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AMMIEN MARCELLIN HISTOIRE DE ROME LIVRE XIV
Traduction: Collection des Auteurs latins publiés sous la direction de M. NISARD, Ammien Marcellin, Jornandès, ... , Paris Firmin Didot, 1860
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LIBER XIV I 1. Post emensos insuperabilis expeditionis eventus (01) languentibus partium animis, quas periculorum varietas fregerat et laborum, nondum tubarum cessante clangore vel milite locato per stationes hibernas, fortunae saevientis procellae tempestates alias rebus infudere communibus per multa illa et dira facinora Caesaris (02) Galli (03), qui ex squalore imo miseriarum in aetatis adultae primitiis ad principale culmen insperato saltu provectus ultra terminos potestatis delatae procurrens asperitate nimia cuncta foedabat. propinquitate enim regiae stirpis gentilitateque etiam tum Constantini nominis efferebatur in fastus, si plus valuisset, ausurus hostilia in auctorem suae felicitatis, ut videbatur. 2. Cuius acerbitati uxor grave accesserat incentivum, germanitate Augusti turgida supra modum, quam Hannibaliano regi fratris filio (04) antehac Constantinus iunxerat pater, Megaera quaedam mortalis, inflammatrix saevientis adsidua, humani cruoris avida nihil mitius quam maritus; qui paulatim eruditiores facti processu temporis ad nocendum per clandestinos versutosque rumigerulos conpertis leviter addere quaedam male suetos falsa et placentia sibi discentes, adfectati regni vel artium nefandarum calumnias insontibus adfligebant. 3. eminuit autem inter humilia supergressa iam impotentia fines mediocrium delictorum nefanda Clematii cuiusdam Alexandrini nobilis mors repentina; cuius socrus cum misceri sibi generum, flagrans eius amore, non impetraret, ut ferebatur, per palatii pseudothyrum introducta, oblato pretioso reginae monili id adsecuta est, ut ad Honoratum tum comitem orientis formula missa letali omnino scelere nullo contactus idem Clematius nec hiscere nec loqui permissus occideretur. 4. Post hoc impie perpetratum quod in aliis quoque iam timebatur, tamquam licentia crudelitati indulta per suspicionum nebulas aestimati quidam noxii damnabantur. quorum pars necati, alii puniti bonorum multatione actique laribus suis extorres nullo sibi relicto praeter querelas et lacrimas, stipe conlaticia victitabant, et civili iustoque imperio ad voluntatem converso cruentam, claudebantur opulentae domus et clarae. 5. nec vox accusatoris ulla licet subditicii in his malorum quaerebatur acervis ut saltem specie tenus crimina praescriptis legum committerentur, quod aliquotiens fecere principes saevi: sed quicquid Caesaris implacabilitati sedisset, id velut fas iusque perpensum confestim urgebatur impleri. 6. excogitatum est super his, ut homines quidam ignoti, vilitate ipsa parum cavendi ad colligendos rumores per Antiochiae latera (05) cuncta destinarentur relaturi quae audirent. hi peragranter et dissimulanter honoratorum circulis adsistendo pervadendoque divites domus egentium habitu quicquid noscere poterant vel audire latenter intromissi per posticas in regiam nuntiabant, id observantes conspiratione concordi, ut fingerent quaedam et cognita duplicarent in peius, laudes vero supprimerent Caesaris, quas invitis conpluribus formido malorum inpendentium exprimebat. 7. Et interdum acciderat, ut siquid in penetrali secreto nullo citerioris vitae ministro praesente paterfamilias uxori susurrasset in aurem, velut Amphiarao referente aut Marcio (07), quondam vatibus inclitis, postridie disceret imperator. ideoque etiam parietes arcanorum soli conscii timebantur. 8. Adolescebat autem obstinatum propositum erga haec et similia multa scrutanda, stimulos admovente regina, quae abrupte mariti fortunas trudebat in exitium praeceps, cum eum potius lenitate feminea ad veritatis humanitatisque viam reducere utilia suadendo deberet, ut in Gordianorum actibus (08) factitasse Maximini truculenti (09) illius imperatoris rettulimus coniugem. 9. Novo denique perniciosoque exemplo idem Gallus ausus est inire flagitium grave, quod Romae cum ultimo dedecore temptasse aliquando dicitur Gallienus, et adhibitis paucis clam ferro succinctis vesperi per tabernas palabatur et conpita quaeritando Graeco sermone, cuius erat inpendio gnarus, quid de Caesare quisque sentiret. et haec confidenter agebat in urbe ubi pernoctantium luminum claritudo (06) dierum solet imitari fulgorem. postremo agnitus saepe iamque, si prodisset, conspicuum se fore contemplans, non nisi luce palam egrediens ad agenda quae putabat seria cernebatur. et haec quidem medullitus multis gementibus agebantur. 10. Thalassius vero ea tempestate praefectus praetorio praesens (10) ipse quoque adrogantis ingenii, considerans incitationem eius ad multorum augeri discrimina, non maturitate vel consiliis mitigabat, ut aliquotiens celsae potestates iras principum molliverunt, sed adversando iurgandoque cum parum congrueret, eum ad rabiem potius evibrabat, Augustum actus eius exaggerando creberrime (11) docens, idque, incertum qua mente, ne lateret adfectans. quibus mox Caesar acrius efferatus, velut contumaciae quoddam vexillum altius erigens, sine respectu salutis alienae vel suae ad vertenda opposita instar rapidi fluminis irrevocabili impetu ferebatur. |
LIVRE XIV I. 1. On avait traversé les hasards d'une lutte interminable, et l'abattement s'emparait des deux partis après cette succession terrible d'efforts et de périls. Mais les sons de la trompette n'avaient pas cessé, les troupes n'étaient pas rentrées dans leurs cantonnements, que déjà le courroux non désarmé de la fortune ouvrait à l'État une série nouvelle de calamités, par les forfaits du César Gallus. D'un excès d'abaissement monté bien jeune encore, et par un retour inespéré du sort, au plus haut rang après le rang suprême, ce prince franchit bientôt les limites du pouvoir qui lui était confié, et souilla toute son administration par des actes d'une cruauté sauvage. L'éclat d'une parenté avec la famille impériale, rehaussé du nom de Constance, dont il venait d'être décoré, exaltait au plus haut degré son arrogance, et il était visible pour tous que la force seule lui manquait pour porter ses fureurs jusqu'à l'auteur même de son élévation. 2. Sa femme, par ses conseils, irritait encore ses féroces instincts. Fille de Constantin, qui l'avait, en premières noces, mariée au roi Annibalien, son neveu, elle était démesurément enorgueillie d'appeler l'empereur régnant son frère. C'était Mégère incarnée: non moins altérée que son mari du sang humain, sans cesse elle excitait son penchant à le répandre. L'àge chez un tel couple ne fit que développer de plus en plus la science du mal. Il s'était organisé une police ténébreuse, composée des agents les plus perfidement habiles à tout envenimer dans des rapports de complaisance; et c'était par ces sourdes manoeuvres que les accusations de se livrer à la magie ou de prétendre au trône allaient frapper les têtes les plus innocentes. 3. La soudaine catastrophe de Clémace, personnage éminent d'Alexandrie, marque surtout l'essor d'une tyrannie qui ne s'arrête plus aux crimes vulgaires. La belle-mère de ce dernier, éprise, dit-on, pour lui d'une vive passion, et n'ayant pu l'amener à y répondre, était parvenue à se glisser dans le palais par une entrée secrète; et là, faisant briller aux yeux de la reine un collier du plus grand prix , avait obtenu qu'un ordre d'exécution fût dépêché à Honorat, comte d'Orient. L'ordre reçu, Clémace, à qui l'on n'avait rien à imputer, est mis à mort avant d'avoir pu même ouvrir la bouche. 4. Après cet acte inouï, symptôme d'un arbitraire sans frein, chacun dut trembler pour d'autres victimes. En effet, sur l'ombre même d'un soupçon, les arrêts de mort, les confiscations se multiplièrent. Les infortunés qu'on arrachait à leurs pénates, sans leur laisser que la plainte et les larmes, en étaient réduits pour vivre à errer, tendant la main ; et jusqu'aux simples prescriptions de l'ordre public devenaient les auxiliaires d'un pouvoir impitoyable, en fermant à ces malheureux les portes des riches et des grands. On dédaignait de s'entourer des plus ordinaires précautions de la tyrannie. 5. Pas un accusateur, même d'office, ne fit entendre sa voix subornée, ne fût-ce que pour jeter sur cet amas d'énormités une ombre de formes juridiques. Ce qu'une volonté de fer avait dicté était tenu pour légal et pour juste, et l'exécution suivait de près la sentence. On imagina encore de ramasser des gens sans aveu, de condition trop vile pour attirer l'attention de personne; et on les envoyait à la découverte dans chaque rue d'Antioche. 6. Ces misérables allaient, venaient d'un air d'indifférence, se mêlant surtout aux groupes des gens de distinction, pénétrant dans les maisons riches sous prétexte d'obtenir une aumône. La tournée finie, chacun d'eux rentrant au palais par quelque porte dérobée, y faisait rapport de ce qu'il avait entendu ou recueilli de la seconde main. Un concert remarquable existait entre ces relations, d'abord pour mentir ou amplifier du double, ensuite pour supprimer toute expression laudative que la terreur aurait pu arracher de quelques bouches. 7. Plus d'une fois il arriva qu'un mot dit à l'oreille, dans le secret de l'intimité, par un mari à sa femme, même sans témoin domestique, fut le lendemain su par César, qui semblait posséder les facultés divinatoires des Amphiaraüs et des Marcius d'autrefois. On en vint à craindre d'avoir les murs même pour confidents. 8. Cette fureur d'inquisition était encore aiguillonnée par la reine, qui semblait pousser impatiemment la fortune de son mari vers le précipice. Mieux inspirée, elle eût exercé pour le faire rentrer dans les voies de la clémence et de la vérité ce don de persuasion que la nature a donné à son sexe. Elle avait un beau modèle à suivre dans la femme de l'empereur Maximin, cette princesse que l'histoire des deux Gordiens a montrée constamment occupée du soin d'adoucir son féroce époux. 