Anonyme

ANONYME

 

EXTRAITS DU MODJMEL AL-TEWARIKH

 partie I - partie II

 

 

Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

 

 

 

EXTRAITS DU

MODJMEL AL-TEWARIKH

Relatifs à l'histoire de la Perse,

traduits par M. Jules Mohl.

 

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LA DYNASTIE DES SASSANIDES.

Le premier roi de cette famille était Ardeschir, fils de Babek. Il passa trente ans à faire la guerre aux Molouki thewaif, et livra beaucoup de batailles dans les provinces de Fars et d'Ahwaz. La ville de Kedjaveran, située près du bord de la mer, était, à cette époque, occupée par Heftwad et le célèbre ver[106] qui avait paru alors et par l'heureuse influence duquel Heftwad était devenu si puissant ; mais Ardeschir tua le ver par ruse, et fut alors en état de vaincre Heftwad et ses fils. On dit que la ville de Kirman prit son nom de ce ver (kirm). Ardeschir vainquit pendant son règne un grand nombre de prince et mit fin au pouvoir (des Molouki thewaïf).

Ardewan était le plus puissant de ces rois ; c'est lui qu'on appelle Afdam (le dernier). Ardeschir le tua de sa main dans la bataille, but de son sang et plaça le pied sur son cou après l'avoir renversé la tête dans la boue. A ce moment, Ardeschir fut salué du titre de Schahinschah (roi des rois) ; il se trouvait alors suzerain de dix-sept rois, dont chacun avait dix mille hommes de troupes aguerries sous ses ordres. Hamzah dit, dans sa Chronique, qu'Ardeschir tua dans ses guerres quatre-vingt-dix des Molouki thewaïf, et qu'il devint ainsi maître souverain et libre de tout contrôla ; il dit encore que la bataille contre Ardewan fut livrée sous les murs de Nehavend, capitale de ce prince : mais Firdousi raconte ces événements autrement, ainsi que je le dirai plus tard.

Ardeschir, fils de Babek. — Son règne dura quatorze ans et dix mois, ou, selon d'autres, quatorze ans et six mois. Ce prince, depuis le moment (de son avènement), ne montra que de la justice, de l'équité, de la courtoisie et des dispositions aimables envers ses sujets, son armée et ses employés, ce dont les détails sont bien connus. Tout le monde connaît son testament.[107] Il s'appliqua à faire fleurir son empire, encouragea les sciences et fit publier des livres, car il n'existait plus dans l'Iran un seul ouvrage ancien sur les sciences, parce que Alexandre en avait envoyé à Roum ce qu'il avait voulu, et brûlé le reste. Parmi ses constructions et les villes qu'il a fondées, il faut compter Noud-Ardeschir, qui porte maintenant le nom d’Ardeseter ; ensuite Hormuzd-Ardeschir, qui est maintenant Souk-al Ahwaz,[108] une autre est Ardeschir-Khoureh, qu'on appelle maintenant Pirouzabad, et qui est située dans le Farsistan. On l'appelait autrefois Gour mot qui alors, de même que Kared, signifiait une montagne où il y a des excavations, et n'avait pas le sens actuel de Gour, tombeau pour les morts ; car alors les Persans n'avaient que des chambres sépulcrales,[109] et ne connaissaient pas les tombeaux. Hen-Ardeschir est une ville (fondée par Ardeschir), sur les bords du Tigre, dans la partie où ce fleuve est appelé) Dijleh alawra, dans (le canton de) Misan et (la province de) Basrah, et que l'on appelle aussi Bahmanschir. Forati-Misan et Toster furent fondées par Ardeschir dans le Khouzistan. Cette dernière ville est la même que Schouschter. (Il fonda encore) Ram-Hormuzd-Ardeschir, qui est aussi appelée Ramuz, et d'autres villes situées dans différentes provinces, comme Wekischt-Ardeschir, Beh-Ardeschir, Istad-Ardeschir et Hormuzd-Ardeschir, qui était composée de deux villes, dont l'une était la résidence des commerçants et l'autre celle de la noblesse. La première portait le nom pehlewi de Heboudjestan-Wadjar, que les Arabes ont changé en Souk-al-Ahwaz ; la seconde était appelée Houmschir : elle fut détruite du temps de la conquête arabe. Souk-al-Ahwaz resta debout, et elle existe encore aujourd'hui sous le nom d'Ahwaz ; mais il n'y a plus de traces de l'ancienne ville. On donne aussi le nom d'Ahwaz au district entier.

Ten Ardeschir, fille située sur le bord de la mer, est appelée ainsi parce qu'Ardeschir avait placé les fondements des murailles sur des corps d'hommes, en faisant poser alternativement des couches d'hommes et des couches d'argile. (Il saisit, pour obtenir des hommes,) tous les habitants du Farsistan, du Sewad et de Madaïn, qui s'étaient révoltés contre lui et à qui il en voulait. Il acheva la construction de toutes ces villes dans les provinces de Kerman, de Farsistan, du Sewad et de Madaïn, et donna à chacune le nom de Dieu ou son propre nom. Il y en a qui subsistent encore, mais un grand nombre d'entre elles sont détruites, et l'on discute même sur leurs noms. Il fit les travaux nécessaires pour la distribution de l'eau (de la rivière qui traverse) Ispahan, et creusa le canal du Khouzistan et les canaux orientaux. Il portait le nom d'Ardeschir Babekan. Ce que j'en ai dit est le résultat de la comparaison de plusieurs récits.[110] Il mourut de mort naturelle à Isthakhr.

Schapour, fils d’Ardeschir. — Son règne dura trente ans et quinze jours, ou, selon d'autres, trente ans et vingt-huit jours. Il fit la guerre au roi Dhiren,[111] dont le pays était situé vers l'occident,[112] et qui habitait le désert des Romains.[113] Dhiren s'enferma dans sa forteresse, où il fut assiégé par Schapour, jusqu'à ce que sa fille devint amoureuse de celui-ci et lui livra le château. Dhiren fut tué, et Schapour épousa sa fille ; mais il la tua plus tard, comme on le verra. Firdousi[114] fait de Schapour Dsoulaktaf le héros de cette histoire, et donne à Dhiren le nom de Thaïer ; mais, dans le Siar al Molouk, c'est Schapour, fils d'Ardeschir. Dieu sait ce qui est vrai. Schapour se conduisit constamment selon la justice et l'équité, et s'appliqua à faire fleurir l'empire comme avait fait son père. Il construisit le Schadrewan[115] de Schouschter, qui est une des merveilles du monde, et fonda beaucoup de villes, comme Schapour, Nischapour, Sckad-Schapour, Bek-an-endiou-Schapour, Schapour-khast, Balasch-Schapour, Pirouz-Schapour. Nischapour est située dans la province de Khorasan ; cette ville a été bâtie (selon d'autres) par le Sipebbed Schapour, du temps de Feridoun : il est possible que cette contradiction vienne de ce que (Schapour, fils d'Ardeschir) l'aurait seulement agrandie. Il y a (une autre) Nischapour dans la province du Farsistan : on l’appelle aujourd'hui Beschawer. Schad-Schapour est située dans le district de Misan, et les Nabathéens lui donnent le nom de Wiha. Pirouz-Schapour est dans la province d'Irak, et on l'appelle aujourd'hui Anbar.[116] Beh-an-endiou-Schapour est la même ville que Djendi-Schapour[117] dans le Khouzistan. Endiou est, en langue pehlewie, le nom d'Antioche, et Beh-an-endiou[118] veut dire meilleur qu'Antioche. Cette ville fut bâtie dans la forme d'un échiquier,[119] étant traversée en tout sens par huit rues. Dans ce temps, le jeu d'échecs n'était pas encore connu, mais la forme de la ville était comme j'ai dit ; elle est maintenant détruite, et forme remplacement d'un village à maisons éparses. On avait, à cette époque, l'habitude de bâtir les villes dans la forme de quelque objet : ainsi Schousch a la forme d'un faucon, Schouschter celle d'un cheval, et le château de Thabarak celle d'un scorpion, comme on le voit encore aujourd'hui. Schapour mourut de mort naturelle dans sa capitale, Isthakhr, dans le Farsistan.

Hormuzd, fils de Schapour. — Son règne dura deux ans, ou, selon une autre tradition, un an et deux mois. Sa mère s'appelait Roudzadeh.[120] Il ressemblait à Ardeschir, mais sans l'égaler dans la conduite des affaires publiques. Il bâtit la ville de Deskereh-al-Melik encore du vivant de son père, et l'acheva pendant les deux ans (de son règne). Selon Tabari, son père l'avait chargé du gouvernement du Khorasan ; mais on rapporta au roi que son fils rassemblait une armée pour le priver du trône Hormuzd (aussitôt qu'il le sut) coupa une de ses mains et l'envoya à son père, dans une boite, avec ce message : « Je suis maintenant estropié et exclu du trône ; que le roi ne me soupçonne donc plus ! » En effet, les coutumes de Perse excluaient de la succession au trône tout homme privé d'un membre. Schapour fut ému de pitié, et répondit : « Tu succéderas au trône quand même il te manquerait la moitié de tes membres. » Il mourut de mort naturelle.

Bahram, fils de Hormuzd. —Son règne dura trois ans et trois mois ; d'autres y ajoutent encore trois jours. Je n'ai trouvé aucune mention de villes qu'il aurait bâties. Hamzah d’Ispahan dit dans sa Chronique que l'on saisit, pendant son règne, Mani, l'athée, qui s'était soustrait pendant quelque temps aux poursuites. Il fut convaincu d'athéisme et exécuté, et le roi ordonna de l'écorcher, de remplir sa peau de paille, et de la suspendre à une des portes de Nischapour, où elle resta exposée pendant longtemps. Bahram mourut de mort naturelle dans le Farsistan.

Bahram, fils de Bahram. — Son règne dura dix-sept ans : tous les historiens sont unanimes sur ce chiffre ; mais il ne s'est conservé aucun détail sur son gouvernement, si ce n'est que sa justice et sa droiture étaient telles, que les hommes mettaient tout leur espoir en lui. Il aimait la chasse, et un jour, pendant qu'il était dans une réserve de chasse, la violence du vent abattit le mât de sa tente et le tua.

Bahram, fils et petit-fils de Bahram. — Son règne dura quarante ans et quatre mois ; mais ce chiffre contient une très grande erreur, car Firdousi n'assigne à Bahram que quatre mois de règne,[121] et le Mobed Bahram est le seid qui parle de quarante ans.[122] J'ai copié son chiffre, mais on en trouvera la rectification dans la troisième section (de ce chapitre). Dieu seul sait la vérité. On ne parle pas d'édifices qu'il ait construits, et je n'ai trouvé aucun détail sur son règne. Il mourut dans le Farsistan, de mort naturelle.

Nouscheh, fils de Bahram. — Son règne dura sept ans ; selon d'autres, neuf ans et cinq mois, et, selon une troisième version, sept ans et cinq mois. On n'a pas de détails sur son gouvernement, et je n'ai rien trouvé là-dessus. Il mourut de mort naturelle sur les frontières du Farsistan.

Hormuzd, fils de Nouscheh. — Son règne dura sept ans et cinq mois, ou, selon d'autres, treize ans. Parmi ses constructions se trouve un bourg qu'il fit bâtir dans le district de Ram-Hormuzd, et à qui il donna le nom de Behischt-Hormuzd ; le canton où il est placé est situé entre Aïdedj et Ram-Hormuzd, et ce bourg existe encore aujourd'hui. Hormuzd mourut dans le Farsistan.

