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table des matières de l'œuvre dE JULIEN

 

 

JULIEN

 

ÉPÎTRE AU SÉNAT ET AU PEUPLE D'ATHÈNES.

 

ÉPÎTRE A THÉMISTIUS.

 LES CÉSARS

 

 

ÉPÎTRE AU SÉNAT ET AU PEUPLE D'ATHÈNES (01).

SOMMAIRE.

Éloge des Athéniens et en particulier de leur amour pour la justice. - Julien va leur raconter toute son histoire, jusqu'à son avènement à l'empire. - Origine de Julien. - Sa famille massacrée par ordre de Constance. - Il échappe avec son frère Gallus. - Ils sont gardée à vue pendant six ans. - Gallus est élevé à la dignité de César. - Constance le fait mettre à mort. - Ses soupçons contre Julien entretenus par des délateurs. - Faveur spéciale d'Eusébie, qui lui concilie celle de Constance. - Il est mandé à Milan, nommé César et envoyé en Gaule. - Récit de son administration et de ses campagnes. - Les soldats le proclament Auguste malgré lui. - Il a essayé vainement de se réconcilier avec Constance. - Celui-ci s'obstine à lui faire la guerre. - Que les Athéniens décident entre Constance et Julien.

1. Mille actions d'éclat ont illustré vos ancêtres et leur ont donné, non seulement à eux autrefois, mais à vous aujourd'hui, le droit d'en être fiers : mille trophées s'élèvent chez vous au nom de la Grèce entière, qu'ils honorent en commun, et de votre ville qu'ils glorifient en particulier, par le souvenir des combats qu'elle a livrés seule contre les autres Grecs ou contre les barbares. Et cependant il n'est point de si grand exploit, de si beau trait de courage, dont les autres cités ne puissent vous disputer la palme, les uns accomplis par elles avec vous, les autres par elles seules. Mais je ne veux point par une comparaison, suivie d'une préférence, paraître hésiter dans une question douteuse, ni, comme font les rhéteurs, louer avec plus de réserve les cités qui n'ont pas en l'avantage; je me borne à citer de vous un fait unique, dont on ne saurait trouver le rival chez les autres Grecs, depuis l'époque de votre vieille renommée jusqu'à nos jours. L'empire ne s'étaient arrogé les Lacédémoniens, vous le leur avez enlevé, non par la force des armes, mais par votre réputation de justice. Vos lois ont formé le juste Aristide, et ces monuments glorieux de votre vertu, vous les avez solennellement confirmés, ce semble, par des actions plus glorieuses encore. Car il est facile de se donner le bruit mensonger d'être un homme juste, et il peut arriver, sans que cela soit extraordinaire, qu'il se trouve un homme de bien dans un grand nombre de méchants. N'est-ce point ainsi que l'on vante chez les Mèdes un Déjocès, un Abaris chez les Hyperboréens, un Anacharsis chez les Scythes (02)? Faut-il s'étonner que, au sein de ces nations souverainement injustes, il se soit rencontré trois hommes pratiquant la justice, les deux premiers sincèrement, et le dernier dans une vue intéressée? Mais un peuple, une cité tout entière aimant les paroles et les actions justes, il n'est pas facile d'en trouver ailleurs que chez vous. On pourrait vanter mille traits de ce genre dans votre histoire, je n'en citerai qu'un (03). Après la guerre médique, Thémistocle conçut le projet d'incendier les arsenaux maritimes des Grecs; mais n'osant en faire part au peuple, il proposa de confier son secret à l'un des citoyens qu'on lui désignerait : le choix du peuple tomba sur Aristide. Alors Aristide, ayant pris connaissance du projet, n'en dit pas un mot, mais annonça au peuple qu'il n'y avait rien de plus avantageux ni de plus injuste que le plan qui lui était soumis. La ville l'improuva sur-le-champ et en défendit l'exécution. Voilà, par Jupiter! de la grandeur d'âme ! Voilà quels devaient être les hommes nourris sous les regards mûmes de la plus sage des déesses (04) !

3. C'est ainsi que les choses se passaient chez vous jadis, et il vous reste encore quelques vives étincelles de la vertu de vos aïeux. Il est donc tout naturel que vous ne considériez pas seulement dans un homme la grandeur de ses exploits, fût-il capable de parcourir la terre avec une incroyable vitesse et une vigueur infatigable, comme s'il volait dans les airs (05); mais que vous examiniez s'il agit conformément à la justice. Alors, s'il vous paraît agir suivant les lois de l'équité, vous le louez tous, en particulier aussi bien qu'en public; mais s'il manque à la justice, il n'obtient que votre mépris. En effet, la justice est sœur de la prudence, et vous avez raison de repousser ceux qui foulent aux pieds la justice, comme sacrilèges envers la déesse qui veille sur vous. Je veux donc aujourd'hui vous raconter tout ce qui me concerne, quoique vous en ayez déjà connaissance, afin que, si quelques faits vous ont échappé, vous soyez instruits de ce que tout le monde doit savoir et. que de vous ces détails passent au reste des Grecs. Qu'on ne m'accuse point d'être futile ou prolixe si j'embrasse dans mon récit non seulement des événements qui se sont passés sous les yeux de tous, mais ceux mêmes dont la date est un peu plus ancienne. Je veux que personne n'ignore ce qui me touche, et il est probable que l'un ne sait pas ce qu'un autre peut savoir. Je commencerai donc par mes parents.

