retour à l'entrée du site ALLER à LA TAble des matières de cicéron orateur
Ce discours a été expliqué littéralement,
traduite en français et annoté par M. Lesage, professeur au lycée Charlemagne.
Imprimerie de Ch. Lahure (ancienne maison Crapelet)
rue de Vaugirard, 9, près de l'Odéon.
LES
EXPLIQUÉS D’APRÈS UNE MÉTHODE NOUVELLE
PAR DEUX TRADUCTIONS
FRANÇAISES
L’UNE LITTÉRALE ET JUXTALINÉAIRE PRÉSENTANT LE MOT À MOT FRANÇAIS
EN REGARD DES MOTS LATINS CORRESPONDANTS
L’AUTRE CORRECTE ET PRÉCÉDÉE DU TEXTE LATIN
avec des sommaires et des notes
PAR UNE SOCIÉTÉ DE PROFESSEURS
ET DE LATINISTES
CICÉRON
DISCOURS POUR LA LOI MANILIA
PARIS
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
RUE PIERRE-SARRAZIN, N° 14
(Près de l'École de Médecine)
1854
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AVIS
RELATIF A LA TRADUCTION JUXTALINEAIRE
On a réuni par des traits, dans la traduction juxtalinéaire, les mots français qui traduisent un seul mot latin.
On a imprimé en italiques les mots qu'il était nécessaire d'ajouter pour rendre intelligible la phrase française, et qui n'avaient pas
leur équivalent dans le latin.
Enfin, les mots placés entre parenthèses, dans le français, doivent être considérés comme une seconde explication, plus intelligible
que la version littérale.
ARGUMENT ANALYTIQUE.
Lucullus, chargé depuis huit ans de la guerre contre Mithridate, l'avait vaincu dans plusieurs batailles et poursuivi jusque dans le royaume de Tigrane. Mais ses soldats avaient refusé de le suivre plus avant, et demandaient à grands cris qu'on les ramenât dans lent patrie. Déjà la révolte était près d'éclater, lorsque le sénat révoqua les pouvoirs de Lucullus, et lui donna pour successeur M. Acilius Glabrion, homme de peu de mérite, et qui n'inspirait aucune confiance. Cependant Mithridate et Tigrane poussaient la guerre avec une nouvelle vigueur, et venaient
de faire essuyer une sanglante défaite à Triarius, lieutenant de Lucullus. Pompée se trouvait en Asie, où il avait été amené par la suite de ses exploits contre les pirates. Le tribun Manilius proposa une loi qui lui remit le commandement de la guerre contre Mithridate et le gouvernement des provinces d'Asie. Le sénat fut alarmé de cette proposition, qui tendait à investir Pompée d'un pouvoir immense, et la loi, portée devant l'assemblée du peuple, y fut vivement combattue par Catulus et Hortensius. Cicéron prononça en faveur de la proposition du tribun cette harangue, où il prouve que Pompée. est le seul général capable de terminer promptement et heureusement cette guerre importante.
Cicéron avait quarante et un ans lorsqu'il soutint la loi Manilia, l'an 687 de Rome.
I. Abordant pour la première fois la tribune politique, Cicéron veut reconnaître, autant qu'il sera en son pouvoir, les suffrages dont le peuple l'a honoré dans ses comices.
II. Après avoir fait ressortir la nature et l'importance de la guerre actuelle, Cicéron s'occupera du
choix d'un général.
III. Depuis le massacre de citoyens romains dont il a donné le signal, Mithridate, malgré les triomphes de Sylla et de Muréna, est encore impuni.
IV. Il a profité du loisir qui lui était donné pour préparer une nouvelle guerre et s'entendre avec les ennemis de Rome en
Espagne ; mais ce double danger a été dissipé par la valeur de Pompée et de Lucullus.
V. Les Romains seront-ils moins fiers en face de pareils attentats que leurs ancêtres ne l'étaient pour de légères offenses? Les alliés, dont le péril est extrême, n'osent élever la voix parce qu'ils craignent de déplaire à
Rome ; mais un seul homme leur semble capable d'assurer leur salut.
VI. L'appréhension seule de la guerre compromet les revenus de la province la plus opulente de l'empire.
VII. Elle expose la fortune des chevaliers qui ont affermé les impôts et des citoyens qui font le commerce avec
l'Asie ; et par suite elle ébranle le crédit public dans Rome même.
VIII. L'orateur rappelle les brillants avantages obtenus par Lucullus contre Mithridate.
IX. Malgré ces premiers succès, la guerre n'en reste pas moins très-difficile
; car Mithridate, obligé de fuir de ses États, y est rentré avec le secours de l'Arménie
; il a battu l'armée romaine, et il se prépare à une nouvelle lune plus terrible que les précédentes.
X. Pompée est de tous les généraux romains celui qui réunit au plus haut degré les qualités nécessaires pour venir à bout d'une guerre de cette importance.
XI. L'orateur énumère les exploits de Pompée en Italie, en Espagne, en Gaule, et décrit la terreur que répandaient les pirates sur toutes les mers, dans toutes les îles, dans toutes les contrées maritimes.
XII. Les côtes de l'Italie, les flottes romaines elles-mêmes n'étaient pas à
l'abri de leurs attaques. Pompée extermine ou soumet les pirates aven une incroyable rapidité.
XIII. Intégrité de Pompée ; excellente discipline établie par lui dans son armée.
XIV. La rapidité de Pompée vient de ce qu'aucune passion ne le détourne et ne l'arrête. Son affabilité, son éloquence, sa bonne foi, son humanité.
XV. Le nom de Pompée jouit de cette réputation qui est d'un si grand poids dans les guerres.
XVI. Un bonheur constant semble attaché par la divinité à toutes ses entreprises.
XVII. L'orateur Hortensius s'oppose à l'adoption de la loi présentée par
Manilius ; il ne veut pas que l'on confie tout à un seul homme. Mais Hortensius a déjà eu le tort de parler contre la loi
Gabinia, qui remettait à Pompée seul le commandement de la guerre contre les pirates.
XVIII. Les insultes des pirates étaient une honte pour Rome, qui se trouvait impuissante à les réprimer.
XIX. Le peuple, mieux inspiré qu'Hortensius, a adopté la proposition de Gabinius. Aujourd'hui, on refuse de donner Gabinius pour lieutenant à Pompée, qui le réclame : Cicéron espère qu'on reviendra sur ce
refus ; il fera d'ailleurs au besoin une proposition formelle à ce sujet.
XX. Catulus s'oppose à la loi Manilia, parce que les lois et les coutumes des ancêtres ne permettent pas de confier à la fois plusieurs commandements à un citoyen.
XXI. Déjà dans bien des circonstances on a dérogé aux lois et aux coutumes en faveur de Pompée et pour le bien de l'État
; Catulus a tout approuvé.
XXII. Que toutes les oppositions cèdent devant les voeux du peuple romain. Il ne faut pas seulement que le général qu'on enverra en Asie soit habile et brave, mais aussi qu'il soit intègre, qu'il traite les alliés avec
honneur et avec justice.
XXIII. L'homme qui réunit tous ces mérites, c'est Pompée ; ses vertus civiles, aussi bien que ses talents militaires, le désignant pour commander en Asie.
XXIV. Cicéron exhorte vivement Manilius à persister dans sa proposition; pour lui, il proteste que
l'intérêt seul de la république l'a engagé à appuyer la loi qui est soumise
aux suffrages du peuple.
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DISCOURS
ORATIO
POUR LA LOI MANILIA.
PRO LEGE MANILIA.
| I. Quanquam mihi semper frequens conspectus vester multo jucundissimus, hic autem locus ad agendum amplissimus, ad dicendum ornatissimus est visus, Quirites, tamen hoc aditu laudis, qui semper optimo cuique maxime patuit, non mea me voluntas, sed meae vitae rationes ab ineunte aetate susceptae prohibuerunt : nam, quum antea per aetatem nondum hujus auctoritatem loci attingere auderem, statueremque nihil huc nisi perfectum ingenio, elaboratum industria, afferri oportere, omne meum tempus amicorum temporibus transmittendum putavi. Ita neque hic locus vacuus unquam fuit ab iis qui vestram causam defenderent ; et meus labor, in privatorum periculis caste integreque versatus, ex vestro judicio fructum | I. Quanquam,
Quirites vester conspectus frequens semper visus est mihi multo jucundissimus et hic locus amplissimus ad agendum, ornatissimus ad dicendum, tamen non mea voluntas, sed rationes meae vitae suspectae ab aetate ineunte prohibuerunt me hoc aditu laudis, qui patuit semper maxime cuique optimo: nam, quum antea nondum auderem attingere auctoritatem hujus loci, statueremque oportere nihil atterri huc nisi perfectum ingenio, elaboratum industria, putavi omne meum tempus transmittendum temporibus amicorum. Ita neque hic locus unquam fuit vacuus ab iis qui defenderent vestram causam et meus labor versatus caste integreque in periculis privatorum consecutus est ex vestro judicio |
Quoique, Romains, votre aspect nombreux toujours ait paru à moi de beaucoup le plus agréable, et que ce lieu m'ait toujours paru le plus vaste pour discuter, et le plus brillant pour parler, cependant non ma volonté, mais le plan de ma vie entrepris dès l'âge commençant (dés ma jeunesse) a écarté moi de cet abord (de cette carrière) de gloire, qui fut ouvert toujours surtout à chaque homme le plus vertueux car, tandis qu'auparavant je n'osais pas encore atteindre à la gravité de ce lieu, et que j arrêtais (pensais) falloir (qu'il fallait) rien n'être apporté ici sinon perfectionné par le génie et mûri par le travail, j'ai pensé tout mon temps devoir être transporté (appliqué) aux circonstances (besoins) de mes amis. De-cette-manière ni ce lieu jamais n'a été vide de ceux (d'hommes) qui défendissent votre cause, et mon travail exercé avec-justice et avec-droiture dans les dangers de particuliers a obtenu par votre jugement (suffrage) |
| I.
