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Texte grec repris sur le site

Μικρός Απόπλους

Αρχαία Ελληνικά Κείμενα

Traduction française par Leconte de Lisle

vers 1 à  630

Κρέων

τάχ᾽ εἰσόμεσθα μάντεων ὑπέρτερον.
ὦ παῖ, τελείαν ψῆφον ἆρα μὴ κλύων
τῆς μελλονύμφου πατρὶ λυσσαίνων πάρει;
ἢ σοὶ μὲν ἡμεῖς πανταχῇ, δρῶντες φίλοι;

TROISIÈME ÉPISODE

CRÉON.

- Nous le saurons bientôt et plus sûrement que des divinateurs. Ô enfant, ayant appris la sentence irrévocable qui est rendue contre ta fiancée, viens-tu en ennemi de ton père ? Ou, quoi que nous fassions, te sommes-nous chers ?

Αἵμων

πάτερ, σός εἰμι, καὶ σύ μοι γνώμας ἔχων635
χρηστὰς ἀπορθοῖς, αἷς ἔγωγ᾽ ἐφέψομαι.
ἐμοὶ γὰρ οὐδεὶς ἀξιώσεται γάμος
μείζων φέρεσθαι σοῦ καλῶς ἡγουμένου.

HÉMON.

- Père, je t'appartiens ; tu me diriges par tes sages conseils, et je les suis. Le désir d'aucun mariage ne sera plus puissant sur moi que ta sagesse.

Κρέων

οὕτω γάρ, ὦ παῖ, χρὴ διὰ στέρνων ἔχειν,
γνώμης πατρῴας πάντ᾽ ὄπισθεν ἑστάναι.640
τούτου γὰρ οὕνεκ᾽ ἄνδρες εὔχονται γονὰς
κατηκόους φύσαντες ἐν δόμοις ἔχειν,
ὡς καὶ τὸν ἐχθρὸν ἀνταμύνωνται κακοῖς
καὶ τὸν φίλον τιμῶσιν ἐξ ἴσου πατρί.
ὅστις δ᾽ ἀνωφέλητα φιτύει τέκνα,645
τί τόνδ᾽ ἂν εἴποις ἄλλο πλὴν αὑτῷ πόνους
φῦσαι, πολὺν δὲ τοῖσιν ἐχθροῖσιν γέλων;
μή νύν ποτ᾽, ὦ παῖ, τὰς φρένας ὑφ᾽ ἡδονῆς
γυναικὸς οὕνεκ᾽ ἐκβάλῃς, εἰδὼς ὅτι
ψυχρὸν παραγκάλισμα τοῦτο γίγνεται,650
γυνὴ κακὴ ξύνευνος ἐν δόμοις. τί γὰρ
γένοιτ᾽ ἂν ἕλκος μεῖζον ἢ φίλος κακός;
ἀλλὰ πτύσας ὡσεί τε δυσμενῆ μέθες
τὴν παῖδ᾽ ἐν Αἴδου τήνδε νυμφεύειν τινί.
ἐπεὶ γὰρ αὐτὴν εἷλον ἐμφανῶς ἐγὼ655
πόλεως ἀπιστήσασαν ἐκ πάσης μόνην,
ψευδῆ γ᾽ ἐμαυτὸν οὐ καταστήσω πόλει,
ἀλλὰ κτενῶ. πρὸς ταῦτ᾽ ἐφυμνείτω Δία
ξύναιμον. εἰ γὰρ δὴ τά γ᾽ ἐγγενῆ φύσει
ἄκοσμα θρέψω, κάρτα τοὺς ἔξω γένους660
ἐν τοῖς γὰρ οἰκείοισιν ὅστις ἔστ᾽ ἀνὴρ
χρηστός, φανεῖται κἀν πόλει δίκαιος ὤν.
ὅστις δ᾽ ὑπερβὰς ἢ νόμους βιάζεται
ἢ τοὐπιτάσσειν τοῖς κρατύνουσιν νοεῖ,
οὐκ ἔστ᾽ ἐπαίνου τοῦτον ἐξ ἐμοῦ τυχεῖν.665
ἀλλ᾽ ὃν πόλις στήσειε τοῦδε χρὴ κλύειν
καὶ σμικρὰ καὶ δίκαια καὶ τἀναντία.
καὶ τοῦτον ἂν τὸν ἄνδρα θαρσοίην ἐγὼ
καλῶς μὲν ἄρχειν, εὖ δ᾽ ἂν ἄρχεσθαι θέλειν,
δορός τ᾽ ἂν ἐν χειμῶνι προστεταγμένον670
μένειν δίκαιον κἀγαθὸν παραστάτην.
ἀναρχίας δὲ μεῖζον οὐκ ἔστιν κακόν.
αὕτη πόλεις ὄλλυσιν, ἥδ᾽ ἀναστάτους
οἴκους τίθησιν, ἥδε συμμάχου δορὸς
τροπὰς καταρρήγνυσι· τῶν δ᾽ ὀρθουμένων675
σῴζει τὰ πολλὰ σώμαθ᾽ ἡ πειθαρχία.
οὕτως ἀμυντέ᾽ ἐστὶ τοῖς κοσμουμένοις,
κοὔτοι γυναικὸς οὐδαμῶς ἡσσητέα.
κρεῖσσον γάρ, εἴπερ δεῖ, πρὸς ἀνδρὸς ἐκπεσεῖν,
κοὐκ ἂν γυναικῶν ἥσσονες καλοίμεθ᾽ ἄν.680

CRÉON.