Schapour Dsoul aktaf. — Son règne dura soixante et douze ans, et toutes les traditions sont unanimes là-dessus. Il montra, dès son enfance, un naturel heureux ; il combattit les Arabes et en tua un grand nombre. Firdousi en fait le héros de l'aventure du château (de Hadhr) que nous avons racontée dans la vie de Schapour, fils d'Ardeschir. Il perça aux (prisonniers) arabes les deux omoplates, et y fit passer des anneaux de fer pour les rendre incapables de tout travail. J'ai lu dans le Firouz-Nameh que la colère de Schapour contre les Arabes venait de ce qu'il avait lu dans les prophéties de Djamasp qu'il s'élèverait parmi les Arabes un prophète qui anéantirait la religion de Zoroastre. Ayant tué un grand nombre d'Arabes, Schapour marcha vers la Mecque et le Hedjaz ; alors Kosaï, fils de Kelab, un des aïeux du prophète, alla à sa rencontre avec les notables du pays. C'était un vieillard rempli de sagesse. Schapour lui adressa des questions sur cette prophétie, et Kosaï répondit : « Si cette prédiction ne s'accomplit pas, elle n'est qu'un mensonge ; si elle doit s'accomplir, et si Dieu l'a ordonné ainsi, personne ne peut en empêcher l'accomplissement. » Schapour approuva ses paroles, lui fit un beau présent, et cessa de persécuter les Arabes. Ensuite[123] il se rendit dans le pays de Roum, déguisé en ambassadeur ; mais il fut saisi et cousu dans une peau d'âne. Le roi de Roum dévasta le pays d'Iran jusqu'à ce qu'une jeune fille eut délivré Schapour, qui, rentré en Perse, marcha contre les Romains et les mit en fuite. D'autres disent qu'il s'enfuit du camp des Romains, atteignit la porte de Djendi-Schapour, et parvint à y entrer. On possède beaucoup d'anecdotes sur ces événements. A la fin il fit relever, par les prisonniers romains, toutes les villes qu'ils avaient détruites, et fit construire, sur la frontière du Khouzistan, un pont qui existe encore aujourd'hui, et dont l'architecte était un des prisonniers romains, nommé Andimeschk.[124] Il bâtit la ville de Kerkheh, et de là il établit un chemin souterrain par lequel un homme à cheval pouvait se rendre à Djendi-Schapour. Il construisit un grand nombre de forteresses, entre autres celle d'Azan, qu'on appelle aussi Mobedan, dans laquelle il fit bâtir de grands palais et des arsenaux, et qui servait de résidence à ses enfants pendant les invasions des Romains ; on voit encore les traces de son palais dans un château qu'on appelle Schapouri. J'ai vu tous ces lieux de mes propres yeux. Il fit, pendant trente ans, de Djendi-Schapour sa capitale, jusqu'à ce qu'il eut rétabli tout ce que les Romains avaient détruit, et achevé les constructions dont j'ai parlé. Hamzah dit que les murs de Djendi-Schapour sont moitié en terre, moitié en briques cuites,[125] parce que Schapour fit rebâtir par les Romains, en briques et en chaux, tout ce qu'ils avaient détruit. Il fonda la ville de Berzekh Schapour, que l'on appelle aujourd'hui Akireh, et celle de Khoreh-Schapour, dans les environs de Schousch : je crois que c'est la même ville que Kerkheh. Il en fonda encore une autre sur cette frontière : mais, les habitants s'étant révoltés contre lui, il envoya des éléphants qui rasèrent la ville et n'en laissèrent aucune trace. Il établit à Djerwan, dans le canton de Reï, un pyrée auquel il donna le nom de Seroud-Schaderan, et qu'il dota de terrains considérables dans le district de Khan-Lendjan. Hamzah raconte qu'un homme nommé Aderbad[126] se présenta devant lui, et se fit verser sur la poitrine du plomb fondu sans se faire aucun mal. J'ai raconté plus haut la même chose de Zerdouscht. Dieu seul sait si le même fait s'est reproduit une seconde fois. Schapour mourut à Tischfoun (Ctésiphon) ou Thisfoun, comme je trouve écrit dans un vieux ouvrage le nom de cette ville, qui a été bâtie par le roi Zab,[127] comme je raconterai plus tard.

Ardeschir, fils de Hormuzd. — Son règne dura quatre, ou, selon d'autres, cinq ans ; enfin, selon une troisième version, douze ans. Il ne demandait jamais des impôts à ses sujets, parce qu'il ne regardait la royauté que comme un prêt (de Dieu). On l'appela Nikoukar (le bienfaisant). Il mourut dans sa résidence de Ctésiphon.

Schapour, fils de Schapour. — Son règne dura cinq ans, auxquels quelques traditions ajoutent quatre mois ; d'autres lui donnent cinq ans et cinquante jours : on trouve, à ce sujet, beaucoup de contradictions chez les différents auteurs ; Dieu seul connaît la vérité. Il mourut dans le pays de Misan. Tabari dit que, ses troupes s'étant révoltées contre lui, on coupa les cordes de sa tente, dont le baldaquin lui tomba sur la tête et le tua.

Bahram, fils de Schapour. —Son règne dura onze ans, et je n'ai pas trouvé de chroniqueur qui lui en eût attribué plus ou moins que ce chiffre, ou qui eût conservé des détails sur les événements de son règne. On lui donna aussi le nom de Kirmanschahan, parce qu'il portait (avant son avènement au trône) le titre de Kirmanschah. C'était un homme dur et à qui l'opinion de ses sujets était indifférente. On trouva à sa mort toutes les lettres qui étaient venues des provinces, pendant le temps de son règne, encore scellées, car il ne s'en occupait jamais. Tabari dit que, ce roi s'étant un jour, pendant une chasse, séparé de son cortège et de ses domestiques, un simple soldat le frappa au ventre (avec une flèche). Il fut tué à Madaïn, qui était sa résidence.

Iezdejird le Méchant. — Son règne dura vingt et un ans cinq mois et dix-huit jours, ou, selon d'autres, (vingt et un ans et) dix-huit jours. Il passa sa vie à commettre des actes d'oppression et de dureté envers les grands, de sorte qu'il finit par devenir odieux à tout le monde, et c'est pourquoi on lui a donné le nom de Méchant. Il n'a pas construit d'édifices remarquables. Les astrologues lui avaient prédit qu'il devait mourir près de la fontaine verte, à Thous, dans le Khorasan. Il jura alors qu'il n'irait jamais ; mais, quelque temps après, son nez ayant commencé à saigner, sans qu'aucun remède pût arrêter le mal, on lui dit qu'il s'était révolté contre le ciel par le serment qu'il avait fait : il se décida alors à se rendre auprès de cette fontaine. Il but de son eau, s'y baigna et s'en trouva mieux. Dans ce moment parut un cheval gris, qui, selon quelques-uns, était sorti de la source et qui ne se laissait approcher par personne. Iezdejird se leva pour le saisir, et le cheval se tint tranquille jusqu'à ce que le roi l'eût sellé ; mais, lorsqu'il fut arrivé à la croupière, le cheval lui lança une ruade, le tua et disparut.

Bahram Gour. — Son règne dura vingt-trois ans ; selon d'autres, dix-neuf ans et quelques mois, et, selon une troisième version, soixante ans. Les astrologues lui avaient prédit qu'il régnerait vingt-trois ans : il comprit trois fois vingt ans ; mais ils avaient dit vingt-trois. Son amour pour la chasse, son habileté à tirer de l'arc et sa bravoure, sont connus. On cite comme son premier exploit que, se trouvant auprès de Mondar, fils d'Amroulkaïs, dans l'Irak, il demanda qu'on plaçât une couronne entre deux lions furieux ; ensuite il s'approcha avec une massue, tua les lions, s'assit sur le trône et plaça la couronne sur sa tête. Il choisit cette manière (de prendre possession de la couronne), parce que les Iraniens, à cause de la tyrannie qu'avait exercée son père, n'avaient pas voulu de lui. Il fut plus juste et plus équitable qu'aucun de ses ancêtres ne l’avait été, et jamais il n'y a eu et il n'y aura un roi plus affable et plus brave que lui, et jamais les sujets d'un roi ne se sont livrés à la joie et aux festins comme les siens.

Il ne cessait de s'informer de l'état de ses sujets, et ne trouva jamais que quelqu'un eut à se plaindre, si ce n'est que les hommes de son temps n'avaient pas de musique pour leurs festins. Il fit alors écrire au roi de l'Inde pour lui demander des kousan, ce qui est le mot pehlewi pour désigner un musicien. Cette demande eut pour résultat l'arrivée de douze mille musiciens indiens, hommes et femmes, dont les Louris d'aujourd'hui sont les descendants. Le roi leur donna un salaire et des montures, sous condition qu'ils feraient gratis de la musique pour les pauvres.

Parmi les anecdotes qui se rapportent à son règne, on cite particulièrement celles qui le représentent comme se mêlant aux (plus humbles de ses) sujets et aux cultivateurs, chez qui il allait souvent, leur demandait l'hospitalité, s'y amusait, et en faisait des hommes puissants quand il avait étudié leur caractère ; et il lui arrivait, de cette manière, des aventures comme jamais roi n'en a eu : je les raconterai plus tard. Un jour il remit le gouvernement à son frère Narsi, et se rendit, déguisé en ambassadeur, dans l'Inde et auprès de Schenkil ; il y fit des actions si héroïques, que contre son gré, il fut appelé auprès de Schenkil, qui lui donna pour femme sa fille Sinoud. Bahram, après quelque temps, s'enfuit avec Sinoud, et reprit la route de l'Iran. Schenkil le poursuivit et l'atteignit ; alors Bahram se fit connaître et Schenkil fut confondu, descendit de cheval et lui demanda pardon. Ils conclurent un traité d'amitié, et Bahram retourna dans l'Iran. Il reprit sa vie de plaisirs, ses chasses et ses amusements, jusqu'à ce que le Khakan, qui avait une grande envie de s'emparer de l'Iran, fit une invasion dans le Khorasan. Bahram partit avec sept mille hommes, en prenant la route de l'Azerbaïdjan : chaque homme portait un tambour et avait un chien de chasse, et le cortège était abondamment pourvu de guépards, de faucons, de pièges et de tout ce qu'il faut pour la chasse. Tout le monde croyait que Bahram fuyait : car, disaient-ils, que peut cette poignée hommes contre l'armée du Khakan, composée de tant de milliers de soldats ? Bahram ne cessa de chasser sur toute la route ; il prit un grand nombre de bêtes fauves de toute espèce, et les emmena vivantes avec lui ; ensuite il se dirigea tout à coup, dans la nuit, sur Koumesch, plaça ses sept mille cavaliers tout autour du camp du Khakan, les fit battre leurs tambours et lâcher les bêtes fauves, les guépards et les chiens. L'armée du Khakan attribua le bruit de tous ces tambours et de ces faucons à une chasse ; mais, dans la nuit, les Turcs se battirent entre eux mêmes au milieu des ténèbres, pendant que l'armée de Bahram ne fit que battre les tambours jusqu'au jour. Lorsque le soleil parut, il ne resta plus qu'un petit nombre de Turcs que les Iraniens attaquèrent et détruisirent. C'est ainsi que cette ruse produisit une grande victoire, et personne n'osa plus attaquer les Iraniens. Plus tard, Bahram se rendit dans le pays des Heyatheleh, qui demandèrent la paix, et l'on plaça, pour marquer la frontière, une colonne d'airain et de plomb fondus. Ensuite Bahram sortit des frontières de l'Iran ; et c'est alors qu'arriva l'aventure[128] de la chasse, de la jeune fille et de la flèche lancée contre la biche : aventure qu'on voit représentée en sculpture. La plupart (des chroniqueurs) disent, comme la Chronique (du Mobed Bahram) que je suis ici, que cette aventure est arrivée en Arabie et en présence de Mondar ; mais j'ai lu dans l'Histoire de Hamadan qu'elle a eu lieu dans un endroit près de Hamadan, qui porte le nom d’Asieh-Damian, et se trouve sur la route de Reï, et qu'il y a là des vestiges (d'un édifice) qu'on appelle Kourani-Kenizek (le rendez-vous de la jeune fille[129]). Dieu sait la vérité. On lit dans le Pirouz-Nameh que, les Difémites s'étant révoltés contre lui, Bahram fit, dans une bataille, leur roi prisonnier, ensuite le combla de présents et le renvoya dans son gouvernement. Tabari raconte que Bahram, en courant dans une réserve de chasse, tomba avec son cheval dans un puits : sa mère vint et en fit tirer une immense quantité d'eau et de boue ; mais on ne retrouva aucune trace du roi. Ensuite on combla et aplanit cet endroit. D'autres disent qu'il mourut à Schiraz.

Iezdejird, fils de Bahram. —Son règne dura quatorze ans quatre mois et dix-huit jours, ou, selon une autre tradition, dix-huit ans quatre mois et huit jours. Les historiens parient trop peu de sa vie pour que je puisse donner des détails sur elle. Il mourut de mort naturelle dans l'Irak.

