Flodoard ORDERIC VITAL

 

HISTOIRE DE NORMANDIE

 

PREMIERE PARTIE : LIVRE I (PARTIE I)

partie II

Œuvre mise en page par Patrick Hoffman

Texte latin de Migne.

 

NOTICE.

 

Avertissement: Cette notice n'est peut-être pas la notice publiée par François Guizot car la notice qui est indiquée présente dans la table ne figure a priori dans aucun des exemplaires numérisés sur les sites connus.

Cette notice est en fait la reprise  de la majeure partie du texte du prospectus de souscription du premier volume.

Au vu la richesse de son contenu, il a sûrement beaucoup à voir avec la notice effective et donc peut sans rougir servir de texte de présentation.

 

Aucune des anciennes provinces de France ne possède autant et d'aussi bons historiens que, la Normandie; aucun des historiens normands n'égale en mérite et en importance Orderic Vital, Français d'origine, bien que né en Angleterre et venu très-jeune, en Normandie, ou il passa, sa vie entière dans l'abbaye de Saint-Évroul, alors la plus savante et la plus célèbre du pays. Une riche bibliothèque y était rassemblée; ses moines avaient, avec les grands seigneurs français, anglais et normands de continuelles relations; les rois même la visitaient. Ce fut a l'aide de tontes ces ressources, et à la demande de Roger, abbé de Saint-Évroul qu'Orderic Vital entreprit, sous le titre d'Histoire ecclésiastique, une histoire universelle en treize livres, dont les deux premiers seuls ne se rapportent pas à l'histoire spéciale de France de Normandie et d'Angleterre.

Cet ouvrage obtint, du vivant même de l'auteur, et dans le cercle des moines et des lettrés dont il était connu une grande célébrité. Il n'a pas cessé de la conserver: le nom d'Orderic Vital se rencontre partout; sans cesse copié ou cité par tous les écrivains qui en France ou en Angleterre, ont traité de l'ancienne histoire dés deux pays, il leur a fourni, surtout du neuvième au douzième siècle, une multitude de faits et de documens qu'on chercherait vainement ailleurs. Il n'en existe pourtant aucune traduction française, et les éditions même du texte original sont ou mutilées où étrangement incorrectes. La première et la plus complète fut publiée en 1619, par Duchesne, dans sa collection des Historiens de Normandie, elle fourmille de fautes. Le savant dom Brial en a donné un extrait revu avec soin dans le douzième volume des Historiens de France; mais ce n'est qu'un extrait, et la correction du texte laisse encore beaucoup à désirer. Enfin dom Guillaume Bessin, moine de Saint-Ouen à Rouen, et François Dujardin, prieur de Saint-Évroul, avaient rassemblé, vers le commencement du dernier siècle, de nombreux matériaux pour une nouvelle édition d'Orderic Vital; mais cette utile entreprise n'a point eu de résultat.

Les hommes éclairés desirent donc depuis longtemps, mais en vain, une traduction de cet important ouvrage, faite sur un texte complet et correct. Une circonstance heureuse et les travaux d'un homme de lettres distingué nous mettent aujourd'hui en état de satisfaire à ce désir. En 1799, M. Louis Du Bois, alors bibliothécaire de l'école centrale de l'Orne, découvrit un manuscrit d'Orderic Vital, auquel manquaient malheureusement les premiers livrés, mais qui donnait les cinq derniers, c'est-à-dire les plus curieux, avec beaucoup, plus de correction et d'étendue qu'aucun de ceux dont on avait fait usage auparavant. Tout porte même à croire que ce manuscrit est autographe, et M. Louis Du Bois en a donné les preuves dans une notice insérée dans le Magasin encyclopédique du mois de prairial an VIII (1800; tom. I, p. 210).Depuis1 cette époque, M. Louis Du Bois n'a cessé de faire, de l'historien de Saint-Évroul, l'objet particulier de ses études. Il a rédigé l'article Orderic Vital dans la Biographie universelle, et y a inséré beaucoup d'utiles renseignemens. Normand lui-même, auteur de plusieurs ouvrages sur cette province, et profondément versé dans ses antiquités, il s'est appliqué à examiner toutes les éditions d'Orderic, à les collationner avec le manuscrit original, à éclaircir les passages obscurs, à rectifier les noms propres, les noms de lieux; il a même recueil les travaux inédits de quelques savans bénédictins, et est ainsi parvenu à préparer enfin une version claire et complète du prince des historiens de son pays.

C'est à l'aide de tous ces travaux de M. Louis Du Bois, et avec son concours, que notre traduction a été entreprise; nous sommes loin de croire qu'elle fasse disparaître toutes les lacunes, toutes les obscurités; les manuscrits ont subi trop de mutilations pour qu'on puisse se promettre tant de succès; mais nous ne craignons pas d'affirmer qu'elle fera connaître plus exaçtement et plus complétement qu'aucune des éditions précédentes, et l'ouvrage d'Orderic Vital et les temps qu'il a racontés. L'historien et l'époque méritent à coup sûr l'attention de tous les hommes éclairés; les onzième et douzième siècles sont peut-être, en France, ceux dont les monumens sont les plus insuffisans et les plus rares; l'ouvrage d'Orderic Vital est sans contredit le plus précieux qui nous en reste; c'est un historien soigneux, bien instruit, qui s'est appliqué à rechercher les faits, en a rassemblé un grand nombre, les raconte simplement, et peint souvent avec une attachante naïveté les mœurs de ses contemporains. S'il nous manquait, l'histoire de cette époque serait, à plusieurs égards, inintelligible, ou inconnue; c'est assez dire quelle est son importance, soit en lui-même et pour la Normandie soit pour l'histoire générale de la France. On y trouve les plus grands événemens du moyen âge: !e siècle mémorable de Charlemagne et de ses successeurs immédiats, la défaite des Sarrasins par Charles-Martel, les invasions des hommes du Nord qui, pendant plus de cent années ravagèrent le littoral et même l'intérieur de la France; l'établissement de Rollon en Neustrie et la création du duché de Normandie, les longues guerres entre les Normands et les Français, la conquête de l'Angleterre et l'histoire de Guillaume-le-Conquérant, la croisade qui ouvrit aux Chrétiens d'Occident les portes de Jérusalem, etc.

 

 

 

 

ORDERICI VITALIS ANGLIGENAE COENOBII UTICENSIS MONACHI, PROLOGUS IN ECCLESIASTICAM HISTORIAM.

Anteriores nostri ab antiquis temporibus labentis saeculi excursus prudenter inspexerunt, et bona seu mala mortalibus contingentia pro cautela hominum notaverunt, et futuris semper prodesse volentes, scripta scriptis accumulaverunt. Hoc nimirum videmus a Moyse et Daniele factum, aliisque hagiographis. Hoc in Darete Phrygio et Pompeio Trogo comperimus, aliisque gentilium historiographis. Hoc etiam advertimus in Eusebio, et Orosio de Ormesta (7) mundi, Anglicoque Beda, et Paulo Cassinensi, aliisque scriptoribus ecclesiasticis. Horum allegationes delectabiliter intueor, elegantiam et utilitatem syntagmatum laudo et admiror, nostrique temporis sapientes eorum notabile sedimen sequi cohortor. Verum, quia non est meum aliis imperare, inutile saltem nitor otium declinare, et, memetipsum exercens, aliquid actitare quod meis debeat simplicibus symmaticis placere. relatione, quam de restauratione Uticensis coenobii, jubente Rogerio abbate, simpliciter prout possum facere institui, libet veraciter tangere nonnulla de bonis seu malis primatibus hujus nequam saeculi. Non arte litteratoria fultus, nec facundia praeditus, sed bonae voluntatis intentione provocatus, appeto nunc dictare de his quae videmus seu toleramus. Decet utique ut, sicut novae res mundo quotidie accidunt, sic ad laudem Dei assidue scripto tradantur; ut et, sicut ab anterioribus praeterita gesta usque ad nos transmissa sunt, sic etiam praesentia nunc a praesentibus futurae posteritati litterarum notamine transmittantur.

De rebus ecclesiasticis, ut simplex Ecclesiae filius, sincere fari dispono; et priscos patres pro posse moduloque meo nisu sequens sedulo, modernos Christianorum eventus rimari et propalare satago. Unde praesens opusculum Ecclesiasticam Historiam appellari affecto. Quamvis enim res Alexandrinas, seu Graecas, vel Romanas, aliasque relatu dignas indagare nequeam, quia claustralis coenobita ex proprio voto cogor irrefragabiliter ferre monachilem observantiam; ea tamen quae nostro tempore vidi, vel in vicinis regionibus accidisse comperi, elaboro, coadjuvante Deo, simpliciter et veraciter enucleare posterorum indagini. Firmiter ex conjectura praeteritorum opinor quod exsurget quis me multo perspicacior, ac ad indagandos multimodarum, quae per orbem fiunt, rerum eventus, potentior; qui forsitan de meis aliorumque mei similium schedulis hauriet quod chronographiae narrationique suae dignanter ad notitiam futurorum inseret.

Praecipuam nempe in hoc fiduciam habeo, quod hoc opus incoepi venerandi senis Rogerii abbatis simplici praecepto, tibique, Pater Guarine , qui secundum Ecclesiae ritum ei legitime succedis, exhibeo, ut superflua deleas, incomposita corrigas, et emendata vestrae sagacitatis auctoritate munias. In primis ordior de principio sine principio, cujus ope ad ipsum finem sine fine pervenire desidero, devotas laudes cum superis in aeternum cantaturus  : ALPHA ET OMEGA.

PROLOGUE. 

Dès les siècles antiques, nos ancêtres considérèrent avec prudence le cours des siècles fugitifs, et remarquèrent les biens ou les maux que, suivant la conduite des hommes, les divers temps leur amenaient. Ce fut pour être utile à la postérité qu'on les vit accumuler volumes sur volumes: nous en sommes convaincus en voyant ce qui a été fait non seulement par Moïse, par Daniel, et par divers écrivains sacrés, mais aussi par Darès le Phrygien, par Trogue-Pompée et les autres historiens des Gentils; nous ferons la même observation par rapport à Eusèbe de Césarée, à Paul Orose, à l'Anglais Bède, à Paul du Mont-Cassin1, et aux autres auteurs ecclésiastiques. Leurs récits font mes délices: je loue, j'admire même l'élégance et l'utilité de leur méthode de composition; je ne peux donc qu'exhorter les sages de notre temps à profiter du résultat de leurs travaux importans. Toutefois, comme il ne m'appartient pas de commander à qui que ce soit, je me borne à fuir une oisiveté stérile, et, m'exerçant à quelque entreprise autant que le comporte ma faiblesse, je ferai tous mes efforts pour être agréable à mes seuls supérieurs. Autant qu'il peut dépendre de moi, j'ai essayé d'écrire, d'après les ordres de Roger, abbé de Saint-Evroul2 le récit de la restauration de ce monastère, et de m'exprimer avec franchise sur le compte des grands, bons ou méchans, de ce siècle pervers, tout dépourvu que je suis de savoir et d'éloquence, mais soutenu par l'intention de ma bonne volonté. Je parlerai des choses que nous voyons ou que nous souffrons. Assurément il est tout-à-fait convenable que les événemens qui arrivent journellement soient écrits à la louange de Dieu, et qu'ainsi que nos ancêtres nous ont transmis les faits anciens, les contemporains fassent aussi parvenir à la postérité les choses mémorables dont ils sont témoins.

Simple fils de l'Eglise, je me dispose à parler avec sincérité des affaires ecclésiastiques, et, suivant avec soin nos anciens Pères, autant que mes faibles efforts peuvent me le permettre, je tâcherai de découvrir et de mettre au jour tous les événemens modernes qui concernent le christianisme. C'est pourquoi je me détermine à donner à cet ouvrage sans conséquence le titre d'Histoire ecclésiastique. Quoique je ne doive pas m'occuper de rechercher ce qui s'est passé à Alexandrie, à Rome, ou dans la Grèce, puisque, moine confiné dans un cloître d'après mes propres vœux, je suis forcé de suivre sans infraction la règle monachale, cependant, avec l'aide de Dieu, je travaille à présenter à l'examen de nos descendans les événemens que j'ai vus de mon temps, et ceux qui, arrivés dans les contrées voisines, sont parvenus à ma connaissance. C'est avec fermeté que je porte mes conjectures sur les faits passés, jusqu'à ce qu'il vienne quelqu'un qui, doué de plus de sagacité que moi, et propre à juger sainement les choses et les faits de toute espèce qui se passent sur la terre, puisera peut-être dans mes tablettes, et dans les écrits de mes pareils, de quoi composer dignement son histoire et ses récits pour l'instruction de la postérité.

Ce qui m'inspire le plus de confiance, c'est que j'ai commencé mon ouvrage par les ordres de Roger, vénérable vieillard, et que c'est à vous, Guérin, mon digne père, à vous qui lui succédez légitimement d'après les lois de l'Eglise, que j'en offre l'hommage, afin que vous en effaciez les choses superflues, que vous en corrigiez les erreurs, et que vous le fortifiiez ensuite de l'autorité de vos lumières. Ainsi je vais commencer à parler du principe de toutes choses qui n'a point eu de commencement3, avec l'aide duquel je tâcherai de parvenir à la fin sans terme de mon entreprise, bien déterminé que je suis à chanter éternellement avec nos supérieurs les louanges de Dieu, l'alpha et l'oméga de tout ce qui existe.

 

I. Natale D. N. Jesu Christi.

 

 

 

 

Omnipotens Verbum per quod Deus Pater omnia condidit, vitis vera, summusque paterfamilias, qui vineam plantavit, et a mane usque ad undecimam horam intromissis operariis excolit, ut uberem fructum ex eadem colligere possit, eamdem vineam, id est sanctam Ecclesiam, nullo tempore desistit colere ejusque palmites per omnia mundi climata nobiliter propagare. Ipse nimirum, qui est omnium verus rex saeculorum, et verus pontifex futurorum bonorum, verusque propheta, hominumque dominus et angelorum, oleo laetitiae prae participibus suis ineffabiliter unctus (Hebr. I, 9) , inaestimabilisque consilii paternae dispensationis angelus (secundum oracula prophetarum, qui Spiritu sancto edocti, ceu stellae in hujus saeculi nocte fulserunt, et velut galli somnolentos antelucanum canendo excitantes, Dominici adventus mysteria vaticinati sunt), regiam virginem Mariam, de familia regis David ortam, de multis millibus unam elegit, omniumque virtutum copia gloriose insignitam sibi matrem effecit. Generosa Virgo virtutum insigniis adornata, Joseph justo divinitus desponsata, a Gabriele archangelo salutata (Luc. I) , de Spiritu sancto impraegnata, desideratum cunctis gentibus Salvatorem, quem sine delicto concepit, VIII Kal. Januarii sine dolore mundo peperit.

Sic Dominus noster Jesus Christus prima census ascriptione, Cirino Syriae praesidente, secundum ordinem totius prophetiae quae de ipso praedicta est, in Bethleem Judae oppido natus est. Praeclara, ut veraces Scripturae referunt, signa nascente Christo coelitus ostensa sunt; et angeli de salute hominum pie gratulantes cecinerunt: Gloria in altissimis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis! (Luc. II, 1-14.)

Anno itaque Caesaris Augusti XLII, ab interitu vero Cleopatrae et Antonii, quando et Aegyptus in provinciam versa est, XXVIII; olympiadis vero centesimae nonagesimae tertiae anno tertio, ab Urbe autem condita 752, id est eo anno quo compressis cunctarum per orbem terrae gentium motibus, firmissimam verissimamque pacem, ordinatione Dei, Caesar Octavianus composuit, Jesus Christus Filius Dei sextam mundi aetatem adventu suo consecravit.

Ab initio mundi usque ad nativitatem Christi, secundum Hebraicam veritatem, anni 3952 numerantur; juxta computationem vero Isidori Hispalensis episcopi, aliorumque quorumdam doctorum, 5154 supputantur. Porro secundum computationem Eusebii Caesariensis et Hieronymi, ab Adam usque ad XVIII annum Tiberii Caesaris, quando Christus passus est, anni 5231 fiunt.

Omnis credentium multitudo in Spiritu sancto exsultet, aeternumque Creatorem indesinenter adoret; eique tota virtute sacrificium laudis immolet, qui unicum Filium suum, sibi sanctoque Spiritui coaeternum et consubstantialem, incarnari constituit, et a reatu mortis servum indebita morte Filii absolvit! Clemens enim Conditor, qui plasma suum, quod ad imaginem et similitudinem sui fecerat, lapsum esse condoluit; inaestimabilique consilio inexhaustae profunditatis suae decrevit ut coaequalis sibi damnatum in ergastulo Filius servum visitaret, hominemque de captivitate propriis ad gregem humeris pie reportaret, novemque ordines angelorum sui restauratione numeri perfecte laetificaret! Filius itaque Dei homo factus id quod fuit permansit, et quod non erat assumpsit; non commistionem passus, neque divisionem, cum Patre sanctoque Spiritu regens omnia per divinitatem, infirma vero nostrae carnis tolerans per assumptam humanitatem. Legem, quam per Moysem dederat, inviolabiliter servavit, et omnem justitiam ipse legifer per omnia implevit. Nam octava die circumcisus est, et quadragesima die cum legali oblatione in templo Patri oblatus est (Luc. II, 21-23) .

Sed, quamvis Virgo mater divae prolis alligaret membra pannis involuta, et pedes manusque stricta cingeret fascia, tenerque infans inter arcta conditus praesepia vagiret pro humana, quam Patris velle susceperat, miseria; sublimis tamen Deus, orto in aethere novo sidere, monstratus est, et a magis orientalibus divinitus illustratis in Bethleem requisitus, ibique in cunabulis inventus, ac ut Deus adoratus est. Prudentes magi tria munera de thesauris suis pretiosa protulerunt, aurum, thus et myrrham Christo sponte obtulerunt; quibus ipsum summum regem, verumque Deum, et mortalem hominem praeconati sunt. Electionis gentium primitiae in his consecratae sunt, quae de Saba aliisque nationibus late per orbem dispersis ad Christum in Bethleem properaverunt. In somnis ab angelo commoniti ne redirent ad Herodem, per aliud iter in suam laeti repedarunt regionem (Matth. II, 1-12) .

Tempore purgationis suae Virgo parens devota templum adiit, Deoque Patri puerum praesentavit, quem Simeon senex justus in ulnis suscepit. Felix silicernius in Deo exsultavit, quia diu exspectatum Salvatorem gentium vidit, per Spiritum sanctum agnovit, manibus gestavit, eumque populis vitae et mortis esse dominum praedicavit, et multis admirantibus cum ingenti tripudio benedixit.

Anna prophetes, filia Phanuel gaudens adfuit; vidua virtutibus pollens Christum agnovit, ipsumque palam omnibus qui redemptionem praestolabantur Jerusalem, jam venisse praecinuit.

Parentes pro eo par turturum aut duos pullos columbarum obtulerunt (Luc. II, 24-38) ; quibus Ecclesiae nitida castitas et blanda simplicitas praefiguratae sunt.

Ecce nato in carne Domino non solum angeli coelorum, sed et omnis aetas mortalium et sexus, reddit testimonium. Virgo Maria Spiritus sancti cooperatione concepit, peperit et lactavit; eique per omnia efficaciter ipsius ope ministravit. Joannes in utero matris Dominum laeto gestu suum salutavit, et repleta Spiritu sancto Elisabeth triplici prophetiae modo Ecclesiae de Messia et ejus genitrice prophetavit. Glorificaverunt angeli Deum, pro humana redemptione incarnatum; qui dum nos conspiciunt redimi, suum gaudent numerum repleri. Angelica visitatione pastores instructi Bethleem accurrunt; panem vivum, qui de coelo descendit, in praesepio quaerunt; infantem, qui coelis praesidet, pannis involutum inveniunt. Pastorum praeconiis audientium corda de Christi notitia gaudium et admirationem concipiunt. Zacharias et Simeon justi senes Christum confitentur, et de illo futura vaticinantur; quibus in Christi amore anus beata fideliter Anna comitatur.

Bonis itaque felici jucunditate gratulantibus, Herodes, inusitatis rumoribus auditis, contristatur impius, et jubet omnes a bimatu et infra in Bethleem perimi, et in cunctis ejus finibus. Translato Jesu cum intacta matre a Joseph in Aegyptum, Herodis furia crudeliter effusus est sanguis infantum, et campi Bethleem maduerunt cruore innocentum (Matth. II, 13-16) . Christus autem pro se trucidatos in suum transtulit thalamum, ubi feliciter laureati tripudiant in perpetuum.


HISTOIRE DE NORMANDIE. 

PREMIÈRE PARTIE. 

Récit succinct des événemens qui, depuis l'incarnation du Sauveur jusqu'à l'année 114o, ont eu lieu par ordre d'Empereurs, de Rois et de Pontifes romains. 

LIVRE PREMIER. 

Le Verbe tout-puissant, par lequel Dieu le père a formé toutes choses, est comme une vigne véritable que ce suprême père de famille, après l'avoir plantée, cultive du matin jusqu'à onze heures, à l'aide des ouvriers qu'il y admet, afin d'en pouvoir recueillir une plus abondante vendange. Il ne cesse en aucun temps de donner ses soins à cette vigne, qui est la sainte Eglise, et d'en propager les nobles provins dans tout l'univers. C'est lui qui est le véritable roi des siècles, le vrai pontife des biens à venir, le maître des hommes et des anges, offrant ineffablement l'onction de l'huile de la béatitude à tous ceux qui suivent ses préceptes, ange lui-même, prodiguant ses dons paternels et ses précieux conseils. Selon les oracles des prophètes, qui, instruits par le Saint-Esprit, brillèrent comme des astres lumineux dans la nuit du siècle, et, semblables au coq matineux qui réveille par ses chants les mortels endormis, prédirent les mystères de la venue du Sauveur, Dieu fit choix, entre des milliers de femmes, de Marie, reine des vierges, issue de la famille du roi David, et la rendit mère, à jamais glorieuse, de la plénitude de toutes les vertus. Ainsi cette généreuse Vierge, que décorait l'éclat de tant de qualités, mariée par l'ordre de Dieu à un juste, à Joseph, après avoir reçu la salutation de l'archange Gabriel, devenue grosse par l'opération du Saint-Esprit, conçut sans péché et mit au monde sans douleur, le 8 des calendes de janvier (25 décembre), le Sauveur appelé par les vœux de toutes les nations de la terre.