9. On vit Gallus, en dernier lieu, ne pas reculer devant un moyen périlleux autant qu'infâme, et dont Gallien, dit-on, avait fait jadis l'essai à Rome, au grand déshonneur de son administration. C'était de parcourir sur le soir les carrefours et les tavernes avec un petit nombre de satellites qui cachaient des épées sous leurs robes, s'enquérant à chacun en grec, langue dont l'usage lui était familier, de ce qu'on pensait de César. Voilà ce qu'il osa faire au milieu d'une ville ou l'éclairage de nuit rivalise avec la clarté du jour. A la longue cependant l'incognito s'éventa. Gallus, voyant alors qu'il ne pouvait mettre le pied dehors sans être reconnu, ne se permit plus d'excursions qu'en plein jour, et seulement quand il se croyait appelé par un intérêt sérieux. Mais l'impression de dégoût causée par une telle pratique n'en fut pas moins longtemps à s'effacer. 10. Thalasse, alors préfet du prétoire en assistance, esprit non moins intraitable que le prince, spéculait en quelque sorte sur l'irritation de cette nature farouche, pour la pousser à plus d'excès. Au lieu de chercher à ramener son maître par la douceur et la raison, comme l'ont parfois tenté avec succès ceux qui approchent les dépositaires du pouvoir, il prenait, au moindre dissentiment, une attitude d'opposition et de contrôle qui ne manquait pas de provoquer des accès de rage. Thalasse écrivait souvent à l'empereur, exagérant encore le mal, et affectant, on ne sait dans quelle vue, de faire que Gallus sût qu'il agissait ainsi. Grand surcroît d'exaspération pour ce dernier, qui se précipitait alors, à tout hasard, contre l'obstacle, et ne s'arrétait, non plus qu'un torrent; dans la voie de révolte où il s'était lancé. |
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II 1. Nec sane haec sola pernicies orientem diversis cladibus adfligebat. Namque et Isauri (12), quibus est usitatum saepe pacari saepeque inopinis excursibus cuncta miscere, ex latrociniis occultis et raris, alente inpunitate adulescentem in peius audaciam ad bella gravia proruperunt, diu quidem perduelles spiritus inrequietis motibus erigentes, hac tamen indignitate perciti vehementer, ut iactitabant, quod eorum capiti quidam consortes apud Iconium (13) Pisidiae oppidum in amphitheatrali spectaculo feris praedatricibus obiecti sunt praeter morem. 2. Atque, ut Tullius ait (14), ut etiam ferae fame monitae plerumque ad eum locum ubi aliquando pastae sunt revertuntur, ita homines instar turbinis degressi montibus impeditis et arduis loca petivere mari confinia, per quae viis latebrosis sese convallibusque occultantes cum appeterent noctes luna etiam tum cornuta ideoque nondum solido splendore fulgente nauticos observabant quos cum in somnum sentirent effusos per ancoralia, quadrupedo gradu repentes seseque suspensis passibus iniectantes in scaphas eisdem sensim nihil opinantibus adsistebant et incendente aviditate saevitiam ne cedentium quidem ulli parcendo obtruncatis omnibus merces opimas velut viles nullis repugnantibus avertebant. Haecque non diu sunt perpetrata. 3. Cognitis enim pilatorum caesorumque funeribus nemo deinde ad has stationes appulit navem, sed ut Scironis praerupta letalia (15) declinantes litoribus Cypriis contigui navigabant, quae Isauriae scopulis sunt controversa. 4. Procedente igitur mox tempore cum adventicium nihil inveniretur, relicta ora maritima in Lycaoniam adnexam Isauriae se contulerunt ibique densis intersaepientes itinera praetenturis provincialium et viatorum opibus pascebantur. 5. Excitavit hic ardor milites per municipia plurima, quae isdem conterminant, dispositos et castella, sed quisque serpentes latius pro viribus repellere moliens, nunc globis confertos, aliquotiens et dispersos multitudine superabatur ingenti, quae nata et educata inter editos recurvosque ambitus montium eos ut loca plana persultat et mollia, missilibus obvios eminus lacessens et ululatu truci perterrens. 6. Coactique aliquotiens nostri pedites ad eos persequendos scandere clivos sublimes etiam si lapsantibus plantis fruticeta prensando vel dumos ad vertices venerint summos, inter arta tamen et invia nullas acies explicare permissi nec firmare nisu valido gressus: hoste discursatore rupium abscisa volvente, ruinis ponderum inmanium consternuntur, aut ex necessitate ultima fortiter dimicante, superati periculose per prona discedunt. 7. Quam ob rem circumspecta cautela observatum est deinceps et cum edita montium petere coeperint grassatores, loci iniquitati milites cedunt. ubi autem in planitie potuerint reperiri, quod contingit adsidue, nec exsertare lacertos nec crispare permissi tela, quae vehunt bina vel terna, pecudum ritu inertium trucidantur. 8. Metuentes igitur idem latrones Lycaoniam magna parte campestrem cum se inpares nostris fore congressione stataria documentis frequentibus scirent, tramitibus deviis petivere Pamphyliam diu quidem intactam sed timore populationum et caedium, milite per omnia diffuso propinqua, magnis undique praesidiis conmunitam. 9. Raptim igitur properantes ut motus sui rumores celeritate nimia praevenirent, vigore corporum ac levitate confisi per flexuosas semitas ad summitates collium tardius evadebant. et cum superatis difficultatibus arduis ad supercilia venissent fluvii Melanis (16) alti et verticosi, qui pro muro tuetur accolas circumfusus, augente nocte adulta terrorem quievere paulisper lucem opperientes. Arbitrabantur enim nullo inpediente transgressi inopino adcursu adposita quaeque vastare, sed in cassum labores pertulere gravissimos. 10. Nam sole orto magnitudine angusti gurgitis sed profundi a transitu arcebantur et dum piscatorios quaerunt lenunculos vel innare temere contextis cratibus parant, effusae legiones, quae hiemabant tunc apud Siden (18), isdem impetu occurrere veloci. Et signis prope ripam locatis ad manus comminus conserendas denseta scutorum conpage semet scientissime praestruebant, ausos quoque aliquos fiducia nandi vel cavatis arborum truncis amnem permeare latenter facillime trucidarunt. 11. Unde temptatis ad discrimen ultimum artibus multum cum nihil impetraretur, pavore vique repellente extrusi et quo tenderent ambigentes venere prope oppidum Laranda. 12. Ibi victu recreati et quiete, postquam abierat timor, vicos opulentos adorti equestrium adventu cohortium, quae casu propinquabant, nec resistere planitie porrecta conati digressi sunt retroque concedentes omne iuventutis robur relictum in sedibus acciverunt. 13. Et quoniam inedia gravi adflictabantur, locum petivere Paleas nomine (17), vergentem in mare, valido muro firmatum, ubi conduntur nunc usque commeatus distribui militibus omne latus Isauriae defendentibus adsueti. circumstetere igitur hoc munimentum per triduum et trinoctium et cum neque adclivitas ipsa sine discrimine adiri letali, nec cuniculis quicquam geri posset, nec procederet ullum obsidionale commentum, maesti excedunt postrema vi subigente maiora viribus adgressuri. 14. Proinde concepta rabie saeviore, quam desperatio incendebat et fames, amplificatis viribus ardore incohibili in excidium urbium matris Seleuciae (19) efferebantur, quam comes tuebatur Castricius tresque legiones bellicis sudoribus induratae. 15. Horum adventum praedocti speculationibus fidis rectores militum tessera data sollemni armatos omnes celeri eduxere procursu et agiliter praeterito Calycadni fluminis ponte (20), cuius undarum magnitudo murorum adluit turres, in speciem locavere pugnandi. Neque tamen exiluit quisquam nec permissus est congredi. formidabatur enim flagrans vesania manus et superior numero et ruitura sine respectu salutis in ferrum. 16. Viso itaque exercitu procul auditoque liticinum cantu, represso gradu parumper stetere praedones exsertantesque minaces gladios postea lentius incedebant. 17. Quibus occurrere bene pertinax miles explicatis ordinibus parans hastisque feriens scuta qui habitus iram pugnantium concitat et dolorem proximos iam gestu terrebat sed eum in certamen alacriter consurgentem revocavere ductores rati intempestivum anceps subire certamen cum haut longe muri distarent, quorum tutela securitas poterat in solido locari cunctorum. 18. Hac ita persuasione reducti intra moenia bellatores obseratis undique portarum aditibus, propugnaculis insistebant et pinnis, congesta undique saxa telaque habentes in promptu, ut si quis se proripuisset interius, multitudine missilium sterneretur et lapidum. 19. Illud tamen clausos vehementer angebat quod captis navigiis, quae frumenta vehebant per flumen, Isauri quidem alimentorum copiis adfluebant, ipsi vero solitarum rerum cibos iam consumendo inediae propinquantis aerumnas exitialis horrebant. 20. Haec ubi latius fama vulgasset missaeque relationes adsiduae Gallum Caesarem permovissent, quoniam magister equitum longius ea tempestate distinebatur, iussus comes orientis Nebridius contractis undique militaribus copiis ad eximendam periculo civitatem amplam et oportunam studio properabat ingenti, quo cognito abscessere latrones nulla re amplius memorabili gesta, dispersique ut solent avia montium petiere celsorum. |
II. 1. D'autres calamités affligeaient encore l'Orient à cette époque. On commît l'habitude inquiète des Isauriens: tantôt dans un état de calme apparent, et tantôt répandant partout la désolation par leurs courses inopinées, quelques actes de déprédation tentés furtivement de loin en loin leur ayant réussi, ils s'enhardirent par l'impunité jusqu'à se lancer dans une agression sérieuse. Ces hostilités jusque-là n'avaient eu que leur turbulence pour cause. Cette fois, et avec une sorte de jactance, ils mettaient en avant le sentiment national, révolté par un outrage insigne. Des prisonniers isauriens (chose inouïe!), avaient été livrés aux bêtes dans l'amphithéâtre d'Iconium en Pisidie:
2.
