|
table des matières de PAUSANIAS
PAUSANIAS
LIVRE II.
CORINTHIE .
Pour avoir le texte grec d'un chapitre, cliquer sur le chapitre
Corinthe. Ruine et rétablissement de Corinthe. Crommyon. Sinis. Périphètes. Tentatives pour percer l'Isthme. Temple de Neptune (Poséidon). La Corinthie, qui est une portion de l'Argolide, a pris son nom de Corinthus. Excepté à Corinthe, parmi le bas peuple, on n'a jamais dit sérieusement que Corinthes fût fils de Jupiter (Zeus). Eumélus, fils d'Amphilytus de la famille des Bacchiades, à qui on attribue aussi des vers, raconte dans son ouvrage sur Corinthe (si toutefois cet ouvrage est de lui), que ce pays fut d'abord habité par Éphyra, fille de l'Océan. Quelque temps après, Marathon, fils d'Épopéus, fils d'Aloéus, fils du Soleil ne pouvant plus supporter l'injustice et l'arrogance de son père, le quitta pour aller s'établir sur les côtes de l'Attique. Il revint dans le Péloponnèse après la mort d'Épopéus, partagea ses états entre Sicyone et Corinthos, ses deux fils, et retourna dans l'Attique. Sicyone donna son nom à l'Asopie, et Corinthus, le sien à l'Éphyrée. Il ne subsiste à Corinthe aucun reste des anciens habitants, et les Corinthiens actuels sont une colonie Romaine. L'association des Corinthiens à la ligue Achéenne fut la cause de leur malheur. Critolaüs, préteur des Achéens, ayant soulevé contre les Romains, non seulement les Achéens, mais encore la plupart des peuples Grecs qui sont hors du Péloponnèse; les Romains, après avoir terminé la guerre, désarmèrent les autres peuples Grecs, et rasèrent les murs des villes qui étaient fortifiées; mais Corinthe fut entièrement détruite par Mummius, général de l'armée romaine. Jules César, qui introduisit à Rome la forme actuelle du Gouvernement, rétablit, dit-on, Corinthe, et y envoya une colonie. Il en envoya aussi une à Carthage. Crommyon, bourg de la Corinthie, a pris son nom de Cromus, fils de Neptune (Poséidon). C'est là que fut élevée, dit-on, Phæa, qui, suivant les poètes, était une laie, et qui a donné lieu à l'un des exploits de Thésée. En avançant un peu, vous trouvez sur le rivage un pin qui s'est conservé jusqu'à ce jour, et un autel de Mélicerte. Les gens du pays disent que son corps fut apporté là par un dauphin, et que Sisyphe, l'ayant trouvé sur le rivage, l'enterra dans l'Isthme, et institua les jeux isthmiques en son honneur. Vers le commencement de l'Isthme est l'endroit où le brigand Sinis courbait des pins l'un contre l'autre, et les laissait se redresser après y avoir attaché ceux qu'il avait vaincus. Ces arbres en se relevant, tiraient chacun de son côté, et comme les liens ne cédaient pas, les malheureux ainsi attachés, étaient mis en pièces. Thésée le fit périr par le même supplice; il purgea en effet la route de Trézène à Athènes, des brigands qui l'infestaient, en exterminant ceux dont j'ai déjà parlé. Il tua aussi dans la ville d'Épidaure Périphète, qui passait pour fils de Vulcain (Héphaïstos) et combattait avec une massue d'airain. L'Isthme de Corinthe touche à la mer, d'un côté par Cenchrées, et de l'autre par Léchée. L'espace entre ces deux villes est ce qui réunit le Péloponnèse au continent. Tous ceux qui ont entrepris d'en faire une île, en perçant l'Isthme, ont été forcés de renoncer à ce projet. On voit encore le commencement de leurs travaux, mais la nature pierreuse du sol arrêta leurs premiers efforts. Le Péloponnèse est donc resté tel qu'il était, et il fait encore partie du continent. Alexandre, fils de Philippe, voulut aussi faire percer le mont Mimas, et ce fut la seule entreprise qu'il fût forcé d'abandonner. Les Cnidiens ayant fait la même tentative pour leur Isthme, la Pythie leur défendit de continuer, tant il est difficile aux mortels d'agir contre la volonté des Dieux. Les Corinthiens ne sont pas les seuls qui disent de leur pays, ce que je vais rapporter. Les Athéniens ont, je crois, les premiers imaginé cette fable, pour relever la gloire de l'Attique. Les Corinthiens disent donc que la possession de leur pays fut en litige entre le Soleil et Neptune (Poséidon). Ils prirent pour arbitre Briarée, qui adjugea à Neptine (Poséidon) l'Isthme et tout ce qui en dépend, à condition qu'il donnerait au Soleil la montagne qui est au dessus de la ville. C'est depuis ce temps là, ajoutent les Corinthiens, que l'Isthme appartient à Neptune (Poséidon). Voici maintenant ce que Corinthe offre de plus digne d'être remarqué. C'est d'abord le Théâtre, ensuite un stade de marbre blanc. En allant au Temple de Neptune (Poséidon), vous voyez d'une part les statues des athlètes qui ont remporté le prix aux jeux isthmiques, et de l'autre, des pins, alignés qui s'élèvent très droit pour la plupart. Sur le temple, qui n'est pas très grand, sont placés des Tritons de bronze. Il y a dans le vestibule, des statues; les deux premières de Neptune (Poséidon), ensuite Amphitrite, enfin la Mer, qui est aussi en bronze. Dans l'intérieur du temple est une offrande faite de nos jours par Hérode l'Athénien. C'est un char attelé de quatre chevaux dorés, à l'exception des sabots, qui sont en ivoire. A côté des chevaux sont deux Tritons en or jusqu'à la ceinture, le bas du corps est en ivoire. On voit sur le char Amphitrite et Neptune (Poséidon) et auprès d'eux, Palæmon enfant, debout sur un dauphin. Tout cela est aussi en or et en ivoire. Le socle qui supporte le char est orné de bas reliefs; celui du milieu représente la Mer soutenant Vénus (Aphrodite) enfant. Sur chaque côté sont des Néréides. Ces divinités ont aussi, à ma connaissance, des autels dans d'autres endroits de la Grèce; et on leur a consacré sur différents ports des enceintes où Achille est honoré avec elles. Doto a même à Gabales un temple qui est dans une haute vénération : là se voit le manteau qu'Ériphyle reçut en présent, disent les Grecs, au sujet d'Alcméon son fils. On a sculpté sur le piédestal de la statue de Neptune (Poséidon), les fils de Tyndarée, qui sont aussi des Dieux tutélaires pour les vaisseaux et les navigateurs. Les autres statues qui ornent ce temple sont, Galéné (la déesse du calme); la Mer; un monstre marin qui a jusqu'à la poitrine, le devant du corps d'un cheval, et le reste d'un poisson; Ino, Bellérophon et le cheval Pégase. Temple de Palémon. Tombeaux de Sisyphe et de Nélée. Jeux isthmiques. Léchée. Cenchrées. Laïs. Statues en bois de Bacchus (Dionysos).
Le temple de Palémon est dans l'enceinte du temple de Neptune (Poséidon),
à gauche. On y voit les statues de Neptune (Poséidon), de Leucothée et de
Palémon lui-même. Il y a aussi un temple nommé Adyton (secret) dont
l'entrée est sous terre. On dit que Palémon y est caché, Corinthien ou étranger,
celui qui viole le serment qu'il a fait dans ce temple, peut être assuré qu'il
n'échappera pas à la peine de son parjure. Dans la même enceinte est un ancien
temple, nommé l'autel des Cyclopes; on y sacrifie aux Cyclopes. Ceux même qui
ont lu les ouvrages d'Eumélus chercheraient bien inutilement les tombeaux de
Sisyphe et de Nélée. Ils y sont cependant; car Nélée étant venu, dit-on, à
Corinthe, y mourut de maladie et fut enterré dans l'Isthme; mais Sisyphe ne
voulut pas même montrer son tombeau à Nestor, parce qu'il fallait qu'il restât
absolument inconnu. Sisyphe est aussi enterré dans l'Isthme; mais même parmi les
Corinthiens de son temps, il y en avait très peu qui sussent où était son
tombeau. Les jeux isthmiques ne furent point interrompus par la ruine de
Corinthe et la dispersion de ses habitants par Mummius; et tant que cette ville
fut déserte, les Sicyoniens furent chargés de les faire célébrer; lorsqu'elle
eut été rétablie, cet honneur fut décerné à ses nouveaux habitants. Léchés et
Cenchrias, qui passaient pour fils de Neptune (Poséidon) et de Pyrène, fille de
l'Achéloüs ont donné leur nom aux deux ports des Corinthiens. On lit dans le
poème intitulé Mégalæ Eææ, que Pyrène était fille d'Œbalus. Vous
remarquerez à Léchée le temple de Neptune (Poséidon) et la statue en bronze de
ce Dieu; sur la route de l'Isthme à Cenchrées, un temple de Diane (Artémis)
et sa statue en bois, qui est très ancienne; dans Cenchrées même un temple
d'Aphrodite, et sa statue en marbre blanc; sur la levée qui s'avance dans la
mer après le temple de la Déesse, un Neptune (Poséidon) en bronze; enfin
vers l'autre extrémité du port, les temples d'Esculape et d'Isis. Les bains
d'Hélène sont vis-à-vis de Cenchrées; on donne ce nom à une source abondante
d'eau salée qui sort d'un rocher et coule dans la mer, elle a le même degré de
chaleur que l'eau qui est prête à bouillir. En remontant à Corinthe, vous
trouvez sur la route divers tombeaux, et vers la porte même de la ville, celui
de Diogène de Sinope que les Grecs surnommèrent le Chien. Devant la ville est un
bois de cyprès nommé le Cranium : vous y verrez une enceinte consacrée à
Bellérophon, le temple de Vénus (Aphrodite) Melænide et le tombeau de Laïs, qui
est surmonté d'une lionne, tenant un bélier entre ses pieds de devant. On montre
dans la Thessalie un autre tombeau de Laïs : elle y avait suivi, dit-on,
Hippostrate, dont elle était amoureuse. Née à Hyccare, en Sicile, elle fut prise
encore enfant par Nicias et par les Athéniens, et fut vendue à Corinthe. Sa
beauté surpassa bientôt celle de toutes les courtisanes de son temps, et les
Corinthiens poussèrent l'admiration pour elle à un tel point, qu'ils prétendent