Ainsi naquit à Bethléem, ville de Juda, notre Seigneur Jésus-Christ, qui fut inscrit sur le premier tableau du dénombrement, pendant que Cyrin gouvernait la Syrie, et selon l'ordre de toutes les prophéties qui l'avaient annoncé. Conformément à ce que rapportent les véridiques Ecritures, des signes éclatans parurent au ciel à la naissance du Christ. Les anges se félicitant pieusement du salut de l'humanité chantèrent: «Gloire à Dieu dans le plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté!»

Ce fut donc l'an quarante-deux4 du règne d'Auguste, vingt-huit ans après la mort de Cléopâtre et d'Antoine, époque à laquelle l'Egypte devint province Romaine, l'an trois de la cent quatre-vingt-treizième olympiade, dans l'année 752 de la fondation de Rome, c'est-à-dire au moment où, par l'ordre de Dieu, César Auguste, ayant comprimé les révoltes et les agitations de tous les peuples, avait rendu à l'univers une paix générale et complète, ce fut alors que Jésus-Christ, fils de Dieu, consacra par son avénement le sixième âge du monde.

De la création à la nativité du Christ on compte, selon le texte authentique des Hébreux, trois mille neuf cent cinquante-deux ans; mais, d'après le calcul d'Isidore5, évêque de Séville, et de quelques autres savans, il faut porter le nombre de ces années à cinq mille cent cinquante-quatre. La supputation d'Eusèbe de Césarée et de saint Jérôme donne cinq mille deux cent trente- un ans, depuis Adam jusqu'à la dix-huitième année de l'empereur Tibère, pendant laquelle eut lieu la passion de Jésus-Christ.

Que toute la multitude des croyans se réjouisse dans le Saint-Esprit; qu'elle adore sans cesse l'éternel Créateur; qu'elle lui fasse de tout son pouvoir un sacrifice de louanges; il a permis l'incarnation de son fils unique, co-éternel et consubstantiel avec lui et avec le Saint-Esprit , il a racheté de la mort la plus légitime l'esclave du péché, par la mort imméritée de son propre fils! Créateur clément, il fut affligé de voir la chute de son ouvrage qu'il avait fait à son image et ressemblance. Dans l'inestimable conseil de sa bonté inépuisable, il résolut d'envoyer son fils, égal à lui, pour visiter l'esclave condamné au cachot, pour l'arracher à la captivité, pour le rapporter avec tendresse sur ses épaules au sein du troupeau, et pour réjouir, par le rétablissement de leur nombre, les neuf chœurs des anges. Ainsi, fait homme, le fils de Dieu resta ce qu'il était en devenant ce qu'il n'était pas, et ne souffrant aucun mélange ni aucune division, gouvernant tout par sa divinité avec son père et le Saint-Esprit, et souffrant toutes les infirmités de notre chair dont il avait pris l'humanité, il observa inviolablement la loi que, par l'organe de Moïse, il avait donnée aux Hébreux, et le saint législateur suivit en toutes choses les règles de la justice. En effet, il fut circoncis huit jours après sa naissance, et, conformément aux lois, il fut présenté à son père dans le temple au bout de quarante jours.

Quoique la Vierge, mère du divin enfant, liât ses membres avec des langes et assujétit ses pieds et ses mains avec des bandelettes, quoique, caché obscurément dans une étroite crèche, il fît entendre les cris de l'humaine misère à laquelle son père l'avait soumis, il n'en parut pas moins un dieu auguste par la naissance d'un nouvel astre qui s'éleva dans les cieux. Cherché dans Bethléem par les mages de l'Orient que l'inspiration divine y conduisit, et trouvé là dans un humble berceau, il y fut adoré comme le maître du monde. Ces mages prudens lui apportèrent les trois présens les plus précieux de leur trésor; ils offrirent au Christ l'or, l'encens et la myrrhe. Ils le proclamèrent ainsi le Roi souverain, le vrai dieu et l'homme mortel. Ainsi les prémices du choix des nations furent consacrées par les trois envoyés qui, de Saba et des autres contrées dispersées sur le globe, s'empressèrent de se rendre à Bethléem. Avertis en songe par un ange de ne pas aller à leur retour trouver Hérode, ils changèrent de chemin pour regagner avec joie les pays d'où ils étaient venus.

A l'époque de sa purification, la Vierge mère se présenta dévotement au temple, et offrit à Dieu le père son enfant que le vieillard Siméon, homme vraiment juste, reçut dans ses bras. L'heureux vieillard se réjouit en Dieu de ce qu'il voyait le sauveur des nations depuis si long-temps attendu. Le Saint-Esprit le lui fit reconnaître; il le prit dans ses mains; il l'annonça aux peuples comme le maître de la vie et de la mort, et le bénit aux acclamations de la foule qui témoignait son allégresse et son admiration.

La prophétesse Anne, fille de Phanuel, arriva pleine de joie. Cette vertueuse veuve reconnut le Christ, et proclama son avénement en présence de tous les spectateurs qui attendaient la rédemption de Jérusalem.

Ses parens firent l'offrande d'un couple de tourterelles ou de deux pigeons, qui figurent la chasteté pure et la douce simplicité de l'Eglise.

Ce fut ainsi que non seulement les anges des cieux, mais encore les mortels de tout âge et des deux sexes rendirent témoignage en faveur du Dieu incarné. Par la coopération du Saint-Esprit, la Vierge Marie conçut, enfanta, nourrit, et, grâces à son assistance, s'acquitta efficacement de toutes ses fonctions. Du sein même de sa mère, dans lequel il s'agita avec allégresse, Jean salua le Seigneur; et, par l'inspiration du Saint-Esprit, Elisabeth prophétisa trois fois la venue du Messie et la gloire de la Vierge Sainte. Les anges glorifièrent Dieu qui daignait s'incarner pour la rédemption des hommes, et se réjouirent de voir leur nombre s'accroître par l'effet de ce rachat dont ils sont les témoins. Instruits par la Visitation angélique, les pasteurs accourent à Bethléem et cherchent dans la crèche le pain de vie qui vient de descendre du ciel; ils trouvent, enveloppé dans de simples langes, l'enfant qui gouverne les cieux. A l'aspect de tant de merveilles qui leur révèlent le Christ, ils ouvrent leur cœur à la joie et à l'admiration. Zacharie et Siméon, tous deux justes, tous deux vieillards, confessent le Sauveur et prédisent ce qui doit lui arriver; la bienheureuse Anne oublie le fardeau des années pour partager fidèlement la tendre émotion qu'ils éprouvent.

Cependant, au récit de tant d'événemens extraordinaires, à l'aspect du bonheur et de la joie des gens de bien, l'impie Hérode est contristé. Il ordonne que, dans Bethléem et dans tous les environs, on livre au massacre tous les enfans qui n'ont pas accompli leur deuxième année. Jésus passa en Egypte avec Joseph et sa mère immaculée, tandis que la fureur d'Hérode versait cruellement le sang de tant d'enfans, et que les champs de Bethléem étaient affligés du meurtre de l'innocence; mais le Christ fit parvenir ceux qui avaient été égorgés pour lui à la céleste cour, où ces bienheureux jouissent de la gloire éternelle.

II. Vita ejus.

Salvator XXXII annis et III mensibus in terris conversatus est, sed peccati expers dolum locutus non est, solusque inter mortuos liber ab omni culpa repertus est.

In initio XXX anni Jordanis alveum expetiit, a Joanne baptismate intinctus aquas sanctificavit, et sic exemplum totius humilitatis sequacibus suis ostendit. Jesu baptizato et orante, coelum apertum est. Corporali vero specie sicut columba super eum Spiritus sanctus descendere visus est, et vox Patris de coelo audita est: Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi complacui (Matth. III, 1-17; Marc. I, 9-11; Luc. III, 21, 22) . Merito Joannes praecellit inter natos mulierum, cui se Christus credit baptizandum, invisibilis se Spiritus exhibet videndum, suum de coelo Pater commendat Filium. Sic beato praecursori mysterium Trinitatis ostenditur in baptismo Salvatoris.

Dominus Jesus, qui duodecimo aetatis suae anno templo in medio doctorum sedit, nec docens sed interrogans inveniri voluit, annorum XXX baptizatur et exinde prodigiis Deus declaratur. Triennio signa facit et discipulos erudit. Triennalis (12) aetas nostri Salvatoris intimat sacramentum nostri baptismatis, propter fidem sanctae Trinitatis et operationem Decalogi legalis. Legifer etiam noster sic admonet homines ne audeant infirma aetate praedicare, seu temere praelationes appetere; sed legitimum et maturum tempus ad sacerdotium, vel ad docendum studeant humiliter exspectare.

Amodo continuationem miraculorum Domini nostri Jesu Christi, quae in quatuor Evangeliorum libris scripta sunt, libet intueri, et veraciter compendioseque paginis adnotare. Ut facilius ibidem perspecta passim ad mentem revocentur, seriem rerum, prout quatuor evangelistae descripserunt, investigo; ipsoque, qui linguas infantium facit disertas donante, breviter propinare peropto.

Et quia chronographiam decrevi contexere, justum est ut in primis certitudinem temporum diligenti designem conamine, prout sancti evangelistae, aliique historiographi scriptis suis jamdudum enodavere.

Octavianus Caesar Augustus, Caii Julii Caesaris ex sorore Octavia nepos et haeres, Romanorum secundus, regnavit annis LVI et mensibus VI. Cujus XLII anno Christus natus est.

Tiberius privignus Augusti, Liviae uxoris ejus ex priore marito filius, annis XXIII regnavit. Cujus XVIII anno Christus passione sua mundum redemit.

Post mortem Herodis Antipatri Ascalonitae prolis, qui XXXIV annis in Judaea regnum usurpavit, Archelaus filius ejus X annis super Judaeos tyrannidem exercuit. Cujus pro metu, Joseph, ut Matthaeus astruit, postquam angeli jussu de Aegypto rediit, cum puero et matre ejus in Galilaeam secessit, et Nazareth habitavit. Archelaus autem a Judaeis, ob intolerabilem animi ferocitatem, apud Augustum criminatus, decidit, et aeterno apud Viennam Galliae urbem exsilio disperiit. Regnum vero Judaeae, quo minus validum fieret, fratribus ejus idem Augustus per tetrarchias scindere curavit.

Porro Pilatus XII anno Tiberii Caesaris Judaeam missus, procurationem gentis suscepit, et inibi per X continuos annos usque ad ipsum pene finem Tiberii perduravit.

Herodes, Philippus et Lysanias, ut Lucas refert (cap. III, 1) , cum illo Judaeam regebant, filii Herodis senioris, sub quo Dominus natus est.

Omne tempus, quo Dominus noster in terris docuisse describitur, intra quadriennii spatia coarctatur. Nam tunc, ut Josephus refert, Anna deturbato, pontificatum Judaeorum per successiones tenuerunt Ismael filius Baffi, Eleazarus Ananiae pontificis filius, et Simon Canufi filius, atque Josephus Caiphas, qui Jesum pro gente moriturum prophetavit.

Eusebius Caesariensis a VI anno Darii, qui post Cyrum et Cambisem regnavit, quando opera templi consummata sunt, usque ad Herodem et Augustum, numerat in Daniele hebdomades VII et LX duas, quae faciunt annos 483, quando Christus, id est Hyrcanus, de genere Machabaeorum novissimus pontifex, ab Herode jugulatus est, et juxta legem successio pontificum cessavit. Hippolytus vero regni Persarum 230 supputat annos, et Macedonum 300,

et post illos usque ad Christum 30, id est ab initio Cyri regis Persarum usque ad adventum Domini 560 numerat annos. Haec de temporum serie studioso lectori rimatus intimavi, quod sol justitiae sexta aetate ortus est in novissima hora hujus saeculi. Amodo propositum opus de meo aggrediar Domino, cujus in omnipotenti benignitate confido, et opem, ut incoeptum digne peragam ad laudem ipsius, fideliter invoco.


 

Le Sauveur passa sur la terre trente-deux ans et trois mois, mais exempt de péché, étranger au mensonge. Seul, parmi les morts, il fut trouvé sans souillure et sans péché.

Au commencement de sa trentième année, il se rendit sur les bords du Jourdain; il en sanctifia les eaux par le baptême qu'il y reçut des mains de Jean, et donna ainsi à ceux qui le suivaient l'exemple de l'humilité la plus parfaite. Le baptême et les prières de Jésus, ouvrirent les cieux: revêtu de formes matérielles, on vit le Saint-Esprit, sous la figure d'une colombe, descendre du haut des cieux; et, de cette auguste voûte, la voix du père éternel se fit entendre en ces mots: «Voici mon fils chéri dans lequel je me suis toujours complu.» Ce fut avec raison que Jean s'éleva au dessus des enfans des femmes, puisque ce fut par ses mains que le Christ voulut être baptisé. Ainsi se rendit visible l'invisible Saint-Esprit, et Dieu le père annonça son fils du haut des cieux; ainsi, dans le baptême du Sauveur, le mystère de la trinité fut rendu sensible au bienheureux précurseur.

Notre-Seigneur Jésus-Christ prit à douze ans place dans le temple, au milieu des docteurs où il voulut qu'on le trouvât, non pas enseignant, mais interrogeant. Parvenu à sa trentième année, il fut baptisé, et depuis il manifesta par des miracles sa divine mission. Pendant trois ans il s'annonça par des miracles, il instruisit ses disciples. Cette période triennale nous révèle le sacrement du baptême, selon notre croyance en la sainte trinité, et complète les lois du décalogue. Ainsi notre divin législateur avertit les hommes de ne pas oser parler en public ni prêcher tant qu'ils sont trop jeunes encore, ni rechercher avec témérité les honneurs et les dignités;. mais d'attendre humblement que, tout en étudiant pour instruire les autres, le temps les ait rendus propres au sacerdoce.

Maintenant examinons, et, dans nos écrits véridiques, résumons en peu de mots cette somme de miracles que notre Seigneur Jésus-Christ continua de faire et qui sont rapportés dans les quatre Evangiles; ces merveilles en seront reconnues avec plus de facilité et l'esprit les saisira mieux. Je suivrai donc, d'après les récits des quatre évangélistes, l'enchaînement des événemens. Je desire les exposer avec concision, grâce à l'assistance de celui qui fait, à la langue même des enfans, le don de l'éloquence.

Puisque je dois m'occuper de chronographie, il est à propos que je commence par employer mes efforts et mes soins à fixer la certitude des époques, ainsi que les saints évangélistes et les autres historiens les ont depuis longtemps débrouillées dans leurs écrits.

Neveu et héritier de Caïus Jules César par sa sœur Octavie, Octavien César Auguste, second empereur des Romains, régna cinquante-six ans et six mois; ce fut dans la quarante-deuxième année de son règne que le Christ vint au monde.

Tibère, beau-fils d'Auguste, fils du premier mari de sa femme Livie, régna vingts-trois années, dans la dix-huitième desquelles le Christ racheta le monde par sa Passion.

Après la mort d'Hérode, fils d'Antipater d'Ascalon, et qui usurpa le trône de Judée durant trente-quatre années, Archelaiïs, son fils, exerça sur les Juifs une tyrannie de dix ans. Ainsi que nous le dit saint Matthieu, ce fut par crainte de ce prince que, après le retour d'Egypte, exécuté conformément aux ordres d'un ange, Joseph se retira en Galilée avec Jésus et la Vierge Marie et alla s'établir à Nazareth. Cependant Archelaiis, accusé auprès d'Auguste d'un excès de cruauté, fut destitué et alla mourir dans un exil perpétuel à Vienne, ville des Gaules: afin d'affaiblir le royaume de Judée, l'empereur eut soin de le partager entre les frères d'Archelaiïs qui devinrent de simples tétrarques:

Dans la douzième année du règne de Tibère, Pilate fut envoyé en Judée comme gouverneur de cette contrée et y conserva le pouvoir pendant dix ans, à peu près jusques à la mort de l'empereur.

Hérode, Philippe et Lysanias, comme le rapporte saint Luc, gouvernaient la Judée avec Pilate; ils étaient fils d'Hérode le vieux, sous le règne duquel naquit le Sauveur.

Tout le temps pendant lequel Notre-Seigneur prêcha sur la terre est borné à l'espace de quatre ans. En effet, d'après Flavius Josèphe, le pontificat des Juifs fut alors occupé, à la déposition d'Anne, dans une ligne continue de succession, par Ismaël fils de Boffi, par Éléazar fils du pontife Ananias, par Simon fils de Canuse, et par Joseph Caïphe qui prophétisa que Jésus mourrait pour le peuple.

Eusèbe de Césarée, comptant de la sixième année du règne de Darius qui succéda à Cyrus et à Cambyse, lorsque l'on terminales travaux du temple, jusques à Hérode et Auguste, trouve dans Daniel soixante-neuf semaines qui composent quatre cent quatre-vingt-trois jours au moment où le Christ, c'est-à-dire Hircan, nouveau pontife de la famille des Macchabées, fut assassiné par Hérode et mit fin à la succession légitime des pontifes. Hippolyte compte deux cent trente années de l'empire des Perses et trois cents de celui des Macédoniens.

D'après ses calculs, il trouve trente années jusqu'à Jésus-Christ, c'est-à-dire cinq cents soixante depuis le commencement de Cyrus, roi des Perses, jusqu'à l'avénement du Sauveur; éclairé par ses recherches sur la série des siècles, je fais connaître au lecteur studieux que ce soleil de justice parut dans le sixième âge, à la première heure de ce siècle. Ainsi je commencerai le travail que j'ai entrepris sur mon Sauveur, dans la bonté toute-puissante duquel je mets ma confiance. C'est pourquoi j'invoque avec foi les secours qui me sont nécessaires pour terminer dignement à sa louange les entreprises où je m'engage.

III. Miracula et prodigia ejus.

Jesus, plenus Spiritu sancto, a Jordane in Galilaeam regressus est, ibique tertio die cum discipulis suis ad nuptias in Cana vocatus est. Deficiente vino, a matre rogatus, sex hydrias aqua repleri jussit, et mutatam in vinum deferri a ministris architriclino praecepit (Joan. II, 1-11) . Hoc signo gloriam suam discipulis suis primum manifestavit, per quod commutationem carnalis intellectus in veteri lege designavit, et per Spiritus sancti gratiam in novitatem vitae transtulit.

In desertum a Spiritu sancto ad agonem ductus est, et a Satana, qui hominem incomparabilis justitiae videns, admirabatur, tentatus est. Quadragenis diebus ac noctibus jejunavit, et sic, per jejunium et orationem omne genus daemoniorum a bonis vincendum, exemplo docuit (Matth. IV, 1-11; Marc. I, 12-13; Luc. IV, 1-13) .

Antiquus serpens, gula, et vana gloria, et cupiditate, quibus primum Adam superavit (Gen. II) , secundum nihilominus Adam tentavit; sed ab illo tripliciter victus refugit. Et ecce accesserunt angeli, et ministraverunt Filio Dei (Matth. IV, 11) , qui victores Satanae in coelis remunerabit gaudio perenni.

Salvator cum matre et fratribus Capharnaum descendit, ibique non multis diebus mansit. Inde, appropinquante Pascha, Jerosolymam ascendit, et in templum intravit. Vendentes oves, et boves, et columbas, et nummularios sedentes in templo invenit, et fulgore deitatis mire rutilans omnes ejecit. (Joan. II, 12-17) .

In die festo Paschae multi signa, quae Jesus faciebat, viderunt et in nomine ejus crediderunt. Tunc Nicodemus Pharisaeus, princeps Judaeorum, venit ad Jesum nocte, cupiens ejus secreta perfrui allocutione. Meruit ergo instrui de virtute baptismi, de regeneratione ex aqua et Spiritu, de sui descensione et ascensione, de serpentis aenei typica exaltatione et Filii hominis indebita passione (Joan. III, 1-21) .

Post haec, Dominus venit in Judaeam. Illic cum discipulis suis demorabatur, et plura salutis insignia operabatur. Joannes autem erat baptizans in Ennon juxta Salim, ubi multae aquae erant; et conquaerentibus discipulis ejus et Judaeis, de Christo verax perhibuit testimonium (ibid. III, 22-23) . Deinde Jesus reliquit Judaeam et abiit iterum in Galilaeam, transivitque per Samariam.

In civitate Samariae quae dicitur Sichar, juxta praedium quod dedit Jacob Joseph filio suo, erat fons Jacob. Jesus ergo fatigatus ex itinere sedit super fontem hora sexta, et mystica verba locutus est cum muliere Samaritana. Samaritani cum gaudio Salvatorem susceperunt, et duobus secum prece multa diebus detinuerunt, devotique plures in eum crediderunt (Joan. IV, 5-42) .

Inde Jesus in Galilaeam in virtute Spiritus abiit, et fama de illo per universam regionem exiit. Ipse in synagogis eorum docebat et magnificabatur ab omnibus.

Nazareth Sabbato in synagogam intravit ad legendum. Optimus lector surrexit, librum Isaiae prophetae revolvit, et inventum pronosticon legit: Spiritus Domini super me, propter quod unxit me; evangelizare pauperibus misit me, et reliqua (Isa. LXI, 1) . Et cum plicuisset librum, ministro reddidit, resedit et dixit: Quia hodie completa est haec scriptura in auribus vestris. Mirabantur in verbis gratiae quae procedebant ejus ab ore (Luc. IV, 14-22) .

Ipse Jesus testimonium perhibuit, quia propheta in sua patria honorem non habet (Joan. IV, 44) . Exemplum esse verax de anterioribus protulit, quod ad solam, licet multae in Israel viduae essent, Sareptanam mulierem tempore famis Elias missus fuerit; multisque leprosis in egestate et aerumna relictis, solus, Eliseo vaticinante, Naaman Syrus in Jordane mundatus fuerit.

