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table des matières de l'œuvre DE VARRON

 

VARRON

 

DE LA LANGUE LATINE

DE LINGUA LATINA

 

LIVRE V.

LIVRE VI

 

Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

Relu et corrigé

 

DE LINGUA LATINA.

AD CICERONEM.

LIBER QUINTUS.

I. 1. Quemadmodum vocabula essent imposita rebus in lingua latina, sex libris exponere institui. De his tris ante hunc feci, quos Septumio misi: in quibus est de disciplina, quam vocant ἐτυμολογικήν. Quae contra eam dicerentur, volumine primo : quae pro ea, secundo : quae de ea, tertio. In his ad te scribam, a quibus rebus vocabula imposita sint in lingua latina, et ea quae sunt in consuetudine apud poetas.

 

A CICERON

LIVRE CINQUIÈME

I. 1. J'ai entrepris d'exposer en six livres l'origine des mots latins. De ces six livres, j'en ai reposé trois avant celui-ci, dans lesquels je traite de l'étymologie. Ils sont adressés à Septimius. Le premier contient ce qu'on a dit contre; le second, ce qu'on a dit pour; le troisième, ce qu'on a dit sur cette science. Dans les livres que je vous adresse aujourd'hui, je traite de l'origine des mots latins, et, entre autres, de ceux qui sont usage chez les poètes.
 

2. Quom uniuscuiusque verbi naturae sint duae, a qua re et in qua re vocabulum sit impositum (itaque a qua re sit pertinacia quom quaeritur, ostenditur esse a pertendendo, in qua re sit impositum, dicitur quom demonstratur, in quo non debet pertendi et pertendit, pertinaciam esse, quod in quo oporteat manere, si in eo perstet, perseverantia sit), priorem illam partem, ubi cur et unde sint verba scrutantur, Graeci vocant ἐτυμολογίαν, illam alteram περὶ σημαινομένων; de quibus duabus rebus in his libris promiscue dicam, sed exilius de posteriore.

2. Dans chaque mot il y a lieu de considérer, 1° la chose d'où ce mot a tiré son origine; 2° la chose qu'il sert à designer. Ainsi veut-on faire connaître d'où dérive le mot pertinacia (obstination), on fait voir qu'il dérive de pertendere (tendre avec force vers une chose) ; veut-on faire connaître la chose à laquelle ce mot a été appliqué, on fait voir l'objet de la tendance obstinée, qu'on appelle pertinacia, et dont le contraire est la persévérance, qui consiste à persister dans une chose bonne. La science qui a pour objet la raison et l'origine des mots s'appelle chez les Grecs étymologie; celle qui a pour objet la chose désignée, περὶ σημαινομένων. Je traiterai indistinctement de ces deux sciences dans cet ouvrage: mais, plus brièvement, de la seconde.

3. Quae ideo sunt obscuriora, quod neque omnis impositio verborum exstat, quod vetustas quasdam delevit; nec quae exstat, sine mendo omnis imposita; nec quae recte est imposita, cuncta manet (multa enim verba litteris commutatis sunt interpolata); neque omnis origo est nostrae linguae e vernaculis verbis, et multa verba aliud nunc ostendunt, aliud ante significabant, ut hostis, nam tum eo verbo dicebant peregrinum, qui suis legibus uteretur, nunc dicunt eum, quem tum dicebant perduellem.
 

3. L'étymologie a ses obscurités, parce que l'origine des mots se perd dans la nuit des temps ou parce que leur dérivation n'est pas toujours exacte ou n'est pas demeurée pure par suite de l'altération des mots; ou bien encore parce que les mots de notre langue ne sont pas tous d'origine latine; enfin, parce que beaucoup de mots ont changé de signification, comme hostis, par exemple, qui désignait autrefois un étranger appartenant à une autre nation, et désigne aujourd'hui ce qu'on entendait alors par perduellis (ennemi avec qui on est en guerre). 

4. In quo genere verborum aut casu erit illustrius unde videri possit origo, inde repetam. Ita fieri oportere apparet, quod recto casu quom dicimus inpos obscurius est esse a potentia quam cum dicimus impotem; et eo obscurius fit, si dicas pos quam inpos, videtur enim pos significare potius pontem quam potentem.

 

5. Quand le genre ou le cas d'un mot en indiquera plus manifestement l'origine, c'est sur ce genre ou sur ce cas que j'appuierai mes inductions. Pour justifier cette manière de procéder, je citerai seulement le mot impos (qui n'est pas maître de): il est évident qu'on aperçoit moins dans ce nominatif l'origine de potentia, que dans l'accusatif impotem; et, à son tour, impos est moins obscur que pos, qui semble plutôt synonyme de pons (pont) que de potens (puissant, maître de).

5. Vetustas pauca non depravat, multa tollit. Quem puerum vidisti formosum, hunc vides deformem in senecta. Tertium seculum non videt eum hominem, quem vidit primum. Quare illa quae iam maioribus nostris ademit oblivio, fugitiva secuta sedulitas Muci et Bruti retrahere nequit. Non, si non potuero indagare, eo ero tardior; sed velocior ideo si quivero; non mediocreis enim tenebrae in silva ubi haec captanda; neque eo quo pervenire volumus semitae tritae, neque non in tramitibus quaedam obiecta quae euntem retinere possent.
 

5. Le temps altère ou efface l'origine de beaucoup de mots. Cet homme que vous avez connu brillant de jeunesse et de beauté, vous le voyez aujourd'hui vieux et flétri par l'âge. Trois générations ont passé sur lui et l'ont rendu méconnaissable. Aussi, ce que le fleuve de l'oubli a entraîné dans son cours, et dérobé aux yeux mêmes de nos ancêtres, la perspicacité de Mutius et de Brutus ne saurait le découvrir dans les ombres du passé. Je ne m'arrêterai donc pas longtemps dans de vaines investigations : je me hâterai au contraire, autant du moins que me le permettront les difficultés du chemin ; car je vais m'engager dans les détours d'une forêt ténébreuse, infréquentée, et remplie d'obstacles qui peuvent m'empêcher d'avancer.

6. Quorum verborum novorum ac veterum discordia omnis. In consuetudine communi, quot modis commutatio sit facta qui animadverterit, facilius scrutari origines patietur verborum: reperiet enim esse commutata, ut in superioribus libris ostendi, maxime propter bis quaternas causas. Litterarum enim fit demptione aut additione, et propter earum adtraiectionem aut commutationem, item syllabarum productione aut correptione, denique... one : quae quoniam in superioribus libris, cuiusmodi essent, exemplis satis demonstravi, hic ammonendum esse modo putavi.

6. Tout change avec le temps : de là toutes ces discordances entre la signification ancienne et la signification actuelle des mots. Si l'on prend soin de constater d'abord les différentes modifications dont les mots sont susceptibles en passant par la bouche des hommes, on aura moins de peine à remonter à leur origine. L'altération des mots, comme je l'ai démontré dans les livres précédents, a huit causes principales. Elle résulte du retranchement ou de l'addition d'une ou plusieurs lettres, de leur attraction ou de leur changement, de l'allongement ou de l'abréviation des syllabes; enfin de... Comme, dans les livres précédents, j'ai démontré par des exemples assez nombreux les causes de cette altération, je me borne ici à les rappeler.

7. Nunc singulorum verborum origines expediam; quorum quattuor explanandi gradus. Infimus in quo populus etiam venit: quis enim non videt unde arenifodinae et viocurus? Secundus quo grammatica escendit antiqua, quae ostendit, quemadmodum quodque poeta fluxerit verbum, confinxerit, declinarit. Hic Pacuvi rudentisibilus, hic incurvicervicum pecus, hic clamyde clupeat bracchium.

7. Je commencerai par l'origine des mots, laquelle a quatre degrés. Le premier est celui qui est à la portée de tout le monde. Qui ne voit en effet d'où viennent les mots arenifodinae (sablonnière) et viocurus (intendant des chaussées) ? Le second est celui auquel on s'élève pour étudier le vieux langage, et rechercher comment les poètes ont formé, composé, modifié chaque mot. A ce degré appartiennent les mots suivants de Pacuvius : rudentisibilus (sifflement des cordages), incurvicervicum pecus (le troupeau à la tête courbée), clamyde clupeat brachium (il s'arme de sa chlamyde en guise de bouclier).