encore maintenant qu'elle était de Corinthe. Temple d'Octavie. Propylées. Pyrène. Bains. Fontaines. Enfants de Médée. Rois des Corinthiens. Le milieu de cette place publique est occupé par une Minerve (Athéna) en bronze, sur le piédestal de laquelle sont représentées les Muses. Au-dessus de la place, est le temple d'Octavie, sœur d'Auguste, qui régna sur les Romains après Jules César, fondateur de la nouvelle Corinthe. Au sortir de cette place, par le chemin qui conduit à Léchée, s'offrent à vous des Propylées surmontés de deux chars dorés, sur l'un desquels est Phaéton, fils du Soleil; et le Soleil lui-même est sur l'autre. Un peu plus loin que ces Propylées, à droite, vous trouvez, en entrant dans la place, un Hercule en bronze. Vous arrivez ensuite à l'entrée de la fontaine Pyrène. Elle était femme jadis, et fut, dit-on, changée en fontaine à force de pleurer la mort de Cenchrias, son fils, que Diane (Artémis) avait tué involontairement. Cette fontaine est ornée de marbre blanc, et on y a pratiqué des loges en forme de grottes, d'où l'eau coule dans un bassin découvert. Cette eau est très bonne à boire, et l'airain qu'on y trempe, après l'avoir fait rougir au feu, y acquiert cette qualité qui le fait rechercher sous le nom d'airain de Corinthe. Les Corinthiens, en effet, n'ont point de mines de cuivre. Il y a vers cette fontaine, une statue d'Apollon, et une enceinte dans laquelle se trouve un tableau représentant le combat d'Ulysse, contre les amants de Pénélope. En reprenant ensuite la route directe de Léchée, vous remarquez d'abord un Mercure (Hermès) en bronze : auprès du dieu assis, est un bélier; car Mercure (Hermès) est le dieu qui veille le plus spécialement sur les troupeaux et les fait multiplier, comme le dit Homère dans l'Iliade. Fils de Phorbas, dont les troupeaux étaient un don de Mercure (Hermès), qui le préférant à tous les autres Troyens, l'avait comblé de bienfaits. Je sais bien ce que l'on a raconté de Mercure (Hermès) et du bélier dans les mystères de la Mère des dieux, mais je n'en dirai rien. Après cette statue, viennent celles de Neptune (Poséidon), de Leucothée, et Palémon sur un dauphin. Dans divers endroits de la ville sont des bains, construits les uns aux dépens du public, les autres aux frais de l'empereur Hadrien. Les plus renommés sont auprès du temple de Neptune (Poséidon). Ils ont été bâtis par Euryclès, Spartiate, qui les a ornés de marbres de diverses espèces, entre autres de celui qu'on tire des carrières de Crocées, dans la Laconie. On voit à gauche de l'entrée de ces bains, un Neptune (Poséidon), et après lui, une Diane (Artémis) chasseresse. La ville est bien fournie de fontaines; car, outre qu'il y a beaucoup d'eau dans le pays, l'empereur Hadrien y a fait amener celles du Stymphale; la plus remarquable de ces fontaines est un Bellérophon placé auprès de la Diane (Artémis) dont je viens de parler, il est monté sur Pégase, et l'eau sort du sabot du cheval. Vous en verrez une autre en prenant la route qui conduit de la place publique à Sicyone : à droite de cette route, est un temple d'Apollon avec sa statue en bronze, et un peu plus loin, la fontaine qui a pris le nom de Glaucé, cette princesse s'y étant précipitée, dit-on, dans l'espérance d'y trouver un remède contre les poisons de Médée. Au-dessus de cette fontaine, est l'Odéon, auprès duquel se voit le tombeau des enfants de Médée. Ils se nommaient Mermérus et Phérès, et furent, suivant la tradition, tués à coups de pierres par les Corinthiens, à cause des présents qu'ils avaient apportés à Glaucé. Comme cette mort violente était une punition qu'ils n'avaient point méritée, ils s'en vengèrent en faisant périr les enfants nouveaux-nés des Corinthiens, ce qui continua jusqu'à ce qu'on eût institué en leur honneur, des sacrifices annuels, et érigé une statue à la Terreur, ainsi que l'oracle l'avait ordonné. La statue existe encore, elle représenté une femme d'un aspect effrayant; mais les anciens Corinthiens ayant tous péri lorsque leur ville fut prise par les Romains, les nouveaux habitants n'offrent plus ces sacrifices, et leurs enfants ont renoncé à l'usage de couper leurs cheveux et de porter des vêtements noirs. Médée, étant allée à Athènes après cet événement, épousa Égée; elle voulut dans la suite faire périr Thésée; ayant été prise sur le fait, elle s'enfuit et se retira chez les Ariens, qui prirent d'elle le nom de Mèdes. On dit qu'elle emporta chez les Ariens, un fils qu'elle avait eu d'Égée, et qui se nommait Mèdes. Hellanicus, qui le nomme Polyxène, lui donne Jason pour père. Les Grecs ont un poème intitulé les Naupacties, suivant lequel Jason, après la mort de Pélias, quitta Iolcos pour aller s'établir à Corcyre : et Mermérus, l'aîné de ses enfants, qui était allé chasser sur le continent voisin, y fut tué par une lionne; il n'est point question de Phérès dans ce poème. Cinæthon de Lacédémone, qui a aussi écrit des généalogies en vers, dit que Jason avait eu de Médée, Mèdes, et une fille nommée Ériopis. Il ne nous apprend rien de plus sur eux. Enfin, Eumélus raconte que le Soleil avait donné l'Asopie à Aloéus, et l'Éphyrée à Æétés : celui-ci, partant pour Colchos, confia ses états à Bunus, fils de Mercure (Hermès) et d'Alcidamie, à la mort duquel Épopéus, fils d'Aloéus, réunit l'Éphyrée à ses états. Corinthus, fils de Marathon, étant mort dans la suite sans laisser d'enfants, les Corinthiens firent venir Médée d'Iolcos pour lui donner la couronne, et Jason devint par ce moyen roi de Corinthe. Elle eut plusieurs enfants; mais à peine étaient-ils nés, que dans l'espérance de les rendre immortels, elle allait les cacher dans le temple de Junon (Héra). Elle se convainquit à la fin que ses espérances étaient mal fondées. Jason ayant en même temps découvert ce qu'elle avait fait de ses enfants, ne voulut pas lui pardonner, quelques prières qu'elle lui fit, et s'embarqua pour Iolcos; alors elle donna ses états à Sisyphe et disparut aussi. Voilà tout ce que j'ai appris sur ces premiers temps. Minerve (Athéna) Chalenites. Bellérophon. Descendants de Sisyphe. Bacchiades. Cypsèle. Dédale. L'Acrocorinthe. Le temple de Minerve (Athéna) Chalenites n'est pas loin du tombeau des enfants de Médée. Les Corinthiens disent que Minerve (Athéna) est de toutes les divinités celle qui aida le plus Bellérophon en beaucoup d'autres choses, et en lui donnant le cheval Pégase, qu'elle avait dompté et soumis au frein. La statue de la déesse est en bois, le visage, les pieds et les mains sont en ivoire. Bellérophon, à ce que je crois, ne régnait pas à Corinthe avec une autorité absolue, mais il était soumis à Prœtos et aux Argiens : tous ceux qui ont lu Homère avec quelque attention, seront de mon avis. Il paraît même qu'après la retraite de Bellérophon dans la Lycie, les Corinthiens n'en continuèrent pas moins d'obéir aux souverains d'Argos et de Mycènes, car ils n'avaient point de chefs particuliers à la guerre de Troie, et ils y allèrent avec les Mycéniens et les autres peuples soumis immédiatement à Agamemnon. Glaucus, père de Bellérophon ne fut pas le seul fils de Sisyphe; il avait trois frères, Ornytion, Thersandre et Almus, Phocus, fils d'Ornytion, mais à qui on donnait Neptune (Poséidon) pour père, alla s'établir à Tithorée dans la Phocide actuelle. Thoas, le plus jeune des fils d'Ornytion étant resté à Corinthe, fut père de Damophon; Propodas, fils de ce dernier, eut lui-même deux fils, Doridas et Hyanthidas, sous le règne desquels les Doriens vinrent attaquer Corinthe. Alétès, chef des Doriens, était fils d'Hippotès, petit-fils de Phylas, et arrière petit-fils d'Antiochos, qui eut Hercule pour père. Doridas et Hyanthidas lui cédèrent volontairement la couronne, et restèrent à Corinthe; mais leurs sujets, ayant voulu se défendre, furent vaincus et chassés du pays par les Doriens. Alétès et ses descendants régnèrent pendant cinq générations jusqu'à Bacchis, fils de Prumnidus. Les Bacchiades, qui avaient pris leur nom de Bacchis, régnèrent ensuite pendant cinq autres générations, jusqu'à Télesès, fils d'Aristodème. Télesès ayant été victime de la haine d'Aréius et de Perantas, il n'y eut plus de rois à Corinthe, et le gouvernement fut confié à des archontes annuels, choisis dans la famille des Bacchiades; cela dura ainsi jusqu'à Cypsélus, qui chassa les Bacchiades et usurpa la tyrannie. Cypsélus descendait de Mélanus, fils d'Antasus, né dans la ville de Gonnus au-dessus de Sicyone; Mélanus était venu à Corinthe avec les Doriens; Alétès, averti par un oracle de le renvoyer, lui ordonna d'abord de se retirer chez quelque autre peuple de la Grèce; mais dans la suite, il lui permit de rester, sans avoir égard à l'oracle. C'est là tout ce que j'ai pu découvrir sur les rois des Corinthiens. Le temple de Minerve (Athéna) Chalenites est vers le théâtre. L'Hercule en bois, qui en est voisin, est, dit-on, un ouvrage de Dédale. Il est représenté tout nu. Les ouvrages de Dédale offrent tous à la vue quelque chose d'extraordinaire, mais tous aussi, je ne sais quoi de divin. Au-dessus du théâtre est le temple du Jupiter (Zeus) Capitolin des Romains, qu'on pourrait nommer en Grec, Coryphæus. L'ancien Gymnase et la fontaine de Lerne ne sont pas très éloignés du théâtre. La fontaine est entourée de colonnes, et on y a pratiqué des sièges pour ceux qui veulent venir y prendre le frais pendant l'été : près du Gymnase sont deux temples, dédiés, l'un à Jupiter (Zeus) et l'autre à Esculape. La statue de Jupiter (Zeus) est en bronze, celles d'Esculape et d'Hygiée sont en marbre blanc. L'Acrocorinthe est le sommet d'une montagne qui domine Corinthe. Briarée le donna au Soleil par le jugement dont j'ai parlé, et le Soleil le céda à Vénus (Aphrodite), disent les Corinthiens. En y montant vous trouvez deux enceintes