daléchamp voit dans ce mot le nom d'un enfant.

[245] L'auteur nous laisse ignorer le personnage dont il s'agit. Je lis tethyke avec les manuscrits de N. le Comte, les miens et ceux de Casaubon.

[246] Ou biche. Les premiers éditeurs ont fait imprimer kerœis, faisant rapporter cornu au faon. Les manuscrits portent kerœssees, comme l'a lu H. Etienne dans ses Fragments d'Anacréon, d'après la fausse leçon kairœssees, où l'on voit ai pour e bref. Rien de si fréquent chez les poètes, dit Casaubon, que l'expression biche-cornue ; et il nous renvoie à Pindare et à son Scholiaste ; mais ni Casaubon, ni Pindare, ni son Scholiaste, n'ont compris la fable de la biche-cornue aux pieds d'airain : or, excepté cette prétendue biche, les poètes parlent à peine de biche-cornue. Cette biche fameuse dans les travaux d'Hercule, était relative à un point du cours du soleil dans le zodiaque. Scaliger sur Ausone, liv. I, chap. 16, a bien rendu par pieds rapides, les pieds d'airain ; mais les poètes ont abusé du genre d’elaphos, qui désigne, comme féminin, le cerf et la biche. Brœckhuys a même prétendu que les Latins disaient plus souvent cerva que cervus, comme les Grecs. Conférez la note de Drakenborch sur Silius Ital., liv. 3, v. 30. Voilà ce que Casaubon devait observer. L'expression d'Anacréon n'est donc ici qu'un terme vague pour désigner que par mère il entend, à l'égard du faon, un animal d'une espèce cornue. Quand Pindare dit l'elaphos cornue femelle, il avait raison en mythologie, mais non en histoire naturelle, quoique Jul. Scaliger parle d'une biche-cornue de son temps.

[247] Je suis la lettre de mon manuscrit A, qui porte nyn men gar hymin paidikoon dais, hokoosperarnoon esti galath., etc. Le mot paidika signifie en général tout ce qui peut flatter, faire plaisir dans le sens littéral et figuré. Il est d'autant mieux employé ici qu'il s'agit de jeunes animaux dont on fait un délice. Casaubon fait un texte que je défie au plus habile Grec d'expliquer : aussi ne le traduit-il pas. Je vois que si le texte de mon manuscrit A n'est pas totalement celui de l'auteur, il en approche au moins de très près.

[248] Je traduis la lettre en supposant en, ou, si l'on veut, syn, avec l'ablatif. Casaubon proposait aooteis seul, pour tu dors et tu ronfles, etc. Sa correction lui paraît certaine ; mais elle ne peut se soutenir. Aooteoo ne signifie pas plus tu dors, que carpere, seul dans l'expression latine, carpere somnum. C'est ce que Kuster et Alberti ont bien senti ; et le vers 548 du liv. 8 Odyss. le prouve. Hypnos doit donc être joint au verbe aootein ; qu'on lise aooteitai, ou aooteite, dans Apollonius, comme M. de Villoison. Il faut y lire ensuite apantizesthai, eetoi hypnon, ou apanthizeste, eetoi hypnon, non pas eetoi ap. hyp. Le grammairien indique donc qu'aootein avec hypnon signifie carpere, scilicet somnum. Ainsi en conservant aooteis dans notre texte, on peut supposer, sans erreur, que ponon a fait disparaître hypnon sous la plume des copistes. Je lirais donc — hoion echoo ponon : hypnon sy d'aooteis, galatheenoo t' eefori knoosseis ; ou oo tekos hoion s' echoo ! hypnon, etc., « Cher enfant, dans quel état te tiens-je! tandis que tu jouis d'un paisible sommeil, et que tu ronfles, etc.» Ce qui convient bien à la position où se trouvait alors Danaé enfermée dans un coffre avec cet enfant, fils de Jupiter. Cependant Denys d'Halicarnasse qui cite ce passage, ne lisant pas eis après aute de nos textes, rend ces conjectures assez douteuses, ou son texte est altéré.

[249] Je suis le manuscrit A, où je trouve io (lisez ioo) stephanou. Le manuscrit B porte oi stephanou, même exclamation. L'une ou l'autre est le vrai texte, et très convenable aux circonstances, tant de la mort d'Arche-more, que des jeux Néméens qui furent institués en son honneur. Casaubon fait un texte à sa mode, mais inintelligible. Apopneonta, masculin, s'accorde en apparence avec tekos ; mais c'est avec pais, sous-entendu ou conçu dans tekos. Ces accords ne sont pas si extraordinaires chez les Grecs.

[250] Le sens du texte est, feminam (secundum) mammam.

[251] J'ajoute ce qui est en parenthèse pour lier le sens. Il y a je pense ici quelques mots de manque.

[252] Je suis Daléchamp sans balancer. Palamède doit avoir dit dorkoones, puisque Myrtille le reprend à ce sujet. L'erreur est venue des copistes. Le texte le nomme onomatologue, mot équivoque. Il s'est dit de l'esclave qui devait nommer les convives priés au repas. On l'appelait autrement onomatokleetor. Palamède pouvait donc être un de ces esclaves, mais en même temps grammairien, si on prend ce dernier sens, surtout dans une grande maison. Rien de si ordinaire alors. Elée était une ville de Lucanie, autrement Vélie, chez les Latins.

[253] Lisez ainsi ce passage en mesure :

..... toon taoon men hoos hapax

Tis zeugos eegagen monon, tote spanion

On chreema ; pleious d'eisi nyn toon ortygoon.

On voit combien peu il s'en fallait qu'il ne fût exact. Bochart s'est contenté du sens, Hiéroz. t. 2, liv. 2, chap. 16. Ses détails sur cet oiseau méritent d'être conférés ; joignez-y ibid. liv. 1, chap. 20 : c'est un commentaire sur ces passages d'Athénée.

[254] Ceci ferait un vers dans le texte.

