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1. Le berger Thyrsis, le chevrier |
11. Le cyclope |
21. Les pêcheurs |
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2. La magicienne |
12. Ailès ou les deux amis |
22. Les Dioscures |
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3. Le chevrier, ou Amaryllis |
13. Hylas |
23. L'amant malheureux |
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4. Bergers |
14. L'amour de Cynisca |
24. L'enfance d'Hercule |
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5. Les chanteurs bucoliques |
15. Les Syracusaines |
25. Hercule vainqueur du lion ou Augias |
|
6. Les chanteurs bucoliques |
16. Hiéron ou les Grâces |
26. Les Bacchantes |
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7. Les Thalisiennes |
17. Éloge de Ptolémée |
27 . Daphnis et une bergère |
|
8. Les chanteurs bucoliques |
18. Épithalame d'Hélène |
28. La quenouille |
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9. Les pasteurs |
19. Le voleur de miel |
29. L'amant |
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10. Les Moissonneurs |
20. Le pasteur |
30. Mort d'Adonis |
Nous
ignorerions de Théocrite jusqu'au lieu de sa naissance, s'il n'avait eu soin de
nous apprendre lui-même, dans sa XVe Inscription, qu'il était né à Syracuse. Il nous dit encore qu'il
ne faut point le confondre avec un autre Théocrite de Chio, auteur d'épigrammes
sanglantes qui lui coûtèrent la vie : il ajoute que son père s'appelant
Praxagoras et sa mère Philina, leur faisant ainsi, par ce pieux souvenir,
partager sa brillante immortalité : quelle plus belle marque d'amour filial un
père et une mère peuvent-ils attendre d'un fils illustre?
Théocrite florissait sous Ptolémée Philadelphe, vers la fin de la CXXIIe
olympiade, deux cent quatre-vingt-dix ans avant l'ère vulgaire. La cour de ce
prince était devenue l'asile des sciences et des arts, depuis que la Grèce, désolée
et près de subir le joug de Romains, s'était vue abandonnée des Muses, ces
enfants du luxe et de la liberté. Notre poète fut l'astre le plus brillant de
cette pléiade d'Alexandrie qui répandit l'éclat de sa gloire sur le règne
des Lagides. Il ne fut point oublié dans les largesses de Philadelphe, et sa
reconnaissance fut égale aux bienfaits : jamais il ne laisse échapper une
occasion de rendre à son protecteur les hommages que son zèle pour les lettres
lui méritait, et dans ses louanges, il met la délicatesse et la grâce qui
font le charme de ses écrits.
Il ne fut pas aussi heureux auprès d'Hiéron II, roi de Syracuse : il se plaint
avec amertume, dans une de ses Idylles (XVI)
pleine d'adroits ménagements, de l'avarice des grands de son époque: "Les
Muses indignées, dit-il, regagnent, les pieds nus, leur triste demeure, parce
qu'elles ont fait une démarche inutile, et, accablées d'ennui, elles restent
assises sans honneur au fond d'un coffre vide, la tête appuyée sur leurs
genoux glacés." Et cependant il ne réussit point à s'attirer la faveur
du tyran que le suffrage de ses concitoyens avait alors placé sur le trône de
Sicile.
Si l'on peut juger du caractère d'un écrivain par ses ouvrages, ceux de Théocrite
nous donneront l'idée la plus flatteuse des qualités de son cœur et de son
esprit. Il parle avec la plus touchante admiration, avec l'enthousiasme même le
plus vrai de ses maîtres, Philétas de Cos, poète élégiaque et Asclépiade,
surnommé Sicélide, auteur d'épigrammes (Idylle VII). Ses rivaux en poésie étaient ses meilleurs amis. Il
raconte avec bonheur, dans les Tholysiennes,
les conversations qu'il avait avec Lycidas, poète bucolique de Cydon, dans l'île
de Crète. Quels éloges il lui prodigue! et Nicias, poète et médecin de
Milet, quelle tendre amitié les unit, quels sages conseils il lui donne! Son cœur
aimant a deviné l'influence des femmes dans la société, dont la civilisation
moderne a tiré tant d'avantage. Voyez-le peindre avec une vérité frappante et
sans froide galanterie, les devoirs de la mère de famille dans cette charmante
épître (XXVIII) qu'il adresse à Theugénide, l'aimable épouse de son ami
Nicias, en lui envoyant une jolie quenouille d'ivoire, présent de Minerve la déesse
aux yeux bleus : "Quenouille jolie ! s'écrie-t-il, tu seras offerte à l'épouse
de Nicias. Dans ses laborieuses mains tu prépareras ces superbes tissus dont
les hommes se couvrent, ces robes ondoyantes dont se parent les femmes... Theugénide
a cet amour du travail qui, dans les femmes, est le caractère de la vertu. Je
n'ai point voulu te conduire dans le séjour de l'indolence et de l'oisiveté...
