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SALLUSTE
FRAGMENTS DΕ LΑ GRANDE ΗΙSΤΟΙRΕ
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DE LA PRÉFACE ET DU PREMIER LIVRE Dans cette préface, l'historien semblait fortement pénétré de l'importance de la tâche qu'il avait entreprise I.
Nihil tam necessarium, aut magιs cum cura dicendum
quam quod ίn manibus est. II.
Neque me diνοrsa pars in civilibus armis movit a
vero. De là, Salluste passait en revue les divers historiens qui l'avaient précédé dans la carrière : III.
Nos in tanta doctissumorum hominum copia IV.
Cato, romani generis disertissumus, paucis absolvit Il citait aussi Fannius, dont il proclamait la véracité. V.
Fannius vero veritatem Il faisait ensuite le résumé des dissensions qυi avaient agité Rome depuis l'expulsion des rois jusqu'au temps des Gracques, de Marius et de Splla . Il indiquait en même temps les causes de la grandeur romaine ; et tel est le sujet des fragments détachés qui vont suivre : VI.
Nobis primae dissensiones νitio hυmani ingenii
evetere, quod inquίes atque indomitum semper in certamine libertatis, aut
gloriae, aut dominationis agit . VII.
At discordia, et avaritia ; atque ambitio, et cetera
secundis rebus oriri sueta mala post Carthaginis excidium maxume aucta sunt. Nam
injuriae validiorum, et οb eas discessio plebis a patrίbus , aliaeque
dissensiones domi fuere jam ίnde a principio ; neque amplius quam, regibus
exactis, dum metus a Tarquinio et bellum grave cum Etruria positum est, aequo et
modesto jure agitatum : dein servili ίmperio patres plebem exercere, de
vita atque tergo, regio more, consulere ; agro pellere, et ceteris expertibus,
soli in imμerio agere. Quibus agitata saevitiis, et maxume foenoris onere
oppressa plebes ; quam assiduis bellis tributum simul et militiam toleraret,
armata montem Sacrum atque Ανentinum insedit. Tumque tribunos plebis
et alia sibi jura paravit . Discordiarum et certaminis utrimque finis fuit secundum
bellum punicum. VIII.
Rursus
gravis metus coepit urgere atque illis perturbationibus alia majore cura
cohibere animos inquietos et ad concordiam revocare civilem. Sed per
quosdam paucos, qui prο sua modo boni erant magna administrabantur, atque
illis tοleratis malis, paucorum bonorum providentia res illa crescebat. IX.
Res romana plurimum imperio νaluit : Servio Sulpicίο
et M. Marcello consulibus, omnis Gallia cis Rhenum, atquο inter mare
nostrum, atque oceanum nisi quae a paludibus fuit ίnvia perdomίta. X.
Postquam,
remoto metu punico, simultates exercere vacuum fuit, plurimae turbae, seditίones,
et ad postremum bella civilia orta sunt : dum pauci potentes, quorum in gratiam
plerique concesserant, sub honesto patrum aut plebis nomine, dominatίones
affectabant; bonique et mali cives appellati, non ob merita in rempublicam,
omnibus pariter corruptis ; sed uti quisque locupletissumus et injuria validior
quia praesentia defendebat, pro bono ducebatur. Ex quo tempore majorum mores non
paullatim, ut antea, sed torrentis modo praecipitati : adleo juventus luxu atque
avaritia cοrrupta est, uti merito dicatur genitos esse, qui neque ipsi habere
possent res familiares, neque alios pati. Salluste, poursuivant le cours de son rapide résumé, arrive aux séditions des Gracques, et c'est aux événements dont elles furent l'occasion, qu'on peut rapporter les fragments qui suivent :
XI.
XII Après les premiers démêlés de Marius et de Sy11a, venait la guerre Sociale, à laquelle se réfèrent ces deux fragments :
XIII.
XIV. Après la guerre Sociale, Sylla, consul, fut chargé par le sénat d'aller combattre Mithridate ; mais Marius, aidé du tribun Sulpicius, se fait donner ce commandement par un plébiscite. Sylla, qui était déjá en Companie, à la tëte de sοn armée, revient sur Rome, s'en rend maître, et proscrit Sulpicius, qui est mis à mort, et Marius, qui n'échappe qu'avec des périls inouïs. Après avoir rendu au sénat ses prérogatives, Sylla part pour la Grèce ; mais Cornelius Cinna, fougueux partisan de Marius, attaque à main armée Octavius, son collègue, et le parti du sénat. Vaincu et chassé de Rome, il rassemble une nouvelle armée, rappelle Marius et les autres proscrits, puis vient assiéger la capitale de l'empire . Le sénat, après la défaite de l'armée d'Octavius et de celle du proconsul Pompeius Strabon, n'avait plus à ses ordres que l'armée de Metellus Pius ; mais il était en Apulie, occupé de combattre les Samnites :
XV. Sοn arrivée tardive n'empécha point Cinna et Marίus d'entrer dans Rome, qυί devint le théâtre des plus sanglantes exécutions : les autels des dieux ne furent pas même un asile contre les proscrits :
XVI. La tyrannie de Marius fut courte : il mourut le dix-septième jour de son septième consulat ; mais Cinna et Carbon en perpétuèrent les excés : après avoir vaincu Mithridate, Sylla lui avait accordé la paix, mais à de dures conditions, quoique ce prince eût espéré que, pressé d'aller à Rome accabler ses ennemis,
XVII. Arrίvé en Italie, Sylla défit le consul Norbanus en Companie, puis attira sous ses drapeaux, près de Téanum, l'armée de Corn. Scipion Asiaticus, collègue de ce dernier.
XVIII. Cette défection fut d'autant plus prompte, que la plupart des soldats de Scipion
XIX. Cependant le jeune Cn . Pompée, ayant levé des troupes de sa propre autorité, remporta divers avantages sur les partisans de Marius, puis alla se joindre á Sylla, qui lui décerna le surnom d'imperator. Carbon, quoique vaincu, rentra dans Rome, et se fit nommer consul pour la quatriéme fois, avec le jeune Marius, qui renouvela les proscriptions de son père adoptif. Sylla marche vers Rome, bat le jeune Marius,
XX. Nouvel allié de Marius, Pondus Telesinus, chef des Samnίtes, toujours en armes depuis la guerre Sociale, dispute á Sylla l'entrée de Rome.
