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Hérodote ne s'était proposé pour but, comme il le dit même au
commencement de son Histoire, que de célébrer les exploits des Grecs et des
Perses, et de développer les motifs qui avaient porté ces peuples à se faire la
guerre. Parmi les causes de cette guerre, il y en avait d'éloignées et de
prochaines. Les éloignées étaient les enlèvements réciproques de quelques femmes
de l'Europe et de l'Asie, qui, ayant donné occasion à la guerre de Troie,
avaient ulcéré les coeurs des Asiatiques contre les Grecs. Les causes prochaines
étaient les secours que les Athéniens avaient donnés aux Ioniens dans leur
révolte, l'invasion de l'Ionie et l'incendie de Sardes par les Athéniens. Les
Perses, irrités de ces hostilités, résolurent d'en tirer une vengeance
éclatante. Les Perses avaient été jusqu'alors peu connus des Grecs. Il était
donc nécessaire de leur faire connaître cette nation, contre laquelle ils
avaient lutté avec tant de gloire. Pour parvenir à ce but, Hérodote a pris ce
peuple dans son origine, et nous a fait voir par quels moyens il avait secoué le
joug des Mèdes ; et, comme cela n'aurait pas donné aux lecteurs des idées bien
claires et bien nettes, il a fallu leur présenter un coup d'oeil rapide de
l'histoire des Mèdes. Cette histoire elle-même était tellement liée avec celle
des Assyriens, dont les Mèdes avaient été sujets, qu'il a dû instruire les
lecteurs de la manière dont ils avaient secoué le joug, et donner pareillement
un abrégé de l'histoire d'Assyrie. Ces trois histoires ne sont donc pas des
hors-d'œuvre. On ne peut retrancher l'une sans répandre de l'obscurité sur les
deux autres ; et, si on les supprime toutes les trois, on n'aura qu'une
connaissance très imparfaite des difficultés que les Grecs eurent à surmonter.
Cyrus, ayant subjugué la Médie, marcha de conquêtes en conquêtes. Cette
puissance formidable donna de l'inquiétude à Crésus. Il voulut la réprimer, et
par là il attira sur lui les armes de Cyrus ; il fut battu, et son pays fut
conquis. C'était une occasion pour faire connaître les Lydiens. Hérodote la
laissa d'autant moins échapper, qu'il était bon de donner au moins un aperçu de
ces princes qui avaient soumis la plupart des Grecs établis en Asie. Cependant,
comme il ne perdait jamais de vue le plan de son Histoire, il ne dit que deux
mots de l'origine du royaume de Lydie, de ses progrès et de sa destruction.
Cyrus, après cette conquête, laisse à ses généraux le soin de soumettre les
Grecs asiatiques ; il marche en personne contre les Babyloniens et les peuples
de leur dépendance, et les subjugue. Hérodote ne s'arrête quelques instants que
sur les objets les plus importants et les plus intéressants. Aussi ne parle-t-il
ni des Bactriens ni des Saces, que Cyrus avait subjugués. S'il s'étend davantage
sur les Massagètes, c'est que la guerre que leur fit Cyrus lui fut très funeste,
et qu'il périt dans un combat qu'il leur livra.