La demeure que je te réserve est celle d'un sage. Toutes les amies de Theugénide
admireront son élégante quenouille, et sans cesse tu rappelleras à sa mémoire
le souvenir de son hôte chéri des Muses. Qu'en te voyant chacun dise : Le présent
est petit, mais qu'il a de prix! Les dons de l'amitié sont toujours précieux."
On dirait comme un écho éloigné des chants de Salomon sur la femme forte.
On attribue à Théocrite des élégies, des hymnes et des iambes, mais il ne
nous est parvenu que XXX idylles et XXIII inscriptions ou épigrammes, où l'on
croit toujours entendre résonner quelques accents affaiblis de la lyre champêtre.
On a aussi recueilli dans Casaubon et Athénée III fragments, dont l'un semble
faire suite à la XXIXème Idylle ;
aussi, dans notre nouvelle traduction, n'avons-nous pas hésité à le mettre à
sa place convenable.
Les idylles du poète de Syracuse ne sont pas seulement, comme semblerait
indiquer ce mot, des poésies pastorales ; le mot idylle est ramené ici à sa
signification étymologique. Eidos, eidyllion
désigne en grec un tableau, une image, une collection de petits sujets de
peinture, et en l'appliquant, par comparaison, à la poésie, une suite de
petits poèmes sur divers sujets. Aussi Théocrite, dans ses idylles, a pris
tous les tons ; mais c’est sur les sujets champêtres qu'il s'est le plus
exercé, et c'est aussi sous ce rapport qu'il est le plus connu : on ne l'a même
guère jugé que comme poète bucolique. Les uns, et c'est, croyons-nous, tous
ceux qui l'ont lu, l'ont admiré ; les autres l'ont déprécié, en lui opposant
constamment Virgile. C'est une bizarrerie inexplicable en littérature : lorsque
deux auteurs dans le même genre sont en présence, on veut absolument que l'un
soit supérieur à l'autre ; il faut les comparer et juger de leur ressemblance.
Prononcer sur leur mérite aux dépens de l'un des deux concurrents, c'est être
ennemi de ses jouissances les plus pures.
Étudions en particulier les beautés de chaque écrivain, et nous verrons qu'un
grand poète, par exemple, ressemble à un autre grand poète, comme une beauté
ressemble à une autre beauté; ils sont tous les deux admirables, voilà leur
ressemblance. Nous nous garderons bien d'avancer que Théocrite est préférable
à Virgile, quoique, en notre qualité de traducteur, nous eussions droit de
l'admirer exclusivement, mais si nous avions à peindre le talent de ces deux poètes,
nous tâcherions d'attirer sur l'un et l'autre la même admiration.
On ressentira, en lisant les poésies pastorales de Théocrite, tous les charmes
de la campagne et de la solitude. Ses bergers sont peints avec tant de vérité
qu'on s'imagine vivre au milieu d'eux, mais il a eu soin surtout, sauf un petit
nombre d'exceptions, de ne nous présenter que le côté aimable de leur caractère,
et s'il leur a laissé des défauts, il les a placés dans l'ombre, seulement
pour nous frapper par la vérité de la peinture et faire ressortir plus
vivement leurs bonnes qualités par un contraste habilement ménagé.
Lui ferons-nous un reproche de quelques traits d'une nature vraiment révoltante
qu'on trouve dans la Ve Idylle
et ailleurs, et que nous avons voilés dans la traduction ? Théocrite, quand on
a lu ses ouvrages, intéresse tellement pour ses bergers et surtout pour lui-même
qu'on n'a pas le courage de rien dire contre lui. Accusons de ces tristes débordements
les mœurs païennes : les
gymnases, où les jeunes gens se livraient ensemble et dans la plus complète
nudité aux exercices de la lutte, la séquestration des femmes, voilà sans
doute la cause de ces monstruosités qui sont heureusement si éloignées de nos
mœurs que nous ne comprenons pas comment on a pu les embellir du charme des
vers. Ces amours à la grecque nous paraissent si dégoûtantes que peu s'en est
fallu que dans la traduction nous n'ayons changé les noms d'hommes en noms de
femmes .....