[255] Voyez Aristote, Hist. liv. 6, chap. 9, pour de plus grands détails, et M. Camus, t. a.

[256] On voit plus bas qu'il faut écrire ici tahoon, avec l'aspirée, devant oon (pour laoon), selon les Attiques, car Athénée renvoie à ce passage d'Eupolis.

[257] Sur, ou concernant les paons. Bochart, t. 2, liv. 2, ch. 16, présumait que ce titre avait été ajouté par une main postérieure au temps d'Antiphon : en effet, pourquoi aurait-il omis le nom de l'oiseau dans tout son discours, tandis qu'il aurait fait de paon le titre de tous ses détails? Voyez ses raisons, col. 242. Elien parle de ce discours écrit contre Érasistrate, Hist. Anim., liv. 5, ch. 21.

[258] Ces oiseaux, que Rome vit aussi d'abord avec tant d'admiration, et qu'on y paya si cher, y devinrent si communs, que personne ne voulait même plus en acheter les œufs, selon Macrobe. Voy. Bochart, ibid. col. 243 ; et Cyprian, p. 939 et suiv.

[259] Texte, toon pterygoon : il faut sans doute lire toon pteroon, les plumes; terme général, mais qui concerne particulièrement la queue. Bochart a bien prouvé que les anciens ne voyaient la fierté du paon que dans cette partie, et non dans ses ailes. Ibid. Pterygoon, supposé le vrai texte, serait défavorable aux détails de cet homme profond.

[260] Texte, Teereus. Ce vers est assez équivoque, et peu important. Oiseaux, p. 547. C'est ce texte là que je suis. Le manuscrit A le rend dans Teereus gar eis hypoteron ; divisez ainsi, T. g. ei sy? poteron, etc. Le Scholiaste d'Aristophane voyait ici, dans Térée, Argus, gardien d'Io „ et tué par Mercure qui l'endormit. Bochart a rejeté ce sentiment avec raison. Les deux personnages de la scène dont il s'agit, sont Épope et Euelpis : or, Epopos signifie une huppe, oiseau dont Térée prit la forme, selon la fable. Ésope disant qu'il est Térée, Euelpis lui répond: Mais es-tu Térée l'oiseau, ou paon? c'est-à-dire, huppe ou paon, faisant allusion aux plumes qu'il a sur la tête. On voit donc qu'il ne s'agit aucunement ici d'Argus. Cf. Bochart, col. 243.

[261] Je lis ornis deeta : tis pot' estin? Oudee pou tahôos.

[262] Je garde too autoo, sous-entendant dramati : c'est la leçon de tous mes textes. Je laisse la correction inutile de Casaubon.

[263] Ce mot n'a sans doute, jamais été grec d'origine. Il est venu en Grèce avec l'oiseau, soit de l'Inde, soit de la Perse. Mais à quel époque cet oiseau fut-il connu des Grecs? Bochart croit que ce fut vers le temps de Périclès. On consultera ses détails intéressants, quoique moins exacts qu'érudits. Mais mon but ne me permet pas de m'y arrêter.

[264] Je lis epipolees avec le manuscrit A, et Eustathe cité par Casaubon.

[265] Ceux qui voudront s'occuper de ces détails de grammaire, si intéressants pour les Grecs, et trop négligés parmi nous, relativement même à notre langue, consulteront les précieuses observations que M. d'Ansse de Villoison a consignées dans les doctes prolégomènes de son Iliade imprimée à Venise. Ces prolégomènes sont, selon moi, un des grands morceaux de critique littéraire qui aient jamais paru. En vain nos prétendus savants méprisent-ils l'érudition; sans elle, les sciences retombent dans les ténèbres, d'où les modernes ont eu tant de peine à les tirer. Faisons toujours marcher de concert les sciences et l'érudition, car sans celle-ci, les autres ne font que balbutier, et ne tardent pas à s'éclipser. Déjà la chimie devient une science barbare, et ne sera bientôt plus qu'une théorie futile, parce que ceux qui la cultivent n'entendent même pas les mots qu'ils empruntent des anciens, pour en faire leur nomenclature inepte et illusoire. Je dis illusoire, parce qu'aucuns des termes qu'ils emploient ne rendent l'idée qu'ils y attachent, ou qu'ils paraissent y avoir voulu attacher. Il n'est pas une page de l'un ou l'autre ancien auteur qui ne présente le germe d'une des vérités que nous ne découvrons de nos jours que par des hasards, et qui souvent ne la développe toute entière, si elle est bien méditée. Pourquoi négliger l'érudition qui nous abrégerait tant de travaux, surtout avec les connaissances acquises depuis deux siècles? Voyons donc avec reconnaissance qu'il y ait encore de nos jours des gens assez courageux pour cultiver la littérature ancienne, puisque sans les anciens qui nous ont été conservés, nous serions encore dans l'enfance, et nous n'aurions dans notre langue aucun modèle à citer qui nous fut propre. Tous nos grands hommes étaient d'excellents humanistes, et nous croyons devenir de grands hommes avec des journaux, dont chaque hiver heureusement nous débarrasse, parce qu'il faut allumer du feu. Les circonstances actuelles nous font inonder d'écrits sur la politique et les droits de l'homme; mais Aristote plane encore au-dessus comme un aigle, dans son ouvrage sur l’Art de gouverner les hommes ; et c'est justement lui qui est condamné à n'être plus lu et médité, parce qu'on perd de vue l'érudition.