La vue de vos nombreuses assemblées, Romains, m'a toujours été bien agréable
; cette tribune m'a toujours semblé le théâtre le plus vaste et le plus beau d'où l'on puisse parler au
peuple : et pourtant je me suis toujours tenu éloigné de cette carrière glorieuse, ouverte de tout temps et avant tout
au mérite. Ne voyez pas là un effet de ma volonté, mais du plan de conduite que je me suis tracé dès ma jeunesse. Jusqu'ici, c'était mon âge qui m'empêchait de m'élever jusqu'à la majesté de ce
lieu ; j'étais persuadé qu'il n'y fallait paraître qu'avec un génie consommé et mûri par
l'étude ; j'ai donc pensé devoir consacrer tout mon temps à secourir mes
amis. Aussi, voyant cette tribune toujours occupée par des hommes qui veillaient à vos intérêts, je me suis voué à prêter à de simples citoyens en péril un secours empressé et désintéressé, et vos suffrages ont ac- |
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| est amplissimum consecutus : nam, quum propter dilationem comitiorum ter praetor primus centuriis cunctis renuntiatus sum, facile intellexi, Quirites, et quid de me judicaretis, et quid aliis praescriberetis. Nunc quum et auctoritatis in me tantum sit, quantum vos honoribus mandandis esse voluistis, et ad agendum facultatis tantum, quantum homini vigilanti ex forensi usu prope quotidiana dicendi exercitatio potuit afferre: certe et, si quid auctoritatis in me est, ea apud eos utar qui eam mihi dederunt ; et, si quid etiam dicendo consequi possum, iis ostendam potissimum qui ei quoque rei fructum suo judicio tribuendum esse censuerunt. Atque illud imprimis mihi laetandum jure esse video, quod, in hac insolita mihi ex hoc loco ratione dicendi, causa talis oblata est, in qua oratio deesse nemini potest. Dicendum est enim de Cn. Pompeii | fructum amplissimum
: nam, quum propter dilationem comitiorum. renuntiatus sum ter primus praetor cunctis centuriis, intellexi facile, Quirites, et quid judicaretis de me, et quid praescriberetis aliis. Nunc quum et tantum auctoritatis sit in me quantum vos voluistis esse mandandis honoribus, et tantum facultatis ad agendum quantum exercitatio dicendi prope quotidiana potuit afferre homini vigilanti ex usu forensi, certe, et si quid auctoritatis est in me, utar ea apud eos qui dederunt eam mihi; et, si possum etiam consequi quid dicendo, ostendam potissimum iis qui censuerunt fructum tribuendum esse ei rei quoque suo judicio. Atque video illud imprimis laetandum esse mihi jure, quod, in hac ratione dicendi insolita mihi ex hoc loco, talis causa oblata est in qua oratio posset deesse nemini. Dicendum est enim |
le fruit le
plus beau car, lorsque à-cause-de la prorogation des comices j'ai été proclamé trois fois premier préteur par toutes les centuries, j'ai compris facilement, Romains, et ce que vous jugiez de moi, et ce que vous prescriviez aux autres. Maintenant que et autant d'autorité est en moi que vous avez voulu en être (qu'il y en en eût) en me confiant les honneurs, et autant de facilité pour parler-en-public que l'exercice de parler (de la parole) presque quotidien a pu en apporter (donner) à un homme vigilant ar-suite-de l'habitude du-forum, certes, et si quelque chose de (quelque) autorité est en moi, j'userai d'elle auprès de ceux qui ont donné elle à moi ; et, si je puis même obtenir quelque chose en parlant, je le montrerai surtout à ceux qui ont pensé une récompense devoir être accordée à cette chose (à ce talent) aussi par leur jugement (suffrage). Et je vois ceci surtout devoir être accueilli-avec-joie par moi avec droit (à bon droit), que, dans cette manière de parler inaccoutumée pour moi de ce lieu, une telle cause m'est offerte dans laquelle la parole ne pourrait manquer à personne. En effet il me faut parler |
| cordé à
mes travaux la plus glorieuse récompense. En effet, à cause de la prorogation des comices, élu trois fois premier préteur par toutes les centuries, j'ai compris,
Romains, et ce que vous pensiez de moi, et ce que vous exigiez des autres. Aujourd'hui, avec l'autorité que vous avez bien voulu me donner en me conférant ces honneurs, avec une habitude de la parole telle qu'a pu l'acquérir un homme actif par l'usage presque journalier des luttes du barreau, je vais user de cette autorité auprès de ceux à qui je la dois, et, si ma faible éloquence a quelque pouvoir, je tâcherai d'en faire sentir les effets à ceux qui ont cru devoir récompenser mes travaux par leurs suffrages. Or, s'il est une chose dont je croie devoir particulièrement me féliciter, c'est d'avoir à traiter, pour mon début à cette tribune, un sujet sur lequel on ne saurait tarir. C'est, en effet, du mérite éclatant et incomparable de Cn. Pompée que je vais avoir à
parler ; en |
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| singulari eximiaque virtute : hujus autem orationis difficilius est exitum quam principium
invenire ; ita mihi non tam copia quam modus in dicendo quaerendus est. II. Atque ut inde oratio mea proficiscatur, unde haec omnis causa ducitur, bellum grave et periculosum vestris vectigalibus atque sociis a duobus potentissimis regibus infertur, Mithridate et Tigrane : quorum alter relictus, alter lacessitus, occasionem sibi ad occupandam Asiam oblatam esse arbitratur. Equitibus Romanis, honestissimis viris, afferuntur ex Asia quotidie litterae, quorum magnae res aguntur, in vestris vectigalibus exercendis occupatae ; qui ad me, pro necessitudine quae mihi est cum illo ordine, causam reipublicae periculaque rerum suarum detulerunt : Bithyniae, quae nunc vestra provincia est, |
de virtute singulari eximiaque Cnaei Pompeii: est autem difficilius invenire exitum quam principium hujus orationis; ita non tam copia quam modus quaerendus est mihi in dicendo. II. Atque ut mea oratio proficiscatur inde, unde omnis haec causa ducitur, bellum grave et periculosum infertur vestris vectigalibus atque sociis a duobus regibus potentissimis, Mithridate et Tigrane: quorum alter relictus, alter lacessitus, arbitratur occasionem oblatam esse sibi ad occupandam Asiam. Quotidie litterae afferuntur ex Asia equitibus Romanis, viris honestissimis, quorum magnae res aguntur, occupatae in vestris vectigalibus exercendis ; qui, pro necessitudine quae est mihi cum illo ordine, detulerunt ad me causam reipublicae : et pericula suarum rerum : complures vicos Bithyniae, quae est nunc provincia vestra, |
du mérite singulier et incomparable de Cnéus Pompée : or il est plus difficile de trouver la fin que le commencement de ce discours; ainsi non pas tant l'abondance que la mesure doit être cherchée par moi en parlant (dans ce discours). II. Et pour que mon discours parte de là, d'où toute cette cause est tirée, une guerre terrible et dangereuse est intentée à vos tributaires et à vos alliés par deux rois très-puissants, Mithridate et Tigrane: dont l'un abandonné comme vaincu, l'autre provoqué, croient une occasion être offerte à eux pour s'emparer de l'Asie. Tous les jours des lettres sont apportées d'Asie à des chevaliers romains, hommes très-honorables, dont de grands capitaux sont mis-en-question, employés à vos impôts devant être levés lesquels, à-cause-de la liaison qui est à moi avec cet ordre, ont déféré à moi la cause de la république : et les périls (la défense) de leurs intérêts: ces lettres disent plusieurs bourgs de la Bithynie, qui est maintenant une province vôtre, |
| pareille matière, il est plus difficile de finir que de commencer. Je dois donc moins penser à étendre mon discours qu'à le renfermer dans de justes limites. II. Et, d'abord, partons du fait qui donne lieu à toute la discussion présente : une guerre terrible et pleine de dangers est déclarée aux alliés et aux peuples tributaires de Rome par deux rois très puissants, Mithridate et Tigrane ; l'un, que vous avez laissé pour vaincu, l'autre, que vous avez attaqué, croient avoir trouvé une occasion favorable pour s'emparer de l'Asie. Il arrive, tous les jours des lettres de ce pays, adressées à des chevaliers romains, hommes très-honorables, qui ont de grandes sommes engagées dans le recouvrement de vos impôts ; les liens qui m'attachent à l'ordre équestre les ont décidés à me confier la défense de la république et de leurs intérêts. Ces lettres leur apprennent que plusieurs bourgs de la Bithynie, qui est aujourd'hui une de vos provinces, ont été incendiée; que |
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| vicos
exustos esse complures ; regnum Ariobarzanis, quod finitimum est vestris vectigalibus, totum esse in hostium
potestate ; Lucullum, magnis rebus gestis, ab eo bello discedere ; huic qui successerit
non satis esse paratum ad tantum bellum administrandum ; unum ab omnibus sociis et civibus ad id bellum imperatorem deposci atque expeti ; eumdem hunc unum ab hostibus metui, praeterea neminem. Causa quae sit videtis ; nunc quid agendum sit considerate. Primum mihi videtur de genere belli, deinde de magnitudine, tum de imperatore deligendo esse dicendum. Genus est ejus belli, quod maxime vestros animos excitare atque inflammare debet : in quo agitur populi Romani gloria, quae vobis a majoribus quum magna in rebus omnibus, tum summa in re militari tradita est ; agitur salus sociorum atque amicorum, pro qua multa majores vestri magna et gravia bella gesserunt ; aguntur certissima populi Romani vectigalia |
exustos
esse ; regnum Ariobarzanis, quod est finitimum vestris vectigalibus, esse totum in potestate hostium ; Lucullum, magnas rebus gestis, discedere ab eo bello ; satis non esse paratum huic qui successerit ad administrandum tantum bellum ; unum deposci atque expeti imperatorem ab omnibus sociis et civibus ad id bellum ; hunc eumdem metui unum ab hostibus, praeterea neminem. Videtis quae sit causa ; nunc considerate quid agendum sit. Videtur mihi dicendum esse primum de genere belli, deinde de magnitudine, tum de imperatore deligendo. Genus ejus belli est quod debet maxime excitare atque inflammare vestros animos in quo agitur gloria populi Romani, quae tradita est vobis a majoribus, quum magna in omnibus rebus, tum summa in re militari; salus sociorum atque amicorum agitur pro qua vestri majores gesserunt bella magna et gravia ; vectigalia certissima et maxima |
avoir
été brûlés ; le royaule d'Ariobarzane qui est voisin de vos tributaires, être tout entier au pouvoir des ennemis; Lucullus, de grands exploits ayant été accomplis, se retirer de cette guerre; assez n'être point préparé à celui qui lui a succédé pour conduire une si-grande guerre ; un seul homme être demandé et être désiré pour général par tous les alliés et les citoyens pour cette guerre ; ce même homme être craint seul par les ennemis, et excepté lui, personne. Vous voyez quelle est l'affaire ; maintenant considérez quoi doit être fait. Il semble à moi devoir être parlé d'abord du genre de la guerre, ensuite de sa grandeur, puis du général devant être choisi. La nature de cette guerre est celle qui doit le plus exciter et emflammer vos coeurs dans laquelle est-en-question la gloire du peuple romain, laquelle a été transmise à vous par vos ancêtres, non-seulement grande en toutes choses, mais-aussi très-grande dans l'art militaire ; le salut de vos alliés et de vos amis est-en-question, pour lequel vos ancêtres ont fait ses guerres grandes et terribles ; les revenus les plus sûrs et les plus grands |
| le royaume d'Ariobarzane, qui touche aux pays tributaires de Rome, est tout entier au pouvoir des
ennemis ; que Lucullus, après avoir fait de grandes choses dans ce pays, quitte la direction de cette
guerre ; que celui qui lui a succédé n'a point tout ce qu'il faut pour conduire une si grande expédition
; que les alliés et les citoyens ne désirent, ne demandent pour général qu'un