8. Tertius gradus, quo philosophia ascendens pervenit, atque ea quae in consuetudine communi essent aperire coepit, ut a quo dictum esset oppidum, vicus, via. Quartus, ubi est aditus et initia rerum: quo si non perveniam scientiam ad opinionem aucupabor, quod etiam in salute nostra nonnunquam facit cum aegrotamus medicus.

8. Le troisième est celui où s'élève la philosophie pour découvrir l'origine des mots qui sont dans l'usage commun, tels que oppidum (fort), vicus (quartier, village), via (voie). Le quatrième est celui qui nous initie à la connaissance des principes des choses. Que si je ne parviens pas à l'atteindre, au défaut de science certaine je m'appuierai sur la conjecture, à l'exemple des médecins, qui quelquefois n'agissent pas autrement dans le choix des remèdes qu'ils conseillent aux malades.

9. Quodsi summum gradum non attigero, tamen secundum praeteribo, quod non solum ad Aristophanis lucernam, sed etiam ad Cleanthis lucubravi. Volui praeterire eos, qui poetarum modo verba ut sint ficta expediunt; non enim videbatur consentaneum quaerere me in eo verbo quod finxisset Ennius causam, neglegere quod ante rex Latinus finxisset; quoum poeticis multis verbis magis delecter quam utar, antiquis magis utar quam delecter. An non potius mea verba illa quae hereditate a Romulo rege venerunt, quam quae a poeta Livio relicta?

9. SI je n'atteins pas ce quatrième degré, j'irai du moins au-delà du degré précédent, grâce au flambeau non seulement d'Aristophane, mais encore de Cléanthe. J'ai voulu aller plus loin que ceux qui se sont bornés à rechercher l'origine des mots créés par les poètes ; car il ne me semblait pas satisfaisant de rechercher l'origine d'un mot d'Ennius, et de négliger celle d'un mot du roi Latinus. La plupart des mots poétiques, en effet, sont plutôt faits pour mon plaisir que pour mon usage ; mais les anciens sont plutôt faits pour mon usage que pour mon plaisir. Les mots que nous a légués le roi Romulus ne sont-ils pas plus véritablement miens que ceux que nous a légués le poète Livius ?

10. Igitur quoniam in haec sunt tripertita verba, quae sunt aut nostra aut aliena aut oblivia : de nostris dicam cur sint, de alienis unde sint, de obliviis relinquam. Quorum partim quid tamen invenerim aut opiner scribam. In hoc libro dicam de vocabulis locorum et quae in his sunt, in secundo de temporum et quae in his fiunt, in tertio de utraque re a poetis comprehensa.

10. Or, puisque les mots sont de trois espèces, latins, étrangers ou oblitérés, j'exposerai la raison des premiers et la dérivation des seconds, sans m'occuper de ceux dont la trace est perdue, en vous faisant part tantôt de mes découvertes, tantôt de mes conjectures. Dans ce livre je rechercherai l'origine des noms des lieux et des accesoires ; dans le livre suivant, des noms des temps, ainsi que des noms des choses qui se passent en mêmes temps; dans le troisième, de ces deux sortes de mots par rapport aux poètes.

11. Pythagoras Samius ait omnium rerum initia esse bina ut finitum et infinitum, bonum et malum, vitam et mortem, diem et noctem. Quare item duo, status et motus, utrumque quadripertitum: quod stat aut agitatur, corpus; ubi agitatur, locus, dum agitatur, tempus; quod est in agitatu, actio. Quadripertitio magis sic apparebit: corpus est ut cursor; locus stadium qua currit; tempus hora qua currit; actio cursio.

11. Pythagore de Samos dit que le principe de toutes choses est double; qu'ainsi, par exemple que le fini et l'infini, le bien et le mal, la vie et la mort, le jour et la nuit, sont choses corrélatives et inséparables. Ainsi l'immobilité et le mouvement sont deux états corrélatifs. Ce qui se meut  ou reste immobile, c'est le corps; l'espace où se meut le corps, c'est le lieu; la durée du mouvement c'est le temps; le mouvement, c'est l'action. Un exemple fera mieux ressortir cette quadruple division : le corps est comme le courreur; le lieu, comme le stade où il court; le temps, comme la durée de sa course; l'action, c'est comme la course.

12. Quare fit ut ideo fere omnia sint quadripertita et ea aeterna, quod neque unquam tempus, quin fuerit motus, eius enim intervallum tempus; neque motus, ubi non locus et corpus, quod alterum est quod movetur, alterum ubi; neque ubi id agitatur, non actio ibi. Igitur initiorum quadrigae locus et corpus, tempus et actio.

12. De là vient que presque toutes les choses impliquent éternellement quatre parties : point de temps sans mouvement, puisque le temps en est le mesure; point de mouvement sans corps qui se meuve, et sans un lieu où le corps se meuve; point de corps qui se meuve, sans action. Donc tout principe implique les quatre idées de lieu, de corps, de temps et d'action.

13. Quare quod quattuor genera prima rerum, totidem verborumhorum iam de binis, locis et iis rebus quae in his videntur in hoc libro summatim ponam. Sed qua cognatio eius erit verbi quae radices egerit extra fines suas, persequemur. Saepe enim ad limitem arboris radices sub vicini prodierunt segetem. Quare non, quom de locis dicam, si ab agro ad agrosum hominem, ad agricolam pervenero, aberraro. Multa societas verborum, nec Vinalia sine vino expediri nec curia Calabra sine calatione potest aperiri.

13. A ces quatre idées correspondent quatre espèces de mots. Je traiterai sommairement dans ce livre de ceux qui servent à désigner les lieux et les choses que contiennent les lieux, en suivant les ramifications de leur parenté, car il en est des mots comme des arbres, qui poussent souvent leurs racines dans l'héritage voisin. Ainsi, lorsque, en parlant des lieux, je viendrai du mot ager (champ) au mot agrosus (homme riche en terres), ou agricola (laboureur), et je ne croirai pas m'écarter de mon chemin. Les sociétés des mots sont très nombreuses : ainsi Vinalia (fêtes ou l'on faisait à Jupiter des libations de vin nouveau) conduit à vinum (vin); Calabra, nom d'une curie, à calatio (convocation).

II. 14. Incipiam de locis ab ipsius loci origine. Locus est, ubi locatum quid esse potest. Ut nunc dicunt, collocatum, veteres id dicere solitos, apparet, apud Plautum:

Filiam habeo grandem cassam dote atque inlocabilem
Neque eam queo locare cuiquam.

apud Ennium:

O Terra Thraeca, ubi Liberi fanum in civium
Maero locavit.

 

 II. 14. Je commencerai par les lieux, et par conséquent par l'origine du mot locus. Le lieu (locus) est l'endroit où l'on peut placer (locare) quelque chose. Le mot collocare a aujourd'hui le même sens qu'autrefois, comme on le voit dans ce passage de Plaute: J'ai une fille nubile, qui n'a point de dot, et à qui je ne puis trouver de parti (inlocabilis); et dans cet autre d'Ennius : O terre de Thrace, où j'ai élevé (locavi) un temple à Bacchus au milieu de la ville.

14. Ubi quidque consistit, locus;  ab eo praeco dicitur locare, quod usque idem it, quoad in aliquo constitit pretium;  inde locarium, quod datur in stabulo et taberna ubi consistant. Sic loci muliebres, ubi nascendi initia consistunt.

15. Le lieu est aussi le point où l'on s'arrête : de là le mot locare, qui, dans les ventes publiques, signifie adjuger à celui dont l'enchère n'est point couverte. De là le mot locarium, qui désigne le prix du gîte dans une hôtellerie ou une taverne ; de là encore loci muliebres, pour désigner la matrice.

III. 16. Loca naturae secundum antiquam divisionem prima duo, caelum et terra; deinde particulatim utriusque multa. Caeli dicuntur loca supera et ea deorum : terrae loca infera et ea hominum. Ut Asia, sic caelum dicitur modis duobus. Nam et Asia, quae non Europa, in qua etiam Syria, et Asia dicitur prioris pars Asiae, in qua est Ionia ac provincia nostra.