- Certes, ô enfant, il convient que tu aies ceci dans le cœur de mettre la volonté de ton père avant toutes choses. Si les hommes désirent avoir des enfants dans leur demeure, c'est afin qu'ils vengent leur père de ses ennemis et qu'ils honorent ses amis autant que lui-même. Mais celui qui a des enfants inutiles, que dire de lui, sinon qu'il a engendré sa propre injure et ce qui le livre en risée à ses ennemis ? Maintenant, ô enfant, vaincu par la volupté, ne sacrifie pas ta sagesse à une femme. Sache bien qu'il est glacé l'embrassement de la femme perverse qu'on a dans sa demeure pour compagne de son lit. Quelle plus grande misère, en effet, qu'un mauvais ami ? Dédaigne donc cette jeune fille, comme une ennemie, et laisse-la se marier chez Hadès. Après l'avoir saisie, seule entre tous les citoyens, désobéissant à mes ordres, je ne passerai point pour menteur devant la Ville, je la tuerai. Qu'elle implore Zeus, protecteur de la famille ! Si je laisse faire à ceux qui sont de mon sang, que sera-ce pour les étrangers ? Celui qui est équitable dans les choses domestiques se montrera équitable aussi dans la Ville ; mais celui qui viole insolemment les lois et qui pense commander à ses chefs, ne sera point loué par moi. Il faut obéir à celui que la Ville a pris pour maître, dans les choses petites ou grandes, justes ou iniques. Je ne douterai jamais d'un tel homme : il commandera bien et se laissera commander. En quelque lieu qu'il soit placé, dans la tempête du combat, il y restera avec loyauté et soutiendra vaillamment ses compagnons. Il n'est point de mal pire que l'anarchie : elle ruine les villes, elle rend les demeures désertes, elle pousse, dans le combat, les troupes à la fuite ; tandis que l'obéissance fait le salut de tous ceux qui sont disciplinés. Ainsi les règles stables doivent être défendues, et il ne faut en aucune façon céder à une femme. Il vaut mieux, si cela est nécessaire, reculer devant un homme, afin qu'on ne dise pas que nous sommes au-dessous des femmes.

Χορός

ἡμῖν μέν, εἰ μὴ τῷ χρόνῳ κεκλέμμεθα,
λέγειν φρονούντως ὧν λέγεις δοκεῖς πέρι.

LE CORYPHÉE.

- A moins que nous nous abusions à cause de notre vieillesse, il nous semble que tu parles sagement.

Αἵμων

πάτερ, θεοὶ φύουσιν ἀνθρώποις φρένας,
πάντων ὅσ᾽ ἐστὶ κτημάτων ὑπέρτατον.
ἐγὼ δ᾽ ὅπως σὺ μὴ λέγεις ὀρθῶς τάδε,685
οὔτ᾽ ἂν δυναίμην μήτ᾽ ἐπισταίμην λέγειν.
γένοιτο μεντἂν χἀτέρῳ καλῶς ἔχον.
σοῦ δ᾽ οὖν πέφυκα πάντα προσκοπεῖν ὅσα
λέγει τις ἢ πράσσει τις ἢ ψέγειν ἔχει.
τὸ γὰρ σὸν ὄμμα δεινὸν, ἀνδρὶ δημότῃ690
λόγοις τοιούτοις, οἷς σὺ μὴ τέρψει κλύων·
ἐμοὶ δ᾽ ἀκούειν ἔσθ᾽ ὑπὸ σκότου τάδε,
τὴν παῖδα ταύτην οἷ᾽, ὀδύρεται πόλις,
πασῶν γυναικῶν ὡς ἀναξιωτάτη
κάκιστ᾽ ἀπ᾽ ἔργων εὐκλεεστάτων φθίνει.695
ἥτις τὸν αὑτῆς αὐτάδελφον ἐν φοναῖς
πεπτῶτ᾽ ἄθαπτον μήθ᾽ ὑπ᾽ ὠμηστῶν κυνῶν
εἴασ᾽ ὀλέσθαι μήθ᾽ ὑπ᾽ οἰωνῶν τινος.
οὐχ ἥδε χρυσῆς ἀξία τιμῆς λαχεῖν;
τοιάδ᾽ ἐρεμνὴ σῖγ᾽ ἐπέρχεται φάτις.700
ἐμοὶ δὲ σοῦ πράσσοντος εὐτυχῶς, πάτερ,
οὐκ ἔστιν οὐδὲν κτῆμα τιμιώτερον,
τί γὰρ πατρὸς θάλλοντος εὐκλείας τέκνοις
ἄγαλμα μεῖζον, ἢ τί πρὸς παίδων πατρί;
μή νυν ἓν ἦθος μοῦνον ἐν σαυτῷ φόρει,705
ὡς φὴς σύ, κοὐδὲν ἄλλο, τοῦτ᾽ ὀρθῶς ἔχειν
ὅστις γὰρ αὐτὸς ἢ φρονεῖν μόνος δοκεῖ,
ἢ γλῶσσαν, ἣν οὐκ ἄλλος, ἢ ψυχὴν ἔχειν,
οὗτοι διαπτυχθέντες ὤφθησαν κενοί.
ἀλλ᾽ ἄνδρα, κεἴ τις ᾖ σοφός, τὸ μανθάνειν710
πόλλ᾽, αἰσχρὸν οὐδὲν καὶ τὸ μὴ τείνειν ἄγαν.
ὁρᾷς παρὰ ῥείθροισι χειμάρροις ὅσα
δένδρων ὑπείκει, κλῶνας ὡς ἐκσῴζεται,
τὰ δ᾽ ἀντιτείνοντ᾽ αὐτόπρεμν᾽ ἀπόλλυται.
αὕτως δὲ ναὸς ὅστις ἐγκρατῆ πόδα715
τείνας ὑπείκει μηδέν, ὑπτίοις κάτω
στρέψας τὸ λοιπὸν σέλμασιν ναυτίλλεται.
ἀλλ᾽ εἶκε καὶ θυμῷ μετάστασιν δίδου.
γνώμη γὰρ εἴ τις κἀπ᾽ ἐμοῦ νεωτέρου
πρόσεστι, φήμ᾽ ἔγωγε πρεσβεύειν πολὺ720
φῦναι τὸν ἄνδρα πάντ᾽ ἐπιστήμης πλέων·
εἰ δ᾽ οὖν, φιλεῖ γὰρ τοῦτο μὴ ταύτῃ ῥέπειν,
καὶ τῶν λεγόντων εὖ καλὸν τὸ μανθάνειν.