consacrées l'une à Isis Pelagia et l'autre à Isis égyptienne; et deux enceintes consacrées à Sérapis, qui est honoré dans l'une sous le nom de Sérapis de Canope. Viennent ensuite des autels dédiés au Soleil, et le temple de la Nécessité et de la Force où il n'est pas permis d'entrer. Dans celui de la Mère des Dieux, qui est au-dessus, vous remarquerez un cippe et un trône, l'un et l'autre en marbre. Les statues qui sont dans le temple des Parques, ainsi que dans celui de Cérès (Déméter) et de sa fille, ne sont point exposées à la vue. Le temple de Junon (Héra) Bounæa est sur la même montagne; il a été bâti par Bunus, fils de Mercure (Hermès); c'est delà que vient le surnom de la déesse. En montant au sommet de l'Acrocorinthe, vous trouvez le temple de Vénus (Aphrodite), les statues qu'on y voit sont, Vénus (Aphrodite) armée, le Soleil, et l'Amour tenant un arc. Asope et ses filles. Ténée. Temple brûlé. Sicyonie. Ægialéus et ses descendants. Derrière ce temple est une fontaine qui est, à ce qu'on prétend, un don de l'Asope : Sisyphe ayant vu Jupiter (Zeus) enlever la fille de ce fleuve, ne voulut pas lui nommer le ravisseur, qu'il ne lui eût fait venir de l'eau sur l'Acrocorinthe. Asope ayant satisfait à la demande de Sisyphe, celui-ci lui apprit ce qu'il savait, et s'il faut en croire les poètes, il subit dans les enfers la peine due à son indiscrétion. J'ai ouï dire que cette eau est la même que celle de la fontaine Pyrène, et qu'elle se rend dans la ville par des canaux souterrains. L'Asope dont je viens de parler prend sa source dans la Phliasie, arrose le pays de Sicyone et va se jeter dans la mer voisine. Les Phliasiens disent qu'il eut trois filles, Corcyre, Égine et Thèbes. Corcyre et Égine donnèrent leurs noms aux îles déjà connues sous les noms de Schérie et d'Œnone, et Thèbes donna le sien à la ville située au bas de la Cadmée. Les Thébains n'en conviennent pas; et Thèbes était, suivant eux, fille de l'Asope de la Béotie, et non de celui de la Phliasie. Entre autres contes que les Phliasiens et les Sicyoniens font sur leur fleuve, ils disent qu'il est étranger et n'a pas sa source dans le pays; que le Méandre, qui descend de Celænes à travers la Phrygie et la Carie, va se jeter dans la mer auprès de Milet, et se rend de là dans le Péloponnèse, où il forme l'Asope. J'ai entendu également les Déliens raconter que leur Inopus vient du Nil. On dit aussi que le Nil est le même fleuve que l'Euphrate, qui, après s'être perdu dans un marais, va reparaître, sous le nom de Nil, au-dessus de l'Éthiopie. Voilà ce que j'ai entendu dire de l'Asope. En tournant vers les montagnes, au sortir de l'Acrocorinthe, vous trouvez la porte Teneatique et le temple d'Ilithye, et à soixante stades de-là tout au plus, la ville de Ténée, dont les habitants se disent issus des captifs troyens que les Grecs emmenèrent de l'île de Ténédos; Agamemnon leur donna ce canton. C'est pour cela qu'ils regardent Apollon comme leur principale divinité. Sur la route qui conduit de Corinthe à Sicyone, et non dans l'intérieur du pays, vous remarquerez à peu de distance de la ville, à gauche du chemin, un temple détruit par le feu. La Corinthie a été le théâtre de différentes guerres, il n'est donc pas étonnant que des maisons et même des temples situés hors de la ville aient été la proie des flammes; mais ils veulent que ce temple fût dédié à Apollon, et qu'il ait été brûlé par Pyrrhus, fils d'Achille. J'ai aussi entendu dire depuis, que les Corinthiens avaient érigé ce temple à Jupiter (Zeus) Olympien, que le feu y prit subitement, on ne sait comment, et le détruisit. Les Sicyoniens qui de ce côté-là sont limitrophes des Corinthiens, disent qu'Ægialéus Autochthon est le premier homme qui ait paru dans leur pays. C'est de lui, et sous son règne que prit le nom d'Ægialus la portion du Péloponnèse qu'on appelle encore ainsi. Il fonda le premier dans la plaine une ville qu'il nomma Ægialée, dont la citadelle était à l'endroit où est maintenant le temple d'Athéna. Ægialéus eut un fils nommé Europs qui fut père de Thelcin; Apis, fils de ce dernier, devint si puissant que tout le pays situé au dedans de l'Isthme avait pris de lui le nom d'Apia avant que Pélops vînt à Olympie. Thelcin fils d'Apis, fut père d'Ægyrus, qui eut un fils nommé Thourimaque; Leucippe, fils de ce dernier, n'eut qu'une fille nommée Calchinia; elle eut, dit-on, de Neptune (Poséidon) un fils nommé Pératus que Leucippe à qui il laissa ses états en mourant. Il arriva quelque chose de très extraordinaire à Plemnæus, fils de Pératus. Les enfants qu'il avait de sa femme rendaient l'âme dès le premier cri qu'ils jetaient. Cérès (Déméter), ayant eu pitié de lui, vint à Ægialé, et s'étant présentée à Plemnæus, comme une femme étrangère, elle lui éleva Orthopolis. Chrysorthé, fille d'Orthopolis eut, à ce qu'on prétend, d'Apollon, un fils nommé Coronus, qui fut père de Corax, et ensuite de Lamédon. Épopée. Enlèvement d'Antiope. Nyctéus. Lycus. Lamédon. Les autres rois des Sicyoniens. Corax étant mort sans enfants, Épopéus, qui arriva de la Thessalie sur ces entrefaites, prit la couronne. Les Sicyoniens qui avaient constamment joui des douceurs de la paix jusqu'à cette époque, virent alors, disent-ils, pour la première fois, une armée ennemie entrer dans leur pays; et voici quelle en fut l'occasion. Antiope, fille de Nyctéus était célèbre dans toute la Grèce par sa beauté, et on disait qu'elle était fille, non de Nyctéus, mais du fleuve Asope, qui sépare le pays de Thèbes de celui de Platées : je ne sais pas si Épopéus l'avait demandée en mariage ou s'il en vint d'abord aux moyens violents; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il l'enleva. Les Thébains, ayant pris les armes, allèrent à sa poursuite, et il y eut un combat dans lequel Nyctéus fut blessé; Épopéus le fut aussi, quoique victorieux; Nyctéus fut emporté malade à Thèbes, et voyant sa fin approcher, il remit à Lycus son frère l'autorité qu'il exerçait à Thèbes comme tuteur de Labdacus, fils de Polydore, fils de Cadmus. Il le conjura de marcher contre l'Ægialée avec une armée plus considérable, de le venger d'Épopéus, et de punir Antiope elle-même s'il parvenait à la prendre. Éoopéos, de son côté, offrit sur le champ des sacrifices pour remercier les Dieux de sa victoire, et fit bâtir un temple à Minerve (Athéna); lorsqu'il fut achevé, il pria la déesse de lui témoigner par quelque signe si elle l'agréait, et sa prière achevée, il parût, dit-on, une source d'huile devant le temple. Épopéus mourut aussi lui-même, quelque temps après, des suites de sa blessure qu'il avait négligée dans les premiers moments; de sorte que Lycus n'eut pas besoin de faire la guerre, Lamédon, fils de Coronus et successeur d'Épopéus, ayant rendu Antiope. On prit le chemin d'Éleuthère pour la ramener à Thèbes; et elle accoucha sur la route. Asius, fils d'Amphiptolémus en a parlé dans les vers suivants : Antiope, fille de l'Asope aux gouffres profonds, ayant accordé ses faveurs à Jupiter (Zeus) et au roi Épopéos, donna le jour à Zéthos et au divin Amphion. Homère leur a donné une naissance plus relevée, et il dit qu'ils fondèrent Thèbes, sans doute la ville basse, qu'il distingue de la Cadmée. Lamédon, devenu roi, épousa Phéno, fille de Clytius d'Athènes. La guerre qu'il eût dans la suite avec Archandre et Architèles, fils d'Achæus, l'obligea d'avoir recours à Sicyon, qu'il fit venir de l'Attique, et à qui il donna Zeuxippe sa fille en mariage. Sicyon, étant monté sur le trône, imposa le nom de Sicyonie au pays, et celui de Sicyone à la ville d'Ægialé. Si l'on en croit les Sicyoniens et le poète Asius, qui est d'accord avec eux, Sicyon était fils de Métion, fils d'Érechthée, et non de Marathon, fils d'Épopéos. Hésiode, de son côté, dit qu'il était fils d'Érechthée lui-même, et Ibycus lui donne Pélops pour père. Chthonophylé, fille de Sicyon, eut de Mercure (Hermès), dit-on, un fils nommé Polybe; elle épousa dans la suite Phlias fils de Bacchus (Dionysos), et Androdamas naquit de ce mariage. Polybe maria Lysianasse sa fille à Talaüs, fils de Bias, roi d'Argos; et Adraste, lorsqu'il fut chassé de cette ville, se rendit à Sicyone vers Polybe, et devint roi du pays après sa mort. Adraste étant retourné à Argos, Janiscus, descendant de Clytius, beau-père de Lamédon, et qui était lui-même venu de l'Attique, devint roi de Sicyone. Il eut pour successeur Phæstus, qui passe aussi pour l'un des fils d'Hercule. Phæstus étant allé s'établir dans l'île de Crète par les ordres de l'Oracle, Zeuxippe, fils d'Apollon et de la Nymphe Syllis, monta sur le trône, à ce que disent les Sicyoniens. Après sa mort, Agamemnon vint avec une armée attaquer Sicyone, qui avait alors pour roi Hippolyte, fils de Rhopalus, fils de Phæstus. A la vue de cette armée, Hippolyte épouvanté consentit, à se soumettre à Agamemnon et aux souverains de Mycènes. Lacestadès, fils d'Hippolyte, était roi de Sicyone lorsque Phalcès, fils de Téménus, et les Doriens s'emparèrent de cette ville durant la nuit; mais, comme Lacestadès était aussi de la race d'Hercule, Phalcès ne lui fit aucun mal et l'associa au trône. Les Sicyoniens devinrent donc alors Doriens, et leur pays fit partie de l'Argolide. Tombeaux des Sicyoniens. Monument de Xénodice. Citadelle. Théâtre. Temples. Démétrius, fils d'Antigone, ayant détruit la ville qu'Ægialéus avait fondée dans la plaine, la rebâtit vers l'ancienne citadelle, où elle est maintenant. Mais les Sicyoniens étant déjà très faibles (on en chercherait vainement d'autres causes que la volonté de Jupiter (Zeus), qui, suivant