3. Par mon père (06) je suis de la même origine que Constance, c'est un fait notoire. Car son père et le mien étaient frères et issus du même père (07). Aussi avec quelle humanité cet empereur nous a-t-il traités, nous, ses proches parents! Mes six cousins (08), qui étaient également les siens, mon père qui était son oncle, puis un autre oncle commun du côté paternel (09), et enfin mon frère aîné (10), il les fit tous mettre à mort sans jugement. Il voulait me tuer aussi, avec mon autre frère (11) : il se contenta de l'exil (12). J'en fus rappelé quelque temps après, mais mon frère perdit égorgé le titre de César (13). Qu'est-il besoin que je raconte les détails inouïs de cette tragédie? L'empereur se repentit, dit-on; il éprouva le plus violent chagrin et regarda comme un châtiment du Ciel de n'avoir point d'enfants et de faire aux Perses une guerre désastreuse. Tels furent du moins les propos répandus alors à la cour au sujet de mon frère Gallus, d'heureuse mémoire. On lui donnait pour la première fois son véritable titre. Car, après l'avoir fait mourir au mépris des lois, l'empereur n'avait pas permis qu'il fût placé dans le tombeau de ses pères ni que l'on rendit hommage à sa mémoire. Outre les propos que j'ai rapportés, on voulait nous faire croire que l'empereur avait agi par surprise : il avait cédé à la violence, à la pression turbulente d'une soldatesque remuante et indisciplinée. On ne cessait de nous tenir ce langage, lorsque nous étions confinés dans une campagne de la Cappadoce (14), où personne ne pouvait nous visiter. On nous y avait conduits tous deux, mon frère tiré de son exil, et moi, tout jeune encore, arraché aux premières leçons de l'enfance. Que n'aurais-je point à dire de ces six années où nous fûmes détenus dans une propriété étrangère, ou plutôt gardés à vue comme dans une prison, chez les Perses, sans aucune communication avec les gens du dehors ou avec ceux qui nous étaient depuis longtemps connus, vivant sevrés de toute étude sérieuse, de tout libre entretien, nourris parmi un grand nombre de domestiques et contraints de nous exercer avec nos esclaves comme avec des amis : car on ne laissait approcher de nous aucun compagnon de notre âge.

4. Les dieux me firent la grâce de me tirer à grand-peine de cette réclusion; mais mon frère fut attiré à la cour par un sort on ne peut plus déplorable. Car, s'il montra dans son caractère quelque chose d'âpre et de sauvage, ce fut l'effet de son éducation montagnarde, et l'on n'en saurait accuser, ce me semble, que celui qui nous avait condamnés à ce genre d'éducation. Les dieux, pour m'épurer, m'ont donné la philosophie, mais personne n'a retenu mon frère cédant à ses penchants. A peine fut-il passé des champs au palais, que l'empereur, en le revêtant du manteau rouge, commença de le haïr et ne cessa qu'après l'avoir mis à mort. C'eût été trop peu pour lui de le dépouiller de la pourpre. Au moins méritait-il de vivre, s'il paraissait incapable de régner; mais non, il fallait le priver de la vie. Je le veux bien ; mais il fallait d'abord l'écouter, comme on le permet aux malfaiteurs. Si, en effet, la loi défend au geôlier de tuer les voleurs, comment justifier la mort de princes qu'on a dépouillés de leurs honneurs et réduits à la condition privée? Mon frère avait de quoi confondre les auteurs de tous ces forfaits. On lui avait remis des lettres de certains d'entre eux. Et que de calomnies, grands dieux ! elles renfermaient contre lui! C'est là ce qui souleva son indignation, ces qui le jeta dans une colère trop violente pour un prince. Mais était-ce un crime à paver de sa tête? N'est-ce donc pas une loi commune à tous les hommes, Grecs ou barbares, de repousser les injustices? Il les a repoussées peut-être avec trop de rigueur. Mais avait-il tout à fait tort? Et n'a-t-on pas dit depuis longtemps qu'un ennemi peut bien céder un peu à la colère? Non, non, c'est pour plaire à un eunuque, son chambellan (15), et au chef de ses cuisinier, que l'empereur a permis à de cruels bourreaux de tuer son cousin, un César devenu l'époux de sa sœur, le père d'une de ses nièces, un homme dont il avait lui-même épousé la sœur (16) et auquel l'unissaient tant de liens légitimes de la parenté la plus sainte.

5. Quant à moi, il ne me relâcha qu'à grand-peine, après m'avoir traîné ça et là, pendant sept  mois entiers, d'une prison à une autre prison. Et certes, si quelque divinité, qui voulait me sauver, n'eût touché sur mon sort sa femme, la belle et bonne Eusébie, jamais je ne me serais échappé de ses mains. Et cependant, j'en atteste les dieux, je n'avais pas vu mon frère, même en songe, lorsqu'il agissait ainsi : je n'étais point avec lui, je ne le fréquentais nullement, ni n'approchais de sa personne. Je lui écrivais quelques lettres et sur quelques objets sans valeur. Dès que je fus libre, je m'empressai de me réfugier dans la maison de ma mère. Car de mon héritage paternel il ne restait plus rien, et des grands biens qu'avait possédés mon père je n'avais plus une motte de terre, un esclave, une maison. Le beau Constance avait hérité pour moi de tout l'avoir de mon père, et, comme je l'ai dit, il ne m'en avait pas conservé même un fétu. Seulement il en avait assigné à mon frère une très faible partie, en le privant de tout ce qui lui revenait de sa mère (17).