[266] Cf. ici M. de Villoison, Prolégom. Iliade. J'observerai seulement que ceux qui ont fait imprimer du grec en retranchant tous les signes prosodiques, même jusqu'à l'esprit rude, ont dénaturé la langue. Cet esprit y est essentiel. Quant à tahoos, pour taoos, les Attiques ont eu cette aspiration entre deux voyelles, commune avec plusieurs autres contrées du Continent et des îles de la Grèce. Les Latins, qui en général ont beaucoup suivi le dialecte éolien, ont imité cette forme, en suppléant le digamma éolique, qui est notre lettre F adoucie, ou le double W du nord, à l'aspiration. Celle-ci suppléait même quelquefois à la lettre s au milieu des mots, comme mooha pour moosa, ou moisa, latin, musa. Oheon, oFeon, latin, ovum, un œuf. Tahoos est on mot du nord qui passa dans la Perse, lorsque les peuples vagabonds, connus sous le nom de Cimmériens, ou de Scythes, c'est-à-dire, les ancêtres des Goths, s'emparèrent de cet empire. Les Grecs ont mis, selon leur usage, le T pour le P ; et les Attiques, l'aspirée pour F, ou le double W. Ce mot désigna particulièrement le paon mâle, ou le coq, paw ou pfaw, dans le nord : en Grèce, tau, prononcé tahoo, ou taoo. Il était même d'usage, dans le nord, de désigner le mâle et la femelle d'un oiseau quelconque, par coq et poule. Un coq passereau, une poule passereau, pour passereau mâle ou femelle. Cet usage se retrouve même encore dans l'anglois et l'allemand. Ce mot s'est aussi conservé en Bourgogne , sous la forme pou, dans le bas peuple, pour désigner un coq ; d'où vient l'expression vulgaire : Il est fier comme un pou, pour comme un coq ; pou et paw ne font qu'un. Pour revenir aux réflexions d'Athénée, je dis qu'il blâme à tort l'usage des Attiques. On verra, dans la grammaire de Port-Royal, ou de Lancelot, la preuve de ce que j'ai dit, article du changement des lettres ; p. s. t.

[267] C'est surtout à Hésychius qu'on peut faire ce reproche.

[268] Ou phlexis, selon le texte ; oiseau qui m'est absolument inconnu. Le Scholiaste d'Aristophane renvoie à l’Histoire des Animaux. C’est tout ce qu'il en dit, p. 583, dans les Oiseaux.

[269] Texte, to megethos isos spermologoo. Le mot spermologue désigne, selon Athénée, un des plus petits oiseaux : mais quel est cet oiseau, sinon celui qu'Aristote appelle, Hist. liv. 8, chap. 3, basileus spermologos, ou roitelet moissonneur, c'est-à-dire, le roitelet non huppé, qui mange des grains, outre les vermisseaux dont il fait la plus grande partie de sa nourriture. Si Athénée se fonde sur ce passage, il est évident que Gaza et les anciens traducteurs d'Aristote, cités par M. Camus, ont eu tort de lire, dans le Philosophe, basileus kai spermologos, le roitelet et le spermologue, comme deux oiseaux différents; mais il est incertain si Athénée se fonde sur ce passage : en supposant même que cela soit, je ne doute pas que le texte d'Alexandre de Mynde ne fut altéré lors même qu'Athénée le lut. En effet, comment supposer de grandes raies ou lignes sur le plus petit des oiseaux que les Grecs pouvaient connaître? C'est la demande que devaient se faire les interprètes de notre auteur. De là je conclus, contre Athénée même, qu'il a mal à propos distingué deux tetrax, l'un aussi petit que le roitelet, l'autre plus fort que le plus grand coq. Il est évident par la description, quoique très imparfaite, d'Alexandre de Mynde, qu'il a voulu parler de la petite outarde ou canne-pétière, et non d'un oiseau extrêmement petit : ainsi je lis, tetrax ho men ge hos isoos spermologos. Le tetrace, qui est sans doute celui qu'on nomme aussi ou surnomme spermologue, ou ramasseur de grains, est de couleur de brique, etc. ; ou mieux, présente dans son plumage une couleur roussâtre, et le reste qui convient on ne peut mieux à la petite outarde. Le reste du discours prouve évidemment cette correction. Je laisse le pitoyable gâchis de Casaubon, qui, ne sachant ce qu’était ni le tetrax, ni le tetrix, ni l’ourax, appelle celui-ci avicula. Or, je demande si l'on peut appeler petit oiseau, l’ourax ou tetrix, qui est le coq de bruyère? J'en ai tenu deux bien vivants, mâle et femelle : assurément c'est un oiseau assez fort. S'il est indifférent pour le texte d'Alexandre de Mynde qu'on lise dans Aristote, basileus kai spermologos, ou bas. sp. sans kai, ce qui fait une question étrange à ce dont il s'agit ici ; d'un autre côté, l'on sent que le mot spermologue ne doit plus être séparé du tetrax, dont il marque l'espèce dans les détails suivants. On sait que cette petite outarde vit de grains et d'herbes. Il faut donc effacer dans notre texte grec, p. 398, lettre E, kai après te, et lire, tetrages te spermatologoi. Les copistes ont souvent ajouté, ou supprimé, ce kai après te, au détriment des textes. M. Schneider en remarque un exemple dans ses notes sur le liv. 1 de l’Halieutique d'Oppien. Souvent ils ont aussi séparé l'adjectif du substantif par une virgule qui divise le sens, comme ici dans notre texte, lettre D, lig. 7, ou l'on voit tetragas, spermatolagous, dont il faut supprimer la division. On aperçoit alors que depuis korydalas, chaque substantif a son adjectif. Je lis donc, en suivant le manuscrit A, korydalas philokoneimonas, tetragas spermatologoùs te, kai aglaas sykalidas. Ceci me fait aussi croire que M. Camus a eu raison de ne pas innover dans le texte d'Aristote, liv. 8, ch. 3, au sujet d'une roitelet spermologue, et de ne pas séparer ces deux mots par une virgule, comme on le voit dans l'édition in-8° de 1597, quoique d'ailleurs la plus exacte de toutes celles d'Aristote, et même une des plus belles. Gaza et les deux anciens traducteurs, trompés par une pareille division, supposèrent ensuite le kai, qui n'est dans aucun manuscrit.