HÉMON.

- Père, les Dieux ont donné aux hommes la raison qui est, pour tous, tant que nous sommes, la richesse la plus précieuse. Pour moi, je ne puis ni penser, ni dire que tu n'as point bien parlé. Cependant, d'autres paroles seraient sages aussi. En effet, je sais naturellement, avant que tu le saches, ce que chacun dit, fait, ou blâme, car ton aspect frappe le peuple de terreur, et il tait ce que tu n'entendrais pas volontiers. Mais il m'est donné d'entendre ce qu'on dit en secret et de savoir combien la Ville plaint la destinée de cette jeune fille, digne des plus grandes louanges pour ce qu'elle a fait, et qui, de toutes les femmes, a le moins mérité de mourir misérablement. Celle qui n'a point voulu que son frère tué dans le combat, et non enseveli, servît de pâture aux chiens mangeurs de chair crue et aux oiseaux carnassiers, n'est-elle pas digne d'un prix d'or ? Telle est la rumeur qui court dans l'ombre. Père, rien ne m'est plus à cœur que ton heureuse destinée. Quelle plus grande gloire y a-t-il pour des enfants que la prospérité d'un père, ou pour un père que celle de ses enfants ? Ne te mets donc pas dans l'esprit qu'il n'y a que tes seules paroles qui soient sages. En effet, quiconque s'imagine que lui seul est sage, et que nul ne le vaut par l'âme et par la langue, est le plus souvent vide quand on l'examine. Il n'est point honteux à un homme, quelque sage qu'il soit, de beaucoup apprendre et de ne point résister outre mesure. Vois comme les arbres, le long des cours d'eau gonflés par les pluies hivernales, se courbent afin de conserver leurs rameaux, tandis que tous ceux qui résistent meurent déracinés. De même le navigateur qui tient résolument tête au vent et ne cède pas, voit sa nef renversée et flotte sur les bancs de rameurs. Apaise-toi donc et change de résolution. Si je puis en juger, bien que je sois jeune, je dis que le mieux pour un homme est de posséder une abondante sagesse, sinon - car la coutume n'est pas qu'il en soit ainsi - il est beau d'en croire de sages conseillers.

Χορός

ἄναξ, σέ τ᾽ εἰκός, εἴ τι καίριον λέγει,
μαθεῖν, σέ τ᾽ αὖ τοῦδ᾽· εὖ γὰρ εἴρηται διπλῇ.725

LE CORYPHÉE.

- Roi, s'il a bien parlé, il est juste que tu te laisses instruire, et toi par ton père, car vos paroles sont bonnes à tous deux.

Κρέων

οἱ τηλικοίδε καὶ διδαξόμεσθα δὴ
φρονεῖν ὑπ᾽ ἀνδρὸς τηλικοῦδε τὴν φύσιν;

CRÉON.

- Apprendrons-nous la sagesse, à notre âge, d'un homme si jeune

Αἵμων

μηδὲν τὸ μὴ δίκαιον· εἰ δ᾽ ἐγὼ νέος,
οὐ τὸν χρόνον χρὴ μᾶλλον ἢ τἄργα σκοπεῖν.

HÉMON.

- N'écoute rien qui ne soit juste. Si je suis jeune, il convient que tu considères mes actions, non mon âge.

Κρέων

ἔργον γάρ ἐστι τοὺς ἀκοσμοῦντας σέβειν;730

CRÉON.

- Faut-il donc honorer ceux qui n'obéissent point aux lois ?

Αἵμων

οὐδ᾽ ἂν κελεύσαιμ᾽, εὐσεβεῖν εἰς τοὺς κακούς.

HÉMON.

- Certes, je ne serai jamais cause que tu honores les mauvais.

Κρέων

οὐχ ἥδε γὰρ τοιᾷδ᾽ ἐπείληπται νόσῳ;

CRÉON.

- Celle-ci n'a-t-elle pas été atteinte par ce mal ?

Αἵμων

οὔ φησι Θήβης τῆσδ᾽ ὁμόπτολις λεώς.

HÉMON.

- Le peuple de Thèbes est unanime à le nier.