 

16. Les lieux de la nature, suivant l'ancienne division, sont, en général, au nombre de deux, le ciel et la terre, lesquels se subdivisent en une infinité d'autres. On appelle cieux les lieux supérieurs, le séjour des dieux; et terres les lieux inférieurs, le séjour des hommes. Comme l'Asie, le ciel se prend dans deux acceptions. En effet, l'Asie désigne en général la contrée, qui n'est pas l'Europe, et qui comprend la Syrie; on entend aussi sous ce nom une partie de l'Asie, qu'on appelle Asie mineure, et dans laquelle se trouvent l'Ionie et notre province.

17. Sic caelum et pars eius, summum ubi stellae, et id quod Pacuvius, quom demonstrat dicit:

 Hoc vide circum supraque quod complexu continet
 Terram.

Cui subiungit:
          
Id quod nostri caelum memorant.
A qua bipertita divisione Lucilius suorum unius et viginti librorum initium fecit hoc:
          
Aetheris et terrae genitabile quaerere tempus.

 17. De même le nom de ciel désigne et cette partie élevée ou sont les étoiles, et ce vaste espace que Pacuvius décrit dans le passage suivant : Vois cette sphère immense, au centre de laquelle est suspendue la terre, et que nous appelons ciel. Lucilius a adopté cette double division, qu'il indique au commencement de ses vingt et un livres: Je me propose d'étudier la saison féconde de l'éther et de la terre.

18. Caelum dictum scribit Aelius, quod est caelatum : aut contrario nomine, celatum, quod apertum est. Non male, quod prius multo potius a caelo quam caelum a caelando; sed non minus illud alterum de celando potuit dici, quod interdiu celatur, quam quod noctu non celatur.

18. Ælius prétend que le mot coelum dérive de coelare (ciseler); ou, par antiphrase, de celare (cacher), parce qu'il est à découvert. Cette dernière étymologie est plus plausible que l'autre, parce que caelare viendrait plutôt de coelum que coelum ne vient de coelare; et même, sans recourir à une antiphrase, on pourrait dire que coelum dérive avec autant de raison de celare, parce que le ciel est caché pendant le jour, que parce qu'il n'est pas caché pendant la nuit.

19. Omnino ego magis puto a Chao choum, hinc  cavum et hinc caelum, quoniam, ut dixi, hoc circum supraque quod complexu continet terram cavum caelum. Itaque dicit Andromacha Nocti:

           Quae cava caeli signitenentibus conficis bigis;

et Agamemno:

           In altisono caeli clipeo:

cavum enim clipeum; et Ennius item ad cavationem:

           Caeli ingentes fornices.

 19. Pour moi, je crois bien plutôt que chaos a forme choum, puis cavum, et enfin caelum, puisque le ciel, comme je l'ai dit, est une sphère concave, qui enveloppe la terre. Ainsi Andromaque dit à la Nuit: O toi qui parcours sur ton char étoilé la voûte du ciel; et Agamemnon : Sur le bouclier retentissant du ciel; car un bouclier est concave. Nous lisons encore dans Ennius : Les vastes voûtes du ciel.

20. Quare ut a cavo cavea et caullae et convallis, cavata vallis, et coelum a cavatione; ut cavum, sic ortum, unde omnia apud Hesiodum, a Chao, a  cavo caelum.

20. Donc, de même que cavum a produit cavea (fosse, caverne), caullae (bergerie), convallis ou vallis convata (vallée creuse), ainsi coelum dérive de cavum, qui dérive à son tour de chaos, le chaos, d'ou, suivant Hésiode, sont issues toutes choses.

IV. 21. Terra dicta ab eo, ut Aelius scribit, quod teritur; iItaque terra in augurum libris scripta cum R uno. Ab eo colonis locus communis qui prope oppidum relinquitur territorium, quod maxime teritur. Hinc linteum quod teritur corpore extermentarium; hinc in messi tritura, quod tum frumentum teritur, et tricolum, qui terit; hinc fines agrorum termini, quod eae partes propter limitare iter maxime teruntur; itaque hoc, quod is in Latio aliquot locis dicitur, ut apud Accium, non terminus, sed terimen; hoc Graeci quod τέρμονα; pote vel illinc; Evander enim, qui venit in Palatium, e Graecia Arcas.

IV. 21. Terra (terre) vient, ainsi que le dit Aelius, de terere (broyer, frotter) : c'est pourquoi, dans les livres des Augures, on trouve ce nom écrit avec un seul R. De la même racine dérivent 1° territorium(territoire), nom des alentours pubilcs des villes, parce qu'ils sont très fréquentés; 2° extermentarium, espèce de tunique, qui s'use au frottement du corps; 3° tritura, temps où l'on moud le blé, et trivolum, instrument propre à moudre le blé; 4° terminus (terme), nom des limites des champs, parce qu'elles confinent au chemin de passage. Dans certaines parties du Latium on ne dit pas terminus, mais termen, que l'on trouve dans Accius; et de là les Grecs ont dit τέρμων; peut-être même ce mot est-il d'origine grecque, car Evandre, qui vint s'établir sur le mont Palatin, était Arcadien.

22. Via sicut iter, quod ea vehendo teritur, iter item actus, quod agendo teritur; etiam ambitus est quod circumeundo teritur, nam ambitus circuitus, ab eoque XII Tabularum interpretes ambitus parietis circuitum esse describunt. Igitur tera terra et ab eo poetae appellarunt summa terrae quae solo teri possunt, sola terrae.

 22. Via (voie) vient de vehere (porter, charrier), de même que iter (passage) vient de ire (aller); actus, (droit de passage avec une bête de somme et un chariot), de vehere (conduire); ambitus de circumire (aller autour), car ambitus et circumitus (circuit) sont synonymes; et les interprètes des Douze Tables donnent à ambitus en parlant d'un mur, le sens de circuitus. Donc tera produit terra, et comme la surface de la terre est foulée par la plante du pied (solum), les poètes ont appelé solum cette partie extérieure de la terre.

22. Terra, ut putant, eadem et humus; ideo Ennium in terram cadentis dicere:

cubitis pinsibant humum.

Et quod terra sit humus, ideo is humatus mortuus, qui terra obrutus. Ab eo qui Romanus combustus est, si in sepulcrum, eius abiecta gleba non est, aut si os exceptum est mortui ad familiam purgandam, donec in purgando humo est opertum (ut pontifices dicunt, quod inhumatus sit), familia funesta manet. Et dicitur humilior qui ad humum, demissior, infimus humillimus, quod in mundo infima humus.

 22. Terra et humus sont regardés comme identiques: ainsi Ennius a dit, en parlant d'hommes tombés a terre: cubitis pinsibant (ils ont frappé de leurs coudes) humum, c'est-à-dire la terre. De la encore humatus, pour dtésigner un mort enterré, et inhumatus (qui n'a pas reçu la sépulture), pour désigner, suivant l'expression des pontifes, l'état du cadavre d'un Romain qui a été brûlé, mais qui n'a pas encore été couvert de la terre sépulcrale, ou dont la tête a été détachée pour servir aux purifications de la famille, laquelle est, pendant ce temps, considérée comme souillée. De là encore humilior, humillimus, pour désigner l'abaissement, parce que la terre est la plus basse partie du monde.

24. Humor hinc. Itaque ideo Lucilius:

Terra abiit in nimbos humoremque.

Pacuvius:

Terra exhalat auram atque auroram humidam;

humectam. Hinc ager uliginosus humidissimus; hinc udus uvidus; hinc sudor quod fluit deorsum in terram.

24. De humus vient humor (eau, humidité) : ce qui explique cette expression de Lucilius : la terre s'évapore en nuées et en pluie; et cette autre de Pacuvius : la terre exhale un air humide, c'est-à-dire imprégné de humus. De là, uliginosus ager (champ marécageux); udus, uvidus; de là, sudor, parce que la sueur dégoutte vers la terre.