Homère, a abattu la puissance de beaucoup de villes), un tremblement de terre qui survint, dépeupla presque entièrement Sicyone et renversa beaucoup de monuments qu'on y admirait. Plusieurs villes de la Carie et de la Lycie furent détruites par ce même tremblement de terre, qui se fit sentir avec beaucoup de violence dans l'île de Rhodes, de sorte que la prédiction de Sibylle concernant cette île, eut son accomplissement. En allant de la Corinthie dans la Sicyonie, vous trouvez une éminence de terre, qui est le tombeau d'un certain Lycus de Messène, qui ne m'est point connu d'ailleurs; car je ne trouve aucun Messénien de ce nom qui se soit exercé au pentathle, ou qui ait remporté de prix aux jeux olympiques. Les Sicyoniens enterrent leurs morts à peu près comme les autres Grecs; mais, lorsque le corps a été par eux couvert de terre, ils l'entourent d'un petit mur, avec des colonnes qui soutiennent un faîte pareil aux frontons des temples. Ils n'y mettent point d'inscription; mais, en rendant au mort les derniers devoirs, ils l'appellent par son nom sans y joindre celui de son père, et lui disent adieu. Après avoir traversé l'Asope, un peu plus loin que le tombeau de Lycus, vous avez à droite l'Olympium, et un peu plus avant, à gauche, le tombeau d'Eupolis, poète comique Athénien. En continuant votre route, et en vous détournant, comme pour aller à la ville, vous trouvez celui de Xénodice, qui mourut en couches. Il n'est point fait comme ceux du pays; il a été bâti pour recevoir des peintures, et celles qu'on y voit peuvent le disputer à ce qu'il y a de plus beau en ce genre. En avançant, vous voyez le tombeau des Sicyoniens qui furent tués à Pellène, à Dymé dans l'Achaïe, à Mégalopolis et vers Sellasie. J'en parlerai plus en détail dans la suite. En arrivant à la ville, vous remarquerez vers la porte même, une source dans une grotte, l'eau sort de la voûte et non du sol de la grotte, ce qui lui a fait donner le nom de Stazousa. On voit dans la citadelle actuelle, le temple de la Fortune, surnommée Acræa; ensuite celui des Dioscures; leurs statues et celle de la Fortune sont en bois. Le théâtre est au-dessous de la citadelle; sur la scène est un guerrier le bouclier à la main; c'est, dit-on, Aratus, fils de Clinias. Après le théâtre vient le temple de Bacchus (Dionysos); la statue du dieu est en or et en ivoire, et près de lui sont des Bacchantes en marbre blanc. On sait que les Bacchantes sont des femmes consacrées à Bacchus (Dionysos), qui les rend furieuses. Les Sicyoniens ont d'autres statues qu'ils tiennent cachées, et qu'ils portent une fois par an, durant la nuit, d'un endroit nommé Cosmétériim, au temple de Bacchus (Dionysos). Ils les accompagnent avec des torches allumées, et en chantant des hymnes qui sont en usage dans le pays. La marche est ouverte par celui qu'ils nomment Bacchéius, statue jadis érigée par Androdamas, fils de Phlias. On porte ensuite celle de Bacchus (Dionysos) Lysius que le Thébain Phanès apporta de Thèbes par les ordres de la Pythie. Phanès vint à Sicyone à l'époque de la tentative que fit Aristomaque, fils de Cléodæus, pour rentrer dans le Péloponnèse, tentative qui échoua, parce qu'Aristomaque, s'était trompé sur le sens de l'oracle qui lui avait été rendu. En allant du temple de Bacchus (Dionysos) à la place publique, vous laissez à droite celui de Diane (Artémis) Limnæa. On voit bien que le toit de ce temple est tombé; quant à la statue, on n'a su me dire si elle avait été transportée ailleurs, ou si elle a été détruite sur les lieux de quelque autre manière. Le temple de Pitho (la Persuasion), également sans statue, est à l'entrée de la place publique : voici à quelle occasion le culte de cette déesse s'introduisit à Sicyone. Apollon et Diane (Artémis), ayant tué Python, vinrent à Ægialée pour se faire purifier de ce meurtre; mais quelque chose les ayant effrayés vers l'endroit qu'on nomme encore maintenant Phobos (la Peur), ils s'en allèrent dans l'île de Crète chez Carmanor. Une maladie épidémique se déclara sur le champ dans l'Ægialée, et les devins dirent qu'il fallait apaiser Apollon et Diane (Artémis); les Ægialéens envoyèrent alors sept jeunes garçons et sept jeunes filles vers le fleuve Sythas implorer ces deux divinités : elles se laissèrent fléchir, et vinrent, disent les gens du pays, dans l'endroit où était alors la citadelle; et le temple de Pitho est à la place même où elles parurent la première fois. Il se fait encore maintenant quelque chose de pareil; car à la fête d'Apollon, les enfants se rendent vers le Sythas, amènent les dieux dans le temple de Pitho et les reconduisent ensuite, disent-ils, dans celui d'Apollon. Ce temple, qui se trouve maintenant sur la place publique, a été, suivant eux, bâti par Prœtus à l'endroit même où ses filles avaient été guéries de leur démence. Ils disent aussi que Méléagre y consacra la lance avec laquelle il avait tué le sanglier de Calydon, et que les flûtes de Marsyas y étaient aussi déposées. Après le malheur arrivé à ce Silène, le fleuve Marsyas apporta, dit-on, ces flûtes dans le Méandre; elles reparurent dans l'Asope qui les jeta sur ses bords dans la Sicyonie, et un berger les ayant ramassées, les consacra à Apollon. Toutes ces offrandes ont été brûlées avec l'ancien temple; celui qui existe actuellement et la statue qu'on y voit ont été érigés par Pythoclès. Maison de Cléon. Tyrans des Sicyoniens. Aratus. Vers le temple de Pitho est une enceinte consacrée aux empereurs romains, qui était autrefois la maison de Cléon le tyran. Les Sicyoniens en effet, habitaient encore la ville basse, lorsqu'ils eurent pour tyran Clisthène, fils d'Aristonyme, fils de Myron; mais ils étaient déjà dans la ville actuelle lorsque Cléon usurpa l'autorité. On voit devant cette maison le monument héroïque d'Aratus, de tous les Grecs de son temps celui qui a fait de plus grandes actions. Voici les principaux traits de son histoire. Après la mort de Cléon, l'ambition de dominer s'empara tellement de ceux qui étaient dans les charges, qu'on vit en même temps deux tyrans à Sicyone, Enthydème et Timoclidas. Le peuple, les ayant chassés, choisit pour chef Clinias père d'Aratus. Peu d'années après, et Clinias étant déjà mort, Abantidas devint tyran des Sicyoniens. Il chassa Aratus du pays; ou peut-être celui-ci s'exila-t-il volontairement. Abantidas ayant été tué par quelques Sicyoniens, Paséas son père se fit sur le champ tyran à sa place, et fut tué lui-même par Nicoclès, qui usurpa aussi l'autorité. C'est contre ce Nicoclès qu'Aratus dirigea son attaque; ayant rassemblé les exilés de Sicyone, et des troupes d'Argos qu'il avait prises à sa solde, il partit durant la nuit, et ayant, grâce à l'obscurité, trompé la vigilance d'une partie de la garnison, et forcé l'autre, il se trouva dans l'intérieur des murs. Le jour commençant alors à paraître, il rassembla le peuple, marcha droit à la maison du tyran, et la prit sans beaucoup de peine; mais Nicoclès s'évada sans qu'on s'en aperçut. Aratus ayant réconcilié ceux qui étaient restés à Sicyone avec les exilés, rétablit le gouvernement populaire; il rendit aux exilés leurs maisons et leurs autres biens qui avaient été vendus, et dont il remboursa le prix à ceux qui les avaient achetés. Antigone, qui gouvernait alors la Macédoine comme tuteur de Philippe, fils de Démétrios, s'était rendu formidable à toute la Grèce; cette considération décida Aratus à faire entrer les Sicyoniens, tout Doriens qu'ils étaient, dans la confédération Achéenne. Les Achéens l'ayant nommé tout de suite préteur, il les conduisit contre les Locriens d'Amphisse, et contre les Étoliens leurs ennemis, dont il ravagea le territoire. Antigone, maître de Corinthe, y tenait une garnison de Macédoniens; Aratus, ayant surpris ces Macédoniens par une attaque imprévue, les défit, en tua un grand nombre, et entre autres Persée leur général, qui avait étudié la philosophie sous Zénon, fils de Mnaséas. Corinthe affranchie, les Épidauriens et les Trézéniens, peuples des côtes de l'Argolide, ainsi que les Mégaréens qui sont en dehors de l'Isthme, entrèrent dans la ligue Achéenne, et Ptolémée fit une alliance avec les Achéens. Commandés par Agis leur roi, les Lacédémoniens s'étaient présentés à l'improviste devant Pellène et l'avaient prise d'assaut; mais Aratus survenant avec son armée, ils furent défaits et retournèrent dans leur pays après avoir capitulé. Voyant que tout lui avait réussi, dans le Péloponnèse, Aratus ne crut pas devoir souffrir que les Macédoniens conservassent en leur pouvoir le Pirée, Munychie, Salamine et Sunium; mais il ne comptait pas assez sur ses forces pour les en chasser : il détermina donc Diogène, qui commandait dans ces places, à les livrer moyennant cent cinquante talents, et il fournit lui-même aux Athéniens la sixième partie de cette somme. Il engagea aussi Aristomacque, tyran d'Argos à rétablir la démocratie dans cette ville et à la faire entrer dans la confédération Achéenne, et il prit Mantinée, qui était au pouvoir des Lacédémoniens. Mais les hommes n'obtiennent pas tous les succès qu'ils désirent, car Aratus se trouva dans la nécessité de devenir l'allié d'Antigone et des Macédoniens, ce qui arriva de la manière suivante. Tyrannie de Cléomène. Alliance d'Antigone et des Achéens. Philippe. Mort d'Aratus. Statues. Quand Cléomène, fils de Léonidas, fils de Cléonyme, fut devenu roi de Sparte, il prit Pausanias pour modèle en cherchant à usurper une autorité tyrannique, et à renverser les lois établies. Doué d'un caractère plus ardent que Pausanias, et ne comptant les dangers