XXI. Telesinus est tué au moment où la victoire allait le rendre maître de Rome. Sylla fait égorger huit mille prisonniers sur le champ de bataille. Un corps de trois mille Samnites, Marses et Lucaniens lui demande quartier. Il répondit qu'il l'accorderait á ceux qui s'en rendraient dignes par la mort de leurs compagnons. Ils acceptent avec empressement cette cruelle alternative,
XXII. Bientôt commencèrent dans Rome les proscriptions de Sylla, dont le tableau tracé par Salluste est entiérement perdu, sauf deux traits, l'un relatif au supplice affreux de Marius Gratidianus, qui fut immolé sur le tombeau des Catulus ; l'autre, concernant les biens des proscrits.
XXIII
XXIV. La fureur des proscriptions ne s'arrêta point dans Rome ; le sang coula par toute la république, et la guerre civile se propagea jusqu en Afrique. Le consul Carbon, qui était aux prises avec Metellus Pius, dans la Gaule cispadane, pouvait encore résister longtemps ; mais, à la nouvelle de deux échecs peu décésifs reçus par ses lieutenants,
XXV. Il s'embarqua 0 Rimini, et fit voile vers Cossura, petite île sur la côte d'Afrique ; mais il tomba entre les mains de Pompée, qui venait de soumettre la Sicίle. Carbon semblait pouvoir tout espérer de la clémence de ce jeune lieutenant de Sylla dont il avait protégé la jeunesse . Pompée fut insensible à ses supplications : il fit périr sous ses yeux Carbon,qui, pour gagner un instant de vie,
XXVI. "Et il fut, dit Valère-Maxime, décapité dans cette posture." Cependant Domitius Ahenobarbus, lieutenant de Carbon, s'était retiré en Afrique, où Hiarbas, roi d'une partie de la Numidie, vint le joindre avec toutes ses forces, dont il s'était servi pour dépouiller Hiempsal II, autre prince de la race de Masinissa . Pompée se hâta de passer en Afrique, et débarqua à Curubis, petit port voisin de Carthage . Vainqueur de Domitius, qui fut tué dans l'action, il poursuit Hiarbas, et dissipe sans peine les Africaiιιs, qui avaïent pris les armes .
XXVII. Aprés avoir terminé en quarante jours cette campagne, Pompée, dont la gloire portait ombrage à Sylla, fut rappelé en Italie. Il obéit malgré ses troupes, qui lui offraient leurs bras s'il eùt voulu résister á cet ordre . Un ennemi moins digne de lui devait s'élever contre Sylla ; c'était M. Emilius Lepidus, qui déshonorait un nom illustre par ses vices et par sa présomptueuse impéritie. On l'avait vu zélé fauteur du parti populaire, au temps du triomphe de Marius, sous le septième consulat duquel il fut édile curule. Il fut des premiers à passer sous les drapeaux de Sylla vainqueur, et s'enrichit des biens des proscrits. Aprés ανοίr exercé la préture, il fut envoyé en Sicile, et, par ses concussions, il mérita d'ëtre traduit en justice à sοn retour ; mais ses accusateurs, cédant aux instances du peuple, se désistèrent ; et Lepidus, enhardi par l'impunité, osa briguer le consulat. Adulateur servile de Sylla, il en avait espéré la protection ; mais le dictateur, qui avait trop bien jugé ce factieux, lui défendit de se mettre sur les rangs. alors Lepidus se tourne vers Pompée, qui, flatté de voir qu'on espérait obtenir par son influence ce que Sylla ne voulait pas accorder, saisit cette occasion de montrer son crédit sur le peuple ; il fit élire Lepidus consul, par préférence á Catulus, qui ne fut nommé que le second, malgré son mérite éminent et la protection déclarée du dictateur. Sylla, déjá résolu d'abdiquer la puissance, ne parut pas très sensible á cette espèce d'affront ; il se contenta de prédire á Pompée, encore tout enorgueilli de ce triomphe, les maux qui allaient résulter de l'élection de Lepidus : "C'est à vous maintenant, dit-il, à veiller aux affaires, et à ne pas vous endormir après avoir armé contre vous-même un dangereux ennemi."Ce pronostic ne tarda pas à se vérifier. Lepidus, á peine désigné consul, conçoit le projet de se rendre maître du gouvernement à la place de Sylla. Il cabale, il murmure sourdement contre l'état présent des choses ; il rallie les familles des proscrits ; puis, exagérant ses ressources pour multiplier ses partisans, il se vante d'avoir des fauteurs en Étrurie, dans la Gaule transalpine ; enfin d'avoir tout pouvoir sur Pompée. Ainsi parlait Lepιdus, d'abord dans des entretiens particuliers . Bientôt dans une réunion générale de ses principaux partisans, tenue le plus secrétement possible, il révéla tous ses projets dans le discours qui suit :
I.
Clementia et probitas vostra, Quirites, quibus per ceteras gentis maxumi et
clari estis, plurumum timoris mihi faciunt advorsum tyrannidem L. Sullae, ne,
quae ipsi nefanda aestumatis, ea parum credundo de aliis circumveniamini --
praesertim cum illi spes omnis in scelere atque perfidia sit neque se aliter
tutum putet, quam si peior atque intestabilior metu vostro fuerit, quo captis
libertatis curam miseria eximat -- aut, si provideritis, in tutandis periculis
magis quam ulciscendo teneamini. Satellites quidem eius, homines maxumi
nominis optumis maiorum exemplis, nequeo satis mirari, qui dominationis in vos
servitium suum mercedem dant et utrumque per iniuriam malunt quam optumo iure
liberi agere.
I . Romains, votre clémence et votre
droiture, qui font, aux yeux des nations étrangères, votre supériorité et
votre gloire, m'inspirent bien des alarmes au sujet de la tyrannie de L. Sylla.