25. Unde sumi pote, puteus, nisi potius quod Aeolis dicebant ut πύτανον τὸν ποαμόν, sic πύτεον a potu, non ut nunc φρέαρ. A puteis oppidum Puteoli, quod incircum eum locum aquae frigidae et caldae multae; nisi a putore potius, quod putidus odoribus saepe ex sulphure et alumine. Extra oppida a puteis puticuli, quod ibi in puteis obruebantur homines, nisi potius, ut Aelius scribit, puticulαe quod putescebant ibi cadavera proiecta. Qui locus publicus ultra Exquilias, itaque eum Afranius subluculos in togata appellat, quod inde suspiciunt per puteos lumen.

 25. De là vient peut-être puteus (puits), si ce n'est plutôt de ce que les Éoliens disaient πύτεος, dérivé de πότος au lieu de φρέαρ; de même qu'ils disaient πύταμος au lieu de ποταμός. De putei dérive le nom de la ville de Puteoli, parce qu'elle est entourée d'une grande quantité d'eaux froides et chaudes; à moins plutôt qu'il ne vienne de putor (puanteur), à cause des odeurs puantes de soufre et d'alun que la terre y exhale souvent. De putei dérive encore puticlio, sorte de fosses communes dans les environs des villes, à cause des morts qu'on y ensevelissait, ou plutôt puticulae, comme l'écrit Aelius, parce que c'était là que pourrissaient les cadavres des morts. Au-delà des Exquilies est un lieu public de cette espèce, que, dans une de ses comédies, Afranius appelle subluculi, parce que les cadavres y sont sans cesse exposés à la lumière du ciel.

26. Lacus lacuna magna, ubi aqua contineri potest. Palus paululum aquae in altitudinem et palam latius diffusae. Stagnum a Graeco στεργνὸν, quod  non habet rimam; hinc ad villas rutunda stagna, quod rutundum facillime continet, anguli maxime laborant.

26. Lacus (lac), grand bassin qui peut contenir de l'eau. Palus (marais), eau peu profonde (paululum), mais répandue visiblement (palam) sur un grand espace : stagnum (étang), du mot grec στεγνὸν, qui n'a pas d'issue : aussi voit-on des étangs auprès des villae (fermes, métairies), parce qu'un bassin d'une forme ronde est plus propre à contenir l'eau qu'un bassin dont les bords sont à angles.

27. Fluvius, quod fluit, item flumen, a quo lege praediorum urbanorum scribitur:

Stillicidia fluminaque uti fluant ita cadantque.

Inter haec hoc interest, quod stillicidium eo quod stillatim cadit; flumen quod fluit continue.

27. Fluvius et flumen (fleuve), ce qui coule, fluit : d'où ce qu'on lit dans la loi des héritages urbains : stillicidia fluminaque ut fluant ita cadantque. Il y a cette différence entre stillicidium (gouttière) et flumen, qu'une gouttière tombe goutte à goutte, stillatim cadit), et qu'un fleuve a un écoulement continu, fluit.

28. Amnis id flumen quod circuit aliquod: nam ab ambitu amnis; ab hoc qui circum Aternum habitant, Amiternini appellati. Ab eo qui populum candidatus circum it, ambit; et qui aliter facit, indagabili ex ambitu causam dicit. Itaque Tiberis amnis, quod ambit Martium Campum et Urbem. Oppidum Interamna dictum, quod inter amnis est constitutum; item Antemnae, quod ante amnis, qui Anio influit in Tiberim : quod bello male acceptum consenuit.

28. Amnis, de ambitus (circuit), courant d'eau qui entoure quelque chose : de là le nom d'Amiterniniens donné aux habitants des alentours d'Aterne. De là encore le mot ambire, servant. à désigner l'action du candidat qui veut obtenir les suffrages du peuple, parce qu'il tourne autour des citoyens. Celui qui, dans ce cas, recourait à des moyens interdits par la loi, s'exposait à être accusé de ambitus indagabilis (brigue criminelle). Le Tibre est appelé amnis, parce qu'il roule autour du champ de Mars et de Rome. La ville d'lnteramne est ainsi nommée, parce qu'elle est située entre des fleuves (inter). Antemnes doit aussi son nom à ce qu'elle a devant ellle (ante) l'Anio, rivière qui se jette dans le Tibre. Antemnes est aussi un vieux terme de guerre, que l'usage n'a point sanctionné.

29. Tiberis quod caput extra Latium, si inde nomen quoque exfluit in linguam nostram, nihil ad ἐτυμολόγον Latinum, ut, quod oritur ex Samnio, Volturnus, nihil ad Latinam linguam; at, quod proximum oppidum ab eo secundum mare Volturnum, ad nos, iam latinum vocabulum : ita Tiberinus nostrum; et colonia enim nostra Volturnum et deus Tiberinus.

 29. L'étymologie du nom du Tibre n'appartient pas à la langue latine, quoique ce nom s'y soit introduit; car ce fleuve a sa source hors du Latium. J'en dis autant du Volturne, qui sort du Samnium; mais, de même que du nom de ce fleuve nous avons nommé Volturnum la ville située dans son voisinage sur les bords de la mer, nom qui est arrivé jusqu'à nous comme un mot latin, ainsi nous avons fait Tiberinus de Tiberis. Nous avons en effet notre colonie Volturnum, et notre dieu Tiberinus.
 

30. Sed de Tiberis nomine anceps historia; nam et suum Etruria, et Latium suum esse credit; quod fuerunt qui ab Thebri vicino regulo Veientum, dixerint appellatum Thebrim; sunt qui Tiberim priscum nomen Latinum Albulam vocitatum litteris tradiderint, posterius propter Tiberinum regem Latinorum mutatum, quod ibi interierit, nam hoc eius ut tradunt sepulcrum.

30. Quant à l'origine du nom de Tibre, l'Étrurie et la Latium se le disputent : selon les Étrusques, Tibre viendrait du nom d'un petit roi de Véies, ville voisine, lequel s'appelait Thebris; selon les Latins, l'ancien nom du Tibre serait Albula, nom qu'il aurait perdu pour celui qu'il a aujourd'hui, en mémoire de Tiberinus, roi du Latium, mort dans les eaux de ce fleuve, qui est regardé comme son tombeau.

V. 31. Ut omnis natura in caelum et terram divisa est, sic caeli regionibus terra in Asiam et Europam. Asia enim iacet ad meridiem et austrum, Europa ad septemtriones et aquilonem. Asia dicta ab nympha, a qua et Iapeto traditur Prometheus. Europa ab Europa Agenoris, quam ex Phoenice, Mallius scribit taurum exportasse, quorum egregiam imaginem ex aere Pythagoras Tarenti fecit.

V. 31. De même que la nature entière est divisée en ciel et en terre, ainsi la terre est divisée en deux parties correspondantes aux deux régions du ciel, l'Asie et l'Europe. L'Asie s'étend au midi, vers l'Auster, et l'Europe au nord, vers l'Aquilon. L'Asie tire son nom d'une nymphe aimée de Japet, et mère de Prométhée. L'Europe doit son nom à la fille d'Agénor, que, selon Mallius, un taureau enleva de la Phénicie : enlèvement qui est le sujet d'un admirable ouvrage en airain de Pythagore, sculpteur, de Tarente.

32. Europae loca multae incolunt nationes. Ea fere nominata aut translaticio nomine ab hominibus ut Sabini et Lucani, aut declinato ab hominibus, ut Apulia et Latium : utrumque ut Etruria et Tusci. Qua regnum fuit Latini, universus ager dictus Latium, particulatim oppidis cognominatus, ut a Praeneste Praenestinus, ab Aricia Aricinus.

32. L'Europe est habitée par un grand nombre de peuples. La plupart de ses contrées portent le nom de leurs habitants, comme Sabini et Lucani, ou un nom dérivé de celui du peuple, comme l'Apulie et le Latium. L'Étrurie, appelée aussi Tusci, a un nom de chaque espèce. Le territoire où régnait Latinus a été, en général, appelé Latium, et a reçu des surnoms particuliers, tels que celui de Praenestinus, à cause de la ville de Préneste, et d'Aricinus à cause d'Aricie.