pour rien, il eut bientôt surmonté tous les obstacles par son courage et son audace. Il empoisonna d'abord Eurydamidas, roi de l'autre branche, encore dans l'enfance, et fit, par le moyen des Éphores, passer le trône à Euclide son propre frère. Il dépouilla le Sénat de toute autorité, et pour en tenir lieu, il établit un fantôme de magistrats, sous le nom de Patronomes. Il forma alors de plus vastes projets; et, voulant soumettre toute la Grèce à sa domination, il attaqua d'abord les Achéens, qu'il espérait avoir pour alliés, s'il était vainqueur : il voulait surtout les empêcher de mettre obstacle à ses desseins. Leur ayant livré bataille vers Dymé au dessus de Patras, il les défit quoique commandés par Aratus; et celui-ci ayant conçu des craintes pour les Achéens en général, mais plus particulièrement pour Sicyone, se vit obligé d'avoir recours à Antigone. Cléomène venait de rompre avec ce prince, en commettant ouvertement diverses infractions au traité de paix qu'il avait fait avec lui, et en chassant les Megalopolitains de leur ville. Antigone passa donc dans le Péloponnèse, et les Achéens, réunis à lui, défirent Cléomène auprès de Sélasie, réduisirent les habitants de cette ville en esclavage, et prirent même Lacédémone. Antigone et les Achéens rendirent aux Lacédémoniens leur ancienne forme de gouvernement. Quant aux fils de Léonidas, Euclide fut tué dans le combat, et Cléomène s'enfuit vers Ptolémée, roi d'Égypte. Il y jouit d'abord de la plus haute considération; mais ayant été convaincu d'avoir conspiré avec quelques Égyptiens contre le roi, il fut enfermé. Échappé de la prison, il commença à exciter quelques troubles à Alexandrie; à la fin, se voyant pris, il se tua lui-même. Les Lacédémoniens, très satisfaits d'être délivrés de Cléomène, ne voulurent plus avoir de rois : pour tout le reste, ils ont conservé jusqu'à ce jour, leur ancienne forme de gouvernement. Antigone témoigna toujours beaucoup de bienveillance à Aratus, comme à un homme qui lui avait rendu de grands services et s'était signalé avec lui dans plusieurs occasions. Mais Philippe étant monté sur le trône, ses emportements fréquents contre ses sujets, ne plurent point à Aratus, qui s'opposa même quelquefois à ses entreprises; et Philippe, pour se délivrer de lui, le fit empoisonner, sans qu'il s'en aperçût. Les Achéens transportèrent son corps d'Ægium, où il était mort, à Sicyone où ils lui donnèrent la sépulture, et ils lui érigèrent un tombeau qu'on nomme encore maintenant l'Aratéum. Philippe se défit également par le poison d'Euryclide et de Micon, orateurs Athéniens, qui avaient quelque crédit sur le peuple. Ce poison dont l'usage lui était si familier, devint dans la suite la cause de son malheur, Persée, le plus jeune de ses fils, s'en étant servi pour faire périr Démétrius son frère. Le chagrin que Philippe éprouva de cette perte fut la cause de sa mort. Cela prouve bien la vérité de cette sentence, dictée à Hésiode par les dieux, que le mal qu'on trame contre un autre, tourne souvent contre soi. Après le monument héroïque d'Aratus viennent l'autel de Neptune (Poséidon) Isthmius, la statue de Jupiter (Zeus) Milichius et celle de Diane (Artémis) Patroa (la protectrice); elles sont faites sans aucun art, car Jupiter (Zeus) Milichius ressemble à une pyramide, et Diane (Artémis) à une colonne. Vous voyez dans le même endroit le Sénat, et un portique qui a pris son nom de Clisthène, ce prince l'ayant fait bâtir du produit du butin qu'il avait eu pour sa part dans la guerre que, de concert avec les Amphictyons, il fit aux Cirrhéens. Il y a sur la place publique, en plein air, un Jupiter (Zeus) en bronze, ouvrage de Lysippe, et auprès de lui, une Diane (Artémis) dorée. Le temple d'Apollon Lycéen, qui en est voisin, tombe en ruine, et n'offre rien de remarquable. Les Sicyoniens racontent que les loups se jetaient sur leurs troupeaux; de sorte qu'ils n'en tiraient plus aucun profit; le dieu leur indiqua l'endroit où était un certain tronc d'arbre sec, leur disant d'en prendre l'écorce, de la mêler à la viande qu'ils jetteraient aux loups : ceux-ci périrent aussitôt qu'ils eurent mangé de cette écorce. On conserve ce tronc dans le temple d'Apollon Lycéen, mais les exégètes sicyoniens eux-mêmes ne savent pas de quelle espèce d'arbre il est. Après ce temple se voient plusieurs statues en bronze, qui représentent, dit-on, les filles de Prœtus; cependant l'inscription indique d'autres femmes. La même place vous offre encore, un Hercule en bronze fait par Lysippe de Sicyone, et, non loin de-là, un Mercure (Hermès) Agoræus. Temple d'Hercule. Temple d'Esculape. Temple de Vénus (Aphrodite). Pædéros. Gymnase. On voit dans le Gymnase voisin de la place publique, un Hercule en marbre fait par Scopas. Il y a aussi un temple d'Héraclès ailleurs. L'enceinte où il est porte le nom de Pædizé; le temple est au milieu. On y voit une très ancienne statue en bois, ouvrage de Laphaès de Phlionte. Voici comment les Sicyoniens sacrifient à ce Dieu : ils disent que, lorsque Phæstus arriva dans la Sicyonie, ils sacrifiaient à Hercule comme à un héros. Il ne crut pas devoir les laisser continuer ainsi, et il leur dit de lui sacrifier comme à un dieu. Et maintenant encore, les Sicyoniens égorgent un agneau; après en avoir brûlé les cuisses sur l'autel, ils mangent une partie des chairs comme lorsqu'ils sacrifient à un dieu, et ils brûlent le reste, ainsi que cela s'observe pour les victimes offertes aux héros. Le premier jour de la fête qu'ils célèbrent en l'honneur d'Hercule, se nomme Onomata, et le dernier, Heracleia. Vous allez de là par une rue au temple d'Esculape. En entrant dans son enceinte, vous trouvez, à gauche, un édifice double; la pièce où l'on entre d'abord est consacrée au Sommeil, dont il ne reste plus que la tête. Celle du fond, est consacrée à Apollon Carneios, et il n'y a que les prêtres qui puissent y entrer. On voit dans le portique un os de baleine d'une grandeur extraordinaire; ensuite une statue d'Oneiros (le Songe) et Hypnos (le Sommeil) endormant un lion, et surnommé Épidotès. En entrant dans le temple d'Esculape par l'autre porte, vous voyez d'un côté Pan assis, de l'autre, Diane (Artémis) debout; et en allant plus avant, Esculape lui-même sans barbe; sa statue, en or et en ivoire, est l'ouvrage de Calamis. Il tient d'une main un sceptre, et de l'autre une pomme de pin cultivé. Les Sicyoniens disent que ce dieu leur fut apporté d'Épidaure sous la forme d'un serpent et sur un char traîné par des mules; il était conduit par Nicagora de Sicyone, femme d'Échétimos et mère d'Agasiclès. Il y a dans ce temple plusieurs petites figures suspendues à la voûte. La femme assise sur le serpent est Aristodama mère d'Aratus, disent les Sicyoniens; ils ajoutent qu'Aratus était fils d'Esculape. Voilà tout ce qu'il y a de remarquable dans cette enceinte. Vous passez de là dans un autre temple consacré à Vénus (Aphrodite); la première statue qui s'offre à votre vue est celle d'Antiope; ses fils en effet étaient Sicyoniens, et, soit à cause d'eux, soit parce qu'elle était venue elle-même à Sicyone, les Sicyoniens disent qu'elle appartient à leur pays. Vous voyez ensuite la statue de la déesse. Il n'entre dans son temple que la Néocore à qui il n'est plus permis d'avoir commerce avec les hommes, et une jeune fille qui est prêtresse pour un an sous le nom de Loutrophore. Tous les autres peuvent de la porte voir la déesse, et lui adresser des vœux. La déesse est assise, et sa statue, en or et en ivoire, est de Canachus de Sicyone, qui a fait l'Apollon de Didyme pour les Milésiens et l'Apollon Isménien pour les Thébains. Elle a le Polus sur la tête; tient d'une main un pavot, et de l'autre une pomme. Les Sicyoniens lui sacrifient toutes sortes d'animaux, excepté des porcs. Ils brûlent les cuisses des victimes et font rôtir le reste avec du bois de genévrier. Ils brûlent avec les cuisses des feuilles de pædéros. Le pædéros est une plante qui croît dans la partie de l'enceinte qui est en plein air, on ne la trouve nulle part ailleurs, pas même dans le reste du pays. Ses feuilles ont la forme de celles du chêne, sont un peu plus petites que celle du hêtre et un peu plus grandes que celles du chêne vert. Elles sont très vertes d'un côté, blanches de l'autre, et ont assez la couleur de celles du peuplier. En remontant de ce temple au Gymnase, vous trouvez à droite le temple de Diane (Artémis) Phéræa dont la statue en bois est, dit-on, venue de Phères. Ce gymnase, qui a été bâti par Clinias, sert encore maintenant pour les exercices des jeunes gens. On y voit une Diane (Artémis) en marbre blanc, qui n'est sculptée que jusqu'à la ceinture, et un Hercule dont la partie inférieure est carrée comme les Mercures (Hermès). Temple de Minerve (Athéna). Tombeau d'Épopée. Temples. Pyrée, bois. Titane. Temple d'Esculape. Statues. En vous détournant de là pour aller vers la porte sacrée, vous trouvez, à peu de distance de cette porte, un temple de Minerve (Athéna) érigé jadis par Épopéus, et qui, soit par ses dimensions, soit par sa magnificence, l'emportait de beaucoup sur tous les temples de ces temps-là. Mais le temps devait en faire disparaître jusqu'à la mémoire; car il a été entièrement consumé par le feu du ciel. L'autel seul a été épargné, et il subsiste encore tel qu'Épopéus l'avait fait faire. Le tombeau de ce héros, en terre amoncelée, est devant cet autel. Près de ce tombeau sont les dieux Apotropæi (qui préservent des malheurs). Les cérémonies qu'on fait en leur honneur sont celles que les Grecs ont instituées pour détourner