6. Passons maintenant à ce qu'il fit ensuite contre moi, avant de me conférer le plus auguste des titres ou plutôt avant de m'imposer la plus amère et la plus pénible servitude : écoutez sinon tous, an moins presque tous ses méfaits. Aussitôt que je fus revenu près mou de foyer, heureux de me sentir sauvé, quoique avec peine, un imposteur répand à Sirmium le bruit qu'il se trame par là des projets de révolte. Vous avez sans doute entendu parler d'Africanus et de Marinus : vous n'ignorez pas non plus le nom de Félix, ni tout ce qui se rattache à ces différents personnages. A peine leur projet eut-il été révélé à l'empereur, que Dynamius, autre calomniateur, lui annonce une guerre en Gaule aussi sûrement qu'une crue du Nil. Frappé de terreur, craignant pour sa vie, il m'envoie l'ordre de me retirer quelque temps en Grèce, et me rappelle bientôt auprès de lui. Jusque-là je ne l'avais vu qu'une fois en Cappadoce, et une autre fois en Italie, sur les instances d'Eusébie, qui voulait me rassurer sur mon sort. Cependant depuis six mois je séjournais dans la même ville que lui, et il promettait toujours de me recevoir. Mais l'eunuque maudit, son fidèle chambellan, devint, sans le vouloir, mon bienfaiteur, en m'empêchant de voir souvent le prince. Peut-être aussi ne le voulait-il pas : c'était pour lui un point capital : il craignait que, s'il s'établissait des relations entre l'empereur et moi, je ne devinsse ensuite son ami et qu'il ne me donnât quelque poste de confiance. Aussitôt après mon retour de la Grèce, l'impératrice Eusébie, d'heureuse mémoire, me fit accueillir par les eunuques attachés à son service et me témoigna la plus grande bonté. Quelque temps après, l'empereur étant revenu de son expédition coutre Sylvanus (18), j'ai mes entrées libres à la cour, où ce qu'on appelle la nécessité thessalienne (19) m'y fait pénétrer. Je me refusais constamment à vivre dans le palais, mais les eunuques se mettent autour de moi, comme dans une boutique de barbier, me rusent la barbe, me jettent sur le dus une chlamyde (20), et me donnent, suivant moi, une plaisante tournure de soldat. L'accoutrement de ces êtres vils ne pouvait me convenir : je ne marchais pas comme eux, promenant partout mes regards, la mine relevée : je regardais la terre, suivant l'habitude que m'en avait donnée mon pédagogue (21). Je leur prêtai d'abord à rire; bientôt ce fut de la défiance, et enfin une haine ardente. Je ne tairai pas ici jusqu'à quel point je poussai les concessions et comment je consentis à vivre sous le môme toit avec des hommes que je savais être les bourreaux de ma famille et que je soupçonnais d'attenter à mes jours. Que de torrents de larmes je répandis ! Que de gémissements, les mains tendues vers l'acropole de votre cité, suppliant Minerve de sauver son serviteur et de ne point l'abandonner! Beaucoup d'entre vous l'ont vu et peuvent en rendre témoignage. La déesse elle-même sait combien de fois je lui demandai de mourir avant de quitter Athènes. Elle ne trahit donc pas son serviteur, elle ne le livra point à ses ennemis : les faits le prouvent; mais elle me guida partout, partout elle m'envoya des anges gardiens du Soleil et de la Lune. Voici ce qui m'arriva.

7. A Milan, je logeais dans un faubourg. Là, Eusébie m'envoie visiter par des hommes de confiance, me priant de lui écrire et de lui demander sans crainte ce que je voulais. J'écris donc une lettre ou plutôt une supplique où se trouvaient ces vœux : « Puissiez-vous avoir des enfants, héritiers de vos biens! Que le Ciel vous comble de prospérité! Renvoyez-moi chez moi le plus tôt possible! » Il me vient alors à l'esprit qu'il n'est point sûr d'envoyer au palais une lettre adressée à la femme de l'empereur, et je prie les dieux de me faire savoir dans mon sommeil si je dois faire parvenir mon billet à l'impératrice. Les dieux me menacent, si je l'envoie, d'une mort ignominieuse. Ce que je vous écris est la pure vérité, j'en prends à témoin tous les dieux. Je m'abstiens donc de faire partir ma lettre. De cette nuit mon esprit se pénètre d'un raisonnement que vous croirez digne (le votre attention. « Eh quoi! me dis-je, je pourrais m'opposer à la volonté des dieux et m'imaginer pourvoir mieux à mon salut que ceux qui savent tout? La prudence humaine embrasse à peine le présent, et elle n'est guère infaillible que pour des objets sans valeur. De là vient que personne ne délibère sur ce qui doit arriver dans trente ans ni sur des événements déjà passés, l'un étant superflu, l'autre impossible, mais sur des faits qui sont entre nos mains et dont nous avons, en quelque sorte, les éléments et les germes. Mais la vue des dieux perce plus loin, ou plutôt ils voient tout : ils nous conseillent juste et nous font taire le meilleur. Car, puisqu'ils sont les auteurs de ce qui est et de ce, qui doit être; ils doivent connaître aussi les faits présents. » Ces réflexions faites, le second avis me parut plus sage que le premier, et, en y songeant, je le trouvai plus conforme à la justice : « Tu te fâcherais, me dis-je, si l'un de tes esclaves te privait de quelque objet à ton service ou refusait de venir quand tu l'appelles. Tu en ferais autant à l'égard d'un cheval, d'une brebis, d'un bœuf. Et toi, qui te dis un homme, non du commun ni de la lie, mais du nombre des sages et des justes, tu prives les dieux de ton service, tu ne t'offres point à eux, s'ils veulent user de toi? Prends garde d'agir comme un fou et de méconnaître les justes droits des dieux! Ton courage, qu'en fais-tu, qu'en veux-tu faire? Projet ridicule! Te voilà prêt à flatter, à ramper par crainte de la mort ! Qui t'empêche de tout abandonner, de te livrer aux dieux pour faire de toi ce qu'ils veulent, de t'en remettre au soin qu'ils prendront de toi, suivant la maxime de Socrate, d'agir selon qu'il leur plaira, de tout faire à leur convenance, de ne rien posséder, de ne rien prendre sans leur aveu, mais de recevoir avec confiance les biens qu'ils nous envoient? »