Κρέων

πόλις γὰρ ἡμῖν ἁμὲ χρὴ τάσσειν ἐρεῖ;

CRÉON.

- Ainsi la Ville me prescrirait ce que je dois vouloir ?

Αἵμων

ὁρᾷς τόδ᾽ ὡς εἴρηκας ὡς ἄγαν νέος;735

HÉMON.

- Ne vois-tu pas que tes paroles sont celles d'un homme encore trop jeune ?

Κρέων

ἄλλῳ γὰρ ἢ ᾽μοὶ χρή με τῆσδ᾽ ἄρχειν χθονός;

CRÉON.

- Cette terre est-elle soumise à la puissance d'un autre, et non à la mienne ?

Αἵμων

πόλις γὰρ οὐκ ἔσθ᾽ ἥτις ἀνδρός ἐσθ᾽ ἑνός.

HÉMON.

- Il n'est point de ville qui soit à un seul homme.

Κρέων

οὐ τοῦ κρατοῦντος ἡ πόλις νομίζεται;

CRÉON.

- La Ville n'est-elle pas censée appartenir à qui la commande ?

Αἵμων

καλῶς γ᾽ ἐρήμης ἂν σὺ γῆς ἄρχοις μόνος.

HÉMON.

- Certes, tu régnerais fort bien seul dans une terre déserte.

Κρέων

ὅδ᾽, ὡς ἔοικε, τῇ γυναικὶ συμμαχεῖ.740

CRÉON.

- Il combat, semble-t-il, pour cette femme.

Αἵμων

εἴπερ γυνὴ σύ. σοῦ γὰρ οὖν προκήδομαι.

HÉMON.

- Si tu es femme, car je prends souci de toi.

Κρέων

ὦ παγκάκιστε, διὰ δίκης ἰὼν πατρί;

CRÉON.

- Ô le pire de tous les hommes, est-ce en plaidant contre ton père ?

Αἵμων

οὐ γὰρ δίκαιά σ᾽ ἐξαμαρτάνονθ᾽ ὁρῶ.

HÉMON.

- Je te vois en effet faillir contre la justice.

Κρέων

ἁμαρτάνω γὰρ τὰς ἐμὰς ἀρχὰς σέβων;

CRÉON.

- Je faillis donc, en respectant ma propre puissance ?

Αἵμων

οὐ γὰρ σέβεις τιμάς γε τὰς θεῶν πατῶν.745

HÉMON.

- Tu ne la respectes pas en foulant aux pieds les droits des Dieux.

Κρέων

ὦ μιαρὸν ἦθος καὶ γυναικὸς ὕστερον.

CRÉON.

- Ô cœur impie et dompté par une femme !

Αἵμων

οὔ τἂν ἕλοις ἥσσω γε τῶν αἰσχρῶν ἐμέ.

HÉMON.

- Tu ne m'accuseras jamais d'être dompté par de honteuses pensées.

Κρέων

ὁ γοῦν λόγος σοι πᾶς ὑπὲρ κείνης ὅδε.

CRÉON.

- Cependant toutes tes paroles sont pour elle.

Αἵμων

καὶ σοῦ γε κἀμοῦ, καὶ θεῶν τῶν νερτέρων.

HÉMON.

- Pour toi, pour moi, et pour les Dieux souterrains.

Κρέων

ταύτην ποτ᾽ οὐκ ἔσθ᾽ ὡς ἔτι ζῶσαν γαμεῖς.750

CRÉON.

- Jamais tu ne l'épouseras vivante.

 

Αἵμων

ἣ δ᾽ οὖν θανεῖται καὶ θανοῦσ᾽ ὀλεῖ τινα.

HÉMON.

- Elle mourra donc, et sa mort tuera quelqu'un.

Κρέων

ἦ κἀπαπειλῶν ὧδ᾽ ἐπεξέρχει θρασύς;

CRÉON.

- Es-tu audacieux au point de me menacer ?

Αἵμων

τίς δ᾽ ἔστ᾽ ἀπειλὴ πρὸς κενὰς γνώμας λέγειν;

HÉMON.

- Blâmer des choses insensées, est-ce menacer ?

Κρέων

κλαίων φρενώσεις, ὢν φρενῶν αὐτὸς κενός.

CRÉON.

- Tu ne m'instruiras pas sans peine, étant toi-même insensé.

Αἵμων

εἰ μὴ πατὴρ ἦσθ᾽, εἶπον ἄν σ᾽ οὐκ εὖ φρονεῖν.755

HÉMON.

- Si tu n'étais mon père, je dirais que tu délires.

Κρέων

γυναικὸς ὢν δούλευμα μὴ κώτιλλέ με.

CRÉON.

- Esclave d'une femme, épargne-moi ton bavardage.

Αἵμων

βούλει λέγειν τι καὶ λέγων μηδὲν κλύειν;

HÉMON.

- Veux-tu toujours parler et ne rien écouter ?

Κρέων

ἄληθες; ἀλλ᾽ οὐ τόνδ᾽ Ὄλυμπον, ἴσθ᾽ ὅτι,
χαίρων ἐπὶ ψόγοισι δεννάσεις ἐμέ.
ἄγαγε τὸ μῖσος ὡς κατ᾽ ὄμματ᾽ αὐτίκα760
παρόντι θνῄσκῃ πλησία τῷ νυμφίῳ.

CRÉON.