33. Ut nostri augures publici disserunt, agrorum sunt genera quinque: Romanus, Gabinus, Peregrinus, Hosticus, Incertus. Romanus dictus, unde Roma ab Romulo; Gabinus ab oppido Gabis; Peregrinus ager pacatus, qui extra Romanum et Gabinum, quod uno modo in his servantur auspicia. Dictus peregrinus a pergendo, id est a progrediendo; eo enim ex agro Romano primum progrediebantur. Quocirca Gabinus quoque peregrinus, sed quod auspicia habet singularia, ab reliquo discretus. Hosticus dictus ab hostibus. Incertus is qui de his quattuor qui sit ignoratur.

 33. Suivant nos augures publics, il y a cinq sortes de territoires, dont les différents noms sont : Romanus, Gabinus, Peregrinus, Hosticus, Incertus. Romanus dérive, comme Rome, de Romulus ; Gabinus dérive du nom de la ville de Gabies. Peregrinus, champ cultivé, séparé des deux territoires précédents, parce qu'on y prend les auspices d'une manière particulière. Le nom de peregrinus dérive de pergere (aller vers), parce que c'est là qu'on arrivait d'abord en venant du territoire romain. C'est pourquoi le territoire Gabinus est aussi peregrinus; mais parce qu'on s'y rend pour prendre des auspices particuliers, il forme une partie distincte. Hosticus dérive de hostis (ennemi). Le cinquième est appelé Incertus, parce que sa qualité est indéterminée, et participe à celle des quatre autres.

VI. 34. Ager dictus in quam terram quid agebant, et unde quid agebant fructus causa: alii quod id Graeci dicunt ἀγρόν. Ut ager quo agi poterat, sic qua agi actus. Eius finis minimus constitutus in latitudinem pedes quattuo, fortasse an ab eo quattuor, quod ea quadrupes agitur; in longitudinem pedes CXX; in quadratum actum et latum et longum esset CXX. Multa antiqui duodenario numero finierunt ut XII decuriis actum.

VI. 34. Ager (champ, territoire), de agere (conduire, mener), désigne une terre où l'on va et d'où l'on revient, avec ce qui est nécessaire à la culture; ou, selon d'autres, du mot grec ἀγρός. Du même mot agere on a fait actus, pour désigner le lieu par lequel on passe avec bête de somme et chariot. La plus grande largeur du passage, appelé actus, a été fixée à quatre pieds, peut-être en considération du quadrupède avec lequel on a le droit de passer ; sa longueur a cent  vingt pieds, et sa contenance a cent vingt pieds carrés. Les anciens ont adopté en beaucoup de choses le nombre 12, qui est, par exemple, le nombre  des décuries.

35. Iugerum dictum iunctis duobus actibus quadratis. Centuria primum a centum iugeribus dicta, post duplicata retinuit nomen, ut tribus a partibus, populi tripartito divisi dictae nunc multiplicatae idem tenent nomen. Ut qua agebant actus : sic qua vehebant, viae dictae; quo fructus convehebant, villae; qua ibant, ab itu iter appellarunt, qua id anguste, semita, ut semiter dictum.

 35. Jugerum (arpent) dérive de iungere (joindre), parce qu'il se compose de la réunion des deux actus carrés. Le nom de centuria (centurie) fut originairement employé pour désigner cent arpents, puis pour en désigner deux cents, de même que tribus (tribus) sert à désigner les divisions du peuple au-delà de trois. De même que actus désigne le lieu par où l'on peut passer avec une bête de somme et un chariot, ainsi via (voie) dérive de vehere (charrier); villa (ferme, métairie) désigne le lieu où les fruits sont transportés (convehebantur), iter (passage) dérive de ire (aller), et semita (sentier) désigne un chemin où l'on marche à l'étroit et, pour ainsi dire, à demi.

36. Ager cultus ab eo quod ibi cum terra semina coalescebant, et ubi inconsitus incultus. Quod primum ex agro plano fructus capiebant, campus dictus; posteaquam proxuma superiora loca colere coeperunt, a colendo colles appellarunt; quos agros non colebant propter silvas aut id genus, ubi pecus possit pasci, et possidebant, ab usu salvo saltus nominarunt. Haec etiam Graeci νομὰς, nostri nemora.

 36. On dit qu'un champ est cultus (cultivé), parce que les semences s'incorporent (coalescunt) avec la terre. Incultus (inculte) s'explique de même en sens contraire. De ce que l'usage était originairement de recueillir (capere) les fruits dans la plaine, on lui a donné le nom de campus (champ); mais, depuis, la culture s'étant étendue aux lieux qui la dominent, on appela ces lieux colles (collines), de colere ((cultiver). Quant aux terrains que les propriétaires ne pouvaient cultiver, à cause des bois ou d'autres obstacles, mais où ils pouvaient faire paître leur bétail, l'usage auquel on les employait leur fit donner le nom de saltus. Les Grecs disent νομαὶ, de νέμω (paître), d'où est venu notre mot nemora.

37. Ager quod videbatur pecudum ac pecuniae esse fundamentum, fundus dictus; aut quod fundit quotquotannis multa. Vineta ac vineae a vite multa. Vitis a vino, id a vi; hinc vindemia, quod est vinidemia aut vitidemia. Seges ab satu, id est semine. Semen quod non plane id quod inde; hinc seminaria, sementem, item alia. Quod segetes ferunt, fruges; a fruendo fructus; ab spe spicae, ubi et culmi, quod in summo campo nascuntur et summum culmen.

37. Fundus (fonds de terre) dérive de fundamentum (fondement), parce qu'un champ est, en quelque sorte, un fondement de bestiaux et d'argent; ou bien de fundere (répandre, produire), parce qu'il produit beaucoup de fruits annuellement. Vineta et vineae, vignobles, dérivent de vitis (vigne) et multa (abondantes), vitis (vigne), de vinum (vin), qui dérive de vis (violence) ; et de là vindimenia (vendange), de demere (ôter, cueillir), et de vitis. Seges (moisson), de satus, qui vient de semen (semence). Semer veut dire chose qui n'est pas pleinement ce qu'elle est ensuite; et de là seminaria (pépinière), sementis (semaille), et d'autres mots de la même espèce. Fruges désigne ce que la moisson produit (fert); fructus (fruit) vient de frui (jouir), spicae (épis) de spes  (espérance), culmus (tige) de culmen (sommet, élévation), parce que la tige se balance au-dessus du champ.

38. Ubi frumenta secta, ut terantur, arescant, area. Propter horum similitudinem in urbe loca pura areae; a quo potest etiam ara deum, quod pura, nisi potius ab ardore, ad quem ut sit fit ara; a quo ipsa area non abest, quod qui arefacit ardor est solis.

38. Area (aire) désigne le lieu où le blé coupé est battu et sèche (arescit). La ressemblance a fait donner le même nom à certains lieux vides de la ville. Ara (autel) a peut-être la même étymologie, à moins plutôt qu'il ne dérive de ardor (ardeur), l'autel étant la place du feu des sacrifices ; et, dans ce dernier cas, area et ara diffèrent peu, puisque la sécheresse a pour cause l'ardeur du soleil.

39. Ager restibilis, qui restituitur ac reseritur quotquotannis; contra qui intermittitur, a novando novalis. Ager arvus et arationes ab arando; ab eo quod aratri vomer sustulit, sulcus; quo ea terra iacta, id est proiecta, porca.

39. On appelle champ restibilis celui que l'on cultive et resème chaque année (restuiitur ac reseritur); et novalis, de novare (changer, mettre en jachère), celui dont la culture est intermittente. Arvus (champ labouré) et arationes (id.) viennent de arare (labourer) ; sulcus (sillon), de ce que le fer de la charrue soulève la terre (sustulit); porca (sillon de terre) de proicere (jeter devant).

40. Prata dicta ab eo, quod sine opere parata. Quod in agris quotquotannis rursum facienda eadem, ut rursum capias fructus, appellata rura. Dividit illico Siccius scribit Sulpicius plebei rura largiter ad aream. Praedia dicta, item ut praedes, a praestando, quod ea pignore data publice mancupis fidem praestent.