Mais que veut dire ici le mot philokoneimonas, pour phoinikoneimonas de notre texte imprimé? Le substantif est une alouette, oiseau qui demeure toujours sur la poussière, s'en couvre même le plumage, pour se dérober aux regards de l'oiseau de proie, surtout du petit épervier, qu'elle trompe ainsi par la ressemblance de la couleur. Il n'est donc pas douteux que ce mot, rapporté au séjour de l'alouette sur la glèbe même, a pu être philokoneimonas, qui se plaît à résider sur la poussière ; mot formé, avec la liberté dont usaient les poètes grecs, de philoo, konis, et meno, moyen memona, d'où monos adjectif; dans ses composés, monee au féminin, pour marquer la résidence. Si le poète a voulu indiquer le stratagème rusé de l'alouette, il a écrit pkilokonieimonas, qui se plaît à se revêtir ou couvrir de poussière. L'alouette a tant de crainte de l'épervier, que lorsqu'elle voit qu'elle en est aperçue, avant cette précaution, elle se tient contre terre, étendant les ailes, pour recevoir avec résignation la mort que va lui donner cet ennemi. Il suffit même de lui en présenter la figure au bout d'un long bâton, pour pouvoir la prendre sans qu'elle s'envole : ainsi ce mot est relatif à l'une ou l'autre circonstance.

Si Casaubon avait connu ces détails, il se serait bien gardé de lire ici phoinikœimonas (qui n'est dans aucun texte), pour le faire rapporter à tetragas, puisque tetragas a ici pour épithète spermalologous ; ce qui détermine le sens en faveur de la petite outarde, ou canne-pétière : anas campestris frugilega, ou, selon l'auteur, karpophage. Voyiez M. Brisson, Ornithologie, t. 5, p. 30. Herbis et seminibus victitant, dit-il; cf. Linné, aves grallœ, § 85, n° 3, Regn. Anim. L'auteur, ou Larensius qu'il fait parler, compare le tetrax avec le porphyrion, ou la poule sultane ; mais ce n'est pas une comparaison, bien, instructive, d'autant plus que les espèces de cette poule sont assez variées. Ensuite il se présente une autre difficulté. Le mot kallaia, qui se dit des barbes du coq, a donné lieu de présumer que l'auteur indiquait ici la pintade. Je présumerais, au contraire, qu'ayant confondu précédemment le moyen duc avec l’outarde, il n'a pas connu celle-ci, et qu'il nous l'indiquait sans y penser, en écrivant (ligne pénultième, p. 398 du texte grec) ekateroothen ptera eiche kremamena hoosper, etc. « Ce tetrax avait de chaque côté, au-dessous des oreilles, « des plumes pendantes comme les coqs ont leurs barbes. » Plusieurs naturalistes modernes ont aussi désigné la grande outarde par tetrax. Au reste voilà mes doutes sur ce passage, depuis le commencement du chap. 13 de ce livre jusqu'à la fin de la page 398 du texte grec. On modifiera donc ma traduction sur ces idées, si on les trouve justes. Mais le pauvre Casaubon fait pitié.

[270] Le manuscrit A porte en marge, ou Simaros, c'est-à-dire, qu'il faut lire ici Simariste ; comme le texte, non Simaros.

[271] Casaubon fait ici un gâchis dégoûtant d'après des auteurs qu'il copie sans les entendre, faute de connaissances anatomiques. Les Grecs, qui ont voulu donner l'étymologie du mot psoas, ou psyee, ignoraient que ce mot était dû aux Phéniciens, et que les Arabes l'ont conservé dans le participe mapsonon ; en grec, psoadikos, celui qui est attaqué de lombalgie, dont les douleurs sont quelquefois atroces. Voyez sur cette douloureuse affection, la Pathologie latine de M. Nietzki. Il est souvent impossible de se lever et de s'asseoir, comme je l'ai moi-même éprouvé il y a 16 ans, pendant 11 jours.

[272] Terme généralement reçu; mais quelques-uns écrivaient nephromeetrai, selon Rufus. Je suis tous mes textes et autres anciens auteurs. Les mots neuros et nephros sont confondus presque toutes les fois qu'on les rencontre dans les anciens. Plus de quarante manuscrits, tant d'Hippocrate que d'autres médecins, me l'ont prouvé. Il faut donc s'en tenir au texte le plus générai. Le psoas qui se trouve quelquefois double), ou muscle lombaire, est situé dans l'intérieur de l'abdomen, à côté des vertèbres lombaires. Son attache fixe tient a la partie latérale des deux dernières vertèbres du dos. Par sa situation, il est couché sur toutes les vertèbres des lombes, et sur le bas de la face interne de l'os des îles : il se termine par un tendon fort et rond au petit trochanter, c'est-à-dire, à la petite protubérance de la partie supérieure du fémur. Il concourt a la flexion de la cuisse. Mais les plus anciens médecins entendaient aussi par psoai, ou psyai, tous les muscles internes et externes des lombes, et les regardaient comme l'origine des nerfs des parties inférieures : delà l'épithète neuromeetrai, ou mères des nerfs, qu'ils donnaient à ces parties charnues. Si Casaubon avait bien lu les anciens, il n'aurait pas tant bataillé pour nephromeetrai, et il aurait évité les inepties qu'il entassait pour ne rien expliquer. Le lecteur sent bien que je ne dois plus m'arrêter au verbiage d'Athénée.

[273] L'intention du poète était de dire : « Avant de vouloir considérer ce que peut présager une victime ouverte, il faut savoir l'ouvrir de manière à ne pas offenser les parties nobles d'où dépend l'augure, » et qu'on appelait même Dieu, comme l'observe très bien Bernart sur Stace, d'après Luctatius. Le mot psyas ne signifie pas ici le muscle lombaire, mais la partie noble quelconque où réside le principe de la vie. Les anciens donnaient quelquefois ce sens général au mot psya ou psoas, fibre vitale.