8. J'adopte ce conseil comme étant à la fois sûr et digne d'un homme sans ambition ; et puis, c'étaient les dieux qui me t'avaient inspiré. Car, dans la perspective des pièges qui m'étaient tendus, rien ne me paraissait plus téméraire que de me jeter dans un péril sans gloire. Je cède donc, j'obéis. Aussitôt on me décore du nom et du manteau de César. Véritable servitude : crainte chaque jour suspendue sur ma tête, et quelle crainte, grands dieux ! Portes closes, geôliers, mains de mes domestiques surveillées, afin qu'il ne me parvienne aucun billet de mes amis; serviteurs étrangers. Je n'avais pu amener à la cour avec moi, pour mon service personnel, que quatre domestiques, deux petits garçons, les deux autres plus âgés. Un de ces derniers (22) partageait seul ma croyance religieuse, et, aussi secrètement que possible, mes pratiques à l'égard des dieux. Je lui confie la garde de mes livres, comme au plus fidèle de mes amis et de mes intimes. L'autre était un jeune médecin (23) à qui, par ignorance de notre amitié, l'on avait permis de m'accompagner dans mon voyage. Tant d'alarmes, tant de justes soupçons me décident à repousser les visites fréquentes même d'amis dévoués. Malgré mon désir de les voir, je craignais de leur causer des malheurs à eux et à moi-même. Mais tout cela n'est qu'épisodique; voici qui touche au vif des faits. Je reçois l'ordre de me rendre, au cœur de l'hiver, avec trois cents soldats, chez la nation des Celtes, qui s'était soulevée (24). C'était moins pour y commander l'année que pour obéir aux généraux envoyés dans le pays. Ils avaient l'ordre écrit et l'injonction formelle d'avoir l'œil sur moi plus encore que sur l'ennemi. On craignait de ma part quelque révolte. Les choses étant ainsi que je l'ai dit, Constance, pour me faire arriver au camp vers l'époque du solstice d'été, me fait monter sur un char, avec mission de porter son effigie. Il avait dit, et puis écrit, qu'il envoyait aux Gaulois non pas un empereur, mais un homme chargé de porter chez eux son image.

9. Cette première expédition, vous le savez, ne fut point malheureuse : je m'y étais employé de tout cœur. Rentré dans mes quartiers d'hiver, je me vois exposé au plus grand danger. Je n'avais pas le droit de réunir les troupes : un autre (25) en était le maître. Me voilà donc reclus avec quelques soldats : encore faut-il que j'en répande la plus grande partie dans les villes voisines, en sorte que je demeure tout isolé. Sur ces entrefaites, l'empereur ayant conçu des soupçons contre le général en chef, le rappelle et lui ôte le commandement, dont il le juge d'ailleurs complètement incapable (26). Quant à moi, il s'en faut qu'il me croie un bon et habile général. J'avais montré de la douceur et de la modération. En effet, je n'avais pas cru devoir secouer le joug ni m'écarter du plan que l'on m'avait tracé, si ce n'est quand j'avais vu quelque danger à négliger ce qu'il fallait faire ou à ne pas exécuter ce qui devait être fait. Mais après avoir ainsi rendu, une fois ou deux, de réels services, je ne pensai point pouvoir mieux m'honorer que par le silence, et je continuai de porter la chlamyde et l'image de l'empereur. A cet égard, j'étais bien sûr d'être dans mon droit. Plus tard, Constance croyant m'accorder peu et ne se figurant pas que les affaires des Celtes étaient susceptibles d'un si grand changement, me confie la conduite de l'armée au commencement du printemps. J'ouvre donc la campagne, les blés déjà mûrs (27). Une multitude de Germains campaient tranquillement autour des villes gauloises qu'ils avaient ruinées. Le nombre des villes démantelées par eux pouvait s'élever à quarante-cinq, sans compter les tours et les forteresses. L'étendue du terrain occupé par ces barbares en deçà du Rhin égalait l'espace compris entre les sources de ce fleuve et les bords de l'Océan. L'ennemi cantonné le plus près de nous était à trois cents stades de la rive du Rhin : de plus, ils avaient laissé entre eux et nous un désert trois fois plus grand par des dévastations telles que les Celtes n'y pouvaient mener paître leurs troupeaux. D'autres villes, quoique plus éloignées des barbares, n'en étaient pas moins dépeuplées.