homme ; que ce même homme est le seul aussi que redoutent les ennemis, et qu'ils n'en craignent pas d'autre. Vous voyez quelle est la question qui vous est soumise ; examinez maintenant ce que vous avez à faire. Je crois devoir vous parler d'abord de la nature de la guerre, puis de son importance, et enfin du général qu'il vous faut choisir. Cette guerre est du nombre de celles qui doivent le plus vivement intéresser et échauffer vos coeurs : il s'agit de la gloire du peuple romain, gloire qui vous a été transmise par vos ancêtres, éclatante dans tous les genres, mais surtout dans les armes ; il s'agit du salut de peuples alliés et amis, pour lequel vos pères ont entrepris plusieurs guerres importantes et dangereuses ; il s'agit des revenus les plus sûrs et les plus considérables du peuple romain, revenus dont la |
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| et maxima, quibus amissis, et pacis ornamenta et subsidia belli frustra
requiretis ; aguntur bona multorum civium, quibus est a vobis, et ipsorum et reipublicae causa, consulendum. III. Et, quoniam semper appetentes gloriae praeter ceteras gentes atque avidi laudis fuistis, delenda vobis est illa macula, Mithridatico bello superiore suscepta, quae penitus jam insedit atque inveteravit in populi Romani nomine : quod is qui uno die, tota Asia, tot in civitatibus, uno nuntio atque una litterarum significatione, cives Romanos necandos trucidandosque denotavit, non modo adhuc poenam nullam suo dignam scelere suscepit, sed ab illo tempore annum jam tertium et vicesimum regnat ; et ita regnat, ut se non Ponto neque Cappadociae latebris occultare velit, sed emergere e patrio regno, |
populi Romani aguntur, quibus amissis, requiretis frustra et ornamenta pacis et subsidia belli ; bona multorum civium, quibus consulendum est a vobis, causa et ipsorum et reipublicae, aguntur. III. Et, quoniam fuistis semper appetentes gloriae atque avidi laudis praeter ceteras gentes, illa macula suscepta superiore bello Mithridatico, quae insedit jam penitus atque inveteravit in nomine populi Romani, delenda est vobis: quod is qui, uno die, tota Asia, in tot civitatibus, uno nuntio atque una significatione litterarum, denotavit cives Romanos necandos trucidandosque, non modo suscepit adhuc nullam poenam dignam suo scelere, sed regnat jam tertium et vicesimum annum ab illo tempore, et regnat ita ut non velit se occultare Ponto neque latebris Cappadociae, sed emergere e regno patrio arque versari |
du peuple romain sont-en-question, lesquels étant perdus, vous rechercherez en vain et les ornements de la paix et les secours de la guerre ; les biens de beaucoup de citoyens, auxquels il doit être veillé par vous, à cause et d'eux-mêmes et de la république, sont-en-question. III. Et, puisque vous avez été toujours désireux de gloire et avides de renommée au delà de (plus que) les autres nations, cette tache reçue dans la précédente guerre de (contre)-Mithridate, laquelle s'est imprimée déjà profondément et a vieilli sur le nom du peuple romain, doit être effacée par vous à savoir que celui qui, en un seul jour, dans toute l'Asie, dans tant de villes , par un seul message et par un seul signal de lettre (donné par une lettre) a désigné les citoyens romains devant être tués et devant être massacrés, non-seulement n'a reçu encore aucun châtiment digne de son crime, mais règne déjà la troisième et vingtième (vingt-troisième) année depuis ce temps-là, et règne de-telle-sorte qu'il ne veut pas se cacher dans le Pont ni dans les retraites de la Cappadoce mais sortir du royaume paternel et s'agiter |
| perte vous rendrait la paix moins honorable et la guerre moins
facile ; il s'agit enfin de la fortune d'un grand nombre de citoyens, à qui vous devez aide et protection, tant pour eux-mêmes que pour l'intérêt de la république. III. Et, puisque vous avez toujours été, plus que tout autre peuple, avides de gloire et d'honneur, vous devez effacer la tache que la précédente guerre contre Mithridate a imprimée au nom romain, et qui l'a flétri d'une manière ineffaçable : cet homme, en effet, qui, en un seul jour, dans toute l'Asie, dans un si grand nombre de villes, d'un seul mot écrit de sa main, a fait égorger et massacrer tant de citoyens romains, cet homme non-seulement n'a point reçu le châtiment que méritait son crime, mais il a régné vingt-trois ans depuis son forfait, et, loin de se cacher au fond du Pont ou de la Cappadoce, il sort du royaume de ses pères, et vient au grand jour, sous les yeux de toute l'Asie, se jeter sur les peuples qui vous |
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| atque in vestris vectigalibus, hoc est in Asiae luce, versari. Etenim adhuc ita vestri cum illo rege contenderunt imperatores, ut ab illo insignia
victoriae, non victoriam reportarent. Triumphavit L. Sylla, triumphavit L. Murena de Mithridate, duo fortissimi viri et summi imperatores ; sed ita triumpharunt, ut ille pulsus superatusque regnaret. Verumtamen illis imperatoribus laus est tribuenda, quod egerunt; venia danda, quod reliquerunt : propterea quod ab eo
bello Syllam in Italiam respublica, Murenam Sylla revocavit. IV. Mithridates autem omne reliquum tempus non ad oblivionem veteris belli, sed ad comparationem novi contulit : qui, posteaquam maximas aedificasset ornassetque classes, exercitusque permagnos, quibuscumque ex gentibus potuisset, comparasset, et se Bosphoranis, finitimis suis, bellum inferre simulasset, usque in Hispaniam legatos Ecbatanis misit ad |
in vestris vectigalibus, hoc est in luce Asiae. Etenim adhuc vestri imperatores contenderunt ita cum illo rege ut reportarent ab illo insignia victoriae, non victoriam. L. Sylla triumphavit, L. Murena triumphavit de Mithridate, duo viri fortissimi et summi imperatores ; sed triumpharunt ita, ut ille pulsus superatusque regnaret. Verumtamen laus tribuenda est illis imperatoribus, quod egerunt; venia danda, quod reliquerunt: propterea quod respublica revocavit Syllam ab eo bello in Italiam, Sylla Murenam. IV. Mithridates autem contulit omne tempus reliquum non ad oblivionem veteris belli, sed ad comparationem novi; qui, posteaquam aedificasset ornassetque maximas classes, comparassetque exercitus permagnos ex quibuscumque gentibus potuisset, et simulasset se inferre bellum Bosphoranis, suis finitimis, misit legatos Ecbatanis |
au-milieu de vos tributaires, c'est-à-dire en pleine lumière de l'Asie. En effet jusqu'à-présent vos généraux ont lutté de-telle-sorte a vec ce roi qu'ils remportassent sur lui les honneurs de la victoire, mais non la victoire. L. Sylla a triomphé, L. Murena a triomphé de Mithridate, tous deux hommes très-courageux et très-grands généraux; mais ils ont triomphé de-telle-sorte, que celui-ci repoussé et vaincu régnât toujours. Cependant une louange doit être accordée à ces généraux pour ce qu'ils ont fait; un pardon doit être accordé pour ce qu'ils ont laissé à faire: parce que la république a rappelé Sylla de cette guerre en Italie, et Sylla a rappelé Murena. IV. Or Mithridate a appliqué tout le temps de-reste non à l'oubli de l'ancienne guerre, mais à l'organisation d'une nouvelle; lequel, après que il eut construit et eut équipé de très-grandes flottes, et qu'il eut rassemblé des armées fort-grandes de toutes les nations qu'il avait pu, et qu'il eut feint soi déclarer la guerre aux habitant-du-Bosphore, ses voisins, envoya des ambassadeurs d'Ecbatane |
| payent tribut. Jusqu'ici, ceux de vos généraux qui ont fait la guerre à ce roi ont plutôt remporté les honneurs de la victoire que la victoire même. Lucius Sylla a reçu les honneurs du triomphe ; L. Muréna les a reçus
; tous deux étaient des hommes courageux et de grands capitaines ; mais, malgré leur triomphe, Mithridate repoussé, vaincu, continuait à régner.
Il faut savoir gré à ces généraux de ce qu'ils ont fait, et les excuser s'ils ont laissé quelque chose à faire, parce que Sylla dut quitter cette guerre, rappelé en Italie par la république, et Muréna, rappelé par Sylla. IV. Quant à Mithridate, il a employé ce temps, non à oublier les pertes de sa première guerre, mais à en préparer une nouvelle. Après avoir construit et équipé des flottes considérables, après avoir levé chez tous les peuples qu'il a pu mettre à contribution d'innombrables armées, après avoir feint de déclarer la guerre aux habitants du Bosphore, ses voisins, il a envoyé d'Ecbatane en Espagne des am |
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| eos duces quibuscurn tum bellum gerebamus, ut, quum duobus in locis disjunctissimis maximeque diversis, uno consilio, a binis hostium copiis bellum terra marique gereretur, vos ancipiti contentione districti de imperio dimicaretis. Sed tamen alterius partis periculum, Sertorianae atque Hispaniensis, quae multo plus firmamenti ac roboris habebat. Cn. Pompeii divino consilio ac singulari virtute depulsum est : in altera parte ita res a L. Lucullo, summo viro, est administrata, ut initia illa gestarum rerum magna atque praeclara non felicitati ejus, sed virtuti, haec autem extrema, quae nuper acciderunt, non culpae, sed fortunae tribuenda esse videantur. Sed de Lucullo dicam alio loco, et ita dicam, Quirites, ut neque vera laus ei detracta oratione nostra neque falsa afficta esse vi- | usque in Hispaniam ad eos duces cum quibus tum gerebamus bellum ut, quum bellum gereretur uno consilio a binis copiis hostium, in duobus locis disjunctissimis maximeque diversis vos districti contentione ancipiti dimicaretis de imperio. Sed tamen periculum alterius partis, Sertorianae atque Hispaniensis, quae habebat multo plus firmamenti ac roboris, depulsum est consilio divino ac virtute singulari Cn. Pompeii in altera parte res administrata est a L. Lucullo, viro summo, ita ut illa initia rerum gestarum magna atque praeclara videantur tribuenda esse non felicitati, sed virtuti ejus, haec autem extrema, quae acciderunt nuper, non culpae, sed fortunae. Sed dicam de Lucullo alio loco, et dicam ita, Quirites, ut neque laus vera videatur detracta esse ei nostra oratione, neque falsa afficta esse. |
jusqu'en Espagne vers ces (les) généraux avec (contre) lesquels alors nous faisions la guerre afin que, quand la guerre serait faite avec un seul plan par deux armées d'ennemis, dans deux endroits très-éloignés l'un de l'autre et très-différents, vous divisés par cette lutte double vous combattissiez pour l'empire. Mais cependant le danger d'un côté, celui de-Sertorius et de-l'Espagne, lequel côté avait beaucoup plus de solidité et de force, a été dissipé par la prudence divine et la bravoure extraordinaire de Cn. Pompée de l'autre côté l'affaire (la guerre) a été conduite par L. Lucullus, homme éminent, de-telle-sorte que ces débuts d'expéditions faites, débuts grands et éclatants, semblent devoir être attribués non au bonheur, mais au courage de lui, mais que ces derniers événements, qui sont arrivés depuis-peu, semblent devoir l'être non à sa faute, mais à la fortune. Mais je parlerai de Lucullus dans un autre endroit, et j'en parlerai de telle sorte, Romains, que ni l'éloge vrai ne semble avoir été retranché à lui par notre (mon) discours, ni le faux lui avoir été ajouté. |
| bassadeurs aux généraux contre qui nous étions alors en guerre, afin que, vous voyant attaqués à la fois sur terre et sur mer, dans deux pays bien différents et bien éloignés l'un de l'autre, par deux armées ennemies agissant de concert, gênés par cette double lutte, vous eussiez à combattre pour le salut même de votre empire. Toutefois une partie du danger a été dissipée par la prudence divine et la rare valeur de Cn. Pompée : je veux parler de la guerre d'Espagne et de Sertorius, le plus fort et le plus dangereux de beaucoup de vos ennemis ; pour l'autre guerre, elle à été dirigée de telle sorte par L. Lucullus, cet homme éminent, qu'il faut attribuer les éclatants succès du début de l'expédition à son talent plutôt qu'à son bonheur, et les échecs que nous avons essuyés depuis à la fortune plutôt qu'aux fautes du général. D'ailleurs je parlerai plus tard de Lucullus, Romains, et j'en parlerai de manière à ne point paraître diminuer son vrai mérite et à ne point y ajouter aux dépens de la vérité. Mais, |