[274] Lisez pollai de te theseis — et tout est exact. Casaubon change ici mal à propos, contre la teneur de tous les textes. Il ne faut qu'ajouter de pour faire le vers. Tou lagoo doit être conçu après skeuasias, selon notre manière de construire.

[275] Je lis gloioon pour glyon, — visqueux et sale.

[276] J'ajoute ce chien pour le régime de lysas qu'il ne faut pas changer.

[277] Voyez ce passage plus étendu, liv. 7, au mot acharne.

[278] Je suis Casaubon sur ces minuties grammaticales qu'on doit passer : cependant mes manuscrits portent kalôs, kalôos,

[279] Je lis pleette à l'impératif, comme Pursan, au lieu de peithei. Il s'agit de la pêche au trident, ou à fourche, ce dont il a été parlé. Adam lisait peire : l'un ou l'autre fait le sens et le vers.

[280] Liv. 3, § 108.

[281] Lièvres noirs et blancs, comme la chelidoon, ou hirondelle. Le lièvre noir à pattes blanches n'est pas extraordinaire. Eustathe parle de lièvres qui avaient le dos noir et le ventre blanc; ce sont ceux d'Athénée.

[282] Texte, tou' kalou. Peut-être lirait-on mieux, tou megalou, du grand, comme faisant une antithèse avec elattoon, petit.

[283] Ceci est vrai. Je vis dans ma jeunesse un sanglier énorme se ruer sur le cheval que montait le comte de Charolais, et renverser l'homme et le cheval. Heureusement il y avait là du secours.

[284] Varron et autres anciens ont aussi adopté ce mot dans ce sens, à l'égard du cochon ; mais il est faux qu'il vienne de thyein, sacrifier. C'est un mot du nord, qui a désigné le cochon, et une des deux espèces du blaireau. On le retrouve dans la langue franque en composé. Terthussus est dans la loi salique de la promulgation faite entre le Rhin, le Mein et le Weser. Ter signifie, jeune, et thussus porc. Varron rappelle aussi le mot du nord, maïen, châtrer, en parlant du porc châtré, qu'il nomme maialis, comme dans la loi salique; voyez Eccart : c’étaient les offrandes que ces peuples présentaient à leurs prêtres: ce fut ensuite le profit des prêtres chrétiens, comme on le voit dans Grégoire de Tours. Casaubon cite Ovide sur le porc immolé à Cérès. Il était plus naturel de rappeler ici Aristophane. Le Scholiaste observe même qu'on faisait une aspersion du sang de cette victime sur les sièges où l'on se plaçait, et cela pour les purifier, p. 373. Macrobe a aussi parlé de ce sacrifice de porc. Saturn. liv. I, p. 204, édit. Pontani, 1697.

[285] Au lieu de sys agrios.

[286] Adam lisait ici palidiooktikon brephos. Je ne sais ce que veut Casaubon avec le barbarisme qu'il trouve dans l'épitomé et Eustathe, sans rien expliquer.

[287] Ce sont aussi trois noms d'animaux : le sanglier, le lion, le loup.

[288] Plus j'ai considéré ces trois vers, moins j'ai trouvé de sens dans les interprétations, je lis : Syagron ek beleoon men euth. hlonein.

L'expression ek bel, signifie avec des javelots. Klonein est, dans Silius et Ovide, agitare feras, jaculis, etc. On a pris tout le contraire de ce vrai sens. Ek est pour syn, avec Ex oploon, avec des armes; ek cheiros, avec la main, etc. : les copistes en ont fait un seul mot, ekbeleion, ou ekboleion dans mes manuscrits. Ensuite akrothiniazein signifie marginem, oram acervi delibare, ce qu'on n'a pas compris. Auparavant, lisez hais pour hoo. On voit combien peu de changement je fais pour avoir un sens qui devient très clair. Quant au mot aschédore suivant, Athénée, sans le savoir, l'a expliqué à la lettre, en donnant l'étymologie du mot sus, qu'il déduit, avec raison, de seuesthai kai hormeetikoos echein. Ce mot aschédore vient de la racine schadara, qui, chez les Phéniciens, ou les Carthaginois fixés en Sicile, avait, comme aujourd'hui en arabe, le sens de seuesthai, kai hormeetikoos echein, c'est-à-dire, se ruer avec colère et impétuosité sur un autre animal ou homme. Les Arabes ont pris de cette racine un des noms du lion, mostaschadir, parce qu'il se précipite sur sa proie avec furie. Casaubon nous fait la grâce de dire que le vulgaire des grammairiens sait ce que signifiait aschédore, mais pour couvrir son ignorance. S'il l’avait su, il nous aurait donné une ou deux pages in-folio de commentaire, au lieu de garder le silence.

[289] Dans la partie de l'Italie appelée la grande Grèce.

[290] Mouton est ici le nom de l'animal pris généralement comme mâle et femelle. Une glose marginale bien vue s'est introduite dans le texte. Un lecteur ayant senti qu'un mouton dont on ne tire encore ni laine ni lait, devait être un agneau, avait mis sur sa marge arnos, d'agneau ; ce mot fut porté dans le texte en place d'aneer, comme lisait bien Daléchamp : ainsi je lis, tyros, aneer philtate. Le vers suivant indiquant le chevreau, le même lecteur avait mis sur sa marge eriphou, qui fut aussi introduit dans le texte, et troubla l'ordre des vers. Les voici depuis le troisième :

................................ tyros, aneer philtate ;

Toon d'aigeioon kata tauth’ ha mee tyron poiei :

Dia gar brotoon epikarpian, taut' esthioon,

Ta phaulotat’ anechomai ………….

Ainsi je laisse à Casaubon sa prose d'Eustathe et de l'épitomé ; car il n'a nullement senti la cause du désordre de ces vers.

[291] Texte, aix ourania. Les enfants de la campagne savent qu'une chèvre grimpe sur les éminences et les roches les plus escarpées. Chèvre céleste n'est donc ici que notre expression française, qui grimpe jusqu'au ciel, mais Casaubon aime mieux faire un voyage à Scyros, pour y trouver des chèvres.