Je crains que, peu portés à supposer dans les autres ce qui vous auriez
horreur de faire vous ne vous laissiez surprendre ; je le crains d'autant plus,
que vous avez affaire à un homme qui n’a d'espoir que dans le crime et dans
la perfide, et qui ne peut se croire en sûreté qu’en se montrant plus méchant
et plus détestable, afin de vous ôter, par l'excès de vos maux, jusqu'au
sentiment de votre liberté : ou, si votre prudence veille encore, de vous tenir
plus occupés à vous défendre de vos périls , qu'à assurer votre vengeance.
Pour satellites, il a, je l'avoue, des hommes du plus grand nom, illustres par
les belles actions de leurs ancêtres, et je ne puis me lasser d 'admirer
comment, achetant par leur servitude le droit de domination sur vous, ils préfèrent
une double injustice au noble exercice d'une légitime liberté. On peut supposer que ce discours produisit peu d'effet ; du moins ne fut-il suivi d'aucune tentative contre le dictateur. Bientôt se justifièrent les rumeurs qui avaient encouragé la témérité de Lepidus Sylla résigna entre les mains du peuple romain le pouvoir dont il avait tant abusé, et alla mourir en paix au sein d'une voluptueuse retraite. Ici Salluste avait esquissé quelques traits du caractère de cet homme étonnant : témoin ce passage où notre historien est cité par Plutarque : "Sylla ne fut jamais modéré en ses concupiscences, ny par pauvreté lorsqu'il étoit jeune, ny par l'aage lorsqu'il feut devenu vieil : ainsi en faisant les ordonnances à ses citoyens touchant l'honnesteté des mariages, touchant la continence, luy cependant ne faisoit que vacquer à l'amour et commettre adultéres, ainsy que l'escript Sallustius." Le calme qui avait suivi l'abdication de Sylla, en prouvant combien il lui eût été facile de conserver le pouvoir, avait porté le dernier coup à la liberté. Il était désormais reconnu que la répub}ique pouvait impunément étre opprimée, et cette conviction détruisit le seul préjugé qui faisait encore les bons citoyens. Tont chef habile, à la tête d'une armée dévouée, crut appelé aux brillantes destinées de Sylla. Encore si une pareille ambition n'avait germé que dans les coeurs d'hommes incapables de s'élever au pouvoir par d'indignes manoeuvres, XXIX.
Ea paucis, quibus peritia et verum ingenium est, abnuentibus. Mais tel n'était pas Lepidus, qui, pour se faire des partisans, avait été chercher les débauchés du plus bas étage : XXX.
Qui lenones et vinarii laniique, quorum praeterea vulgus in dies usum habet,
pretio compositi. Sans doute, un pareil ennemi avait semblé trop méprisable au dictateur, et voilà ce qui explique l'impunité de Lepidus : XXXI.
Nam dominationem Sullae audebat.... Neque est offensus [dominationem]
Syllae. Après la mort de Sylla, ce fut au bûcher même du dictateur que Lepidus alluma le feu de la guerre civile. Ses propositions incendiaires avaient pour but l'abrogation de toutes les lois Cornéliennes : c'était remettre les factions en présence, c'était vouloir plonger dans de nouveaux désordres :
XXXII. Les tribuns, dont il prétendait faire revivre les prérogatives, les fils des proscrits, à qui il promettait la restitution de leurs biens, les alliés, qu'il voulait rappeler à l'exercice du droit de cité romaine, avaient intérét à soutenir Lepidus de tous leurs efforts ; son caractère personnel attirait à lui tous les gens qui à Rome avaient vécu de désordres et de séditions, jusqu'au moment où la main puissante de Sylla les avait forcés à l'inaction. A la téte des adhérents du factieux consul, on distinguait Cethegus, qui, bien qu'issu d'une des premières familles de Rome,
XXXIII.
Cependant Lepidus allait trouver un adversaire redoutable dans son collègue Catulus, qui,
XXXIV.
Malheureusement, la plupart des sénateurs n'opposaient qu'une timide réprobation aux projets d'un consul qui, oubliant qu'il était le chef du sénat, descendait au rôle de tribun du peuple. Plusieurs même faisaient à Lepidus un mérite de sa conduite, et, tenant la balance égale entre lui et Catulus, prétendaient que :
XXXV
Octavius, lorsque malgré
son caractère de tribun il avait engagé le peuple à renoncer aux
distributions de vivres que lui avait fait accorder Tib. Gracchus ; et Cépion,
lorsqu'en dépit de sa naissance patricienne il avait empêché Livius Drusus
detransférer la puissance judiciaire de l'ordre équestre à l'ordre sénatorial.
XXXVI.
Catulus, à qui le sort avait assigné l'Italie, était disposé à tenir son serment ; mais Lepidus, au lieu de se rendre directement dans la Gaule Cisalpine, sa province, parcourut l'Étrurie, où les restes du parti de Marius étaient encre en force. Là il vit accourir autour de lui tous les proscrits échappés aux sicaires de Sylla,
XXXVII.
De tous côtés il levait, empruntait de l'argent, et
XXXVIII. La confiance qu'il inspirait aux anciens partisans de Marius était loin d'être générale : plusieurs, pour le succès de leur entreprise,
XXXIX.
Le sénat ne crut pas encore devoir employer des mesures énergiques contre Lepidus, et le rappela à Rome pour tenir les comices consulaires ; mais Lepidus,
XL.
XLI. Puis, laissant le préteur Brutus campé
XLII. pour contenir la Gaule Cisalpine, il marche vers Rome avec toute son armée. Dans cet appareil, il demande un second consulat. On proposa encore dans le sénat des mesures conciliatrices. Vainement Catulus et quelques autres répétaient que le mal était à son comble ; que,
XLIII. il ne serait plus temps d'y remédier. On envoya á Lepidus des députations, qu'il reçut avec hauteur :
XLIV. Il déclara :
XLV. que, d'ailleurs, puisque son consulat allait expirer,
XLVI. Ce fut alors qu'un personnage consulaire, qui avait toujours secondé la fermeté de Catulus,
XLVII.