Firouz, fils de Iezdejird. —Son règne dura dix-sept ans, ou, selon une autre tradition, vingt-sept. J'ai lu, dans le Kitab al Maarif, que Firouz avait un frère nommé Hormuzd, qui lui disputait l'empire : à la fin Hormuzd fut tué, de même que trois autres membres, de la famille royale, qui pouvaient aussi prétendre au gouvernement. Firouz bâtit beaucoup de villes du côté de l'Inde, entre autres Firouz et Rouschenfirouz ; il en bâtit d'autres dans le Maveralnahr, dans la province de Reï, dans le Gourgan et dans l'Azerbaïdjan, auxquelles il donna aussi des noms décrives du sien. Il construisit une muraille entre le pas des Turcs et l'Iran, et acheva le château de Djeï à Ispahan. Il y eut pendant son règne une grande stérilité qui dura sept ans, pendant les quels il ne tomba pas de pluie, à la fin, Dieu, dans sa miséricorde, fit arriver la pluie, qui ramena l'abondance. On prit alors l'habitude de se jeter de l'eau de pluie pendant ce jour, qui fut consacré par une fête, laquelle est encore aujourd'hui conservée ; c'est le jour qui est marqué dans le calendrier sous le nom de Sabb al maï (l'effusion de l'eau). Ensuite il marcha contre le pays des Heyatheleh pour faire la guerre à Khouschnewaz ; il viola le traité que son grand-père Bahram Gour avait fait, fit arracher la Colonne d'airain et de plomb qui avait été posée, et la fit porter devant son armée, sur le dos d'un éléphant, parce que ce traité lui défendait de dépasser cette colonne ; c'était une interprétation frauduleuse. Khouschnewaz fit creuser un fossé et le fit couvrir de broussailles : Firouz y tomba et périt. Son fils Kobad (sa fille) Firouz Dokht, le grand mobed et beaucoup d'autres personnages furent faits prisonniers ; les autres s'en retournèrent en Perse.

Palasch, fils de Firouz. —Son règne dura quatre ans. Il n'occupa le trône que jusqu'au moment où Serferaï[130] de Chiraz, général en chef des troupes persanes, eut ramené Kobad ; car une armée iranienne marcha contre le khakan, qui, hors d'état de résister, demanda la paix, renvoya dans l'Iran Kobad, sa sœur, le grand mobed, le corps de Firouz et les prisonniers et s'acquitta de son tribut. Palasch aimait beaucoup la chasse. J'ai lu dans le Siar al-Molouk qu'il alla dans l'Inde, et en ramena, après mainte aventure, la fille du roi. Cette histoire de ce qui s'est passé entre Palasch, la fille du roi de l'Inde et la fille du muletier de Palasch, et les moralités et les contes que l’on y mêle, sont fort longs.[131] Je les raconterai plus tard s'il plait à Dieu.

Il a bâti deux villes : Palasch-Abad, sous les murs de Madaïn et Palasch-Fer, dans le voisinage de Holwan ; cette dernière est aujourd'hui déserte. Dans notre canton, on trouve son image sculptée en pierre et entourée de caractères que personne ne peut lire. Elle est placée sur une petite colline et taillée en pierre grise, d'une espèce qui ne se trouve pas dans les environs. Cette colline et les alentours sont occupés aujourd'hui par un village qu'on appelle, à cause de cette sculpture, Doun-Walasch. Dans ce même canton, se trouve Walaschguird, qui était une réserve de chasse de Palasch, et l'on voit encore, sur les flancs d'une haute montagne, les restes d'un mur de pierre du parc ; on donne à ce lieu le nom de Khorhend. Palasch survécut à son frère Kobad, et mourut ensuite dans l'Irak de mort naturelle.

Kobad, fils de Firouz. — Son règne dura quarante et un ans. Selon une autre tradition, il régna, en deux fois, quarante-trois ans. On calomnia auprès de lui le sipehbed Serferaï, qui lui avait rendu de si grands services, et il le fit mettre à mort ; mais les Iraniens en furent indignés, saisirent Kobad, le jetèrent en prison, et placèrent son frère Djamasp sur le trône. On le livra à Zermihr, fils de Serferaï, pour qu'il pût se venger sur lui du meurtre de son père ; mais Zermihr se réconcilia avec lui, et ils se rendirent dans le pays de Scheknan et des Heyathéleh pour y chercher du secours. Pendant qu'il était à Ahwas, ou, selon une autre tradition plus exacte, à Ispahan, Kobad se prit d'amour pour la fille d'un cultivateur, la demanda en mariage, vécut avec elle, et elle devint grosse de Kesra-Nouschirwan. Kobad partit et réunit une armée. Lorsqu'il fut de retour à cet endroit, son beau-père lui annonça la naissance d'un fils. Kobad ordonna à Zermihr de s'informer de la généalogie de ce cultivateur, et on parvint à la tracer jusqu'à Feridoun. Kobad en fut content, et donna à son fils le nom de Nourschirwan. Il rentra dans la possession de son trône sans avoir besoin de faire la guerre ; ensuite arriva une famine.

Mazdek, fils de Bamdad, était alors grand mobed, et introduisit sa doctrine. Il convertit Kobad à la communauté des femmes et des biens, et à beaucoup d'autres pratiques atroces et honteuses. A la fin, Nouschirwan, qui était arrivé à l'âge d'bomme, réfuta par des arguments la doctrine de Mazdek, et obtint de Kobad qu'il lui livrât Mazdek et ses compagnons ; il les planta tous en terre, dans un jardin, les pieds en l'air et enfouis jusqu'à la poitrine ; ensuite il fit pendre Mazdek. Kobad nomma Harith, fils d'Amrou, fils de Hodjr al-Kinda, roi des Arabes.[132]

Il fonda un grand nombre de villes, comme Iran Schad-Kewad, située entre Holwan et Schehrizour ; une autre, appelée Schehrabad-Kewad, entre Gourgan et le Khorasan ; il bâtit sur la frontière extrême du Farsistan[133] une ville à qui il donna le nom de Beh-an-Amid-kewad. C'est la même qu'on appelle aujourd'hui Arghan. Le sens du nom primitif de la ville est : meilleur qu'Amid[134] ; nous avons vu une dénomination analogue dans le cas de Djendischapour. Il fonda à côté de Madaïn la ville de Minou Schapour, que les habitants de Bagdad appellent Djenbisabour, et une autre ville appelée Balasch Djenoud ; dans la province de Mossoul, la ville de Hesabour Kewad, et, dans le Sowad, celle d’Ized Kobadguird. Il mourut à Madaïn, après un long règne.

Nouschirwan le Juste. —Son règne dura quarante-huit ans, ou, selon d'autres, quarante-sept ans et sept mois. Sa justice, son bon naturel, la sagesse de son gouvernement et ses apophtegmes, sont célèbres. Ses vertus inspirèrent à ses sujets l'espoir du plus grand bonheur. Il fit passer son armée en revue, et s'y présenta lui-même en armes devant le diwan et l'officier chargé de l'inspection, et celui-ci l'approuva et augmenta sa solde. Il détermina les attributions de ses ministres et des percepteurs des taxes, et fixa le montant de l'impôt foncier.[135] Selon une autre tradition que j'ai trouvée dans un livre, ce serait son père Kobad qui aurait fixé l'impôt. Avant lui, les rois percevaient une quote-part du produit brut, et (le propriétaire) ne pouvait disposer de la récolte que lorsque (le roi) en eut reçu le quart, comme j'exposerai plus tard. Ensuite arriva l'aventure de Mahboud, le cuisinier, et de Zerwan, le chambellan,[136] lequel se servit d'un juif pour perdre Mahboud en empoisonnant le dîner du roi. Mahboud fut exécuté ; mais, après quelque temps, le roi, par sa perspicacité, découvrit la vérité, et fit pendre Zerwan et le juif. J'ai lu dans l'ouvrage intitulé Adjaib al danya (les Merveilles du monde) qu'il y a dans le désert une souris qui, en passant auprès d'un mets dans lequel il y a du lait, le convertit sur-le-champ en poison mortel. Le juif connaissait cette propriété de la souris, et s'en servit dans ce complot. Ensuite vient l'histoire[137] d'une guerre que Nouschirwan commença contre le khakan, et qui se termina par une paix. Le khakan offrit sa fille en mariage au roi, qui l'agréa. C'est Mihran Schetad[138] qui fut chargé de cette affaire par le roi. Cette princesse mit au monde Hormuzd. On raconte ensuite l'histoire du rêve de Nouschirwan, en conséquence duquel on amena de Merv Bouzourdjmihr, qui, tout jeune qu'il était, interpréta le rêve, et découvrit, dans l'appartement des femmes du roi un homme qui était caché dans la chambre, d'une jeune fille chinoise. Nouschirwan fit périr les deux coupables. Ensuite Dabschelim, roi de l'Inde, envoya le jeu d'échecs et mille charges d'âne de présents, sous condition que les Persans, s'ils ne découvraient pas la manière de jouer le jeu, lui renverraient autant d'or, de pierreries et d'étoffes, qu'il en avait envoyé. Bouzourdjmihr découvrit la manière de jouer aux échecs, et inventa, en revanche, le jeu de trictrac, et l'envoya dans l’Inde. Tous les sages de ce pays se réunirent ; mais ils ne purent comprendre comment on jouait ce jeu : de sorte qu'ils furent obligés de convenir de la supériorité de l'esprit de Bouzourdjmihr. Le jeu d'échecs représente la guerre, et il y a une longue histoire (sur son invention). Bouzourdjmihr forma le trictrac d'après le ciel et sa rotation autour des deux pôles, en y représentant la lune, le soleil et la division (du ciel) en maisons. Ensuite on raconte que Nouschirwan envoya dans l'Inde le médecin Barzoui, qui y resta pendant fort longtemps, et y vieillit avant de pouvoir obtenir par une ruse et apporter à Nourschirwan le livre de Kalila et Dimna. Le roi ordonna à Bouzourdjmihr d'ajouter à l'ouvrage le chapitre[139] sur Barzoui, pour que la peine qu'il s'était donnée ne fût pas oubliée, et qu'il restât un souvenir de lui dans le monde. Ensuite vient l'histoire de la fille de l'oncle maternel du roi…….[140]

Ensuite vient l'histoire de Nouschzad, fils de Nouschirwan, dont la mère était une chrétienne du pays de Roum. Nouschirwan étant engagé dans une expédition contre l'empire grec, Nouschzad s'échappa de la prison de Djendischapour, et les chrétiens se réunirent autour de lui. A la fin, il fut tué ; il professait la religion chrétienne. Nouschirwan fut, à cette occasion, mécontent de Bouzourdjmihr, et le jeta en prison à son retour de Roum, et l'y laissa si longtemps, que la prison et le grief le rendirent aveugle. Mais, un jour, un ambassadeur du kaïsar de Roum arriva auprès de Nouschirwan, et lui demanda ce que contenaient des boîtes (fermées) qu'il apportait de la part du kaïsar. Le roi fut embarrassé ; il fit tirer Bouzourdjmihr de la prison, et demanda son aide en cette affaire et son pardon pour ce qui s'était passé. Bouzourdjmihr découvrit le secret et dit ce que contenaient les boites, et l'on trouva qu'il en était réellement ainsi. Le roi le rétablit alors dans toutes ses dignités. Plus tard, le roi composa pour son fils Hormuzd une exhortation qui est devenue célèbre ; on a de même de lui beaucoup de sentences[141] sur la conduite des affaires et sur d'autres matières.

Il a construit le palais de Madaïn, qui est encore debout ; d'autres disent que c'est Kesra Parwiz qui l'a bâti, mais la première opinion est la vraie. Il a construit aussi le palais blanc et celle parmi les sept villes de Madaïn à laquelle il donna le nom de Beh-Endiou-Khesreh. Le plan de cette construction était de tout point le même que celui de la ville d'Antioche. Nouschirwan y fit transporter les prisonniers qu'il avait amenés de cette dernière ville et qui y retrouvaient leurs maisons dans des quartiers tout semblables à ceux d'Antioche. Il construisit Nezen bar Kedjin (?) et beaucoup d'autres villes. Il bâtit Derbend Bab al Abwab tel qu'il subsiste encore ; son but était de rassurer les Persans contre les incursions des Turcs. La longueur de cette muraille est d'à peu près vingt farsangs. Nouschirwan y établit un commandant pour chaque bastion. Les personnes qui ne connaissent pas bien l'histoire disent que c'est la muraille d'Alexandre ; mais cette opinion n'est pas fondée, car cette dernière n'est pas située dans ce pays, et, de plus, elle est bâtie en fer et en plomb mêlés de bronze. J'en ai déjà parlé plus haut, et je donnerai en son lieu le reste des détails qui s'y rapportent. Kesra Nouschirwan mourut à Madaïn.