Cependant Théocrite n'était point étranger au doux sentiment de l'amour : il
lui a inspiré ses deux plus belles Idylles,
qui sont sans contredit la IIe et la XXVe. La première,
c'est l'amour dans toute la violence de ses transports, et ce poème est, au
sentiment de Racine, juge compétent en pareille matière, ce que l'Antiquité a
laissé de plus passionné ; l'autre le reproduit dans ce qu'il a de plus suave,
de plus délicat : cette idylle, qui pourrait être le sujet d'une longue étude
littéraire et philosophique, semble avoir été destinée à compléter pour le
lecteur de Théocrite toutes les faces de l'amour, le plus infini des
sentiments.
Si l'on appelle pastorales les poésies de Théocrite dont les acteurs sont des
habitants de la campagne ou peuvent être supposés tels, on trouvera XVII Idylles
bucoliques, mais dans ses poèmes, il prend tous les tons : il se sert tour
à tour de la poésie lyrique sous ses différentes formes, de l'élégie et de
ses accents plaintifs.
Dans les Idylles qu'il est impossible
de regarder comme pastorales, notre poète a les beautés propres à chaque
genre, il s'élève à la hauteur de la poésie épique : pensées, expressions
, épithètes, tout est plein de hardiesse et de pompe. L'ode, échauffée du
feu de son âme, en fait l'émule de Pindare dans plusieurs de ses tableaux.
Parfois aussi l'idylle prend le ton de la comédie.
Théocrite offre plusieurs scènes, soit en action, soit en récit, dignes des
poètes comiques les plus célèbres. Il a fait parler les héros et les dieux
dans la tragédie ; il dit alors simplement les choses graves, il est sublime
sans enflure, naïf sans trivialité.
Il n'est pas étonnant qu'il ait voulu s'exercer dans le poème dramatique : un
de ses talents les plus remarquables, et c'est celui qui distingue tous les
grands écrivains, est de peindre les actions des personnages qu'il introduit
dans ses Idylles avec une vivacité
qui les met en scène dans l'imagination de ses lecteurs ; joignez à celte
brillante faculté de son génie l'art inépuisable de leur conserver à tous
leur caractère propre avec une constance qui ne se dément jamais, et vous
aurez une idée juste de Théocrite.
Il termina probablement son assez longue carrière vers l'année où Marcellus,
après s'être emparé de Syracuse défendue en vain par le fameux Archimède,
vint lui-même perdre la vie dans un piège que lui tendit Hannibal.
Dans cette nouvelle traduction, nous n'avons pas cru, par respect pour les
Anciens, devoir rien retrancher de ce que la postérité nous a conservé de Théocrite.
La traduction doit faire connaître les auteurs à ceux qui ne peuvent ou ne
veulent pas les lire dans leur langue originale ; il faut donc les montrer tels
qu'ils sont, avec toutes leurs beautés, mais aussi avec leurs défauts. C'est
au lecteur à savoir secouer les préjugés de nations et de mœurs pour pouvoir
juger sainement des mœurs et des
usages séparés des nôtres par un espace de deux mille ans. Mais tout en
conservant à son original le caractère d'antiquité qui lui convient, le
traducteur doit se débarrasser des langes de la différence des langues et
s'imaginer que son auteur est, non pas Français, mais qu'il parle la langue
française avec autant d'élégance et de talent que s'il parlait réellement la
langue grecque. Ainsi point d'hellénisme inadmissible dans notre idiome, point
de tournure bizarre et choquante pour les Français : tel a été notre désir
en travaillant à faire connaître les grâces de Théocrite.
Nous avons dû cependant, tout en présentant une nouvelle traduction du berger
sicilien, examiner quelques-unes de celles qui ont été faites avant nous. Les
travaux de nos prédécesseurs nous ont servi : souvent notre expression a
acquis plus de force et de vérité grâce à des efforts qui ne sont pas les nôtres
; souvent les fautes mêmes de nos devanciers nous ont signalé des erreurs à
éviter, des imperfections à corriger.