XLVIII. I. Il serait bien à souhaiter, sénateurs, que la république fût en paix, ou que, du moins, dans ses périls, elle vit ses meilleurs citoyens courir à sa défense ; enfin, que les entreprises coupables tournassent contre leurs auteurs ! Mais, loin de là, tout est en proie à des séditions excitées par même qui les premiers devraient les prévenir ; et, pour comble de maux, ce que des insensés et des furieux ont résolu, des hommes sages et vertueux sont obligés de l'exécuter. Ainsi, malgré votre éloignement pour la guerre, cependant, parce que Lepidus veut la faire, il vous faut prendre les armes à moins que l'on n'aime miens se résigner à souffrir ; sous une ombre de paix, tous les maux de la guerre. Grands dieux, qui daignez encore gouverner notre ville, quand nous l'abandonnons ! II. M. Emilius, le plus infâme des scélérats, lui, dont on ne saurait dire s'il est plus lâche que méchant, a sous ses ordres une armée pour renverser la liberté : méprisé hier, aujourd'hui redoutable ; et vous, toujours murmurant, différant toujours, c'est par des discours inutiles, de vaines prédictions que vous attendez la paix, au lieu de la défendre. Et vous ne voyez pas que la mollesse de vos décrets vous fait perdre toute dignité, et à lui toute crainte. Il a raison, en effet ; ses rapines lui ont valu le consulat, et la sédition une province avec une armée. Qu'aurait-il obtenu pour des services, celui dont vous avez si bien récompensé les crimes ? Mais ceux qui, jusqu'au dernier moment, n'ont dans leurs décrets parlé que de députations, de paix, de concorde, et d' autres choses semblables, ont apparemment trouvé grâce devant lui ! Loin de là, il les méprise et les juge indignes de participer en quoi que ce soit à la chose publique ; il ne voit en eux qu’une proie, parce qu'ils sollicitent aujourd'hui la paix aussi lâchement qui ils se la sont laissé ravir. III. Quant à moi, dès que je vis l'Étrurie se soulever, les proscrits rappelés, et le déchirement de la république préparé par des largesses, je pensai qu’il fallait se hâter, et je suivis, avec un petit nombre, l'avis de Catulus. Au reste, ceux qui, vantant les services de la maison Emilia, et cette clémence qui a contribué à l'agrandissement du peuple romain, disaient que Lepidus n'avait encore fait aucune démarche séditieuse, lors même que, de son autorité privée, il avait armé pour la ruine de la liberté ; ceux-là, dis-je, en cherchant pour eux-mêmes et du pouvoir et des appuis, faussèrent nos délibérations publiques. Cependant Lepidus n’était alors qu’un brigand à la tête de misérables valets d’armée et de quelques sicaires, tous faisant métier d'engager leur vie pour une journée de salaire. Aujourd'hui c’est un proconsul revêtu d'un commandement, non plus acheté, mais conféré par vous-mêmes ; il a des lieutenants, tenus légalement jusqu'ici de lui prêter obéissance. Vers lui sont également accourus les hommes les plus corrompus d'entre les citoyens de tous les ordres, aiguillonnés par l'indigence et par leurs passions, bourrelés par la conscience de leurs crimes, gens pour qui le repos, ce sont les séditions, et les alarmes, la paix. Ces gens-là sèment trouble sur trouble, et guerre sur guerre : autrefois satellites de Saturninus, ensuite de Sulpicius, puis de Marius et de Damasippe, de Lepidus aujourd'hui. Regardez autour de vous : l'Étrurie est prête à rallumer les feux d'une guerre mal éteinte ; on soulève les Espagnes ; Mithridate, sur les flancs de nos provinces, dont les tributs fournissent encore à notre subsistance, attend impatiemment le jour qui ramènera la guerre : enfin, à l'exception d'un chef capable, rien ne manque pour la ruine de la république. IV. Je vous et conjure, sénateurs, apportez-y la plus sérieuse attention : ne souffrez pas que la fureur contagieuse des séditions atteigne ceux qui sont encore purs de ses excès. En effet, lorsque les récompenses appartiennent aux méchants, on n'est guère d'humeur à rester gratuitement homme de bien. Attendez-vous qu'avec une armée, qui pour la seconde fois menacera vos murs, il se rende, le fer et la flamme à la main, maître de la ville ? Et, au point où il en est, n'a-t-il pas, pour en venir à cette extrémité, moins de chemin à faire qu'il n'en avait pour passer de la paix à la guerre civile, que contre toutes les lois divines et humaines il a allumée, non pour venger ses propres injures, ni ceux qu’il feint de protéger, mais pour renverser les lois et la liberté ? Dévoré, tourmenté par l'ambition, par l'effroi de ses crimes ; inconsidéré, inquiet, sans suite dans ses projets, il craint le repos et redoute la guerre ; il prévoit qu’il lui faudra renoncer à ses dissolutions, à ses désordres ; et, en attendant, il profite de votre inaction. Ce discours releva les esprits des sénateurs : la proposition de Philippe fut convertie en sénatus-consulte ; bien que chacun reconnût dans Catulus
L.
LI. on lui adjoignit Pompée dans le commandement. Tous deux allèrent camper sur le mont Janicule, et occupèrent le pont Milvius. Le chef des rebelles avait espéré qu'à son approche le peuple se soulèverait ; trompé dans son attente,
LII. Mais il n'était plus temps. Les soldats de Catulus et de Pompée,
LIII. chargèrent avec tant d'ardeur, que du premier choc ils mirent le désordre dans les rangs de l'armée ennemie. Le peuple, voyant plier les troupes de Lepidus, voulut prendre part à l'affaire,
LIV. puis à insulter leur général,
LV.