Omnes in synagoga verbum Domini audientes ira repleti sunt (Luc. IV, 28) . Quod dictum fuerat, opere sacrilego verum esse comprobantes, surrexerunt. Amentes efficacem archiatrum extra civitatem ejecerunt,

et usque ad supercilium montis super quo constructa est urbs, ut praecipitarent eum, duxerunt. Ipse autem transiens per medium illorum, inde descendit Capharnaum (ibid. 29-31; Matth. IV, 13-16; Marc. I, 21) . Venit iterum in Cana Galilaeae. Regulus, cujus filius infirmabatur Capharnaum, Jesum venientem a Judaea in Galilaeam rogabat ut descenderet, et filium ejus sanaret. Dixit ei Jesus: Vade, filius tuus vivit (Joan. IV, 46-50) . Protinus aeger convaluit, pater credidit, domumque in crastinum remeavit, et sospite filio gaudentem familiam reperit, et cognoscens quod contigerat cum tota domo credidit. Hoc, ut Joannes perhibet, secundum fuit signum quod fecit Jesus, cum venisset a Judaea in Galilaeam (ibid. 54) .

Cum audisset Jesus quod Joannes traditus esset, relicta Nazareth, quae dicitur flos, habitavit in Capharnaum, quae villa pulcherrima interpretatur, qua Ecclesia designatur. Nazareth quippe, unde Christus Nazaraeus dictus est, in Galilaea juxta montem Thabor viculus est. Capharnaum vero oppidum est in Galilaea gentium juxta stagnum Genesar situm, in finibus Zabulon et Nephthalim (Matth. IV, 13) , ubi prima captivitas Hebraeorum facta fuit ab Assyriis.

Exinde, id est tradito Joanne, coepit Jesus praedicare (ibid. 17) , quia evacuata voce sequitur verbum, et desinente lege sequitur Evangelium, ut sol auroram. Poenitentiam, inquit, agite; appropinquavit enim regnum coelorum (ibid.) . Ambulans Jesus juxta mare Galilaeae invenit Simonem Petrum, et Andream fratrem ejus, et filios Zebedaei, Jacobum et Joannem, et vocavit eos. At illi continuo, relictis retibus, secuti sunt eum (ibid. 18-22; Marc. I, 16-20; Luc. V, 2-11) . Simon interpretatur obediens, Petrus agnoscens, Andreas fortis vel virilis, Jacobus supplantator, Joannes Dei gratia. Interpretationes istae sanctis praedicatoribus apte congruunt. Nam sine obedientia nullus ad Dominum intrat, absque fortitudine nullus perseverat, et qui vitia supplantat, Dei gratiae omne bonum quod habet ascribat

Circuibat Jesus totam Galilaeam, docens in synagogis eorum et praedicans evangelium regni, et sanans omnem languorem et omnem infirmitatem in populo. Et abiit opinio ejus in totam Syriam, quae regio pertingit ab Euphrate usque ad mare magnum, a Cappadocia usque ad Aegyptum. Et obtulerunt ei omnes male habentes, variis languoribus animarum et corporum, et tormentis, id est acutis passionibus, comprehensos, et qui daemonia habebant et lunaticos, et paralyticos, et curavit eos.

Turbae ergo multae secutae sunt eum de Galilaea et Decapoli, de Jerosolymis et Judaea, et de trans Jordanem (Matth. IV, 23-25; Marc. III, 7, 8; Luc. VI, 17) , intentione quinquepartita. Alii enim propter coeleste magisterium, ut discipuli, alii propter curationem infirmitatum, alii sola fama et curiositate, volentes experiri verane essent quae dicebantur, alii propter invidiam, volentes eum in aliquo capere et accusare; quidam etiam sequebantur eum propter corporalem victum.

Videns autem turbas Jesus, ascendit in montem; et cum sedisset, ad eum accesserunt discipuli ejus. Et aperiens os suum (Matth. V, 1, 2) , qui olim aperuerat ora prophetarum, edidit prolixum sermonem omni perfectione plenum, in quo pulchre et utiliter apostolos erudit et informat; ut, qui per Moysem in Sinai monte legem dederat, in Galilaea in monte Thabor, suos doceat et perfectione totius justitiae imbuat. Nam de octo beatitudinibus plane disseruit et caeteris mandatis legis, quam non solvere, sed adimplere venit (ibid., 17) ; et praecepta novae legis arctiora quam Veteris Testamenti dicit, dum inimicos etiam diligi praecipit (ibid., 44) , et misericordiam in occulto faciendam, et multa alia perfectae vitae jussa depromit. De thesauro in coelo condendo, de eo quod nullus possit duobus dominis servire, de volatilibus et liliis agri (Matth. VI, 24, 28) , de festuca et trabe in oculo, de margaritis ante porcos non mittendis, de introitu ad vitam per angustam portam, de cavendo a falsis prophetis, de domo aedificanda supra petram (Matth. VII, 3, 6, 24; Luc. VI, 18-49) , verus Doctor doctorum incomparabiliter peroravit.

Cum consummasset Jesus perfectionis verba, turbae admirabantur super ejus doctrina. Erat enim eos docens, sicut Deus omnium potestatem habens, non sicut Scribae et Pharisaei (Matth. VII, 28, 29; Marc. I, 22; Luc. IV, 31) , qui servi erant Moysi, et ea tantum docebant quae infirmis data erant.

Cum autem descendisset de monte, secutae sunt eum turbae multae. Leprosum vero suppliciter adorantem Salvator manu tetigit, et confestim mundavit, ipsumque se sacerdotibus ostendere cum legali sacrificio praecepit (Matth. VIII, 1-4; Marc. I, 40-45; Luc. V, 12-14) . Quo jussu confessionem et poenitentiam peccatorum insinuavit. Capharnaum fidem Centurionis approbavit, et puerum ejus, pro quo suppliciter rogavit, jacentem paralyticum et male tortum, verbo sanavit (ibid. 5-13; Luc. VII, 1-10) .

Sabbato, dum doceret in synagoga, daemon per hominem exclamavit: Quid nobis et tibi, Jesu Nazarene? Venisti perdere nos? Scio te, quia sis Sanctus Dei. Et comminatus est ei Jesus, dicens: Obmutesco, et exi de homine. Discerpens eum spiritus nequam, egressus est; et homo, cunctis qui aderant mirantibus, sanatus est (Marc. I, 23-28; Luc. IV, 33-37) .

Mox de synagoga exivit, in domum Simonis intravit, socrum ejus febricitantem vidit, et rogatus ab amicis ejus manum tetigit. Protinus fugata febre, mulier sana surrexit, et coelesti medico gratanter ministravit. Vespere autem facto, cum sol occubuisset, multos ei obtulerunt daemoniacos et variis languoribus vexatos (Matth. VIII, 14-17; Marc. I, 29-34; Luc. IV, 38-41) . Verus archiater singulis manus imposuit, verbo spiritus ejecit, et omnes male habentes curavit. Occubitu solis mors Domini designatur; postquam gentiles, quos daemon possidebat, per fidem liberantur, et aegroti a morbis peccatorum, emendatioris vitae remedio sanantur.

Multas turbas videns circum se, sero jussit discipulos suos ire trans fretum; eoque ascendente in naviculam, discipuli ejus secuti sunt eum (Matth. VIII, 18, 23) . Dignum erat ut, sicut in terra fecerat miracula, sic etiam in mari faceret, ut se terrae marisque dominum esse comprobaret. Ingressus ergo in naviculam, mare turbari fecit, ventos commovit, fluctusque concitavit. Ipse vero dormiebat corpore, sed vigilabat mente; quem orta tempestate discipuli suscitaverunt, dicentes: Domine, salva nos; perimus. Tunc surgens, imperavit ventis et mari, et facta est tranquillitas magna (ibid. 24-26; Marc. IV, 35-49; Luc. VIII, 22-25) . Sic idem in salo hujus saeculi Emmanuel quotidie operatur, dum navis Ecclesiae suae diversarum procellis tribulationum jactatur, et pene discriminum enormitate periclitatur. Sed quia cum fide flebiliter a suis invocatur, praesto adest, et virtute deitatis suae mirabiliter eis suffragatur, et continuo sedatis tentationibus fortiter opitulatur.


 

Rempli de l'Esprit-Saint, Jésus quitta les bords du Jourdain pour entrer en Galilée. C'est là que le troisième jour il fut à Cana, avec ses disciples, invité à se trouver à des noces. Le vin venant à manquer, il fut prié par sa mère d'y suppléer: alors il ordonna de remplir d'eau six vases d'un grand volume, et l'ayant changée en vin il ordonna à l'architriclin de les faire apporter par les serviteurs. C'est par ce miracle qu'il commença à manifester sa gloire à ses disciples, leur désignant ainsi le changement de l'intelligence charnelle dans l'ancienne loi et le renouvellement de la vie par la grâce du Saint-Esprit.

Jésus fut conduit ensuite par l'Esprit-Saint dans le désert vers une haute montagne. Il fut tenté par Satan qui voyait en lui l'homme de la justice incomparable. Il jeûna pendant quarante jours et quarante nuits, et par son exemple enseigna comment les justes peuvent, au moyen du jeûne et de la prière, déjouer les embûches de toute l'engeance des démons.

L'ancien serpent avait, par la gourmandise» la vaine gloire et la cupidité, triomphé d'Adam; il tenta d'user de nouveaux artifices, et fut triplement vaincu et obligé de prendre la fuite. Alors les anges descendirent des cieux et présentèrent leurs hommages au fils de Dieu, qui récompensera dans le paradis, par une joie éternelle, les vainqueurs de Satan.

Le Sauveur, avec sa mère et ses frères, descendit à Capharnaüm et n'y resta que peu de jours. La Pâque approchant, il partit de là pour se rendre à Jérusalem et s'y présenta au temple. Il y trouva réunis beaucoup d'hommes occupés à vendre des brebis, des bœufs et des colombes; des banquiers aussi y exerçaient leur trafic; brillant admirablement de tout l'éclat de la divinité, il les chassa tous du lieu saint.

Un grand nombre de personnes qui se trouvèrent à la fête de la Pâque furent témoins des miracles que Jésus opérait, et ils crurent en son nom. Alors le Pharisien Nicodême, l'un des principaux entre les Juifs, alla le trouver pendant la nuit pour avoir avec lui un secret entretien. C'est ainsi qu'il mérita d'être instruit sur les vertus du baptême, sur la régénération par l'eau et par l'Esprit saint, sur la descente du Christ €t son ascension, sur l'exaltation typique du serpent d'airain, et sur le sacrifice de la passion du fils de l'homme.

Après ces événemens, le Sauveur entra dans la Judée; là il demeura avec ses disciples et opéra plusieurs merveilles pour le salut de l'humanité. Cependant Jean baptisait à Enon près de Salim, où se trouvait une grande abondance d'eau. Il y rendit un témoignage véridique sur le Christ, afin de mettre un terme aux recherchés de ses disciples et des Juifs. Ensuite Jésus quitta la Judée, se rendit de nouveau en Galilée et passa par Samarie.

Dans une ville que l'on appelle Sichar existait une fontaine nommée la Fontaine de Jacob, près de l'héritage que ce patriarche avait donné à Joseph son fils. Jésus, fatigué de la longueur du chemin, s'assit sur le bord de la fontaine vers la sixième heure et s'y entretint mystiquement avec une femme du pays. Les Samaritains accueillirent le Sauveur avec une grande allégresse, et à force de prières le retinrent deux jours avec eux; plusieurs même d'entre eux remplis de dévotion crurent en lui.

C'est de là que Jésus, guidé par la vertu du Saint- Esprit, passa en Galilée; toute la contrée fut bientôt remplie de son nom et de sa renommée; il y prodiguait les instructions dans les synagogues, et chacun s'empressait de le glorifier.

Un jour de sabat, il entra dans la synagogue de Nazareth pour y faire la lecture. Il s'y montra lecteur excellent; il ouvrit le livre du prophète Isaïe et y lut le pronostic qu'il y trouva: «L'esprit du Seigneur est sur moi, c'est pourquoi il m'a donné l'onction et m'a envoyé annoncer l'Evangile aux pauvres.» Ayant reployé le livre il le rendit au ministre de la prière, s'assit et dit: «Ce que vous venez d'entendre de vos propres oreilles s'accomplit aujourd'hui.» On admirait dans ses paroles une certaine grâce qui semblait couler de sa bouche.

Le divin Sauveur rendit témoignage que nul prophète ne reçoit dans sa patrie les honneurs qui lui sont dus. Se reportant aux anciens événemens, il rapporta comme un exemple véridique que, dans un temps de famine, Elie n'avait été envoyé que pour la femme de Sarepta, quoiqu'il y eût alors beaucoup de veuves dans Israël, et que du temps du prophète Elisée, le syrien Naaman avait été seul purifié dans le Jourdain, au milieu d'un grand nombre de lépreux abandonnés à leurs douleurs et à leur indigence.

Tous ceux qui étaient dans la synagogue pour entendre la parole de Dieu furent remplis de colère. Ils se soulevèrent à ces paroles, qu'ils regardèrent comme sacriléges. Dans leur fureur, ils traînèrent hors de la ville le seul médecin qui pût sauver leurs ames.

Ils le conduisirent, pour l'en précipiter, jusqu'au sommet de la montagne sur laquelle est construite leur ville. Il n'en passa pas moins au milieu d'eux, et de là descendit à Capharnaüm. Il vint de nouveau à Cana en Galilée. Un officier dont le fils était malade, ayant appris que Jésus arrivait de la Judée, le pria de des cendre chez lui et de guérir son enfant. Jésus lui dit: «Allez, votre fils est rendu à la vie.» Aussitôt le malade se rétablit. Le père crut aux paroles du Sauveur, retourna le lendemain dans sa demeure, et y trouva toute sa famille qui se réjouissait de la guérison du malade. Ayant ainsi reconnu tout ce qui était arrivé, cet homme et toute sa maison crurent au Sauveur. Selon ce que rapporte Saint-Jean, ce miracle est le second qu'ait opéré Jésus à son retour de Judée en Galilée.

Jésus ayant quitté Nazareth, qui signifie une fleur, résida à Capharnaüm, qui s'interprète par ville très-belle, et qui désigne l'Eglise. C'est de Nazareth que le Christ a été appelé Nazaréen. Cette petite ville est située en Galilée près du mont Thabor. Quant à Capharnaüm, cette place forte de la Galilée touche à l'étang de Gennésareth, sur les confins des tribus de Zabulon et de Nephtali, où les Hébreux furent, pour la première fois, réduits en captivité par les Assyriens.

Jésus commença ses prédications parce que la parole suit la voix, et que l'Evangile succède à l'ancienne loi, de même que le soleil à l'aurore. «Faites pénitence, dit-il, car le royaume des cieux approche.»

Jésus étant allé vers la mer de Galilée, rencontra Simon-Pierre et André son frère, et les fils de Zébédée, Jacques et Jean. Il les appela: aussitôt, ayant abandonné leurs filets, tous quatre le suivirent. Simon signifie obéissant, Pierre, reconnaissant, André, fort ou viril, Jacques, supplantateur, et Jean, grâce de Dieu. Ces interprétations sont parfaitement d'accord avec les saints prédicateurs. En effet, sans obéissance nul ne parvient jusqu'au Seigneur, personne ne persévère sans force, et celui qui supplante les vices soumet tout le bien qu'il possède à la grâce de Dieu.

 

Jésus parcourait toute la Galilée, répandant ses instructions dans les synagogues, prêchant l'Evangile de son règne et guérissant, dans le peuple, toute maladie et toute infirmité. Bientôt sa réputation se répandit dans toute la Syrie, contrée qui s'étend de l'Euphrate à la grande mer, et depuis la Cappadoce jusqu'à l'Egypte. On lui présenta tous ceux qui souffraient de diverses maladies, soit de l'ame, soit du corps, et ceux qui étaient en proie à des tourmens, c'est-à-dire à des douleurs aiguës, ceux qui étaient possédés du démon, ainsi que les lunatiques et les paralytiques; et il les guérit tous.

C'est pourquoi une foule nombreuse le suivit de la Galilée et de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et du pays au-delà du Jourdain, tous avec une intention différente. Les uns s'attachaient à lui comme disciples, à cause de sa céleste mission; les autres pour obtenir la guérison de leurs infirmités; ceux-ci par curiosité, au seul bruit de sa réputation, voulant éprouver s'il y avait quelque vérité dans tout ce que l'on rapportait; ceux-là guidés par l'envie, cherchant à le prendre en faute et à l'accuser; quelques-uns enfin ne suivaient ses pas que pour obtenir la nourriture du corps.

A l'aspect de tant de monde, Jésus gagna une montagne, et, s'y étant assis, ses disciples vinrent le trouver. Alors celui qui autrefois avait ouvert la bouche des prophètes, ouvrant la sienne à son tour, prononça un discours étendu qui était rempli de toutes sortes de perfections. Il éclaira l'intelligence et instruisit merveilleusement les apôtres, afin qu'ils sussent que celui qui, par la voix de Moïse, avait donné la loi sur le mont Sinaï, enseignait les siens en Galilée sur le mont Thabor, et les pénétrait de la perfection de toute justice. Il disserta amplement sur les huit béatitudes et sur les autres préceptes de la loi qu'il était venu, non pas détruire, mais accomplir. En effet, il dit que la nouvelle loi l'emportait sur l'ancien testament, puisqu'elle prescrivait à l'homme d'aimer même ses ennemis. Il parla de la miséricorde qui agit en secret, et fit connaître beaucoup d'autres avantages propres à rendre la vie plus parfaite. Ce véritable docteur des docteurs parla d'une manière incomparable du trésor qu'il faut placer dans le ciel, de l'impossibilité de servir deux maîtres à la fois, des oiseaux et des lys des champs, du fétu et de la poutre dans l'œil, des pierres précieuses qu'il ne faut pas jeter devant les pourceaux, de l'entrée dans la vie par la porte étroite, du soin qu'il faut prendre pour se garantir des faux prophètes, et de l'édifice qu'il faut construire sur la pierre.

Quand Jésus eut proféré les paroles de la perfection, tous les assistans admirèrent sa doctrine. En effet, il les enseignait comme Dieu, qui a la puissance sur toutes choses, non pas comme les Scribes et les Pharisiens, qui étaient soumis aveuglément à Moïse et ne pouvaient annoncer que ce qui avait été confié à leur incapacité.

Descendu de la montagne, le Sauveur fut suivi par une grande foule. Il toucha de la main un lépreux qui s'était prosterné pour l'adorer, et cet infortuné fut aussitôt guéri, et reçut l'ordre de se présenter devant les prêtres pour sacrifier selon la loi. C'est cet ordre qui insinue la nécessité de la confession et de la pénitence des péchés. A Capharnaüm, il approuva la foi du centenier, et guérit, après avoir prononcé quelques paroles, le fils de cet officier, lequel était étendu paralytique et contrefait.

Un jour de sabbat, pendant qu'il prêchait dans la synagogue, un démon s'écria par l'organe d'un homme: «Qu'y a-t-il, Jésus de Nazareth, entre vous et nous? Vous êtes venu pour nous perdre; je sais que vous êtes le saint de Dieu.» Jésus le menaça en disant: «Garde le silence, et sors du corps de ce malheureux.» Aussitôt le malin esprit, venant à se dissiper, se hâta de sortir, et, au grand étonnement de tous les assistans, ce possédé fut guéri.

Jésus ne tarda pas à quitter la synagogue; il entra chez Simon, dans la maison duquel il trouva sa belle-mère travaillée des douleurs de la fièvre; d'après l'invitation de ses amis il lui toucha la main. Soudain, le mal ayant cessé, cette femme se leva guérie, et témoigna sa reconnaissance à son médecin céleste. Sur le soir, comme le soleil venait de se coucher, on lui présenta un grand nombre de démoniaques et d'autres personnes affligées de diverses maladies de langueur. Suprême médecin, il fit à chacun l'imposition des mains, proféra quelques paroles et rendit la santé à tous ceux qui en étaient privés. Par le coucher du soleil il faut entendre la mort du Seigneur, qui arriva quand les Gentils, qui étaient en la possession du démon, en furent délivrés par la foi, et que ceux qui étaient souffrans de la maladie du péché furent guéris par le remède d'une vie plus édifiante.

Comme il voyait autour de lui une grande foule qui restait, quoique le soir fût arrivé, il ordonna à ses disciples de traverser la mer, et lui-même montant sur une nacelle, il fut suivi par eux. Assurément il convenait que, comme il avait fait des miracles sur terre, il en fît aussi sur les flots, pour prouver qu'il n'était pas moins le maître de l'une que des autres. Entré dans le bateau, il permit que la mer s'agitât, que les vents vinssent à souffler la tempête, et que les ondes s'élevassent en tumulte. Quant à lui, il dormait de corps, mais il veillait d'esprit. A l'aspect du danger, ses disciples l'éveillèrent en disant: «Seigneur, sauvez-nous, nous périssons.» Alors, se levant, il commanda aux vents et aux flots, et aussitôt le plus grand calme succéda à l'orage. C'est ainsi que tous les jours encore le divin Sauveur se manifeste sur l'océan du siècle, quand le vaisseau de son Eglise est ballotté par les tempêtes de tant de tribulations diverses, et se trouve, pour ainsi dire, en péril par la gravité des circonstances; mais, invoqué douloureusement et avec une foi sincère par les siens, il prodigue ses secours, il les soutient admirablement par la vertu de sa divinité, et sans cesse leur porte une efficace assistance au milieu des flots agités qui cèdent à sa voix.

 

IV. Sequentia.

Trans fretum cum venisset in regionem Gerasenorum, duo saevi nimis, habentes daemonia, de monumentis egressi sunt, et occurrentes ei exclamaverunt: Quid nobis et tibi, Jesu fili Dei? Venisti huc ante tempus torquere nos? Si ejicis nos, mitte nos in gregem porcorum. Et ait illis: Ite. At illi porcos invaserunt totumque gregem in salum praecipitaverunt (Matth. VIII, 28-32; Marc. VI, 1, 17) . Sic a legione daemonum ad duo millia porcorum grex praecipitatus est, et in mari suffocatus (Luc. VIII, 26-37) . Pastores autem fugerunt, et venientes in urbem omnia nuntiaverunt (Matth. VIII, 33) . Hominibus itaque sanatis, porcisque praecipitatis, Geraseni de ista civitate nimis territi exierunt; Dominumque, ut a finibus eorum transiret, stulti rogaverunt.