les fléaux. On dit que le temple voisin consacré à Diane (Artémis) et à Apollon a été aussi bâti par Épopéus. Adraste éleva celui de Junon (Héra) qui vient ensuite; il ne reste de statue ni dans l'un ni dans l'autre de ces temples. On voit derrière celui de Junon (Héra) deux autels dédiés l'un à Pan, l'autre au Soleil; ce dernier est en marbre blanc. En descendant de là vers la plaine, on trouve le temple que Plemnæus érigea à Cérès (Déméter) en action de grâce de ce qu'elle avait élevé son enfant. Le temple d'Apollon Carnien est un peu au-dessous de celui qu'Adraste avait bâti à Junon (Héra). Il n'en reste que les colonnes, et on n'y voit plus ni murs ni toit. Il en est de même de celui de Junon (Héra) Prodomia que Phalcès, fils de Téménus érigea pour remercier cette déesse, qui lui avait, disait-il, servi de guide dans son expédition contre Sicyone. En allant de Sicyone à Phliunte par la route la plus courte, si vous vous détournez à gauche, de dix stades au plus, vous arrivez au Pyrée; c'est le nom qu'on donne à un bois qui entoure le temple de Cérès (Déméter) Prosasia et de sa fille. Les hommes y célèbrent entre eux les fêtes de ces déesses et laissent les femmes les célébrer de leur côté dans l'édifice nommé le Nymphon, où sont les statues de Bacchus (Dionysos), de Cérès (Déméter) et de sa fille, dont on ne voit que les visages. Titane est à soixante stades de Sicyone, mais la route est impraticable pour les voitures à cause de son peu de largeur. Après avoir fait vingt stades, autant que je peux l'évaluer, vous traversez l'Asope, à gauche du chemin, et vous trouvez un bois de chênes verts et le temple des déesses connues des Athéniens sous le nom de Semnæ (Sévères), et des Sicyoniens, sous celui d'Euménides. Ils célèbrent tous les ans leur fête, qui ne dure qu'un jour. Ils leur sacrifient des brebis pleines; se servent d'hydromel pour les libations; et de fleurs, au lieu de couronnes. Ils en font autant sur les autels des Parques qui sont dans le même bois, mais en plein air. Si vous traversez de nouveau l'Asope, et que vous repreniez la route, vous arrivez au sommet d'un mont dont Titan fut, suivant les gens du pays, le premier habitant. Il était, disent-ils, frère du Soleil, et ce canton a pris de lui le nom de Titané. Quant à moi, je pense que Titan passait pour frère du Soleil, parce qu'il avait une très grande connaissance des saisons, et des temps où le Soleil fait prendre l'accroissement et la maturité aux grains et aux fruits. Dans la suite Alexanor, fils de Machaon, fils d'Esculape, étant venu dans la Sicyonie, bâtit à Titané un temple à Esculape. Ceux qui habitent les alentours du temple, sont pour la plupart des gens qui viennent implorer l'assistance du Dieu; des cyprès très vieux ornent l'intérieur de son enceinte. On ne sait pas de quel bois ou de quel métal est la statue du Dieu, ni par qui elle a été faite, à moins qu'on ne l'attribue à Alexanor lui-même; le visage, les pieds et les mains d'Esculape, sont tout ce qu'on en voit, le reste est caché par une tunique de laine blanche, que recouvre une robe. Il en est de même de la statue d'Hygiée : à peine aussi la peut-on voir, tant elle est couverte de cheveux offerts par les femmes qui se les coupent en son honneur, et de bandes d'étoffes de Babylone. Quelle que soit la divinité de ce temple dont on implore la faveur, il faut adresser des prières à celle qu'on nomme Hygiée. A l'égard d'Alexanor et d'Évamérion dont les statues sont aussi dans le temple, on sacrifie au premier comme à un héros, après le coucher du Soleil, et à Évamérion comme à un Dieu. Si ma conjecture est juste, cet Vvamérion est connu à Pergame sous le nom de Telesphorus, qu'un oracle lui a donné; et à Épidaure, sous celui d'Acésius. La statue en bois de Coronis, qu'on possède dans le même lieu, n'est point placée dans le temple; lorsqu'on a sacrifié au Dieu un taureau, un agneau ou un porc, on porte cette statue dans le temple de Minerve (Athéna), et c'est là qu'on lui rend les honneurs qui lui sont dus. On ne se borne pas à couper les cuisses des victimes qu'on lui sacrifie, mais on les brûle en entier; on les brûle à terre, excepté les oiseaux qui sont consumés sur l'autel. Vous voyez sur le fronton du temple, Hercule au milieu, et des Victoires aux deux angles, Les statues de Bacchus (Dionysos), de Cérès (Déméter), d'Hécate, de Vénus (Aphrodite), de la Fortune des Dieux, et d'Esculape surnommé Gortynius, ornent le portique; la dernière est en marbre, toutes les autres sont en bois. Personne ne veut entrer dans l'endroit où sont les serpents; mais on met leur manger devant la porte et on ne s'en occupe plus. La statue en bronze qu'on voit dans l'enceinte, est celle de Granianus de Sicyone, qui remporta cinq prix aux jeux olympiques, deux du Pentathle, un de la course du stade, et deux de la course du double stade, une fois nu, et l'autre avec le bouclier; Minerve (Athéna) a aussi dans Titané un temple, qui est celui où l'on conduit Ceronis. Vous y voyez une très ancienne Minerve (Athéna) en bois. On dit que ce temple a aussi été frappé de la foudre. Autel des Vents. Phliasie. Aras. Asope. Aræthyrée. Phlias. L'autel des vents est au bas de la colline sur laquelle le temple est bâti : un prêtre y offre une fois par an un sacrifice nocturne. Il fait aussi dans quatre fosses, d'autres cérémonies secrètes pour apaiser la fureur des vents, et il chante certaines paroles magiques qui viennent, dit-on, de Médée. Lorsque vous êtes revenu de Titane à Sicyone, en descendant vers la mer, vous trouvez à gauche du chemin un temple de Junon (Héra) où il n'y a plus ni toit ni statue, et les gens du pays disent qu'il avait été bâti, par Prœtus, fils d'Abas. Arrivé à l'endroit nommé le port des Sicyoniens, et en vous détournant pour aller à Aristonautes, port des Pellénéens, vous voyez à gauche, un peu au-dessus du chemin, un temple de Neptune (Poséidon). En avançant sur la grande route, vous trouvez le fleuve Élisson et ensuite le Sythas, qui se jettent tous les deux dans la mer. La Phliasie est limitrophe de la Sicyonie, et la ville est à quarante stades, tout au plus, de Titané. Le chemin de Sicyone à Phlionte est tout droit. Les Phliasiens n'ont rien de commun avec les Arcadiens, comme le prouve le catalogue des vaisseaux d'Homère, où ils ne sont point rangés parmi les peuples de l'Arcadie. On verra bientôt qu'ils étaient Argiens d'origine, et qu'ils devinrent Doriens, lorsque les Héraclides rentrèrent dans le Péloponnèse. Comme les traditions, à leur égard, diffèrent beaucoup entre elles, je m'en tiendrai à ce qui est le plus généralement reçu. Aras Autochtone est, dit-on, le premier qui ait habité ce pays. Il fonda une ville autour d'une colline qu'on nomme encore maintenant Arantine, à peu de distance d'une autre colline sur laquelle les Phliasiens ont bâti leur citadelle et le temple d'Hébé. Il fonda donc là une ville qui prit le nom d'Arantia, ainsi que le reste du pays. Asope, qui passait pour fils de Neptune (Poséidon) et de Cegluse, découvrit sous le règne d'Aras le fleuve qui prit de lui le nom d'Asope. Le tombeau d'Aras est dans le bourg de Celées, où l'on dit que Dysaulès d'Éleusis est aussi enterré. Aoris, fils d'Aras, et Aræthyrée sa sœur furent tous deux, à ce que disent les Phliasiens, habiles chasseurs et vaillants guerriers. Aræthyrée étant morte la première, Aoris donna le nom d'Aræthyrée au pays, en mémoire de sa sœur, et Homère, dans le dénombrement des sujets d'Agamemnon dit à ce sujet, ceux qui habitent Ornées et l'agréable Aræthyrée. Je ne crois pas que les tombeaux des enfants d'Aras puissent être ailleurs que sur la colline Arantine; ils sont indiqués par les cippes ronds qui les surmontent; et avant de célébrer les mystères de Cérès (Déméter), les Phliasiens invitent Aras et ses enfants aux libations, en regardant ces monuments. Pour Phlias, dont le nom est le troisième que le pays ait porté, je ne crois pas qu'il fût fils de Cisus, fils de Téménus, comme le disent les Argiens. Il passait en effet pour fils de Bacchus (Dionysos), et il fut, à ce qu'on dit, un de ceux qui s'embarquèrent sur le navire Argos. C'est aussi l'opinion du poète rhodien (Apollonius) qui dit dans ses vers : Phlias vint d'Aræthyrée; Phlias, que Bacchus (Dionysos) son père avait comblé de biens et qui faisait sa demeure vers les sources de l'Asope. Ce Phlias était fils d'Aræthyrée et non de Chthonophylé; celle-ci fut son épouse et il en eut un fils nommé Androdamas. Retour des Héraclides. Pythagore. Bois sacré d'Hébé. Citadelle. Chèvre de bronze. Maison d'Amphiaraüs. Cyathus.
Lorsque les Héraclides revinrent, tout le Péloponnèse, à
l'exception de l'Arcadie, fut bouleversé, de sorte que dans plusieurs villes, on
admit les Doriens, et que dans beaucoup d'autres, les anciens habitants furent
entièrement chassés. Quant à Phlionte, voici ce qui s'y passa. Rhégnidas Dorien,
fils de Phalcès, fils de Téménus, y ayant amené des troupes d'Argos et de
Sicyone, une partie des Phliasiens, satisfaits des propositions de Rhégnidas,
consentaient à rester dans le pays, en le reconnaissant pour roi, et en faisant
un nouveau partage des terres avec les Doriens, tandis qu'Hippasus et ses
partisans disaient qu'il fallait se défendre et ne pas abandonner ainsi aux
Doriens sans coup férir des possessions vastes et fertiles. Le peuple ayant
rejeté ce dernier avis, Hippasus s'enfuit à Samos avec ceux qui voulurent le
suivre. C'est de cet Hippasus que le sage Pythagore descendait à la quatrième
génération, car il avait pour père Mnésarque, fils d'Euphron, fils d'Hippasus.