Hormuzd, fils de Nourschirwan. —Son règne dura douze ans. Aussitôt qu'il fut monté sur le trône, il commença à opprimer ses sujets ; il fit périr Fun après l'autre tous les ministres, le grand mobed, et tous ceux que son père avait rendus puissants. Saveh, roi des Turcs, entra dans le Khorasan à la tête d’une armée de quatre cent mille cavaliers, et Hormuzd ne put lui faire face, parce que les Romains, les Arabes et les Khazars faisaient de tous côtés entrer des armées dans l'Iran, dont ils convoitaient la conquête. A la fin, il envoya Bahram-Djoubineh contre le roi Saweh, sur l'avis de Mihran-Setad, qui avait entendu les prédictions des astrologues turcs, du temps où il avait amené (du Turkestan) la mère de Hormuzd. Le roi choisit donc Bahram, d'après les indications que Mihran Setad lui avait données, et Bahram partit et tua Saweh : c'est une histoire qu'on raconte avec beaucoup de détails. A la fin, Bahram se révolta contre Hormuzd, s'établit, avec son armée à Reï, où il fit frapper de la monnaie d'argent portant le nom de Khosrou[142] et en envoya des pièces à Hormuzd, a Madaïn. Hormuzd conçut le soupçon que Bahram n'agissait que par l'ordre de son fils, et voulut faire périr Khosrou ; mais ce dernier s'enfuit dans l'Azerbaïdjan. Hormuzd jeta alors Kustehem et Bendoui, les oncles maternels de Khosrou, dans les fers. Les Iraniens étaient las de la tyrannie de Hormuzd, se révoltèrent, tirèrent de leur prison Kustehem et Bendoui, et placèrent (Khosrou) sur le trône. Bahram Djoubineh arriva à Nahrwan, et l'armée de Khosrou passa de son côté. Alors ce dernier se décida, d'après l'ordre et avec l'approbation de son père, à se rendre dans le pays de Roum pour demander secours. Kustehem et Bendoui (qui partaient avec lui) s'en retournèrent des portes de Madaïn sans la permission de Khosrou (revinrent au palais), étranglèrent Hormuzd, et repartirent sur-le-champ. Bahram-Djoubineh entra dans Madaïn, s'assit sur le trône, s'empara du gouvernement, et envoya après Khosrou un général nommé Bahram-Siawuschan. Khosrou se reposait dans une église lorsque Bahram et ses troupes arrivèrent ; mais, au moment où ils parurent, Bendoui s'avisa d'un ruse. Il prit la robe royale de Khosrou, s'en revêtit, et se plaça sur le toit de l'église pendant que (Khosrou et ses compagnons) s'échappèrent. Les troupes de Bahram voyant Bendoui, n'eurent aucun doute que ce ne fût Khosrou, et entourèrent l'église. Bendoui descendit alors, se revêtit de ses propres habits, et remonta annoncer au nom du roi qu'il demandait se reposer ce jour, et qu'il serait, le lendemain, prêt à partir. Il trompa les troupes de cette manière pendant trois jours. A la fin, quand Khosrou devait avoir atteint la frontière, Bendoui fit connaître la vérité. Bahram l'amena à Madaïn et le jeta en prison. On a beaucoup de détails sur la mort de Bahram, fils de Siawusch, et sur la fuite de Bendoui dans l'Azerbaïdjan, où il resta auprès de Moschil l'Arménien jusqu'à ce que Khosrou y arrivât.

Khosrou Parwiz. — Son règne dura trente-huit ans. Cette époque comprend le temps pendant lequel Bahram Djoubineh occupa le trône ; car on ne peut pas le compter dans la série des rois, parce que Khosrou occupe l'espace pendant lequel Bahram avait usurpé le trône. Maurice, empereur romain, pourvut Khosrou d'une armée, d'armes et d'argent, lui donna en mariage sa fille Mariam, et envoya avec son armée et sa fille son fils Théodose. Après une longue lutte, Bahram fut battu, et s'enfuit chez le Khakan, où il acquit une grande influence, jusqu'à ce que Khosrou envoyât Khorrad Burzin, qui intrigua contre lui, et finit par le faire tuer par un Turc nommé Kaloun. Selon une autre tradition, Khorrad séduisit la femme du Khakan, qui chargea un esclave de frapper inopinément Bahram d'un couteau et de le tuer. Dieu connaît la vérité.

Ensuite Khosrou fit périr son oncle Bendoui, pour venger la mort de son père. Kustehem, craignant pour sa vie, se révolta et épousa Kordieh, sœur de Bahram Djoubineh. L'armée qu'elle ramenait du Turkestan se réunit à celle de Kustehem ; mais à la fin, cette femme, Kordieh, sœur de Bahram, assassina son mari par ordre du roi, et épousa Khosrou, qui eut un fils d'elle. Schirin était déjà, antérieurement à ce temps, une des femmes de Khosrou. A partir de cette époque, Khosrou devint extrêmement puissant ; aucun roi ne posséda jamais autant de trésors et de choses précieuses et belles que lui. Je parlerai en son lieu, et en détail, de ce que ses trésors contenaient à l'époque de sa mort. Ces richesses étaient telles qu'on n'en a jamais su la valeur ; je ne parlerai ici que de quelques objets entre beaucoup d'autres.

Il possédait le trône appelé thakdis, et c'est lui qui l'acheva. L'histoire de ce trône est fort longue ; on dit que Djamschid commença à le faire exécuter, que Feridoun y ajouta de nouvelles portions, que quelques parties en furent emportées à Roum et dans le Turkestan ; que Gustasp le fit reconstruire dans une autre forme, et qu'à la fin Khosrou en fit rapporter les parties de tous les côtés, et le compléta de manière à étonner le monde entier. On dit qu'il y avait en or mille charges d'âne employées à ce trône, sans compter les pierreries, dont la valeur était inestimable. Il y avait dans son harem douze mille femmes, tant esclaves que libres, et parmi elles se trouvaient Mariam, fille du roi de Roum, Bahram-Dokht, Kordieh et Schirin, qui était si belle qu'aucune œuvre d'art, depuis que le monde existe, n'a pu donner une idée de sa beauté. Le sipehbed Ferhad en était amoureux ; c'est lui qui a exécuté les travaux à Bisitoun, dont on voit encore les restes. Parwiz avait dix-huit mille chevaux dans ses écuries, parmi lesquels il y en avait qu'il affectionnait particulièrement comme Schebdiz, que l'on voit sculpté à Kirmanschahan, près d'un bourg appelé Bistham. Bistham est aussi un nom de Kustehem, oncle de Parwiz. J'ai lu dans le Firouznameh que c'est Kitous, fils de Sinnimar le Grec, qui a exécuté ces sculptures sur pierre, le même qui a construit Khawernak et Sedir. Lui et les autres artistes travaillaient sous les ordres du sipehbed Ferbad. On avait bâti, sur l'ordre du roi, au-dessus de la fontaine, une salle d'audience, et au-dessus des sculptures que l'on voit encore, un palais, et quand tout fut achevé, le roi y donna un festin à ses grands et à ses généraux ; ensuite il donna (ce lieu) à Ferbad. C'est là qu'on voit encore les figures de Parwiz, de Schebdiz, de Schirin et d'un mobed, et la représentation d'une chasse ; le tout sculpté dans la pierre.

Il avait dans son palais neuf cents éléphants, entre autres un qu'on appelait Kedizad, qui était né dans l'Iran, ce qui était une grande merveille ; car, jusqu'alors, jamais éléphant n'avait porté dans ce pays, pas plus qu'une lionne ne porte dans le Roum, une chatte dans la Chine, ou une cavale dans l'Inde. Ce sont là des singularités de ces pays. Parwiz possédait douze mille mulets de bagage. J'ai vu dans le Firouznameh, et Dieu sait ce qui en est vrai, que la nourriture de Parwiz coûtait tous les jours douze mille dinars, et que c'était toujours la même somme, parce qu'on mettait tous les jours dans son diner une pierre fine pilée de cette valeur, ce qui lui était nécessaire, à cause de sa constitution et d'une maladie qu'il avait. Il buvait (par jour) soixante rotls de vin parfumé de roses, et pouvait, dans l'espace d'un jour et d'une nuit, avoir commerce avec soixante femmes. Il consumait tous les jours régulièrement soixante rotls[143] de musc, sans compter les autres parfums. On employa vingt rotls (de ce musc) pour le dîner et la boisson de ses convives, vingt rotls pour l'office et les domestiques, et pour arroser la salle d’audience[144] ; dix rotls pour l'eau avec laquelle le roi se lavait, enfin dix pour les femmes du roi. Quand Parwiz allait à la chasse, cinq cents filles se tenaient à sa droite et à sa gauche, brûlant de l'aloès dans des cassolettes d'or, et mille domestiques arrosaient la terre, autour de lui, d'eau musquée, pour que le vent ne soulevât pas de poussière. Mille mulets portaient des litières destinées aux musiciens, dont deux occupaient toujours une litière. Je traiterai plus tard, s'il plaît à Dieu, de son cortège, de ses faucons et des autres détails de sa magnificence, qui était infinie.

Parwiz possédait ce qu'aucun roi n'avait possédé, une bouteille de verre dont on pouvait verser autant qu'on voulait de vin, quand même on lavait remplie d'eau, et sans que la bouteille se vidât jamais. Il possédait aussi une pièce d'étoffe appelée Ader-scheb, qui était tissée de poils de salamandre ; enfin il avait de l'or que l'on pouvait pétrir de la main, et sur lequel on pouvait imprimer un sceau comme sur de la cire. Parmi ses trésors étaient le Gandji Arous, le Gandji Badawerd, le Gandji Kaous, le Gandji Afrasiab et le Dinari Khosrowani, et il existe sur chacun de ces trésors une histoire, dans laquelle on raconte de quoi il se composait et comment il était tombé entre les mains de Parwiz. Il avait des musiciens comme Sergius le Romain et Barbud. Ce sont eux qui ont fixé toutes les notes et écrit les airs. Jamais il n'y a eu un roi aussi puissant et aussi heureux.

Vers la fin de sa vie, il fit tuer Noman, fils de Mondar l'Arabe. La guerre de Dsi Kar eut lieu, et les Arabes vainquirent les Persans au nom du prophète. Parwiz en fut irrité, et lorsque le prophète lui envoya une lettre et des ambassadeurs, il reçut mal leur message, comme je le raconterai plus tard. Avant cela il envoya une armée dans le pays de Houm, parce que son beau-père Maurice avait été tué ; mais Héraclius, empereur des Grecs, battit l'armée de Parwiz et la poursuivit jusqu'à Madaïn ; et c'est à cela que se rapporte la parole du Koran[145] : « Les Grecs ont été vaincus dans les provinces voisines, etc. » Ensuite Parwiz jeta dans les fers tous les grands de l'empire, et ordonna de les tuer. Leur nombre s'élevait à trente mille personnes, des premières familles de la Perse. A la fin, les Iraniens se révoltèrent, tirèrent, de nuit, Schiroueh, fils du roi, de sa prison, le placèrent sur le trône, et jetèrent le roi dans les fers. Peu après, on le fit périr par la main de Mihr Hormuzd, dont Parwiz avait fait tuer le père dans le même endroit.

Il construisit, entre autres, le fort de Kenkwer et Je château de Schirin sur la route de Bagdad. On voit encore les ruines de ces deux constructions. Ses cuisines étaient dans le district d'Asadahad, là où l'on voit aujourd'hui un bourg nommé Sabakh : mais il passait la saison d'été sur le mont Arwend, près de Hamadan. (On appelle encore dans ces environs un endroit Dukkani Khosrou, un autre Khemi Khosrou, etc.) Or, j'ai lu dans le Siar al-Molouk que, de ces cuisines jusqu'à l'endroit où il se tenait, c'est-à-dire à Kenkwer sur l'Arwend, près de Hamadan, les cuisiniers faisaient passer de main en main les mets dans de la vaisselle d'or et des plats ornés de pierreries, de sorte qu'ils arrivaient chauds, tant il y avait d'esclaves employés à cela ; ce qui peut donner une idée de ce qu'on raconte de la magnificence de ce règne.

Schirouieh, fils de Parwiz. — Son règne dura huit mois, ou, selon d'autres, cinq mois. Dans tous les cas, il ne jouit guère du trône. Il commença par faire tuer ses frères, comme j'ai déjà raconté. Après la mort de son père, il jeta ses yeux sur Schirin : mais elle s'empoisonna. Il envoya chez Badan, roi de Yémen, pour présenter au prophète[146] ses excuses de l’ordre que son père (Parwiz) avait donné (à Badan) de lui envoyer le prophète. Il mourut à Madaïn.