Gerasa est urbs in Arabia trans Jordanem, juncta monti Galaad, quam tenuit tribus Manasse, non longe a stagno Tiberiadis, ubi sues demersi sunt. Quae interpretatur colonum ejiciens, vel advena appropinquans; gentiles significans, ad quos salvandos Filius Dei accessit, dum carnem humanam assumpsit. Duo, quos legio daemonum possidebat, duos figurant populos, Judaeorum et gentilium; quibus dominabatur universitas vitiorum. In sepulcris habitabant, quia mortuis operibus, id est peccatis, serviebant. Satanae debilitas in hoc manifeste patescit, quod nec porcis sine permissu Dei nocere potuit.

Nota quod, dum praedestinati ad vitam ad Dominum convertuntur, et sana ratione utentes salvantur, spurci tumidique idololatrae, et omnes reprobi nequitiis inhaerentes, qui per porcos designantur, in stagno lutulentorum actuum sorditati condemnantur.

Ascendens Jesus in naviculam transfretavit et Capharnaum venit. Ibi cum esset, multi ad eum convenerunt; et domum implentes, verbum ejus audierunt. Tunc a quatuor viris paralyticus delatus est, et grabatum in quo jacebat, nudato tecto, ante illum demissum est. Porro clemens Dominus fidem portitorum vidit et paralytico peccata dimisit, eique, murmurantibus Scribis, ait: Surge, tolle lectum tuum, et vade in domum tuam. Statim ille surrexit, et, sublato coram omnibus grabato, in domum suam abiit (Matth. IX, 1-7; Marc. II, 3-12; Luc. V, 18-26) .

Inde Jesus transiens Matthaeum in teloneo sedentem vocavit, et secutum ex publicano apostolum et evangelistam sublimavit (Matth. IX, 9) . Discumbente Domino in domo Levi, Pharisaei murmurabant; eique, quod cum publicanis et peccatoribus manducaret, derogabant; sed benignus doctor pravos eorum meditatus attendit, utilemque sententiam proferens, ait: Non est opus valentibus medicus, sed male habentibus. Non veni vocare justos, sed peccatores (ibid. 10-13; Marc. II, 15-17; Luc. V, 29-32) . Dominus ideo peccatorum convivia frequentabat, ut invitatores suos docendo invitaret, et transferret ad coelestes epulas.

Dum loqueretur Jesus cum discipulis Joannis, et reprehensus esset a Pharisaeis cur discipuli ejus, ut Joannis, non jejunarent; aptam protulit similitudinem de filiis sponsi non lugentibus quandiu cum illis est sponsus, et de commissura panni rudis in vestimentum vetus, et de vino novo in utres veteres non mittendo (Matth. IX, 14-17; Marc. II, 18-22; Luc. V, 33-39) . Sic probat arctas observationes novae legis non esse carnalibus imponendas nondum renovatis, donec palam patesceret renovatio spiritualis per mysterium Dominicae passionis et resurrectionis.

Loquente Jesu ad turbas, Jairus archisynagogus accessit, ad pedes ejus procidit, eumque adorans dixit: Domine, filia mea modo defuncta est; sed veni, impone manum tuam super eam, et vivet. Benignus opifex surrexit, et cum illo protinus abiit. Turba vero multa sequebatur illum, et comprimebat. Mulier autem quae fluxum sanguinis patiebatur duodecim annis, quae omnem substantiam suam erogaverat medicis, quibus falsi theologi, seu philosophi, legumque designantur saecularium doctores, nec ab ullo potuit curari, accessit retro, et tetigit fimbriam vestimenti ejus. Dicebat enim intra se: Si tetigero fimbriam vestimenti ejus tantum, salva ero. At Jesus conversus et videns eam, dixit: Confide, filia; fides tua te salvam fecit. Confestim fons sanguinis ejus siccatus est, et salva facta est (Matth. IX, 18-22; Marc. V, 22-34; Luc. VIII, 41-48) . Deinde Christus, cum in domum principis venisset, et tibicines turbamque tumultuantem vidisset, dixit: Recedite; non est mortua puella, sed dormit. Et deridebant eum. Ejecta turba, conclavim intravit, secumque Petrum et Jacobum et Joannem et patrem et matrem puellae introduxit, manum ejus tenuit, ipsoque jubente puella surrexit, illique dari manducare praecepit, et fama haec in universam terram exiit (Matth. IX, 23-26; Marc. V, 35-43; Luc. VIII, 49-56) . Jairus interpretatur illuminans, vel illuminatus, et significat Moysem aliosque legis doctores; duodennis autem filia, Synagogam; haemorreusa vero, gentium Ecclesiam, quae prius per Christum fidem tetigit et sanitatem a profluvio idololatriae, carnaliumque voluptatum, gratiosa praeripuit. Tandem, sicut puella jussu Domini postea revixisse dicitur, sic Israel, cum plenitudo gentium introierit, salvabitur. Inde Jesu transeunte, secuti sunt eum duo caeci, clamantes: Miserere nostri, fili David. Oculos eorum tetigit, eosque illuminavit. Egressis illis, ecce obtulerunt ei hominem mutum et daemonium habentem. Ejecto autem daemone, locutus est mutus et admiratae sunt turbae, dicentes: Nunquam apparuit sic in Israel. Pharisaei vero dicebant: In Beelzebub principe daemoniorum ejicit daemones (Matth. IX, 27-34) .

Jesum in deserto turbae requirebant, et inventum, ne discederet, sibi detinere optabant (Luc. IV, 42) . Cum turbae irruerent, ut verbum Dei audirent, Jesus in navem Simonis ascendit, eumque a terra in stagnum Genesareth reducere pusillum rogavit. Ibi sedens turbas docuit, et, ut loqui cessavit, Simoni, qui tota nocte frustra laborarat, dixit: Duc in altum, et laxate retia vestra in capturam. Quod cum fecissent, copiosam concluserunt multitudinem piscium, qua satis onustum rumpebatur rete eorum (Luc. V, 1-11) .

In diebus illis exiit in montem orare, et pernoctans erat in oratione Dei. Die facto, discipulos suos vocavit, et duodecim ex ipsis elegit, quos et apostolos, id est missos, nominavit. Duodecim autem apostolorum nomina haec sunt: Simon Petrus et Andreas frater ejus, Jacobus Zebedaei et Joannes frater ejus, Philippus et Bartholomaeus, Thomas et Matthaeus, Jacobus Alphaei et Thaddaeus, Simon Chananaeus, et Judas Iscariotes, qui et tradidit eum (Matth. X, 1-4; Marc. III, 16-19; Luc. VI, 13-16) .

Sacratus apostolorum numerus non vacat a mysterio. Duodenarius enim numerus designat eos per quatuor climata mundi fidem sanctae Trinitatis praedicaturos. Quaternarius numerus triplicatus duodecim facit, quorum figura in multis antea praecessit. Apostoli figurati sunt XII filiis Jacob, XII principibus plebis Israel, XII fontibus repertis in Helim, XII lapidibus altaris, XII lapidibus de Jordane elevatis, XII bobus sub mari aeneo, XII stellis in corona sponsae, XII fundamentis, XII portis supernae Jerusalem, quam refert Apocalypsis. Multis et aliis figuris praenotati sunt, quibus ad dispensanda populis Dei mysteria insigniter excellunt.

Gloriosus Emmanuel totam Galilaeam circuivit; in villis, castellis et urbibus, id est parvis et magnis, absque discretione personarum, evangelium praedicavit. Non potentiam nobilium, sed salutem credentium attendit, et post mellifluam praedicationem, curavit omnem languorem et infirmitatem; ut quibus non suaserat sermo, persuaderet operis magnitudo. Videns turbas Jesus, misertus est eis, quia vexati erant et jacentes, sicut oves pastorem non habentes. Duodecim itaque convocavit, et potestatem illis dedit ut immundos spiritus ejicerent et omnem infirmitatem curarent. Euntes, inquit, praedicate, dicentes quia appropinquabit regnum coelorum. Infirmos curate, mortuos suscitate, leprosos mundate, daemones ejicite. Gratis accepistis, gratis date. Nolite possidere aurum, neque argentum, neque pecuniam in zonis vestris; non peram in via, neque duas tunicas, neque calceamenta, neque virgam (Matth. IX, 35; X, 10; Marc. VI, 6-9) .


 

Ayant passé de l'autre côté de la mer, dans la contrée des Géraséniens, deux hommes farouches, possédés du démon, sortirent d'un monument, et, accourant à lui, s'écrièrent: «Jésus, fils de Dieu, qu'y a-t-il entre nous et vous? Etes-vous venu avant le temps pour nous tourmenter? Si vous nous chassez, envoyez-nous au moins dans un troupeau de pourceaux.» Il leur répondit: «Allez-y.» Aussitôt ils s'emparèrent de ces animaux, et précipitèrent tout le troupeau dans la mer. Ainsi ce troupeau, qui ne comptait pas moins de deux mille animaux, fut, par une légion de démons, jeté dans les flots où il trouva la mort. Cependant les porchers prirent la fuite, et, parvenus à la ville, annoncèrent tout ce qu'ils avaient vu. Ainsi, les hommes étant guéris et les pourceaux précipités, les Géraséniens, épouvantés outre mesure, sortirent tous de leurs murailles, et furent assez insensés pour prier le Seigneur de s'éloigner de leur contrée.

Gérasa est une ville d'Arabie au-delà du Jourdain, voisine du mont Galaad, laquelle fut au pouvoir de la tribu de Manassé; elle n'est pas éloignée du lac de Tibériade, où les pourceaux furent noyés. Son nom signifie, rejetant ses hôtes, ou l'étranger qui s'approche; ce qui s'entend des Gentils vers lesquels le fils de Dieu se rendait pour les sauver après avoir revêtu la forme humaine. Les deux individus que la légion de démons possédait sont l'image de deux peuples, les Juifs et les Païens, soumis à l'empire de tous les vices; ils habitaient dans les tombeaux, parce qu'ils obéissaient à des œuvres de mort, c'est-à-dire, au péché. La faiblesse de Satan se manifesta ici avec évidence; en effet, sans la permission de Dieu, il ne saurait nuire même aux plus vils animaux.

Il faut observer que, tandis que les prédestinés passent à la vie en se tournant vers le Seigneur, et se sauvent en usant du flambeau de leur raison, les idolâtres, enflés d'orgueil, souillés de vices, et réprouvés par leur attachement à la perversité, désignés ici par les pourceaux, sont condamnés à l'ordure dans le lac de leurs honteuses actions.

Jésus remonta sur une nacelle et se rendit à Capharnaùm. Aussitôt un grand nombre de personnes se présentèrent devant lui: elles remplirent la maison où il se trouvait pour écouter sa parole. C'est alors que quatre hommes apportèrent un paralytique, et déposèrent devant le Sauveur le grabat sur lequel il était couché: le Seigneur, plein de clémence, ayant reconnu la foi de ces hommes, remit au paralytique ses péchés, et, malgré les murmures des Scribes, lui dit: «Levez-vous, emportez votre lit et retournez dans votre maison.» Aussitôt le paralytique se leva, se chargea de son grabat devant toute l'assistance, et se rendit chez lui.

De là Jésus, à son passage, appela à lui Matthieu, qui était assis à son bureau, lui dit de le suivre, et l'éleva de la charge de publicain au rang d'apôtre et d'évangéliste. Le Seigneur s'étant arrêté dans la maison de Lévi, les pharisiens murmurèrent et lui firent des reproches de ce qu'il mangeait avec des publicains et des pécheurs; mais ce bon docteur releva la malignité de leurs pensées, et, proférant une utile maxime, répondit: «Le médecin n'est pas nécessaire à ceux qui se portent bien, mais à ceux-là qui sont malades; je ne viens pas appeler les justes, mais les pécheurs.» C'est pourquoi il fréquentait la société de ces derniers afin d'inviter par ses instructions ceux qui l'invitaient lui-même, et les conduire ainsi au céleste banquet.

Pendant que Jésus s'entretenait avec les disciples de Jean, et qu'il était l'objet des réprimandes des pharisiens, qui lui demandaient pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas comme ceux de Jean, il leur fit ces paraboles très-convenables des amis de l'époux qui ne peuvent être dans le deuil tant qu'il est avec eux; de la pièce de drap neuf cousue à un vieil habit, et du vin nouveau qu'on ne met point dans de vieilles outres. C'est ainsi qu'il prouve qu'on ne saurait imposer l'observation de la nouvelle loi aux hommes charnels qui n'ont pas encore été régénérés, jusqu'à ce que la régénération spirituelle se soit manifestée aux yeux de tous par le mystère de la Passion et de la résurrection du Seigneur.

Pendant que Jésus parlait à la foule des assistans, Jaïr, chef de la Synagogue, s'approcha de lui, se jeta à ses pieds, et lui dit en l'adorant: «Seigneur, ma fille va mourir; mais venez, imposez vos mains sur elle, et elle vivra.» Le Seigneur se leva avec bonté et sortit aussitôt avec lui. Un grand nombre de personnes le suivaient et le pressaient; alors une femme qui, depuis douze ans, souffrait d'un flux de sang, et qui avait vainement dépensé toute sa fortune, s'approcha de lui par derrière, et toucha la frange de son vêtement; elle se disait en elle-même: «Si je puis seulement toucher le bord de ses habits, je vais être guérie.» Jésus s'étant retourné et l'apercevant, lui dit: «Ma fille, prenez confiance; votre foi vous a sauvée.» Aussitôt la source du sang qu'elle perdait se dessécha, et elle fut rendue à la santé. Les médecins dont il s'agit représentent ces faux théologiens ou philosophes et ces docteurs des lois séculières, desquels on ne peut attendre aucun salut. Ensuite le Christ étant entré dans la maison de Jaïr, où il trouva des musiciens et une troupe tumultueuse, leur adressa la parole en ces termes: «Retirez-vous: cette jeune fille n'est pas morte, mais elle dort.» Les assistans se mirent à rire. Ayant repoussé ces gens, il entra dans la chambre de la jeune fille, conduisant avec lui Pierre, Jacques, Jean, ainsi que le père et la mère; il prit la main de la malade, et à son commandement cette fille se leva. Il lui fit donner à manger. Le bruit de cet événement se répandit par toute la terre. Jaïr signifie illuminant ou illuminé, et représente Moïse et les autres docteurs de la loi, et la jeune fille est le symbole de la Synagogue; quant à la femme atteinte d'un flux de sang, elle est l'emblême de l'Eglise des Gentils que toucha la foi, et qui obtint la santé après l'écoulement de l'idolâtrie et des voluptés charuelles. Enfin, comme la jeune fille recouvra la vie par l'ordre du Seigneur, de même Israël sera sauvé, quand il aura reçu dans son sein la totalité des nations. Ensuite Jésus, se transportant ailleurs, fut suivi par deux aveugles qui lui criaient: «Ayez pitié de nous, fils de David!» Il leur toucha les yeux, et leur rendit la lumière. Ils étaient à peine sortis qu'on lui présenta un homme muet et possédé du démon; le malin esprit fut aussitôt chassé, et le muet recouvra la parole. La foule s'écriait dans son admiration: «On n'a jamais rien vu de pareil en Israël.» Cependant les Pharisiens disaient: «C'est par Béelzébut, prince des démons, qu'il les chasse.» Les assistans cherchaient à attirer Jésus dans le désert, et desiraient le retenir avec eux, de peur qu'il ne les quittât.

La foule s'étant accrue et se précipitant pour entendre la parole de Dieu, Jésus entra dans la barque de Simon, et le pria de s'éloigner un peu de la terre en avançant sur le lac de Gennésareth. Là s'étant assis, il enseigna le peuple. Dès qu'il eut cessé de parler, il dit à Simon, qui vainement avait travaillé toute la nuit: «Gagnez la pleine mer, et jetez vos filets pour faire une bonne capture.» C'est ce qu'il fit, et il prit une si grande quantité de poissons, que les filets surchargés se rompaient de toutes parts. Ce fut dans ces mêmes jours que Jésus se retira sur la montagne pour prier; et ses prières à Dieu l'occupèrent même pendant la nuit.

Le jour étant venu, il appela ses disciples, et, parmi eux, en choisit douze auxquels il donna le nom d'apôtres, c'est-à-dire envoyés. Voici les noms de ces douze apôtres: Simon-Pierre et André son frère, Jacques fils de Zébédée et Jean son frère, Philippe et Barthélemi, Thomas et Matthieu, Jacques fils d'Alphée et Thaddée, Simon le Cananéen, et Judas Iscariote, qui le trahit.

Le nombre sacré des apôtres n'est pas dépourvu de mystère; car ce nombre duodénaire désigne ceux qui devaient aller prêcher la croyance de la sainte Trinité dans les quatre climats du monde. Le nombre quaternaire étant triplé produit le nombre douze, dont la figure existait déjà dans beaucoup de choses; les apôtres sont figurés par les douze fils de Jacob, par les douze princes du peuple d'Israël, par les douze fontaines trouvées à Hélim, par les douze pains de proposition, par les douze hommes envoyés à la découverte par Moïse, par les douze pierres du Jourdain, par les douze bœufs qui soutenaient la mer d'airain, par les douze étoiles de la couronne de l'épouse, par les douze fondemens et les douze portes de la Jérusalem céleste, dont parle l'Apocalypse. Ils avaient été annoncés aussi par beaucoup d'autres figures, qui éclatent brillamment pour faire connaître au peuple les mystères de Dieu.

Le glorieux Emmanuel parcourut toute la Galilée, ses hameaux, ses châteaux et ses villes; il annonça l'Evangile aux petits comme aux grands, sans distinction de personnes. Il n'eut point égard à la puissance des nobles, mais au salut des croyans; et après ces prédications pleines d'onction, il porta un prompt remède à toutes les maladies et à toutes les infirmités; de manière que ceux qui n'avaient pas été persuadés par ses discours, étaient convaincus par la grandeur de ses œuvres. En voyant une si grande affluence, Jésus fut saisi de compassion, parce que ces gens étaient opprimés et accablés comme le troupeau qui est privé de son pasteur. Il appela à lui les douze apôtres et leur donna le pouvoir de chasser l'esprit immonde, et de guérir toute infirmité. «Allez, leur dit-il, enseignez, annoncez que le royaume des cieux approche, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Recevez gratuitement, donnez gratuitement aussi. N'ayez en votre possession ni or, ni argent, ni monnaie; ne portez en route ni sac, ni deux habits, ni chaussure, ni bâton.»

V. Sequentia.

Multa quoque alia coelestis Magister saluberrima protulit monita, quae veraces ejus symmistae, Matthaeus et Lucas, scriptis memoriae commendaverunt.

Ibat Jesus in civitatem Galilaeae, quae vocatur Naim, quae in secundo milliario Thabor montis contra meridiem juxta Endor sita est. Dum portae urbis appropinquaret cum copioso agmine, quod comitabatur; ecce defunctus juvenis unicus viduae filius efferebatur. Quam cum Dominus flentem vidisset, misericordia motus super illam, dixit: Noli flere. Bajulis stantibus accessit, loculum tetigit et exanimi dixit: Adolescens, dico tibi, surge. Illico revixit, resedit et loqui coepit; vitaeque reparator illum matri sanum restituit. Timor omnes invasit videntes. Divino nutu multa Dominum turba sequebatur, multa viduam comitabatur; ut, viso tanto miraculo, multi testes, multi fierent Dei laudatores (Luc. VII, 11-17) . Joanni renuntiantur in Herodis carcere miracula Christi. Unde ab ipso mittuntur duo discipuli, ut diligenter per ipsam perscrutentur Dei sophiam secreta de provisione coelesti. Regressis Joannis nuntiis, multa de ejus magnitudine loquitur, et pueris in foro sedentibus generationem comparat Judaeorum (Matth. XI, 2-19; Luc. VII, 18-32) . Tunc coepit Jesus exprobrare civitatibus, in quibus factae sunt plurimae virtutes ejus, quia non egissent paenitentiam in praedicatione ejus. Huc usque generationem Judaicam communiter redarguerat, nunc quasi nominatim civitates eorum increpat; praecipue Corozaim, id est mysterium meum, Bethsaidam, id est domum fructuum, et Capharnaum, quia, visis signis et operibus, converti noluerunt (ibid. 20-24; Luc. X, 12-15) . Deinde Jesus Deo Patri gratias agit, quia sapientibus saeculi secreta sua abscondit et parvulis revelavit (Matth. XI, 25-30) .

Pharisaeis reprehendentibus quod discipuli Sabbatis, dum per sata irent, spicas vellerent, et manibus confricantes manducarent, Salvator eos excusavit, et exemplo de David et Abiathar sacerdote prolato, dixit: Sabbatum propter hominem factum est, et non homo propter Sabbatum. Itaque Dominus est Filius hominis etiam Sabbati (Matth. XII, 1-8; Marc. II, 23-28; Luc. VI, 1-5) .

Introivit iterum Sabbato in synagogam, et sanavi hominem qui habebat manum aridam. Pharisaei livore commoti quod Jesus omnia gloriose agebat, exeuntes cum Herodianis consilium fecerunt quomodo eum perderent. Quapropter inde secessit et secuti sunt eum multi; et curavit omnes. Tunc oblatus est ei daemonium habens, caecus et mutus, et curavit eum, ita ut loqueretur et videret. Scribis autem et Pharisaeis opera Christi depravare sinistra interpretatione nitentibus, et ab eo signum de coelo petentibus, ipse profunda et spiritualia disseruit, quibus malos redarguit et bonos instruxit. Generationi quoque nequam nullum nisi Jonae signum esse dandum perhibuit; cui reginam Austri, quae de finibus terrae sapientiam Salomonis audire venit, et poenitentes Ninivitas meriti comparatione praeposuit (Matth. XII, 9-45; Marc. III, 1-5; Luc. VI, 6-10) .

Matre vero ejus et fratribus foris stantibus, et cum illo loqui quaerentibus, extendens manum in discipulos suos, dixit: Quicunque fecerit voluntatem Patris mei, qui est in coelis, ipse meus frater, et soror, et mater mihi est (Matth. XII, 46-50; Marc. III, 1-35; Luc. VIII, 19-21) .

