BIBLIOTHÈQUE DE PHOTIUS

          

     61 ESCHINE,

      Contre Timarque; Sur la fausse ambassade, et Contre Ctésiphon
   

       Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

61. Eschine.

 

Contre Timarque;

Sur la fausse ambassade,

et Contre Ctésiphon

 

 


 

 

 

Ἀνεγνώσθη Αἰσχίνου οἱ τρεῖς λόγοι, ὁ κατὰ Τιμάρχου, ὅς ἐστι καὶ πρῶτος τῶν αὐτοῦ λόγων, καὶ ὁ παραπρεσβείας, τρίτος δὲ ὁ καὶ τελευταῖος ὁ κατὰ Κτησιφῶντος. Τρεῖς γὰρ μόνους αὐτοῦ φασὶ γνησίους εἶναι, καὶ ἐννέα ἐπιστολάς· διὸ τοὺς μὲν λόγους αὐτοῦ τινες χάριτας ὠνόμασαν διά τε τὸ χαρίεν τοῦ λόγου καὶ τὸν ἀριθμὸν τῶν Χαρίτων, Μούσας δὲ τὰς ἐπιστολὰς διὰ τὸν ἀριθμὸν τῶν ἔννεα Μουσῶν.

Φέρεται δὲ αὐτοῦ καὶ ἄλλος λόγος, ὁ δηλιακὸς νόμος· οὐκ ἐγκρίνει δὲ αὐτὸν ὁ Καικίλιος, ἀλλ´ Αἰσχίνην ἄλλον σύγχρονον τοῦδε  Ἀθηναῖον τὸν πατέρα εἶναι τοῦ λόγου φησίν.

Οὗτος ὁ Αἰσχίνης εἷς ἦν τῶν δέκα ῥητόρων. Κατηγορηθεὶς δὲ παραπρεσβείας ὑπὸ Δημοσθένους οὐχ ἑάλω, ἅτε δὴ Εὐβούλου τοῦ δημαγωγοῦ, ᾧ ὑπηρέτησε, συναγωνισαμένου αὐτῷ κατὰ Δημοσθένους ἐν τῷ παρασκευάσαι τοὺς δικαστὰς ἀναστῆναι ἔτι τοῦ Δημοσθένους λέγοντος. Ὕστερον δὲ κατηγορήσας τοῦ ψηφίσματος ὡς παρανόμου, ὃ κατὰ Κτησιφῶντος ἔγραψε Δημοσθένης, καὶ ὁρίσας τὸ πρόστιμον αὐτὸς ἑαυτῷ, ἐὰν μὴ δείξῃ παράνομον, μὴ δείξας ὡς ὑπέσχετο ἐξέπεσε τῆς πατρίδος. Καὶ πρὸς μὲν Ἀλέξανδρον τὸν Φιλίππου ἐν Ἀσίᾳ στρατεύοντα φεύγειν ὁρμηθεὶς ἐπεσχέθη τὸν ἐκείνου θάνατον ἀκούσας καὶ μεστοὺς θορύβων τοὺς ἐκείνου μαθὼν διαδόχους, εἰς Ῥόδον δὲ πλεύσας κατέμεινε χρόνον, ἐν ᾧ τοὺς νέους ἐπαίδευε. Θαυμαζόντων δὲ τῶν ἀκροατῶν καὶ ἀπορούντων ὅπως τοσαύτην ἔχων δύναμιν τοῦ γράφειν ὑπὸ Δημοσθένους ἡττήθη, ἔφη· «Εἰ ἠκούσατε τοῦ θηρίου ἐκείνου», θηρίον καλῶν τὸν Δημοσθένην, «οὐκ ἂν ὑμῖν τοῦτο ἠπόρητο».

Λέγεται δὲ οὗτος πρῶτος ἐκεῖσε σχολάζων τὰ πλάσματα καὶ τὰς λεγομένας μελέτας συνθεῖναι. Γηράσας δὲ ἀπὸ Ῥόδου εἰς Σάμον μετέστη, κἀκεῖ τελευτᾷ. Ἦν δὲ πατρὸς μὲν Ἀτρομήτου, μητρὸς δὲ Γλαυκοθέας τῆς ἱερείας, ἀσήμου γένους. Ἀδελφοὺς δὲ εἶχε δύο, Ἀφόβητον καὶ Φιλόχαριν. Τὸ μὲν οὖν πρῶτον ἐτριταγωνίστει μεγαλόφωνος ὤν, ἔπειτα ἐγραμμάτευε τῇ βουλῇ, καὶ κατ´ ὀλίγον ἐπὶ τὸ δημαγωγεῖν προῆλθε. Τῆς δὲ τῶν φιλιππιζόντων ἐν Ἀθήναις μοίρας ἦν· διὸ καὶ διεπολιτεύετο Δημοσθένει.