LVI. Les vaincus fuient dans toutes les directions, et, tandis que Pompée se met à leur poursuite, Catulus rentra dans Rome,
LVII. La Gaule Cisalpine se soumit sans coup férir aux armes de Pompée ; Brutus seul, dans Modène, opposa quelque résistance ; mais il capitula bientôt. Au mépris de la foi jurée, Pompée le fit mourir avec cette même cruauté froide qu’il avait montrée l'égard de Carbon . Cependant Lepidus s'était réfugié avec Perpenna sous les murs de Cosa, ville maritime d'Étrurie. Catulus les y suivit ; mais, jaloux LVIII.
Incruento
exercitu victoriam deportare, il se contenta de bloquer étroitement ses ennemis, et LIX.
Locum editiorem
quam victoribus decebat , capit. Le sénat, rassuré sur l'issue prochaine de cette guerre, s'occupa de l'élection des consuls. Junius fut élu le premier ; mais, quand on passa au scrutin pour la seconde place, les premières centuries donnèrent leurs suffrages à Mamereus Emilius ; les suivantes, au contraire, avant d'avoir voté, se déclarèrent d'avance pour Curion ; alors l'interroi Appius, qui présidait l'assemblée, LX.
Curionem quaesivit, uti adolescentior et a populi suffragiis integer, aetati
concederet Mamerci. Curion se désista, et Mamereus fut élu. Cependant un combat se livra devant Cosa entre Lepidus et Catulus. Lepidus eut d'abord l'avantage ; mais Pompée, qui revenait en ce moment de la Gaule, lui arracha la victoire, et le contraignit de fuir en Sardaigne. Là, il espérait, en interceptant tous les convois, fatiguer par la disette le peuple romain ; mais le propréteur Valerius Triarius défendit vaillamment sa province, et Lepidus, partout repoussé, tomba malade de fatigue et de chagrin. Une disgrâce domestique vint encore aggraver ses peines. Parmi les lettres qu'on lui apporta d'Italie, il s'en trouva une qu'Apuleia, sa femme, écrivait à son amant, et dans laquelle, pour obtenir de lui un service important, elle lui disait : LXI.
Nihil ob tantam mercedem sibi [abnuituros] abnuiturum. Elle s'exprimait ensuite sur son époux de la manière la plus injurieuse : LXII.
Insanum aliter sua sententia, atque aliarum mulierum. Cette lettre donna, pour ainsi dire, à Lepidus le coup de la mort. On le vit, LXIII.
Sic vero, quasi formidine attonitus, neque animo, neque auribus ; aut lingua
competere. II s'empressa d'envoyer des lettres de divorce à son épouse coupable, et, dès lors ayant perdu le peu qu'il avait montré d'énergie, il parut moins, en Sardaigne, un chef de parti qu'un fugitif. Conduit à Tharros, bourgade sur la rive occidentale de l'île, on refusa d'abord de le recevoir ; mais ses serviteurs firent une peinture si touchante de la situation de leur maître ; ils rappelèrent si vivement les égards que méritaient sa naissance et sa dignité, LXIV.
Postremo ipsos colonos per miserias et incerta humani generis orare que ceux-ci lui donnèrent asile dans leur ville, où il mourut bout de peu de jours. Sa mort, qui ne causa les regrets de personne, n'entraîna pas la ruine totale de son parti. Perpenna, qui venait d'obtenir quelque succès en Sicile, se hâta de venir en Sardaigne recueillir les débris de l'armée de Lepidus. On peut dès lors regarder la guerre civile comme terminée, du moins au centre de la république ; mais, LXV.
M. Lepido cum omnibus copiis Italia pulso, segnior neque minus gravis, sed
multiplex cura patres exercebat. LXVI.
Quippe vasta Italia rapinis, fuga, caedibus, appelait toute sa sollicitude . Des nations barbares ne cessaient d'infester les frontières de la Macédoine, que Cicéron, pour cette raison, appelait une pépiniére de triomphateurs. LXVII.
Ardebat omnis Hispania Citerior. Les pirates de Cilicie parcouraient impunément toutes les mers de la Gréce et de l'Italie, et se montraient jusque devant le port d'Ostie . Mais on avait á redouter LXVIII.
Maxumeque ferocia regis Mithridatis in tempore bellaturi. Le sénat sut par sa modération fermer les plaies intérieures de la république, qui, "étant pour ainsi dire blessée et malade, avait besoin de repos, n'importe à quel prix." Il accorda, par un décret, l'amnistie à tous ceux qui avaient pris part à la guerre civile, et ce décret fut ratifié par le peuple. César, qui était alors tribun militaire, porta la parole dans cette occasion, et contribua plus que tout autre au rappel des bannis . Il insista sur la convenance de décider promptement ces mesures de réconciliation, et observa que le moment de les prendre ne pouvait être plus favorable LXIX.
Nisi quum ira belli desenuisset. L'amnistie fut publiée, et le beau-frère de César, L. Cornelius Cinna, fils du consul, s'empressa d'en profiter et de revenir d'Espagne avec ceux qu'il avait entraînés dans le parti de Lepidus ; et, aprés tant de guerres, l'Italie jouit enfin pour quelques années d'une paix profonde. LXX.
Septimιum neque animo neque linga compotem. LXXI.
Lίberis ejus avunculus erat. LXXII.
Perpenna tam paucis prospectus (profectus ?) vera est aestimanda. Après la tenue des comices, dans lesquels avalent été élus les consuls Decimus Junius Brutus et Mamercus Emilius Lepidus Livanius, leurs prédécesseurs Appius Claudius et P. Servilius, revêtus de la dignité proconsulaire, partirent, le premier pour la Macédoine, le second pour aller combattre les pirates. Il était urgent de mettre un frein á leurs brigandages . LXXIII.
Itaque Servilius aegrotum Tarenti collegam prior transgressus. Ces forbans se nommaient Ciciliens et Isauriens, parce qu'ils avaient leurs principaux établissements dans l'Isaurie et dans la Cilice . De tout temps des pirates avaient infesté ces parages ; LXXIV.
Cares insulares populi, piratica famosi, victi a Minoe. Mais les pirates ne commercèrent à former une puissance redoutable que lors des troubles civils qui déchirèrent le royaume de Syrie, quand Tryphon, révolté contre Demetrius Nicator, trouva une place d'armes LXXV.