10. Ayant trouve la Gaule dans cette situation, je reprends Agrippina (28), ville située sur le Rhin, prise depuis dix mois environ, et ensuite Argentoratum (29), forteresse voisine du pied même des monts Varsèges (30). Ce fut un glorieux combat, et la renommée en est peut-être arrivée jusqu'à vous (31). Les dieux firent tomber en mon pouvoir le roi des ennemis, mais je n'enviai point ce succès à Constance. Sans jouir cependant des honneurs du triomphe, j'étais le maître de faire égorger mon prisonnier ou bien de le mener à travers toute la Celtique, de le donner en spectacle aux villes et de me faire une sorte de plaisir des malheurs de Chnodomaire; personne ne m'en empêchait. Je ne jugeai point à propos cependant de rien faire de semblable, mais je le renvoyai droit à Constance, qui revenait alors de chez les Quades et les Sauromates (32). Ainsi, tandis que je combattais, Constance avait fait un voyage d'agrément, bien accueilli par les nations qui habitent les rives de l'Ister (33) et ce n'est pas moi, c'est lui qui triomphait. Dans la seconde et la troisième année qui suivent, la Gaule entière est purgée de barbares, la plupart des villes sont relevées, et un grand nombre de vaisseaux tirés de la Bretagne y viennent mouiller. J'appareille avec une flotte de six cents navires, dont trois cents construits par mes soins en moins de dix mois, et j'entre dans les eaux du Rhin : opération difficile vu les incursions des barbares qui habitent les rives. Florentius (34) croyait la chose tellement impossible qu'il avait promis deux mille livres d'argent pour obtenir d'eux le passage, et Constance, instruit du marché, y avait donné les mains. Il m'écrit d'y consentir, à moins que je ne trouve la condition par trop déshonorante. Or, comment ne l'eût-elle pas été, puisqu'elle paraissait l'être à Constance, trop habitué à céder aux caprices des barbares? Je ne leur donne rien ; mais je marche contre eux, et les dieux protecteurs s'étant déclarés pour moi, je soumets les territoires de la nation des Saliens (35), j'expulse les Chamaves (36), je m'empare d'une grande quantité de bœufs, de femmes et d'enfants, enfin j'inspire à tous une si grande terreur et l'appareil de mon invasion est si redoutable, qu'ils m'envoient sur-le-champ des otages et qu'ils assurent des vivres à mes soldats. II serait trop long d'énumérer et de vous raconter en détail tout ce que j'ai fait durant ces quatre années. En voici le résumé. Quand j'eus le titre de César, je traversai trois fois le Rhin, et je ramenai d'au delà de ce fleuve vingt mille prisonniers repris sur les barbares. Deux batailles et un siège me mirent en possession de mille hommes capables de servir et à la fleur de l'âge. J'envoyai â Constance quatre cohortes d'excellents fantassins, trois autres de bons cavaliers et deux légions superbes. Je suis maître, en ce moment, grâce aux dieux, de toutes les villes, et j'en pris alors près de quarante.

11. Je prends ici Jupiter, ainsi que tous les dieux protecteurs des villes et des nations, pour témoins de mon dévouement et de ma fidélité envers le prince, à l'égard duquel je me suis montré comme je voudrais qu'un fils se conduisît avec moi. Je lui ai témoigné une déférence telle que pas un des Césars n'en a fait voir aux empereurs qui l'ont précédé. Il ne trouva donc là-dessus aucun reproche à m'adresser, et quand je lui en parlai franchement, il ne sut que forger des prétextes ridicules d'irritation contre moi. Il dit que j'avais fait arrêter Lupicinus (37) et trois autres individus. Mais en supposant que j'eusse fait mourir ces hommes qui m'avaient ouvertement tendu des pièges, il aurait dû, par esprit de conciliation, abandonner le ressentiment que lui eût causé leur supplice. Mais, sans leur faire aucun mal, je les fis enfermer comme des natures turbulentes et séditieuses, dépensant beaucoup pour eux sur les deniers de l'Etat en laissant leur fortune intacte. Remarquez pourtant comment Constance m'avait dicté la sentence à prononcer contre eux. En effet, l'homme qui m'a voué une haine implacable au sujet de gens qui ne lui sont rien, n'a-t-il pas l'air de rire et de se jouer de la folie qui m'a fait traiter avec tant d'égards (38) le meurtrier de mon père, de mes frères, de mes cousins, et, pour tout dire en un mot, le bourreau de toute notre maison, de toute notre parenté? Jugez encore de la déférence que j'ai eue pour lui depuis que je suis arrivé à l'empire par les lettres que je lui ai adressées (39), et vous comprendrez alors quel je me suis montré envers lui.

13. Convaincu, en effet, que ce serait moi qui récolterais la honte des fautes et les dangers de cette guerre, bien que la plupart des opérations dussent être dirigées par d'autres, je le suppliai tout d'abord, puisqu'il avait des desseins sur ma personne et qu'il tenait absolument à me nommer César, de me donner pour officiers des hommes bons et capables. Or, il commença par m'entourer de gens de la pire espèce. Cependant, cédant à l'influence du plus méchant de tous (40), il me donna pour second, mais d'assez mauvaise grâce, l'excellent Salluste, dont la vertu ne tarda pas à lui devenir suspecte. Salluste toutefois ne pouvait pas me suffire, bien que je visse en lui un caractère bien différent, un homme plein de confiance envers celui qui agissait et de défiance pour l'autre (41). Prenant donc la main droite et touchant les genoux de l'empereur:
« Pas un de ces hommes, lui dis-je, n'est ni ne fut jamais dans ma familiarité. Je ne les connais que de réputation, mais, puisque tu l'exiges, je les regarde comme des amis, des intimes, et je les honore comme de vieilles connaissances. Cependant, il n'est pas juste que je m'en rapporte complètement à eux et que je risque leur fortune et la mienne. Que te demandé-je donc? Donne-moi des espèces de lois écrites qui m'indiquent ce que tu me défends et ce que tu m'ordonnes de faire. Il est évident que tu applaudiras à ma docilité et que tu châtieras ma désobéissance, quoique je pense que je ne te désobéirai point. »