40. Prata (prés) vient de parare, parce qu'ils sont préparés sans travail. Le nom de rura a été donné aux champs, parce qu'il faut chaque année recommencer le même travail, pour recueillir de nouveaux fruits (rursum).  « Siccius s'empresse, dit Sulpicius, de concéder au peuple une vaste étendue de champs (rura) pour une place publique.  »  Praedia (héritages) et praedes (biens hypothéqués) viennent de praestare (fournir, donner), parce qu'ils garantissent, à titre de gage, la foi du vendeur.

VII. 41. Ubi nunc est Roma, erat olim Septimontium nominatum ab tot montibus, quos postea urbs muris comprehendit. E quis Capitolinum dictum, quod hic, quom fundamenta foderentur aedis Iovis, caput humanum dicitur inventum. Hic mons ante Tarpeius dictus a virgine Vestale Tarpeia, quae ibi ab Sabinis necata armis et sepulta; cuius nominis monimentum relictum, quod etiam nunc eius rupes Tarpeium appellatur saxum.

41. Là où est aujourd'hui Rome, était autrefois le Septimontium ainsi nommé à cause des sept montagnes que Rome a depuis renfermées dans son enceinte. Au nombre de ces montagnes est le Capitole, qui a été ainsi appelé parce que, dans le même lieu ou l'on jetait les fondements du temple de Jupiter, on trouva, dit-on, une tête d'homme (caput). Cette montagne se nommait auparavant Tarpéienne, du nom de la vestale Tarpeia qui y périt sous les coups des Sabins, et y fut ensevelie, comme l'atteste encore maintenant le nom de roche Tarpéienne donné à une partie du Capitole.

42. Hunc antea montem Saturnium appellatum prodiderunt et ab eo late Saturniam terram, ut etiam Ennius appellat. Antiquum oppidum in hoc fuisse Saturniam scribitur. Eius vestigia etiam nunc manent tria : quod Saturni fanum in faucibus; quod Saturnia porta, quam Iunius scribit ibi, quam nunc vocant Pandanam; quod post aedem Saturni in aedificiorum legibus privatis parietes postici muri sunt scripti.

42. La même montagne était originairement appelée Saturnienne, nom qu'Ennius a étendu à toute la contrée. On lit que dans l'antiquité on y voyait une ville appelée Saturnia, dont il reste encore aujourd'hui trois vestiges : un temple de Saturne dans les gorges de la montagne ; une porte nommée actuellement Pandana, et qui, selon Junius, s'appelait Saturnia, et était située au même endroit ; et enfin le nom de postici (de derrière), qui, dans les lois privées sur les édifices, est donné aux murs adossés au temple de Saturne.

43. Aventinum aliquot de causis dicunt. Naevius ab avibus, quod eo se ab Tiberi ferrent aves; alii ab rege Aventino Albano, quod ibi sit sepultus; alii Adventinum ab adventu hominum, quod commune Latinorum ibi Dianae templum sit constitutum. Ego maxime puto, quod ab advectu; nam olim paludibus mons erat ab reliquis disclusus, itaque eo ex urbe advehebantur ratibus : cuius vestigia, quod ea, qua tum vehebantur, etiam nunc dicitur Velabrum, et unde escendebant, ad infimam Novam Viam locus sacellum Velabrum.

43. Le nom de l'Aventin a plusieurs étymologies. Naevius le fait dériver de aves (oiseaux), parce que c'est là que les oiseaux se rendent des bords du Tibre ; d'autres veulent que ce mont ait été ainsi appelé du nom d'un roi Albain qui y aurait été enseveli ; d'autres enfin tirent ce nom de adventus (arrivée), parce que les Latins y venaient adorer Diane dans un temple commun, consacré à cette déesse. Je crois plutôt que ce nom dérive d'advectus, parce qu'autrefois ce mont était entouré de marais, et qu'on ne pouvait s'y rendre de la ville que sur des bateaux, comme semblent l'indiquer le nom de Vélabre, que porte aujourd'hui le lieu par où se faisait le transport, et la chapelle Vélabre, qu'on voit à l'extrémité de la nouvelle voie, à l'endroit du débarquement.

44. Velabrum a vehendo. Velaturam facere etiam nunc dicuntur, qui id mercede faciunt. Merces dicitur a merendo et aere. Huic vectura quadrans; ab eo Lucilius scripsit:

          Quadrantis ratiti.

44. Vélabre vient de vehere (transporter ). Faire passer l'eau moyennant un salaire se dit aujourd'hui velaturam facere. Merces vient de mereri (acquérir) et de aes (cuivre, monnaie). Le prix du transport était de trois deniers ou quart de l'as. Ainsi on lit dans Lucilius : quadrantis ratiti (d'une pièce à l'effigie d'un navire), par allusion au transport dont je parle.

VIII. 45. Reliqua Urbis loca olim discreta, quom Argeorum sacraria septem et XX partis urbis sunt disposita. Argeos dictos putant a principibus, qui cum Hercule Argivo venerunt Romam et in Saturnia subsederunt. E quis prima scripta est regio Suburana, secunda Exquilina, tertia Collina, quarta Palatina.

45. Rome était originairement divisée en vingt-sept parties, comme l'atteste le nombre égal des lieux consacrés à la sépulture des Argiens. On croit que ce nom d'Argiens remonte à l'époque où l'Hercule argien vint, avec d'autres chefs, s'établir dans la terre de Saturne, au lieu où Rome fut bâtie. De ces différentes régions, la première est appelée Suburane, la seconde Exquiline, la troisième Colline, la quatrième Palatine.

46. In Suburanae regionis parte princeps est Caelius mons, a Caelio Vibenno Tusco duce nobili, qui cum sua manu dicitur Romulo venisse auxilio contra Tatium regem; hinc post Caelii mortem, quod nimis munita loca tenerent neque sine suspicione essent, deducti dicuntur in planum. Ab eis dictus Vicus Tuscus, et ideo ibi Vortumnum stare, quod is deus Etruriae princeps. De Caelianis qui a suspicione liberi essent, traductos in eum locum, qui vocatur Caeliolus, cum Caelio nunc coniunctum.

46. La région Suburane est dominée par le mont Caelius, ainsi nommé de Caelius Vibennus, célèbre chef tusque, qui vint, dit-on, avec sa troupe secourir Romulus contre le roi Tatius. Plus tard ces auxiliaires, après la mort de leur chef, furent, dit-on, forcés par les Romains de descendre dans la plaine, parce qu'ils occupaient un lieu fortifié, qui les rendait suspects. De là le nom de Tusque, donné à un quartier de Rome où l'on voit la statue de Vertumne, divinité principale de l'Étrurie. Suivant la même tradition ceux des compagnons de Caelius qui n'avaient point paru suspects obtinrent la permission de résider dans un lieu appelé Caeliolus, qui fait aujourd'hui partie du Caelius.

47. Huic iactae coniunctum Carinae et inter eas quem locum Caeriolensem appellatum apparet, quod primae regionis quartum sacrarium scriptum sic est:

Caeriolensis: quarticeps circa Minervium qua  e
Caelio monte  ite: in Tabernola est.

Caeriolensis a Carinarum iunctu dictus Carinae, postea Cerolia, quod hinc oritur caput Sacrae Viae ab Streniae sacello, quae pertinet in arcem, qua sacra quotquot mensibus feruntur in arcem, et per quam augures ex arce profecti solent inaugurare. Huius Sacrae Viae pars haec sola volgo nota, quae est a Foro eunti primore clivo.

47. A ce mont touchent les Carènes, qui renferment un lieu appelé Céroliensis, comme l'atteste l'inscription du quatrième sanctuaire de la quatrième région Ceriolensis, quarticeps circa Minerva etc. Ce lieu, d'abord appelé Carènes à cause de sa contiguïté, fut ensuite nommé Cerolia, parce que c'est là, près de l'oratoire de Strénia, que commence la voie Sacrée, qui aboutit à la citadelle (arx), par où les sacrificateurs passent tous les mois pour se rendre à la citadelle, et par laquelle les augures, venant de la citadelle, ont coutume d'inaugurer. On ne connaît communément de la voie Sacrée que la partie où l'on commence à monter en venant du forum.

