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Eschyle
ANTHOLOGIE TRAGIQUE
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AVERTISSEMENT
Cette traduction d'Eschyle effectuée en 1999-2000, plus que celle que j'ai donnée de Sophocle, par exemple, se veut avant tout libre et poétique. On pourra la qualifier sans doute de « belle infidèle ». Il est indiscutable qu'aujourd'hui, la rigueur du traducteur prendrait le pas sur la fantaisie de l'artiste. En 1999, le poète et traducteur faisaient part égale : ce que le traducteur aimait, le poète parfois le rejetait, et vice-versa... Sans craindre de paraître excessif, je dirais qu'alors ma démarche était quasi schizophrénique et délicieusement tourmentée...
Pris dans le tourbillon du verbe eschyléen, j'avais tenté de faire une adaptation tout à fait personnelle d'une poésie pleine de « bruits et de fureurs ». Pourtant il m'a paru bon de la livrer telle quelle au lecteur avec toutefois quelques corrections : libre ensuite à lui de relire une traduction plus exacte et peut-être moins dérangeante...
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Les Perses
(472)
À Suse, près du palais royal
Parodos : les fidèles du roi parlent de l’expédition de Xerxès et sa folie.
Épisode 1: la reine-mère Atossa confie ses craintes au chœur. Elle leur raconte un songe de mauvais augure. Les choreutes lui conseillent de prier les Dieux. Un messager survient et annonce la défaite de Salamine et l’arrivée du roi.
Stasimon 1 : Condamnation de la folie de Xerxès.
Épisode 2 : la reine revient ; le chœur évoque l’ombre de Darius qui se met à parler pour dénoncer la folie de son fils.
Stasimon 2 : éloge de Darius
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(vers 177 - 187)
Depuis que mon enfant est parti pour l’Ionie,
Des rêves incessants perturbent mon sommeil.
Le dernier que je fis est fort évocateur.
Écoute ! Je voyais deux femmes bien vêtues :
L’une était habillée à la mode dorienne,
L’autre à la mode perse : on n'avait jamais vu
Des femmes d'une telle allure et si soignées.
Semblable était leur rang ; l’une vivait en Grèce ;
L’autre avait pour patrie les provinces barbares.
Soudain les sœurs se disputèrent et mon fils
Voulut intervenir. Ces femmes, sur son ordre,
Tirèrent son char. Si l’une était résistante,
L’autre, fatiguée, fit tomber le véhicule.
Mon fils tomba aussi. C'est alors que son père
Survint et le plaignit. Mon fils, pris de furie
À la vue de Darius, lacéra ses habits.
Voilà la vision que j’eus dans mon sommeil.
Une fois réveillée, je nettoyai mes mains
Dans l’eau purifiée, puis je sacrifiai
Aux dieux sur leur autel. Un aigle m’apparut
À côté du foyer : je fus terrifiée !
Un faucon arriva : il attaqua l’oiseau
Et dépluma sa tête ; l’aigle s'abandonna
À son rude attaquant, ô vision affreuse !
Mon histoire est à peine écoutable, il est vrai !
Allons ! Vous le savez, si mon fils réussit,
On le vénérera. S’il est vaincu, comment
Se justifiera-t-il ? Mais s’il sauve sa vie,
Il gardera le sceptre.
(vers 548 - 551, 558 - 575 et 584 - 594)
L’Asie, cette contrée dépeuplée, a gémi !
Ils sont venus pour lui et il les a perdus...
...Matelots et soldats, les lugubres vaisseaux
Les ont tous emmenés. Ces nefs les ont perdus
Et seul notre Grand Roi s’est enfui avec peine
Vers les plaines de Thrace. Et ces hommes restés
Là-bas, hélas ! hélas ! ils ont été happés
Par la fatalité. Souffrance, élève-toi
Au ciel et retentis de ta voix de douleur !
Fais entendre partout ton infini malheur...
...Les peuples de l’Asie ne se soumettent plus
À la loi de la Perse ; il n’envoient plus au roi
Leurs tributs foisonnants ; ils ne s’inclinent plus.
Le pouvoir est vacant, le joug s'est effondré,
Les langues se délient. Le peuple désormais
Parlera librement.
(vers 739 - 785)
Darius
Ah ! qu'ils ont peu tardé à se réaliser,
Ces oracles ! Et c'est mon fils qui les subit.
Je croyais que les dieux retarderaient leurs actes.
Mais quand l'homme s'acharne à courir à sa perte,
Les dieux mettent la main. La source des soucis
Est venue jusqu'à vous à cause de mon fils,
Imprudente jeunesse. Ah ! dire qu'il a tenté
De faire prisonniers les flots de l'Hellespont,
D'arrêter dans son cours le Bosphore, ce dieu !