Ardeschir, fils de Schirouieh. — Son règne dura un an et six mois, ou, selon une autre tradition, un an et quatre mois. Firouz, fils de Khosrou, l'étouffa pendant qu'il était ivre.[147]

Pourandokht, fille de Parwiz. — Son règne dura un an et quatre mois. C'était l'époque où l'islamisme gagnait des forces. Pourandokht envoya une armée contre les Arabes, et mourut en même temps à Madaïn.

Keschensefendeh. — Son règne dura six jours, ou, selon d'autres, deux mois ; ensuite il fut assassiné, ou, d'après une autre tradition, déposé. Firdousi,[148] dans son Livre des Rois, l'appelle Gouraz, avec le surnom Feraïsch ; d'autres, comme le mobed Bahram, lui donnent le nom de Schehriraz. Dieu sait ce qui est vrai.

Azermidokht, fille de Parwiz. — Son règne dura six mois, ou, selon d'autres, un an et quatre mois ; ensuite elle mourut, ou, selon une tradition, fut assassinée par le sipehbed Rustem, qui voulait se venger de la mort de son père, Farrukhzad. Elle bâtit dans le district d'Asadabad un château, à qui elle donna son propre nom Azermidokht. Le château était construit dans la plaine, et il y avait un grand pavillon sur le haut d'une colline, où l'on en voit encore des traces.

Khordad, fils de Parwiz. — Son règne dura un an ; ensuite il mourut. Quelques-uns disent qu'on plaça alors sur le trône un nommé Kesra, descendant d'Ardeschir, fils de Babek, qui fut assassiné aussitôt après.

Iezdejird, fils de Schehriar. — Son règne dura vingt ans. Tabari dit dans sa Chronique qu'on découvrit après la mort de Kesra, dont je viens de parler, un homme nommé Firouz, fils d'Afschisch et de Mehan Dokht, fille de Iezdad et petite-fille de Kesra Nouschirwan, et qu'on le plaça sur le trône. Lorsqu'on posa la couronne sur son front, il ne voulut pas la laisser poser, disant qu'elle était trop étroite pour sa tête. Les grands dirent alors qu'il n'était pas de la race royale ; et, prenant ses paroles pour un mauvais augure, ils le chassèrent. Ensuite ils amenèrent un nommé Farrukhzad, fils de Parwiz, qu'ils tuèrent aussi, et à qui ils donnèrent pour successeur Iezdejird. Omar fils de Khattab était khalife au moment où Iezdejird monta sur le trône. La bataille de Kadesia eut lieu, et (les Arabes pénétrèrent) jusqu'à Madaïn. Alors Iezdejird s'enfuit, et s'établit à Reï. Les Persans livrèrent à Nehawend une dernière bataille, qu'ils perdirent. Je raconterai ces événements en détail. Iezdejird se rendit dans le Rhorasan, où Mahouï Souri, gouverneur de Merv, conspira pour le faire tuer par les Turcs. Iezdejird s'enfuit à Merv, et se-réfugia dans un moulin, où le meunier le tua, par ordre de Mahouï. D'autres disent que le meunier le tua sans savoir qui il était. Ceci arriva pendant le khalifat d'Othman, et l'empire persan périr.

Cet abrégé montre qu'il y a eu, en tout, vingt-sept rois de cette dynastie, sans compter Kheschensefendeh, qui, selon le mobed Bahram, ont régné pendant quatre cent cinquante-cinq ans trois mois et vingt et un jours, ce qu'on voit confirmé dans beaucoup d'ouvrages. D'après ce calcul, il s'est passé, depuis le temps de Kaïoumors, et en comptant les trente ans de son règne, jusqu'à la conquête arabe, quatre mille quarante-neuf ans deux mois et vingt-sept jours, en y comprenant les six jours du règne de Kheschensefendeh, et le nombre total des souverains de la Perse se monte à soixante-six, dont trois femmes, Homaï, Pourandokht et Azermidokht ; le reste étaient des hommes. Ce calcul de Bahram, mobed de Schapour, prouve que Kaïoumors n'est pas identique avec Adam, parce que, selon cette computation, il s'est écoulé, depuis Kaïoumors jusqu'à ce moment, quatre mille cinq cent soixante et dix ans environ, pendant que l'espace de temps écoulé depuis Adam jusqu'aujourd'hui est beaucoup plus considérable.

SECTION TROISIÈME.

Chronologie des Sassanides, selon Hamzah d’Ispahan, et correction des erreurs qui s'y trouvent, d'après l'ouvrage d'Isa ben-Mousa al-Kesrewi.

En étudiant la chronologie des rois de Perse,[149] j'ai lu beaucoup d'ouvrages de la classe de ceux qu'on appelle Khodanameh, c'est-à-dire Livres des rois, car on appelait un roi khodaï. Mais m'étant aperçu qu'ils étaient remplis d'erreurs par la négligence de ceux qui les avaient traduits d'une langue à l'autre, de sorte qu'ils étaient devenus obscurs et que je n'en trouvais pas deux qui fussent d'accord, je partis avec Hasan, fils d'Ali al Rakkarn de Hamadan, pour Maragha, où nous nous présentâmes chez Alala,[150] fils d'Ahmed, gouverneur de cette ville, qui était fort versé dans l'histoire de la Perse. Nous avons ensuite comparé la chronologie de la troisième et quatrième dynastie avec les tables astronomiques des années qui se sont écoulées entre (le commencement de l’ère des Séleucides) et l'hégire ; et avons ainsi trouvé, par le calcul des tables et des observa tions astronomiques, que, depuis le midi du premier lundi du mois tischrin al-awwal[151] jusqu'au midi du premier jeudi du moharrem, qui forme le commencement de l'hégire, il s'est écoulé 340.901 jours, ou 961 années lunaires et 154 jours, ce qui fait 932 années solaires et 9 mois et 19 jours (l'année solaire était de 365 jours et un quart). En ajoutant ensuite les quarante ans qui se sont écoulés depuis le commencement de l'hégire jusqu'à la mort de Yezdejird, fils de Schahriar, on trouve 972 ans 9 mois et 19 jours. Nous attribuons là-dessus à la dynastie des Aschkanides 260 ans, et à celle des Sassanides 706 ans 5 mois et quelques jours. En analysant ces chiffres et en comptant le nombre des rois et les années de leur règne, nous avons remarqué qu'il manquait (dans les listes) trois noms que les traducteurs avaient oubliés, à cause de leur ressemblance avec d'autres ; ce sont ceux de Bahram, de Bahram fils de Yezdejird, et de Yezdejird. La raison en est que Yezdejird Pejehker, père de Bahram Gour, était lui-même fils d'un Yezdejird, qui était un prince puissant, distingué par sa bonne administration et sa justice, et bien différent de son fils. On dit que sa bonne foi et sa droiture inspiraient une telle confiance, qu'un roi de Roum, qui laissa en mourant un fils encore enfant, pria, dans son testament, Yezdejird d'administrer son royaume pour son fils. Yezdejird envoya à Roum Scherwin, fils de Yerinan, qui était gouverneur du district de Desehtouh, sur la frontière de la province de Kazwin, et l'y laissa pendant vingt ans pour administrer le pays. Quand l'enfant fut devenu majeur, Yezdejird tint parole, fit rendre le royaume au jeune prince et rappela Scherwin. Il bâtit, à cette occasion, une ville qu'il appela Nawi-Scherwin, nom dont les Arabes ont fait aujourd'hui Nadjerwan.

(Les chroniqueurs) ont de même oublié un Bahram, qui était fils de Yezdejird, petit-fils de Bahram Gour et père de Firouz. La liste suivante et les chiffres suivants, tirés du livre de Kesrewi, donneront la chronologie de la dynastie des Sassanides et la longueur du règne de chacun de ses membres.

Ardeschir, fils de Babek, régna dix-neuf ans et deux mois.

Schapour, fils d'Ardeschir, régna trente-deux ans et quatre mois.

Hormuzd, fils de Schapour, régna un an et deux mois.

Bahram, fils de Hormuzd, régna neuf ans et trois mois.

Bahram, régna vingt-trois ans.

(Bahram), fils et petit-fils de Bahram, régna seize ans et quatre mois.

Nerseh, fils de Bahram, régna neuf ans.

Hormuzd, fils de Nerseh, régna seize ans.

Schapour Dsoul Aktaf, régna soixante et douze ans.

Ardeschir, fils de Hormuzd, régna quatre ans.

Schapour, fils de Schapour, régna quatre-vingt-deux ans.

Bahram, fils de Schapour, régna douze ans.

Yezdejird Nerm (dont Scherwin était le serviteur) régna soixante et douze ans.

Yezdejird, fils de Yezdejird, régna vingt ans.

Bahram Gour, régna vingt-trois ans.

Yezdejird, fils de Bahram, régna dix-huit ans et cinq mois.

Bahram, fils de Yezdejird, régna vingt-six ans et un mois.

Firouz, fils de Bahram, régna vingt-neuf ans et un jour.

Balasch, fils de Firouz, régna trois ans.

Kobad, fils de Firouz, régna soixante-huit ans.

Nouschirwan. fils de Kobad, régna quarante-sept ans et sept mois.

Hormuzd, fils de Nouschirwan, régna vingt-trois ans.

Parwiz, fils de Hormuzd, régna trente-huit ans.

Schirouïeh, fils de Firouz, régna huit mois.

Ardeschir, fils de Schirouïeh, régna un an.

Schehriraz (qui n'était pas de la famille royale) régna un mois et sept jours.

Pourandokht, fille de Parwiz, régna un an et quelques jours.

Kheschensefendeh (qui n'était pas de la famille royale) régna deux mois.

Khosrou, fils de Kobad fils de Hormuzd, régna deux mois.

Firouz, fils d'Ardeschir, régna deux mois.

Azermidokht, fille de Firouz, régna quatre mois.

Farrukh, fils de Khosrou, fils de Parwiz et de sa sœur.

Yezdejird, le dernier des rois de Perse, régna vingt ans.

Bahram Djoubinch a eu le pouvoir entre ses mains pendant un mois et quelques jours. Après Kesra Parwiz on trouve dans l'espace d'à peu près quatre ans et cinq mois, neuf rois, sans compter Yezdejird. La liste des Sassanides que je viens de donner est celle que l'on attribue à Kesrewi, et dont je me suis servi avec toutes les précautions que j'ai indiquées. Hamzah, fils d'Hasan al Ispahani, dit :

« J'ai fait mes calculs à laide de tables astronomiques ; il y a entre le résultat de mon calcul et celui de Kesrewi une différence de quatre-vingt-dix-neuf ans et deux jours, et l'on ne pourra jamais éviter dans la chronologie de pareilles divergences. » Djerir al Tabari donne aussi dans sa chronique l'histoire des rois de Perse, selon une tradition qui lui est propre, et qui diffère de mon récit, lequel est un abrégé composé d'après les données que les mobeds et les maîtres des traditions déclarent avoir tirés soigneusement d'ouvrages anciens, et d'avoir bien constaté. Dieu seul connaît la vérité, comme il est dit dans le Coran : « C'est auprès de lui que sont les clefs des secrets, et personne que lui ne les connaît ; il connaît ce qui est sur la terre et dans la mer ; pas une feuille ne tombe sans qu'il le sache, et il n'y a pas un grain caché sous la terre, ni un brin d'herbe qui verdisse ou qui dessèche sans qu'il soit écrit dans le livre véridique. »

CHAPITRE X.

ÉNUMÉRATION SUCCINCTE DES PROPHETES, DES MOBEDS, DES GÉNÉRAUX ET CES HOMMES ILLUSTRES QUI ONT PARU SOUS LE RÈGNE DE CHAQUE ROI.

J'ai trouvé dans les ouvrages de différents auteurs, que, sous Houscheng et sous Thahmouraz, vécut le prophète Ehnoukh (Enoch), qui est le même qu'Idris, le vizir de Thahmouraz s'appelait Bedasp, et ses hommes de guerre étaient Aoudj, fils d'Onakeh ; Toubaïl petit-fils d'Abel, et Atwakh, petit-fils d'Atyad.

Du temps de Djamschid, vécut le prophète Houd ; et tout ce qui habitait la terre, tant hommes que génies, était sous les ordres de Djamschid.