Voilà comment les Phliasiens racontent leur histoire, et les Sicyoniens sont
d'accord avec eux sur la plupart de ces choses. Celées. Dysaulès. Aras. Celées est à cinq stades tout au plus de Phlionte : on y célèbre tous les quatre ans les mystères de Cérès (Déméter). L'Hiérophante n'est pas à vie, on en choisit un chaque fois qu'on célèbre ces mystères, et il peut se marier si cela, lui plaît. Voilà en quoi ces mystères différent de ceux d'Éleusis; du reste, les cérémonies en sont imitées, et les Phliasiens l'avouent eux-mêmes; car ils disent que Dysaulès, frère de Céléus, chassé d'Éleusis par Ion, fils de Xouthos, que les Athéniens avaient pris pour général dans la guerre contre les Éleusiniens, vint dans leur pays, et y institua les mystères; mais les Phliasiens auront de la peine à me persuader que quelque Éleusinien ait quitté le pays après une défaite; la guerre dont il est question se termina en effet par un traité avant qu'il se fut livré de combat décisif, et Eumolpe lui-même resta à Éleusis. Il est possible que Dysaulès soit venu à Celées pour quelque autre raison, mais ce n'est pas pour celle que donnent les Phliasiens. Je ne crois pas non plus qu'il fut parent de Céléus; il n'était pas même un des principaux habitants d'Éleusis, car Homère ne l'aurait pas oublié dans ses vers. Nous avons, en effet, de ce poète un hymne à Cérès (Déméter), dans lequel il nomme les Éleusiniens à qui cette déesse enseigna la célébration des mystères, et il n'y parle point de Dysaulès; voici ce qu'il dit. Elle (Cérès) enseigna les rites des sacrifices et expliqua, les mystères à Triptolème, à Dioclès l'habile cavalier, au vaillant Eumolpe et à Céléus le chef du peuple. Néanmoins, à en croire les Phliasiens, ce Dysaulès est celui qui ai donné le nom de Celées à ce canton, et y a établi la célébration des mystères. On vous montre, dans le même endroit, son tombeau, qui est, dit-on, moins ancien que celui d'Aras, dont le règne précéda, de quelque temps l'arrivée de Dysaulès. Les Phliasiens disent en effet, qu'Aras était contemporain de Prométhée, fils de Japet, et antérieur de trois générations à Pélasgus d'Arcadie et aux Autochtones d'Athènes. Le char de Pélops est, suivant eux, suspendu à la voûte du temple qu'ils nomment Anactorium, (temple des Dioscures). C'est là tout ce que le pays des Phliasiens offre de remarquable. Cléones. Némée. Temple de Jupiter (Zeus) Néméen. Opheltes. Argiens. Inachos. Phoronée. En allant de Corinthe à Argos, vous trouvez une petite ville nommée Cléones, qui a pris son nom de Cléoné, fille de Pélops; où, suivant d'autres, de Cléoné l'une des filles du fleuve Asope qui passe à Sicyone; mais bien certainement de l'une des deux. On y voit un temple d'Athéna, la statue de la déesse est de Dipœnus et de Scyllis, élèves de Dédale, ou ses fils, suivant quelques personnes qui prétendent qu'il les avait eus d'une femme de Gortyne qu'il avait épousée. On y voit aussi le tombeau d'Eurytus et de Ctéatus qu'Hercule tua à coups de flèches, lorsqu'ils passaient par là pour aller de l'Élide aux jeux Isthmiques où ils étaient députés par leur ville. Sa colère, contre eux, venait de ce qu'ils avaient pris le parti d'Augias avec qui il était en guerre. Deux chemins conduisent de Cléones à Argos; l'un, plus court, n'est praticable qu'aux gens de pied; l'autre, qui passe par l'endroit nommé le Trétus, est également très étroit, étant entouré de montagnes; les voitures y passent cependant. On vous montre dans ces montagnes, l'antre du lion de Némée. Environ à quinze stades de là, est le bourg de Némée, où l'on trouve un temple de Jupiter (Zeus) Néméen, qui mérite d'être vu, quoiqu'il n'ait plus de toit, et qu'il n'y reste aucune statue. Il est entouré d'un bois de cyprès, et c'est là, dit-on, qu'Opheltes ayant été posé sur le gazon par sa nourrice, fut tué par le serpent. Les Argiens sont aussi chargés des sacrifices qui se font à Jupiter (Zeus) dans le temple de Némée; ils nomment son prêtre, et président aux courses d'hommes armés qui font partie des jeux Néméens lorsqu'ils se célèbrent en hiver. On voit à Némée le tombeau d'Opheltes, il est entouré d'un parapet de pierres, et il y a des autels dans l'intérieur de l'enceinte. Le tombeau, de Lycurgue, père d'Opheltes, est tout auprès, c'est une éminence de terre faite à la main. La fontaine voisine se nomme Adrastée, soit parce qu'elle a été trouvée par Adraste, soit pour quelque autre raison. On croit que ce canton a pris son nom de Némée, qui était aussi fille d'Asope. Au-dessus de Némée s'élève le mont Apesas, où Persée sacrifia pour la première fois, dit-on, à Jupiter (Zeus) Apesantius. En remontant vers le Trétos, et en prenant ensuite le chemin d'Argos, on laisse à gauche les ruines de Mycènes. Les Grecs savent tous que Persée fut le fondateur de cette ville; mais je vais entrer dans quelques détails sur la cause de cette fondation et les prétextes que les Argiens alléguèrent dans la suite pour la détruire; c'est en effet ce qu'il y a de plus ancien dans l'histoire de l'Argolide. On dit qu'Inachus, étant roi de ce pays, donna son nom au fleuve qui l'arrose, et offrit des sacrifices à Junon (Héra). Suivant une autre tradition, Phoronée est le premier homme qui ait habité ce pays, et Inachus, son père, était un fleuve et non un mortel. Un différend s'étant élevé entre Neptune (Poséidon) et Junon (Héra), au sujet de l'Argolide, Phoronée en fut juge avec les fleuves Céphise, Astérion et Inachos. Ils décidèrent en faveur de Junon (Héra); alors Neptune (Poséidon) fit disparaître, dit-on, toute l'eau du pays, et c'est pour cela que l'Inachus, ainsi que les autres fleuves dont je viens de parler, n'ont pas d'autre eau que celle qui tombe du ciel, et que, dans l'été, tous les courants d'eau de l'Argolide sont à sec, excepté les fontaines de Lerne. Phoronée, fils d'Inachus, réunit le premier en société les hommes qui étaient auparavant épars et habitaient ça et là. On nomma l'endroit où il les rassembla la ville de Phoronée. Rois des Argiens. Danaüs. Persée. Fondation et ruines de Mycènes. Tombeaux. Argus, fils de la fille de Phoronée, régna après lui, et donna son nom au pays. Il eut deux fils, Pirasus et Phorbas. Ce dernier fut père de Triopas, qui eut deux fils, Iasus et Agenor. Io, fille d'Iasus, alla en Égypte, soit comme le raconte Hérodote, soit comme le disent les Grecs. Crotopus, fils d'Agénor, monta sur le trône après Iasus. Sthénélas, son fils, fut père de Gélanor sous le règne duquel Danaüs, qui était venu de l'Égypte par mer, enleva la couronne aux descendants d'Agenor. Tout le monde sait ce qui sa passa depuis; on connaît l'attentat des filles de Danaüs sur leurs cousins, et la manière dont Lyncée eut la couronne après la mort de Danaüs. Les fils d'Abas, fils de Lyncée, partagèrent le royaume; Acrisius resta roi d'Argos, et Prœtus eut pour sa part, Héræum, Midée, Tirynthe et toute la partie de l'Argolide voisine de la mer. Il reste encore maintenant à Tirynthe quelques vestiges de la demeure de Prœtus. Acrisius ayant appris dans la suite que Persée était vivant et s'était distingué par ses actions, se retira à Larisse, sur les bords du fleuve Pénée. Mais Persée voulant absolument voir celui a qui sa mère devait le jour, et acquérir son amitié, soit par des paroles prévenantes, soit par ses procédés, alla le chercher à Larisse. Persée, alors à la fleur de l'âge, se plaisait à faire connaître à tout le monde le disque qu'il venait d'inventer. Un jour qu'il s'y exerçait, Acrisius se trouva conduit, par la fatalité, à la portée du disque, qui l'atteignit et le tua. Ainsi fut accomplie la prédiction des dieux, et toutes les inventions d'Acrisius contre sa fille et contre son petit-fils, ne changèrent rien à l'ordre des destins. De retour à Argos, Persée ne pouvant supporter les discours qu'on tenait sur ce meurtre, engagea Mégapenthès, fils de Prœtus, à faire un échange; il lui céda donc Argos, et alla dans ses états où il fonda Mycènes, qu'il nomma ainsi, parce que la poignée de son épée étant tombée en cet endroit, cela lui parut un présage pour y fonder une ville. D'autres disent que, pressé par la soif, il conçut l'idée d'arracher un champignon (Mucès); l'eau étant sortie de terre en abondance, il se désaltéra avec plaisir et donna le nom de Mycènes à ce canton. Homère, cependant, parle dans ses vers d'une femme nommée Mycènes. Tyro, Alcmène et la belle Mycènes. On lit dans le poème connu des Grecs sous le nom de Megalai Eoiai, qu'elle était fille d'Inachus et femme d'Arestor, et c'est d'elle dit-on, que cette ville a pris son nom. Quant à ceux qui prétendent avoir entendu dire que Mycénéus était fils de Sparton, et Sparton de Phoronée, leur opinion est d'autant moins admissible, qu'elle est rejetée par les Lacédémoniens eux-mêmes : ceux-ci montrent bien à Amycles, la statue d'une femme nommée Sparte; mais ils seraient fort surpris si on leur parlait seulement de Sparton, fils de Phoronée. Les Argiens détruisirent Mycènes par jalousie : en effet, tandis qu'ils regardaient tranquillement l'irruption des Mèdes dans la Grèce, les Mycéniens envoyèrent aux Thermopyles quatre-vingts hommes qui partagèrent avec les Lacédémoniens la gloire de ce combat; l'honneur qu'ils s'étaient acquis, aigrit contre eux les Argiens, et fut la cause de leur ruine. On voit cependant encore quelques vestiges de leurs murs, et une porte sur laquelle sont des lions. Tout cela est, dit-on, l'ouvrage des Cyclopes, qui bâtirent aussi pour Prœtus, les murs de Tirynthe. Au milieu des ruines de Mycènes, se remarquent encore divers monuments, savoir : la fontaine Persée; les chambres souterraines d'Atrée et de ses fils, où ils renfermaient leurs trésors; le tombeau d'Atrée; celui des personnes qui revenant de Troie, avec Agamemnon, furent tuées par Égisthe dans un repas; celui de Cassandre, que les