« La faim, a dit Cicéron, ramène les animaux féroces où ils ont une fois trouvé pâture. » Des masses de ces barbares désertent donc leurs rocs inaccessibles , et viennent, comme l'ouragan, s'abattre sur les côtes. Cachés dans le fond des ravins ou de creux vallons, ils épiaient l'arrivée des bâtiments de commerce, attendant pour agir que la nuit fût venue. La lune, alors dans le croissant, ne leur prêtait qu'assez de lumière pour observer, sans que leur présence fut trahie. Dés qu'ils supposaient les marins endormis, ils se hissaient des pieds et des mains le long des câbles d'ancrage, escaladaient sans bruit les embarcations, et prenaient ainsi les équipages à l'improviste. Excitée par l'appât du gain, leur férocité n'accordait de quartier à personne, et, le massacre terminé, faisait, sans choisir, main basse sur tout le butin. 3. On finit par découvrir les cadavres de ceux qu'ils avaient tués et dépouillés, et dès lors nul ne voulut relâcher. dans ces parages. Les navires évitaient la côte d'Isaurie comme jadis les sinistres rochers de Sciron, et rangeaient de concert le littoral opposé de l'île de Chypre. 4. Cette défiance se prolongeant, les Isauriens quittèrent la plage qui ne leur offrait plus d'occasion de capture, pour se jeter sur le territoire de leurs voisins de Lycaonie. Là, interceptant les routes par de fortes barricades, ils rançonnaient pour vivre tout ce qui passait, habitants ou voyageurs. 5. Il y eut alors un mouvement de colère parmi les troupes romaines cantonnées dans les municipes nombreux du pays , ou dans les forts de la frontière. Mais l'invasion néanmoins ne laissait pas de s'étendre; car dans les premiers engagements qui eurent lieu, soit avec le gros des barbares, soit avec leurs partis détachés, les nôtres, partout inférieurs en nombre, ne combattirent qu'avec désavantage des ennemis nés et nourris au milieu des montagnes, gravissant toutes leurs aspérités avec la même aisance que nous marchons en plaine, et qui tantôt vous accablent de loin sous une grêle de traits , tantôt sèment l'épouvante par d'affreux hurlements. 6. Souvent nos soldats, forcés pour les suivre d'escalader des pentes abruptes, en glissant et en s'accrochant aux ronces et aux broussailles des rochers, voyaient tout à coup, après avoir gagné quelque pic élevé, le terrain leur manquer pour se développer et manoeuvrer de pied ferme. Il fallait alors redescendre, au hasard d'être atteints par les quartiers de roches que l'ennemi, présent sur tous les points, faisait rouler sur leurs têtes; ou, s'il y avait nécessité de faire halte et de combattre, se résigner à périr sur place, écrasés par la chute de ces blocs monstrueux. 7. Finalement, on eut recours à une tactique mieux entendue : c'était d'éviter d'en venir aux mains tant que l'ennemi offrirait le combat sur les hauteurs, mais de tomber dessus, comme sur un vil troupeau, dès qu'il se montrerait en rase campagne. Des partis d'Isauriens s'y risquèrent souvent, et furent chaque fois taillés en pièces avant qu'un seul homme eût pu se mouvoir, ou brandir l'un des deux ou trois javelots dont ce peuple marche ordinairement armé. 8. Ces brigands commencèrent alors à regarder comme dangereuse l'occupation de la Lycaonie; car c'est généralement un pays de plaines, et plus d'une expérience leur avait démontré qu'ils ne pouvaient tenir contre nous en bataille rangée. Ils prennent donc des routes détournées, et pénètrent en Pamphilie, contrée intacte depuis longtemps, mais que la crainte de l'invasion et de ses désastres avait fait couvrir de postes militaires très rapprochés, et de fortes garnisons. 9. Comptant sur la vigueur de leurs corps et l'agilité de leurs membres, ils s'étaient flattés de prévenir, par une marche forcée, la nouvelle de leur irruption; mais les sinuosités du chemin qu'ils s'étaient tracé, et l'élévation des crêtes à franchir, leur prirent plus de temps qu'ils n'avaient pensé. Et lorsque, surmontant ces premiers obstacles, ils arrivèrent aux escarpements da fleuve Mélas, dont le lit, profondément encaissé, forme une sorte de circonvallation autour de la contrée, la peur s'empara d'eux, d'autant plus qu'il était nuit close; et il fallut faire halte jusqu'au jour. Ils avaient compté passer le fleuve sans coup férir, puis tout surprendre et ravager à l'autre bord. Mais il leur restait à subir de rudes épreuves, et en pure perte. 10. Au lever du jour, ils voient devant eux des rives ardues, un canal étroit mais profond, qu'il faut renoncer à franchir à la nage. Tandis qu'ils cherchent à se procurer des barques de pêcheurs, ou fabriquent à la hàte des radeaux en joignant ensemble des troncs d'arbres, les légions, qui hivernaient dans les environs de Sida, se portent en un clin d'oeil sur la rive opposée, y plantent résolument leurs aigles, et, improvisant un rempart de leurs boucliers habilement joints, n'eurent plus qu'à tailler en pièces tout ce qui se hasarda sur les radeaux, ou tenta le passage à l'aide des troncs d'arbres creusés. 11. Les Isauriens, après s'être épuisés en efforts inutiles, cédèrent à la crainte autant qu'à la force; et, marchant à l'aventure, arrivèrent à Laranda, où ils passèrent quelque temps à se ravitailler et à se refaire. 12. Revenus enfin de leur effroi, ils allaient tomber sur les riches bourgades des environs, quand l'approche fortuite d'un détachement de cavalerie, dont ils n'osèrent soutenir le choc dans une plaine, les contraignit de faire retraite. Tout en se repliant néanmoins, ils ne laissèrent pas de convoquer l'arrière-ban de leur jeunesse en état de porter les armes. 13. La faim, dont ils éprouvaient de nouveau les extrémités, les amène ensuite devant une ville nommée Paléa, voisine de la mer, et ceinte de fortes murailles: c'est encore aujourd'hui le magasin central des subsistances du corps d'occupation de l'Isaurie. Ils furent arrêtés devant cette forteresse trois jours et autant de nuits. Mais comme la place est sur un plateau qu'on ne peut escalader qu'à découvert, et que ni les travaux de mine ni aucun autre moyen de guerre n'était pour eux praticable, ils levèrent le siège, la douleur dans l'âme, mais poussés par la nécessité à tenter ailleurs quelque grand coup. 14. Cet échec avait redoublé leur rage, aiguillonnée déjà par le désespoir et la faim. Bientôt toute cette masse, grossie des nouvelles recrues, s'élance avec une impétuosité irrésistible pour saccager la ville métropole de Séleucie. Le comte Castrice occupait alors cette place avec trois légions de vétérans aguerris. 15. Au signal de leurs chefs, avertis à propos de l'approche des Isauriens, les troupes, aussitôt sur pied, font en avant un mouvement rapide, et, passant à la course le pont du fleuve Calicadne, dont les profondes eaux baignent le pied des tours qui protègent la ville, vont se ranger en bataille sur l'autre bord. Défenses furent faites néanmoins d'escarmoucher et de sortir des rangs; car tout était à redouter de l'aveugle furie de ces bandes, supérieures en nombre, et toujours prêtes à se jeter, au mépris de la vie, jusque sur la pointe de nos armes. 16. Toutefois le son lointain des clairons et l'aspect d'une force régulière refroidirent un peu l'ardeur des barbares. Ils font halte, puis s'ébranlent de nouveau, mais cette fois d'un pas mesuré, et brandissant de loin leurs glaives d'un air de menace. 17. Les nôtres, pleins de résolution, voulaient marcher à l'ennemi enseignes déployées, et frappaient de leurs piques sur leurs boucliers; moyen d'excitation toujours efficacement employé chez les soldats, et qui déjà produisait l'effet opposé chez leurs adversaires. Mais les chefs arrêtèrent cet élan: ils avaient réfléchi sur l'inconséquence de s'engager à découvert, quand on avait derrière soi l'abri de fortes murailles. 18. On fait donc rentrer les troupes, qui sont distribuées sur les terrasses et postées aux créneaux avec provision de toute espèce de projectiles, afin d'accabler, sous une grêle de pierres et de traits, tout ce qui se montrerait à portée. 19. Les assiégés, cependant, avaient un grave sujet d'inquiétude. L'abondance régnait chez les Isauriens, qui avaient pu s'emparer des bateaux de l'approvisionnement des grains; tandis qu'au dedans des murs, les ressources ordinaires s'épuisant par la consommation de chaque jour, on se voyait menacé prochainement de toutes les horreurs de la famine. 20. Le bruit de ces événements se répandit, et dépêches sur dépêches en portèrent les détails à la connaissance de Gallus. Le prince s'en émut; et comme le général de la cavalerie était occupé au loin, il enjoignit à Nébride, comte d'Orient, de rassembler des forces de tous côtés, pour dégager à tout prix une possession si importante et par la grandeur de la ville et par les avantages de sa situation. A cette nouvelle, les Isauriens décampent; puis, sans rien tenter de plus qui soit digne de remarque, ils se dispersent, suivant leur tactique ordinaire, et regagnent leurs monts inaccessibles |
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III 1. Eo adducta re per Isauriam, rege Persarum (21) bellis finitimis inligato repellenteque a conlimitiis suis ferocissimas gentes, quae mente quadam versabili hostiliter eum saepe incessunt et in nos arma moventem aliquotiens iuvant, Nohodares quidam nomine e numero optimatum, incursare Mesopotamiam (22) quotiens copia dederit ordinatus, explorabat nostra sollicite, si repperisset usquam locum vi subita perrupturus. 2. Et quia Mesopotamiae tractus omnes crebro inquietari sueti praetenturis et stationibus servabantur agrariis, laevorsum flexo itinere Osdroenae subsederat extimas partes (23), novum parumque aliquando temptatum commentum adgressus. quod si impetrasset, fulminis modo cuncta vastarat. erat autem quod cogitabat huius modi. 3. Batnae (24) municipium in Anthemusia (25) conditum Macedonum manu priscorum ab Euphrate flumine brevi spatio disparatur, refertum mercatoribus opulentis, ubi annua sollemnitate prope Septembris initium mensis ad nundinas magna promiscuae fortunae convenit multitudo ad commercanda quae Indi mittunt et Seres (26) aliaque plurima vehi terra marique consueta. 4. Hanc regionem praestitutis celebritati diebus invadere parans dux ante edictus per solitudines Aboraeque amnis (27) herbidas ripas, suorum indicio proditus, qui admissi flagitii metu exagitati ad praesidia descivere Romana. Absque ullo egressus effectu deinde tabescebat immobilis. |