Apud Corγcum, Forteresse de Cilicie, bâtie sur un roc escarpé d'otù les Ciliciens couraient les mers pour s'enrichir par le brigandage. Servilius, arrivé en Orient, chassa d'abord les pirates d'un château-fort qu'ils occupaient dans l'île de Rhodes. LXXVI.
Ille vero porto solvit postquam Sadetarum paronas exarmasset
Rhodiis enim auxilium laturi venerant. Les pirates, vaincus, cherchèrent un refugeµ LXXVII.
Ad Olympum atque Phaselida. Servilius vint d'abord assiéger Olympe, que défendait Zenicetus, l'un des chefs des pirates. Il plaça son camp sur une hauteur, LXXXVIII.
Lyciae Pisidisque agros despectantem. Olympe ne se rendit qu'aprés une vigoureuse résistance. Quant à Phaselis, entiérement peuplée de Lyciens, et qui ne s'était livrée aux pirates que par force, elle fit une moins longue défense : toutefois, comme ses trois ports pouvaient offrir aux forbans un asile couvert par la place même, le proconsul la détruisit, en accordant aux habitants des conditions assez favorables. Il marcha ensuite contre Nicon, le principal chef des pirates, qui, LXXXIX.
Fessus in Pamphyliam se receperat. Mais, apprenant qu'il avait dépassé le mont Taurus, Servilίus LXXX.
Iter vortit ad Corccum urbem inclutam pastusque nemore
(specu et remore) in quo crocum gignitur. Par la prise de Coryque se terminérent, cette année, les opérations de Servilius en Cilicie . Cependant son collègue Appius était occupé contre les Mèdes, LXXXI.
Feroces Dalmatas, et d'autres peuplades thraces, LXXXII.
Genus armis ferox et servitίi insolitum. Bien que sa maladie l'eût empéché de partir pour son département aussitôt que Servilius, ses lieutenants LXXXII.
Maturaverunt exercitum Dyrrachyum cogere. Appius, rétabli, obtint quelques succès sur les Thraces, et repoussa une tribu d'origine sarmate, LXXXIII.
Gens raro egressa finibus suis,
qui venait cependant de
faire une irruption sur les frontiéres de la Macédoine. Le proconsul les
força de demander la paix ; mais ce ne fut pas lui qui en dicta les conditions
; car il mourut,L'année suivante, des fatigues qu'il avait essuyées dans cette
campagne. LXXXIV.
Post defectionem sociorum et Latii Mais il était encore éloigné du moment où il devait s'élever au premier rang dans la république, qui se voyait alors illustrée LXXXV.
Maxumis ducibus, fortibus strenuisque ministris. LXXXVII.
Magna gloria tribunus militum in Hispania T. Didio
imperante ; magno usu, bello marsico, paratu militum et armorum fuit. Multaque
tum ductu ejus curata, primo per ignobilitatem, deinde per invidiam scriptorum,
incelebrata sunt. Cominus faciem suam ostentabat, aliquot diversis cicatricibus,
et effosso oculo. Quo ille dehonestamento corporis maxume laetabatur : neque
illis anxius, quia reliqua gloriosius retinebat. De retour à Rome, il brigua le tribunal ; mais, repoussé par la faction de Sylla, il se jeta dans le parti populaire, et prit part á l'entreprise audacieuse de Cinna, du vieux Marius et de Carbon, qui rentrèrent dans Rome á main armée, dès que Sylla eut quitté l'Italie pour aller combattre Mithridate . Tandis que ses collégues ensanglantaient Rome par des massacres, Sertorius montra seul quelque modération . Il obtint la préture, puis, l'année suivante, l'Espagne pour département. Sylla, de retour en Italie avec son armée victorieuse, vint encore une fois abattre ses adversaires . Aussitôt après la défection de l'armée dιι consul Scipion Asiaticus, dont il était lieutenant, Sertorius se retira en Espagne. Il ne put d'abord s'y maintenir, Annius, l'un des généraux de Sylla, ayant forcé les Pyrénées avec une puissante armée. hors d'état de tenir la campagne, LXXXVIII
Quum Sertorius
neque erumperet,tam levi copia, navibus fugam maturabat. Il fit voile pour l'Afrique, où il demeura quelques années, et se fit connaître par d'aventureuses expéditions. Alors LXXXIX
Traditur fuganι in longuiqua Oceani agitavisse. XC.
Cujus duas insulas propinquas inter se et decem stadium
procul a Gadibus sitas, constabat suopte ingenio alimenta mortalibus gignere . XCI.
Insulae Fortunatae inclutae Homeri carminibus. Là ne se borna point le merveilleux des récits que l'on fit à Sertorius sur ces contrées lointaines. XCII
Maurique vanum genus, ut alia Africae, contendebant
antipodas ultra Aethiopiam cultu Persarum justos et egregios agere.... XCIII
Rumore primo du projet de Sertorius, une partie de ses soldats menaça de l'abandonner, et il se vit forcé d'y renoncer. Bientbt les Lusitaniens, qui espéraient trouver en lui un nouveau Viriathe, l'appelèrent á se mettre á leur tête. Mais la flotte romaine, commandée par Cotta, était là pour s'opposer á son passage. XCIV.
Itaque Sertorius, levi praesidio relicto in Mauritania, nactus
obscuram noctem, aestu secundo, furtivaque celeritate, vitare proelium in
transgressu conatus est. XCV.
Transgressos omnis recepit mons Ballaera, praceptus a
Lusitanis . Il avait sous ses ordres deux mille fantassins et sept cents cavaliers de toutes nations, qu'il appelait Romains, et auxquels vinrent aussitôt se joindre quatre mille Lusitaniens. Il défit d'abord Cotta dans un combat naval, prés de Mellaria, ville du détroit de Gadès. XCVI.
Incerta est fortitudo, dum pendet. XCVII
Militiae peritus, Sertorius résolut de surprendre l'ennemi par la rapidité de ses mouvements. Apprenant que Fusidius, gouverneur de Bétique, veut, avec des troupes, lui disputer le passage du Bétίs, il vient prendre position sur la rive méridionale de ce fleuve. XCVIII.