13. Quant aux entreprises formées contre moi par Pentadius (42), il est inutile d'eu parler. Je lui résistai de toute ma force, et dès lors il devint mon ennemi. Bientôt il se fit adjoindre un autre collègue, puis un second et un troisième, et, à l'aide de deux insignes calomniateurs à ses gages, Paulus et Gaudentius (43), il fait dépouiller Salluste de ses fonctions, parce qu'il était mon ami, et lui fait donner Lucien pour successeur. Peu de temps après, Florentins se déclare mon ennemi à cause de ses rapacités auxquelles je m'étais opposé (44). Ils persuadent à Constance de me retirer le commandement des années ; et peut-être déjà la jalousie de mes succès l'y avait-elle décidé. Il écrit des lettres pleines d'invectives contre moi et de menaces contre les Celtes qu'il jure d'anéantir. En même temps il ordonne qu'on fasse sortir de la garde presque toutes les troupes et surtout les plus aguerries. II charge de cette besogne Lupicinus et Gintonius, auxquels il m'enjoint de ne faire aucune opposition. Mais comment vous dire la manière dont les dieux ont conduit les événements? J'étais résolu, ils en sont témoins, de rejeter loin de moi tout le luxe et l'appareil impérial, et de vivre dans le repos, sans m'occuper des affaires. Pour cela j'attendais l'arrivée de Florentius et de Lupicinus. L'un était à Vienne et l'autre en Bretagne. Sur ces entrefaites, des troubles éclatent parmi les particuliers et parmi les soldats. On adresse dans une ville de mon ressort un libelle anonyme aux Pétulants et aux Celtes : c'était le nom de deux légions. Il y avait nombre de traits contre le prince, et nombre de plaintes au sujet de l'abandon perfide où on laissait les Gaulois. L'auteur du libelle déplorait en même temps l'abaissement où l'on m'avait réduit. Cet écrit colporté met en mouvement tous ceux qui étaient entièrement dévoués à Constance. Ils me pressent avec les plus vives instances de renvoyer les soldats avant que de pareilles diatribes circulent dans les autres rangs. Je n'avais auprès de moi aucun homme qui voulût m'assister. Eu revanche, Nébridius, Pentadius et Décentius, envoyés spécialement par Constance pour cette mission, me laissent dire qu'il faut attendre Lupicinus et Florentius, mais pas un d'eux ne m'écoute. Ils prétendent tous qu'il faut faire le contraire, si je ne veux point transformer en preuves évidentes les soupçons qui planent déjà sur moi.  « Eux absents, ajoutent-ils, on t'attribuera l'affaire; s'ils reviennent, c'est à eux et non pas à toi que Constance l'attribuera, et tu seras accusé. » Enfin ils me persuadent ou plutôt ils me contraignent d'écrire à l'empereur. Car celui-là seul est persuadé à qui l'on permet de ne pas l'être; mais quand on a le droit de contraindre, on n'a pas besoin de persuader. Aussi ceux que l'on contraint ne sont pas des gens persuadés, mais forcés. Ils observaient par quelle route il fallait me conduire, puisqu'il y en avait deux. J'en préférais une, mais ils m'obligent à prendre l'autre, dans la crainte que ma détermination ne fournisse une occasion de trouble aux soldats et ne devienne la cause d'une révolte qui, une fois soulevée, pourrait entraîner une confusion générale.

14. La crainte de ces hommes ne semblait pas tout à fait déraisonnable. Les légions arrivent; je vais au-devant d'elles suivant le plan arrêté par eux, et je leur signifie l'ordre du départ. Elles demeurent un jour entier, sans que je sache rien de ce que les soldats ont résolu de faire. Oui, j'en atteste Jupiter, le Soleil, Mars, Minerve et tous les dieux, que, jusque dans la soirée, il ne me vint aucune ombre de soupçon. Le soir seulement, au coucher du soleil, le bruit m'en arriva. Tout à coup les soldats entourent le palais : ils crient tous ensemble, pendant que je me demande ce que je dois faire, et que je ne m'arrête à aucun parti. Je prenais quelque repos dans une chambre voisine de celle de ma femme, alors vivante; de là, par une embrasure entrouverte, je me prosterne devant Jupiter. Au moment où les cris redoublent et que tout est en désordre dans le palais, je demande au dieu un signe de sa volonté. Il me l'accorde sur-le-champ, et m'ordonne d'y obéir et de ne peint m'opposer au vœu des soldats (45). Malgré ces indices, je ne cède qu'à grand-peine; je résiste de toutes mes forces et je ne veux ni du salut ni de la couronne. Mais je ne puis triompher de la multitude, tandis que, d'un autre côté, la volonté des dieux excite les soldats et fléchit mon courage. Vers la troisième heure environ, je ne sais quel soldat m'offre un collier, je le passe autour de mon cou, et je fais mon entrée dans le palais, en soupirant, les dieux le savent, du plus profond de mon cœur. Il fallait bien avoir confiance dans le signe que le dieu m'avait manifesté, mais je rougissais et je regrettais vivement de n'avoir point paru jusqu'au bout fidèle à Constance. Durant la consternation qui règne autour du palais, les amis de Constance, jugeant à propos de saisir l'occasion, ourdissent contre moi de nouvelles trames et distribuent de l'argent aux soldats, dans l'espoir, ou de les séparer de mes intérêts, ou de les amener à se déclarer ouvertement en ma faveur. Un des officiers de la suite de ma femme surprend cette intrigue et me la révèle aussitôt. Quand il voit que je n'en fais aucun cas, il se sent pris d'enthousiasme comme les gens qu'inspirent les dieux, et se met à crier en publie, au milieu de la place : « Soldats, étrangers et citoyens, ne trahissez point l'empereur! » A ces mots, le cœur revient aux soldats : tous accourent en armes vers le palais, et là, m'ayant trouvé vivant, ils se livrent à la joie comme des hommes à la vue inespérée d'un ami. Ils m'entourent de tous côtés, m'embrassent, me portent sur leurs épaules. C'était un spectacle digne d'être vu; il y avait un enthousiasme réel. Cependant la foule qui m'environne me demande les amis de Constance pour les livrer au supplice. Les dieux savent quels combats j'ai livrés pour leur sauver la vie.