Les traductions de Théocrite ont été nombreuses ; le charme de son style et
de ses sujets attirait naturellement l'attention des érudits. L'extrême
difficulté de cet auteur a rendu infructueuses bien des tentatives successives
et patientes, mais elles n'ont pas été complètement perdues pour la science.
Le texte de Théocrite y a gagné de la pureté ; des vers inachevés ont été
restitués, des commentaires habiles ont interprété des passages obscurs ; les
fréquents proverbes toujours si difficiles à comprendre, parce qu'ils sont
l'image exacte des mœurs souvent
inconnues d'une nation, furent expliqués ou du moins donnèrent naissance à
d'ingénieuses dissertations, à des recherches savantes sur les habitudes de
l'Antiquité. Nous ne présenterons pas ici un catalogue exact des éditions,
traductions, imitations, annotations de Théocrite : nous indiquerons
successivement et nous jugerons avec réserve.
Théocrite a été traduit en vers latins par Hélius Eobanus. Ce volume, petit
in-8° publié à Bâle en 1531, est l'œuvre d'un philologue habile, mais d'un
poète médiocre. Il y a de la fidélité dans la traduction, mais l'expression
manque da grâce et de couleur.
Longuepierre, auteur de Médée, tragédie
qui est restée au théâtre, a traduit les quinze premières Idylles.
Les vers sont mauvais et aujourd'hui oubliés ; les notes sont bonnes quoique un
peu longues : elles ont mérité les éloges des philologues allemands, et si
leur rédaction, souvent diffuse, les rend ennuyeuses à lire, elles offrent
cependant des éclaircissements curieux.
Chabanon a tour à leur traduit et imité quelques Idylles de Théocrite. La sécheresse et la raideur sont les défauts
de son œuvre ; les notes seules ont survécu : elles sont utiles et pleines
d'une science rendue avec facilité.
Après cette mauvaise traduction en parut une autre en prose plus mauvaise
encore par P.-L.-C. Gin, ancien jurisconsulte. Le style en est diffus et c'est là
son moindre défaut : la langue française, l'orthographe et la syntaxe même y
sont violées à toutes les lignes.
Théocrite trouva enfin un traducteur en la personne de Geoffroy. Mais l'habile
critique chercha surtout à plaire ; l'élégance fut son principal but : pour
faire lire Théocrite à des Français, il l'arrangea, il supprima les passages
qu'il ne put pas rendre aimables, il amplifia la comparaison, il tailla les
phrases à la française ; il éluda ainsi les difficultés sérieuses et
changea le caractère général, la physionomie du poète. Du reste Geoffroy a
pris soin de nous avertir de ces licences, dictées par de bonnes intentions,
dans une longue préface écrite tout entière avec le style et la rhétorique
de l'ancien professeur d'éloquence au collège Mazarin (1)
: "Cependant, nous dit-il, la bonne foi me fait un devoir de déclarer que,
d'après les principes de Cicéron et d'Horace, je me suis plus attaché à
rendre l'esprit de Théocrite qu'a compter ses mots. J'ai même osé sacrifier
à notre goût et à nos mœurs quelques traits trop choquants pour des lecteurs
français, convaincu que ces retranchements témoignaient à la fois mon respect
pour Théocrite et pour le public. Mais pour ne rien faire perdre aux amateurs
et pour justifier mes libertés aux gens de goût, ce que j'enlève au texte, je
le restitue dans les notes. Je sais qu'une pareille témérité eût été
regardée autrefois comme un sacrilège, mais la superstition n'est plus à la
mode. Si les Anciens sont des dieux, le culte qui les honore le mieux c'est un
culte raisonnable, et le traducteur le plus irréligieux sera toujours celui qui
par une exactitude aveugle et servile immole sa divinité à la risée des
impies."
Geoffroy a tenu toutes ses promesses. Sa traduction est une belle
infidèle.
Parmi nos contemporains, M. Didot a mis en vers avec une exactitude scrupuleuse
la traduction déjà très fidèle de M. Gail. M. Cros a publié en 1832 un
travail fait selon les mêmes principes. Ce système de traduction littérale et
vers par vers a été tenté et consacré par d'heureux essais dans des langues
étrangères. La langue allemande, plus riche que la nôtre, douée de
combinaisons assez puissantes pour créer des mots nouveaux, maniée en outre
habilement par Woss, a pu rendre les chefs-d'œuvre de la littérature ancienne
dans leurs moindres détails, mais jusqu'ici notre langue française, malgré
les efforts de Delille, de Didot, de M. Cros et de beaucoup d'autres, n'a pu
reproduire avec leurs qualités essentielles les chefs-d'œuvre de l'antique poésie.