In illo die exiens Jesus de domo, sedebat secus mare, et congregatae sunt ad eum turbae multae. In naviculam ascendens, sedit, et turbae stanti in littore multa in parabolis edidit. De agricola, qui exiit seminare, idoneam operationi suae similitudinem ostendit; et de ipsis seminibus, quorum pars periit, quia secus viam aliud cecidit, et conculcatum est ab hominibus, et volucres coeli comederunt; aliud in petrosa, aliud in spinas, et variis eventibus suffocata sunt. Quid significent ista, breviter et liquido mihi adnotabo. Semen est verbum Dei, sator autem Christus, volucres daemonia. Via est prava mens, malarum cogitationum sedulo meatu trita et arefacta. Petra est protervae mentis duritia. Terra est lenitas animae obedientis. Sol vero fervor est persecutionis saevientis. Spinae sunt corda divitiarum ambitione sollicita. Bona terra est devota et fidelis mens, quae fructum reddit centesimum, et sexagesimum, et tricesimum. Centesimum fructum reddit, qui universa aeternitatis intentione facit; sexagesimum, id est opus perfectum cum doctrina, propter sex et decem; tricesimum, id est fidem cum doctrina, propter tria et decem. Item aliter: Centesimus fructus virginum est, et martyrum pro societate vitae, seu contemptu mortis; sexagesimus viduarum est, propter otium interius, quia non pugnant contra consuetudinem carnis. Solet enim otium sexagenariis concedi post militiam. Tricesimus vero conjugatorum est, quia haec aetas praeliantium est (Matth. XIII, 1-23; Marc. IV, 1-20; Luc. VIII, 4-15) . Deinde verus Propheta, confluentibus turbis, alias propinat parabolas, de bono semine seminato et de zizaniis, de grano sinapis, et de fermento, quod acceptum mulier in farinae satis tribus abscondit, donec fermentaretur totum. Salvator sedens in navi, quasi dives paterfamilias invitatos diversis reficit cibis, ut unusquisque secundum naturam stomachi alimenta susciperet varia. Diversis ergo utitur parabolis, ut satisfaciat voluntatibus variis (Matth. XIII, 24-35; Marc. IV, 26-33; Luc. XIII, 18-21) .

Dimissis turbis, in domum venit, et interrogantibus discipulis parabolam zizaniorum declaravit (Matth. XIII, 36-43; Marc. IV, 34) .

Tunc etiam de thesauro abscondito in agro, de negotiatore et margarita, de retibus missis in mare adjecit, et quid figuraret exposuit.

Inde in patriam suam transiit, et in synagogis eorum eos docuit, ita ut omnes mirarentur (Matth. XIII, 44-58; Marc. VI, 1-6) .

Rogatus a Pharisaeo, Salvator in domo ejus manducat. Mulier vero, quae peccatrix fuerat, discumbentis Domini pedes lacrymis rigat, capillis capitis sui tersit et unguento unxit. Omnia, quibus illicite usa prius ad peccatum fuerat, Deo penitus (13) devota immolat. Quot in se habuit oblectamenta, tot de se invenit holocausta. Falsa tumens justitia Pharisaeus aegram reprehendit de aegritudine et medicum de subventione, a quo duorum parabola redarguitur debitorum; proprioque judicio ut freneticus convincitur, qui funem portat ex quo ligetur. Peccatricis bona poenitentis enumerantur, et mala falsi justi corriguntur a Judice, cujus oculis intima quaeque nuda panduntur. Tandem Jesus Mariae peccata remisit, quoniam ipso teste multum dilexit. Fides, inquit, tua te salvam fecit: vade in pace (Luc. VII, 36-50) .

Evangelizante Domino et discipulis ejus, mulieres sequebantur, et de suis facultatibus eis obsequebantur, Maria scilicet Magdalene, et Joanna uxor Cuzae procuratoris Herodis, et Susanna, et aliae multae divinitus inspiratae. Consuetudinis Judaicae fuit, nec ducebatur in culpam, more gentis antiquo, ut mulieres de substantia sua victum atque vestitum praeceptoribus ministrarent. Hoc, quia scandalum facere poterat in nationibus, Paulus se abjecisse memorat. Susanna interpretatur lilium; Joanna, Dominus gratia ejus, vel Dominus misericors; Maria, amarum mare; Magdalene, turrensis. Interpretationibus nominum suorum evidenter depromitur, quibus praerogativis meritorum ministrae Domini decorantur (Matth. XXVII, 55; Marc. XV, 40, 41; Luc. VIII, 1-3) .

Die festo Judaeorum Jesus Jerosolymam ascendit, hominemque qui per XXXVIII annos languerat sanavit ad probaticam piscinam, quae cognominatur Hebraice Bethsaida, ubi sacerdotes lavabant carnes pecudum, unde legali ritu faciebant Deo sacrificia. Piscina haec quinque porticus habebat, in quibus multitudo magna languentium jacebat, caecorum, claudorum, aridorum, exspectantium aquae motum. Porro Angelus Domini descendebat in piscinam et movebatur aqua; et qui prius descendisset in piscinam post motionem aquae, sanus fiebat a qua cunque tenebatur infirmitate.

Jubente Christo, statim sanus factus est homo, grabatumque suum sustulit Sabbato. Murmurantibus inde Judaeis et blasphemantibus, Sophia Patris respondit, arcana divinitatis suae, ut Joannes Theologus refert, multipliciter manifestavit, et lucernae suae Joanni Moysique insigne testimonium perhibuit .

In illo tempore Herodes tetrarcha famam Jesu audivit, puerisque suis dixit: Hic est Joannes Baptista; ipse surrexit a mortuis; ideo virtutes operantur in eo. Herodes enim Joannem tenuit, eumque alligavit et in carcere posuit, propter Herodiadem quam Philippo fratri suo tulerat, sibique, contradicente Joanne, sociaverat. Versipellis adulter praeconem veritatis occidere voluit, sed populum, a quo Dei vates venerabatur, timuit. Joannem etiam Herodes metuebat, quem virum justum et sanctum sciebat; sed amor mulieris eum vicit, cui districto Dei judicio contigit ut propter appetitum adulterae sanguinem funderet sancti prophetae. Herodes die natalis sui coenam fecit principibus et tribunis et primis Galilaeae. Ibi filia Herodiadis, dum saltasset, et Herodi simulque recumbentibus placuisset, juramento a rege sibi facto quod quidquid postularet ab eo impetraret, instinctu matris perfidae, in disco sibi petiit dari caput Joannis Baptistae. Funestus rex spiculatorem misit, caput Praecursoris Christi amputari jussit, quod mox pro saltationis pretio allatum est in disco puellae, et in impuro convivio cruentae factae sunt epulae. Discipuli vero Joannis corpus in Samaria sepelierunt, et venientes ad Jesum, haec nuntiaverunt (Matth. XIV, 1-12; Marc. VI, 14-29; Luc. III, 19, 20; IX, 7-9) .

Salvator, audita nece Baptistae sui, inde secessit, et seorsum trans mare Galilaeae, quod est Tiberiadis, in desertum locum abiit; non timore mortis, sed parcens inimicis suis, ne homicidio jungerent homicidium, si crebro visis ejus miraculis in zelum irritarentur lethiferum. Distulit itaque in diem Paschae interitum suum, et nobis praebuit exemplum vitandi temeritatem tradentium. Cum audissent turbae, pedestres eum secutae sunt. Videns Jesus turbam multam, misertus est ejus et curavit languidos eorum. Vespere facto, quinque panes hordeaceos et duos pisces accepit, aspiciens in coelum, benedixit, fregit, discipulisque, ut apponerent turbis, dedit. Turbas vero super fenum discumbere jussit. Ministrantibus apostolis, quinque millia virorum, exceptis mulieribus et parvulis, manducaverunt et saturati sunt, et de reliquiis XII cophini fragmentorum pleni sublati sunt (Matth. XIV, 13-21; Marc. VI, 30-44; Luc. IX, 10-17; Joan. VI, 1-13) . Haec omnia mysteriis plena sunt. Jesus de Judaea secedit, in desertum gentium venit. Turbae sequuntur. Languidos, eorum misertus, curat. Quinque panibus hordeaceis Mosaicae legis, et duobus piscibus prophetiae et psalmorum, pavit. Et hoc vespere, id est fine saeculorum propinquante, peregit; cum ipse sol justitiae pro nobis occubuit.

Homines, cum vidissent quod fecerat signum, dicebant: Quia hic est vere propheta qui venturus est in mundum. Jesus ergo, cum cognovisset quia venturi essent ut eum raperent et regem facerent, discipulos jussit in naviculam ascendere, eumque trans fretum praecedere, et ipse dimissa turba fugit in montem solus orare. Vespere facto, navicula in medio mari jactabatur fluctibus, et pene tota nocte in remigando laborantibus ventus obstabat contrarius. Quarta vigilia noctis, cum remigassent quasi stadia viginti quinque vel triginta, venit ad eos ambulans super mare; et videntes, timuere quia putabant eum phantasma esse. Prae timore clamantibus, statim dixit Jesus: Ego sum; nolite timere.--Domine, inquit Petrus, si tu es, jube me venire ad te super aquas. At ipse ait: Veni. Descendens Petrus de navicula, ambulat super aquam, ut veniret ad Jesum. Videns vero ventum validum, timuit; et cum coepisset mergi, clamavit: Domine, salvum me fac. Continuo Jesus manum extendit, et se in periculo invocantem apprehendit: Modicae, inquit, fidei, quare dubitasti?

Ascendente Jesu in naviculam, cessavit ventus; et ista videntes adoraverunt et Filium Dei confessi sunt (Matth. XIV, 22-33; Marc. VI, 45-52; Joan. VI, 14-21) . Nota quod Joannes describit miraculum panum prope Pascha factum fuisse; Matthaeus vero et Marcus commemorant hoc statim occiso Joanne factum esse. Unde colligitur Joannem imminente Pascha decollatum, annoque sequenti, cum Pascha denuo rediret, mysterium Dominicae passionis esse completum.


 

Ce maître céleste leur donna encore un grand nombre d'autres instructions salutaires que les véridiques évangélistes Matthieu et Luc ont conservées pour la postérité dans leurs écrits.

Il se rendit dans une ville de Galilée qu'on appelle Naïm qui est située à deux milles du mont Thabor, au midi, près de la ville d'Endor. Comme il approchait de la porte de la ville, avec la foule nombreuse qui l'accompagnait, on emportait un jeune homme mort, qui était le fils unique d'une veuve. Le Seigneur l'ayant vue pleurer, touché de compassion pour cette infortunée, il lui dit: «Ne pleurez pas.» Il s'approcha des porteurs qui s'étaient arrêtés, toucha le cercueil, et parla ainsi au défunt: «Jeune homme, je te le dis, lève-toi.» Aussitôt le jeune homme revint à la vie; il se mit sur son séant et commença à parler. Alors le réparateur de la vie le rendit sain et sauf à sa mère. Tous les spectateurs furent saisis de frayeur. Par la permission de Dieu, une grande foule suivait le Seigneur; une foule non moins nombreuse accompagnait la veuve. A l'aspect d'un si grand miracle beaucoup de témoins devinrent beaucoup d'admirateurs de la puissance de Dieu. Les miracles du Christ furent annoncés à Jean dans les prisons d'Hérode. C'est de là que Jean envoya deux de ses disciples, pour s'informer avec soin des secrets de la Providence céleste, qui devait manifester la sagesse de Dieu. Au retour de ces disciples, on raconta beaucoup de choses sur la grandeur des événemens, et l'on compara la génération actuelle des Juifs à des enfans assis dans la place publique. Alors Jésus commença à reprocher aux villes dans lesquelles plusieurs de ses miracles avaient éclaté, de n'avoir point fait pénitence conformément à ses prédications. Jusque-là il s'était borné à reprendre en commun toute la race juive: désormais il réprimanda nominativement chacune de ses villes, principalement Corozaïn, c'est-à-dire mystère, Bethsaïde, c'est-à-dire maison des fruits, et ensuite Capharnaùm, parce que, à l'aspect de ses œuvres et de ses miracles, elles n'avaient pas voulu se convertir. Jésus rendit ensuite grâce à Dieu son père de ce qu'il avait caché ses secrets aux sages du siècle et les avait révélés aux faibles.

Les Pharisiens lui reprochant que le jour du sabbat, ses disciples en traversant les champs cueillaient des épis, et, après les avoir frottés dans leurs mains, les mangeaient, le Sauveur les excusa, d'après l'exemple de David et du grand-prêtre Abiathar; il dit: «Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat. C'est pourquoi le fils de l'homme est maître du sabbat même.»

Il entra de nouveau un jour de sabbat dans la synagogue, il y guérit un homme qui avait une main desséchée. Les Pharisiens pleins d'envie de ce que Jésus consommait glorieusement tant de miracles, sortirent et se concertèrent avec les Hérodiens sur les moyens de le perdre. Mais Jésus se retira: il fut suivi d'un grand nombre de personnes et guérit tous les malades. C'est alors qu'on lui présenta un démoniaque, un aveugle et un muet: il les guérit si bien que l'aveugle recouvra la vue, et que le muet se mit à parler. Cependant les Scribes et les Pharisiens faisaient tous leurs efforts pour donner une sinistre interprétation aux œuvres du Christ; ils exigeaient de lui un signe qui vînt du ciel. Il annonça des choses profondes et spirituelles, instruisit les bons et réprimanda les méchans; il déclara qu'on ne devait donner à une génération perverse d'autre signe que celui de Jonas; il leur représenta la reine du midi qui, des confins de la terre, était venue pour entendre la sagesse de Salomon, et les Ninivites qui avaient fait pénitence.

Sa mère et ses frères étant restés dehors et cherchant à s'entretenir avec lui, il étendit la main sur ses disciples et dit: «Quiconque aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, est ma mère, mon frère, et ma sœur.»

Ce même jour Jésus étant sorti, alla s'asseoir sur le bords de la mer; aussitôt un grand nombre de personnes se réunirent autour de lui. Il monta dans une nacelle; il s'y assit et fit plusieurs paraboles à la foule qui s'était arrêtée sur le rivage. Il parla du laboureur qui vient de semer et dont le travail ressemblait à ses œuvres; il les entretint des semences dont une partie périt, soit parce qu'il en est tombé le long du chemin où elle a été foulée aux pieds ou dévorée par les oiseaux du. ciel, soit parce qu'il y en a eu d'étouffée sous les pierres dans des épines, ou par divers accidens; tandis que ce qui a été livré à une bonne terre produit une abondante récolte. Je remarquerai en peu de mots et clairement ce que signifient ces choses: la semence est la parole de Dieu, le laboureur est Jésus-Christ, les oiseaux sont les démons; le chemin est cette ame perverse qui est brisée et desséchée par la continuelle circulation des mauvaises pensées; la pierre représente la dureté d'une ame criminelle; la terre est la bonté d'une ame obéissante; le soleil est le feu de la persécution en fureur; les épines sont les cœurs tourmentés du desir des richesses; le bon terrain est l'ame dévote et fidèle qui rend au centuple, au soixantième et au trentième. En effet, celui-là produit des fruits au centuple qui fait tout dans l'espoir de l'éternité; au soixantième, si ses œuvres sont perfectionnées par la doctrine, à cause des nombres six et dix, et trente pour un, si cette doctrine est accompagnée de la foi, à cause des nombres trois et dix. On peut encore donner une autre explication: le cent pour un des fruits rappelle les vierges et les martyrs, soit à cause de l'association de la vie, soit par rapport au mépris de la mort; le soixantième est relatif aux veuves à cause du calme intérieur, parce qu'elles n'ont point à combattre contre les habitudes de la chair: c'est le repos qu'on a coutume d'accorder aux sexagénaires après leurs combats; quant au trentième il regarde les militaires, parce que c'est l'âge de combattre. Ensuite le prophète véridique raconta aux assistans plusieurs autres paraboles du bon grain semé et de l'ivraie, de la graine de senevé, et du levain que la femme ensevelit dans trois mesures de farine jusqu'à leur complète fermentation. Le Sauveur assis dans sa barque ressemblait à un riche maître de maison qui présente à ses convives des mets de différente espèce, afin que chacun puisse choisir ceux qui conviennent à la nature de son estomac; c'est ainsi que ces diverses paraboles étaient propres à satisfaire les différentes intelligences des auditeurs.

Ayant congédié l'assistance, il se retira chez lui et donna à ses disciples qui l'interrogeaient l'explication de la parabole de l'ivraie.

Il ajouta celles du trésor caché dans un champ, du marchand et des perlés, des filets jetés dans la mer, et il exposa ce qu'elles figuraient.

Il retourna ensuite dans sa patrie, et donna, dans les synagogues, de si belles instructions que tout le monde l'admirait.

Sur l'invitation d'un Pharisien, le Sauveur alla manger chez lui. Alors une femme, qui avait été pécheresse, se jeta à ses pieds qu'elle baigna de larmes, les essuya avec ses cheveux, et y répandit des parfums. Dans sa pénitence, cette pieuse femme consacra à Dieu les choses dont auparavant elle s'était servie mal à propos pour pécher. Autant elle avait possédé en elle-même de moyens de plaisir, autant elle y trouva de sujets de sacrifice. Le Pharisien, enflé d'une fausse justice, se permit de blâmer la malade de son infirmité et le médecin de son assistance. Jésus lui répondit par la parabole des deux débiteurs, et cet homme fut convaincu par son propre jugement, comme le frénétique qui porte la corde avec laquelle on doit l'attacher. Ainsi les mérites de la pécheresse pénitente furent énumérés, et les erreurs du faux juste furent redressées par le juge aux yeux duquel les choses les plus secrètes sont mises à nu; ainsi Jésus remit à Madeleine tous ses péchés, parce que, suivant lui, elle avait beaucoup aimé. «Votre foi, dit-il, vous a sauvée; allez en paix!»

Le Seigneur continuant de prêcher au milieu de ses disciples, plusieurs femmes les suivaient et leur rendaient service selon leurs facultés, telles que Marie, surnommée Madeleine, Jeanne, femme de Chuza, intendant de la maison d'Hérode, Suzanne, et plusieurs autres qui avaient reçu l'inspiration divine. C'était l'usage chez les Hébreux, et, d'après les coutumes anciennes de la nation, il était permis aux femmes de fournir à ceux qui les enseignaient la nourriture et l'habillement; mais comme il en pouvait résulter du scandale pour les autres nations, Paul raconte qu'il renonça à cet avantage. Suzanne signifie lis, Jeanne, seigneur gracieux ou miséricordieux, Marie, onde amère, Madeleine, tour. Il est évident, par l'interprétation de leurs noms, que les servantes du Seigneur sont décorées par lui des prérogatives de mérites infinis.

Le jour de la fête des Juifs, Jésus monta à Jérusalem. Il y guérit, auprès de la piscine probatique, que l'on appelle en hébreu Bethsaïde, un homme qui était malade depuis trente-huit ans. C'est là que les prêtres lavaient les chairs des victimes dont ils faisaient, d'après la loi, le sacrifice à Dieu. Cette piscine avait cinq portiques sous lesquels étaient étendus une grande multitude d'infirmes, aveugles, boiteux, paralytiques, qui attendaient le mouvement de l'eau. Effectivement, l'ange du Seigneur descendait dans la piscine et l'eau recevait de l'agitation. Celui qui alors y descendait était aussitôt guéri de quelque infirmité qui l'affligeât.

Au commandement du Christ, cet homme recouvra aussitôt la santé; et, quoique ce fût un jour de sabbat, il s'en alla emportant son lit. C'est pourquoi les Juifs se mirent à murmurer et à blasphémer. Jésus, la sagesse du Père, leur répondit comme il le devait. Ainsi que le rapporte l'Evangéliste Jean, ce grand théologien, les mystères de la divinité de Jésus se manifestèrent en cent occasions, et rendirent un éclatant témoignage de ce qu'il joignait sa lumière à celle de Moïse et à la lampe ardente de Jean.

En ce temps-là, Hérode, tétrarque de Judée, entendit parler de Jésus, et dit à ses enfans: «Jean-Baptiste est ressuscité d'entre les morts, et beaucoup de miracles s'opèrent en lui.» C'est ce qui détermina Hérode à retenir Jean; il le fit charger de chaînes et le mit en prison, sur les instances d'Hérodias qu'il avait enlevée à son frère Philippe et qu'il avait épousée malgré les représentations de ce saint homme. Ce cauteleux adultère voulait faire mourir le héraut de la vérité; mais il redoutait le peuple qui avait pour le prophète de Dieu une grande vénération. Il ne craignait pas moins Jean, qu'il connaissait pour un homme juste et saint; mais l'amour l'emporta au point qu'il méprisa les jugemens de Dieu; et, pour satisfaire les vœux d'une femme adultère, il répandit le sang du saint prophète. Hérode, le jour anniversaire de sa naissance, donna un repas aux princes, aux officiers et aux premiers personnages de la Galilée. A cette fête, la fille d'Hérodias, ayant dansé et excité la satisfaction d'Hérode et de sa cour, elle fit promettre au roi, par serment, qu'il lui accorderait tout ce qu'elle lui demanderait. D'après les inspirations de sa perfide mère, elle exigea qu'on lui présentât dans un plat la tête de Jean-Baptiste. Le criminel prince envoya un de ses gardes à la prison avec ordre de trancher la tête au précurseur de Jésus. On l'apporta bientôt dans un plat à la princesse, pour prix de sa danse, et, dans cette fête impure, on fit ainsi un banquet sanglant. Les disciples de Jean ensevelirent son corps à Samarie, et, étant venus trouver Jésus, lui annoncèrent cet événement.

Ayant appris la mort de son cher Jean-Baptiste, le Sauveur quitta le lieu où il se trouvait, et traversa la mer de Galilée, que l'on appelle aussi le lac de Tibériade. Il se retira dans un lieu désert, non par crainte de la mort, mais pour épargner à ses ennemis le crime de joindre l'homicide à l'homicide, si leur zèle mortel s'irritait de plus en plus à l'aspect de ses miracles fréquens. C'est pourquoi il différa son trépas jusqu'à l'époque de Pâques, et nous donna ainsi l'exemple d'éviter la témérité des traîtres. Ceux qui l'accompagnaient ordinairement ayant appris son départ le suivirent à pied. Jésus voyant cette multitude en eut compassion, et s'empressa de guérir les malades qui s'y trouvaient. Le soir étant venu, il prit cinq pains d'orge et deux poissons, puis élevant les yeux vers le ciel il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour les distribuer au peuple. Il le fit asseoir sur du foin qui se trouvait là. Les apôtres servirent la multitude qui, sans compter les femmes et les enfans, s'élevait à cinq mille personnes, qui toutes mangèrent et furent rassasiées. On remplit des restes du repas douze corbeilles entières. Toutes ces choses sont pleines de mystères. Jésus se retire de la Judée; il passe dans le désert; la foule le suit; dans sa pitié il guérit les malades; il la nourrit des cinq pains d'orge de la loi de Moïse, et des deux poissons des prophètes et des psaumes. Il fit ce miracle le soir qui désigne l'approche de la fin des siècles, lorsque ce soleil de justice devait se coucher sur nous.