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| deatur. De vestri imperii dignitate atque gloria, quoniam is est exorsus orationis
meae, videte quem vobis animum suscipiendum putetis. V. Majores vestri saepe, mercatoribus ac naviculatoribus injuriosius tractatis, bella gesserunt : vos, tot civium Romanorum millibus uno nuntio atque uno tempore necatis, quo tandem animo esse debetis? Legati quod erant appellati superbius, Corinthum patres vestri totius Graeciae lumen exstinctum esse voluerunt : vos eum regem inultum esse patiemini, qui legatum populi Romani consularem vinculis ac verberibus atque omni supplicio excruciatum necavit ? Illi libertatem civium Romanorum imminutam non tulerunt : vos vitam ereptam negligetis ? Jus legationis verbo violatum illi persecuti sunt : vos legatum populi Romani omni supplicio interfectum inultum relinquetis ? Videte ne, ut illis pulcherrimum fuit tantam vobis |
Videte quem animum putetis suscipiendum vobis de dignitate atque gloria vestri imperii, quoniam is est exorsus meae orationis. V. Sape vestri majores, mercatoribus ac naviculatoribus tractatis injuriosius, gesserunt belle : vos, tot millibus civium Romanorum necatis uno nuntio atque uno tempore, quo animo debetis tandem esse? Quod legati appellati erant superbius, vestri patres voluerunt lumen totius Graeciae, Corinthum, exstinctum esse: vos patiemini eum regem esse inultum, qui necavit legatum populi Romani, consularem, excruciatum vinculis ac verberibus atque omni supplicio? Illi non tulerunt libertatem civium Romanorum imminutam; vos negligetis vitam ereptam? Illi persecuti sont jus legationis violatum verbo : vos relinquetis inultum legatum populi Romani interfectum omni supplico ? Videte ne, ut fuit pulcherrimum illis |
Voyez quelle disposition-d'esprit vous pensez devoir être prise par vous au-sujet-de la dignité et de la gloire de votre empire, puisque tel est le début de mon discours. V. Souvent vos ancêtres, des marchands et des propriétaires-de-vaisseaux ayant été traités trop outrageusement, ont fait des guerres: et vous, tant-de milliers d e citoyens romains ayant été tués par-suite-d'un seul message et en un seul temps (jour), dans quel esprit (quelle disposition) devez-vous enfin être? Parce que des ambassadeurs avaient été interpellés trop fièrement, vos pères ont voulu la lumière de toute la Grèce, Corinthe, être éteinte: et vous, vous souffrirez ce roi être impuni, lequel a tué un ambassadeur du peuple romain, personnage consulaire, tourmenté par les chaînes et les coups et par tout genre de supplice? Eux n'ont pas supporté la liberté des citoyens romains être diminuée et vous, vous ne-tiendrez-pas-compte de la vie enlevée des citoyens? Eux ont poursuivi (vengé) le droit d'ambassade violé par une parole et vous, vous laisserez sans-vengeance un ambassadeur du peuple romain tué par tout genre de supplice? Voyez (prenez garde) que, comme il a été très-beau pour eux. |
| puisque c'est de la dignité et de la gloire de votre empire que je
me suis proposé de vous entretenir d'abord, voyez quelles doivent être vos dispositions à ce sujet. V. Vos ancêtres ont souvent fait la guerre pour venger quelques marchands, quelques armateurs insultés ; vous, quand des milliers de citoyens romains ont été massacrés sur un seul ordre et le même jour, quels doivent être vos sentiments ? Pour quelques propos insolents tenus à vos ambassadeurs, vos pères ont détruit Corinthe, la lumière de la Grèce : et vous laisseriez impuni ce roi qui, après avoir fait battre de verges, charger de chaînes et torturer de toute manière un personnage consulaire, député du peuple romain, a fini par le mettre à mort ? Vos pères n'ont pu souffrir qu'on portât atteinte à la liberté des citoyens romains : et vous verriez avec indifférence qu'on leur eût ôté la vie ? Ils ont tiré vengeance d'un mot qui outrageait les droits des ambassadeurs : et vous ne vengeriez pas un envoyé du peuple romain livré aux plus affreux supplices ? Prenez-y garde : autant il a été beau pour eux de vous léguer un empire si glorieux, |
20 - 21
| imperii gloriam relinquere, sic vobis turpissimum sit, id quod accepistis, tueri et conservare non posse. Quid, quod salus sociorum summum in periculum ac discrimen vocatur ? Regno expulsus est Ariobarzanes, rex socius populi Romani atque amicus ; imminent duo reges toti Asiæ, non solum vobis inimicissimi, sed etiam vestris sociis atque amicis ; civitates autem omnes, cuncta Asia atque Græcia vestrum auxilium exspectare propter periculi magnitudinem coguntur imperatorem a vobis certum deposcere, quum præsertim vos alium miseritis, neque audent, neque id se facere summo sine periculo posse arbitrantur. Vident et sentiunt hoc idem quod vos, unum virum esse in quo summa sint omnia, et eum prope esse, quo etiam carent aegrius : cujus adventu ipso atque nomin, tametsi ille ad maritimum bellum venerit, tamen impetus hostium repressos | relinquere vobis tantam gloriam imperii, sic sit turpissimum vobis non posse tueri et conservare id quod accepistis. Quid quod salus sociorum vocatur in summum periculum ac discrimen? Ariobarzanes, rex socius atque amicus populi Romani, expulsus est regno ; duo reges inimicissimi non solum vobis, sed etiam vestris sociis atque amicis, imminent Asiæ toti; omnes autem civitates, cuncta Asia atque Græcia coguntur exspectare vestrum auxilium, propter magnitudinem periculi neque audent deposcere a vobis imperatorem certum, præsertim quum vos miseritis alium, neque arbitrantur se posse facere id sine summo periculo. Vident et sentiunt hoc idem quod vos, unum virum esse, in quo omnia sunt summa, et eum esse prope, quo etiam carent ægrius adventu ipso atque nomine cujus, tametsi ille venerit ad bellum maritimum, intelligunt tamen impetus hostium repressos esse |
de laisser à vous une si-grande gloire d'empire, ainsi il ne soit très-honteux pour vous de ne pouvoir défendre e t conserver ce que vous avez reçu. Que dirai-je de-ce-que le salut des alliés est appelé (jeté) dans le plus grand danger et la plus grande crise ? Ariobarzane, roi allié et ami du peuple romain, a été chassé de son royaume; deux rois très-ennemis non-seulement de vous, mais aussi de vos alliés et de vos amis, menacent l'Asie tout-entière ; or, toutes les villes, toute l'Asie et toute la Grèce sont forcées d'attendre votre secours, à cause de la grandeur du danger: et elles n'osent pas demander à vous un général déterminé (désigné par elles), surtout quand vous en avez envoyé un autre, et elles ne pensent pas elles-mêmes pouvoir faire cela sans le plus grand danger. Elles voient et comprennent cette même chose que vous comprenez, savoir un seul homme être, dans lequel tout est très-grand, et celui-là être près d'elles, par suite de quoi même elles en sont privées avec-plus-de-regret par l'arrivée même (seule) et par le nom seul duquel, bien qu'il soit venu pour la guerre maritime (des pirates), elles comprennent cependant les mouvements des ennemis avoir été arrêtés |
| autant il serait honteux pour vous de ne pouvoir le défendre et le conserver tel que vous l'avez reçu. Que vous dirai-je du salut de vos alliés, qui courent les plus grands dangers ? Ariobarzane, roi allié et ami du peuple romain, a été chassé de son royaume ; l'Asie entière est menacée par deux rois, qui ne sont pas seulement les ennemis jurés de Rome, mais ceux de vos alliés et de vos amis ; toutes les villes libres, toute l'Asie, toute la Grèce, en présence d'un si grand danger, sont forcées d'attendre de vous du secours; elles n'osent pas, surtout quand vous leur avez envoyé un autre général, vous demander celui qu'elles désirent, et pensent qu'elles ne pourraient le faire sans s'exposer à des risques extrêmes. Elles voient et savent ce que vous voyez et savez vous-mêmes, qu'il n'y a qu'un homme en qui tout soit grand, que cet homme est près d'elles, ce qui rend leurs regrets plus vifs ; enfin que son arrivée et le bruit de son nom, bien qu'il ne soit venu que pour la guerre des pirates, ont suffi pour arrêter et re- |
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| esse intelligunt ac retardatos. Hi vos, quoniam libere loqui non licet, tacite rogant ut se quoque, sicut ceterarum provinciarum socios, dignos existimetis, quorum salutem tali viro commendetis : atque hoc etiam magis quam ceteros, quod ejus modi in provinciam
homines cum imperio mittimus, ut, etiamsi ab hoste defendant, tamen ipsorum adventus in
urbes sociorum non multum ab hostili expugnatione differant. Hunc audiebant
antea, nunc præsentem vident, tanta temperantia, tanta mansuetudine, tanta humanitate, ut ii beatissimi esse videantur, apud quos
ille diutissime commoratur. VI. Quare, si propter socios, nulla ipsi injuria lacessiti, majores vestri cum Antiocho, cum Philippo, cum Aetolis , cum Poenis bella gesserunt, quanto vos studio convenit, injuriis provocatos, sociorum salutem una cum imperii vestri dignitate defendere, præsertim quum de vestris maximis vecti- |
ac retardatos. Hi, quoniam non licet loqui libere, rogant vos tacite ut existimetis quoque se, sicut socios ceterarum provinciarum, dignos quorum commendetis salutem tali viro atque hoc etiam magis quam ceteros, quod mittimus in provinciam cum imperio homines ejus modi ut, etiamsi defendant ab hoste, tamen adventus ipsorum in urbes sociorum non differant multum ab expugnatione hostili. Audiebant antea, nunc vident præsentem hunc tanta temperantia, tanta mansuetudine, tanta humanitate, ut ii apud quos ille commoratur diutissime videantur esse beatissimi. VI. Quare, si, propter socios, vestri majores, ipsi lacessiti nulla injuria, gesserunt bella cum Antiocho, cum Philippo, cum Aetolis, cum Poenis, quanto studio convenit vos, provocatos injuriis, defendere salutem sociorum una cum dignitate vestri imperii; præsertim quum agatur de vestris vectigalibus |
et retardés. Ceux-ci (ces peuples), puisqu'il ne leur est-pas-permis de parler librement, vous prient silencieusement que vous estimiez aussi eux, comme les alliés des autres provinces, dignes desquels vous confiiez le (que vous confiiez leur) salut à un tel homme et que vous les estimiez par cela même plus dignes que les autres de ce secours, que nous envoyons dans la province d'Asie avec l'autorité des hommes de cette (telle) sorte que, bien qu'ils la défendent contre l'ennemi, cependant les arrivées d'eux-mêmes dans les villes des alliés ne différent pas beaucoup d'une prise-d'assaut de-l'ennemi. Ils entendaient citer auparavant, maintenant ils voient présent celui-ci d'une si-grande modération, d'une si-grande douceur, d'une si-grande humanité, que ceux chez lesquels il séjourne le plus longtemps semblent être les plus heureux. VI, C'est-pourquoi, si, à cause de leurs alliés, vos ancêtres, eux-mêmes n'étant provoqués par aucun affront, ont fait des guerres avec Antiochus, avec Philippe, avec les Étoliens, avec les Carthaginois, avec quelle ardeur convient-il vous, provoqués par des affronts, défendre le salut de vos alliés en-même temps avec (que) la dignité de votre empire; surtout quand il s'agit de vos revenus |
| tarder
les progrès des ennemis. Ces peuples, qui n'osent dire librement ce qu'ils pensent, vous demandent tout bas de les regarder comme aussi dignes
que vos alliés des autres provinces de voir leur salut confié à un si grand
homme ; ils le souhaitent d'autant plus, que les magistrats que nous envoyons dans ces provinces
avec un commandement militaire peuvent bien, il est vrai, les protéger contre l'ennemi, mais que leur arrivée dans les villes de nos alliés diffère peu d'une prise d'assaut. Celui-ci,