III. 1. Les choses en étaient là du côté de l'Isaurie. Le roi de Perse alors se trouvait engagé de sa personne dans une guerre de frontières avec des peuplades belliqueuses qui tour à tour, suivant le caprice du moment, sont pour lui des voisins hostiles ou des auxiliaires contre nous. Mais l'un de ses grands officiers, nommé Nohodarès, avait mission de harasser la Mésopotamie, et surveillait nos mouvements avec une inquiète vigilance, épiant le moment propice pour une irruption. 2. Nobodarès, qui savait que cette contrée, constamment exposée aux insultes, était gardée dans toutes les directions par des postes et des ouvrages de défense, crut devoir faire un circuit sur la gauche, et alla s'embusquer sur la lisière de l'Osdroène; manoeuvre dont il est peu d'exemples, et qui, si elle eût réussi, aurait eu les effets de la foudre. On va pouvoir en juger. 3. A peu de distance de l'Euphrate, en Mésopotamie, on trouve Batné, fondée autrefois par les Macédoniens, aujourd'hui ville municipale. C'est la résidence d'un grand nombre de riches négociants, et le centre d'un commerce très actif, tant en produits de l'Inde et de la Sérique, qu'en denrées de toute provenance qui affluent sur ce marché par terre et par mer, et chaque année, dans les premiers jours de septembre, y attirent en foule des trafiquants de tous degrés. 4. C'étaient précisément ces jours d'encombrement et de tumulte que Nohodarès avait marqués pour un coup de main. Il attendait le moment, caché parmi les hautes herbes des rives solitaires de l'Aboras; mais sa présence nous fut révélée par quelques-uns des siens que la crainte d'un châtiment avait fait déserter. Dès lors il abandonna son embuscade sans oser frapper un seul coup, et parut s'endormir dans une complète inaction. |
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IV 1. Saraceni (28) tamen nec amici nobis umquam nec hostes optandi, ultro citroque discursantes quicquid inveniri poterat momento temporis parvi vastabant milvorum rapacium similes, qui si praedam dispexerint celsius, volatu rapiunt celeri, aut nisi impetraverint, non inmorantur. 2. Super quorum moribus licet in actibus principis Marci (29) et postea aliquotiens memini rettulisse, tamen nunc quoque pauca de isdem expediam carptim. 3. Apud has gentes, quarum exordiens initium ab Assyriis ad Nili cataractas porrigitur et confinia Blemmyarum (30), omnes pari sorte sunt bellatores seminudi coloratis sagulis pube tenus amicti, equorum adiumento pernicium graciliumque camelorum per diversa se raptantes, in tranquillis vel turbidis rebus: nec eorum quisquam aliquando stivam adprehendit vel arborem colit aut arva subigendo quaeritat victum, sed errant semper per spatia longe lateque distenta sine lare sine sedibus fixis aut legibus: nec idem perferunt diutius caelum aut tractus unius soli illis umquam placet. 4. Vita est illis semper in fuga uxoresque mercenariae conductae ad tempus ex pacto atque, ut sit species matrimonii, dotis nomine futura coniunx hastam et tabernaculum offert marito, post statum diem si id elegerit discessura, et incredibile est quo ardore apud eos in venerem uterque solvitur sexus. 5. Ita autem quoad vixerint, late palantur, ut alibi mulier nubat, in loco pariat alio liberosque procul educat nulla copia quiescendi permissa. 6. Victus universis caro ferina est lactisque abundans copia qua sustentantur, et herbae multiplices et siquae alites capi per aucupium possint, et plerosque mos vidimus frumenti usum et vini penitus ignorantes (31). 7. Hactenus de natione perniciosa. nunc ad textum propositum revertamur. |
IV. 1. D'un autre côté, les Sarrasins, que je ne nous souhaite ni pour amis ni pour ennemis, se montraient soudain, tantôt sur un point tantôt sur un autre, déprédateurs rapides de tout ce qui se trouvait sur leur chemin, et pareils au milan ravisseur, qui fond sur sa proie d'aussi haut qu'il la découvre; également prompt à disparaître, soit qu'il ait pu la saisir, ou qu'il ait manqué son coup. 2. J'ai déjà parlé des habitudes de ce peuple en traçant l'histoire de l'empereur Marc-Aurèle et de quelques-uns des règnes suivants : j'en dirai encore deux mots. 3. Répandue sur une région qui s'étend depuis l'Assyrie jusqu'aux cataractes du Nil et aux confins du pays des Blemmyes, cette race a même physionomie partout. Tous sont guerriers d'instinct, vont à demi nus, n'ayant pour tout vêtement qu'une courte casaque bigarrée, et changent continuellement de place, en paix comme en guerre, à l'aide de leurs coursiers agiles et de leurs maigres chameaux. Pas une main chez eux ne touche la charrue, ne cultive une plante, ne demande la subsistance de l'homme à la terre. Tout ce peuple erre indéfiniment dans de vastes solitudes, sans foyer, sans assiette fixe, et sans loi. Aucun ciel, aucun sol n'a de quoi l'arrêter longtemps. 4. L'émigration est sa vie là, l'union de l'homme et de la femme n'est qu'un contrat de louage : pour toute forme matrimoniale, l'épouse, fiancée à prix fait et à temps, apporte, en manière de dot, une lance et une tente à son mari, se tenant prête, le terme expiré, à le quitter au moindre signe. On ne saurait dire avec quelle fureur, dans cette nation, les deux sexes s'abandonnent à l'amour. 5. L'existence y est si mobile, qu'une femme se marie en un lieu, accouche dans un autre, et élève ses enfants loin de là, sans avoir, un moment, pris domicile. 6. Ils se nourrissent universellement de venaison, de lait que leurs bestiaux fournissent en abondance, de plusieurs sortes d'herbes, dont leur sol offre une grande variété, et, quand ils peuvent, d'oiseaux pris au piège. Presque tous ceux que nous avons vus ignoraient l'usage du pain et du vin. 7. C'est assez parler de cette nation dangereuse; reprenons notre récit. |
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V 1. Dum haec in oriente aguntur, Arelate hiemem agens Constantius post theatralis ludos atque circenses ambitioso editos apparatu diem sextum idus Octobres, qui imperii eius annum tricensimum terminabat, insolentiae pondera gravius librans, siquid dubium deferebatur aut falsum, pro liquido accipiens et conperto, inter alia excarnificatum Gerontium Magnentianae comitem partis exulari maerore multavit. 2. Utque aegrum corpus quassari etiam levibus solet offensis, ita animus eius angustus et tener, quicquid increpuisset, ad salutis suae dispendium existimans factum aut cogitatum, insontium caedibus fecit victoriam luctuosam. 3. Siquis enim militarium vel honoratorum (32) aut nobilis inter suos rumore tenus esset insimulatus fovisse partes hostiles, iniecto onere catenarum in modum beluae trahebatur et inimico urgente vel nullo, quasi sufficiente hoc solo, quod nominatus esset aut delatus aut postulatus, capite vel multatione bonorum aut insulari solitudine damnabatur. 4. Accedebant enim eius asperitati, ubi inminuta vel laesa amplitudo imperii dicebatur, et iracundae suspicionum quantitati proximorum cruentae blanditiae exaggerantium incidentia et dolere inpendio simulantium, si principis periclitetur vita, a cuius salute velut filo pendere statum orbis terrarum fictis vocibus exclamabant. 5. Ideoque fertur neminem aliquando ob haec vel similia poenae addictum oblato de more elogio revocari iussisse, quod inexorabiles quoque principes factitarunt. et exitiale hoc vitium, quod in aliis non numquam intepescit, in illo aetatis progressu effervescebat, obstinatum eius propositum accendente adulatorum cohorte. 6. Inter quos Paulus eminebat notarius (33) ortus in Hispania, glabro quidam sub vultu latens, odorandi vias periculorum occultas perquam sagax. is in Brittanniam missus ut militares quosdam perduceret ausos conspirasse Magnentio, cum reniti non possent, iussa licentius supergressus fluminis modo fortunis conplurium sese repentinus infudit et ferebatur per strages multiplices ac ruinas, vinculis membra ingenuorum adfligens et quosdam obterens manicis, crimina scilicet multa consarcinando a veritate longe discreta. unde admissum est facinus impium, quod Constanti tempus nota inusserat sempiterna. 7. Martinus agens illas provincias pro praefectis aerumnas innocentium graviter gemens saepeque obsecrans, ut ab omni culpa inmunibus parceretur, cum non inpetraret, minabatur se discessurum: ut saltem id metuens perquisitor malivolus tandem desineret quieti coalitos homines in aperta pericula proiectare. 8. Per hoc minui studium suum existimans Paulus, ut erat in conplicandis negotiis artifex dirus, unde ei Catenae inditum est cognomentum, vicarium ipsum (34) eos quibus praeerat adhuc defensantem ad sortem periculorum communium traxit. Et instabat ut eum quoque cum tribunis et aliis pluribus ad comitatum imperatoris vinctum perduceret: quo percitus ille exitio urgente abrupto ferro eundem adoritur Paulum. Et quia languente dextera, letaliter ferire non potuit, iam districtum mucronem in proprium latus inpegit. Hocque deformi genere mortis excessit e vita iustissimus rector ausus miserabiles casus levare multorum. 9. Quibus ita sceleste patratis Paulus cruore perfusus reversusque ad principis castra multos coopertos paene catenis adduxit in squalorem deiectos atque maestitiam, quorum adventu intendebantur eculei uncosque parabat carnifex et tormenta. et ex is proscripti sunt plures (35) actique in exilium alii, non nullos gladii consumpsere poenales. nec enim quisquam facile meminit sub Constantio, ubi susurro tenus haec movebantur, quemquam absolutum. |
V. 1. Durant ces agitations de l'Orient, Constance, qui avait fixé sa résidence d'hiver à Arles, y célébrait fastueusement, par la pompe des jeux du Cirque et des représentations théâtrales, la trentième année de son règne, accomplie le 6 des ides d'octobre (10 octobre). Un penchant à la tyrannie, de plus en plus prononcé, lui faisait accueillir toute accusation, quelque chimérique ou douteuse qu'elle fût, comme positive et démontrée. Le comte Géronce entre autres, qui avait été du parti de Magnence, fut d'abord livré à la torture, puis envoyé en exil. 2. Comme le plus léger attouchement révolte la sensibilité dans une partie malade, de même, pour cet esprit pusillanime et borné, le moindre bruit se traduisait en attentat, en complot formé contre sa vie. Ce qu'il fit de victimes par peur suffit à transformer sa victoire en calamité publique.
3.