Les hommes qui avaient vu faire ce miracle disaient: «Celui-là est véritablement le prophète qui devait venir en ce monde.» Jésus, ayant appris qu'on devait arriver pour l'enlever et le créer roi, ordonna à ses disciples de monter dans une nacelle et de le précéder au-delà du lac; après avoir congédié la multitude, il s'enfuit seul sur une montagne pour y prier. Vers le soir, la nacelle, qui était au large, fut violemment agitée par les flots, et presque toute la nuit les vents contraires s'opposèrent aux efforts des rameurs. A la quatrième veille de la nuit, comme ils étaient environ à la distance de vingt-cinq ou trente stades du rivage, Jésus vint à eux en marchant sur la surface des eaux. Ceux qui le virent furent saisis d'effroi, parce qu'ils le prirent pour un fantôme; aussitôt, entendant leurs cris d'effroi, Jésus leur dit: «C'est moi, ne craignez rien.» Pierre répondit: «Seigneur, s'il en est ainsi, ordonnez que j'aille au-devant de vous sur les flots.» Le Seigneur lui dit: «Viens!» Descendu de la nacelle, Pierre marcha sur l'onde pour parvenir jusqu'à Jésus; mais voyant la violence du vent, il fut saisi de crainte, et comme il commençait à enfoncer, il s'écria: «Seigneur, sauvez-moi.» Aussitôt Jésus étendit la main et saisit l'apôtre qui l'invoquait au moment du danger. «Homme de peu de foi, lui dit-il, pourquoi avez douté?»

Jésus étant monté sur la nacelle le vent cessa tout à coup. Ceux qui furent témoins de ce miracle, adorèrent Jésus et le reconnurent pour le fils de Dieu. Il est à propos de remarquer que Jean rapporte le miracle des pains à l'approche de la fête de Pâques, tandis que Matthieu et Marc le placent aussitôt après la mort de saint Jean-Baptiste. Il en faut conclure que Jean fut décollé peu de temps avant Pâques, et que, l'année suivante, au retour de cette fête, le mystère de la Passion du Sauveur fut accompli.

VI. Sequentia.

Jesus cum discipulis suis in terram Genesareth venit, et ab incolis gratanter susceptus, languidos eorum curavit. Nempe Salvatoris benignitate illecti, in universam regionem miserunt, eique omnes male habentes obtulerunt; eumque, ut vel fimbriam vestimenti ejus tangerent, rogaverunt. Quicunque ergo tetigerunt, salvi facti sunt (Matth. XIV, 34-36; Marc. VI, 55-56) .

Ibi contra Scribas et Pharisaeos, qui de Jerosolymis accesserant, plura protulit, et superstitiosas seniorum traditiones redarguit (Matth. XV, 1-9; Marc. VII, 1-13) .

Turbae in naviculas ascenderunt, et Capharnaum, quaerentes Jesum, venerunt Jerusalem. Quibus ipse dixit: Amen, amen, dico vobis: quaeritis me, non quia vidistis signa, sed quia manducastis ex panibus et saturati estis. Operamini non cibum qui perit, sed qui permanet in vitam aeternam, quem Filius hominis vobis dabit; hunc enim Pater signavit Deus (Joan. VI, 22) . Haec et plura his similia de pane coelesti et vita aeterna docuit in synagoga Capharnaum, quae Judaei non intellexerunt, habentes cor lapideum. Dixerunt ergo: Durus est hic sermo. Plures malitia excaecati murmuraverunt, et scandalizati ab illo recesserunt. Dixit ergo Jesus ad duodecim: Nunquid et vos vultis abire? Respondit Simon Petrus: Domine, ad quem ibimus? verba vitae aeternae habes. Et nos credimus et cognovimus quia tu es Christus Filius Dei (ibid. 61-70) . Post haec ambulabat Jesus in Galilaeam; non enim volebat in Judaeam ire, quia Judaei quaerebant eum interficere.

Tunc, ut symmista Joannes refert, cognati ejus, qui pro ritu Judaico fratres vocabantur, ipsum ad scenophegiam invitaverunt, ut palam sese ostenderet mundo. Illis ascendentibus, qui mundi quaerebant gloriam, ipse mansit in Galilaea. Sed jam die festo mediante, ascendit in templum. Mirantibus cunctis de doctrina ejus, docuit. Pharisaei turbam dissentientem de illo audierunt, et ministros ut eum apprehenderent miserunt. Sed nemo in eum misit manus, quia nondum venerat hora ejus.

In novissimo die magno festivitatis, stabat Jesus et clamabat, dicens: Si quis sitit, veniat ad me et bibat. Qui credit in me, sicut dicit Scriptura, flumina de ventre ejus fluent aquae vivae. Hoc dixit de Spiritu, quem accepturi erant credentes in eum. Nondum enim erat Spiritus datus, quia Jesus nondum fuerat glorificatus.

Cum audissent sermones ejus, quidam dicebant: Hic est vere propheta. Alii dicebant: Hic est Christus. Quidam autem dicebant: Nunquid a Galilaea Christus surgit? Nonne Scriptura dicit: Quia ex semine David, et de Bethleem castello, ubi erat David, venit Christus? Dissensio itaque in turba propter eum facta est. Ministri vero, qui missi a pontificibus et Pharisaeis, ut Jesum comprehenderent, fuerant, auditis sermonibus ejus, obliti sunt propter quod venerant. Redierunt ergo immunes a crimine, pleni admiratione. Atrocibus magistris discutientibus proterve cur eorum clientes vinctum sibi non adduxissent Doctorem vitae, illi coelitus illustrati verax testimonium perhibuerunt Christi doctrinae. Dixerunt enim: Nunquam sic locutus est homo, sicut hic loquitur homo. Quia nimirum ille, qui loquebatur, Deus erat et homo. Superbis principibus veritati nequiter derogantibus, Nicodemus auctoritate legis compescuit eorum nefarios ausus. Denique nullo perfecto negotio, vacui fide et omni fraudati utilitate, suos lares repetierunt (Joan. VII, 1-53) .

Jesus inde in montem Oliveti perrexit, iterumque diluculo in templum venit. Ibi Domino sedente et docente, omnis populus ad eum venit, et adductam mulierem in adulterio deprehensam justitia condemnavit, sed dulcedine pietatis suae absolvit (Joan. VIII, 1-4) . Pharisaica fraus muscipulam Christo praestruere putavit, dum opinionem ejus erga plebem offuscare tentavit, et ipsum aut crudelem aut injustum probabiliter ostentare sategit. Nam si ream juxta decretum Moysi condemnasset, quasi saevum et oblitum misericordiae quam praedicabat, derisisset; et sic odiosum turbis, a quibus diligebatur, faceret. Si vero moecham pro clementia lapidari prohibuisset, quasi legis adversarium et fautorem scelerum condemnasset. Vera Sophia velut araneae fila dolos sceleratorum disrupit et, regia dignitate utrobique servata, absque impedimento pertransiit. Ait enim: Qui sine peccato est vestrum, primus in illam lapidem mittat (ibid. 7) . In primo commate temperantia est miserantis, in sequenti justitia judicantis. Inclinans se deorsum, digito scribebat in terram, ancipitique verbi sui gladio penetravit insidiatorum conscientiam. Sic servavit ecce per omnia et justitiae districtionem et pietatis mansuetudinem. Tandem fraudulenti quaesitores Domini sententia percussi erubuerunt, moecham reliquerunt et incipientes a senioribus exierunt. Deinde summus Judex sibi derelictam, quae accusabatur, clementer sublevavit. Vade, inquit, et amplius noli peccare (ibid. 11) . Ecce tanquam pius praeterita peccata ignoscit, et quasi justus, ne amplius peccare praesumat, interdicit. In gazophylacio Jesus plurima locutus est de vera luce et libertate, de exaltatione sui et de servitio peccati, de mendacio et veritate. Insanientes pro bonis a Christo benedictis responderunt Judaei: Samaritanus es et daemonium habes (ibid. 48) . Injuriatus patienter respondit, humiliter docuit et divina salvandis protulit. Porro magis efferati ad lapides cucurrerunt, ac ut in eum jacerent tulerunt. Jesus autem abscondit se et exivit de templo (ibid. 59) .

Praeteriens, hominem a nativitate caecum vidit, in terram exspuit, lutum ex sputo fecit, et super oculos ejus livit, eique dixit: Vade, lava in natatoria Siloe. Abiit ergo et lavit, et venit videns (Joan. IX, 1-7) . Hoc Sabbato factum est, unde inter Judaeos ingens schisma exortum est. Illuminatus illuminatori suo testimonium perhibens, de synagoga ejectus est; sed ab illo, quem merito amabat, cognitus et receptus est. Tunc Jesus tractavit de ostio et ovili et ovibus, de bono pastore et mercenario. Verba ejus multi susceperunt, et plures econtra perperam respuerunt (Joan. X, 21) .

Egressus inde Jesus secessit in partes Tyri et Sidonis, ibique a muliere Chananaea interpellatus est pro filia daemoniaca, precibus multis. A discipulis etiam rogatus, post aliquantulam difficultatem acquievit; et, laudata matris fide et humilitate, filiam a daemonio liberavit (Matth. XV, 21-28; Marc. VII, 24-30) .

Exiens de finibus Tyri, metropolis Chananaeorum, venit per Sidonem Phoenicis urbem ad mare Galilaeae, inter medios fines Decapoleos. Ibi surdum et mutum de turba seorsum apprehendit, digitos que suos in auriculas ejus misit; et exspuens, linguam ejus tetigit. Suspiciens autem in coelum, ingemuit et ait illi: Ephpheta, quod est adaperire. Statim apertae sunt aures ejus et solutum est vinculum linguae ejus et loquebatur recte. Et mirati sunt qui noverunt, dicentes: Bene omnia fecit; et surdos fecit audire, et mutos loqui (Marc. VII, 31-37) .

Secus mare Galilaeae veniens, in montem ascendit et multas turbas ad eum accedentes docuit. Ibi mutos et claudos, caecos, debiles et alios multos ad pedes ejus projectos curavit; ita ut turbae mirarentur, dum viderent mutos loqui, claudos ambulare et caecos videre (Matth. XV, 29-31) .

Haec similiter in sancta Ecclesia Dominus spiritualiter operatur, cujus ope turba peccatorum quotidie salvatur. Muti sunt qui Dominum non laudant, nec fidem confitentur. Caeci sunt qui non intelligunt, etiamsi obtemperent jubentibus. Surdi sunt qui non obtemperant, etiamsi intelligant. Claudi sunt qui praecepta non implent divina, et vadunt per pravi operis devia. Tales quotidie divinitus sanantur, ac ad viam salutis perducuntur.

 Timentes Dominum, qui signa corporalia videbant, laeti regem sabaoth magnificabant. Nunc quoque pro conversione reorum fideles exsultant, et Dominum Israel, qui bona cuncta facit, pie magnificant.

 

Jésus se rendit avec ses disciples dans le pays de Gennésareth; il y reçut de la part des habitans un accueil gracieux, et il y guérit leurs malades. Charmés de la bonté du Seigneur, ils envoyèrent dans tout le pays chercher les malades qu'ils lui présentèrent. Ils le prièrent de permettre qu'ils pussent toucher au moins le bord de son vêtement. Tous ceux qui y mirent la main furent guéris.

C'est là qu'il eut beaucoup de discussions à soutenir contre les Scribes et les Pharisiens qui étaient accourus de Jérusalem, et qu'il réfuta les traditions superstitieuses des vieillards.

La multitude monta dans des barques, et, en se rendant à Capharnaùm, découvrit Jésus-Christ. Il parla en ces termes: «En vérité, en vérité, je vous le dis: vous me recherchez non pas parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains qui vous ont rassasiés. Préparons une nourriture qui ne soit pas périssable, mais qui subsiste jusqu'à la vie éternelle que le fils de l'homme vous procurera.» Ce fut dans la synagogue de Capharnaüm qu'il enseigna, sur le pain céleste et la vie éternelle, ces choses et plusieurs autres semblables, qui ne furent pas comprises des Juifs, parce qu'ils avaient un cœur de pierre. Ils dirent donc: «ce discours est plein de dureté!» Plusieurs, aveuglés par la perversité, se mirent à murmurer, et se retirèrent scandalisés. Jésus s'adressant aux douze apôtres: «Et vous aussi, dit-il, est-ce que vous voulez me quitter?» Simon-Pierre répondit: «Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Vous possédez les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, nous sommes convaincus que vous êtes le Christ fils de Dieu.» Jésus voyagea ensuite dans la Galilée, car il ne voulait pas aller en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le mettre à mort.

Alors, comme le rapporte l'évangéliste Jean, les cousins de Jésus, que, suivant l'usage des Hébreux, on appelle ses frères, l'invitèrent à la fête des tabernacles afin qu'il se montrât en public. Tandis que recherchant une gloire mondaine, ils se mettaient en route, le Sauveur resta en Galilée, mais il se rendit au temple vers le milieu de la fête; il y enseigna sa doctrine, à la grande admiration de tout le monde. Les Pharisiens, ayant entendu la multitude partagée dans son opinion sur le compte de Jésus, envoyèrent des hommes pour le saisir; mais personne n'osa le toucher parce que son heure n'était pas encore venue.

Le dernier jour de la fête, Jésus dit à haute voix: «Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit en moi, comme le rapporte l'Ecriture, verra couler de son sein des rivières d'eau vive.» C'est ainsi qu'il s'exprimait sur l'esprit que devaient recevoir les hommes qui reconnaissaient sa mission. En effet, l'esprit ne leur était pas encore donné, parce que Jésus n'avait, pas encore été glorifié.

Quelques personnes ayant entendu ces discours disaient: «Il est vraiment prophète.» D'autres s'exprimaient ainsi: «Cet homme est le Christ.» D'autres ajoutaient: «Est-ce que le Christ sort de Galilée? L'Ecriture ne dit-elle pas qu'il naîtra du sang de David?» En effet c'est de Bethléem, où David habitait, que le Christ est venu. Il s'éleva à ce sujet une vive discussion parmi le peuple. Les hommes qui avaient été envoyés par les pontifes et les Pharisiens pour se saisir de Jésus se trouvaient là; mais ayant entendu ses discours, ils oublièrent le sujet de leur mission, et s'en retournèrent exempts de crime et pleins d'admiration. Inspirés de Dieu, ces hommes rendirent un témoignage sincère de la doctrine du Christ, en présence des magistrats atroces qui avaient l'insolence de demander pourquoi leurs officiers ne leur avaient pas amené enchaîné le docteur de la vie. Ces officiers répondirent: «Aucun homme n'a jamais parlé comme parle cet homme.» En effet, celui qui enseignait était Dieu et homme tout à la fois. Tandis que ces princes superbes cherchaient méchamment à étouffer la vérité, Nicodème, par l'autorité de la loi, arrêta leurs criminels efforts. Enfin, n'ayant pu rien terminer, privés de la foi et déçus dans l'espoir du succès, ils retournèrent chez eux.

De là Jésus prit la route de la montagne des Oliviers, et dès la pointe du jour entra de nouveau dans le temple. Là le Seigneur s'étant assis et ayant commencé ses instructions, tout le peuple vint à lui et condamna, d'après les lois de l'équité, une femme surprise en adultère qu'on lui avait amenée; mais la douceur de ses vertus la lui fit absoudre. C'était une fraude des Pharisiens, qui crurent tendre un piége au Christ en essayant de compromettre sa popularité et de le montrer, sans nul doute, soit cruel, soit injuste. En effet, s'il l'eût condamnée d'après les lois de Moïse, on l'eût taxé de cruauté, comme s'écartant de la miséricorde qu'il prêchait; et alors il fût devenu odieux au peuple dont il était chéri. Si au contraire il eût empêché par clémence de lapider l'adultère, on l'eût accusé d'être l'ennemi de la loi et le fauteur des crimes. Sa prudence parfaite rompit comme des toiles d'araignée les piéges des méchans, et conserva sans tache et sans hésitation sa dignité céleste. Alors il dit: «Que celui de vous qui est exempt de péché jette le premier la pierre à cette femme.» On remarque dans la première partie de ce discours toute la modération de la pitié, dans la dernière toute l'équité d'un juge. Il se pencha vers la terre et y traça quelques mots avec son doigt. C'est ainsi que par le double glaive de la parole, il se fit jour dans la conscience de ceux qui lui tendaient des piéges; c'est ainsi qu'en toutes choses il sut conserver la sévérité de la justice et la mansuétude de la commisération. Enfin les ennemis perfides du Sauveur, frappés du jugement qu'il avait prononcé, rougirent de leur tentative, relâchèrent la femme adultère et sortirent confondus du cercle des vieillards. Alors le juge suprême releva avec clémence cette malheureuse qui avait été accusée: «Allez, lui dit-il, et désormais ne péchez plus.» Voilà comme par pitié il pardonne les péchés passés, et comme par équité il défend de retomber en faute. S'étant placé près du trésor du temple, Jésus parla long-temps sur la vraie lumière et la liberté, sur son exaltation, sur l'esclavage du péché, sur la vérité et sur le mensonge. Quelques Juifs dirent follement à Jésus-Christ: «Vous êtes Samaritain et possédé du démon.» Malgré ces injures, il répondit avec patience, continua d'enseigner avec humilité et présenta divinement à l'assistance les moyens du salut. Cependant, devenant de plus en plus furieux, ses ennemis coururent se saisir de pierres et les apportèrent pour les lui lancer; mais Jésus se cacha et sortit du temple.

A son passage, il rencontra un aveugle-né; il cracha à terre, fit de sa salive un peu de boue, en frotta les yeux de cet homme, et lui dit: «Allez, et lavez-vous dans la piscine de Siloë.» C'est ce qu'il fit, et il revint jouissant parfaitement du sens de la vue. Cet événement eut lieu un jour de sabbat: il en résulta parmi les Juifs un grand trouble. L'aveugle, rendu à la lumière, rendant témoignage à son bienfaiteur, fut chassé de la synagogue; mais il fut bien accueilli et bien vu par celui qu'il avait tant de raison d'aimer. Alors Jésus parla du bercail et des brebis, du bon pasteur et du mercenaire. Beaucoup de personnes approuvèrent ses paroles, tandis que plusieurs autres les prirent en mauvaise part.

Après son départ de ce lieu, Jésus passa dans le pays de Tyr et de Sidon. C'est là qu'il fut supplié à force de prières, par une Chananéenne, de guérir sa fille qui était au pouvoir du diable. Pressé en même temps par ses disciples, il fit quelques difficultés pour consentir à cette demande; enfin, ayant donné de justes éloges à la foi et à l'humilité de la mère, il délivra la fille de la possession du démon.

En sortant du territoire de Tyr, métropole des Chananéens, il passa par Sidon, ville de Phénicie, pour se rendre vers la mer de Galilée, au milieu de la Décapole. Là il tira de la foule un sourd-muet; il lui mit les doigts dans les oreilles; après avoir craché, il lui toucha la langue; regardant alors vers le ciel, il se mit à gémir et lui dit: «Epheta;» mot qui signifie ouvrir. Soudain ses oreilles furent ouvertes, le lien de sa langue se détacha, et il parla très-correctement. Ceux qui eurent connaissance de ce miracle furent saisis d'admiration, et dirent: «Tout ce qu'il fait et tout ce qu'il a fait est bien: il fait entendre les sourds et parler les muets.»

Lorsqu'il fut arrivé sur les bords de la mer de Galilée, il gravit une montagne et y donna l'instruction à une nombreuse assistance qui y était accourue. Il y guérit des muets, des boiteux, des aveugles, des impotens et un grand nombre d'autres affligés qui s'étaient prosternés à ses pieds; et chacun était plongé dans l'étonnement en contemplant tant de muets qui parlaient nettement, de boiteux qui marchaient droit, et d'aveugles qui voyaient clair.

C'est ainsi que, dans la sainte Eglise, s'opèrent spirituellement tant de merveilles par la bonté du Seigneur, dont l'assistance sauve tous les jours la foule des pécheurs. Il y en a beaucoup qui ne le louent pas et qui manquent de foi. Les aveugles sont ceux qui ne comprennent pas, même en obtempérant à ses inspirations; ceux-là sont sourds qui, tout en comprenant, n'obtempèrent pas. On doit considérer comme boiteux ceux qui n'accomplissent pas les préceptes divins, et marchent dans la fausse route des mauvaises œuvres. Journellement de tels hommes sont guéris par l'assistance de Dieu et conduits dans la voie du salut.

Ceux qui, remplis de la crainte du Seigneur, voyaient ces signes corporels, glorifiaient, dans leur allégresse, le Christ, qu'ils appelaient le roi Sabaoth: maintenant aussi les fidèles se réjouissent de la conversion des pécheurs, et glorifient pieusement le Seigneur, Dieu d'Israël, qui ne fait que de bonnes choses.