48. Eidem regioni adtributa Subura, quod sub muro terreo Carinarum : in eo est Argeorum sacellum sextum. Subura Iunius scribit ab eo, quod fuerit sub antiqua Urbe: cui testimonium potest esse, quod subest ei loco qui Terreus murus vocatur. Sed ego a pago potius Succusano dictam puto Succusam: quod in nota etiam nunc scribitur tertia littera C, non B. Pagus Succusanus quod succurrit Carinis.

48. A la même région appartient Subure, quartier ainsi nommé, parce qu'il est situé sous le mur de terre des Carènes. Dans ce quartier se trouve le sixième oratoire des Argiens. Junius fait dériver le nom de subure de sa situation sous l'ancienne ville (sub urbe); et en effet ce quartier s'étend au-dessous du mur, appelé mur Terreus. Pour moi, je crois plutôt qu'il faut dire Sucussa, et non Subure, nom dérivé du bourg Succusanus; car aujourd'hui encore, dans les inscriptions, la troisième lettre est un C, et non un B. Le bourg Succusanus est ainsi nommé, parce qu'il vient après les Carènes (succurrit).

49. Secundae regionis Exquiliae. Alii has scripserunt ab excubiis Regis dictas : alii ab eo quod aesculis excultae a rege Tullio essent : alii ab aesculetis.  Huic origini magis concinunt loca vicini, quod ibi lucus dicitur Facutalis et Larum et Querquetulanum sacellum et Lucus Mefitis et Iunonis Lucinae : quorum angusti fines. : non mirum, iamdiu enim late avaritia nunc est.

49. Le nom de la seconde région, Exquiles, vient, selon les uns, de excubiae, parce que c'était là que campaient les sentinelles du roi Tullius; selon d'autres, de excolere (cultiver), parce que Tullius avait fait cultiver ce lieu; selon d'autres enfin, de aesculetum (chênaie). Cette dernière étymologie est la plus plausible; car on trouve, dans le voisinage, un bois Facutalis, un bois des Lares, un sanctuaire dit Querquetulanus, un bois dit Mefitis et de Junon Lucine. Tout cela est renfermé dans un espace étroit : ce qui ne doit pas étonner; car depuis longtemps la soif de posséder ne connaît plus de bornes.

50. Exquiliae duo montes habiti, quod pars Oppius, pars Cespius mons suo antiquo nomine etiam nunc in sacris appellatur. In sacris Argeorum scriptum sic est:

Oppius Mons: princeps Esquiliis uls lucum Facutalem; sinistra via secundum moerum est.
Oppius Mons, terticeps cis lucum Exquilinum; dexterior via in tabernola est.
Oppius Mons, quarticeps cis lucum Exquilinum; via dexteriore in Figlinis est.
Cespius Mons: quinticeps cis lucum Poetelium.... Esquiliis est.
Cespius Mons, sexticeps apud aedem Iunonis Lucinae, ubi aeditumus  habere solet.

50. Les Exquilies sont regardées comme formant deux montagnes, ainsi qu'on le voit encore aujourd'bui dans les livres sacrés, où, d'après leur ancien nom, les deux parties de cette région sont appelées, l'une mont Oppius, l'autre mont Cespeus. On lit dans les livres sacrés des Argiens: Le mont Oppius, dominant les Exquilies au-delà du bois Facutal, à gauche après le mur. - Le mont Oppius, en deçà du bois Exquilin, à droite dans le Tabernola. - Le mont Oppius, en deçà du bois Exquilin; à droite dans le quartier Figalinus. - Le mont Cespius, en deçà du bois Poetilis... aux Exquilies. - Le mont Cespius, près du temple de Junon, où habite ordinairement un gardien commis à la garde du temple.

51. Tertiae regionis colles quinque ab deorum fanis appellati, e quis nobiles duo colles  Viminalis a Iove Viminio, cui ibi ara eius; sunt qui, quod ibi vimineta fuerint. Collis Quirinalis ob  Quirini fanum; sunt qui a Quiritibus, qui cum Tatio Curibus venerunt Romam, quod ibi habuerint castra.

51. La troisième région contient cinq collines qui ont reçu leurs noms de cinq temples, et dont les plus célébres sont les collines Vimimale et Quirinale. La colline Viminale est ainsi nommée de Jupiter Viminus, à qui on y a élevé des autels: suivant quelques-uns, de vimineta (oseraie). La colline Quirinale doit son nom au temple de Quirinus, ou, suivant quelques étymologistes, aux Quirites, qui vinrent de Cures à Rome avec Tatius, et établirent leur camp sur cette colline.

52. Quod vocabulum coniunctarum regionum nomina obliteravit : dictos enim collis plureis apparet ex Argeorum sacrificiis, in quibus scriptum sic est:

Collis Quirinalis, terticeps cis aedem Quirini.
Collis Salutaris, quarticeps adversum est Apollinar cis aedem Salutis.
Collis Mucialis, quinticeps apud aedem Dei Fidi in delubro, ubi aeditumus habere solet.
Collis Latiaris, sexticeps in vico Insteiano summo, apud auraculum;  aedificium solum est.

Horum deorum arae, a quibus cognomina habent, in eius regionis partibus sunt.

52. Le nom de Quirinale a effacé ceux des autres régions contiguës; on trouve dans les livres sacrés des Argiens plusieurs autres noms de collines, qui sont oubliés aujourd'hui : colline Quirinale, etc.; colline Salutaire, etc.; colline Martiale, etc.; colline Latiare. Ces dieux ont en effet dans la même région des autels qui portent leurs noms.

53. Quartae regionis Palatium, quod Pallantes cum Evandro venerunt, aut quod Palatini Aborigines ex agro Reatino, qui appellatur Palatium, ibi consederunt. Sed hoc alii a Palanto uxore Latini putarunt; eundem hunc locum a pecore dictum putant quidam; itaque Naevius Balatium appellat.

53. La quatrième région, le Palatium, est ainsi appelée, ou des Palatins, qui accompagnaient Évandre, ou des Palatins aborigènes qui vinrent du territoire de Réate, appelé Palatium, et s'établirent dans cette region. Selon d'autres, elle doit son nom à Palante, épouse de Latinus, ou rappelle le bêlement des troupeaux qu'on y faisait paître : ce qui expliquerait le nom de Balatium que lui donne Naevius.

54. Huic Germalum et Velias coniunxerunt, quod in hac regione scriptum est:

Germalense quinticeps apud aedem Romuli.

Et

Veliense, sexticeps in Velia apud aedem deum Penatium.

Germalum a germanis Romulo et Remo, quod ad ficum ruminalem ibi inventi, quo aqua hiberna Tiberis eos detulerat in alveolo expositos. Veliae unde essent, plures accepi causas, in quis quod ibi pastores Palatini ex ovibus ante tonsuram inventam vellere lanam sint soliti, a quo vellera dicuntur.

54. Auprès du Palatium étalent le Germalum et Vélies, suivant ce qui est écrit : germalense, etc ; veliense, etc. Le nom de Germalum rappelle l'exposition des frères (germani) Romulus et Rémus, qui furent trouvés dans ce lieu sous le figuier ruminal, où le débordement du Tibre les avait transportés. Entre autres étymologies du nom de Vélies, on le fait dériver de vellera (toisons), parce que c'est Ià que les pâtres Palatins venaient arracher (vellere) la laine de leurs brebis, avant qu'on eût inventé l'art de les tondre.

IX. 55. Ager Romanus primum divisus in parteis tris, a quo tribus appellata Titiensium, Ramnium, Lucerum : nominatae, ut ait Ennius, Titienses ab Tatio, Ramnenses ab Romulo, Luceres, ut Iunius, ab Lucumone. Sed omnia haec vocabula Tusca, ut Volnius, qui tragoedias Tuscas scripsit, dicebat.

IX. 55. Le territoire romain fut originairement divisé en trois parties, d'où le nom de tribus (tribus) des Tatienses, des Ramnes et des Lucères, ainsi appelées, selon Ennius, de Tatius, de Romulus, et, selon Junius, de Lucumon. Or, tous ces noms sont tusques, comme le disait Volnius, qui a composé des tragédies tusques.

56. Ab hoc quoque quattuor parteis Urbis tribus dictae, ab locis Suburana, Palatina, Esquilina, Collina; quinta, quod sub Roma, Romilia. Sic reliquae triginta ab his rebus, quibus in tribuum libro scripsi.