Si élevé qu'on fût comme militaire ou comme honorable, ou par la considération acquise parmi les siens, on pouvait, sur un propos, sur un soupçon, se voir chargé de chaînes et traîné comme une bête fauve; et, sans même qu'un accusateur intervînt, on vous avait interrogé, ou seulement cité ; votre nom avait été prononcé; c'était assez pour qu'il s'ensuivît un arrêt de mort, de proscription ou d'exil. 4. Ces frayeurs sanguinaires, cette inquiétude fougueuse qui s'emparaient du prince à l'idée seule d'une atteinte portée à son pouvoir ou à sa personne, une homicide adulation travaillait encore à les accroître. C'était autour de lui comme un concert d'exagérations perfides, de doléances simulées, d'hypocrites déclamations sur les périls de cette vie précieuse, à laquelle tenaient, comme par un fil, les destinées de l'univers. 5. Aussi est-il sans exemple qu'au moment où, suivant l'usage, le tableau des jugements rendus lui était soumis, il ait jamais révoqué une condamnation de cette nature; clémence assez commune pourtant chez les souverains les plus impitoyables. Et l'âge, qui d'ordinaire amortit les instincts féroces, ne fit que les développer chez lui, excité comme il l'était par les encouragements de cette tourbe de flatteurs qui ne le quittait point. 6. Au milieu d'eux se distinguait Paul le notaire. Cet Espagnol, qui cachait une astuce profonde sous sa face imberbe, était d'une adresse merveilleuse à pénétrer dans les secrets de chacun pour y trouver de quoi le perdre. II avait été envoyé en Bretagne avec mission de se saisir de quelques officiers signalés comme fauteurs du parti de Magnence, mais qui n'y avaient trempé qu'à leur corps défendant. Ce ministère de rigueur prit dans ses mains une extension indéfinie, comme l'inondation qui gagne de proche en proche; et bientôt une multitude d'existences se trouvèrent menacées. Ce n'était que ruine et désolation sur ses pas. Les prisons se remplirent d'hommes nés libres, dont les membres quelque fois étaient brisés sous le poids des chaînes; et cela, pour des crimes inventés à plaisir et dénués de toute vraisemblance. Tant d'excès aboutirent à une scène tragique, et qui imprime au règne de Constance une tache ineffaçable. 7. Martin, qui administrait ces provinces comme lieutenant des préfets, déplorait amèrement des actes d'un si odieux arbitraire. Souvent il avait intercédé en faveur des victimes, demandant grâce pour les innocents. Ne pouvant rien obtenir, il déclare en dernier lieu qu'il va se démettre de sa charge, croyant par cette menace intimider l'informateur sans pitié, et l'empècher de tirer les gens de leur repos pour en faire des coupables. 8. Paul craignit en effet que sa propre influence n'en souffrit; et, par un trait nouveau de cette fatale habileté qui lui a valu le surnom de "Catena" (chaîne), au moment où le préfet par intérim défendait le plus chaudement les intérêts de ses administrés, il sut l'engager lui-même dans le danger commun. Déjà il pressait l'arrestation du nouveau prévenu, dans l'intention de le conduire enchaîné avec les autres à la cour de l'empereur. Martin, en présence d'un péril si pressant, se jette sur Paul l'épée nue, mais il frappa d'une main mal assurée, et, voyant le coup sans effet, tourna l'arme contre lui-même, et s'en perça le flanc. Ainsi périt misérablement le plus honnête des hommes, en s'efforçant de sauver des milliers d'infortunés. 9. Après tant d'atrocités, Paul, tout couvert de sang, revint au camp où se trouvait l'empereur, traînant après lui une foule de captifs, tous pliant sous le poids des chaînes, et dans le plus déplorable état de misère et d'accablement. A leur arrivée ils trouvèrent les chevalets dressés, et le bourreau comme en permanence, au milieu de l'appareil des tortures. Ceux-ci furent proscrits, ceux-là exilés; le reste passa par le glaive. Car dans tout ce règne de Constance, où il suffisait d'un soupçon pour mettre en jeu les instruments de supplice, on aurait peine à trouver un seul exemple d'acquittement. |
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VI 1. Inter haec Orfitus praefecti potestate regebat urbem aeternam ultra modum delatae dignitatis sese efferens insolenter, vir quidem prudens et forensium negotiorum oppido gnarus, sed splendore liberalium doctrinarum minus quam nobilem decuerat institutus, quo administrante seditiones sunt concitatae graves ob inopiam vini (36): huius avidis usibus vulgus intentum ad motus asperos excitatur et crebros. 2. Et quoniam mirari posse quosdam peregrinos existimo haec lecturos forsitan, si contigerit, quamobrem cum oratio ad ea monstranda deflexerit quae Romae gererentur, nihil praeter seditiones narratur et tabernas et vilitates harum similis alias, summatim causas perstringam nusquam a veritate sponte propria digressurus. 3. Tempore quo primis auspiciis (37) in mundanum fulgorem surgeret victura dum erunt homines Roma, ut augeretur sublimibus incrementis, foedere pacis aeternae Virtus convenit atque Fortuna plerumque dissidentes, quarum si altera defuisset, ad perfectam non venerat summitatem. 4. Eius populus ab incunabulis primis ad usque pueritiae tempus extremum, quod annis circumcluditur fere trecentis, circummurana pertulit bella, deinde aetatem ingressus adultam post multiplices bellorum aerumnas Alpes transcendit et fretum, in iuvenem erectus et virum ex omni plaga quam orbis ambit inmensus, reportavit laureas et triumphos, iamque vergens in senium et nomine solo aliquotiens vincens ad tranquilliora vitae discessit. 5. Ideo urbs venerabilis post superbas efferatarum gentium cervices oppressas latasque leges fundamenta libertatis et retinacula sempiterna velut frugi parens et prudens et dives Caesaribus tamquam liberis suis regenda patrimonii iura permisit. 6. Et olim licet otiosae sint tribus pacataeque centuriae (38) et nulla suffragiorum certamina set Pompiliani redierit securitas temporis, per omnes tamen quotquot sunt partes terrarum, ut domina suscipitur et regina et ubique patrum reverenda cum auctoritate canities populique Romani nomen circumspectum et verecundum. 7. Sed laeditur hic coetuum magnificus splendor levitate paucorum incondita, ubi nati sunt non reputantium, sed tamquam indulta licentia vitiis ad errores lapsorum ac lasciviam. Ut enim Simonides lyricus docet, beate perfecta ratione vieturo ante alia patriam esse convenit gloriosam. 8. Ex his quidam aeternitati se commendari posse per statuas aestimantes eas ardenter adfectant quasi plus praemii de figmentis aereis sensu carentibus adepturi, quam ex conscientia honeste recteque factorum, easque auro curant inbracteari, quod Acilio Glabrioni delatum est primo (39), cum consiliis armisque regem superasset Antiochum. Quam autem sit pulchrum exigua haec spernentem et minima ad ascensus verae gloriae tendere longos et arduos, ut memorat vates Ascraeus (40), Censorius Cato monstravit. qui interrogatus quam ob rem inter multos... statuam non haberet malo inquit ambigere bonos quam ob rem id non meruerim, quam quod est gravius cur inpetraverim mussitare. 9. Alii summum decus in carruchis solito altioribus et ambitioso vestium cultu ponentes sudant sub ponderibus lacernarum, quas in collis insertas cingulis ipsis adnectunt nimia subtegminum tenuitate perflabiles, expandentes eas crebris agitationibus maximeque sinistra, ut longiores fimbriae tunicaeque perspicue luceant varietate liciorum effigiatae in species animalium multiformes (41). 10. Alii nullo quaerente vultus severitate adsimulata patrimonia sua in inmensum extollunt, cultorum ut puta feracium multiplicantes annuos fructus, quae a primo ad ultimum solem se abunde iactitant possidere, ignorantes profecto maiores suos, per quos ita magnitudo Romana porrigitur, non divitiis eluxisse sed per bella saevissima, nec opibus nec victu nec indumentorum vilitate gregariis militibus discrepantes opposita cuncta superasse virtute. 11. Hac ex causa conlaticia stipe Valerius humatur ille Publicola et subsidiis amicorum mariti inops cum liberis uxor alitur Reguli et dotatur ex aerario filia Scipionis (42), cum nobilitas florem adultae virginis diuturnum absentia pauperis erubesceret patris. 12. At nunc si ad aliquem bene nummatum tumentemque ideo honestus advena salutatum introieris, primitus tamquam exoptatus suscipieris et interrogatus multa coactusque mentiri, miraberis numquam antea visus summatem virum tenuem te sic enixius observantem, ut paeniteat ob haec bona tamquam praecipua non vidisse ante decennium Romam. 13. Hacque adfabilitate confisus cum eadem postridie feceris, ut incognitus haerebis et repentinus, hortatore illo hesterno clientes numerando, qui sis vel unde venias diutius ambigente agnitus vero tandem et adscitus in amicitiam si te salutandi adsiduitati dederis triennio indiscretus et per tot dierum defueris tempus, reverteris ad paria perferenda, nec ubi esses interrogatus et quo tandem miser discesseris, aetatem omnem frustra in stipite conteres summittendo. 14. Cum autem commodis intervallata temporibus convivia longa et noxia coeperint apparari vel distributio sollemnium sportularum (43), anxia deliberatione tractatur an exceptis his quibus vicissitudo debetur, peregrinum invitari conveniet, et si digesto plene consilio id placuerit fieri, is adhibetur qui pro domibus excubat aurigarum (44) aut artem tesserariam profitetur aut secretiora quaedam se nosse confingit. 15. Homines enim eruditos et sobrios ut infaustos et inutiles vitant, eo quoque accedente quod et nomenclatores (45) adsueti haec et talia venditare, mercede accepta lucris quosdam et prandiis inserunt subditicios ignobiles et obscuros. 16. Mensarum enim voragines et varias voluptatum inlecebras, ne longius progrediar, praetermitto illuc transiturus quod quidam per ampla spatia urbis subversasque silices sine periculi metu properantes equos velut publicos signatis quod dicitur calceis (46) agitant, familiarium agmina tamquam praedatorios globos post terga trahentes ne Sannione quidem, ut ait comicus, domi relicto (47). Quos imitatae matronae complures opertis capitibus et basternis per latera civitatis cuncta discurrunt. 17. Utque proeliorum periti rectores primo catervas densas opponunt et fortes, deinde leves armaturas, post iaculatores ultimasque subsidiales acies, si fors adegerit, iuvaturas, ita praepositis urbanae familiae suspensae digerentibus sollicite, quos insignes faciunt virgae dexteris aptatae velut tessera data castrensi iuxta vehiculi frontem omne textrinum incedit: huic atratum coquinae iungitur ministerium, dein totum promiscue servitium cum otiosis plebeiis de vicinitate coniunctis: postrema multitudo spadonum a senibus in pueros desinens, obluridi distortaque lineamentorum conpage deformes, ut quaqua incesserit quisquam cernens mutilorum hominum agmina detestetur memoriam Samiramidis (48) reginae illius veteris, quae teneros mares castravit omnium prima velut vim iniectans naturae, eandemque ab instituto cursu retorquens, quae inter ipsa oriundi crepundia per primigenios seminis fontes tacita quodam modo lege vias propagandae posteritatis ostendit. 18. Quod cum ita sit, paucae domus studiorum seriis cultibus antea celebratae nunc ludibriis ignaviae torpentis exundant, vocali sonu, perflabili tinnitu fidium resultantes. denique pro philosopho cantor et in locum oratoris doctor artium ludicrarum accitur et bybliothecis sepulcrorum ritu in perpetuum clausis organa fabricantur hydraulica (49), et lyrae ad speciem carpentorum ingentes tibiaeque et histrionici gestus instrumenta non levia. 