au contraire, ainsi qu'ils l'avaient entendu dire jusqu'à présent et qu'ils le voient aujourd'hui, a tant de douceur, tant de modération, tant d'humanité, qu'on regarde comme les plus heureux les peuples qui jouissent le plus longtemps de sa présence. VI. Or, si vos pères, sans avoir eux-mêmes à se plaindre d'aucune injure, ont fait la guerre pour leurs alliés à Antiochus, à Philippe, aux Étoliens, aux Carthaginois, quel zèle ne devez-vous pas mettre, quand vous êtes provoqués, à défendre à la fois le salut de vos alliés et la dignité de l'empire, surtout quand il s'agit de vos revenus les |
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| galibus agatur? Nam ceterarum provinciarum vectigalia, Quirites, tanta sunt, ut iis ad ipsas provincias tutandas vix contenti esse possimus : Asia vero tam opima est ac fertilis, ut et ubertate agrorum, et varietate fructuum, et magnitudine pastionis, et multitudine earum rerum quæ exportantur, facile omnibus terris antecellat. Itaque hæc vobis provincia, Quirites, si et belli utilitatem et pacis dignitatem retinere vultis, non modo a calamitate, sed etiam a metu calamitatis est defendenda. Nam ceteris in rebus, quum venit calamitas, tum detrimentum accipitur. At in vectigalibus non solum adventus mali, sed etiam metus ipse offert calamitatem : nom, quum hostium copiæ non longe absunt, etiamsi irruptio facta nulla sit, tamen pecora relinquuntur, agricultura deseritur, mercatorum navigatio conquiescit : ita neque ex porto, neque ex decumis, neque ex scriptura vectigal conservari potest. Quare | maximis ? Nam vectigalia ceterarum provinciarum, Quirites, sunt tanta ut possimus vix esse conteni iis ad tutandas provincias ipsas: Asia vero est tam opima et fertilis, ut antecellat facile omnibus terris et ubertate agrorum, et varietate fructuum, et magnitudine pastionis, et multitudine earum rerum quæ exportantar. Itaque, Quirites, hæc provincia, si vultis sustinere et utilitatem belli et dignitatem pacis, defendenda est non modo a calamitate, sed etiam a metu calamitatis. Nam in ceteris rebus, quum calamitas venit, tum detrimentum accipitur. At in vectigalibus, non solum adventus mali, sed etiam metus ipse offert calamitatem nam, quum copiæ hostium non absunt longe, etiamsi nulla irruptio facto sit, tamen pecora relinquuntur, agricultura deseritur, navigatio mercatorum conquiescit: ita vectigal potest conservari neque ex portu, neque ex decumis, neque ex scriptura. |
les plus gros? Car les revenus des autres provinces, Romains, sont si-peu-grands que nous pouvons à peine être contents d'eux (nous en contenter) pour soutenir les provinces elles mêmes. Mais l'Asie est si riche et si fertile, qu'elle surpasse sans-peine tous les pays du monde et par la fécondité de ses champs, et par la variété de ses productions, et par l'étendue de ses pâturages, et par la multitude de ces (des) objets qui s'exportent. C'est-pourquoi, Romains, cette province, si vous voulez maintenir et l'utilité de (pour) la guerre et la dignité de (pour) la paix, doit être garantie non-seulement du malheur, mais même de la crainte du malheur. Car dans les autres choses, quand le désastre est venu, alors la perte est reçue. Mais dans les impôts, non-seulement l'arrivée du mal, mais aussi la crainte même apporte un désastre: car, quand les troupes des ennemis ne sont pas loin, bien qu'aucune irruption n'ait été faite, cependant les troupeaux sont délaissés, l'agriculture est abandonnée, la navigation des marchands se repose (est suspendue): ainsi un tribut ne peut être conservé ni d'un port, ni des dîmes, ni de l'impôt-sur-les-pâturages. |
| plus importants ? En effet, Romains, ceux que nous retirons des autres provinces sont tels, qu'ils suffisent à peine pour nous donner les moyens de les défendre ; mais l'Asie est si riche et si fertile, que l'on peut, et pour la fécondité de ses champs, et pour la variété de ses productions, et pour l'étendue de ses pâturages, et pour la quantité des objets qu'elle expose, la mettre au-dessus de tous les pays du monde. Si donc, Romains, vous voulez conserver les moyens de faire la guerre avec avantage et de maintenir la paix avec honneur, écartez de cette province non-seulement le malheur, mais même la crainte du malheur. Dans toute autre chose, en effet, on ne sent la perte que quand le mal est venu ; mais, en fait d'impôts, ce n'est pas seulement l'événement, c'est la crainte même qui entraîne un désastre : quand l'ennemi est proche, alors même qu'il ne commet aucun acte d'hostilité, on abandonne les troupeaux, on néglige l'agriculture, le commerce maritime est arrêté : on ne tire plus rien ni des ports, ni des dîmes, ni du droit sur les pâturages. Ainsi sou |
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| sæpe totius anni fructus
uno rumore periculi atque uno belli terrore amittitur. Quo tandem animo esse existimatis aut eos qui vectigalia nobis pensitant, aut eos qui exercent atque exigunt, quum duo reges cum maximis copiis prope adsint ; quum una excursio equitatus perbrevi tempore totius anni vectigal auferre possit ; quum publicani familias maximas, quas in salinis habent, quas in agris, quas in portubus atque custodiis, magno periculo se habere arbitrentur ? Putatisne vos illis rebus frui posse, nisi eos, qui vobis fructui sunt, conservaveritis non solum, ut antea dixi, calamitate, sed etiam calamitatis formidine liberatos ? VII. Ac ne illud quidem vobis negligendum est, quod mihi ego extremum proposueram, quum essem de belli genere dicturus, quod ad multorum bona civium Romanorum pertinet ; |
Quare
saepe fructus anni totius amittitur uno rumore periculi atque uno terrore belli. Quo animo existimatis tandem aut eos esse qui pensitant nobis vectigalia, aut eos qui exercent atque exigunt, quum duo reges adsint prope cum maximis copiis; quum una excursio equitatus possit auferre tempore perbrevi vectigal totius anni; quum publicani arbitrentur se habere magno periculo familias maximas quas habent in salinis, quas in agris, quas in portubus atque custodiis? Putatisne vos posse frui illis rebus, nisi conservaveritis eos qui sunt fructuosi vobis, non solum, ut dixi antea, liberatos calamitate, sed etiam formidine calamitatis ? VII. Ac ne quidem illud negligendum est vobis, quod ego proposueram mihi extremum, quum dicturus essem de genere belli, quod pertinet ad bona multorum civium Romanorum quorum, |
C'est-pourquoi souvent le fruit (revenu) d'une année tout-entière se perd par un seul bruit de danger et une seule crainte de guerre. Dans quel esprit pensez-vous enfin ou ceux-là être qui payent à nous des impôts, ou ceux qui les exploitent et les perçoivent, quand deux rois sont tout-prés avec de très-grandes armées; quand une seule incursion de cavalerie peut enlever en un temps fort-court le revenu de toute une année ; quand les fermiers-publics pensent eux-mêmes avoir avec grand péril les troupes-d'esclaves fort-nombreuses qu'ils ont dans les salines, qu'ils ont dans les champs, qu'ils ont dans les ports et dans les postes-militaires Pensez-vous vous pouvoir jouir de ces objets (revenus), si vous ne maintenez ceux qui sont rendants-des-fruits à vous, non-seulement, comme je l'ai dit auparavant, délivrés du malheur, mais même de la crainte du malheur? VII. Et pas même ceci ne doit être négligé par vous, que j'avais proposé à moi-rnéme comme dernière remarque, lorsque je serais devant parler de l'espèce de cette guerre, qui a-rapport aux (intéresse les) biens de nombreux citoyens romains, desquels, |
| vent le revenu de toute une année est perdu pour un seul bruit de danger, pour une seule crainte de guerre prochaine. Dans quelles dispositions d'esprit doivent être, à votre avis, et ceux qui vous payent ces impôts, et ceux qui se chargent de les recouvrer, quand tout près d'eux ils voient deux rois avec des troupes considérables ; quand une seule incursion de cavalerie peut, en un instant, enlever le revenu d'une année ; quand les fermiers de l'État sont persuadés qu'ils ont tout à craindre pour ces nombreuses troupes d'esclaves qu'ils occupent dans les salines, dans les champs, dans les ports et dans tous les postes de surveillance ? Pensez-vous pouvoir jouir des revenus de ces fermes, si vous ne garantissez ceux qui les administrent pour vous, non-seulement de tout malheur, mais même de toute crainte ? VII. Vous ne devez pas même dédaigner une considération que j'avais réservée pour la dernière en vous parlant de la nature de cette guerre, savoir, qu'il s'agit de la fortune d'un bon nombre de citoyens romains, fortune dont vous devez, avec votre sagesse ordi- |
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| quorum vobis, pro vestra sapientia, Quirites, habenda est ratio diligenter. Nam et publicani, homines et honestissimi et ornatissimi, suas rationes et copias in illam provinciam contulerunt ; quorum ipsorum per se res et fortunæ curae vobis esse debent. Etenim, si vectigalia nervos esse reipublicæ semper duximus, eum certe ordinem, qui exercet illa, firmamentum ceterorum ordinum recte esse dicemus. Deinde ceteris ex ordinibus homines gnavi et industrii partim ipsi in Asia negotiantur, quibus vos absentibus consulere debetis, partim suas et suorum in ea provincia pecunias magnas collocatas habent. Erit igitur humanitatis vestræ, magnum eorum civium numerum calamitate prohibere; sapientiæ, videre multorum civium calamitatem a republica sejunctam esse non posse. Etenim illud primum parvi refert, vos publicanis amissa vectigalia postea | pro vestra
sapientia, ratio habenda est vobis, Quirites. Nam et publicani, homines et honestissirni et ornatissimi, contulerunt suas rationes et copias in illam provinciam ; quorum ipsorum res et fortunæ debent esse curae vobis per se. Etenim, si semper duximus vectigalia esse nervos reipublicæ, dicemus certe eum ordinem qui exercet illa esse firmamentum ceterorum ordinum. Deinde homines gnavi et industrii ex ceteris ordinibus partim negotiantur ipsi in Asia, quibus absentibus vos debetis consulere, partim habent magnas pecunias suas et suorum collocatas in ea provincia. Erit igitur vestræ humanitatis prohibere calamitate magnum numerum eorum civium ; sapientiæ videre calamitatem multorum civium non posse sejunctam esse a republica. Etenim, primum illud refert parvi vos recuperare postea victoria |
eu-égard-à votre sagesse, compte doit être tenu par vous, Romains. Car d'une-part les fermiers hommes et très-honorables e t très-distingués, ont transporté leurs fonds et leurs ressources dans cette province; desquels fermiers eux-mêmes les affaires et la fortune doivent être à souci à vous pour elles-mêmes. En effet, si toujours nous avons pensé les revenus-publics être les nerfs de l'État, nous dirons certainement cet ordre qui exploite ces revenus être le soutien des autres ordres. D'un-autre-côté des hommes actifs et industrieux des autres ordres en partie font-le-commerce eux-mêmes en Asie, sur lesquels absents vous devez veiller, en partie ont de grandes sommes à-eux et des (aux)- leurs placées dans cette province. Il sera donc de votre humanité de préserver du malheur le grand nombre de ces citoyens; il sera de votre sagesse de voir le malheur de nombreux citoyens ne pouvoir être séparé (indifférent) de (pour) la république. En effet, d'abord cela importe peu vous recouvrer après cela par la victoire |
| naire, vous préoccuper particulièrement. Les fermiers, hommes honorables et fort distingués, ont transporté dans cette province tous leurs fonds, toutes leurs ressources ; ils méritent par eux-mêmes que cette fortune vous intéresse. En effet, si nous avons toujours regardé les revenus publics comme le nerf de l'État , nous devons reconnaître que l'ordre chargé de les faire rentrer est le soutien des autres ordres. D'un autre côté ; d'autres citoyens, actifs et industrieux, font le commerce en Asie : les uns s'en occupent eux-mêmes, vous devez les protéger quoique absents ; d'autres y ont placé leur fortune et celle des leurs, et il s'agit de sommes importantes. C'est donc pour vous une question d'humanité de préserver de tout malheur un si grand nombre de citoyens ; c'est une question de prudence de comprendre que leur ruine ne saurait être indifférente à l'État. D'abord il importe peu qu'après avoir laissé perdre ces revenus pour vos fermiers, vous les recouvriez par la victoire ; après un tel désastre, les |