Oui, capturant ses eaux au moyen des entraves
Forgées par le marteau, mon fils a dégagé
Un immense chemin pour son immense armée.
Il croyait surpasser, lui, un simple mortel,
La puissance des dieux et de Poséidon.
Quel délire a vaincu mon pauvre rejeton ?
Dorénavant, j'ai peur pour toutes nos richesses :
Oui, le premier venu pourra les confisquer.
Atossa
L'impétueux Xerxès doit cette déraison
À ses vils conseillers. Sans cesse, ils lui disaient
Que tu avais conquis par la force du glaive
Une fortune immense : et lui, pendant ce temps
Végétait dans sa chambre, exempté du courage,
Sans se préoccuper d'accroître ses richesses.
Ces propos répétés comme autant de reproches
L'incitèrent bientôt à marcher sur la Grèce.
Darius
Ce sont eux les auteurs de cette catastrophe
Qui restera gravée au fond de nos mémoires.
Jamais un tel fléau n'avait dévasté Suse
Depuis le temps où Zeus désigna un seul homme
Pour gouverner l'Asie, nourrice de brebis,
Jetant entre ses mains le sceptre souverain.
Médos fut le premier à diriger l'Asie.
Son fils, avec sagesse, accomplit son dessein.
Son successeur, Kyros, béni par la Fortune,
Prit le pouvoir, donnant la paix à ses sujets.
Il conquit la Lydie, ensuite la Phrygie
Avant de déferler sur toute l'Ionie,
Toujours aidé des dieux parce que raisonnable.
Le fils de Kyros fut le quatrième roi.
Après lui vint Merdis, honte de sa patrie,
Honte d'un trône antique. Artophrénès, ce brave,
Aidé par ses amis, le tua, délivrance !
Au fond de son palais. Enfin, moi, obtenant
Ce que je désirais, je reçus le pouvoir.
J'ai beaucoup guerroyé, il est vrai, mais jamais
Je n'ai conduit mon peuple à cette extrémité.
Or, Xerxès, voyez-vous, est encore immature
Et ses moindres pensées reflètent sa jeunesse.
Il n'est pas disposé à écouter ma voix.
Mes amis, disons-le, jamais à nos sujets
Les anciens rois n'avaient offert un tel désastre.
(vers 923 - 1076)
Chœur
Comme ils crient ces humains nés des flancs de la terre,
Victimes de Xerxès, pourvoyeur des Enfers,
Où les morts, aujourd'hui, s'entassent lourdement !
Il faut nous lamenter sur cette armée de braves !
Quel échec pour l’Asie, puissance de la terre !
Quelle épreuve s’est abattue sur ses genoux !
Xerxès
C’est moi qui ai plongé mes gens dans le malheur.
Que vos paroles soient les plus sombres des plaintes
Car en ce jour le sort a joué contre moi !
Chœur
Des lamentations fusent pour déplorer
Ta défaite navale, ô roi ! Je plains ta race,
Ta cité, et dans mes pleurs je veux m’engloutir.
Xerxès
L'Ionie et ses nefs ont du côté du pire
Fait pencher la balance : ils ont semé la mort
Sur le sombre rivage et sur la sombre plaine.
Chœur
Va et informe-toi dans toute la contrée
Et dis-moi : où sont donc tes derniers compagnons,
Pharankadès, Pelasgon, Psammis, Dotamas,
Sousiskanès, Agabatas ? Où sont ces hommes
Qui un jour ont quitté la cité d'Ecbatane ?
Xerxès
Ils ne sont plus. Je les ai laissés à leur sort.
Ils ont heurté la falaise de Salamine
Quand ils furent tombés du navire tyrien.
Chœur
Que sont devenus Pharmoukos, Arionardos ?
Où est le prince Seuakès et Lilaios ?
Que sont devenus Masistras et Tharybis ?
Artembarès, Memphis ?
Xerxès
Ô Destin malfaisant !
Dès qu’ils ont vu l’antique et terrible cité
D'Athènes, nos soldats se sont retrouvés là,
Palpitants sur la grève !
Chœur
Et qu'est devenu l'homme
Qui comptait dans l'armée les Myriades, ton œil,
Ton loyal serviteur ? Horreur ! Pour la noblesse
Tout ce dénombrement est chose insupportable.
Xerxès
C'est une épreuve pour l'infâme que je suis,
Moi qui ai provoqué la mort de cette armée !
Chœur
Et que lui reste-t-il ?
Xerxès
Mon seul équipement.
Chœur
Oui, je vois.
Xerxès
Ce petit étui.
Chœur
Répète-moi !
Xerxès
Ce carquois et ces traits.
Chœur
Ah ! cela est bien peu !
Xerxès
Oui, nous avons perdu nos soldats valeureux.