19. Postremo ad id indignitatis est ventum, ut cum peregrini ob formidatam haut ita dudum alimentorum inopiam pellerentur ab urbe praecipites, sectatoribus disciplinarum liberalium inpendio paucis sine respiratione ulla extrusis, tenerentur minimarum adseclae veri, quique id simularunt ad tempus, et tria milia saltatricum ne interpellata quidem cum choris totidemque remanerent magistris. 20. Et licet quocumque oculos flexeris feminas adfatim multas spectare cirratas, quibus, si nupsissent, per aetatem ter iam nixus poterat suppetere liberorum, ad usque taedium pedibus pavimenta tergentes iactari volucriter gyris, dum exprimunt innumera simulacra, quae finxere fabulae theatrales. 21. Illud autem non dubitatur quod cum esset aliquando virtutum omnium domicilium Roma, ingenuos advenas plerique nobilium, ut Homerici bacarum suavitate Lotophagi (50), humanitatis multiformibus officiis retentabant. 22. Nunc vero inanes flatus quorundam vile esse quicquid extra urbis pomerium nascitur aestimant praeter orbos et caelibes, nec credi potest qua obsequiorum diversitate coluntur homines sine liberis Romae. 23. Et quoniam apud eos ut in capite mundi morborum acerbitates celsius dominantur, ad quos vel sedandos omnis professio medendi torpescit, excogitatum est adminiculum sospitale nequi amicum perferentem similia videat, additumque est cautionibus paucis remedium aliud satis validum, ut famulos percontatum missos quem ad modum valeant noti hac aegritudine colligati, non ante recipiant domum quam lavacro purgaverint corpus. Ita etiam alienis oculis visa metuitur labes. 24. Sed tamen haec cum ita tutius observentur, quidam vigore artuum inminuto rogati ad nuptias ubi aurum dextris manibus cavatis offertur, inpigre vel usque Spoletium pergunt. haec nobilium sunt instituta. 25. Ex turba vero imae sortis et paupertinae in tabernis aliqui pernoctant vinariis, non nulli velariis umbraculorum theatralium latent, quae Campanam imitatus lasciviam Catulus in aedilitate (51) sua suspendit omnium primus; aut pugnaciter aleis certant turpi sono fragosis naribus introrsum reducto spiritu concrepantes; aut quod est studiorum omnium maximum ab ortu lucis ad vesperam sole fatiscunt vel pluviis, per minutias aurigarum equorumque praecipua vel delicta scrutantes. 26. Et est admodum mirum videre plebem innumeram mentibus ardore quodam infuso cum dimicationum curulium eventu pendentem. haec similiaque memorabile nihil vel serium agi Romae permittunt. ergo redeundum ad textum. |
VI. 1. Orfite, à cette époque, gouvernait à titre de préfet la ville éternelle, et, dans l'exercice de cette charge, dépassait audacieusement les bornes d'un pouvoir délégué; esprit capable et rompu à la pratique des affaires, mais en qui le défaut de culture se montrait à un degré presque honteux chez un homme bien né. Il éclata sous son administration des séditions graves, causées par la disette du vin, cette boisson dont l'usage immodéré est si fréquemment la cause immédiate des soulèvements populaires. 2. Mais je me figure l'étonnement d'un étranger à qui ce livre tomberait entre les mains, en ne trouvant qu'émeutes, scènes d'ivrognerie, et autres semblables turpitudes, dans la relation de ce qui s'est passé à Rome à cette époque. Une explication est donc indispensable. Je la ferai courte et sincère autant qu'il dépendra de moi, et sans porter à la vérité aucune atteinte volontaire. 3. Au moment où cette Rome, dont la durée égalera celle du genre humain, apparut sur la scène du monde, un pacte eut lieu cette fois entre la Fortune et la Vertu, jusque-là si divisées, pour favoriser d'un commun accord les développements merveilleux de la cité naissante. Que l'une ou l'autre eût fait défaut, et Rome restait au-dessous de ce faîte de gloire où elle est parvenue. 4. Le peuple romain, à dater de son berceau jusqu'au temps où pour lui finit l'enfance, période de trois siècles environ, combat autour de ses murailles. De rudes guerres occupent encore son adolescence; c'est alors qu'il franchit les Alpes et la mer. L'âge viril pour lui n'est plus qu'une suite de triomphes. Il parcourt le monde, et de chaque pays que visitent ses armes il rapporte une moisson de lauriers. Enfin la vieillesse le gagne, et, bien que son seul nom remporte encore des victoires, il aspire au repos. 5. Alors la cité vénérable, satisfaite d'avoir courbé sous son joug les nations les plus fières, et fondé une constitution sauvegarde éternelle de la liberté de ses enfants, choisit au milieu d'eux les Césars, pour leur confier, en prudent chef de famille, la tutelle du patrimoine commun. 6. Aujourd'hui plus d'inquiètes tribus, plus de centuries turbulentes, plus de tourmentes électorales; partout la sérénité du temps de Numa. Et cependant il n'est pas un point du globe où Rome ne soit saluée de reine et de maîtresse, où l'on ne s'incline devant l'antique majesté du sénat, où le nom romain ne soit craint et respecté. 7. Mais le noble corps du sénat voit sa splendeur ternie par la légèreté dissolue de quelques-uns de ses membres, qui ne gardent plus de ménagements dans le vice, et se livrent à des égarements de tous genres, sans vouloir se rappeler sur quel sol ils ont pris naissance; car, comme le dit le poète Simonide : "Point de bonheur complet si la patrie n'est glorieuse". 8. Il en est parmi ces hommes qui croient éterniser leur nom en se faisant élever des statues : comme si l'on était mieux récompensé par d'inertes simulacres d'airain que par le témoignage de sa conscience ! Ils font même pour eux dorer le bronze; hommage qu'Acilius Glabrion obtint le premier, quand, par sa conduite autant que par ses armes, il eut mis à fin la guerre d'Antiochus. Ah ! qu'il vaut mieux se mettre au-dessus d'honneurs si puérils, n'aspirer qu'à la vraie gloire, et n'y marcher que par cette voie longue et pénible que dépeint le poète d'Ascra ! J'en appelle à cet égard à l'exemple de Caton le Censeur. Comment se fait-il, lui disait-on an jour, que parmi tant de statues élevées aux hommes illustres de notre pays on ne voie pas figurer la vôtre? "J'aime bien mieux, répondit-il, que les honnêtes gens disent : Comment n'est-elle pas là ? que : Comment s'y trouve-t-elle?" 9. Les uns mettent la gloire suprême dans l'exhaussement singulier d'un carrosse, ou dans une fastueuse recherche de costume. Leur mollesse succombe sous ces manteaux à trame si déliée, qu'une simple agrafe retient autour du cou, et qu'on fait voltiger rien qu'en soufflant dessus. A tous moments vous les voyez en secouer les plis, surtout du côté gauche : c'est pour faire valoir les franges de la bordure et le curieux travail d'une tunique parsemée de figures d'animaux qui font corps avec le tissu. 10. D'autres vous viennent de but en blanc, et d'un air d'importance, faire parade de leur immense fortune. Vous en avez pour un jour entier à écouter l'énumération de leurs biens, le détail de leurs revenus, qui vont se multipliant d'année en année. Ils ignorent apparemment que leurs ancêtres, qui ont étendu si loin la puissance romaine, ne brillaient guère par leurs richesses. Ces hommes, dont l'énergie, aux prises avec tous les maux de la guerre, a triomphé de tant d'obstacles, n'étaient pas mieux pourvus, mieux nourris, mieux vêtus que le dernier soldat. 11. Oui, il fallut une quête pour inhumer le grand Publicola. On se cotisa parmi les amis de Régulus pour subvenir à l'entretien de sa veuve et de ses enfants. La fille adulte d'un Scipion ne fut dotée qu'aux dépens du trésor public.
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Un sentiment de pudeur s'empara du sénat en voyant cette vierge consumer dans le célibat ses belles années parce que son père était pauvre et servait au loin la patrie. 13. Cette réception vous met en goût, vous y retournez le lendemain; mais vous n'êtes plus qu'un intrus, un importun; on vous fait attendre. Votre obligeant questionneur de la veille a bien d'autres affaires ! il compte ses espèces. Il lui faut une heure pour se rappeler qui vous êtes et d'où vous venez. Il se remet enfin votre figure, et vous voilà des siens. Mais après trois ans de cour assidue avisez-vous de faire une absence; au retour, c'est à recommencer. Quant à s'enquérir de ce que vous êtes devenu, il y songe autant que si vous n'étiez plus du monde. Vous passeriez votre vie près de ce soliveau, sans faire un pas de plus. 14. Mais il se prépare un de ces dîners en plusieurs actes, festins interminables et meurtriers; ou bien il s'agit de régler une distribution de sportules, suivant l'usage. Grave sujet de délibération. Donnera-t-on la préférence à un étranger sur telle autre personne à qui l'on doit un retour de politesse? Le scrutin dit oui. Qui donc ira chercher l'invitation? Celui qui aura, la nuit, fait sentinelle à la porte d'un cocher du cirque; ou quelque maître en l'art de jouer aux dés; ou le premier charlatan qui se dit possesseur de quelque grand secret. 15. Porte fermée aux hommes de savoir et de principes; ces gens ne sont bons à rien, et leur présence porte malheur. Ajoutez les fraudes intéressées des nomenclateurs; race qui tire argent de tout, et ne se fait guère scrupule d'introduire un nom subreptice, ni d'imposer à l'hospitalité ou à la munificence des grands un inconnu ou même un indigne. 16. Je ne peindrai pas ces gouffres appelés banquets, ni les mille raffinements que la sensualité y déploie. Mais que dire de ces courses extravagantes au travers de la ville? de ces chevaux lancés à toute bride, au mépris de tous dangers, sur le pavé rocailleux des rues, comme si l'on courait officiellement la poste avec les relais de l'État? de cette multitude de valets, véritable bande de voleurs que l'on traîne après soi, sans laisser même, comme dans la comédie, Sannion pour garder le logis ? L'exemple a porté fruit. On voit les dames romaines, à l'abri de leur voile, courir en litière de quartier en quartier. 17. A la guerre, un tacticien habile a soin de garnir de soldats pesamment armés tout son front de bataille; mettant en seconde ligne les troupes légères, en troisième les gens de trait, et derrière eux enfin le corps de réserve, qu'on ne fait donner que comme dernière ressource. Cette armée de valets a de même ses directeurs de manoeuvres, tenant une baguette pour insigne, et disposant leur monde en conformité de l'ordre du jour. D'abord, à la hauteur de la voiture, s'avancent les esclaves de métiers: Après eux vient la population enfumée des cuisines; puis la valetaille sans emploi proprement dit, grossie de tous les fainéants du quartier. La marche est fermée par les eunuques de tout âge, les vieux en tête, tous également livides et difformes. A l'aspect de cette troupe hideuse, n'ayant d'hommes que le nom, on ne peut que maudire la mémoire de Sémiramis, qui, la première, soumit l'enfance à cette cruelle mutilation. C'est outrager la nature, et contrarier violemment ses vues. Car, dès les premiers moments de l'être, elle a marqué ces organes comme source de vie, comme principe de génération. 18. Qu'arrive-t-il? Le peu de maisons où le culte de l'intelligence était encore en honneur sont envahies par le goût des plaisirs, enfants de la paresse. On n'y entend plus que voix qui modulent, qu'instruments qui résonnent. Les chanteurs ont chassé les philosophes, et les professeurs d'éloquence ont cédé la place aux maîtres en fait de voluptés. On mure les bibliothèques comme les tombeaux. L'art ne s'ingénie qu'à fabriquer des orgues hydrauliques, des lyres colossales, des flûtes, et autres instruments de musique gigantesques, pour accompagner sur la scène la pantomime des bouffons.
19.