15. Et après tout cela, comment me suis-je conduit envers Constance? Jamais, dans les lettres que je lui ai adressées jusqu'à ce jour, je ne me servis du titre que m'ont décerné les dieux : j'ai signé simplement César. Je fis promettre aux soldats, sous la foi du serment, de ne tenter aucune entreprise, dans le cas où il nous laisserait habiter paisiblement la Gaule et ratifierait ce qui venait de se passer. Toutes les légions placées sous mes ordres lui ont envoyé des suppliques pour le conjurer de maintenir la concorde entre nous deux. Et lui, en retour, il ameute contre nous les barbares : il me signale comme leur ennemi; il les paye pour ravager le pays des Gaulois. Il écrit à ceux d'entre eux qui avoisinent l'Italie de se garder des milices qui sortiront de la Gaule. Il réunit sur les frontières gauloises trois cents myriades de médimnes de blé (46), emmagasinés à Brigantia (47). Il en fait préparer autant du côté des Alpes Cottiennes (48) pour l'expédition qu'il médite contre moi. Ce ne sont point là des mots, mais des faits bien réels; car j'ai saisi les lettres colportées chez les barbares, j'ai fait main basse sur les approvisionnements et intercepté la correspondance de Taurus (49). Ce n'est pas tout : en ce moment même, il m'écrit comme si je n'étais encore que César (50). Il m'annonce qu'il n'entrera dans aucune espèce d'accommodement avec moi. Il me députe un certain Épictète, évêque des Gaules (51), pour me garantir la sûreté de ma personne. C'est le ton qu'il affecte dans toutes ses lettres, où il promet de me laisser la vie, sans s'expliquer sur ma dignité. Pour moi, je n'estime ses serments que comme inscrits, suivant le proverbe, sur la cendre, tant ils sont sincères! Mais je suis résolu à défendre mon honneur non seulement parce qu'il est légitime et mérité, mais parce qu'il devient nécessaire au salut de mes amis, sans compter que je ne dis rien de la cruauté que Constance exerce sur toute la terre.

16. Voilà ce qui m'a déterminé; voilà ce qui me paraît juste. J'avais d'abord fait hommage de ma soumission aux dieux qui voient et qui entendent toutes choses. Je leur offris ensuite des sacrifices pour le succès de ma cause, et, dès le jour même où je dus haranguer mes soldats avant leur départ pour la présente expédition, je leur fis comprendre qu'il s'agissait moins de ma propre vie que du salut de l'État, de la liberté du genre humain, et surtout de l'existence des Gaulois, que Constance avait deux fois livrés à leurs ennemis. Mais un homme qui n'a pas respecté les tombeaux de ses pères, ne devait guère avoir de vénération pour ceux des étrangers. Quant à moi, j'ai cru qu'il était nécessaire de réduire les nations les plus guerrières et de lever des sommes raisonnables d'or et d'argent, en attendant qu'il lui plaise de se réconcilier avec nous et d'adhérer à l'état actuel des choses. Mais, s'il a dessein de continuer la guerre et de ne rien relâcher de ses anciennes prétentions, je suis prêt à agir contre lui par tous les moyens qu'il pourra plaire aux dieux. Autrement, je me croirais plus déshonoré d'être vaincu par défaut de courage et d'intelligence que par la force des armes. Car s'il doit aujourd'hui son triomphe au nombre de ses soldats, ce ne sera point son ouvrage, mais celui de ses armées. Or, si l'amour de la vie ou la crainte du danger m'eût retenu dans le Gaules, il lui aurait été facile de me fermer toute issue, en enveloppant mes flancs d'une foule de barbares, et en m'opposant en tête la masse de ses troupes. Je devais, ce semble, être réduit à l'extrémité, et subir un affront qui, pour les hommes sensés, est le pire de tous les malheurs.

17. Telles sont, citoyens d'Athènes, les réflexions que je voulais communiquer par écrit à mes frères d'armes et à toutes les cités de la Grèce. Que les dieux, maîtres de l'univers, me continuent jusqu'à la fin l'assistance qu'ils m'ont promise! Puissent-ils aussi faire jouir Athènes de tous les bienfaits qu'il sera en mon pouvoir de répandre sur elle! Puissent ils lui donner à jamais des empereurs pénétrés de ces maximes et aimant à les pratiquer!

(01) Écrite dans l'automne de 361. - C'est un des ouvrages les plus curieux de Julien, sous le rapport historique et biographique.