[292] Kapros. Quant à hys, le Scholiaste d'Aristophane crut devoir observer que ce mot se disait plus particulièrement de la truie : soit.

[293] Je lis ainsi dans ma version, mais sans m'arrêter à ce mot qui désigne, à ce qu'on croit, le poisson qu'on appelle rosière ou véron, et que Linné rapporte aux carpes, § 161, n° 10. Notre texte est, dans tous les livres écrits et imprimés d'Athénée, phyxikinos ; ce qui me fait soupçonner une faute de copiste. Je présume donc qu'on devrait lire phykee, myxinos, la tanche mâle et le morveux. En effet, le phoxin, poisson de rivière, se trouve ici fort mal placé parmi des poissons de mer. Il est même difficile de déterminer quel était le vrai phoxin d'Aristote. Du reste cf. Cyprian, p. 2638 et suiv.

[294] Il a été parlé de ce poisson dans un autre livre.

[295] Texte, œolie ; mot qui signifie varié. Je n'ai pas vu de passage où ce mot ne pût être pris comme adjectif; ainsi je l'ai toujours rendu dans ce sens, quoique d'autres en aient fait un substantif, mais mal à propos. Daléchamp cite en vain Pausanias, Arcadic., p. 252 de mon édition. Les pœcilies, ou variés du fleuve Aroanius, n'ont pas de rapport ici.

[296] On a pris ce poisson de mer pour une alose. Gesner l'a nié. Daléchamp est pour l'affirmative. Voyez liv. 7, p. 329 du texte grec.

[297] Dorion nomme ce poisson vers la fin du liv. 7. Rondelet le prend pour la pégouse, espèce de sole. Voyez Cyprian, p. 2494.

[298] Texte, binei. Ce mot a probablement ici le sens du mot latin fodicare feminam. C'est au moins celui qu'il a généralement chez les comiques.

[299] Je lis pneitai koura kasian apo gas apias, arabias, syrias. Les interprètes n'ont pas fait assez d'attention au mot koura qui désigne les cheveux coupés en rond près du crâne. Voyez Saumaise dans sa lettre à Colvius sur les chevelures des anciens. Kasia indique ici la vraie cannelle. Les Grecs en avaient de l'Arabie, mais par la voie de l'Egypte, ou de la Syrie.

[300] Autrement mastichina : plante exotique, dont les fleurs se font sentir au loin. Je lis marou pour makrou. Adam conservait ce mot-ci, qu'il joignait à libanou, de l'encens long, dit-il. Mais le véritable encens devait être de forme ronde, selon Dioscoride. Voilà pourquoi ceux qui en vendaient de sophistiqué tâchaient d'imiter la rondeur du naturel. Je fais cette remarque pour prévenir contre la même erreur. Voyez Dioscoride, liv. I, 82; liv. 3, 49. Après styrax, je lis bryou, telinou, mendesiou, kostou, en attendant de meilleurs textes. Je suis cependant les débris des nôtres. Dioscoride explique ces différents parfums, simples, ou composés.

[301] Ou les ingrédients qu'il fallait broyer pour en user, soit mêlés, soit séparément.

[302] Casaubon fait ici un détail assez long, en pure perte, pour nous donner le mot phledonas. Le texte est philoon, pour lequel je lis phaulon, guidé par le manuscrit A, où je trouve phlon., de là panta phaulon einai th'hyp., etc. Au vers suivant, lisez mageiron toisi p. chr., etc.

[303] Les assaisonnements âcres et poignants.

[304] Il a déjà été fait mention du musicien Aspendius, au sujet duquel j'ai relevé une erreur de Casaubon, qui est encore pitoyable ici. Il faut lire choreuton soi ; avec Adam. Il s'agit d'un homme qui forme des chœurs, ou qui joue pour des chœurs. Le sens est : Quand Aspendius le cithariste n'a personne à faire danser, il danse lui-même ; moi je sais apprêter des repas, mais aussi les manger lorsqu'il n'y a personne.

[305] Lisez ainsi ce vers :

Ho tan eggys : een d’hysteros ho d’, artyoo phakeen. Casaubon le rétablissait contre les règles du rythme.

[306] Lisez ainsi ce vers : Sineepi toutois paratitheemi, hai poiôo, etc.

[307] Nous avons déjà vu que les anciens croyaient que les substances flatueuses étaient favorables à l'amour : voilà pourquoi ce cuisinier dit qu'il fouette, agite l'air interne de ces vieillards, ut nervus eorum tentigine arrigatur.

[308] Adam lit bien gnoosomai ha zeetei phagein.

[309] Je vais placer de suite, dans une seule note, les corrections qu'exige ce fragment, tant d'après mes manuscrits, que sur les conjectures d'Adam et les miennes, sans oublier Casaubon, qui n'a cependant presque rien fait de bon pour le rétablissement de ce fragment. Je les marque selon le nombre des vers : — Vers i, sph. m. k'acohreia kai anemia,— vers 3, p. d. g, aiei, etc. ; — vers 4, la fin manque ; cependant le sens est complet, excepté ce qui dépendent peut-être d'un adverbe, ou de l'expression de la manière, joint à ponein, comme lit bien Adam, pour poiein, qui est déjà au vers 3. Adam supplée par euscheemonos ; mais ce n'est plus rectifier un texte. — Vers 5, an m. g. heu t. aut' ep. m. Vers 7, tropon de p., pot'ee p. sk. — Vers 8, meete pr. ge t. m. d. phr. Vers 11, k. gar str. p. k. Vers 19 ; synidoi, etc. hos a. l. — Vers 21, il y a ici deux lignes qui font les débris de trois vers :

Apanta meen æi schedon leepseis ; æi

Enesti gar : alt’ apant' æi g’ ou teen akmeen

Echei th’ homoian, ou d’ iseen teen heedoneen.