Enfin, un fait assez récent montre à quel point les idées sont perverties. 20. Aussi ne fait-on plus un pas sans rencontrer de ces femmes aux longs cheveux bouclés, qui auraient pu, étant mariées, donner chacune trois enfants à l'État, et dont toute l'existence consiste à balayer du pied le plancher d'un théâtre, à pirouetter sans fin sur elles-mêmes, à décrire, en un mot, toutes les évolutions, à prendre toutes les attitudes commandées par les caprices de l'art chorégraphique. 21. Il fut un temps où Rome était le sanctuaire de toutes les vertus. Alors sans doute, pour y retenir l'étranger, l'ingénieuse hospitalité des grands savait, sous mille formes, exercer ce pouvoir qu'Homère attribue aux fruits du pays des Lotophages. 22. Maintenant, pour qu'on fasse fi de vous, il suffit à certaines gens que vous soyez né en dehors du Pomérium, à moins cependant que vous n'ayez l'avantage d'être veuf ou célibataire. Car on n'imaginerait point de quelles prévenances, de quel culte on devient l'objet, dès qu'on est sans lignée. 23. Rome est le centre d'action de l'univers entier. Il est donc naturel que les maladies y sévissent plus qu'ailleurs, et que souvent toutes les ressources de l'art médical deviennent impuissantes même pour les pallier. Or, voici le préservatif qu'on a imaginé : Quand on a quelque ami atteint d'une affection grave, on s'épargne le spectacle de ses souffrances. Autre précaution qui ne laisse pas que d'être efficace : Un valet est-il dépêché pour s'enquérir de la santé du patient? à son retour le logis lui est fermé, jusqu'à ce qu'il ait fait aux bains ablution complète. On craint la vue d'un malade même par intermédiaire: 24. mais qu'il survienne une invitation à quelque noce, où l'argent se distribue à pleines mains; de tous ces gens si méticuleux sur leur santé il n'en est pas un, fût-il travaillé par la goutte, qui, ne trouve des jambes pour courir, s'il le faut, jusqu'à Spolète. Voilà la vie que se sont faite les grands. 25. Quant à la populace qui n'a ni feu ni lieu, tantôt elle passe la nuit dans les cabarets, et tantôt elle dort à l'abri de ces tentures dont Catulus, étant édile, s'avisa le premier, par un raffinement emprunté à la mollesse campanienne, de couvrir nos amphithéâtres; ou bien elle se livre avec fureur au jeu des dés, retenant son haleine, qu'elle chasse ensuite avec un bruit dont l'oreille est choquée; ou bien encore (et c'est là le goût qui domine) on la voit du matin au soir, bravant le soleil et la pluie, s'exténuer en débats sans fin touchant les moindres circonstances du mérite ou de l'infériorité relative de tel cheval ou de tel cocher. 26. Étrange engouement que celui de tout un peuple respirant à peine dans l'attente du résultat d'une course de chars ! Voilà les préoccupations auxquelles Rome est livrée, et qui n'y laissent place pour rien de sérieux. Mais revenons à notre sujet. |
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VII 1. Latius iam disseminata licentia onerosus bonis omnibus Caesar nullum post haec adhibens modum orientis latera cuncta vexabat nec honoratis parcens nec urbium primatibus nec plebeiis. 2. Denique Antiochensis ordinis vertices sub uno elogio iussit occidi ideo efferatus, quod ei celebrari vilitatem intempestivam urgenti, cum inpenderet inopia, gravius rationabili responderunt; et perissent ad unum ni comes orientis tunc Honoratus fixa constantia restitisset. 3. Erat autem diritatis eius hoc quoque indicium nec obscurum nec latens, quod ludicris cruentis delectabatur et in circo sex vel septem aliquotiens vetitis certaminibus pugilum (52) vicissim se concidentium perfusorumque sanguine specie ut lucratus ingentia laetabatur. 4. Accenderat super his incitatum propositum ad nocendum aliqua mulier vilis, quae ad palatium ut poposcerat intromissa insidias ei latenter obtendi (53) prodiderat a militibus obscurissimis. Quam Constantina exultans ut in tuto iam locata mariti salute muneratam vehiculoque inpositam per regiae ianuas emisit in publicum, ut his inlecebris alios quoque ad indicanda proliceret paria vel maiora. 5. Post haec Gallus Hierapolim profecturus ut expeditioni specie tenus adesset, Antiochensi plebi suppliciter obsecranti ut inediae dispelleret metum, quae per multas difficilisque causas adfore iam sperabatur, non ut mos est principibus, quorum diffusa potestas localibus subinde medetur aerumnis, disponi quicquam statuit vel ex provinciis alimenta transferri conterminis, sed consularem Syriae Theophilum (54) prope adstantem ultima metuenti multitudini dedit id adsidue replicando quod invito rectore nullus egere poterit victu. 6. Auxerunt haec vulgi sordidioris audaciam, quod cum ingravesceret penuria commeatuum, famis et furoris inpulsu Eubuli cuiusdam inter suos clari domum ambitiosam ignibus subditis inflammavit rectoremque ut sibi iudicio imperiali addictum calcibus incessens et pugnis conculcans seminecem laniatu miserando discerpsit. Post cuius lacrimosum interitum in unius exitio quisque imaginem periculi sui considerans documento recenti similia formidabat. 7. Eodem tempore Serenianus ex duce, cuius ignavia populatam in Phoenice Celsen ante rettulimus, pulsatae maiestatis imperii reus iure postulatus ac lege, incertum qua potuit suffragatione absolvi, aperte convictus familiarem suum cum pileo, quo caput operiebat, incantato vetitis artibus ad templum misisse fatidicum, quaeritatum expresse an ei firmum portenderetur imperium, ut cupiebat, et cunctum. 8. Duplexque isdem diebus acciderat malum, quod et Theophilum insontem atrox interceperat casus, et Serenianus dignus exsecratione cunctorum, innoxius, modo non reclamante publico vigore, discessit. 9. Haec subinde Constantius audiens et quaedam referente Thalassio doctus, quem eum odisse iam conpererat lege communi, scribens ad Caesarem blandius adiumenta paulatim illi subtraxit, sollicitari se simulans ne, uti est militare otium fere tumultuosum, in eius perniciem conspiraret, solisque scholis iussit esse contentum palatinis et protectorum cum Scutariis et Gentilibus (55), et mandabat Domitiano, ex comite largitionum, praefecto (56) ut cum in Syriam venerit, Gallum, quem crebro acciverat, ad Italiam properare blande hortaretur et verecunde. 10. Qui cum venisset ob haec festinatis itineribus Antiochiam, praestrictis palatii ianuis, contempto Caesare, quem videri decuerat, ad praetorium cum pompa sollemni perrexit morbosque diu causatus nec regiam introiit nec processit in publicum, sed abditus multa in eius moliebatur exitium addens quaedam relationibus supervacua, quas subinde dimittebat ad principem. 11. Rogatus ad ultimum admissusque in consistorium (57) ambage nulla praegressa inconsiderate et leviter proficiscere inquit ut praeceptum est, Caesar sciens quod si cessaveris, et tuas et palatii tui auferri iubebo prope diem annonas. Hocque solo contumaciter dicto subiratus abscessit nec in conspectum eius postea venit saepius arcessitus. 12. Hinc ille commotus ut iniusta perferens et indigna praefecti custodiam protectoribus mandaverat fidis. quo conperto Montius tunc quaestor acer quidem sed ad lenitatem propensior, consulens in commune advocatos palatinarum primos scholarum adlocutus est mollius docens nec decere haec fieri nec prodesse addensque vocis obiurgatorio sonu quod si id placeret, post statuas Constantii deiectas super adimenda vita praefecto conveniet securius cogitari. 13. His cognitis Gallus ut serpens adpetitus telo vel saxo iamque spes extremas opperiens et succurrens saluti suae quavis ratione colligi omnes iussit armatos et cum starent attoniti, districta dentium acie stridens adeste inquit viri fortes mihi periclitanti vobiscum. 14. Montius nos tumore inusitato quodam et novo ut rebellis et maiestati recalcitrantes Augustae per haec quae strepit incusat iratus nimirum quod contumacem praefectum, quid rerum ordo postulat ignorare dissimulantem formidine tenus iusserim custodiri. 15. Nihil morati post haec militares avidi saepe turbarum adorti sunt Montium primum, qui divertebat in proximo, levi corpore senem atque morbosum, et hirsutis resticulis cruribus eius innexis divaricaturn sine spiramento ullo ad usque praetorium traxere praefecti. 16. Et eodem impetu Domitianum praecipitem per scalas itidem funibus constrinxerunt, eosque coniunctos per ampla spatia civitatis acri raptavere discursu. iamque artuum et membrorum divulsa conpage superscandentes corpora mortuorum ad ultimam truncata deformitatem velut exsaturati mox abiecerunt in flumen. 17. Incenderat autem audaces usque ad insaniam homines ad haec, quae nefariis egere conatibus, Luscus quidam curator urbis subito visus: eosque ut heiulans baiolorum praecentor (58) ad expediendum quod orsi sunt incitans vocibus crebris. qui haut longe postea ideo vivus exustus est. 18. Et quia Montius inter dilancinantium manus spiritum efflaturus Epigonum et Eusebium nec professionem nec dignitatem ostendens aliquotiens increpabat, qui sint hi magna quaerebatur industria, et nequid intepesceret, Epigonus e Lycia philosophus ducitur et Eusebius ab Emissa Pittacas cognomento, concitatus orator, cum quaestor non hos sed tribunos fabricarum insimulasset promittentes armorum si novas res agitari conperissent. 19. Isdem diebus Apollinaris Domitiani gener, paulo ante agens palatii Caesaris curam, ad Mesopotamiam missus a socero per militares numeros immodice scrutabatur, an quaedam altiora meditantis iam Galli secreta susceperint scripta, qui conpertis Antiochiae gestis per minorem Armeniam lapsus Constantinopolim petit exindeque per protectores retractus artissime tenebatur. 20. Quae dum ita struuntur, indicatum est apud Tyrum indumentum regale (65) textum occulte, incertum quo locante vel cuius usibus apparatum. Ideoque rector provinciae tunc pater Apollinaris eiusdem nominis ut conscius ductus est aliique congregati sunt ex diversis civitatibus multi, qui atrocium criminum ponderibus urgebantur. 21. Iamque lituis cladium concrepantibus internarum non celate ut antea turbidum saeviebat ingenium a veri consideratione detortum et nullo inpositorum vel conpositorum fidem sollemniter inquirente nec discernente a societate noxiorum insontes velut exturbatum e iudiciis fas omne discessit, et causarum legitima silente defensione carnifex rapinarum sequester et obductio capitum et bonorum ubique multatio versabatur per orientales provincias, quas recensere puto nunc oportunum absque Mesopotamia digesta, cum bella Parthica dicerentur, et Aegypto, quam necessario aliud reieci ad tempus. |