Du temps de Zohak vécurent d'abord Houd, ensuite Salih, tous les deux prophètes. Parmi les hommes illustres de ce temps est Guerschasp, petit-fils de Djamschid, qui portait le titre de pehlewan du monde, et son neveu Kousch Pil Dendan, fils de Kousch. Tous ces personnages étaient des afrits et des sorciers. Le vizir de Zohak était Benah ; son homme d'affaires, Kunderouk ; son confident en toute chose était Salem, et son ami était Ahoun.

Du temps de Feridoun vécut le prophète Abraham, et Joseph acquit, du vivant de ce roi, du pouvoir et le don de la prophétie. Les vizirs de Feridoun étaient Mihr Bouzourg et Pirschad ; ses généraux en chef étaient d'abord Guerschasp (dont je viens de parler), et, après sa mort, son fils Neriman ; et après la mort de celui-ci, des grands comme Kaweh d'Ispahan, qui était son (principal) soutien, et ses fils Kobad et Karen, dont le dernier portait le surnom de Rezmizen (le combattant) ; ensuite Firouz du Tabaristan, Teliman, Kouhiad, Gourazeh, et beaucoup d'autres.

Du temps de Minoutchehr, vécut le prophète Moïse, qui emmena de l'Egypte les enfants d'Israël, et Josué, fils de Noûn, devint prophète pendant ce règne, et emmena les enfants d'Israël du désert des Philistins, qui.porte le nom de Tih. Les hommes illustres de ce temps étaient Sam, fils de Neriman, et son fils Zal ; Keschwad, au casque d'or ; Schapour, fils de Nestouweh, et Arisch (fils de) Schiwatir ; Kobad, fils de Kaweh, et quelques-uns des grands du temps de son grand-père vécurent encore sous Minoutchehr.

Du temps de Newder et de Zab, vivait Sam, qui était revêtu de la dignité de pehlewan ; il mourut pendant le règne de Newder. Les autres grands (du temps de Minoutchehr) vécurent (encore sous ces deux règnes), et Guerschasp, issu de la race de Feridoun, fut vizir de Zab.

Afrasiab avait pour pehlewan Piran Wiseh ; les frères du roi étaient Guersiwez et Aghrirez ; ses fils étaient Pescheng, qui porte aussi le nom de Schideh, et Djehin, et ses petits-fils Aïla et Burz Aïla. Les grands de sa cour étaient les fils de Wiseh, dont étaient Houman, Lehhak, Ferschidwerd, Kclbad, Nestihen et Roumin ; ses héros étaient Gueroui Zereh, Sipahram, Akhwascht, Pilsim, frère de Piran ; Damour, Kouk Bouri, gendre d'Afrasiab, et Kehrem.

Sous Kelkobad et vers la fin de son règne, parut le prophète Salomon. Les héros (qui avaient fleuri sous son prédécesseur) étaient encore en vie, et Rustem, fils de Zal, commençait à percer avec d'autres jeunes gens qui se distinguaient, comme Gouderz, fils de Keschwad, et les fils de Newder, Thous et Kustehem, qui portait le surnom de Sakht Keman.

Pendant le règne de Keï Kaous, Salomon continua à être prophète dans la Syrie et à Saba. Keï Kaous donna à Rustem la charge de pehlewan du monde. Ses héros les plus renommés étaient Kerdar (?), fils de Tejiman ; Thous et Kustehem, les fils de Newder ; Milad ; Gouderz, fils de Keschvad ; Guiv, fils de Gouderz, avec Rehham et quelques autres de ses frères ; Faramourz, fils de Rustem, et Zewareh, frère de Rustem.

Du temps de Keï Khosrou, nous trouvons les mêmes héros, auxquels se joignent Bijen, fils de Cuiv ; Lohrasp, cousin du roi, et son frère Djamasp le Sage ; Zerir et Guschtasp, fils du roi, et Feribourz, fils de Kaous et oncle de Keï Khosrou ; Gourguin, fils de Milad ; Aghousch Wehadan, roi du Tabaristan, et son cousin Asawersen, fils d'Asaguid ; Aschkes, fils de Kobad, fils de Kaweh ; Firouz, fils de Guejdehem, de la famille de Guiv ; Zerasp, fils de Thous ; Rioniz et Zengueh, fils de Schaweran, qui, tous faisaient partie des douze cents généraux qui ont vécu sous Khosrou. J'en ai parlé un peu dans l’histoire de ce roi. Les fils de Gouderz occupaient les grandes charges de la cour ; Guiv était grand chambellan ; Bijen, chef des écuries ; Bahram, grand maître des cérémonies ; Zérir, employé aux missions importantes ; Hedjir, chef des commensaux du roi, et Nouzad, son homme de confiance.

Sous Lohrasp on retrouve les mêmes pehlewans que sous Keï Khosrou, et Isfendiar, fils de Guschtasp, commence a briller.

Du temps de Guschtasp parut Zoroastre, qui convertit. Guschtasp à sa religion. On dit qu'il était descendant d'Abraham au neuvième degré. Il était élève d'Esdras. Il se rendit de l'Azerbaïdjan à Balkh, et y fit des tours de magie dont j'ai énuméré plus haut quelques-uns. Il présenta à Guschtasp le livre Bestak, que les Parses appellent Aïesta et Desta, établit le culte du feu, et en fit le kiblah. Le vizir du roi était son oncle Djamasp, et son cousin Beschouten était son conseiller ; son frère Zerir était son premier pehlewan. Son fils Isfendiar, les petits-fils de Gouderz, fils de Keschwad, et d'autres grands de l'Iran, et le fils de l'illustre Djamasp (étaient ses autres pehlewans).

Du temps de Bahman parut le prophète Daniel, qui était un des captifs amenés de Jérusalem ; d'autres disent qu’il a vécu du temps de Guschtasp. J'en parlerai en détail plus tard. Ardeschir, fils de Bijen, était le pehlewan de Bahman, et Bakht al Nasr, fils de Rehham, fils de Gouderz ; Firouz, fils de Thous, et Pars (?) le Vertueux, vécurent de son temps. Vers la fin de son règne il nomma pehlewan du monde Aderberzin, fils de Faramurz, fils de Rustem, fils de Zal. Les fils de Zewareh, Ferhad et Tokhareh, et les filles de Rustem, Banougouschasp et Zerbanou, vécurent sous lui ; de même Rustem Ghili, qui portait aussi le nom de Tour. C'est vers la fin de sa vie qu'arrivèrent, dans le Berberistan et le Madjin, les aventures de Schad Behr et de la fontaine de la vie.

Sous Homaï Tchehrazad vécurent les mêmes grands que sous son père, et Reschtwad commandait ses, années.

Sous le règne de Dara mourut Zal Zer, ce qui est un fait que je n'ai trouvé que dans le Bahman nameh, ouvrage composé en vers par le hakim Iran-schan, fils d'Aboul Kheir. Voici ce qu'il dit :

Du temps de Dara la fortune s'obscurcit, et Zal, le héros plein d'expérience, mourut.

Du temps de Dara, fils de Darab, arriva l'aventure de Wamek et Asra, dans le pays de Younan (en Grèce) D'autres disent que ce fut sous le règne de son père. Mahiar et Djanousipar, les assassins de Dara, étaient, à ce qu'on dit, ses conseillers les plus intimes.

Sous Alexandre vécurent beaucoup de philosophes grecs, comme Aristote, Platon, Socrate et autres. Tous les princes de la terre étaient ses serviteurs.

De son temps parut le brahmane qui répandit la doctrine de la métempsychose, en disant que Dieu n'avait jamais envoyé qu'un seul prophète, qui reparaissait à chaque époque sous une nouvelle forme. Il répandit ces opinions, et ceux qui croient à la métempsychose sont ses sectateurs. S'il était vrai, comme on l'a prétendu, qu'Alexandre était identique avec Dsoul Karnam, qui chercha l'eau de la vie alors il faudrait que les prophètes Khizr et Elias eussent vécu de son temps, ce qui n'est pas vrai.

On raconte beaucoup de choses merveilleuses qui se sont passées du temps de la dynastie des Aschkanides, dont les principales sont l'apparition du prophète Zacharia, la naissance et la résurrection de Jésus, la naissance et la mise à mort de Yahia, fils de Zacharia (saint Jean Baptiste), l'histoire des Compagnons de la Caverne, l'apparition du prophète Jonas à Ninive, l'histoire de Schamsoun, qui était consacré à Dieu ; l'histoire de Saduk, Sadik et Seloum, dont Dieu dit (dans le Coran[152]) : « Nous les avons renforcés d'un troisième, » etc. Dans ce temps a vécu aussi Habib le charpentier, dont parle le Coran dans ce verset[153] : « Et il arriva de l'extrémité de la ville un homme en courant, etc. » Vers la fin de cette dynastie parut le prophète George. Pendant le règne des Aschkanides furent composés soixante et dix ouvrages, dont les suivants : le Kitab Morouk, le Kitab Sindibad,[154] le Kitab Yousifas (Josephus) et le Kitab Simas.

Ardeschir, fils de Babek, eut pour destour Sam, fils de Redji, et pour grand mobed Maher. Beaucoup de savants se réunirent auprès de lui, parce qu'il était ami du savoir ; entre autres, Hormuz Aferid, Dadrouz, Burzmihr et Izeddad. Ils composèrent tous, sur les différentes parties de la science, des ouvrages dont un grand nombre a été traduit en arabe, comme je dirai plus tard en détail.

Du temps de Schapour, fils d'Ardeschir, arriva l'histoire de Wis et de Ramin. Le mobed, frère de Ramin, était gouverneur d'une partie de l'empire. Schapour lui avait assigné Merv pour capitale, et le Khorasan et Mahan étaient sous ses ordres.

Sous Schapour Dsoul Aktaf parut le célèbre peintre Mani, qui composa son livre et fit beaucoup de prosélytes, jusqu'à ce que Schapour le fit tuer et fit suspendre sa peau remplie de paille ; d'autres assurent, comme je l'ai dit plus haut, que cela arriva du temps de Bahram, aïeul de Schapour.

Du temps de Yezdejird Nerm arriva l'histoire de Scherwin et celle de Khourrin. Le Roum dont il y est question est réellement le pays de Roum (la Syrie), quoique j'aie entendu dire que ce Roum était Holwan. C’est là que s'était réfugié, dans l'endroit qu'on appelle actuellement Thaki Kerra, le voleur que Khourrin tua. Scherwin est l'homme dont une magicienne appelée Marie devint amoureuse et qu'elle tint enchaîné dans cet endroit pendant longtemps, à ce que dit le conte. Dieu sait ce qui en est vrai. On lit dans le Siar al Molouk que Nouschirwan le Juste, lorsqu'il revint (de Syrie) à cause de la révolte de son fils Nouschzad, laissa Scherwin dans ce pays pour lever les impôts.

Bahramgour rendit Noman, fils de Mondar, chez qui il avait été élevé, l'homme le plus puissant de l'empire. Mondar, le père de Noman, mourut sous ce règne. Il y eut dans ce temps un grand nombre de mobeds et de généraux, comme je dirai plus tard ; et ce règne fut un des plus heureux que l’on eut jamais vus.

Du temps de Firouz se distinguèrent Nousch Kil du Tabaristan ; Serferaï, de Chiraz, et d'autres grands, et le grand Mobed. Le roi suivit en toute chose l'avis de sa fdle Firouzbakht Dokht.

Du temps de Kobad parut Mazdek, qui prêcha sa doctrine, selon laquelle les richesses, les femmes et toutes les propriétés des hommes devaient être également partagées, et qu'aucun homme ne devait avoir un avantage sur l'autre. Il eut beaucoup de sectateurs, car cette doctrine fut très bien reçue par les pauvres et les ignorants. Kobad adopta cette croyance, car il était très adonné aux femmes. A la fin Nouschirwan amena du Farsistan Hormuzd Aferin, Mihr Ader, le Farsi, et quelques autres mobeds qui réfutaient cette doctrine par leurs arguments, comme je l'ai déjà dit.

Sous Kesra Nouschirwan furent réunis beaucoup de savants, de médecins et de mobeds, comme Du-zurdjmihr, fils de Bakhteh ; le médecin Barzoui, qui a apporté (de l'Inde) le Kalilah et Dimnah ; le destour Yodnan, Mahboud Fermayad, Kourschid, le trésorier ; Mehaboud, Kersi et Sima Berzin. Lorsque Nouschirwan eut régné quarante ans, le prophète naquit, comme il a dit lui-même : « Je suis né sous le roi juste. »

Hormuzd, fils de Nouschirwan, fit tuer tous les hommes distingués de la cour de son père qui vivaient encore, en se servant de prétextes (futiles), entre autres Ized Guschasp, Bahram Adermihan et autres. Bahram Djoubinch, fils de Guschasp, était le pehlewan du roi. Yelan Sineh et Bahram, fils de Siawusch, avec d'autres généraux et un grand nombre de personnages considérables, formaient sa cour.

