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PENTADIUS.

I

ÉLÉGIE SUR LA FORTUNE.

TELLE est la loi du Sort : les choses qui semblent être constamment les mêmes, présentent deux faces opposées.
En punissant son coupable époux, Progné donna sans doute une preuve de tendresse à sa sœur; mais elle se montra barbare en égorgeant son fils.
Médée eut recours à ses enchantements pour se venger de son mari ; mais ses enchantements furent souillés d'assassinats.
Ce fut par ses prières qu'Orphée rappela Eurydice à la vie ; et ce fut par sa faute qu'il la replongea dans les enfers.
Les fruits d'un mûrier blanc, par l'effet d'un funeste trépas, se teignirent tout à coup d'une couleur sanglante.
Si Dédale, en fuyant le royaume de Minos, dut la vie à son art, il lui dut aussi la perte de son fils.
Un don de Minerve causa, dans une même nuit, la joie et la mort des Troyens.
Léda se félicita de voir l'un de ses fils au ciel, et s'affligea de l'absence de l'autre.
Les voyageurs furent souvent victimes des cruautés de Busiris, et Busiris périt-lui-même sur l'autel où il les immolait.
Thésée fit tour à tour des vœux pour la vie et pour la mort d'Hippolyte.
Althée eut raison de venger le trépas de ses frères en jetant au feu le tison fatal ; mails elle n'en fut pas moins impitoyable mère.
Ariane gémit d'avoir été délaissée sur un rivage désert ; mais elle se réjouit au ciel de cet abandon.
Ce fut la même toison d'or qui transporta Phrixus au delà de la mer, et qui fit tomber Hellé dans les flots.
Niobé s'enorgueillissait du nombre de ses enfants, et ce nombre devint pour elle un objet de deuil.
La lance d'Achille guérissait les graves blessures qu'elle Élisait aux ennemis.
Un vaisseau battu par la tempête au milieu de la mer, entre quelquefois dans le port à pleines voiles, et quelquefois aussi il y fait naufrage.
L'enfant qui meurt en venant au monde, prend au même instant son vol vers la vie éternelle.
C'est ainsi que les biens et les maux, malgré la diversité de leur nature, se trouvent constamment réunis.

II

ÉLÉGIE SUR LE RETOUR DU PRINTEMPS.

Oui, je le sens, l'hiver a fui : le zéphyr ranime la nature, et l'Eurus réchauffe les eaux ; les champs ouvrent leur sein, la terre reçoit la chaleur et enfante des germes nouveaux ; les vallons, les prairies étalent une joyeuse verdure, et les arbres se couronnent d'un riant feuillage. Déjà l'on entend les plaintifs accents de Philomèle ; elle regrette Itys, qu'elle eut la barbarie d'offrir à la table de Térée. Les torrents se précipitent du haut des montagnes, au travers des rochers qu'ils ont polis, et font retentir les environs de leur épouvantable fracas. L'haleine de l'Aurore émaille la terre de mille fleurs, et les vallées exhalent leurs suaves parfums. Les troupeaux mugissent le long des rochers, et l'Écho répond à leur voix. La vigne unit ses pampres aux branches des ormeaux voisins, et montre déjà ses fruits. Au point du jour l'hirondelle gazouille en maçonnant son nid qu'elle suspend à ses anciennes solives. A l'ombre d'un vert platane on se couronne de fleurs, et l'on goûte un agréable sommeil. C'est dans cette aimable saison qu'il serait doux de recommencer sa vie ; c'est alors qu'il serait doux de mourir entre les bras de ses amis.

III

INSCRIPTION SUR NARCISSE.

Issu d'un fleuve, le jeune Narcisse vantait les fleuves et adorait les fontaines. Tendre objet des feux d'une Dryade, l'insensé riait d'un amour qui l'honorait. Un jour, en cherchant son père, il aperçut sa propre image dans le miroir des eaux. Il s'arrête, il s'étonne, il hésite, il la contemple, il l'aime, il se passionne pour elle, il lui fait signe, il la flatte, il la prie, il lui adresse ses plaintes. Son visage, ses yeux, ses prières, ses baisers , ses larmes, tout annonce qu'il en est épris.

IV

MÊME SUJET.

NARCISSE rencontra l'amour au sein du fleuve où il reçut la vie. Dans son illusion, il s'enflamma pour son image.

V

MÊME SUJET.

VOILA ce jeune Narcisse qui se confia trop aveuglément à ses propres ondes, Narcisse qui mérita d'être l'objet d'un véritable amour. Le voyez-vous regagner la rive couverte d'un humide gazon, pour se mirer dans les eaux qui lui donnent la mort ?

VI

MÊME SUJET.

SÉDUIT par une onde perfide, Narcisse adore son image. Supprimez l'eau, vous éteindrez ses feux.

VII

SUR LE TOMBEAU D'ACIS.

TU vois sur cette montagne le tombeau d'Acis ; une source coule à ses pieds. C'est un monument de la fureur d'un Cyclope. Belle Galatée, il renferme ton amour et ta douleur. Acis n'est plus ; mais il repose dans un glorieux sépulcre, et tes ondes jaillissantes immortalisent son nom. Oui, tu le dérobes au trépas : il est encore parmi nous; sa vie circule dans le brillant cristal de tes eaux.

VIII

SUR LE TOMBEAU D'HECTOR.

LE défenseur de sa patrie, le plus brave des guerriers, Hector, qui servait de rempart à ses infortunés concitoyens, Hector a succombé sous les coups de l'impitoyable Achille. Avec lui ont péri les espérances et le salut des Troyens. Son barbare vainqueur le traîna autour des mêmes murs que le bras de ce héros avait protégés. O combien ce jour fut douloureux pour Priam ! combien il coûta de larmes à Hécube et à Andromaque ! Son malheureux père a racheté sa dépouille au poids de l'or, et l'a renfermée tristement dans ce tombeau.

IX

SUR CHRYSOCOME.

POUR se dérober au glaive dont son mari la menaçait, Chrysocome eut recours à un juge qui partagea son déshonneur et la déclara innocente.

X

SUR VIRGILE.

 

PÂTRE, j'ai nourri des chèvres avec des feuilles ; laboureur, j'ai cultivé les champs avec un hoyau ; chevalier, j'ai triomphé des ennemis par la force de mon bras.