Et mox Fusidius adveniens cum legionihus, postquam tantas
asperitates, haud facilem pugnantihus vadum, cuncta hosti quam suis obportuniora
videri. Sertorius, profitant de son incertitude, se met en devoir de passer le fleuve dans des barques : les unes étaient de grandeur à soutenir la charge de ses troupes, et à résister au courant ; XCIX.
Earum aliae paullulum progressae nimio simul et incerto
onere, quum pavor corpora agitaverat, deprimebantur. Alors Sertorius, au moyen de câbles, C.
Nexuit catenae modo Arrivé sur l'autre rive, il exhorta ses troupes, en leur disant que, s'ils en sortaient vainqueurs, CI.
Pugnam illam pro omine belli futuram. Puis, aussitôt, il fond sur les ennemis avec une telle impétuosité, que CII.
Neque se recipere aut instuere proelio quivere. CIII.
Equi, sine rectore, exterriti, aut saucii consternantur. Après cette victoire, Sertorius continua sa route vers les confins de la Bétique, et arriva á Ébora, CIV.
Lusitaniae gravem civitatem. De là il passa dans la Celtibérie, dont les habitants l'accueillirent comme un libérateur, et il se vit maître jusqu'á l'Èbre. Cependant le proconsul Q. Cécilius Metellus Pius passa ce fleuve, á son tour, et fit quelques progrés le long de la mer, dans le pays des des Turdétans. Metellus, CV.
Doctus militiam, grâce à sa longue expérience, et, malgré son âge, CVI.
In proeliis actu promptus, était sans doute pour Sertorius un adversaire redoutable ; mais celui-ci confondit toute la science du proconsul, et rendit inutile, pour les légions romaines, l'avantage du nombre, en lui faisant cette guerre de partisans, si propre au territoire et à l'habitant de l'Espagne. Ainsi, sans avoir combattu, Metellus éprouvait tous les embarras et tous les maux des vaincus . Dans cette position, CVII.
Domίtium proconsulem ex citeriore Hispania cum
omnibus copiis, quas paraverat arcessivit. Il réclama également les secours de Lollius, préteur de la Gaule narbonnaise ; enfin il détacha Thorius, un de ses lieutenants, pour aller au-devant de L. Domitius. Hίrtuleius, questeur de Sertorius, défit L. Bomitius, puis tailla en pièces Thorius, qui fut tué dans l'action. Après ce double succès, Hirtuleius et son frère se disposent à rejoindre Sertorius. CVIII.
Itinerίs eorum Metellus per litteras gnarus.
quitte subitement la direction qu'il suit pour se
replier sur la Tarraconnaise. Ce mouvement rapide, habilement dérobé á l'ennemi, CIX.
Occpatusque
collis editissιιmus Ilerdam et cum multa opera circumdata (castra), ne purent le rassurer contre un adversaire si redoutable : CX.
Illo
profectus, vicos castellaque incendere, et, fuga cultorum deserta,
igni vastare : neque elato, aut securo esse animo, metu gentis ad
furta peridoneae. Cependant Sertorius, trouvant le camp de Metellus abandonné, se met à sa poursuite. CXI.
Dum inferior
omni via grassaretur. Les soldats romains, fatigués, voulurent forcer leur général d'accepter le combat singulier que lui proposait Sertorius pour terminer la guerre; mais Metellus ne tint pas compte de ce défi. Toutefois, voulant satisfaire son armée par quelque expédition glorieuse, il résolut de mettre le siège devant Leucobrige, dont Sertorius tirait de grands secours. Il quitta donc son camp, CXII.
Ac inde nulla
munitionis aut requiei mora processit ad oppidum. Sertorius sut déjouer son dessein : il ordonna d'emplir d'eau deux mille outres, destinées aux habitants de Lecobrige, promettant une récompense pécuniaire pour chaque outre. Nombre d'Espagnols et de Maurusiens se présentèrent. CXIII.
Quos inter
maxume, Sertorius choisit les plus dispos, et, prenant par le plus court cemin, il ravitailla promptement la place. Metellus, qui dans son camp commençait à manquer de vivres, envoie à la provi¬sion Aquinus, un de ses lieutenants, avec six mille hommes. Sertorius forme la résolution de surprendre cet officier : CXIV.
Consedit in
valle virgulata nemorosaque. La troupe d'Aquinus, attaquée à l'improviste, est mise en fuite, non sans perdre beaucoup de monde : le convoi est enlevé, et Metellus se voit contraint de lever le siège de Leucobrige. On peut juger de la joie des habitants lorsque, pour signal de départ, CXV.
Jussu Metelli
cornicines occanuere. Ce nouvel avantage remporté par Sertorius redouble pour lui l'enthousiasme des Espagnols. Rien n'égale l'attachement de ces peuples pour leurs chefs : CXVI.
Se regibus
devovent et post eum (eos) vitam refutant : adeo est illis ingenita
sanctitas regii nominis! Sertorius fit l'épreuve de leur dévouement dans les revers qu'il dut éprouver. Ayant un jour été mis en fuite près d'une ville d'Espagne, les Romains le poursuivirent vivement. Harcelé par eux, il fait volte-face, se retranche de poste en poste, CXVII.
Neque
detrusus aliquotiens terretur. Enfin arrivé, avec les siens, sous les murs de la ville, CXVIII.
Sertorius
portis turbam morantibus et nullo, ut in terrore solet, generis aut
imperii discrimine, per calonum corpora, ad medium, quasi deinsuper
adstantium manibus in murum adtollitur. Cependant le sénat de Rome juge convenable d'adjoindre à Metellus Pompée, avec le titre de proconsul. En quarante jours, celui-ci lève une armée, se fraye, par les Alpes, un chemin plus facile que celui d'Annibal, traverse la Gaule et arrive dans la province romaine. CXIX.