VII. 1. Déjà la tyrannie de César était suffisamment à charge aux gens de bien; mais elle passa bientôt toute mesure, et l'oppression, pesant indifféremment sur les hauts fonctionnaires publics, sur les magistrats des villes et même sur le bas peuple, s'étendit sur l'Orient tout entier. 2. Dans un accès de rage, il alla jusqu'à envelopper dans une liste d'exécution en masse les noms des citoyens les plus notables d'Antioche. Et cela, parce qu'il avait exigé la publication d'un abaissement arbitraire de tarif au moment où une disette était imminente, et que ceux-ci avaient fait à l'agent du fisc une réponse un peu vive. Pas un n'eût échappé sans la courageuse résistance d'Honorat, qui était encore alors comte d'Orient. 3. On aurait pu juger des penchants cruels de ce prince, rien qu'à la passion qu'il affichait pour les spectacles qui font couler le sang. La représentation prohibée d'un combat de ceste, où cinq ou six couples de malheureux se meurtrissaient et s'ensanglantaient à l'envi sous ses yeux, dans le cirque, lui causait la joie d'une bataille gagnée. Cette disposition sanguinaire s'irrita encore par l'avis qu'il reçut d'une trame ourdie contre lui par quelques soldats des plus obscurs. 4. La révélation venait d'une femme de basse condition, qui avait sollicité et obtenu qu'on l'introduisît au palais pour être entendue. Constantine, dans l'enthousiasme de cette découverte, et comme si les jours de son mari eussent été désormais assurés, combla de présents la délatrice, et la fit reconduire dans son propre char, par la porte d'honneur. On comptait que ces faveurs serviraient d'amorce à de nouvelles et plus importantes dénonciations. 5. Gallus allait se rendre à Hiérapolis, afin d'assister à l'expédition du moins pour la forme, quand d'instantes supplications lui furent adressées par la population d'Antioche, qui le pressait de la rassurer contre le danger d'une famine que rendait trop probable une réunion de fâcheuses circonstances. C'est le cas où un pouvoir étendu doit user de ses ressources pour le soulagement des souffrances locales. Gallus ne donna point d'ordre, ne prit aucune mesure, pour faire refluer les subsistances des provinces voisines. Mais en ce moment il avait à ses côtés Théophile, consulaire de Syrie. Ce fut littéralement une victime qu'il offrit en sacrifice aux terreurs de cette multitude; répétant avec affectation que les vivres ne pouvaient manquer qu'autant que le gouverneur le voulait bien. 6. La populace prit ces mots pour un encouragement à des excès. Aussi le fléau ne fit pas plus tôt sentir ses rigueurs, qu'elle se porta en foule, sous l'inspiration de la colère et de la faim, vers la magnifique demeure d'Eubule, personnage en grande considération parmi les siens, et la réduisit en cendres. Déjà le gouverneur lui était comme adjugé par sentence du prince. Accablé de coups, foulé aux pieds, son corps fut enfin déchiré en lambeaux. Cette fin tragique fut pour plus d'un l'occasion d'un retour sur eux-mêmes, en leur montrant en perspective quel sort leur était réservé. 7. Au moment même où le meurtre se consommait, ce Sérénien dont la lâcheté, avons-nous dit, causa le pillage de la ville de Celse en Phénicie, devenu de général accusé, et accusé à juste titre, aux termes de la loi, du crime de lèse-majesté, obtenait, on ne sait comment, son absolution devant les juges. Il était établi jusqu'à l'évidence qu'un de ses gens, porteur de son propre bonnet, préalablement soumis à une opération magique, s'était présenté par son ordre à un temple où l'on prédisait l'avenir, et avait demandé au sort, en termes exprès, si son maître obtiendrait l'objet de ses voeux, l'empire sans partage. 8. Déplorable coincidence! Théophile périt victime innocente de la fureur populaire; tandis que Sérénien, digne de l'exécration universelle, est scandaleusement acquitté dans le silence de la vindicte publique. 9. Constance, instruit de ces faits, et prévenu déjà par les rapports de Thallasse, qui venait de payer le tribut à la nature, ne cessa pas pour cela de correspondre sur le ton de la douceur avec Gallus. Mais il commença par lui retirer peu à peu les forces dont il disposait, sous couleur d'une bien. veillante sollicitude : "L'esprit turbulent du soldat, qui toujours fermente dans l'inaction, lui faisait appréhender pour César quelque conspiration militaire. Il suffisait d'ailleurs à sa sûreté de la présence des cohortes palatines et des protecteurs, renforcés des scutaires et des gentils". Il mandait en même temps au préfet Domitien, précédemment trésorier, de se rendre en Syrie près de Gallus, pour lui rappeler avec respect et avec mesure les invitations réitérées qu'il avait reçues de l'empereur de venir le joindre, en le pressant d'y déférer. 10. Domitien, arrivé en toute hôte à Antioche, passe devant le palais sans se présenter à César, comme l'exigeait l'étiquette, et, en grande pompe, va droit au prétoire, où, sous prétexte d'indisposition, il reste plusieurs jours enfermé, sans mettre le pied à la cour ni paraître en public. Il ne fit durant cet intervalle que travailler à perdre César, surchargeant de détails, même insignifiants, les rapports qu'il adressait à Constance. 11. A la fin, sommé par le prince de paraître devant lui, il entre au consistoire ; et là, sans aucune préparation, et du ton le plus inconsidéré : "César, dit-il, il faut partir. Obéissez à l'ordre que vous avez reçu; et sachez bien qu'à la moindre hésitation de votre part, je supprime ce qui est alloué pour votre entretien de bouche et celui de votre palais". Après cette étrange apostrophe, il sortit de l'air d'un supérieur mécontent, et refusa obstinément de reparaître à la cour, quelque injonction qu'il en reçût.
12.
Gallus, outré de ce qu'il appelait une offense à sa personne et à sa dignité, s'assura aussitôt du préfet, en plaçant près de lui un poste de protecteurs choisis parmi ses affidés. 13. Gallus se redressa comme un serpent blessé, lorsqu'on lui rapporta ces paroles. Préoccupé déjà de vues gigantesques, et d'ailleurs incapable d'hésiter sur les moyens quand il s'agissait de sa propre sûreté, il fait mettre sur pied toutes ses forces, et fulmine, en grinçant les dents, cette allocution à la troupe étonnée : "A moi, braves amis ! notre péril est commun. Voici qui est nouveau et même étrange. 14. Montius va déclamant contre nous, et nous signale avec emphase comme réfractaires, comme rebelles à la majesté impériale! Et pourquoi cet emportement? Parce qu'un préfet insolent a méconnu son devoir, et que je l'ai mis sous bonne garde, seulement pour lui donner une leçon". 15. Il n'en fallut pas davantage à cette soldatesque avide de troubles. Montius se trouvait dans le voisinage. Ils se jettent sur ce vieillard infirme et débile, lui attachent des cordes grossières aux deux jambes, et le traînent presque écartelé, et retenant à peine un souffle de vie, jusqu'au prétoire du préfet. 16. Domitien est également assailli, précipité par les degrés, garrotté des mêmes liens; et tous deux sont ainsi tirés çà et là au travers de la ville, de toute la vitesse des jambes de leurs bourreaux. Bientôt leurs cadavres sont démembrés; on foule encore sous les pieds les deux troncs, jusqu'à en effacer toute trace de la forme humaine; et la rage du soldat, enfin assouvie, abandonne ces restes au courant du fleuve. 17. Une circonstance avait particulièrement poussé ces forcenés à cet excès de frénésie : ce fut l'apparition soudaine au milieu d'eux d'un nommé Luscus, préposé à quelque partie du service de la ville, et qui, pareil au précepteur, animant de la voix ses manoeuvres au travail, n'avait cessé par des vociférations de les exciter à ne pas s'arrêter en si beau chemin. Ce misérable fut, peu de temps après, brûlé vif pour ce même fait. 18. Les noms Épigonius et Eusèbe étaient sortis à plusieurs reprises de la bouche mourante de Montius, déchiré par les mains de ces furieux, mais sans qu'il eût articulé ni profession ni qualité. On fit jouer plus d'un ressort pour découvrir à qui appartenaient ces deux noms; et, afin de profiter de l'agitation des esprits, on fit venir de Lycie le philosophe Épigonius, et d'Émèse l'éloquent orateur Eusèbe, surnommé Pittacus. Ceux-ci n'étaient pas cependant les personnes que Montius avait voulu désigner. Les noms étaient ceux des tribuns des manufactures d'armes, lesquels avaient promis le secours de leurs arsenaux, au cas où quelque mouvement politique viendrait à s'opérer. 19. Apollinaire, gendre de Domitien, et naguère intendant du palais de César, parcourait alors, avec des instructions de son beau-père, les cantonnements de Mésopotamie. Sa mission, dont il s'acquittait peu discrètement, était de s'informer sous main si Gallus, dans quelque correspondance intime, n'aurait pas laissé percer des pensées de haute ambition. A la nouvelle des événements d'Antioche, Apollinaire s'enfuit à travers l'Arménie inférieure, cherchant à gagner Constantinople. Mais, atteint dans sa fuite par un détachement de protecteurs, il fut ramené à Antioche et emprisonné très étroitement. 20. On apprit sur ces entrefaites qu'un manteau royal avait été clandestinement fabriqué à Tyr, sans qu'on eût pu découvrir qui en avait fait la commande, ni à qui il était destiné. Ce fut assez pour motiver l'arrestation du gouverneur de la province, père d'Apollinaire, et du même nom que lui. On se saisit également d'une multitude de personnes de différentes villes, sur la tête desquelles on faisait peser les plus graves accusations. 21. Ces malheurs publics s'accomplissaient comme à son de trompe. Le noir génie du prince ne cachait plus ses fureurs; la vérité blessait sa vue. Plus d'informations juridiques sur le mérite des charges; plus de différence entre les innocents et les coupables. Toute justice était bannie des tribunaux. En un mot, la défense muette, la spoliation organisée par l'entremise du bourreau, les exécutions multipliées, la confiscation partout; voilà quel tableau présentait alors l'Orient. C'est, je crois, le moment de jeter un coup d'oeil sur ces provinces, laissant de côté la Mésopotamie, dont j'ai donné une idée complète dans la relation de la campagne contre les Parthes, aussi bien que l'Égypte, sur laquelle il entre dans mon plan de revenir plus tard. |
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VIII 1. Superatis Tauri montis verticibus qui ad solis ortum sublimius attolluntur, Cilicia spatiis porrigitur late distentis dives bonis omnibus terra, eiusque lateri dextro adnexa Isauria, pari sorte uberi palmite viget et frugibus minutis, quam mediam navigabile flumen Calycadnus interscindit. 2. Et hanc quidem praeter oppida multa duae civitates exornant Seleucia opus Seleuci regis, et Claudiopolis quam deduxit coloniam Claudius Caesar. Isaura enim antehac nimium potens, olim subversa ut rebellatrix interneciva aegre vestigia claritudinis pristinae monstrat admodum pauca. 3. Ciliciam vero, quae Cydno amni exultat, Tarsus nobilitat, urbs perspicabilis hanc condidisse Perseus memoratur, Iovis filius et Danaes, vel certe ex Aethiopia profectus Sandan quidam nomine vir opulentus et nobilis et Anazarbus auctoris vocabulum referens, et Mopsuestia vatis illius domicilium Mopsi (60), quem a conmilitio Argonautarum cum aureo vellere dir | |