Les Anglais possèdent deux traductions en vers de Théocrite, toutes deux également
remarquables à des titres différents ; celle de Fawkes et celle de Polwhele.
Les Italiens citent avec orgueil une longue liste de traducteurs de Théocrite :
Salvini, Gaetani della Terre, Pagnini, Regalotti, Zemagora.
Enfin les Allemands possèdent, outre les traductions en prose par Grille et Kütner,
une excellente traduction en vers par Ernst-Christoph Bindemann (1793) et celle
de Woss, qui est un chef-d'œuvre poussé à un point de perfection qu'il est
difficile de surpasser.
A toutes les versions de Théocrite que nous venons d'énumérer, nous en
joindrons une dernière en vers, publiée en 1829, qui a pour nous le double mérite
d'être d'une parfaite élégance et de nous être restée comme le dernier
monument, l'ouvrage le plus consciencieux d'un de nos compatriotes, d'un
Lyonnais, de M. Servan de Sugny, enlevé jeune encore aux espérances de la littérature.
Le talent de Servan de Sugny était surtout remarquable par une facilité
toujours pure, par une correction facile, par une douceur aimable. Dans sa
traduction de Théocrite, il ne lutte pas avec assez de constance contre le poète
grec : il a souvent recours à la paraphrase quand il pourrait peindre d'un seul
trait ; il est toujours retenu par une sorte de timide délicatesse qui l'arrête
en face du texte : cependant sa traduction est lue avec plaisir ; elle a reçu
des éloges mérités, et nous ne pouvons que consigner ici, avec l'expression
de nos regrets pour une mort si rapide, l'expression sincère de notre
admiration pour des efforts constants quelquefois couronnés par le succès.
Tels sont nos prédécesseurs. Puissions-nous dans cette nouvelle traduction
avoir fait notre conquête de leurs beautés et notre enseignement de leurs
fautes !
(1)
Idylles
de Théocrite,
traduites en français avec des remarques par Julien-Louis Geoffroy, ci-devant
professeur d'éloquence au collège Mazarin.
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ΘΕΟΚΡΙΤΟΥ ΕΙΔΥΛΛΙΑ I. ΘΥΡΣΙΣ Ἢ ΩΔΗ ΘΥΡΣΙΣ |
LE
BERGER THYRSIS, LE CHEVRIER Entretien entre le berger Thyrsis et un chevrier. Thyrsis chante les amours et la mort de Daphnis. Le chevrier, charmé de sa voix, lui permet de traire trois fois une chèvre et lui fait présent d'une coupe où est gravé un gracieux paysage. THYRSIS.
Chevrier, le pin qui ombrage cette source fait entendre un doux frémissement,
et toi, tu tires de ta flûte des sons enchanteurs. Tu ne le cèdes qu'à Pan.
Si ce dieu accepte un bouc haut encorné, tu recevras une chèvre, mais s'il désire
la chèvre, tu auras le chevreau : la chair du chevreau, nouvellement sevré,
est exquise.
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|
ΘΕΟΚΡΙΤΟΥ Πᾷ μοι ταὶ δάφναι; Φέρε, Θεστυλί. Πᾷ δὲ τὰ φίλτρα; |
IIe
IDYLLE (6) LA
MAGICIENNE Cimétha, éprise d'amour pour le Myndien Delphis, cherche par des enchantements à le tirer du gymnase et à le ramener à elle. Elle invoque Hécate et la Lune, divinités favorables aux amants. Un esclave Thestylis la seconde dans ses opérations magiques. Où
sont les lauriers? où sont les philtres ? apporte-les, Thestylis. Couvre cette
coupe d'une rouge toison ; je veux poursuivre de mes enchantements le parjure
qui cause mes maux. Depuis douze jours ce perfide est loin de moi, et il ne
s'informe point si je vis ou si je meurs. Il n'est plus venu frapper à ma
porte, le cruel ! Ah! sans doute l'Amour et Vénus ont allumé d'autres feux
dans son cœur inconstant. Demain j'irai au gymnase de Timagètes pour le voir
et lui demander la raison de sa conduite. Aujourd'hui poursuivons-le de nos
enchantements. |