Διακοῦσαι δὲ αὐτὸν Πλάτωνος καὶ Ἀνταλκίδᾳ φασὶ μαθητεῦσαι, καὶ εἶναί τι καὶ ἑκατέρου δεῖγμα διὰ τῶν Αἰσχίνου λόγων τὸ μέγεθος τῶν ὀνομάτων καὶ τὴν σεμνότητα τῶν πλασμάτων. Διονύσιος δέ ποτε ὁ σοφιστὴς ἐντυχὼν τῷ κατὰ Τιμάρχου λόγῳ, καὶ τὴν ἀρχὴν ἀναγνοὺς τοῦ προοιμίου «οὐδένα πώποτε οὔτε γραφὴν γραψάμενος οὔτε ἐν εὐθύναις λυπήσας», εἴθε πολλοὺς ἐγράψω, ἔφη, εἴθε πολλοὺς ἐλύπησας, ἵνα πλείους καταλελοιπὼς ἐτύγχανες λόγους· οὕτως ἥσθη τῷ χαρακτῆρι τοῦ ῥήτορος.

Ἔστι δὲ ὁ λόγος αὐτῷ ὥσπερ 1αὐτοφυὴς καὶ αὐτοσχέδιος, οὐ τοσοῦτον διδοὺς τὴν τέχνην ἀποθαυμάζειν τοῦ ἀνδρὸς ὅσον τὴν φύσιν· καὶ γὰρ ὅσα δεινότητος ἔχεται, ταῦτα ἔστιν εὑρεῖν παρὰ τοῖς λόγοις αὐτοῦ, καὶ ἃ φύσεως μᾶλλόν ἐστι δείγματα. Περί τε γὰρ τὴν ὀνομασίαν ἐστὶν ἀφελὴς καὶ εὔσημος, καὶ περὶ τὴν τῶν λόγων σύνθεσιν οὔτε ἄγαν ἄτονος ὥσπερ Ἰσοκράτης, οὔτε πεπιεσμένος καὶ συνεσφιγμένος ὥσπερ ὁ Λυσίας· πνεύματι δὲ καὶ τόνῳ οὐδὲν Δημοσθένους ἀπολείπει· σχήματι δὲ κέχρηται διανοίας τε καὶ λέξεως, οὐ πρὸς τὸ δοκεῖν τι σὺν τέχνῃ λέγειν ἀλλὰ πρὸς τὸ ἀναγκαιότατον τοῖς ὑποκειμένοις πράγμασι. Διὸ καὶ ἀπανοῦργός πως ὁ λόγος εἶναι δοκεῖ καὶ ὡς τὰς ἐν πλήθει ῥητορείας καὶ τοὺς ἰδιωτικοὺς λόγους μάλιστα ἐμπρέπων· καὶ γὰρ οὐδὲ ἐπιχειρήμασιν οὐδὲ ἐνθυμήμασι συνεχής τις καὶ λίαν ἐκβεβιασμένος.

Τὸν μέντοι Λυσανίου Αἰσχίνην ἄλλοι τε καὶ Φρύνιχος μᾶλλον, ὃν καὶ Σωκρατικὸν καλοῦσιν, εἰς τοὺς ἀρίστους ἐγκρίνει, κανόνα μετά γε τοὺς πρώτους Ἀττικοῦ λόγου τοὺς ἐκείνου ἀποφαινόμενος λόγους.

J’ai lu les trois discours d’Eschine (1), Contre Timarque (le premier de ses discours), Sur la fausse ambassade, et Contre Ctésiphon (le troisième et dernier). On dit que ces trois discours et neuf lettres sont ses seules œuvres au-thentiques; raison pour laquelle ils furent parfois appelés les trois Grâces, de par leur nombre et le charme de leur style ; les lettres furent appelées les neuf Muses.

Un autre discours, la loi Délienne, lui était attribué, mais Caecilius (2) nie son authenticité et l’attribue à un autre Eschine, un athénien contemporain.

Eschine fut l'un des "dix" orateurs attiques. Accusé par Démosthène d'avoir mal conduit une ambassade (3), il ne fut pas condamné, car le démagogue Eubule, qu’Eschine avait servi autrefois (4), prit son parti contre Démosthène, et entraîna les juges à se lever avant que Démosthène eut terminé son discours. Par la suite, quand il attaqua la proposition de Ctésiphon comme illégale (5), ou plutôt Démosthène dans la personne de Ctésiphon, l’accusation n’était pas fondée et il dut payer une amende ; n’ayant pu le faire, il fut obligé de s'expatrier. Il partit tout d'abord pour l'Asie, ayant l'intention de chercher refuge auprès d’Alexandre le Grand, alors en pleine expédition, mais ayant appris en route sa mort et les querelles entre ses successeurs, il s'arrêta à Rhodes, où il est resta pendant un certain temps, et ouvrit une école de rhétorique pour les jeunes gens. Quand ses admirateurs ne comprenaient pas pourquoi un orateur de son talent avait pu être battu par Démosthène, il répondait : « Qu'auriez-vous donc fait, si vous aviez entendu ce monstre (Démosthène) hurler ce discours ? »