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| victoria recuperare : neque enim iisdem redimendi facultas erit propter calamitatem, neque aliis voluntas propter timorem. Deinde, quod nos eadem Asia atque idem iste Mithridates initio belli Asiatici docuit, id quidem certe calamitate docti memoria retinere debemus. Nam tum, quum in Asia res magnas permulti amiserunt, scimus Romæ, solutione impedita, fidem concidisse : non enim possunt una in civitate multi rem atque fortunas amittere, ut non plures secum in eamdem calamitatem trahant. A quo periculo prohibete rempublicam, et mihi credite id quod ipsi videtis : hæc fides atque haec ratio pecuniarum, quæ Romæ, quae in foro versatur, implicita est cum illis pecuniis Asiaticis et cohæret. Ruere illa non possunt, ut hæc non eodem labefactata motu concidant. Quare videte num dubitandum vobis sit omni studio ad id bellum incum- | vectigalia amissa publicanis neque enim facultas redimendi erit iisdem propter calamitatem, neque voluntas aliis propter timorem. Deinde, quod eadem Asia atque idem iste Mithiridates docuit nos initio belli Asiatici, docti calamitate debemus quidem certe retirere id memoria. Nam tunc, quum permulti amiserunt magnas res in Asia scimus, solutione impedita, fidem concidisse Romae multi enim non possunt in una civitate amittere rem atque fortunas, ut non trahant plures secum in eamdem calamitatem. Prohibete rempublicam a quo periculo, et credite mihi id quod videtis ipsi hæc fides atque hæc ratio pecuniarum quae versatur Romæ, quæ in foro implicita est cum illis pecuniis Asiaticis et cohaeret. Illa non possunt ruere, ut hæc non concidant labefacta eodem motu. Quare videte num dubitandum sit vobis incumbere omni studio |
les revends perdus pour les fermiers: car ni la possibilité de les racheter (prendre à ferme) ne sera à ces mêmes fermiers à causede leur malheur, ni la volonté de les racheter ne sera à d'autres à cause de la crainte. Ensuite, ce que cette même Asie et ce même Mithridate ont enseigné à nous au commencement de la gnerre d'-Asie, instruits par le malheur nous devons certes assurément retenir cela dans notre mémoire. Car à-cette-époque, où beaucoup perdirent de grandes fortunes en Asie nous savons le payement des dettes avant été empêché, le crédit être tombe à Rome car beaucoup de citoyens ne peuvent dans une seule cité perdre la fortune et les biens, de-sorte-qu'ils n'entraînent pas (sans entraîner) plusieurs avec eux dans le même malheur. Préservez la république de ce danger, et croyez-moi sur ce que vous voyez vous-mêmes ce crédit et cette circulation d'argent qui se fait à Rome, qui se fait dans le forum, sont liés avec (à) ces fortunes de-l'-Asie et y tiennent. Celles-là ne peuvent tomber, de-manière-que celles-ci ne tombent pas ébranlées par le même mouvement. C'est pourquoi examinez s'il doit y-avoir-hésitation pour vous à vous appliquer de tout votre zèle |
| mêmes hommes ne seront plus en état de les prendre à ferme , et d'autres ne le voudront pas, parce qu'ils auront peur. Ensuite, cette même province d'Asie et ce même Mithridate nous ont donné, au commencement de cette guerre, une leçon que nous ne devons pas oublier, instruits que nous sommes par le malheur. A l'époque où tant de citoyens perdirent en Asie des sommes considérables, nous
savons qu'à Rome , les payements s'étant trouvés entravés, le crédit fut ébranlé
; il est impossible, en effet, que, dans un pays, un grand nombre de citoyens perdent leur fortune, sans en entraîner beaucoup d'autres dans leur désastre. Écartez ce danger de la république, et croyez-moi quand je vous expose ce que vous avez sous les yeux il existe un lien étroit entre le crédit, ce mouvement de fonds de Rome et du forum, et les fortunes de l'Asie : l'un ne peut tomber que le même coup n'ébranle et ne détruise l'autre. Voyez donc si vous devez hésiter à donner toute votre attention à une guerre dans |
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| bere, in quo gloria nominis vestri, salus sociorum, vectigalia maxima, fortunæ plurimorum civium cum republica defendantur. VIII. Quoniam de genere belli dixi, nunc de magnitudine pauca dicam. Potest enim hoc dici : belli genus esse ita necessarium, ut sit gerendum ; non esse ita magnum, ut sit pertimescendum. In quo maxime laborandum est, ne forte a vobis quæ diligentissime providenda sunt, contemnenda esse videantur. Atque, ut omnes intelligent me L. Lucullo tantum impertiri laudis, quantum forti viro, sapientissimo homini et magno imperatori debeatur, dico ejus adventu maximas Mithridatis copias omnibus rebus ornatas atque instructas fuisse ; urbemque Asiæ clarissimam nobisque amicissimam Cyzicenorum obsessam esse ab ipso rege maxima multitudine , et oppugnatam vehementissime, quam L. Lucullus virtute, assidui- |
ad id bellum, in quo gloria vestri nominis, salus sociorum, vectigalia maxima, fortunæ plurimorum civium defendantur cum republica. VIII. Quoniam dixi de genere belli , nunc dicam pauca de magnitudine. Hoc enim potest dici genus belli esse ita necessarium, ut gerendum sit; non esse ita magnum, ut pertimescendum sit. In quo laborandum est maxime ne quæ providenda sunt diligentissime, videantur forte contemnenda esse a vobis. Atque, ut omnes intelligent, me impertire tantum taudis L. Lucullo quantum debeatur viro forti et homini sapientissimo, dico, adventu ejus, copias Mithridatis fuisse maximas, ornatas atque instructas omnibus rebus; urbemque Cyzicenorum , clarissimam Asiæ amicissimamque nobis, obsessam esse ab rege ips maxima multitudine et oppugnatam vehementissime ; quam L. Lucullus , virtute, assiduitate, consilio |
à cette guerre, dans laquelle la gloire de votre nom, le salut de vos alliés, les revenus les plus grands, les biens d e très-nombreux citoyens sont défendus avec (en même temps que) la république. VIII. Puisque j'ai parlé de l'espèce de cette guerre, maintenant je dirai quelques mots sur son importance. Car ceci peut être dit l'espèce de cette guerre être si nécessaire qu'elle doit être faite; n'être pas si importante, qu'elle doive être redoutée. Dans laquelle il doit être pris-soin surtout à-ce-que les mesures qui doivent t être prises-d'avance le plus soigneusement, ne paraissent pas par hasard devoir être dédaignées par vous. Et, pour-que tous comprennent moi accorder autant d'éloge à L. Lucullus qu'il en est dû à un personnage courageux et à un homme très-prudent, je dis, à l'arrivée de lui, les troupes de Mithridate avoir été très-grandes (fortes), équipées et munies de toutes choses et la ville des Cyzicéniens, la plus brillante de l'Asie et la plus amie de nous, avoir été assiégée par ce roi lui-méme avec une très-grande multitude et attaquée très-vigoureusement ; laquelle L. Lucullus, par sa valeur, par son activité, par sa prudence, |
| laquelle il s'agit de défendre, en même temps que la république, la gloire de votre nom, le salut des alliés, vos revenus les plus importants et la fortune d'un grand nombre
de citoyens. VIII. Maintenant que j'ai parlé de la nature de cette guerre, je vais dire quelques mots de son importance ; car on pourrait prétendre qu'elle est assez nécessaire pour que nous la fassions, mais qu'elle n'est pas assez grave pour qua nous la craignions. Or, vous devez surtout prendre garde de considérer comme étant sana intérêt ce qui mérite le plus votre attention. Et pour que tout le monde comprenne bien que je rends à L. Lucullus toute la justice qui est due à un citoyen courageux, à un homme plein de prudence, à un général éminent, je déclare qu'à son arrivée les troupes de Mithridate étaient parfaitement équipées et munies de tous les objets nécessaires ; que la ville de Cyzique, la plus belle de l'Asie et la plus dévouée à nos intérêts, était assiégée par ce roi lui-même à la tête d'une armée considérable, et que le siège était poussé très-vivement. Par sa valeur, par son activité, par sa prudence, L Lucullus a délivré cette place d'un danger immi- |
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| tate, consilio, summis obsidionis periculis liberavit ; ab eodem imperatore classem magnam et ornatam, quae ducibus Sertorianis ad Italiam studio inflammato raperetur, superatam esse atque depressam; magnas hostium praeterea copias multis proelii esse deletas, patefactumque nostris legionibus esse Pontum, qui ante populo Romano ex omni aditu clausus esset ; Sinopen atque Amisum, quibus in oppidis erant domicilia regis, omnibus rebus ornata atque referta, ceterasque urbes Ponti et Cappadociae permultas uno aditu atque adventu esse captas ; regem spoliatum regno patrio atque avito ad alios se reges atque ad alias gentes supplicem contulisse : atque haec omnia salvis populi Romani socii atque integris vectigalibus esse gesta. Satis opinor hoc esse Taudis, algue ita , Quirites, ut hoc | liberavit
periculis summis obsidionis ; classem magnam et ornatam, quae raperetur studio inflammato ad Italiam, Sertorianis ducibus, superatam esse atque depressam ab eodem imperatore ; praeterea magnas copias hostium deletas esse multis praeliis, Pontumque, qui ante clausus esset ex omni aditu populo Romano, patefactum esse nostris legionibus ; Sinopen atque Amisum, in quibus oppidis erant domicilia regis, ornata atque referta omnibus rebus, et ceteras urbes permultas Ponti et Cappadociae captas esse uno aditu atque adventu; regem spoliatum regno patrio atque avito contulisse se supplicem ad alios reges atqua ad alias gentes: atque haec omnia gesta esse socii populi Romani salvis atque vectigalibus integris. Opinor hoc esse satis laudis, atque ita, Quirites, ut vos intelligatis hoc, |
délivra
des dangers extrêmes du siége ; une flotte considérable et bien équipée, qui était entraînée par un zèle ardent vers l'Italie, les lieutenants de-Sertorius étant chefs, avoir été vaincue et coulée-à-fond par ce-même général; en outre de grandes troupes des ennemis avoir été détruites en beaucoup de combats, et le Pont, qui auparavant avait été fermé par tout abord au peuple romain, avoir été ouvert à nos légions; Sinope et Amine, dans lesquelles villes étaient des palais du roi, ornés et remplis de toutes sortes de choses (richesses), et les autres villes très-nombreuses du Pont et de la Cappadoce avoir été prises par son seul abord et sa seule arrivée; le roi dépouillé du royaume de-son-père et de-ses-aïeux s'être transporté suppliant chez d'autres rois et chez dautres nations: et tout cela avoir été fait les alliés du peuple romain étant saufs et les impôts étant intacts. Je pense cela être assez de louange, et de-telle-sorte, Romains, que vous compreniez ceci, |
| nent. Une flotte importante et en fort bon état s'élançait avec une extrême ardeur vers l'Italie, sous la conduite de lieutenants de Sertorius ; ce même Lucullus l'a battue et coulée à fond ; il a taillé en pièces dans plusieurs combats des corps considérables de l'ennemi ; il a ouvert à nos légions le Pont, qui avait été jusque-là, sur tous les points, fermé au peuple romain ; il a pris en se montrant, et par le fait seul de sa présence, Sinope et Amine, où se trouvaient deux palais de Mithridate, remplis de richesses, ainsi que les autres villes du Pont et de la Cappadoce ; le roi, dépouillé du royaume de son père et de ses aïeux, s'est réfugié en suppliant vers d'autres rois et chez d'autres peuples : et tout cela a été fait sans que les alliés du peuple romain eussent à souffrir, sans que nos revenus fussent diminués. Voilà, je crois, assez de gloire et vous reconnaîtrez, Romains |
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| vos intelligatis, a nullo istorum qui
huic obtrectant legi atque causae, L. Lucullum similiter ex hoc loco esse laudatum.