 56. Le nom de tribu fut aussi donné à cinq parties de Rome qui, suivant les lieux, furent appelées Suburane, Palatine, Exquiline, Colline, et Romilie (sub Roma, sous Rome). Les trente autres reçurent de même différents surnoms, dont j'ai indiqué l'origine dans le livre des tribus.

X. 57. Quod ad loca quaeque his coniuncta fuerunt, dixi : nunc de his quae in locis esse solent. Immortalia et mortalia expediam, ita ut prius quod ad deos pertinet dicam. Principes dei Caelum et Terra. Hi dei idem qui Aegypti Serapis et Isis, etsi Arpocrates digito significat ut taceam. Idem principes in Latio Saturnus et Ops.

X. 57. Voilà ce qui regarde les lieux et leurs accessoires : je vais maintenant parler de ce qu'ils contiennent. Je traiterai des choses immortelles et mortelles, mais d'abord des immortelles. Les principaux dieux sont le Ciel et la Terre. Ce sont les mêmes que le Sérapis et l'Isis des Égyptiens, quoique Harpocrate commande, avec son doigt, de garder le silence sur Isis. Le Latium adorait les mêmes dieux sous les noms de Saturne et de Ops.

58. Terra enim et Caelum, ut Samothracum initia docent, sunt Dei Magni et hi quos dixi multis nominibus. (Non quas Samothracia ante portas statuit duas virilis species aeneas Dei Magni; neque; ut volgus putat, ii Samothraces dii, qui Castor et Pollux; sed ii mas et femina). Et hi quos Augurum libri scriptos habent sic : Divi qui potes, pro illo quod Samothraces θεοὶ δυνατοί.

58. Car la Terre et le Ciel, comme l'enseignent les mystères des Samothraces, sont les grands dieux, dont je viens de citer les noms divers, et qu'il ne faut pas confondre, comme le fait le vulgaire, avec Castor et Pollux, dieux mâles, dont on voit les statues d'airain exposées publiquement  dans la Samothrace : ces grands dieux sont mâle et femelle. Ce sont encore ceux qui sont appelés dans le livre des Augures, les dieux qui ont la puissance, nom que leur donnent les Samothraces, θεοὶ δυνατοί.

59. Haec duo, Caelum et Terra, quod anima et corpus. Humidum et frigidum terra, sive :

Ova parire solet genus pennis condecoratum,
Non animam,

ut ait Ennius, et

Post inde venit divinitus pullis
Ipsa anima,

sive, ut Zenon Citieus, animalium semen ignis is qui anima ac mens. Qui caldor e caelo, quod hic innumerabiles et immortales ignes; itaque Epicharmus cum dicit de mente humana istic :

Est de sole sumptus ignis, isque totus mentis est,

ut humores frigidae sunt humi, ut supra ostendi.

59. Le Ciel et la Terre correspondent à l'âme et au corps. Le corps a pour éléments l'humide et le froid ou la terre, et l'âme a pour essence la chaleur ou le ciel, selon ce que dit Ennius : L'oiseau produit l'oeuf, mais l'âme, qui vivifie l'oeuf, a un principe divin; ou Zénon de Citium, qui prétend que la semence des animaux n'est pas autre chose que le feu, c'est-à-dire, l'âme, la  vie. La chaleur vient du ciel, parce que le ciel est rempli de feux innombrables et immortels : ce qui a fait dire à Épicharme, au sujet de l'âme humaine: C'est un feu émané du soleil, lequel est une pure âme. L'humide et le froid émanent de la  terre (humus), comme je l'ai expliqué plus haut.

60. Quibus iuncti caelum et terra omnia ex se genuerunt, quod per hos natura :

Frigori miscet calorem atque humori aritudinem.

Recte igitur Pacuius quod ait

Animam aether adiugat,

et Ennius : Terram corpus quae dederit, ipsam  capere, neque dispendi facere hilum. Animae et corporis discessus quod natis is exitus, inde exitium, ut quom in unum ineunt, initia.

60. Le ciel et la terre ont tout produit, par le mélange du froid avec le chaud et du sec avec I'humide. Aussi est-ce avec beaucoup de justesse que Pacuvius a dit : L'éther accouple l'âme;  et qu'Ennius a dit aussi : La terre, qui est le corps s'ouvre pour concevoir l'âme, et n'éprouve aucune perte. La séparation de l'âme et du corps étant pour les êtres vivants une sortie de la vie (exitus), on a appelé la mort exitium, de même que l'on a donné le nom d'initium à la naissance, c'est-à-dire à l'union de l'âme et du corps (quom in unum ineunt).

61. Inde omne corpus, ubi nimius ardor aut humor, aut interit aut, si manet, sterile; cui testis aestas et hiems, quod in altera aer ardet et spica aret, in altera natura ad nascenda cum imbre et frigore luctare non volt et potius ver expectat. Igitur duplex causa nascendi ignis et aqua; ideo ea nuptiis in limine adhibentur, quod coniungitur. Hinc et mas ignis, quod ibi semen; aqua femina, quod fetus ab eius humore.

61. C'est pourquoi tout corps, lorsqu'il est trop chaud ou trop humide, périt ou demeure stérile, comme on peut le remarquer dans les deux saisons contraires de l'année : en été, l'air est brûlant et l'épi se dessèche ; en hiver, la nature, refroidie et humide, attend pour produire le retour du printemps. Le feu et l'eau sont donc les deux causes de la naissance : c'est pourquoi on les dépose au seuil des nouveaux mariés comme symbole de l'union. Le feu représente la nature mâle, parce qu'en elle est la semence; et l'eau représente la nature féminine, parce qu'en elle est l'humidité qui développe le fruit de la conception.

Et horum vinctionis vis Venus; hinc comicus:

Huic victrix Venus,
Videsne haec?

Non quod vincere velit Venus, sed vincire. Ipsa Victoria ab eo, quod superati vinciuntur. Utrique testis poesis, quod et Victoria et Venus Caeligena: Tellus enim quod prima vincta Caelo, Victoria ex eo. Ideo haec cum corona et palma, quod corona vinclum capitis, et ipsa a vinctura dicitur vieri, id est vinciri; a quo est in Sota Enni:

Ibant malaci viere Veneriam corollam;

palma, quod ex utraque parte natura vincta habet paria folia.

 62. Vénus est le lien qui unit ces deux éléments : de là ce mot d'un poète comique : huic victrix Venus, videsne haec? ce qu'il ne faut pas entendre dans le sens de vincere (vaincre), mais dans le sens de vincire (lier) ; car victoire est un mot qui vient lui-même de vincire, parce que ceux qui ont le dessous sont, en quelque sorte, liés. La poésie, qui donna le Ciel pour père à la Victoire et à Vénus, atteste la commune origine de leurs noms. Εn effet, de l'antique mariage qui unit (vinxit) le Ciel et la Terre, naquit la Victoire. On la représente avec une couronne et une palme, parce que la couronne est le lien de la tête, et parce que la palme déploie de chaque côté des feuilles d'égale grandeur, unies entre elles avec symétrie : d'où est venu le mot vieri, qui a la même signification que vinciri (être lié), et qu'on trouve dans le Sota d'Ennius : Ils allaient voluptueusement tresser une couronne, symbole d'amour.

63. Poetae de caelo quod semen igneum cecidisse dicunt in mare ac natam e spumis Venerem, coniunctione ignis et humoris quam habent vim, significant esse Veneris. A qua vi natis dicta vita, et illud a Lucilio:

Vis est vita, vides, vis nos facere omnia cogit.

63. Suivant les poètes, Vénus naquit de l'écume de la mer, mêlée à une semence de feu tombée du ciel : ce qui donne à entendre que la puissance de Vénus consiste dans l'union du feu et de l'eau. Du mot vis (puissance, force) est issu le mot vita (vie), comme le dit Lucilius : La vie, c'est la force (vis), qui nous fait faire tout.

64. Quare quod caelum principium, ab satu est dictus Saturnus, et quod ignis, Saturnalibus cerei superioribus mittuntur. Terra Ops, quod hic omne opus et hac opus ad vivendum; et ideo dicitur Ops mater, quod terra mater. Haec enim