VII. Sequentia miraculorum. Transfiguratio.

Jesus, convocatis discipulis suis, dixit: Misereor turbae, quia triduo jam perseverant mecum, et non habent quod manducent; et dimittere eos jejunos nolo, ne deficiant in via. Deinde praecepit turbae super terram discumbere, septem panes ac pisciculos paucos accepit, gratias egit, fregit, discipulisque suis dedit. Discipuli autem populo dederunt, et comederunt omnes, et saturati sunt. Quod superfuit de fragmentis, tulerunt septem sportas plenas. Erant autem, qui manducaverunt, quatuor millia virorum, extra parvulos et mulieres. Et dimissa turba, in naviculam ascendit, et in fines Magedam vel Dalmanutha circa Genesar venit (ibid. 32-39; Marc. VIII, 1-10) . Illic Sadducaei et Pharisaei eum tentaverunt, ac ut eis de coelo signum ostenderet rogaverunt, parvipendentes quod de septem panibus quatuor millia hominum paverit, et reliquiis septem sportas repleverit. At ille proterviam eorum redarguit, eisque signum, nisi signum Jonae prophetae, denegavit, et relictis illis navem ascendit et trans fretum abiit (Matth. XVI, 12; Marc. VIII, 11-21) . Bethsaidae rogatus est ut caecum tangeret. Ille vero manum caeci apprehendit, eum extra vicum eduxit; et, exspuens in oculos ejus, manus suas imposuit; et ab eo, si aliquid videret, interrogavit. At ille ait: Video homines quasi arbores ambulantes. Iterum manus super oculos ejus imposuit. Ille coepit videre et restitutus est, ita ut clare videret omnia. Tunc ait illi: Vade in domum tuam, et, si in vicum introieris, nemini dixeris (Marc. VIII, 22-26) . Egressus Jesus, in castella Caesareae Philippi venit, et a discipulis suis in via, quid homines opinarentur de illo interrogavit. At illi dixerunt: Alii Joannem Baptistam, alii Eliam, alii Jeremiam, aut unum ex prophetis. Dicit illis Jesus: Vos autem, quem me esse dicitis? Respondens Simon Petrus dixit: Tu es Christus, Filius Dei vivi. Respondens autem Jesus, dixit ei: Beatus es, Simon Barjona, quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus qui in coelis est. Et ego dico tibi quia tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam; et portae inferi non praevalebunt adversus eam. Et tibi dabo claves regni coelorum, et quodcunque ligaveris super terram, erit ligatum et in coelis; et quodcunque solveris super terram, erit solutum et in coelis (Matth. XVI, 13-19; Marc. VIII, 27-29; Luc. IX, 18-20) . Tunc praecepit discipulis suis ut nemini dicerent quia ipse esset Jesus Christus. Exinde coepit Jesus ostendere discipulis suis quia oporteret eum ire Jerosolymam, et multa pati a senioribus et Scribis et principibus sacerdotum, et occidi et tertia die resurgere. Assumens eum Petrus separatim, coepit illum affectu amoris increpare, dicens: Absit a te, Domine! non erit tibi hoc. Qui conversus, dixit Petro: Vade retro me, Satana. Scandalum mihi es, quia non sapis ea quae Dei sunt, sed quae hominum. Postquam Dominus mysterium suae passionis et resurrectionis ostendit, hortatur eos una cum turba ad sequendum suae passionis exemplum, promittens quod perpessos comitetur praemium (Matth. XVI, 20-28; Marc. VIII, 30-39; Luc. IX, 21-27) . Post dies sex, assumpsit Petrum et Jacobum et Joannem fratrem ejus, et duxit illos in montem excelsum seorsum, et transfiguratus est ante eos.

Et resplenduit facies ejus sicut sol, vestimenta autem ejus facta sunt alba sicut nix. Et ecce apparuerunt illis Moyses et Elias, cum eo loquentes; et ecce nubes lucida obumbravit eos. Et ecce vox de nube, dicens: Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui; ipsum audite. Audientes discipuli ceciderunt in faciem suam et timuerunt valde. Et accessit Jesus et tetigit eos, dixitque ad eos: Surgite, et nolite timere. Levantes autem oculos suos, neminem viderunt nisi solum Jesum. Et descendentibus illis de monte praecepit Jesus, dicens: Nemini dixeritis visionem, donec Filius hominis a mortuis resurgat. Tunc inquirentibus discipulis dixit quod Elias venisset. Et intellexerunt quod ille de Joanne Baptista dixisset. In sequenti die, cum ad turbam venisset, confestim omnis populus videns eum stupefactus est et accurrentes salutabant eum. Tunc quidam de turba ad eum accessit, et ante eum genibus provolutus dixit: Domine, miserere filio meo, quia lunaticus est ab infantia et male patitur. Frequenter eum daemon in ignem et in aquas misit, ut illum perderet; et discipulis tuis obtuli eum et non potuerunt curare eum. Cumque Jesus illum afferri jussisset, et aeger allatus fuisset, statim spiritus conturbavit eum et elisus in terra volutabatur spumans. Cumque Jesus daemonium increpasset, et exire ab eo, nec amplius introire jussisset, daemon clamans, multumque discerpens eum, exit. Et ille elisus ad terram corruit, ita ut multi dicerent quia mortuus est. Jesus autem tenens manum ejus, elevavit, patrique suo sanum reddidit. Deinde discipulis secreto interrogantibus cur non potuissent curare illum, dixit: Propter incredulitatem vestram. Amen dico vobis: si habueritis fidem sicut granum sinapis, dicetis monti huic: Transi hinc; et transibit, et nihil impossibile erit vobis; hoc autem genus non ejicitur nisi per orationem et jejunium. Conversantibus illis in Galilaea, dixit: Filius hominis tradendus est in manus hominum et occident eum et tertia die resurget. Et contristati sunt vehementer (Matth. XVII, 1-22; Marc. IX, 1-26; Luc. IX, 28-47) . Et cum venissent Capharnaum, accesserunt qui didrachma accipiebant, ad Petrum, dicentes: Magister vester non solvit didrachma? At ille ait: Etiam. Cum intrasset domum, praevenit eum Jesus, dicens: Reges terrae, a quibus accipiunt tributum? a filiis an ab alienis? At ille: Ab alienis. Christus et secundum carnem, et secundum spiritum filius regis erat, vel ex stirpe David genitus, vel omnipotentis Patris Verbum. Vectigal ergo, ut filius regis, non debebat, sed qui humilitatem carnis assumpserat, omnem justitiam adimplere volebat. In omni regno intelligendum est liberos esse filios, non vectigales. Dixit Jesus Petro: Liberi sunt filii. Sed ne scandalizemus eos, vade ad mare et mitte hamum; et eum piscem, qui primus ascenderit, tolle; et aperto ore ejus, invenies staterem; illum sumens, da eis pro me et te (Matth. XVII, 23-26) . Piscis iste Christus est in mari, id est in vita mortali. Stater, id est didrachma, significat confessionem, quae pro Petro datur quasi pro peccatore, pro Christo vero quasi pro Agno immaculato, qui peccatum non fecit.

Orta inter apostolos quaestione quis eorum major esset in regno coelorum, advocans Jesus parvulum, statuit eum in medio eorum: Amen dico vobis, nisi conversi fueritis et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum coelorum. Quicunque ergo humiliaverit se sicut parvulus iste, hic est major in regno coelorum, et reliqua, quae locutus est de humilitate et mansuetudine, de cavendis pusillorum scandalis et fratribus benigne castigandis. Deinde de indulgentia fraterna tractavit, et parabolam de rege proposuit, qui servo supplicanti decem millia talenta indulsit, et de eodem servo qui centum denarios conservo suo condonare noluit (Matth. XVIII, 1-35; Marc. IX, 32-49; Luc. IX, 46-48) .

Consummatis sermonibus post tributum, de humilitate commendanda et innocentia, de correctione et venia, pius doctor a Galilaea migravit et in fines Judaeae trans Jordanem venit. Ibi sequentes turbas curavit (Matth. XIX, 1, 2) .

Interrogantibus Pharisaeis si licet viro uxorem dimittere, firmam legem conjugii protulit, dicens: Quod Deus conjunxit, homo non separet (Matth. XIX, 6; Marc. X, 9) . Tunc oblati sunt ei parvuli, ut manus eis imponeret et oraret. Discipuli autem comminabantur offerentibus. Jesus vero indigne ferens ait: Sinite parvulos venire ad me et nolite eos prohibere; talium est enim regnum coelorum (Matth. XIX, 13-15; Marc. X, 13-16; Luc. XVIII, 15-17) . Genu flexo adolescenti, viam salutis aeternae quaerenti, postquam praecepta legis intimarat, adjecit: Si vis perfectus esse, vade, vende quae habes et da pauperibus, et habebis thesaurum in coelo; et veni, sequere me. Ille autem his auditis, quia multas habebat possessiones, abiit tristis. Tunc dixit Jesus: Amen dico vobis quia dives difficile intrabit in regnum coelorum. Facilius est camelum per foramen acus transire, quam divitem intrare in regnum coelorum (Matth. XIX, 16-24; Marc. X, 17-25; Luc. XVIII, 18-25) .

Petrus, audita spontaneae paupertatis laude, dulciter exhilaratus ait ad Dominum: Ecce nos reliquimus omnia, et secuti sumus te. Quid ergo erit nobis? Jesus autem dixit eis: Amen dico vobis quod vos, qui secuti estis me, in regeneratione cum sederit Filius hominis in sede majestatis suae, sedebitis et vos super sedes duodecim judicantes duodecim tribus Israel. Et omnis qui reliquerit domum, vel fratres, aut sorores, aut patrem, aut matrem, aut uxorem, aut filios, aut agros propter nomen meum, centuplum accipiet et vitam aeternam possidebit. Multi autem erunt primi novissimi et novissimi primi (Matth. XIX, 25-30; Marc. X, 26-31; Luc. XVIII, 26-30) .

Deinde parabolam proposuit de patrefamilias, qui conduxit operarios in vineam suam diversis horis, et aequalem mercedem unius denarii dedit unicuique, incipiens a novissimis usque ad primos (Matth. XX, 1-16) . Varietates horarum typice intelliguntur secundum aetates labentis saeculi. Mane primo laboravit Abel, tertia Noe, sexta Abraham, nona legislator Moyses. Undecima hora Christus venit, et gentiles populos, cur in foro hujus mundi otio vacarent, redarguit; et per fidem in Ecclesiae suae vinea operari praecepit. Aliter etiam possunt diversitates horarum ad unumquemque distingui per momenta aetatum. Mane, pueritia est; tertia, adolescentia; sexta, juventus; nona, senectus; undecima est decrepita aetas, vel veterana. In his omnibus aliqui ad conversionem perducuntur, et denario perennis vitae remunerantur.

De similitudine hac modernus versificator sic ait:

Vinea culta fuit; cultores praemia quaerunt.
Non labor aequalis, aequalia dona fuerunt.
Qui venit extremus, dispensatore vocante,
Tantumdem recipit quantum qui venerat ante.
Sic Deus ostendit quod, quandocunque velimus,
Aggrediamur opus, certi de munere sumus.

 

Jésus ayant convoqué ses disciples leur dit: «J'ai pitié de cette multitude, qui depuis trois jours continue de m'accompagner, et qui n'a rien à manger; je ne veux pourtant pas la renvoyer à jeun de peur que dans la route elle ne tombe en défaillance.» Il ordonna ensuite à l'assistance de s'asseoir à terre; il reçut des mains de ses disciples sept pains et quelques petits poissons, rendit grâces à Dieu, les rompit, et les leur rendit pour qu'ils en fissent la distribution au peuple assemblé. Tout le monde en mangea et fut rassasié. Les morceaux qui restaient suffirent pour remplir sept corbeilles. Le nombre des personnes qui prirent part à ce repas fut, sans compter les enfans et les femmes, de quatre mille hommes. Ayant renvoyé la multitude, Jésus monta dans une nacelle, et se rendit dans le pays de Magédan ou d'Almanatha, aux environs de Gennésareth. Là, les Sadducéens et les Pharisiens le tentèrent, et le prièrent de leur faire voir un signe céleste; comptant sans doute pour peu de chose celui des sept pains qui avaient suffi à la nourriture de quatre mille hommes, et des sept corbeilles remplies encore des restes du repas. Jésus repoussa leur insolence, et leur refusa tout autre signe que celui du prophète Jonas. Après les avoir quittés, il remonta dans sa barque et traversa la mer. Il fut prié à Bethsaïde de toucher un aveugle. Il prit cet homme par la main et le conduisit hors de la ville, et, lui ayant craché sur les yeux, il lui fit l'imposition des mains. Ensuite il lui demanda s'il voyait quelque chose. Cet homme répondit: «Je vois les hommes comme des arbres qui marchent.» Après une seconde imposition des mains sur les yeux, l'aveugle commença à voir et fut guéri, au point qu'il discernait toutes choses très-clairement. Alors Jésus lui dit: «Allez chez vous, et, si vous entrez dans la ville, ne parlez à personne de ce qui vous est arrivé.» Après son départ de ce lieu, il se rendit à Césarée de Philippe, et, chemin faisant, demanda à ses disciples ce que les hommes pensaient de lui. Ils lui dirent: «Les uns vous croient Jean-Baptiste, les autres Élie, quelques-uns Jérémie ou quelqu'un des prophètes.» Jésus ajouta: «Et vous, qui croyez-vous que je sois?» Simon-Pierre, prenant la parole, répondit: «Vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant.» Alors Jésus lui fit cette réponse: «Vous êtes bienheureux, Simon Barjône, parce que ce n'est ni la chair ni le sang qui vous a fait cette révélation, mais mon père qui est dans les cieux. Je vous dis que vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle, et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux; et tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans les cieux aussi, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera dans les cieux délié également.» C'est alors qu'il défendit à ses disciples de dire, à qui que ce fût, qu'il était Jésus-Christ. Il commença à leur faire connaître qu'il devait aller à Jérusalem, qu'il y aurait beaucoup à souffrir de la part des vieillards, des Scribes et des princes des prêtres, qu'il y serait mis à mort et qu'il y ressusciterait le troisième jour. Pierre, le tirant à l'écart, commença par excès d'amour aie blâmer, en disant: «Seigneur, loin de vous cette pensée! cela ne vous arrivera pas.» Le Christ, s'étant retourné, dit à Pierre: «Retire-toi d'ici, Satan! tu m'es un objet de scandale, puisque tu ne sais pas discerner les choses de Dieu d'avec celles des hommes.» Après que le Seigneur eut fait connaître le mystère de sa Passion et de sa Résurrection, il exhorta ses disciples, ainsi que la multitude, à suivre l'exemple de la Passion, et leur promit que leurs souffrances recevraient une récompense légitime. Six jours après, il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère; il les conduisit sur une haute montagne. Sa face alors devint resplendissante comme le soleil, et ses vêtemens parurent blancs comme la neige.

Tout à coup apparurent devant eux Moïse et Elie, qui s'entretinrent avec le Sauveur. Aussitôt une nuée brillante les couvrit. Une voix se fit entendre du sein du nuage, et proféra ces paroles: «Voici mon fils bien-aimé, dans lequel j'ai placé mon affection; écoutez-le.» A ces mots, les disciples tombèrent la face contre terre, et furent saisis d'une grande terreur. Jésus s'approcha, les toucha, et leur dit: «Levez-vous, et n'ayez aucune crainte.» Ayant levé les yeux, ils ne virent personne, excepté Jésus-Christ. Il leur dit en descendant de la montagne: «Ne faites a part de votre vision à qui que ce soit, jusqu'à ce que le fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts.» Alors il répondit à ses disciples qui le questionnaient sur la venue d'Elie: ils comprirent que c'était de Jean-Baptiste qu'il leur avait parlé. Le lendemain, le Sauveur s'étant rendu auprès de la multitude, tout le peuple en le voyant fut saisi d'étonnement, et chacun accourait pour le saluer. Alors un homme du peuple s'approcha de lui, et s'étant jeté à ses genoux, lui dit: «Seigneur, ayez pitié de mon fils, qui est lunatique depuis l'enfance, et qui souffre beaucoup. Le démon l'a plongé souvent dans le feu et dans l'eau pour le perdre. Je l'ai présenté à vos disciples, et ils n'ont pu le guérir.» Jésus ayant ordonné qu'on lui apportât le malade, il lui fut présenté. Aussitôt cet infortuné fut troublé par son esprit, et, tombé à terre, il s'y roulait couvert d'écume. Jésus s'adressa au démon, et lui ordonna de sortir du corps du possédé et de n'y plus rentrer désormais. Le démon sortit en criant et en faisant beaucoup souffrir le malade, qui tomba à terre tout suffoqué, ce qui fit croire à beaucoup de monde qu'il était mort. Mais Jésus, lui tenant la main, le releva et le rendit sain et sauf à son père; puis il dit à ses disciples, qui lui demandaient secrètement pourquoi ils n'avaient pu opérer la même cure: «C'est à cause de votre incrédulité. En vérité, je vous le dis, si vous aviez de la foi autant qu'est gros un grain de senevé, vous diriez à cette montagne, passe d'ici là; et elle passerait; et rien ne vous serait impossible. D'ailleurs cette sorte de démons ne peut être chassée que par la prière et le jeûne.» Pendant qu'ils étaient dans la Galilée, Jésus leur dit: «Le fils de l'homme sera livré aux mains des hommes; ils le mettront à mort, et le troisième jour il ressuscitera.» Ces paroles les attristèrent vivement. Lorsqu'ils furent parvenus à Capharnaüm, les percepteurs du tribut de deux drachmes dirent à Pierre: «Votre maître ne paie-t-il pas le tribut?» Pierre répondit: «Oui.» Etant entré dans la maison, Jésus le prévint en disant: «De qui les rois de la terre reçoivent-ils les impôts? est-ce de leurs enfans ou bien des étrangers?» Pierre répondit: «C'est des étrangers.» Selon la chair et selon l'esprit, Jésus était fils de roi, soit comme issu de la race de David, soit comme Verbe du Père tout-puissant. Ainsi, comme fils de roi, il ne devait pas le tribut; mais celui qui avait revêtu l'humilité de la chair voulait accomplir toute justice. Il est évident que, dans tout état, les enfans sont exempts et non tributaires. Jésus dit à Pierre: «A la vérité, les enfans sont exempts du tribut; mais il ne faut pas scandaliser ces gens. Allez sur le bord de la mer, et jetez-y votre ligne; levez le premier poisson qui aura mordu. Quand vous aurez ouvert sa bouche, vous y trouverez une pièce de quatre drachmes; prenez-la, et payez pour vous et pour moi.» Ce poisson, c'est le Christ; la mer, c'est la vie mortelle; les drachmes sont la confession; ce que l'on paie pour Pierre, comme pour un pécheur, figure le Christ qui, en effet, est l'agneau sans tache, qui n'a commis aucun péché.

Il s'éleva entre les apôtres une grande question, pour savoir quel était le plus grand dans le royaume des cieux. Jésus appela un enfant, le plaça au milieu d'eux, et leur tint ce discours: «En vérité, je vous le dis: si vous ne vous convertissez pas, et si vous ne faites pas comme les enfans, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. Mais quiconque s'humiliera comme ce petit enfant, y sera le plus grand.» Il ajouta beaucoup d'autres choses sur l'humilité et la douceur, sur le soin qu'il fallait prendre de ne pas scandaliser les faibles, et sur la correction qu'il fallait infliger à ses frères avec bonté. Ensuite il traita de l'indulgence fraternelle, et proposa la parabole de ce roi qui accorda dix mille talens aux supplications d'un esclave, et de ce même esclave, qui refusa de donner cent deniers à son camarade.

Après avoir terminé ses discours depuis le paiement du tribut sur les avantages de l'humilité, sur l'innocence, sur la correction et le pardon, le pieux docteur quitta la Galilée, et passa au-delà du Jourdain sur les terres des Juifs. Il n'y négligea pas la multitude qui continuait de le suivre.

Les Pharisiens lui ayant demandé s'il était permis à l'homme de répudier sa femme, il proclama ainsi la loi constante du mariage: «Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a joint.» Alors on lui présenta de petits enfans, afin qu'il leur imposât les mains et qu'il priât pour eux. Ses disciples ayant cru devoir menacer ceux qui les amenaient, Jésus indigné leur dit: «Laissez venir à moi ces enfans, et ne les empêchez pas d'approcher; car c'est pour eux qu'est le royaume des cieux.» Il ajouta, en parlant à un jeune homme, qui s'était prosterné pour lui demander le chemin du salut éternel, après avoir proclamé les préceptes de la loi: «Si vous voulez être parfait, venez, vendez ce que vous avez, et donnez-en le produit aux pauvres; vous aurez un trésor dans le ciel; venez, et suivez-moi.» A ces mots, ce jeune homme, qui possédait de grandes richesses, se retira fort affligé. Jésus lui repartit: «En vérité, je vous le dis, le riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. Il est plus aisé qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille qu'un riche entre dans le royaume des cieux.».

Pierre, ayant entendu l'éloge de la pauvreté volontaire, plein d'une douce joie, s'adressa ainsi au Seigneur: «Vous voyez que nous avons quitté toutes choses, et que nous vous avons suivi; que nous arrivera-t-il donc?» Jésus lui répondit: «En vérité, je vous le dis, vous qui m'avez suivi, vous serez placés sur douze siéges, qui indiquent les douze tribus d'Israël. Quand le fils de l'homme, dans sa régénération, sera placé sur le siége de sa majesté, quiconque aura quitté sa maison, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère, sa femme, ses enfans et ses champs, pour la gloire de mon nom, recevra le centuple, et possédera la vie éternelle. Mais alors plusieurs qui étaient les premiers deviendront les derniers, et les derniers seront les premiers.»

Ensuite il proposa la parabole du père de famille, qui loua des ouvriers à diverses heures pour travailler à sa vigne, et qui, des derniers jusqu'aux premiers, donna à chacun d'eux l'égal salaire d'un denier. On doit entendre typiquement, par ces différences d'heures, les âges du siècle qui s'écoule. En effet, Abel travailla dès le matin, Noë à la troisième heure, Abraham à la sixième, le législateur Moïse à la neuvième; Jésus, arrivé à la onzième, réprimanda les Gentils de ce qu'ils restaient oisifs dans le grand marché de ce monde, et il ordonna de travailler par la foi dans la vigne du Seigneur. On pourrait encore expliquer la différence des heures de chacun par les âges de la vie: le matin, c'est l'enfance; la troisième heure, l'adolescence; la sixième, la jeunesse; la neuvième, la vieillesse; et la onzième, la décrépitude. Dans toutes ces heures, quelques personnes parviennent à la conversion, et reçoivent le denier de la vie éternelle.

Un poète moderne s'exprime ainsi sur cette parabole: «Cultivateurs d'une vigne, des ouvriers demandaient leur salaire. Un prix égal fut accordé à leurs travaux inégaux. A l'appel du maître le dernier arrivé ne reçut pas moins que celui qui était arrivé le premier. Ainsi Dieu fait connaître qu'à quelque heure que nous l'entreprenions, notre travail est certain de recevoir son prix.»