- Est-ce ainsi ? J'atteste l'Olympe que voilà, sache-le bien : tu ne te réjouiras pas de m'avoir insulté. Amenez ici celle que je hais, afin qu'elle meure aussitôt devant son fiancé, à ses côtés, sous ses yeux !

Αἵμων

οὐ δῆτ᾽ ἔμοιγε, τοῦτο μὴ δόξῃς ποτέ,
οὔθ᾽ ἥδ᾽ ὀλεῖται πλησία, σύ τ᾽ οὐδαμὰ
τοὐμὸν προσόψει κρᾶτ᾽ ἐν ὀφθαλμοῖς ὁρῶν,
ὡς τοῖς θέλουσι τῶν φίλων μαίνῃ συνών.765

HÉMON.

- Non, certes, pas devant moi ! Non, ne crois point ceci. Elle ne mourra jamais devant moi, et jamais aussi tu ne me reverras de tes yeux, afin que tu puisses délirer au milieu de tes amis qui y consentent.
(Il sort.)

Χορός

ἁνήρ, ἄναξ, βέβηκεν ἐξ ὀργῆς ταχύς·
νοῦς δ᾽ ἐστὶ τηλικοῦτος ἀλγήσας βαρύς.

LE CORYPHÉE.

- Cet homme s'en va plein de colère, ô Roi ! Dans un tel esprit, une ardente et cruelle douleur est chose redoutable.

Κρέων

δράτω· φρονείτω μεῖζον ἢ κατ᾽ ἄνδρ᾽ ἰών·
τὼ δ᾽ οὖν κόρα τώδ᾽ οὐκ ἀπαλλάξει μόρου.

CRÉON.

- Qu'il s'en aille, et qu'il fasse ou médite de faire au-delà de ce que peut un homme : il n'affranchira point ces jeunes filles de leur destinée.

Χορός

ἄμφω γὰρ αὐτὼ καὶ κατακτεῖναι νοεῖς;770

LE CORYPHÉE.

- Tu les destines donc toutes deux à la mort ?

Κρέων

οὐ τήν γε μὴ θιγοῦσαν· εὖ γὰρ οὖν λέγεις.

CRÉON.

- Non celle qui n'a point touché le cadavre. Tu m'as bien averti.

Χορός

μόρῳ δὲ ποίῳ καί σφε βουλεύει κτανεῖν;

LE CORYPHÉE.

- Par quel supplice as-tu décidé que l'autre périrait ?

Κρέων

ἄγων ἔρημος ἔνθ᾽ ἂν ᾖ βροτῶν στίβος
κρύψω πετρώδει ζῶσαν ἐν κατώρυχι,
φορβῆς τοσοῦτον ὡς ἄγος μόνον προθείς,775
ὅπως μίασμα πᾶσ᾽ ὑπεκφύγῃ πόλις.
κἀκεῖ τὸν Ἅιδην, ὃν μόνον σέβει θεῶν,
αἰτουμένη που τεύξεται τὸ μὴ θανεῖν,
ἢ γνώσεται γοῦν ἀλλὰ τηνικαῦθ᾽ ὅτι
πόνος περισσός ἐστι τἀν Ἅιδου σέβειν.780

CRÉON.

- Je l'emmènerai en un lieu non foulé par les hommes je l'enfermerai vivante dans un antre de pierres, avec aussi peu de nourriture qu'il en faut à l'expiation afin que la Ville ne soit point souillée de sa mort. Là, par ses prières, elle obtiendra peut-être d'Hadès le seul des Dieux qu'elle honore, de ne point mourir ; et alors elle apprendra enfin combien la tâche est vaine d'honorer le Hadès.
(Il rentre dans le palais.)

Χορός

Ἔρως ἀνίκατε μάχαν, Ἔρως, ὃς ἐν κτήμασι πίπτεις,
ὃς ἐν μαλακαῖς παρειαῖς νεάνιδος ἐννυχεύεις,
φοιτᾷς δ᾽ ὑπερπόντιος ἔν τ᾽ ἀγρονόμοις αὐλαῖς·785
καί σ᾽ οὔτ᾽ ἀθανάτων φύξιμος οὐδεὶς
οὔθ᾽ ἁμερίων σέ γ᾽ ἀνθρώπων. ὁ δ᾽ ἔχων μέμηνεν.790
σὺ καὶ δικαίων ἀδίκους φρένας παρασπᾷς ἐπὶ λώβᾳ,
σὺ καὶ τόδε νεῖκος ἀνδρῶν ξύναιμον ἔχεις ταράξας·
νικᾷ δ᾽ ἐναργὴς βλεφάρων ἵμερος εὐλέκτρου795
νύμφας, τῶν μεγάλων πάρεδρος ἐν ἀρχαῖς
θεσμῶν. ἄμαχος γὰρ ἐμπαίζει θεὸς, Ἀφροδίτα.800
νῦν δ᾽ ἤδη ᾽γὼ καὐτὸς θεσμῶν
ἔξω φέρομαι τάδ᾽ ὁρῶν ἴσχειν δ᾽
οὐκέτι πηγὰς δύναμαι δάκρυ
τὸν παγκοίτην ὅθ᾽ ὁρῶ θάλαμον
τήνδ᾽ Ἀντιγόνην ἀνύτουσαν.805

CHANT DU CHŒUR 

Strophe I.
Eros ! invincible Eros, qui t'abats sur les puissants, qui te reposes sur les joues délicates de la jeune fille, qui te transportes par delà les mers et dans les étables agrestes, aucun des Immortels ne peut te fuir, ni aucun des hommes qui vivent peu de jours ; mais qui te possède est plein de fureur !
Antistrophe I.
Tu entraînes à l'iniquité les pensées des justes, et tu pousses à la dissension les hommes du même sang. Le charme désirable qui resplendit dans les yeux d'une jeune femme est victorieux et l'emporte sur les grandes lois. La Déesse Aphrodite est invincible et se rit de tout. Et moi-même, devant ceci, j'enfreins ce qui est permis et je ne puis retenir les sources de mes larmes, lorsque je vois Antigone s'avancer vers le lit où tous vont dormir.