Khosrou Parwiz avait pour ministre Khorrad Berzin et ses oncles Bendoui et Kustehem étaient les 'hommes les plus puissants de sa cour. Fcrhad était son sipehbed ; Behrouz, son conteur ; Berzin, son astronome ; Aunousch, son chambellan ; Khourschid, son trésorier ; Nouschin, son fauconnier ; Feribourz, son ami intime ; Hahoui Khorrad, son médecin. C'est sous lui que notre prophète Mohammed reçut sa mission ; il écrivit à Parwiz une lettre, et l'invita à embrasser l'islamisme.

Le vizir de Schiroui était, selon le Siar al Molouk, Barmek, l'aïeul des Barmécides.

C'est sous Pourandokht que mourut le prophète et que fut élevé au khalifat Abou-Bekr. Lui aussi mourut le troisième mois du règne de Pourandokht, et Omar lui succéda comme khalife. Le sipehbed de la reine était Rustem, qui fut tué dans la bataille de Kadesia. Farrukh Zad, frère de la reine, Mihran, Bahmam, Djadou, Djanan et autres, placèrent, dans un court espace de temps, un grand nombre de rois sur le trône.

Du temps d'Ardeschir, d'Azermidokht et de Schahriraz, on avait de la peine à trouver des membres de la famille royale, et les grands de l'empire étaient fort embarrassés jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé Yezdejird, fils de Schahriar.

Du temps de Yezdejird, fils de Schahriar, Omar fut khalife pendant cinq ans, ensuite Othman. Les personnages.importants à la cour de Perse, étaient Farrukh Zad et Rewanschah, que les Arabes appellent Dsoul Hadjib. Ce roi ne put jamais s'affermir sur le trône, et à la fin il fut tué à Merv, dans un moulin.

Je n'ai pas vu de livres dont on pourrait tirer des renseignements plus complets que ceux que j'ai réunis ici.

EXTRAIT DU CHAPITRE XXI

INTITULÉ :

SUR LES SURNOMS DES ROIS DE PERSE, DES VILLES DE L'ORIENT ; SUR CEUX DE QUELQUES ROIS ; DE L'INDE ET DU PAYS DE MAGHREB, ET CEUX DES KHALIFES ET DES ROIS QUI ONT PARU APRÈS LES PROPHETES.

Le pays d'Iran portait, jusqu'au temps de Feridoun, le nom de Hounireh,[155] et l'on donne à Houscheng, Thalimouras, Djemschid et Zohak, le, nom de Pischdadiens et le titre de rois de Hounireh ; mais lorsque Feridoun fit de la quatrième partie du monde le patrimoine d’Iredj, on en changea le nom dans celui d'Iran, dérivé du nom d'Iredj. Jusqu'au temps de Zew, fils de Thamasp, le titre de tous les rois était Schah, mais lorsque Kobad monta sur le trône, Zal lui donna le surnom de Keï, c'est-à-dire élément (origine de toute chose), et toute la dynastie continua à le porter. Après la mort d'Alexandre, vinrent les Aschkanides, qui se maintinrent pendant environ quatre siècles. Ardeschir, fils de Babek, le fondateur de la dynastie des Sassanides, s'éleva ensuite et on lui donna le titre de Schahinschah (roi des rois), et l'on changea le nom d'Iran en celui de Perse, parce qu'Ardeschir venait de la province de Fars. Du temps de Kobad, père de Nouschirwan, on ajouta au titre de Schahinschah celui de Khosrau, et on lit le surnom de Kesra, de sorte qu'on dit Kesra Nouschirwan, Kesra Parwiz, etc. jusqu'à Yezdejird, fils de Schahriar. Mais les Persans donnèrent, depuis Kaïoumors jusqu'à Yezdejird, à chacun de leurs rois, encore un surnom outre les titres de Keï, Schahriar, Schah, Schahinschah, Khodaïgan, Khosrau, etc. et j'ai réuni ici ces surnoms dans une liste pour la plus grande commodité du lecteur.

 

Noms.

Surnoms.

 

 

Kaïoumors,

Ghilschah (roi de la terre)

Houscheng,

Pischdad.

Thahmouraz,

Dibawend ou Divbend (le vainqueur des Divs).

Djem,

Schid (le soleil).

Zoliak,

Peiverasp (aux dix mille chevaux).

Feridoun,

Farrukh-Dad-De (le glorieux dispensateur de la justice).

Minoutchehr,

Keseh-Tour-Deran-Dast ( ?).

Newder,

Kambakht (le malheureux).

Afrasiab,

Djihan-Keroudguer ( ?).

Zab,

Zew, fils de Thamasp.

Kobad,

Keï.

Keïkaous,

Wad-Khired (l'insensé).

Keï Khosrou,

Anderweï ?

Lohrasp,

Azadmard (le noble.)

Guschtasp,

Wadmihr (le haineux).

Bahman,

Dirazenguil (lançant loin les traits).

Semiran Dokht,

Homaï (l'aigle royal).

Darab,

Wuzurk (le puissant).

Dara,

Koudjek (le petit).

Iskender,

Wiraï-Kouh (le maître de la montagne).

Ardewan

Afdum (le dernier).

Ardeschir, fils de Babek

Schahinschah.

Schapour,

Schapour-Schah.

Hormuzd,

Mardaneh (le vaillant).

Bahram,

pas de surnom.

Bahram II,

pas de surnom.

Bahram III,

Seganschah (roi du Séistan).

Nouscheh,

pas de surnom.

Hormuzd,

pas de surnom.

Schapour,

Dsoulaktaf et Houïeh-Senba (le perceur d'épaules).

Ardeschir,

Nikoukar (le bienfaisant).

Bahram,

Kirmanschah.

Bahram,

pas de surnom.

Yezdejird,

Fer ( ?) et Pejehguer (le méchant).

Bahram,

Gour (l'onagre).

Yezdejird,

Nerm (le clément).

Firouz et Balasch,

n'ont point de surnoms.

Kobad,

Kewadin-Adan-Wis ( ?).

Nouschirwan,

Dadguer et Adil (le juste).

Hormuzd,

Turkzad.

Khosrou,

Abrewiz.

Kobad,

Schirouï.

Ardeschir,

pas de surnom.

Hedjir,

Pourandokht.

Khourschid,

Azermidokht.

Khordad et ses successeurs,

point de surnoms.

Yezdejird,

Wadbakht (le malheureux). C'était le dernier des rois de Perse.

Voici les titres de ceux qui étaient d'un rang inférieur à celui des rois. Les ministres portaient celui de destour, le mobedi mobedan était ce qu’est maintenant le grand kadi, et, selon la loi des Persans, ses arrêts étaient souverains ; immédiatement après lui venaient les mobeds. On donnait le titre de red à ceux qui-étaient de bon conseil et aux hommes considérables ; quant au titre d'astrologue, il n'est pas nécessaire de l'expliquer. Tous ceux qui étaient attachés aux temples et qui se livraient à l'étude des livres (sacrés) portaient le titre de hirbed. Le pehlewan du monde était l'officier qui avait le plus haut rang après le roi ; après lui venaient les pehlewans et les sipehbeds, qui étaient ce que nous appelons aujourd'hui émir et émir sipehsalar, et les marzbans, qui étaient les gouverneurs des frontières. On appelait dihkan les chefs des villages et les propriétaires de terres et de biens-fonds, et l’on donnait le nom de mugh à tous les adorateurs du feu. Telle était l'organisation de la Perse.

EXTRAIT DU CHAPITRE XXII.

intitulé

SUR LES LIEUX DE SEPULTURE, LES MAUSOLÉES ET LES TOMBEAUX DES PROPHÈTES, DES ROIS ET DES KHALIFES.

SECTION DEUXIÈME.

Dans cette section sont rassemblés les renseignements qu'on a pu obtenir sur les tombeaux des rois de Perse, et de quelques autres rois et hommes illustres, et sur les lieux où ils sont morts.

Kaïoumors, qui représente, dans les livres des Persans, Adam, est, selon eux, mort sur le mont Handawan.

Houscheng. Il n'est rien connu sur sa mort, excepté qu'elle a eu lieu dans le Farsistan et qu'on l’a enterré dans cette province.

Thahmouras. Hamzah Ispahani dit dans son livre que la montagne qu'on appelle aujourd'hui Ateschkedeh était, du temps de Thahmouras, un des lieux alors consacrés au culte, qu'on lui donnait le nom de Minou-Diz (le château divin), qu'on y avait placé un grand nombre d'idoles, et qu'on y venait en pèlerinage de tous les pays d'Orient jusqu'au temps de Guschasp, mais que celui-ci ordonna à son fils Isfendiar de renverser les idoles et d'y établir un temple de feu qui subsista jusqu'à ce que Alexandre le Grand le dévasta. On rapporte que c'est là que Thahmouras fut enterré.

Djamschid fut scié en deux à Babylone, par ordre de Zobak, et brûlé, de sorte qu'il ne resta pas de trace de lui.

Zohbak fut enchaîné par Feridoun dans un puits creusé dans le Demawend, et fixé avec de grands clous aux parois du puits. On suspendit, par des moyens magiques, au-dessus de lui, une pierre, de manière à ce qu'elle devait tomber sur sa tête aussitôt qu'il tenterait de sortir, et c'est ainsi qu'il est resté (captif jusqu'à présent). Dieu seul connaît son sort.

Feridoun fit construire à Temmischeh, dans le Thaberistan, un trône, un lieu de repos et son propre tombeau. Ces constructions restèrent longtemps debout, mais elles ont fini par disparaître. Minoutchehr mourut dans la province de Fars, et l’on dit qu'il y est enterré, d'autres prétendent que c'est à Isfaban.

Newder eut un mausolée à Gourgan.

Afrasiab, son frère Guersiwez, son Bis Djehn et beaucoup d'autres personnes de sa famille furent tués par Keikhosrou, à Adefgouschasp, sur la frontière de…. et d'Arran. Keikhosrou les y fit enterrer recouverts de linceuls et placés dans des cercueils.

Zab mourut à Isthakhr et y fut enterré au pied de la montagne.

Tombeaux des keïanides.

Keï Kobad mourut dans la capitale de l'empire, dans le Farsistan, et y fut enterré ; selon d'autres, ce fut à Balkh.

Keïkaous mourut à Isthakhr et y fut enterré dans le tombeau de son père.

Siawusch et Keïkhosrou. Le premier fut tué à Behischt Gang, ville bâtie par lui-même dans le Turkestan, et de son sang naquit une plante qu'on appelle Khouni Siawuschan (le sang de Siawusch). Keïkhosrou abandonna le royaume à Lohrasp et disparut.

Thous, Bijen et Feribourz étaient des grands de la cour de Keïkhosrou, petit-fils d'Afrasiab. Ils furent tués (à la guerre), et enterrés sur place.

Bahman fut dévoré par un dragon à Der Kedjin, entre Reï et Ispahan ; d'autres disent qu'il mourut à Balkh.

Guerschasp, Neriman, Sam, Zal et Rustem. Guerschasp et Neriman furent enterrés dans le Séistan ; Sam, dans l'Inde ; Rustem fut tiré du fossé que son frère avait creusé (pour l'y faire périr), et porté dans le Séistan où Faramourz éleva une magnifique construction en face du tombeau de Guerschasp. Lorsque Faramourz lui-même eut péri de la main de Bahman, dans l’Inde on ramena son corps et on le déposa dans le tombeau de son père. Zal mourut du temps de Dara, fils de Darab, et fut enterré dans le tombeau de ses ancêtres.

Homaï Tchehrazad est enterré, selon les uns, en Syrie ; selon les habitants du Fars, dans cette province.

Darab, fils de Bahman, est enterré dans la province de Fars, de même que son fils Dara.

Djamasp le Sage est enterré dans un mausolée voûté, construit sur le haut d'une colline à Khour, ville située à quinze farsangs de Chiraz.

Alexandre mourut à Schehrizour et fut porté à Alexandrie.

Ardeschir, fils de Babek, est enterré à Isthakhr ; Hormuzd, fils de Schapour, dans le Farsistan, et son fils Bahram, selon les uns, aussi dans le Farsistan ; selon d'autres, en Syrie.

Le lieu de la sépulture de Bahram, fils de Bahram, n'est pas connu.