Il n'y a pas ici un mot qui ne soit suggéré par ce qui nous reste de la pensée de l'auteur. J'ai combiné les idées d'Adam avec les miennes. — Vers 25, t. p. d' ee. k' ouk idoon legei. — Vers 27, ha ton biaioon e. en. gegr. Vers 29, lisez à la fin oud'. Vers 30, mettez deux points après ho kairos, et transposez ainsi : Ho kairos : autee d' estin autees despotis.

Autees était le vrai terme attique que les copistes ont changé en heautees. J'ai déjà parlé du pronom autos employé dans le sens d'heautos, chez les Attiques. — Vers 31, an d'au sy chr. t. t. t. t. t. Vers 32, kairon d' apolesees p. hee t. — Vers 33, retranchez gar après megas. Vers 36, à la fin, deixoo soi monon. — Vers 38, Adam lit ep' antlias akonti, etc. Mais gardons le texte ex antl. heekonti, en revenant de travailler à la sentine, etc. J'ai rendu le sens généralement dans ma version, mais Adam rétablit très heureusement une partie du reste. Voici ce que je lirais, en partie d'après ses idées :

Ex antlias heekonti, phortikoon te moi

Geuonti broomatoon eiee g' agonian,

S' ei mee poieesoo nystasai paropsidi.

[310] Texte, kapnizomenee. Adam le changeait en kapneomenee que je ne connais pas. Son idée était qu'il ne devait pas se trouver on anapeste au second pied d'un vers iambique; mais le vers suivant, abyrtakopoios, etc., et nombre d'autres, prouvent le contraire.

[311] Lisez Seleukoo, sans élision. Seleukon est des copistes.

[312] Je ne sais Où Casaubon avait la tête, pour proposer les corrections absurdes qu'il veut faire ici. Je lis seulement au datif ce qui est à l'accusatif, par la faute des copistes. Athena enochlousee ; et Di' pour Dii (Jupiter); Di' enochlounti. Le mot analeepsis se dit d'un repas qu'on donne ou qu'on prend pour ranimer les forces. C'est un terme connu chez les médecins, refocillatio. Un texte aussi simple ne demandent qu'un coup d'œil, quant à la lettre; mais j'ignore à quoi il fait allusion, s'il ne s'agit pas de quelque fête de l'une et l'autre divinité.

[313] Casaubon ne sait ce qu'il dit en comparant le verbe exinian avec exinoun. Le premier vient de is, inos, qui signifie une fibrille. Il suffit de connaître la structure du cerveau, pourvoir que ce grand docteur abusait ceux qu'il voulait instruire.

[314] Voici encore un passage de Phanias qui a fait peur à Casaubon, et qui est cependant bien clair.

[315] Il affectait de se dire Athénien, quoique natif de Syrie.

[316] Voyez la note, tom. I, p. 333, liv. 11 de la traduction ; et p. 2 des additions et corrections, ibid.

[317] Il a été parlé de ce corps dans un des livres précédents.

[318] Rappelez ce qu'Ulpien a dit plus haut. Nous ne savons de cette fête que les deux mots qu'Hésychius nous en a dit Meursius et Potter ne s'étendent pas davantage. Cette fête fut instituée en l'honneur de Celée, fils de Démophoon, et petit-fils de Thésée. Ce fut ce Celée qui reçut chez lui Cérès fatiguée de chercher Proserpine. Meursius a parlé de ces circonstances dans ses Fêtes d'Eleusis.

[319] Je lis ainsi ce vers: Thanateegon houtos pagkaleen kytran pherei.

[320] C’est la leçon du manuscrit A: En d’ Ikariois Satyrois. N. le Comte la confirme par ses textes.

[321] Il faut lire ho kephisodoorou. Le texte fait entendre que Céphisodore était le père de ce Télémaque. Adam lisait ensuite brooma, manger, pour beema, siège, et il a remis ce passage en mesure, changeant, ajoutant de manière a donner un sens très différent. Je m'en tiens au texte, puisqu'il est intelligible. Attendons de meilleurs manuscrits pour le corriger, s'il est faux.

[322] Fête en l'honneur d'Apollon, sur laquelle on lira Meursius, Græc. fer., et Potter, Antiq. Gr.

[323] Lisez ton deina ; au vers 4, erootas ; au vers 5, eichon, verbe, ou echon, participe joint à pragma, vers 8, per pour pyr, vers 10, effacez tous.

[324] Rappelez ce qui a été dit précédemment sur ce mot ; ou consultez le Lexique d'Apollonius, et les notes, soit dans l'édition de M. d'Ansse de Villoison, soit dans celle de M. Tollius. Le mot indique l'eau pour laver les mains; de cheir, main, et niptoo, je lave.

[325] Il a été parlé de ces thymiatères précédemment. Quant au chironiptron, c'est le vaisseau dans lequel on présente l'eau pour laver les mains.

[326] Le sens de ces vers étant clair, je laisse la mesure dans le désordre. Adam lit au 2e : aneri de, hotan', au 3e. ee men kai p. chr. ; au 4e. chreestous pour chr. oon. et cheir. o. esti.

[327] Je vois dans les manuscrits un mot qu'on peut lire loiblilebeeles, ou loibailebeetis : loibeiolebeetes serait-il le vrai terme?

[328] Les textes portent Sphendooni. Les Grecs modernes prononcent ni la syllabe née. L'erreur peut venir de là. Je lis Sphendonee, comme liv. 6; mais le même est cité dans le Pheidooni, liv. 10, ch. 13, p. 447 du grec. On a rendu ce mot-ci par avare ; ainsi le mot français Fronde pourrait ne pas être le sens du grec. Attendons de meilleurs manuscrits. La sobriété est toujours plus utile que le vain étalage de l'érudition. Laissons quelque chose à faire aux autres.