Ἀντιγόνη

ὁρᾶτ᾽ ἔμ᾽, ὦ γᾶς πατρίας πολῖται, τὰν νεάταν ὁδὸν
στείχουσαν, νέατον δὲ φέγγος λεύσσουσαν ἀελίου,
κοὔποτ᾽ αὖθις. ἀλλά μ᾽ ὁ παγκοίτας Ἅιδας ζῶσαν ἄγει810
τὰν Ἀχέροντος
ἀκτάν, οὔθ᾽ ὑμεναίων ἔγκληρον, οὔτ᾽ ἐπινύμφειός
πώ μέ τις ὕμνος ὕμνησεν, ἀλλ᾽ Ἀχέροντι νυμφεύσω.815

QUATRIÈME ÉPISODE

ANTIGONE.


Strophe II.
Voyez-moi, ô citoyens de la terre de ma patrie, faisant mon dernier chemin et regardant le dernier éclat du jour pour ne plus jamais le regarder ! Hadès, qui ensevelit tout, m'emmène vivante vers l'Achéron, sans que j'aie connu les noces, sans que l'hymne nuptial m'ait chantée, car j'épouserai l'Achéron.

Χορός

οὐκοῦν κλεινὴ καὶ ἔπαινον ἔχουσ᾽
ἐς τόδ᾽ ἀπέρχει κεῦθος νεκύων,
οὔτε φθινάσιν πληγεῖσα νόσοις
οὔτε ξιφέων ἐπίχειρα λαχοῦσ᾽,820
ἀλλ᾽ αὐτόνομος ζῶσα μόνη δὴ
θνητῶν Ἅιδην καταβήσει.

LE CORYPHÉE.

- Ainsi, illustre et louée, tu vas dans les retraites des Morts, non consumée par les flétrissures des maladies, non livrée comme un butin de guerre ; mais, seule entre les mortels, libre et vivante, tu descends chez Hadès.

Ἀντιγόνη

ἤκουσα δὴ λυγρότατον ὀλέσθαι τὰν Φρυγίαν ξέναν
Ταντάλου Σιπύλῳ πρὸς ἄκρῳ, τὰν κισσὸς ὡς ἀτενὴς825
πετραία βλάστα δάμασεν, καί νιν ὄμβροι τακομέναν,
ὡς φάτις ἀνδρῶν,
χιών τ᾽ οὐδαμὰ λείπει, τέγγει δ᾽ ὑπ᾽ ὀφρύσι παγκλαύτοις830
δειράδας·   με δαίμων ὁμοιοτάταν κατευνάζει.

ANTIGONE.

Antistrophe II.
Certes, j'ai entendu dire que la Phrygienne étrangère, fille de Tantale, est morte très-malheureuse au sommet du Sipyle où l'accroissement de la pierre l'enveloppa, l'ayant étreinte rigidement comme un lierre. Ni les pluies, ni jamais les neiges ne l'abandonnent tandis qu'elle se fond, et toujours elle trempe son cou des larmes de ses yeux. Un Démon va m'endormir comme elle.

Χορός

ἀλλὰ θεός τοι καὶ θεογεννής,
ἡμεῖς δὲ βροτοὶ καὶ θνητογενεῖς.835
καίτοι φθιμένῃ μέγα κἀκοῦσαι
τοῖς ἰσοθέοις σύγκληρα λαχεῖν.
ζῶσαν καὶ ἔπειτα θανοῦσαν.

LE CORYPHÉE.

- Mais celle-ci était Déesse et issue d'une race divine, et nous sommes mortels et issus d'une race mortelle ; mais il est glorieux, pour qui va mourir, de subir une destinée semblable à celle des Dieux.

Ἀντιγόνη

οἴμοι γελῶμαι. τί με, πρὸς θεῶν πατρῴων.
οὐκ οἰχομέναν ὑβρίζεις, ἀλλ᾽ ἐπίφαντον;840
ὦ πόλις, ὦ πόλεως πολυκτήμονες ἄνδρες·
ἰὼ Διρκαῖαι κρῆναι
Θήβας τ᾽ εὐαρμάτου ἄλσος, ἔμπας ξυμμάρτυρας ὔμμ᾽ ἐπικτῶμαι,845
οἵα φίλων ἄκλαυτος, οἵοις νόμοις
πρὸς ἕργμα τυμβόχωστον ἔρχομαι τάφου ποταινίου·
ἰὼ δύστανος, βροτοῖς οὔτε νεκροῖς κυροῦσα850
μέτοικος οὐ ζῶσιν, οὐ θανοῦσιν.

ANTIGONE.