VIII. Sequentia.

Hactenus opera quae Dominus in initio praedicationis suae fecit per biennium, prout ex dictis ediscere potui evangelistarum, pro salubri exercitatione perscrutatus sum, brevique relatu mihi adnotare conatus sum. Amodo libet anni tertii gesta investigare, insigniumque pondus rerum compendiose coarctare;

postquam ipse Dominus de Galilaea coepit in Judaeam migrare, ut mysterium paternae dispensationis in Jerusalem consummaret, et arcana legis et prophetarum sua nobis ineffabili operatione reseraret. Primo quidem in Judaea docuit, trans Jordanem, ad orientem; post et citra Jordanem, quando venit Jericho et Jerusalem.

Nam cum omnis Judaeorum provincia generaliter ad distinctionem aliarum gentium Judaea sit, specialius tamen meridiana ejus plaga appellabatur Judaea; ad distinctionem Samariae, Galilaeae, Decapolis, et caeterarum in eadem provincia regionum. Ascendens Jesus in Jerusalem, secreto suis praedixit discipulis passionem. Tunc mater filiorum Zebedaei petiit ut unus filiorum ejus ad dexteram et alius sederet in regno ejus ad sinistram (Matth. XX, 17-24; Marc. X, 32-45) . Ille vero ad patientiam et humilitatem eos invitavit, et se ipsum totius exemplum justitiae sequendum ostendit. Joannem docuit interrogantem ne prohibeat virtutes in ejus nomine facientem. Dum iret in Jerusalem, ante conspectum suum in civitatem Samaritanorum misit nuntios; sed non receperunt eos. Jacobum vero et Joannem, quia ignem de coelo super contemptores petere voluerunt, increpavit, dicens: Nescitis cujus spiritus estis. Filius hominis non venit animas perdere, sed salvare (Luc. IX, 51-56) .

Septuaginta duos designavit, illosque binos in omnem civitatem et locum, quo erat ipse venturus, misit; illisque praecepta, quibus et quomodo praedicare deberent, intimavit. Incredulas civitates increpavit. Septuaginta duobus reversis atque gaudentibus, praecepit non de subjectione daemonum, sed de suorum in coelo nominum scriptione gaudere. Confessio laudis refertur ad Patrem. Beatos dicit Dominus discipulorum oculos, quia vident quae priores justi et reges voluerunt videre et non viderunt (Luc. X, 1-24) . Tentanti legis perito dogmata verae salutis insinuavit, et paradigma de homine descendente de Jerusalem in Jericho et de casibus ejus protulit; et Samaritanum qui, transeuntibus sacerdote et levita, vulnerato a latronibus subvenit, proximum misericordiam faciendo illi fuisse palam monstravit (Matth. XXII, 34-40; Marc. XII, 28-34; Luc. X, 25-37) .

In castello Jesus hospitium subiit, et querelam ministrantis Marthae de sorore non eam adjuvante compescuit, quia optimam cam partem elegisse asseruit (Luc. X, 38-43) .

Matthaeus in oratione Dominica septem petitiones ita describit: Pater noster qui es in coelis, sanctificetur nomen tuum. Adveniat regnum tuum. Fiat voluntas tua, sicut in coelo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in tentationem. Sed libera nos a malo. Amen (Matth. VI, 9-13) . In tribus primis petitionibus poscuntur aeterna, in reliquis quatuor temporalia, quae tamen ob aeterna consequenda sunt necessaria.

Porro Lucas (cap. XI, 2-4) quinque petitiones ita complexus est: Pater, sanctificetur nomen tuum. Adveniat regnum tuum. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Et dimitte nobis peccata nostra, siquidem et ipsi dimittimus omni debenti nobis. Et ne nos inducas in tentationem.

Ecce septem petitiones secundum Matthaeum, abbreviatae sunt in quinque secundum Lucam. Nomen quippe Dei sanctificatur in spiritu. Dei autem regnum in carnis resurrectione venturum est. Deinde tres alias adjungit, de pane quotidiano, de remissione peccatorum, de tentatione vitanda. In his competenter intelligi possunt quaecunque in hac et alia vita homini necessaria sunt.

Rogatus itaque Jesus a discipulis: Domine, doce nos orare (ibid. 1) , non solum formam orandi, sed instantiam frequentiamque tradit orandi. De perseverantia orationis assiduae suos admonet, et amici tres panes media nocte petentis parabolam exhibet; petendum, quaerendum, pulsandum persuadet. Hortatur enim petere epulas verbi Dei, quibus alatur amicus, id est animus; quaerere amicum, qui det affluenter, id est Dominum; pulsare ostium divinae clementiae, per quod ingrediatur in thesaurum sapientiae, quo servantur coelestes deliciae. Panis intelligitur charitas, cui opponitur lapis, id est avaritiae duritia. Piscis est fides invisibilis propter aquam baptismi, vel quia de invisibilibus locis capitur, nec in hujus mundi fluctibus circumlata frangitur; cui venenosus serpens opponitur, quo perfidialis incredulitas figuratur. In ovo spes indicatur. Ovum enim nondum est fetus perfectus, sed fovendo speratur. Spei vero desperatio contraria est, quae scorpione figuratur, cujus aculeus venenatus in tantum retro percutit, et clancula punctione subitam perniciem ingerit.

Blasphemos et ingratos beneficiis quae videbant, Salvator redarguit. De armato a fortiore devicto exemplum contulit, et de immundo spiritu septempliciter in hominem regresso tractavit (Matth. XII, 31-45; Marc. III, 27-30; Luc. XI, 21-26) . Exclamanti mulieri beatum esse ventrem qui eum portasset, respondit eum esse beatum qui servaverit verbum Dei (Luc. XI, 27-28) . Post curationem hominis in quo tria simul signa perpetrata sunt; caecus enim videt, mutus loquitur, possessus a daemone liberatur, Veritas plurima salutis verba edidit, tentantes Pharisaeos ratione compescuit, lucernam sub modio non esse ponendam, sed super candelabrum, dixit, oculumque simplicem esse debere docuit (Matth. XII, 22-28; Marc. III, 22-26; Luc. XI, 14, 29-36.) .

Apud Pharisaeum prandere rogatus, cogitantem cur ante prandium Judaico more non esset baptizatus, de exteriori baptismate, dum interiora sordibus scelerum plena sint, notavit, et vae sexies Pharisaeis dicens, multa eorum mala coaddit (Matth. XXIII, 13-38; Luc. XI, 37-52) .

Discipulis quoque praecipit a fermento hypocrisis cavere, et eos qui corpus occidunt non metuere, nec in persecutione quid locuturi sint cogitare (Matth. XVI, 6-12; Marc. VIII, 15; Luc. XII, 1-12) .

Petente quodam inter se et fratrem suum dividi haereditatem, parabolam ponit de divite avaro. Mox et discipulis sollicitudinem cibi vestisque, qua carent aves, praecipit evitandam (Matth. VI, 25-34; Luc. XII, 13-31) .

Pusillo gregi regnum promittens, possidenda vel possessa propter eleemosynam vendi, lumbosque praecinctos et lucernas ardentes esse debere jubet. Vigilandum quoque, servi boni malique mentione facta, imperat. Servum scientem voluntatem domini sui, nec facientem, multis; ignorantem vero, paucis vapulare confirmat (Luc. XII, 32-48) .

Ignem in terram se dicit necessitudine divisorum missurum, et faciem coeli probantes debere tempus intelligere manifestum, atque consentiendum adversario in via pronuntiat (Luc. XII, 49-59) . Nuntiatis quibusdam a Pilato occisis, ait omnes, nisi poenitentiam agant, similiter perituros; vel sicut illi XVIII turris ruina oppressi. Parabolam quoque de sterili arbore fici ponens, indicat poenitentiam differentes (Luc. XIII, 1-9) . Mulierem ab annis XVIII curvatam Sabbato erigit, et de cura Sabbati murmurantes bovis adaquandi exemplo depellit, gaudente populo de gloriosis ejus miraculis (Luc. XIII, 10-17) .

Regnum Dei grano sinapis comparans et fermento, de angusta quoque vitae via paucorum loquens: Erunt, inquit, novissimi primi, et primi novissimi (Matth. XIII, 31-34; Marc. IV, 30-32; Luc. XIII, 18-30) .

Herodem Dominus vulpem, quo propter dolos et insidias haeretici designantur, appellat; et Jerusalem alis ejus protegi respuentem increpat (Luc. XIII, 31-35) . Hydropicum Sabbato curat, et velut de humoris puteo liberat (Luc. XIV, 1-4) .

Murmurantes Pharisaeos asini vel bovis in puteum cadentis extractione confundit. Humilitatem quoque sectandam docens, in convivio primum accubitum non esse quaerendum, nec divites, sed pauperes, qui non retribuant, esse pascendos (Luc. XIV, 5-14) .

Multis modis Dominus Jesus Christus consulens humanae saluti, ponit parabolam de invitatis, qui se excusare studentes, coena non fuerunt digni. Primus propter villam quam emerat, venire noluit; quo designantur terrenae amatores substantiae, pro qua parvipendunt coelestibus inhiare. Alter pro quinque jugis boum detentus, non ivit; quo figurantur curiosi, qui corporeis sensibus illecti sola exteriora cognoscere curant; et, dum aliorum vitam investigant, sui curam negligentes aeternae salutis epulas appetere refutant. Tertius pro uxore recusavit venire; quo demonstrantur hi qui carnis irretiuntur voluptate. Sic dum hunc terrena cura occupat, illum alieni actus sagax cogitatio devastat, alterius etiam mentem voluptas carnis inquinat, fastidiosus quisque ad epulas perennis vitae non festinat (Luc. XIV, 16-20) .

Salvator sequentibus turbis necessitudines insuper et animam suam relicturis, et assumpta cruce ipsum secuturis, similitudinem aedificandae turris ne deficiant suggerit, et de bello duorum regum exemplum proponit (Luc. XIV, 25-32) .

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J'ai recherché jusqu'ici dans Un salutaire exercice et j'ai essayé de raconter en peu de mots les œuvres qu'au commencement de sa mission le Seigneur fit pendant deux ans, autant que j'ai pu l'apprendre par les écrits des évangélistes. Désormais je vais recueillir tout ce qui concerne sa troisième année et réduire en abrégé le détail de ses merveilles.

Le Seigneur passa de Galilée en Judée, pour consommer dans Jérusalem le mystère de sa paternelle charité, et nous révéler par une ineffable opération les secrets de la loi et les prophètes. D'abord il répandit ses instructions dans la Judée au-delà du Jourdain, vers l'Orient; puis en-deçà du Jourdain, vers Jérusalem et Jéricho.

Au temps où le royaume des Juifs était distinct des autres contrées, on donna spécialement à la partie méridionale le nom de Judée, afin de la distinguer de la Samarie, de la Galilée, de la Décapole et des autres parties voisines. Comme il montait à Jérusalem, Jésus annonça secrètement sa Passion à ses disciples. Alors la mère des fils de Zébédée lui demanda que, dans son royaume, un d'eux siégeât à sa droite et l'autre à sa gauche. Le Seigneur les engagea à la patience et à l'humilité, et se donna lui-même comme un exemple à suivre de tout ce qui est juste et bon. Il dit à Jean qui l'interrogeait de ne pas empêcher de faire en son nom des actes de justice. Pendant qu'ils se rendaient à Jérusalem, il envoya à Samarie des hommes pour l'annoncer, mais ils ne furent pas reçus. Jacques et Jean ayant voulu demander que le feu du ciel tombât sur ceux qui méprisaient Jésus, il les blâma de leur violence en disant: «Vous ne savez pas quel esprit vous anime; le fils de l'homme n'est pas venu perdre les ames, mais les sauver.»

Il désigna soixante-douze personnes qu'il envoyait deux à deux dans les villes et les autres lieux où il devait arriver. Il leur enseigna devant qui et comment elles devaient prêcher. Il blâma les villes incrédules. Au retour des soixante-douze envoyés dont l'allégresse n'était pas douteuse, il dit qu'il ne fallait pas tant se réjouir de la soumission des démons que de l'admission des saints dans le ciel. Il rapporta toute louange à son père; il dit à ses disciples que leurs yeux étaient bienheureux, parce qu'ils voyaient ce que les premiers justes et les rois avaient desiré et n'avaient pu voir. Un docteur de la loi ayant essayé de le tenter, Jésus lui fit connaître les dogmes du vrai salut, et lui rapporta la comparaison de l'homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho, ainsi que les aventures qui lui étaient arrivées. Il fit voir clairement que, tandis que le prêtre et le lévite passaient, sans le secourir, auprès d'un homme blessé par les voleurs, c'était le Samaritain qui, en exerçant la bienfaisance, s'était véritablement montré le prochain de ce malheureux.

Jésus reçut l'hospitalité à Béthanie, il y répondit à la plainte qu'élevait Marthe de ce que sa sœur ne la secondait pas; il assura que c'était celle-ci qui avait choisi la meilleure part.

Matthieu donne ainsi les sept parties de l'oraison dominicale: «Notre père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié; que votre règne arrive; que votre volonté soit faite dans le ciel comme sur la terre; donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien; remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs; ne nous induisez pas en tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il!» Les trois premières parties ont pour objet de demander les choses de l'éternité, les quatre dernières s'occupent des choses temporelles, qui toutefois sont nécessaires pour acquérir les éternelles.

Luc présente ainsi cinq objets de demande: «Mon père, que votre nom soit sanctifié; que votre règne arrive; donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien; remettez-nous nos péchés comme nous les remettons à tous ceux qui nous doivent, et ne nous induisez pas en tentation.»

Ainsi les sept demandes rapportées par Matthieu sont réduites à cinq par Luc. En effet, le nom de Dieu est sanctifié en esprit; le royaume de Dieu doit venir dans la résurrection de la chair. Ensuite il en ajoute trois autres, sur le pain quotidien, sur la rémission des péchés, sur la tentation qu'il faut éviter. On peut facilement y comprendre toutes les choses qui sont nécessaires à l'homme dans l'une et l'autre vie.

Les disciples ayant prié le Sauveur de leur enseigner à prier, il leur donne non seulement la méthode de la prière, mais il leur en conseille la fréquence et la ferveur. Il les avertit assidûment et leur récite la parabole d'un ami qui, au milieu de la nuit, demandait trois pains. Il leur persuade qu'il faut demander, chercher, frapper; c'est pourquoi il les exhorte à demander le pain de la parole de Dieu, qui doit servir à la nourriture de l'ame, c'est-à-dire de l'esprit; à chercher cet ami qui donne abondamment, c'est-à-dire le Seigneur; à frapper à la porte de la clémence divine, par laquelle on pénètre au trésor de la sagesse, dans lequel on conserve les célestes délices. Par le pain on doit entendre la charité qui se trouve en opposition avec la pierre, c'est-à-dire la dureté de la malice. Le poisson est la foi du baptême invisible, à cause de l'eau qui le procure, ou parce qu'il provient de lieux invisibles, indestructible qu'il est dans les orages du monde; on lui oppose le serpent redoutable par ses venins, pour figurer les perfidies de l'incrédulité. L'œuf est l'emblême de l'espérance: en effet, l'œuf est un fétus qui n'a pas encore reçu sa perfection, mais qui par l'incubation donne de l'espoir. Le désespoir est le contraire de l'espérance, et le scorpion en est l'emblème, parce que son aiguillon venimeux frappe par-derrière celui qui n'est pas sur ses gardes, et lui occasionne un dommage soudain par sa piqûre cachée.

Le Sauveur confondit les blasphémateurs et les ingrats, par les bienfaits dont il les rendit témoins. Il rapporta l'exemple de l'homme fort et armé,'qui n'en fut pas moins vaincu, et de l'esprit immonde qui, dans ses replis, enveloppa l'homme jusqu'à sept fois.

Il répondit à une femme qui disait que bienheureux était le sein qui l'avait porté: «Celui-là est bienheureux qui garde la parole de Dieu.» Après avoir guéri l'homme dans lequel il consomma à la fois trois miracles (l'aveugle qui voit, le muet qui parle, le possédé qui est affranchi du démon), l'auteur de toute vérité répandit abondamment les paroles du salut et confondit par la supériorité de sa raison les Pharisiens qui essayaient de le faire tomber dans leurs piéges. Il parla de la lampe qu'il ne faut pas placer sous le boisseau mais sur le chandelier, et de l'œil qui doit être pur et simple.

Jésus fut prié de dîner chez un Pharisien qui disait en lui-même: «Pourquoi cet homme ne se lave-t-il pas avant de dîner suivant l'usage des Hébreux?» Le Sauveur parla des ablutions extérieures qui n'empêchaient pas les souillures de lame, et prononçant trois fois: malheur aux Pharisiens! il leur fit beaucoup de reproches.

Jésus prescrivit aussi à ses disciples de se défendre du levain de l'hypocrisie, de ne pas craindre ceux qui ne peuvent tuer que le corps, et de ne pas s'occuper, dans la persécution, de ce qu'on pourra dire d'eux.

Sur la demande qu'on lui fit de diviser entre deux frères un héritage, il récita la parabole du riche avare. Il défendit aussi à ses disciples de s'occuper de la nourriture ni du vêtement, auxquels les oiseaux ne pensent pas.

Après avoir promis le royaume des cieux au petit troupeau, il dit que l'on devait vendre pour faire l'aumône tout ce que l'on possédait et tout ce que l'on devait acquérir, et que l'on devait conserver toujours ses lampes allumées, et se ceindre les reins. Il prescrivit aussi la vigilance, en faisant mention du bon et du mauvais serviteur: car le serviteur qui connaît la volonté de son maître et ne l'exécute pas mérite d'être battu d'un grand nombre de coups, tandis que celui qui l'ignorait doit recevoir un moindre châtiment.

Il dit que, pour faire cesser les divisions, il apporterait le feu sur la terre; il parla de ceux qui connaissent l'aspect du ciel, et pour lesquels le temps présent ne se manifeste pas; il parla du plaideur qui termine son affaire en route avant d'avoir vu son juge. Comme on rapportait que quelques hommes avaient été condamnés à mort par Pilate, il dit que tous ceux qui ne feraient pas pénitence périraient de même, comme les dix-huit personnes qui furent écrasées sons les ruines de la tour de Siloë. Il rapporta ensuite la parabole du figuier stérile, pour désigner ceux qui diffèrent la pénitence. Un jour de sabbat il guérit une femme qui depuis dix-huit ans était courbée vers la terre, et confondit les murmures de ceux qui se plaignaient de la violation du sabbat. Toutes ces choses se passèrent au milieu du peuple, qui témoignait sa joie de tant de glorieux miracles.

Il compara le royaume de Dieu à un grain de sénevé; il parla du levain et de la voie étroite du salut, qui n'était ouverte qu'à un petit nombre, puis il dit: «Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers.»

Le Seigneur appela Hérode un renard, ce qui désigne les hérétiques, à cause de leur ruse et de leurs embûches; il réprimanda Jérusalem, qui refusait de se mettre à l'ombre de ses ailes. Un jour de sabbat il guérit un hydropique et le débarrassa comme d'une fontaine d'humeurs.

Il confondit les Pharisiens qui murmuraient de ce qu'il permettait de retirer, ce jour-là, du puits où ils seraient tombés, soit un bœuf, soit un âne. Pour mieux enseigner la pratique de l'humilité, il dit qu'il ne fallait pas chercher à se mettre à table le premier dans un banquet; et que ce n'étaient pas les riches qu'il fallait inviter, mais les pauvres qui n'ont pas le moyen de rendre le repas qu'on leur donne.

Jésus-Christ, continuellement occupé du salut de l'humanité, fit la parabole de ces conviés qui, ayant cherché à s'excuser, ne furent pas jugés dignes de s'asseoir au banquet. Le premier ne voulut pas y assister parce qu'il venait d'acheter une maison de campagne, ce qui désigne ceux qui ne s'occupent que des choses terrestres et qui dédaignent la recherche des biens célestes. Un autre ne vint pas, parce qu'il était retenu par le desir d'examiner cinq paires de bœufs, ce qui figure ces hommes curieux qui, par l'attrait des sens corporels, passent leur temps à connaître les choses extérieures, et qui, tout occupés de la vie d'autrui et se négligeant eux-mêmes, refusent de prendre part au banquet du salut éternel. Le troisième ne se rendit pas à l'invitation parce qu'il venait de se marier: cet homme est l'emblème des voluptueux qui se laissent enchaîner par les plaisirs de la chair. Ainsi, tandis qu'un homme s'occupe de soins mondains, il est tourmenté par la pensée d'actions qui lui sont étrangères; cet autre souille son esprit par des plaisirs charnels. Alors nul ne se hâte, dans son dégoût, de se rendre au banquet de la vie éternelle.

Le Sauveur, voyant cette multitude qui le suivait, lui dit qu'il fallait abandonner ses liaisons les plus intimes, renoncer même à la vie, prendre sa croix pour le suivre, et, comme celui qui bâtit une tour, examiner ce qu'elle doit lui coûter; il proposa ensuite l'exemple de deux rois qui sont en guerre et qui doivent consulter leurs forces.

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(01) Paul, diacre.

(02) Nous donnons a cette abbaye le nom de Saint-Évroul, qui a prévalu, quoique Orderic Vital dise toujours le monastère ou l'abbaye d'Ouche (Uticum, ou Uticense cœnobium). Le Roger dont il s'agit ici est Roger du Sap, sixième abbé connu de cette maison.

(03 Ordior de principio sine principio, jeu de mots qui en amène un second dans la même phrase: Ad ipsum finem sine fine pervenire desidero.

(04) Nous remarquons une fois pour toutes que la chronologie d'Orderic Vital est très fautive. Même aujourd'hui les systèmes de chronologie ne sont pas toujours d'accord; ils l'étaient bien moins encore à l'époque où écrivait Orderic Vital. L'Art de vérifier les dates, que nous suivons communément, place l'Annonciation au 25 mars de l'an 747 de la fondation de Rome, la quarantième année de l'ère Julienne, la trente-neuvième du règne d'Auguste depuis la mort de Jules-César, la deuxième de la cent quatre-vingt-treizième Olympiade, et la quatre mille sept cent huitième de la période Julienne, c'est-à-dire, cinq ans neuf mois et sept jours avant l'ère vulgaire; et la naissance de Jésus-Christ au 25 décembre suivant.

(05)   Sa chronique commence à la création du monde et se termine à l'an 626 de l'ère vulgaire.

(06) Saint Guildard on saint Godard.

(07Autrement Flieu ou Filleul.

(08) Il faut évidemment lire 800. [Patrick Hoffman]

(09) A Saint-Denis le Thibout, le Ier décembre 1135.