On dit qu’il fut le premier à composer des discours fictifs appelés « déclamations » pendant ses heures de loisir. Agé, il partit à Samos, où il mourut. Il était d'origine modeste (6), son père était Atrometus, sa mère Glaucothea, une prêtresse. Il avait deux frères, Aphobetus et Philochares. D’abord, doté d'une voix puissante, il devint acteur, puis greffier; peu de temps après il se présenta comme orateur public. Il appartenait au parti macédonien d’Athènes, et était donc un opposant politique de Démosthène.

Il aurait assisté à des leçons de Platon, et été l'élève d’Antalcidas (7), déclarations étayées par la grandeur de son langage et de la dignité de son imagination (8). Le sophiste Denys (9), quand il trouva le discours Contre Timarque, après en avoir lu l’introduction : « Je n'ai jamais encore publiquement accusé un citoyen et je n'ai inquiété personne dans la reddition des comptes », fut si enchanté du style de l'orateur qu’il aurait dit : « Plût au ciel que vous en ayez accusé et inquiété de nombreux autres, car vous nous auriez laissé plus de discours de cette classe. »

Son langage apparaît naturel et improvisé, s’il emporte l'admiration ce n’est pas par son art mais par sa grande facilité. Ses discours renferment d’abondantes preuves de son intelligence et de sa capacité. Le choix de ses mots, la simplicité et le familier, par la structure de ses périodes, il n'est ni si faible qu’Isocrate, ni si résumé et concis que Lysias, tandis qu’en verve et en énergie il n'est pas inférieur à Démosthène. Il emploie des figures de style et de rhétorique, non pour créer l’impression d’user d’un langage artistique, mais par conformité avec les nécessités du sujet. D’où son style, qui apparaît direct et simple, bien adapté au parler public et à la conver-sation privée, car il ne surcharge pas son discours par un constant usage de preuves et d’arguments.

Eschine (10), fils de Lysanias, appelé Socraticus, est reconnu par Phrynichus et d'autres comme l'un des plus grands orateurs, et ses discours sont des modèles du style attique ; il occupe sans contredit le second rang parmi les orateurs.
 

[1]  Orateur attique (~ 390-314 av. J.-C.), rival de Démosthène. Il eut une carrière diversifiée à titre de secrétaire, acteur, orateur et homme d'État. Dans un premier temps adversaire de Philippe de Macédoine, il fut accusé de prévarication en faveur de sa cause. Après l'échec de son discours contre Ctésiphon qui proposait de donner une couronne d’or à Démosthène pour service rendu, il sa retira, en premier lieu à Ephèse, puis à Rhodes, et, enfin, à Samos, où il mourut. Les trois discours sont parvenus jusqu'à nous, les lettres sont perdues.

[2] Caecilius Calactinus (à partir de Kale Akte en Sicile), rhéteur grec, vécut à Rome à l'époque d'Auguste. Il a écrit un certain nombre d’ouvrages de rhétorique, de grammaire, et d’histoire, le principal étant Sur la nature des dix orateurs, mais aucun d'eux ne nous est parvenu.

[3] Pour Philippe de Macédoine.

[4] Comme secrétaire. Eubule était un éminent financier, et un âpre adversaire de Démosthène.

[5] Le texte est corrompu ici. Le sens requis est donné dans la traduction.

[6] Selon son propre dire, il était de bonne famille.

[7] Le seul Antalcidas semble être l'auteur de l'humiliante paix avec la Perse (387 avant J.-C.), il n'est pas considéré comme un rhéteur ou un enseignant. Suidas dit qu’Eschine fut l'élève d’Alcidamas d’Elée (en Aeolis en Asie Mineure), un élève de Gorgias.

[8] Le mot πλάσματα fait peut-être ici référence à la « forme moulée » du style, et non pas, comme ci-dessus, à l'imaginaire, aux dis-cours fictifs.

[9] De Milet. Il vécut à l'époque de l'empereur Hadrien.

[10]  Elève de Socrate. Il passa quelque temps à la cour de Denys le Jeune de Syracuse, puis s'installa à Athènes et écrivit des discours pour les tribunaux. Il composa également un certain nombre de dialogues socratiques, dont sept étaient censés être authentiques. Les trois qui portent son nom et certaines lettres ne sont certainement pas de lui.