Strophe II.
Hélas ! on se rit de moi. Par les Dieux de la patrie ! pourquoi m'accabler d'outrages, n'étant point morte encore et sous vos yeux ? Ô Ville, ô très-riches citoyens de la Ville, ô sources de Dircé, ô bois sacrés de Thèbe aux beaux chars, je vous atteste tous à la fois. Telle, non pleurée par mes amis, frappée par une loi inique, je vais vers cette prison sépulcrale qui sera mon tombeau. Hélas ! malheureuse ! je n'habiterai ni parmi les vivants, ni parmi les morts !

Χορός

προβᾶσ᾽ ἐπ᾽ ἔσχατον θράσους
ὑψηλὸν ἐς Δίκας βάθρον
προσέπεσες, ὦ τέκνον, πολύ·855
πατρῷον δ᾽ ἐκτίνεις τιν᾽ ἆθλον.

LE CORYPHÉE.

En ton extrême audace, tu as heurté le siége élevé de Dicé, ô ma fille ! Tu expies quelque crime paternel.

Ἀντιγόνη

ἔψαυσας ἀλγεινοτάτας ἐμοὶ μερίμνας,
πατρὸς τριπόλιστον οἶκτον τού τε πρόπαντος
ἁμετέρου πότμου κλεινοῖς Λαβδακίδαισιν.860
ἰὼ ματρῷαι λέκτρων
ἆται κοιμήματά τ᾽ αὐτογέννητ᾽ ἐμῷ πατρὶ δυσμόρου ματρός,865
οἵων ἐγώ ποθ᾽ ἁ ταλαίφρων ἔφυν·
πρὸς οὓς ἀραῖος ἄγαμος ἅδ᾽ ἐγὼ μέτοικος ἔρχομαι.
ἰὼ δυσπότμων κασίγνητε γάμων κυρήσας,870
θανὼν ἔτ᾽ οὖσαν κατήναρές με.

ANTIGONE.

Antistrophe III.
Tu as touché à mes plus amères douleurs, à la destinée bien connue de mon père, aux désastres de toute la race des illustres Labdacides. Ô calamité des noces maternelles ! Ô embrassement de ma mère malheureuse et de mon père, elle qui m'a conçue, et lui, malheureux, qui m'a engendrée ! Je vais à eux, chargée d'imprécations et non mariée. Ô frère, tu as joui d'un hymen funeste, et, mort, tu m'as tuée !

Χορός

σέβειν μὲν εὐσέβειά τις,
κράτος δ᾽ ὅτῳ κράτος μέλει
παραβατὸν οὐδαμᾷ πέλει·
σὲ δ᾽ αὐτόγνωτος ὤλεσ᾽ ὀργά.875

LE CORYPHÉE.

C'est une piété que d'honorer les morts ; mais il n'est jamais permis de ne point obéir à qui tient la puissance. C'est ton esprit inflexible qui t'a perdue.

Ἀντιγόνη

ἄκλαυτος, ἄφιλος, ἀνυμέναιος ταλαίφρων ἄγομαι
τὰν πυμάταν ὁδόν. οὐκέτι μοι τόδε
λαμπάδος ἱερὸν ὄμμα
θέμις ὁρᾶν ταλαίνᾳ.880
τὸν δ᾽ ἐμὸν πότμον ἀδάκρυτον
οὐδεὶς φίλων στενάζει.

ANTIGONE.

Non pleurée, sans amis et vierge, je fais mon dernier chemin. Je ne regarderai plus l'œil sacré de Hèlios, ô malheureuse ! Aucun ami ne gémira, ne pleurera sur ma destinée.
(Créon paraît sur le seuil du palais.)

Κρέων

ἆρ᾽ ἴστ᾽, ἀοιδὰς καὶ γόους πρὸ τοῦ θανεῖν
ὡς οὐδ᾽ ἂν εἷς παύσαιτ᾽ ἄν, εἰ χρείη λέγειν;
οὐκ ἄξεθ᾽ ὡς τάχιστα; καὶ κατηρεφεῖ885
τύμβῳ περιπτύξαντες, ὡς εἴρηκ᾽ ἐγώ,
ἄφετε μόνην ἔρημον, εἴτε χρῇ θανεῖν
εἴτ᾽ ἐν τοιαύτῃ ζῶσα τυμβεύειν στέγῃ·
ἡμεῖς γὰρ ἁγνοὶ τοὐπὶ τήνδε τὴν κόρην
μετοικίας δ᾽ οὖν τῆς ἄνω στερήσεται.890

CRÉON

- Ne savez-vous pas que, si les chants et les plaintes pouvaient servir à ceux qui vont mourir, personne n'en finirait ? Ne l'emmènerez-vous point promptement ? Enfermez-la, comme je l'ai ordonné, et laissez-la seule, abandonnée, dans le sépulcre couvert, afin qu'elle y meure, si elle veut, ou qu'elle y vive ensevelie. Nous serons ainsi purs de toute souillure venant d'elle, et elle ne pourra plus habiter sur la terre.