Nouscheh, fils de Bahram, et Bahram Bahramian reposent dans le Farsistan.

Hormuzd, fils de Nouscheh, est enterré, selon les uns, en Syrie ; selon les autres, dans le Farsistan.

Schapour, fils de Hormuzd, est enterré à Ctésiphon ; son fils Ardeschir, dans le district de Misan, Schapour, fils de Schapour, dans un endroit inconnu ; Bahram, fils de Schapour, à Madaïn, et son fils Yezdejird, à Thous.

On rapporte que Bahramgour tomba à la chasse dans un trou, et qu'on ne retrouva pas son corps, quoiqu'on creusât la terre ; d'autres disent qu'il est mort à Chiraz.

Yezdejird, fils de Bahram, est enterré en Syrie, et selon d'autres dans l'Irak ; son fils Firouz périt dans le pays des Heyatéleh ; Balasch, fils de Firouz, est enterré à Madaïn.

On dit que Nouschirwan le Juste se bâtit un mausolée sur une montagne, et y fut placé et maintenu assis sur un trône, à l'aide d'un talisman.

Parwiz, fils de Hormuzd, est enterré à Madaïn, de même que Kobad, fils de Schirouï ; Ardeschir, fils de Schirouï ; Pourandokht et Azermidokht, filles de Parwiz, et Parwiz lui-même.

Yezdejird fut tué dans le district de Merv et enterré sur place.

 


 

[106] Voyez ce conte dans Firdousi, édition de Calcutta, pages 1381 et suiv. ; et Goerres, Heldenbuch von Iran. vol. II, p. 306 et suiv.

[107] L’auteur fait probablement allusion a une espèce de testament politique d'Ardeschir, qui se trouve dans Firdousi, édition de Calcutta, p. 1412 et suiv.

[108] Le marché d’Ahwaz. Aboulféda (Géographie, p. 316) dit que Souk-al-Ahwaz et Ahwaz sont une seule et même ville, et l'auteur du Modjmel donne, un peu plus bas, quelques détails là-dessus. C'est là que, selon Aboulfaradj, Manes a commencé à enseigner sa doctrine. (Voyez Historia dynastiarum, edidit Porock, p. 82.) On peut lire la description des ruines immenses d'Ahwaz dans le Mémoire du capitaine Mignan, inséré dans les Transactions of the Asiatic Society of Great Britain. vol. II, p. 203 et suiv.

[109] Le mot dont se sert l'auteur vient du mot grec naos (voyez M. de Sacy, Abdallatif, p. 219), que les Arabes paraissent avoir adopté en Egypte et porté en Perse. Les dictionnaires persans le traduisent par temple de feu ; mais on ne le trouve guère employé que dans le sens de lieu de sépulture.

[110] Je ne suis pas sûr du sens ; c'est, je pense, une phrase estropiée.

[111] Mirkhond écrit ce nom Menizen ; le géographe Bakoui l'écrit Dhizen.

[112] Il faut peut-être lire « qui était un prince arabe ». Tous les auteurs qui rapportent cette anecdote disent que Dhiren était prince de Hadhr, à l'exception de Firdousi qui place son royaume dans le Yémen. Au reste, il est naturel de supposer que le prince de Hadhr ait été de race arabe, car ce district se trouve encore aujourd'hui entre les mains de la grande tribu bédouine des Anézeh.

[113] Aboulféda (pag. 285), dit « ancienne ville située dans le désert, » en parlant de Hadhr.

[114] Voyez Firdousi, édition de Calcutta, p. 1431 et suiv.

[115] Tous les géographes musulmans parlent du Schadrewan, qui consistait dans un ensemble de travaux hydrauliques les plus gigantesques, par lesquels Schapour fit monter l'eau du Karen dans la ville et sur le plateau de Schouschter. Voyez la description de ces travaux chez Edrisi (trad. de M. Jaubert, vol. I, p. 379) parmi les auteurs musulmans, et, parmi les Européens, chez Kinneir (Geogra-phical Mem., p. 9 et suiv.), et surtout chez M. Rawlinson (Journ. of the geograph. Soc. of London, vol. IX. p. 79 et suiv.). Schapour établit ces ouvrages si solidement, qu'ils servent encore au but qu'il s'était proposé, quoiqu'ils aient souffert par l'incurie des gouvernements. On trouve dans l'excellent ouvrage de M. Ritter, Erdkunde, vol. IX, pages 178 et suivantes, un exposé complet de ce que l'on sait sur le Schadrewan.

[116] Voyez Aboulféda, Géographie, p. 301.

[117] Les géographes arabes prononcent djundi. en faisant dériver le nom de la ville de « soldat, » ce qui n'est probablement qu'un de ces jeux de mots qui leur tiennent si souvent lieu d'étymologies.

[118] Cette étymologie paraît recevoir une confirmation par la circonstance que mentionnent les annales de l'Eglise syriaque (voy. As-semani, Bibl., t. II, p. ii, p. 43), que c'est après son retour d'une guerre en Syrie, et avec les trésors rapportés d'Antioche, que Schapour fonda Djendi Schapour. Cette ville devint en peu de temps un point très important, et joua un grand rôle dans l'histoire de la Perse pendant les siècles suivants. (Voy. Ritter, Erdkunde, vol. IX, p. 170 et suiv.) M. Rawlinson croit en avoir retrouvé l’emplacement dans les environs du village de Schahabad. (Journal of the Geogr. Society, t. IX, p. 72 et suiv.)

[119] Cette description du plan de Djendi-Schapour paraît inconciliable avec l'assertion de Bar Hebraeus, qui dit que cette ville a été bâtie sur le plan de Constantinople.

[120] On peut voit l'histoire romanesque de Koudzadeh dans Mirkhond (Antiquités, p. 289).

[121] Voici le vers de Firdousi (édition de Calcutta, p. 1428) :

Lorsqu'il eut régné quatre mois, son trône et sa couronne eurent à le pleurer.

[122] Ibn al-Athir lui donne quatre ans de règne, et d'autres auteurs neuf ans. Voyez Mirkhond, dans les Antiquités de la Perse, p. 299 et suivantes.

[123] Firdousi (édition de Calcutta, p. 1436 et suiv.) raconte en détail cette fable. Mirkhond (Antiquités, p. 312) en donne un récit un peu différent.

[124] Ce pont est encore debout ; il a vingt-deux arches, quatre cent cinquante pas de longueur et vingt de largeur (voyez Kinneir, Me-moir. etc. p. 99). Schapour jeta ce pont sur le Coprates, a l'endroit où il entre dans les plaines du Khouzistan. Il s'y est formé, sous le nom de Dizfoul (le Château-du-Pont), une ville considérable qui existe encore et de laquelle la rivière a pris son nom actuel (voyez Rawlinson, I. c. p. 64). Il est difficile de conjecturer le nom latin ou grec de l'architecte, qui a été corrompu par les Orientaux de toutes les manières. Ibn Haukal (chez Uylenbroek, Iracae pers. descr., p. 4) l'appelle Azdamscher ; le faux Ibn Haukal (chez Ouseley, p. 168), Andamisch. Voyez aussi Rawlinson. p. 68.

[125] C'est la partie bâtie par les prisonniers romains qui devait être en briques cuites, pendant que la partie ancienne était sans doute en briques séchées au soleil, comme le sont en général toutes les constructions des rois Sassanides.

[126] La tradition des Guèbres fait d'Aderbad Mabrespand un descendant de Zoroastre.

[127] Zab, Zew ou Zou, le successeur de Newder.

[128] Nizami conte au long cette aventure dans son Haft Peiker. Voyez Hammer, Redekunste, p 114.

[129] Ibn Ayas, géographe du xe siècle de l'hégire, dit : « Naous al-Dhabiet (la sépulture de la biche) est un des villages des environs de Hamadan. Il est situé près du château de Bahram Gour, sur une haute colline, et entouré de fontaines et de vergers qui produisent des fruits de toute espèce. Voici l'origine du nom de cet endroit : Bahram lança un jour une balle (d'arbalète) contre une biche, qu'il toucha à l'oreille ; l'animal recula et gratta l'oreille avec son pied ; alors Bahram tira de son carquois une flèche, avec laquelle il atteignit de nouveau la biche, de manière à lui clouer le sabot contre l'oreille, et.la biche tomba. De là le nom de l'endroit. » Voyez le passant chez Uylenbroek, Iracae descript., p. 81.

[130] Firdousi écrit Soufiraï ; dans Mirkhond, c'est Soukhra.

[131] Le texte de cette phrase me paraît corrompu.

[132] Voyez le Diwan d'Amro'lkaïs, par M. de Slane, p. 6 et suiv.

[133] C'est-à-dire sur la frontière entre le Farsistan et le Khouzistan. La ville était placée tellement sur la frontière, que les géographes postérieurs sont incertains à laquelle des deux provinces elle appartenait. (Voyez la Géographie d'Aboulféda).

[134] Amida était une grande forteresse dans la haute Mésopotamie et près du Tigre. (Voyez Lebeau, édition de Saint-Martin, vol. II, p-390 et suiv.)

[135] Kobad commença un cadastre des terres en Perse, et Nousrhirwan l'acheva et fixa l'impôt foncier en argent. On prétend que cet impôt était calculé de manière à rendre au roi un tiers du prix luit brut des terres. (Voyez l’Ayeen Akberi, édition de Londres, 1800, vol. II. p. 299.)

[136] Cette anecdote est tirée de Firdousi. (Voyez l'édition de Calcutta, p. 1679 et suiv.)

[137] Voyez Firdousi, p. 1686 et suiv.

[138] Firdousi écrit Selad, Ibid. p. 1700.

[139] Signifie ici chapitre, comme dans le titre du Sadder. Ce passage est tiré de Firdousi. (Voyez l'histoire de Barzoui et de sa réception par le roi quand il lui apporta le Kalila et Dimna.)

Le roi dit alors à Bouzourdjmihr : « Il ne faut pas refuser cette demande de Barzoui. Et alors un scribe, aussitôt qu'il eut taillé son roseau, ajouta au commencement du livre un chapitre sur Barzoui. »

On peut consulter, pour tout ce qui regarde cette histoire le mémoire de M. de Sacy dans les Notices et Extraits, vol. X, et la préface de son édition de Kalila et Dimna.

[140] Je ne connais pas cette anecdote, de sorte que je ne suis pas en état de corriger le texte, qui me parait inintelligible.

[141] On peut voir une collection de ces sentences dans Firdousi, éd. de Calcutta ; p. 1757 et suiv.

[142] C’est-à-dire de Khosrou Parwiz, fils du roi.

[143] Le rotl est un poids de 12 onces.

[144] Si l'on veut conserver la leçon du manuscrit, le sens serait : « Et pour laver la vaisselle. »

[145] Voyez le Coran, surate xxx, v. i et suiv.

[146] Je traduis d'après la leçon du manuscrit mais je crois qu'il faut donner le sens : « Avec l’ordre de ne pas faire de mal au prophète que Parwiz avait ordonné (à Badan) de lui envoyer. » (Voyez la Vie de Mohammed, par Aboulféda, édition de M. Noël Desvergers, p. 67.)

[147] L'auteur suit ici le récit de Firdousi. (Voy. édition de Calcutta, p. 2053.) La tradition ordinaire est que Schehriar, général en chef des armées d'Ardeschir, le fit exécuter.

[148] La plupart des manuscrits de Firdousi portent Ferayin, et c'est ainsi que M. Macan écrit ce nom dans son édition, pag. 2055 :

Ferayin était un homme dépourvu de toute vertu, injuste, infortuné et insensé.

[149] L'auteur commence cette phrase par les mots, il dit. On pourrait croire que c'est une citation tirée de Kesrewi ou de Hamzah ; mais la suite montre que c'est en son propre nom qu'il parle. Il n'est pas rare de trouver dans les auteurs orientaux cette formule, à laquelle ils attachent ordinairement leur nom, comme par exemple : Abou Taher dit, » ou : « l'auteur dit. »

[150] C’est l'abréviation du nom Alaeddin.

[151] C’est l'octobre du calendrier syro-macédonien.

[152] Voyez sur. 36, 13.

[153] Voyez sur. 28, 19. Voyez, sur Habib, Masudi, traduit par Sprenger, vol. I, p. 129.

[154] J'ai énoncé autre part l'opinion que c'était le conte de Sindbad le marin, mais je commence à croire que c'est le livre de Sindibad.

[155] C'est probablement une forme altérée de Khounnercts. Voyez Anquetil, Zendavesta.