[329] Remettez ainsi ces vers en mesure :

K. d. dedeipneekasi g. ph.

Hoor' eedee t. tr. e. parakorein :

E. k. ch. hek. k. m

Ti dounai.

[330] Ce nom propre a déjà été présenté dans un autre passage. Le manuscrit A porte kai koa ; le manuscrit B, kaikoa d'un seul mot.

[331] On a vu précédemment qu'Homère désigne simplement par ce mot l'eau à laver les mains.

[332] Usage qui doit être remarqué.

[333] Je rends le sens. On sait que dans les vers barytons, ou graves, l'accent est sur la pénultième. C'est ce que l'auteur dit ici par barynetai.

[334] Pelotte faite de diverses graines, sable, etc., pour s'exercer. Finissez le premier de ces deux vers par tina pherein, et lisez au second, apon. d. hyd. doloo tis kai, et sm., pour commencement d'un troisième qu'Athénée a laissé.

[335] C'est de cet usage qu'on a nommé magdaléons certains médicaments officinaux, sur lesquels on peut consulter le Dictionnaire de Médecine de Castell., in-4°, p. 475. Les anciens formaient leurs magdalies en rouleaux et en globules, avec de la mie de pain, pour s'en nettoyer les mains, comme on l'a vu liv. 4. Dans les maisons distinguées on les présentait tout préparés a la fin des desserts ; autrement chacun les faisait lui-même avec la mie de pain qu'on avait servi; on les jetait ensuite aux chiens. Casaubon, et Adam qui ne se trompe que trop souvent sur ses traces, veulent retrancher timas de ce passage. Il y est essentiel comme antithèse d'atimasantes. Casaubon est encore plus absurde, en voulant lire d'un seul mot apomagdalias. Aristophane, qui écrit deux fois apo magdalias dans ses Chevaliers, p. 311, et le Scholiaste, réfutent ce docteur, et Adam qui le suit.

[336] Je lis chrimata t am.

[337] Le premier vers est en mesure ; lisez ainsi ce passage :

Epei, etc. …………………

Perieilon euthys tas trapezas ; nimmata

Epechei tis : apenizometha. Tous stephanous palin

D'opoorinous labontes estephanoumetha.

On voit que tout est exact, en rendant au texte le seul mot euthys, aussitôt.

[338] Ce mot est équivoque ici, et ne détermine pas si c'est avant ou après le souper. Le même poète emploie aussi aponipsasthai, à double sens dans ses Guêpes, où l'on voit les usages dont parle ici Athénée. Ce passage mérite d'être conféré.

[339] On lira avec plaisir ce que Spanheim a écrit sur ces expiations dans ses Césars de Julien. On peut aussi consulter la note très étendue que j'ai jointe à une des lettres de M. le Comte Carli (Lettres Américaines) sur l'usage de l'eau lustrale, et sur l'origine de cet usage.

[340] Lisez ainsi ces vers :

Both. oryxas pr. lies. t. s.

Ep. p. ton de both. pr. hes.

Blep. hyd. le. men. leg. t. d.

Hymin est' aponimma touto, tois ch. h. th.

Ep. auth. myr. k. ................

Tois pour hois, à l’avant-dernier vers, est d'un usage si fréquent que je suis dispensé de le prouver. Du reste, je n'ai fait que remettre les mots à leur place. Quant à cet usage de faire les libations à l'Occident, ou de baptiser les morts, plusieurs peuples anciens croyaient que les âmes des morts prenaient, après leur séparation, la route de l'Occident. Dans plusieurs contrées de la Grèce, on tournait la tête des morts du même côté, et l'on a remarqué que les tombeaux des Péruviens étaient sur le bord de la mer à l'occident. Frézier, cet habile voyageur, en a rapporté les raisons, vraies ou fausses, dans son voyage. Voyez mes additions aux Mémoires de D. Ulloa.

[341] L'idée d'Adam m'a paru des plus heureuses, et absolument vraie. Il s'agit d'un des plus anciens peuples de l'Attique. Il observe très bien qu'il ne peut pas être fait ici mention de Thyatire, comme le croyait Casaubon. Cette ville était trop nouvelle pour qu'on y pratiquât encore ces cérémonies qui n’étaient plus d'usage chez les Grecs. Elle avait été fondée par Seleucus, un des Généraux d'Alexandre le Grand.

[342] Au repas qu'on faisait de la victime, dont le sang est appelé ici celui du coupable.

[343] L'auteur aurait-il écrit aponipsasthai, comme dans le passage des Guêpes, cité un peu plus haut.

[344] Ceci est dit d'un homme rasé si près, que sa peau paraît aussi lisse qu'un fin lin.

[345] Ce sont deux vers que Casaubon aurait dû distinguer comme les autres. Il y lit cependant à propos hestioôn pour hestiaoon, celui qui traite ; nen esthioon, celui qui mange. Mais ce texte est mutilé, car on n'y voit pas kata cheiros, qui devrait y être selon le détail de l'auteur; mais ce qui suit est aussi mutilé. Il faut nécessairement supposer une négation que j'ai exprimée pour y trouver un sens d'accord avec ce qui précède. Je traduis donc au risque de me tromper, pour ne pas abandonner le texte.

[346] C'est le seul sens que présente ce passage isolé.

[347] Nous avons déjà vu que les filles parvenues à l'âge de puberté consacraient leurs poupées et autres jouets à Vénus, etc. Casaubon a vu ce passage assez bien; cependant je lis meed' atimaseis, qui s'écarte moins du texte, et Sapphous teas. Les manuscrits ne me donnent rien que la terminaison as ; dont Casaubon a fait teas ; néanmoins la finale phoo (non phous) est constante dans les textes. Henri Etienne a placé ce passage dans ces Fragments de Sapho, p. 426, édit. Pindar., 1698. Ces ornements de tête répondaient aux mouchoirs que les femmes se mettent encore autour de la tête.

[348] Pays de l'Étolie : choora, etc., dit Stephanus, c'est tout ce que j'en sais.