IX. Requiretur fortasse nunc quemadmodum, quum haec ita sint, reliquum possit esse magnum bellum. Cognoscite, Quirites : non enim hoc sine causa quaeri videtur. Primum ex suo regno sic Mithridates profugit, ut ex eodem Ponto Medea illa quondam profugisse dicitur ; quam praedicant in fuga fratris sui membra in iis locis, qua se parens persequeretur, dissipavisse, ut eorum collectio dispersa maerorque patrius celeritatem persequendi retardaret. Sic Mithridates fugiens maximum vim auri atque argenti pulcherrimarumque rerum omnium, quas et a majoribus acceperat et ipse bello superiore ex tota Asia direptas in suum regnum congesserat, in Ponto omnem reliquit. Haec dum nostri colligunt omnia diligentius, rex ipse e manibus effugit. Ita illum in persequendi studio maeror, hos |
L. Lucullum laudatum esse similiter ex hoc loco a nullo istorum qui obtrectant huic legi atque causae. IX. Requiretur nunc fortasse quemadmodum, quum haec sint ita, bellum reliquum possit esse magnum. cognoscite, Quirites : hoc enim non videtur quaeri sine causa. Primum Mithridates profugit ex suo regno sicut illa Medea dicitur progugisse quondam ex eodem Ponto; quam praedicant dissipavisse in fuga membra sui fratris in iis locis qua parens persequeretur se, ut collectio eorum dispersa maerorque patrius retardaret celeritatem persequendi. Sic Mithridates fugiens reliquit omnem in Ponto maximam vim auri atque argenti omniumque rerum pulcherrimarum, quas et acceperat a majoribus et ipse bello superiore congesserat in suum regnum direptas ex tota Asia. Dum nostri colligunt omnia haec diligentius, res ipse effugit e manibus. |
L. Lucullus d'avoir été loué semblablement de ce lieu (de cette tribune) par aucun de ceux qui s'opposent à cette loi et à cette cause. IX. Il sera demandé (on demandera) maintenant peut-être comment, quand ces choses sont ainsi, la guerre qui reste peut être considérable. Apprenez-le, Romains car cela ne semble pas être demandé sans motif. D'abord Mithridate s'est enfui de son royaume comme cette (la fameuse) Médée est dite avoir fui jadis de ce même Pont; laquelle on raconte avoir dispersé dans sa fuite les membres de son frère dans ces (les) lieux par où son père devait poursuivre elle, afin que le soin-de-recueillir eux étant partagé et le chagrin paternel retardassent la célérité de poursuivre (de la poursuite). Ainsi Mithridate fuyant laissa tout-entière dans le Pont une très-grande quantité d'or et d'argent et de tous les effets très-beaux, que et il avait reçus de ses ancêtres et lui-même dans la guerre précédente avait amoncelés dans son royaume enlevés-par-pillage de toute l'Asie. Tandis que les-nôtres recueillent tous ces biens avec-trop-de-soin, le roi lui-même s'est échappé de leurs mains. |
| qu'aucun de ceux qui attaquent cette loi et la cause que je défends n'a fait, du haut de cette tribune, un pareil éloge de L. Lucullus.IX. On demandera peut-être maintenant comment, s'il en est ainsi, la guerre qui reste à faire offre des dangers. Apprenez-le, Romains ; car la question ne me semble pas dénuée de raison. D'abord Mithridate s'est sauvé de ses États, comme on rapporte qu'autrefois la fameuse Médée s'enfuit de ce même royaume du Pont ; dans sa fuite, dit-on, elle dispersa les membres de son frère sur la route par où son père devait la poursuivre, afin que le soin de ramasser ces lambeaux épars et la douleur paternelle ralentissent la poursuite. Ainsi Mithridate, en fuyant, a laissé dans le Pont une énorme quantité d'or, d'argent et d'objets de grand prix, qu'il avait reçus de ses ancêtres, ou qu'il avait recueillis dans la guerre précédente, en ravageant l'Asie, et qu'il avait réunis dans ses États. Tandis que nos soldats s'emparaient avidement de tout ce butin, le roi leur a échappé. Ainsi le père de Médée fut retardé dans sa fuite par le cha- |
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| laetitia retardavit. Hunc in illo timore et fuga Tigranes rex Armenius excepit, diffidentemque rebus suis confirmavit, et afflictum erexit, perditumque recreavit. Cujus in regnum posteaquam L. Lucullus cum exercitu venit, plures etiam gentes contra imperatorem nostrum concitatae sunt : erat enim metus injectus iis nationibus, quas nunquam populus Romanusneque lacessendas bello neque tentandas putavit. Erat etiam alia gravis atque vehemens opinio, quae per animos gentium barbararum pervaserat, fani locupletissimi et religiosissimi diripiendi causa in eas oras nostrum exercitum esse adductum. Ita nationes multae atque magnae novo quodam terrore ac metu concitabantur. Noster autem exercitus, etsi urbem ex Tigranis regno ceperat et proeliis usus erat secundis, tamen nimia longinquitate locorum ac desiderio suorum commovebatur. Hic jam plura non dicam : fuit enim illud extremum, ut ex iis locis | Ita maeror retardavit illum in studio persequendi, laetitia hos. Tigranes, rex Armenius, excepit hunc in illo timore et fuga, confirmavitque diffidentem suis rebus, et erexit afflictum, recreavitque perditum. Posteaquam L. Lucullus venit cum exercitu in regnum cujus, plures gentes etiam concitatae sunt contra nostrum imperatorem metus enim injectus erat iis nationibus, quas populus Romanus nunquam putavit lacessendas bello neque tentandas. Alia opinio gravis atque vehemens erat etiam, qui pervaserat per animos gentium barbararum, nostrum exercitum adductum esse in eas oras causa diripiendi fani locupletissimi et religiosissimi. Ita nationes multae atque magnae concitabantur quodam terrore ac motu novo. Noster autem exercitus, etsi ceperat urbem ex regno Tigranis, et usus erat proeliis secundis, tamen commovebatur longinquitate locorum ac desiderio suorum. Hic jam non dicam plura : illud enim fuit extremum |
Ainsi le chagrin retarda celui-là (le père de Médée) dans son ardeur de poursuivre, la joie retarda ceux-ci (les Romains). Tigrane, roi d'Arménie, accueillit celui-ci (Mithridate) dans cette terreur et cette fuite. et rassura lui se défiant de sa situation, et releva lui abattu, et ranima lui accablé. Quand L. Lucullus vint avec une armée dans le royaume de celui-ci (deTigrane), plusieurs nations aussi furent soulevées contre notre général: en effet une crainte avait été inspirée à ces nations, que le peuple romain n'a jamais pensé devoir être attaquées par la guerre ni devoir être inquiétées. Une autre opinion odieuse et terrible était aussi, laquelle sétait-répandue dans les esprits de ces nations barbares, notre armée avoir été amenée dans ces contrées pour piller un temple très-riche et très-respecté. Ainsi des nations nombreuses et considérables étaient soulevées par une certaine terreur et une crainte nouvelle. Mais notre armée, quoiqu'elle eût pris une ville du royaume de Tigrane, et qu'elle eût usé de batailles favorables, cependant était inquiétée par l'éloignement des lieus et le regret des siens. Ici je n'en dirai pas plus : car ce fut là la fin, |
| grin ; nos soldats l'ont été par la joie. Pendant que Mithridate fuyait épouvanté, Tigrane, roi d'Arménie, lui a offert un asile, l'a rassuré au moment où il désespérait de sa situation, l'a relevé de son abattement, l'a consolé de ses revers. Lorsque Lucullus entra avec une armée dans le royaume de ce prince, plusieurs peuples se soulevèrent contre notre général ; car on avait effrayé les habitants de ces pays, que le peuple romain n'a jamais songé à attaquer ou à inquiéter. On avait, d'ailleurs, répandu chez ces nations barbares un bruit odieux et alarmant : on disait que c'était pour piller un temple très-riche et très-respecté que notre armée arrivait dans ces contrées. Aussi des peuples nombreux et puissants s'agitaient, émus par ce nouveau motif de crainte. D'un autre côté, notre armée, bien qu'elle eût pris une ville dans les États de Tigrane et que la chance des combats lui eût été favorable, trouvait ces pays trop éloignés et regrettait la patrie. Je n'en dirai pas davantage ; mais, à la fin, nos |
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| a militibus nostris reditus magis maturus quam processio longior quaereretur. Mithridates
autem et suam manum jam confirmarat, et eorum qui se ex ejus regno collegerant, et magnis auxiliis multorum regum et nationum juvabatur. Hoc jam
fere sic fieri solere accepimus, ut regum afflictae fortunae facile multorum opes alliciant ad misericordiam, maximeque eorum qui
aut reges sunt aut vivant in regno; quod regale iis nomen magnum et sanctum esse videatur. Itaque tantum victus efficere potuit, quantum incolumis nunquam est ausus
optare. Nam, quum se in regnum recepisset suum, non fuit eo contentus, quod ei praeter spem acciderat, ut illam, posteaquam
pulsus erat, terram unquam attingeret; sed in exercitum vestrum clarum atque victorem impetum fecit. Sinite hoc
loco, Quirites, sicut poetae solent qui res Romanas scribunt, |
ut reditus maturus ex iis locis quaereretur a nostris militibus magis quam processio longior. Mithridates autem et confirmarat jam suum manum, et juvabatur copiis eorum qui se collegerant ex regno ejus et magnis auxiliis multorum regum et nationum. Accepimus hoc jam solere fieri fere sic, ut fortunae regum afflictae alliciant facile opes multorum ad misericordiam maximeque eorum qui aut sunt reges, aut vivant in regno ; quod nomen regale videatur iis esse magnum et sanctum. Itaque victus potuit efficere tantum quantum incolumis nunquam ausus est optare. Nam, quum se recepisset in suum regnum, non fuit contentus eo quod acciderat ei praeter spem ut attingeret unquam illam terram, posteaquam pulsus erat sed fecit impetum in vestrum exercitum clarum atque victorem Sinite, Quirites, hoc loco, sicut solent poetae qui scribunt res Romanas, me paeterire |
qu'un retour prompt de ces pays était cherché par nos soldats plutôt qu'un progrès plus lointain. Mais Mithridate d'un-côté avait déjà rassuré son armée, et était secouru par les troupes de ceux qui s'étaient réunis de son royaume et par de grandes troupes-auxiliaires de beaucoup de rois et de beaucoup de nations. Nous avons appris cela déjà avoir-coutume de se passer presque-toujours ainsi , que la fortune des rois étant abattue attire facilement les forces de beaucoup à la pitié, et surtout les forces de ceux qui ou bien sont rois, ou bien vivent dans un royaume; parce que le nom de-roi semble à eux être grand et sacré. C'est-pourquoi vaincu il a pu faire autant qu'étant sain-et-sauf jamais il n'a osé souhaiter. Car, lorsqu'il se fut retiré dans son royaume, il ne fut pas content de ce qui était arrivé à lui contre son espérance, à savoir qu'il touchât jamais cette terre, après qu'il en avait été chassé; mais il fit une attaque contre votre armée brillante et triomphante. Permettez, Romains, en cet endroit, comme ont-coutume de faire les poëtes qui écrivent les faits (l'histoire) de-Rome, moi passer-sous-silence |
| soldats cherchaient plutôt les moyens de revenir bien vite que de pousser plus loin leurs conquêtes. Quant à Mithridate, il avait rassuré les siens, et aux troupes nouvelles qu'il tirait de ses États il joignait les troupes auxiliaires que lui envoyaient plusieurs rois et plusieurs peuples. Nous savons, en effet, que les désastres qu'éprouvent des rois excitent généralement la sympathie des autres rois, ou des peuples qui obéissent à des rois, parce que ce nom leur semble grand et respectable. Aussi Mithridate a-t-il pu faire, quoique vaincu, ce qu'il n'avait pas osé faire avant de l'être ; rentré dans son royaume, il ne s'est point contenté d'avoir, contre toute espérance, revu les lieux d'où il avait été chassé, mais il s'est jeté sur votre armée victorieuse et triomphante. Ici, Romains, permettez-moi, comme le font les poëtes qui chantent les exploits de Rome, de passer sous silence notre dé- |
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| praeterire me nostram
calamitatem ; qui tanta fuit, ut eam ad aures L. Luculli non ex proelio nuntius, sed ex sermone