Narbone
concilia Gallorum lui vote des hommes et des subsides. L'arrivée de Pompée en Espagne fit briller d'un nouvel éclat les talents de Sertorius. Pour aller à la rencontre du jeune proconsul, Sertorius avait à traverser un pays CXX.
Agreste, où les Characitains étaient postés CXXI
Soliis viis qu'il lui fùt possible de traverser. Ils étaient retranchés sur une montagne inaccessible. Dans l'impuissance de les en déloger, Sertorius ne voyait d'autre parti à prendre que CXXII.
Obviam ire et
commori hostibus. Enfin il observa que la terre, au pied de la colline, était aussi légère que de la cendre, et que la bise qui règne constamment dans cette exposition, lorsque CXXIII.
Orion oritur
juxta solis aestivi pulsum donnait directement contre l'ouverture des cavernes. Il fit donc entasser en monceau, vis-à-vis de la colline, une longue tramée de cette terre friable. Dès le lendemain, au lever de l'aurore, le vent commence à chasser vers les Characitains des nuages de poussière qui devinrent intolérables, surtout CXXIV.
Medio diei, lorsque, favorisés par la bise, les soldats de Sertorius se mirent à faire passer leurs chevaux sur cet amas de terre. Les Barbares aveuglés, suffoqués par la poussière, finirent par se rendre à discrétion, et laissèrent le passage libre à Sertorius, qui se dirigea vers Lauron pour en faire le siége. Pompée, espérant le prévenir, traverse à la hâte le territoire CXXV
Saguntium, et arrive à la vue de Lauron. Il veut se saisir d'une hauteur qui dominait cette ville; Sertorius le prévient, et Pompée, loin de s'affliger de cet événement, se flatte de tenir son adversaire assiégé entre la place et sa propre armée. Il s'en vante même dans une lettre adressée aux habitants de la ville. Sertorius, à la lecture de cette dépêche interceptée, dit en souriant : " J'apprendrai bientôt à cet écolier de Sylla qu'un général doit toujours plutôt regarder derrière que devant lui. Je veux lui donner une si bonne leçon, CXXVI.
Ad Jovis
mandent nostra. En effet, six mille soldats d'élite, laissés par lui dans son ancien camp, tinrent Pompée dans la même position où il croyait avoir placé son adversaire. Les Romains n'allaient jamais à la provision sans être obligés de combattre. Pompée fait partir, sous les ordres de Tarquitius, toute sa cavalerie pour aller, le jour suivant, faire un grand fourrage. Informé de cette disposition, CXXVIII.
Quibus a
Sertorio triplices insidiae per idoneos saltus positae erant: prima
quae fronte venientes exciperet. Tout réussit à son gré.Pompée envoie aussitôt Lélius, son lieutenant, avec une légion, pour réparer le désordre : bientôt lui-même sort de son camp avec toute son armée. Alors celle de Sertorius descend de la colline en ordre de bataille. A cette vue, CXXVIII.
Dubitavit
acie pars des Romains; Pompée n'ose risquer la bataille, il opère précipitamment sa retraite. Sertorius se rapproche de Lauron, CXXIX.
Et propero
validam urbem, multos dies restantem pugnando, vicit.
Il y fit mettre le feu pour humilier son adversaire, qui put
contempler les flammes de l'incendie. CXXX.
Apud Lethe
oppidum, ainsi nommée d'une petite rivière CXXXI.
Cui nomem
Oblivionis condiderunt, il voulut s'emparer de cette place; mais, CXXXII.
Repulsus a
Lethe oppido,
il effectua sa retraite vers le pays des Vaccéens, et de là vers les
Pyrénées. CXXXIII.
Magnis
operibus profectus (petrfectis), oppidum cepit per L. Catilinam
legatum. En Italie, cette année fut marquée par des prodiges qui effrayèrent les esprits. Un tremblement de terre renversa presque en entier la ville de Réale. CXXXIV
Ventis per cava terrae citatis, rupti
aliquot montes tumulique sedere. A ce fléau se joignit la peste, qui prit naissance en Egypte. La crue du Nil y ayant dépassé les limites ordinaires, les eaux séjournèrent trop longtemps sur la terre, et, du limon formé par elles, naquit une infinité d'insectes et de reptiles. CXXXV.
Nam ex aeris et aque corruptione
frugibus infectis, gravis etiam animantius pestilentia coorta est. Le fléau pénétra en Europe, CXXXVI.
Primum modo lapydiam ingressus,
puis sur toute la côte orientale de l'Adriatique et il se répandit enfin en Italie. Des animaux, le mal gagna les hommes, et bientôt la disette et la famine vinrent s'y joindre. CXXXVI.
Inde morbi
graves ob inediam insolitam vescentibus, CXXXVIII.
Ne simplici
quidem morte moriebantur.
FRAGMENTS DU DEUXIÈME LIVRE. La famine et l'épidémie ne furent pas les seuls fléaux qui désolèrent Rome cette année. On y vit renaître les débats politiques qui avaient cessé depuis la mort de Sylla. L'année précédente, le tribun Sicinius avait voulu proposer une loi tendant à rendre au tribunat ses prérogatives. Curion, l'un des consuls, s'était vivement opposé à cette prétention, et c'est même ce qui avait retardé son départ pour la Macédoine. Sicinius et ses adhérents ne lui répondirent que par d'indécentes plaisanteries, et CXXXIX.
Quia corpore
et lingua percitum, et inquietem, nomine histrionis vix sani,
Burbuleium appellabant.
L'insolence de Sicinius le perdit : on le trouva mort peu de temps
après, et Curion passa pour n'être pas étranger à ce sinistre
événement. CXL.
Omnes qui
circum sunt praeminent altitudine millium passuum duorum. Servilius était peu disposé à attaquer les Solymes ainsi défendus par leurs montagnes inaccessibles; heureusement pour les Romains, Nicon, qui s'était réfugié dans ce pays, y avait été reçu d'une manière assez équivoque; il venait de se jeter dans Isaure. Le proconsul obtient donc sans peine la soumission des Solymes et des ôtages. Alors il entra dans l'Isaurie, et vint en assiéger la |