Cambyse, son fils, lui succéda. Fier de sa puissance, il marcha en Égypte. Ce
pays était alors le plus célèbre qu'il y eût dans le monde ; et les Grecs
commençaient à y voyager, plus cependant pour les intérêts de leur commerce que
par curiosité et par le désir de s'instruire, quoique ces deux derniers motifs y
eussent beaucoup de part. Il était donc de la dernière importance de leur donner
une connaissance de ce pays singulier, de ses productions, des moeurs et de la
religion de ses habitants, avec un récit succinct de ses rois. Hérodote y a
employé son second livre. L'Égypte soumise, Cambyse marcha contre le faux
Smerdis, qui s'était révolté contre lui ; il périt par un accident. Peu de temps
après sa mort, on découvrit la fourberie du mage Smerdis ; il fut massacré, et
l'on élut pour roi Darius. Ce prince remit sous le joug les Babyloniens qui
s'étaient révoltés, et, comme il était très ambitieux , il voulut asservir les
Scythes. Ces peuples n'étaient alors connus que par leurs voisins, et par les
Grecs établis dans les villes limitrophes de la Scythie. Les Scythes étaient
alors pour les Grecs un objet de curiosité d'autant plus piquant, qu'il y avait
déjà en Thrace et sur les bords du Pont-Euxin, tant en Europe qu'en Asie, des
colonies grecques. Si notre historien ne s'est pas étendu sur ces peuples avec
la même complaisance que sur les Égyptiens, du moins l'a-t-il fait avec assez
d'étendue pour donner aux Grecs une idée de la forme de leur gouvernement et de
leurs moeurs, avec une description succincte de leur pays. Cette description est
si exacte, qu'elle se trouve confirmée dans la plupart de ses points par la
relation de ceux d'entre les modernes qui ont voyagé dans la Bulgarie, la
Moldavie, la Bessarabie, le Czernigow, l'Ukraine, la Crimée, et chez les
Cosaques du Don. Darius fut obligé de repasser honteusement dans ses États. Les
ioniens, qui ne savaient ni être libres ni être esclaves, se révoltèrent. Ils
s'étalent assurés des secours des Athéniens, qui cependant ne leur en donnèrent
que de médiocres. Avec ces secours, ils s'emparèrent de Sardes, et y mirent le
feu. Darius, ayant appris la part que les Athéniens avaient eue à la prise et à
l'incendie de cette ville, jura de s'en venger. Il commença par remettre sous le
joug les Ioniens. Les Ioniens soumis, il envoya contre les Athéniens une armée
formidable. Les Perses furent battus à Marathon. A cette nouvelle, Darius,
furieux, fit des préparatifs encore plus considérables. Mais sur ces entrefaites
l'Égypte s'étant soulevée, il fallut la réduire. La révolte de l'Égypte n'avait
fait que suspendre la vengeance de Darius. Ce pays ne fut pas plutôt soumis,
qu'il reprit le dessein de châtier les Athéniens ; mais sa mort, qui survint peu
après, en suspendit l'exécution. Xerxès, son fils et son successeur, qui n'était
ni moins ambitieux ni moins vindicatif que son père, non content de châtier les
Athéniens, voulut encore subjuguer le reste de la Grèce. Résolu de marcher en
personne contre les Grecs, il leva l'armée la plus nombreuse et la plus
formidable dont on ait jamais entendu parler. Il équipa une flotte considérable,
et pendant plu-sieurs années il ne s'occupa qu'a faire transporter dans les
villes frontières de la Grèce les blés et les vivres nécessaires à la
subsistance de cette multitude innombrable d'hommes. Il reçut d'abord un échec
au pas des Thermopyles. Sa flotte ayant ensuite été battue à Salamine, il
repassa honteusement en Asie ; mais, ayant laissé Mardonius en Grèce avec
l'élite de ses troupes, ce général, vaincu à Platée, périt dans l'action avec la
plus grande partie de son armée. Le jour même de la bataille de Platée, il se
livra à Mycale, en Carie, un sanglant combat. Les Grecs y remportèrent une
victoire signalée.
C'est ici qu'Hérodote termine son Histoire. On voit, parce court exposé, qu'il y
a dans toutes les parties de ce bel ouvrage une liaison intime ; qu'on n'en peut
retrancher aucune sans répandre de l'obscurité sur les autres ; que notre
historien marche avec rapidité, et que s'il s'arrête quelquefois en chemin, ce
n'est que pour ménager l'attention de ses lecteurs, et pour les instruire
agréablement de tout ce qu'il leur importait de savoir.
LARCHER.
Vie d'Hérodote
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