rumor afferret. Hic, in ipso illo malo gravissimaque belli offensione, L. Lucullus, qui tamen aliqua ex parte
iis incommodis mederi fortasse potuisset, vestro jussu coactus, quod
imperii diuturnitati modum statuendum veteri exemplo putavistis, partem militum, qui jam stipendiis
confectis erant, dimisit, partem Glabrioni tradidit. Multa praetereo
consulto, sed ea vos conjectura perspicitis ; quantum illud bellum factum putetis, quod conjungant
reges potentissimi, renouent agitatae nationes, suscipiant integrae
gentes, novas imperator vester accipiat, vetere pulso exercitu. X. Satis mihi multa verba fecisse videor, quare hoc bellum esset genere ipso necessarium, magnitudine periculosum. Restat ut de imperatore ad id bellum deligendo ac tantis rebus praeficiendo dicendum esse videatur. |
nostram
calamitatem; quae fuit tanta, ut non nuntius ex proelio, sed rumor ex sermone afferret eam ad aures L. Luculli. Hic in illo malo ipso et offesione gravissima belli, L. Lucullus, qui tamen potuisset fortasse mederi iis incommodis ex aliqua parte, coactus vestro jussu quod putavistis veteri exemplo modum statuendum diuturnitati imperii, dimisit partem militum, qui jam erant stipendiis confectis, tradidit partem Glabrioni. Praetereo multa consulto, sed vos perspicitis ea conjectura quantum putetis illud bellum factum, quod reges potentissimi conjungant, nationes agitatae renouent, gentes integrae suscipiant, vester novus imperator accipiat, vetere exercitu pulso. X. Videor mihi fecisse verba satis multa, quare hoc bellum esset necessarium genere ipso, periculosum magnitudine. Restat ut videatur dicendum esse de imperatore deligendo ad id bellum ac perficiendo tantis rebus. |
notre désastre; lequel fut si-grand, que non pas un messager du combat, mais la rumeur par la voix publique apporta ce désastre aux oreilles de L. Lucullus. Alors au-moment-de ce mal même et de l'échec le plus grave de la guerre, L. Lucullus, qui pourtant aurait pu peut-être remédier à ces malheurs par quelque côté, forcé par votre ordre, parce que vous pensâtes d'après l'antique exemple - une borne devoir être mise à la durée du commandement congédia une partie de ses soldats, qui déjà [fini leur temps), étaient leur service étant achevé (avaient et en livra une partie à Glabrion. Je passe beaucoup de faits à-dessein, mais vous voyez-clairement par cette réflexion combien-grande vous pensez cette guerre être devenue, que deux rois très-puissants réunissent (font de concert), que des nations agitées recommencent, que des peuples nouveaux entreprennent, que votre nouveau général reçoit (se voit confier), l'ancienne armée ayant été battue. X. Je parais à moi-même (il me semble) avoir dit des paroles assez nombreuses pour démontrer pourquoi cette guerre est nécessaire par sa nature même, dangereuse par son importance. Il reste qu'il paraisse devoir être parlé du général devant être choisi pour cette guerre et devant être mis-à-la-tête de si-grandes opérations. |
| sastre
; il a été tel que ce n'est point un messager échappé de la bataille,
mais la voix publique qui l'a appris à L. Lucullus. Au moment même de
cet affreux événement et du plus épouvantable échec, L. Lucullus, qui
peut-être eût été capable de remédier à de si grands malheurs, fut
rappelé par vous, parce qu'à l'exemple de nos pères vous crûtes devoir
mettre un terme à la durée de son commandement ; il se vit donc forcé
de congédier une partie de ses soldats, qui avaient fait leur temps de
service, et laissa l'autre partie à Glabrion. Je supprime à dessein bien
des faits ; mais vous voyez sans peine combien est devenue grave une
guerre où deux rois très-puissants unissent leurs forces, où des
nations soulevées recommencent la lutte, où des peuples qui n'ont point
encore combattu courent aux armes, enfin où un nouveau général va
prendre la conduite de l'ancienne armée après le revers qu'elle a
essuyé. X. Je crois avoir suffisamment démontré pourquoi cette guerre est nécessaire par sa nature, pourquoi elle est dangereuse par son importance. Il me reste à parler du général qu'il faut choisir pour la diriger, du chef que vous devez mettre à la tête d'une telle expédition. |
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| Utinam, Quintes, virorum fortium atque innocentium copiam tantam haberetis, ut haec vobis deliberatio difficilis esset, quemnam potissimum tantis rebus ac tanto bello praeficiendum putaretis ! Nunc vero quum sit unus Cn. Pompeius qui non modo eorum hominum, qui nunc sunt, gloriam, sed etiam antiquitatis memoriam virtute superarit, quae res est quae cujusquam animum in hac causa dubium facere possit ? Ego enim sic existimo, in summo imperatore quatuor has res inesse oportere : scientiam rei militaris, virtutem, auctoritatem, felicitatem. Quis igitur hoc homine scientior unquam aut fuit, aut esse debuit, qui, e ludo atque pueritiae disciplina, bello maximo atque acerrimis hostibus, ad patris exercitum atque in militiae disciplinam profectus est ; qui extrema pueritia miles fuit summi imperatoris, ineunte adolescentia maximi ipse exercitus imperator ; qui saepius cum hoste conflixit quam | Utinam, Quirites, haberetis tantam copiam virorum fortium atque innocentium, ut haec deliberatio esset difficilis vobis, quemnam potissimum putaretis praeficiendum tantis rebus ac tanto bello ! Nunc vero quum Cn. Pompeius sit unus qui superarit virtute non modo gloriam eorum hominem qui sunt nunc, sed etiam memoriam antiquitatis, quae est res quae possit facere dubium animum cujusquam in hac causa? Ego enim existimo sic, oportere has quatuor res inesse in summo imperatore scientiam rei militaris, virtutem, auctoritatem, felicitatem. Quis igitur aut fuit unquam aut debuit esse scientior hoc homine? qui e ludo et disciplina pueritiae profectus est ad exercitum patris atque in disciplinam militiae, bello maximo atque hostibus acerrimis qui, extrema pueritia, fuit miles summi imperatoris ; adolescentia ineunte, ipse imperator maximi exercitus; qui conflixit cum hoste |
Plût-aux-dieux, Romains, que vous eussiez une telle quantité d'hommes courageux et intègres, que cette délibération fût difficile pour vous, savoir lequel de-préférence vous penseriez devoir être mis-à-la-tête de si-grandes opérations et d'une si-grande guerre! Mais maintenant comme Cn. Pompée est le seul qui ait surpassé par son mérite non-seulement la gloire de ces hommes qui existent maintenant, mais encore la mémoire de l'antiquité, quel est le motif qui puisse rendre hésitant l'esprit de qui-que-ce-soit dans cette affaire? Car moi je pense ainsi, falloir (qu'il faut) ces quatre qualités être-dans un grand général: la connaissance de l'art militaire, la valeur, l'autorité, le bonheur. Qui donc ou fut jamais ou dut être plus savant que cet homme? qui au-sortir-de l'école et de l'éducation de l'enfance partit pour l'armée de son père et pour l'apprentissage du service-militaire, la guerre étant très-grande et les ennemis très-rudes ; qui, à-la-fin-de son enfance, a été soldat du plus grand général; qui, sa jeunesse commençant, a été lui-même général d'une très-grande armée ; qui a combattu avec l'ennemi-de-l'Etat: |
| Plût aux dieux, Romains, que vous eussiez un assez grand nombre d'hommes courageux et intègres, pour qu'il vous fût difficile de choisir celui qu'il faudrait charger d'une guerre si considérable ! Mais, comme il n'y a aujourd'hui que Cn. Pompée dont la gloire efface non-seulement celle des hommes de notre époque, mais même celle de tous les héros de l'antiquité, quels pourraient être, en cette circonstance, les motifs de votre incertitude ? Pour ma part, j'estime qu'un grand général doit avoir quatre qualités : la connaissance de l'art militaire, le courage, la réputation et le bonheur. Or, qui fut jamais, qui dut jamais être plus habile qu'un homme qui, à peine sorti de l'enfance et des premiers exercices, partit pour l'armée que commandait son père, et fit son apprentissage du métier des armes dans une guerre terrible et contre les ennemis les plus redoutables ; qui, encore enfant, fut soldat sous un général consommé, et se vit, au début de l'adolescence, général d'une armée considérable ; qui a livré plus de batailles aux ennemis de son pays que d'autres n'ont eu de |
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| quisquam cum inimico concertavit,
plura bella gessit quam ceteri legerunt, plures provincias confecit quam alii concupiverunt; cujus adolescentia ad scientiam rei militaris non alienis praeceptis, sed suis imperiis, non offensionibus belli, sed victoriis, non stipendiis, sed triumphis est
erudita ? Quod denique genus belli esse potest, in quo illum non exercuerit forma
reipublicae ? Civile, Africanum, Transalpinum, Hispaniense, mixtum ex civitatibus atque ex bellicosissimis nationibus, servile, navale
bellum, varia et diversa genera et bellorum et hostium, non solum gesta ab hoc uno, sed etiam confecta, nullam rem esse declarant in usu militari positam, quae hujus viri scientiam fugere
possit. XI. Jam vero virtuti Cn. Pompeii quae potest par oratio inveniri ? Quid est quod quisquam aut illo dignum, aut vobis novum, aut cuiquam inauditum possit afferre ? Neque enim illae sunt solae virtutes imperatoriae, quae vulgo existimantur, |
saepius quam quisquam concertavit cum inimico, gessit plura bella quam ceteri legerunt, confecit plures provincias quam alii concupiverunt; cujus adolescentia erudita est ad scientiam rei militaris non praeceptis alienis, sed suis imperiis, non offensionibus belli, sed victoriis, non stipendiis, sed triumphis ? Denique quod genus belli potest esse, in quo fortuna reipublicae non exercuerit illum? Bellum civile, Africanum, Transalpinum, Hispaniense, mixtum ex civitatibus et nationibus bellicosissimis, servile, navale, genera varia et diversa et bellorrun et hostium, non solum gesta ab hoc uno, sed etiam confecta, declarant nullam rem esse, positam in usu militari, quae possit fugere scientiam hujus viri. XI. Jam vero quae oratio potest inveniri par virtuti Cn. Pompeii ? Quid et quod quisquam possit afferre aut dignum illo, aut novum vobis aut inauditum cuiquam ? Illae enim virtutes imperatoriae, |
plus souvent que
qui-que-ce-soit ne s'est disputé avec un ennemi-particulier, qui a fait plus-de guerres que tous-les-autres n'en ont lu, qui a achevé plus-de provinces que d'autres n'en ont souhaité ; dont l'adolescence a été formée à la connaissance de l'art militaire non par les leçons d'autrui, mais par ses propres commandements, non par des échecs de guerre, mais par des victoires. non par des années-de-service mais par des triomphes ? Enfin quel genre de guerre peut être, dans lequel la fortune de la république n'ait pas exercé lui? La guerre civile, la guerre d'Afrique, la guerre transalpine, la guerre d'Espagne, mêlée de (formée par la ligue de) villes et de nations très-belliqueuses, la guerre des-esclaves, la guerre navale, des espèces variées et diverses et de guerres et d'ennemis, non-seulement conduites par celui-ci seul, mais aussi achevées par lui, prouvent aucune chose n'être, [militaire, (placée dans) dépendant de l'expérience qui puisse échapper à la science de cet homme. XI. Mais d'ailleurs quel langage peut être trouvé égal au mérite de Cn. Pompée? Qu'y a-t-il que qui-que-ce-soit puisse apporter (dire) ou digne de lui, ou nouveau pour vous, ou inconnu à quelqu'un? En effet ces vertus d'un-général, |
| luttes à soutenir contre des ennemis particuliers ; qui a fait plus de guerres que les autres n'en ont lu ; qui a ajouté à l'empire plus de provinces que les autres n'ont souhaité d'en gouverner ; dont la jeunesse a été formée dans l'art militaire, non par les leçons d'autrui, mais par l'expérience du commandement, non par des échecs, mais par des victoires, non par des années de service, mais par des triomphes ? Est-il un seul genre de guerre où la fortune de la république n'ait exercé ses talents ? Guerre civile, guerre d'Afrique, gu |