Ἀντιγόνη

ὦ τύμβος, ὦ νυμφεῖον, ὦ κατασκαφὴς
οἴκησις ἀείφρουρος, οἷ πορεύομαι
πρὸς τοὺς ἐμαυτῆς, ὧν ἀριθμὸν ἐν νεκροῖς
πλεῖστον δέδεκται Φερσέφασσ᾽ ὀλωλότων·
ὧν λοισθία ᾽γὼ καὶ κάκιστα δὴ μακρῷ895
κάτειμι, πρίν μοι μοῖραν ἐξήκειν βίου.
ἐλθοῦσα μέντοι κάρτ᾽ ἐν ἐλπίσιν τρέφω
φίλη μὲν ἥξειν πατρί, προσφιλὴς δὲ σοί,
μῆτερ, φίλη δὲ σοί, κασίγνητον κάρα·
ἐπεὶ θανόντας αὐτόχειρ ὑμᾶς ἐγὼ900
ἔλουσα κἀκόσμησα κἀπιτυμβίους
χοὰς ἔδωκα. νῦν δέ Πολύνεικες, τὸ σὸν
δέμας περιστέλλουσα τοιάδ᾽ ἄρνυμαι.
καίτοι σ᾽ ἐγὼ ᾽τίμησα τοῖς φρονοῦσιν εὖ.
οὐ γάρ ποτ᾽ οὔτ᾽ ἄν, εἰ τέκνων μήτηρ ἔφυν,905
οὔτ᾽ εἰ πόσις μοι κατθανὼν ἐτήκετο,
βίᾳ πολιτῶν τόνδ᾽ ἂν ᾐρόμην πόνον.
τίνος νόμου δὴ ταῦτα πρὸς χάριν λέγω;
πόσις μὲν ἄν μοι κατθανόντος ἄλλος ἦν,
καὶ παῖς ἀπ᾽ ἄλλου φωτός, εἰ τοῦδ᾽ ἤμπλακον,910
μητρὸς δ᾽ ἐν Ἅιδου καὶ πατρὸς κεκευθότοιν
οὐκ ἔστ᾽ ἀδελφὸς ὅστις ἂν βλάστοι ποτέ.
τοιῷδε μέντοι σ᾽ ἐκπροτιμήσασ᾽ ἐγὼ
νόμῳ Κρέοντι ταῦτ᾽ ἔδοξ᾽ ἁμαρτάνειν
καὶ δεινὰ τολμᾶν, ὦ κασίγνητον κάρα.915
καὶ νῦν ἄγει με διὰ χερῶν οὕτω λαβὼν
ἄλεκτρον, ἀνυμέναιον, οὔτε του γάμου
μέρος λαχοῦσαν οὔτε παιδείου τροφῆς,
ἀλλ᾽ ὧδ᾽ ἔρημος πρὸς φίλων ἡ δύσμορος
ζῶσ᾽ εἰς θανόντων ἔρχομαι κατασκαφάς.920
ποίαν παρεξελθοῦσα δαιμόνων δίκην;
τί χρή με τὴν δύστηνον ἐς θεοὺς ἔτι
βλέπειν; τίν᾽ αὐδᾶν ξυμμάχων; ἐπεί γε δὴ
τὴν δυσσέβειαν εὐσεβοῦσ᾽, ἐκτησάμην.
ἀλλ᾽ εἰ μὲν οὖν τάδ᾽ ἐστὶν ἐν θεοῖς καλά,925
παθόντες ἂν ξυγγνοῖμεν ἡμαρτηκότες·
εἰ δ᾽ οἵδ᾽ ἁμαρτάνουσι, μὴ πλείω κακὰ
πάθοιεν ἢ καὶ δρῶσιν ἐκδίκως ἐμέ.

ANTIGONE.

- Ô sépulcre! ô lit nuptial! ô demeure creusée que je ne quitterai plus, où je rejoins les miens, que Perséphassa a reçus, innombrables, parmi les morts ! La dernière d'entre eux, et, certes, par une fin bien plus misérable, je m'en vais avant d'avoir vécu ma part légitime de la vie. Mais, en partant, je garde la très-grande espérance d'être la bien venue pour mon père, et pour toi, Mère, et pour toi, tête fraternelle ! Car, morts, je vous ai lavés de mes mains, et ornés, et je vous ai porté les libations funéraires. Et maintenant, Polyneikès, parce que j'ai enseveli ton cadavre, je reçois cette récompense. Mais je t'ai honoré, approuvée par les sages. Jamais, si j'eusse enfanté des fils, jamais, si mon époux eût pourri mort, je n'eusse fait ceci contre la loi de la cité. Et pourquoi parlé-je ainsi ? C'est que, mon époux étant mort, j'en aurais eu un autre ; ayant perdu un enfant, j'en aurais conçu d'un autre homme ; mais de mon père et de ma mère enfermés chez Aides jamais aucun autre frère ne peut me naître. Et, cependant, c'est pour cela, c'est parce que je t'ai honorée au-dessus de tout, ô tête fraternelle, que j'ai mal fait selon Créon, et que je lui semble très coupable. Et il me fait saisir et emmener violemment, vierge, sans hyménée, n'ayant eu ma part ni du mariage, ni de l'enfantement. Sans amis et misérable, je suis descendue, vivante, dans l'ensevelissement des morts. Quelle justice des Dieux ai-je violée ? Mais à quoi me sert, malheureuse, de regarder encore vers les Dieux ? Lequel appeler à l'aide, si je suis nommée impie pour avoir agi avec piété ? Si les Dieux approuvent ceci, j'avouerai l'équité de mon châtiment ; mais, si ces hommes sont iniques, je souhaite qu'ils ne souffrent pas plus de maux que ceux qu'ils m'infligent injustement.

Χορός

ἔτι τῶν αὐτῶν ἀνέμων αὑταὶ
ψυχῆς ῥιπαὶ τήνδε γ᾽ ἔχουσιν.930

LE CORYPHÉE.