(02) Déjocès, fondateur de l'empire des Mèdes, secoua le joug des Assyriens et bâtit la ville d'Ecbatane. II était juge d'un canton de la Médie, quand son équité le fit appeler au trône. - Abatis, grand prêtre d'Apollon chez les Hyperboréens, vint en Grèce et rendit des oracles qui le firent regarder comme un demi-dieu. - Anacharsis, célèbre philosophe scythe. Voyez sa vie dans Diogène de Laërte, liv. I, chap. VIII, t. 1, p. 49, trad. Zévort.

(03) Cf. Plutarque, Thémistocle, 20.

(04) Minerve

(05) Allusion au devin Abaris, qui, dit-on, parcourut toute la terre porté sur une flèche mystérieuse. Voyez p. 231, note 1.

(06) Jules Constance.

(07) Constance Chlore.

(08) Quatre au moins sont connus : Dalmace et Hannibalien, fils de Dalmace, frère de Constantin. Constantin le Jeune, neveu d'un frère de Jules Constance, et Népotien.

(09) Dalmace, selon les uns, Constantin le Jeune, frère de Jules Constance, suivant les autres.

(10) On ignore le nom de ce frère de Julien, fils, ainsi que Gallus, de Jules Constance et de Galla sa première femme.

(11) Gallus.

(12) Gallus fut relégué à Éphèse en Ionie, et Julien à Nicomédie en Bithynie.

(13) Constance lui fit couper la tête à Flanone en Dalmatie. Il avait vingt-neuf ans, et il avait porté quatre ans le titre de César.

(14) Dans le château de Macellum, au pied du mont Argée, près de Césarée.

(15) Eusébe, que Julien fit mettre à mort quand il fut devenu empereur.

(16) Gallus avait épousé. Constantia, fille de Constantin et sœur de Constance, avant de se marier avec Eusébie, aurait épousé une fille de Galla, première femme du Jules Constance.

(17) Galla, sœur de Rufin et de Céréalis, première femme de Jules Constance.

(18) Voyez le premier Panégyrique de Constance, 43.

(19) Expression déjà vue p. 27, note 1.

(20) Casaque militaire.

(21) Mardonius.

(22) Evhémérus.

(23) Oribase de Pergame.

(24) Cf. Ammien Marcellin, liv. XV, chap. VIII et suivants.

(25) Marcellus. Cet officier, si l'on en croit Libanius, avait été mis comme surveillant près de Julien, et Constance lui avait donné l'autorité réelle, désirant que le jeune César ne l'eût que de nom.

(26) Marcellus fut remplacé par Sévère, officier d'un solide mérite.

(27)  Cette circonstance est également mentionnée par Ammien Marcellin, liv. XVI, chap. XII: Segetibus jam maturis. - On trouvera dans le même livre le récit de la bataille glorieusement gagnée par Julien.

(28)  Cologne.

(29) Strasbourg, ou, selon d'autres, Rhein-Tabern.

(30) Les Vosges.

(31) Voyez dans Ammien Marcellin, liv. XVI, chap. XII, une remarquable description de ce combat, dont Julien parle avec tant de modestie et de convenance.

(32) Les Quades et les Sarmates étaient les plus connus des Scythes d'Europe. Ils habitaient, ou plutôt ils promenaient leurs hordes dans toute l'étendue des régions qui forment aujourd'hui la Russie méridionale et la Pologne.

(33) Le Danube.

(34) Préfet du prétoire et créature de Constance. - Voyez les détails de cette campagne dans Ammien Marcellin, liv. XVII, au commencement.

(35) On suppose que les Saliens ou Franks, ancêtres des Français, sont le même peuple que les Chérusques de Tacite. Cette opinion se fonde sur ce que le nom de Chérusques disparaît de l'histoire au moment où relui de Salien y fait sa première apparition.

(36) Les Chamaves étaient une fraction de la nation saxonne, qui avait passé le Rhin dans l'intention de chasser les Saliens du pays des Bataves, et qui s'était établie sur le territoire romain.

(37) Généralissime de la cavalerie, qui avait succédé à Sévère, mort depuis un an et demi.

(38) Allusion aux panégyriques écrits et prononcés par Julien en l'honneur de Constance.

(39) Voyez l'une de ces lettres dans Ammien Marcellin, liv. XX, chap. VIII.

(40) Marcellus.

(41) Le texte n'est pas très clair.

(42) On doit croire qu'il y a en deux individus de ce nom; celui que Julien désigne ici et un autre qu'Ammien Marcellin, liv. XX, chap. VIII, dit avoir été député vers Constance par Julien, élevé à l'empire.

(43) Julien les fit mourir plus tard, tous les deux, par la main du bourreau. - Voyez Ammien Marcellin, liv. XIV, chap. V; liv. XXII, chap. XI.

(44) Voyez plus loin, lettre XVII, et Cf. Ammien Marcellin, liv. XVI, chap. V, et liv. XVII, chap. III.

(45) Cf. Ammien Marcellin, liv. XX, chap. V, à la fin

(46) Il y a dans le texte une erreur évidente de nombre. Dix-huit millions de boisseaux pour nourrir une centaine de mille hommes, c'est un chiffre par trop fabuleux!

(47) Briançon.

(48) Partie occidentale de la chaîne des Alpes, du mont Viso au mont Cenis.

(49) Voyez Ammien Marcellin, liv. XXII, chap. III.

(50) Voyez Ammien Marcellin, liv. XX, chap. IX.

(51) 6 Ammien Marcellin ne parle point de cet Épictète, évêque des Gaules. Il y a probablement quelque erreur dans le texte. Constance dépêcha vers Julien son questeur Léonas, homme dont celui-ci honorait le talent et aimait le caractère. Voyez Ammien Marcellin à l'endroit cité.