Chœur
Toujours les Ioniens luttent avec vaillance.
Xerxès
Ils sont braves. J'ai vu un étrange spectacle.
Chœur
La déroute sans nom de la flotte de guerre.
Xerxès
Face à un tel fléau, je lacère l'habit
Que voilà ! Quels malheurs pour nous ! Mais que de joies
Données à l’ennemi !
Chœur
Notre pouvoir s’effondre !
Xerxès
Par des cris, réplique à mes lamentations !
Chœur
Bien piètre réconfort pour notre pauvre armée.
Xerxès
Accompagne mon chant d’autres gémissements.
Chœur
Trois fois hélas ! C’est un malheur sans nom ! Je souffre.
Chœur
Frappe ! Frappe en cadence ! Oui, frappe ! Je le veux.
Chœur
Je pleure, je gémis. Hélas ! trois fois hélas !
Je veux mêler mes cris à de funèbres coups.
Xerxès
Déchire de ta main le voile qui te couvre.
Arrache tes cheveux pendant que tu gémis.
Chœur
J’arrache autant qu'il faut, j’arrache à pleines mains.
Xerxès
Que tes yeux soient remplis par des larmes amères.
Chœur
Des sanglots sur ma joue coulent en abondance.
Xerxès
Rentre en pleurs au palais, cortège languissant !
Chœur
Hélas ! Hélas ! Perse qui souffre sous nos pas.
Xerxès
Plaignons ceux qui sont morts au fond de leurs trirèmes.
Chœur
De mes lugubres cris tout le chœur t'accompagne.
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(463)
Sur l'Agora de Thèbes
Prologue : Étéocle exhorte le peuple : il annonce que les Argiens assiégeant Thèbes vont attaquer dans la nuit. Un messager arrive pour annoncer que le sept chefs vont tirer au sort laquelle des sept portes sera attaquée.
Parodos : un chœur de femmes demande protections aux dieux.
Épisode 1 : Étéocle ordonne aux femmes de se taire.
Stasimon 1 : le chœur continue ses lamentations.
Épisode 2 : description par un messager des sept chefs. Étéocle dit qu'il affrontera lui-même à la septième porte son frère Polynice. Évocation par le Chœur de la malédiction des Labdacides.
Stasimon 2 : évocation de la faute de Laïos qui dure encore à la troisième génération.
Épisode 3 : le messager annonce la victoire de Thèbes mais aussi la mort d'E[É?]téocle et de Polynice.
Exodos : on amène le corps des deux frères : chant de deuil. Défense est faite de donner une sépulture à Polynice. Antigone annonce sa décision de passer outre.
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(vers 78 - 181)
Je crie ma terreur et je crie ma souffrance !
Le flot des cavaliers vient de quitter le camp,
Immense chevauchée. Voyez cette poussière
Qui s’élève, signal muet mais si réel.
Les plaines du pays sont remplies des rumeurs
Des coursiers qui s’approchent, pareil au torrent
Qui dévale du mont dans toute sa furie.
Ô grands dieux, écartez ce fléau qui nous brise !
Les cris dépassent les murs de notre cité ;
Le peuple aux boucliers blancs est prêt à combattre.
Et c’est avec ardeur qu’il vient vers la cité.
Quelles divinités pourraient nous protéger ?
Dans vos temples si beaux, ô dieux puissants et sages,
Devant quelle statue dois-je me prosterner ?
Oui, le temps est venu d’adorer vos images.
Pourquoi gémissons-nous ? Entendez-vous le bruit
Que font les boucliers ? Ou n’entendez-vous pas ?
Moi, j’entends le fracas des lances. Que fais-tu,
Arès ? Vas-tu trahir la cité qui te fut
Longtemps hospitalière ? Ô dieu, jette ton casque !
Thèbes que tu aimais, va donc la contempler !
Dieux protecteurs, voyez ces vierges : sauvez-les
Du funeste esclavage : elles vous en supplient !
Plein de souffle guerrier s'approche l’ennemi,
Le visage cruel. Toi par qui tout s'achève,
Ô Zeus, épargne-nous ! La ville de Cadmos
Est le but des Argiens et les armes d’Arès
M'emplissent de frayeur. J'entends le bruit des freins
Sur les coursiers, j’entends sa funeste rumeur.
Les Sept présomptueux ont sorti leur épée :
Tous deux s'avancent vers l’une des sept entrées,
Celle que le destin vient de leur désigner.
Ô farouche Pallas, sauve notre patrie !
Et toi, Poséidon, oui, toi dont le trident
S'abat sur les poissons, sauve-nous du fléau !
Ô Arès, prouve-nous qu'à nous tu es lié
Par le sang. Ô Cypris, notre divine mère,