Lacédémoniens d'Amycles disent néanmoins enterrée dans leur pays; le tombeau d'Agamemnon, celui d'Eurymédon, conducteur de son char; celui qui renferme Télédamus et Pélops, deux fils jumeaux qu'il avait eus de Cassandre, et qui, enfants encore, tombèrent avec leurs parents sous les coups d'Égisthe. Enfin le tombeau d'Électre, donnée par Oreste en mariage à Pylade, dont elle eut deux fils, Strophius et Médon, selon le récit d'Hellanicos. Clytemnestre et Égisthe ont été enterrés à quelque distance des murs, parce qu'il ne parut pas convenable qu'ils fussent dans la même enceinte qu'Agamemnon et ceux qui avaient été tués avec lui. Temple de Junon (Héra). Eubée. Statues de Junon (Héra) et d'Hébé. Offrandes. Chryséis. Le temple de Junon (Héra) est à quinze stades de Mycènes, sur la gauche. Le ruisseau Éleuthère, coule le long de la route : son eau sert pour les purifications aux prêtresses qui desservent le temple et président aux sacrifices secrets. Le temple est dans l'endroit le plus bas de l'Eubée. Les Argiens donnent ce dernier nom à la montagne sur laquelle est le temple de Junon (Héra). Ils disent que le fleuve Astérion eut trois filles, Eubée, Prosymna et Acræa, qui furent les nourrices d'Héra, Acræa donna son nom à la montagne qui est en face du temple; Eubée à tout ce qui entoure le temple, et Prosymna à la plaine qui est au bas. Le fleuve Astérion coule au bas du temple et se jette dans un gouffre où il disparaît. Il croît sur ses bords une plante qu'on nomme aussi Astérion. On offre cette plante à Junon (Héra) et on fait des couronnes de ses feuilles. Eupolème d'Argos a été, à ce qu'on dit, l'architecte de ce temple. Les sculptures qui règnent au-dessus des colonnes représentent d'un côté la naissance de Jupiter (Zeus) et le combat des dieux et des géants, et de l'autre, la guerre de Troie et la prise de cette ville. Devant l'entrée du temple, sont des statues de femmes jadis prêtresses de Junon (Héra), et les statues de quelques héros, parmi lesquels est Oreste; c'est lui, dit-on, que représente en effet la statue dont l'inscription porte le nom de l'empereur Auguste. Vous voyez dans le vestibule du temple les statues des Grâces, ouvrages très anciens; à droite le lit de Junon (Héra), et le bouclier que Ménélas enleva à Euphorbe devant Troie. Junon (Héra) est assise sur un trône; sa statue, d'une très grande proportion, en or et en ivoire, a été faite par Polyclète. Elle porte une couronne sur laquelle sont représentées les Grâces et les Saisons; elle tient une grenade d'une main et un sceptre de l'autre. Ce qu'on dit au sujet de la grenade étant un mystère, je ne me permettrai pas d'en parler. Quant au coucou qui est sur son sceptre, on raconte que Jupiter (Zeus), étant amoureux de Junon (Héra) encore vierge, se transforma en coucou, et que Junon (Héra) prit cet oiseau pour s'en faire un jouet. Je n'ajoute nulle foi à cette fable ni à celles du même genre qu'on raconte sur les dieux; je ne les en rapporte pas moins. Il y avait, dit-on, près de Junon (Héra), une Hébé, ouvrage de Naucydès, également en or et en ivoire. Là, se voit aussi une ancienne statue de Junon (Héra), sur une colonne : mais la plus ancienne de toutes les statues de cette déesse est celle en bois de poirier sauvage, qui avait été érigée dans Tirynthe par Pirasus, fils d'Argus, et que les Argiens, après avoir détruit cette ville, transportèrent dans le temple de Junon (Héra). Je l'ai vue moi-même; la déesse est représentée assise, et d'une assez petite taille. Les offrandes qui méritent d'être remarquées, sont un autel d'argent sur lequel on a sculpté les noces d'Hercule et d'Hébé; un paon en or et en pierres précieuses, qui est un don de l'empereur Hadrien (le paon est, comme on le sait, un oiseau consacré à Junon (Héra); enfin, une couronne d'or et un manteau de pourpre qui ont été donnés par l'empereur Néron. Au-dessus de ce temple sont les fondements du premier, et ce qu'en épargna l'incendie causé par l'imprudence de Chryséis, prêtresse de Junon (Héra), qui se laissa surprendre par le sommeil, tandis qu'une lampe brûlait devant des guirlandes. Elle s'enfuit à Tégée et se mit sous la protection de Minerve (Athéna) Aléa. Quelque grand que fût ce malheur, les Argiens n'abattirent pas la statue de Chryséis, et on la voit encore devant le temple qui a brûlé. Monument héroïque de Persée. Thyeste et Atrée. Temple de Cérès (Déméter) Mysia. Rois des Argiens. Retour des Héraclides. En allant de Mycènes à Argos, on trouve sur le bord de la route, à gauche, le monument héroïque de Persée. Les gens du pays lui rendent quelques honneurs, mais il en reçoit de bien plus grands à Sériphe. Les Athéniens lui ont aussi consacré une enceinte, et ont érigé un autel à Dictys et à Clymène, qu'on nomme les Sauveurs de Persée. En partant de ce monument, si vous avancez un peu dans l'Argolide, vous voyez à droite le tombeau de Thyeste; le bélier de marbre qu'on a placé dessus, indique sans doute, le mouton à toison d'or que Thyeste obtint en séduisant la femme de son frère. Atrée ne sut point se contenir dans les bornes d'une juste vengeance; il égorgea les enfants de Thyeste, et lui donna ce festin tant célébré par les poètes. Quant à ce qui se passa dans la suite, je ne saurais dire au juste si l'attentat d'Égisthe sur Agamemnon fut le premier, ou si Agamemnon n'avait pas déjà tué Tantale le fils de Thyeste, qui avait été, dit-on, le premier mari de Clytemnestre. Je ne prétends pas décider que dans cette famille on fût naturellement vicieux : mais que le forfait de Pélops et les Mânes vengeurs de Myrtilus aient poursuivi aussi longtemps les Pélopides, il n'y a rien là qui ne soit d'accord avec ce que la Pythie répondit à Glaucos, fils d'Épicyde, qui la consultait pour savoir s'il ferait un faux serment. Elle lui dit que la seule intention de ce parjure serait punie jusque sur ses descendants. En partant des béliers (c'est le nom qu'on donne au monument de Thyeste), et en avançant un peu, vous laissez à gauche un endroit nommé Mysia, et le temple de Cérès (Déméter) Mysia. Ce canton et ce temple ont pris leur nom d'un certain Mysius qui avait donné l'hospitalité à Cérès (Déméter), à ce que disent les Argiens. Le temple n'a plus de toit; mais on a construit dans son intérieur un autre temple en briques cuites au feu; on y voit les statues en bois, de Cérès (Déméter), de sa fille et de Pluton (Hadès). Vous trouvez un peu plus loin le fleuve Inachus, et, après l'avoir traversé, l'autel du Soleil. Vous arrivez ensuite à la porte d'Argos, qui a pris son nom du temple d'Ilithye qui est dans son voisinage. Les Argiens sont, à ma connaissance, le seul peuple grec qui ait été divisé en trois royaumes. Sous le règne d'Anaxagore, fils d'Argus, fils de Megapenthès, les femmes d'Argos furent attaquées d'une espèce de démence qui leur faisait abandonner leurs maisons pour aller errer à travers les champs. Cette maladie fut guérie par Mélampe, fils d'Amythaon; mais il exigea, pour prix de ses soins, qu'Anaxagoras partageât la royauté avec lui et avec Bias son frère. De Bias à Cyanippus, fils d'Ægialéus, il y eut cinq rois qui régnèrent pendant quatre générations, et qui descendaient de Nélée par la femme de Bias, Il y en eut six de la race de Mélampe qui régnèrent pendant, six générations jusqu'à Amphiloque, fils d'Amphiaraüs. Les Anaxagorides, qui étaient originaires du pays, furent ceux qui régnèrent le plus longtemps; car Iphis, fils d'Alector, fils d'Anaxagoras, laissa la couronne à Sthénélus, fils de Capanée son cousin. Amphiloque, après la prise de Troie, s'étant établi dans le pays qu'on nomme maintenant l'Amphilochie, et Cyanippus étant mort sans enfants, Cylarabes, fils de Sthénélus, réunit les trois royaumes. Il mourut lui-même sans enfants, et ses états passèrent à Oreste, qui régnait dans le voisinage. Indépendamment des états de son père, Oreste avait rangé sous ses lois la plupart des Arcadiens; il était devenu roi de Sparte, et avait pour alliés les Phocéens, toujours prêts à venir à son secours. Les Lacédémoniens lui avaient laissé prendre la couronne, aimant mieux être gouvernés par les enfants des filles de Tyndarée, que par Nicostrate et Mégapenthès, que Ménélas avait eus d'une esclave. Oreste étant mort, Tisamène, qu'il avait eu d'Hermione, fille de Ménélas, lui succéda. On lit dans les vers de Cinæthon, qu'Oreste laissa aussi un fils naturel nommé Penthile, qu'il avait eu d'Érigoné, fille d'Égisthe. Ce fut sous le règne de Tisamène que les Héraclides rentrèrent dans le Péloponnèse; ces Héraclides étaient Téménus, Cresphonte et les fils d'Aristodème, troisième frère, mort auparavant. Comme ils descendaient de Persée, ils avaient des droits bien plus légitimes au royaume d'Argos que Tisamène qui descendait de Pélops. Quant à Lacédémone, ils prétendaient que Tyndarée en ayant été chassé par Hippocoon, avait reçu ensuite ce royaume, à titre de dépôt, d'Hercule, qui avait tué Hippocoon et ses fils. Ils disaient également pour la Messénie, qu'Hercule ayant pris Pylos, l'avait donnée en dépôt à Nestor. En conséquence de ces droits, les Héraclides chassèrent d'Argos et de Lacédémone, Tisamène, et de la Messénie, les descendants de Nestor. Ces derniers étaient, Alcmæon, fils de Sillus, fils de Thrasymède; Pisistrate, fils de Pisistrate, et les fils d'Antiloque, fils de Pæon. Les Héraclides chassèrent aussi du même pays Mélanthus, fils d'Andropompe, fils de Borus, fils de Penthilus, fils de Périclymène. Tisamène et ses enfants allèrent avec une armée dans l'Achaïe actuelle. Les descendants de Nélée, à l'exception des enfants de Pisistrate, qui se retirèrent je ne sais où, se rendirent à Athènes, où leurs familles subsistèrent longtemps sous les noms de Péonides et d'Alcméonides; et Mélanthus y obtint la couronne qu'il enleva à Thymœtès, fils d'Oxyntès. Ce Thymœtès fut le dernier roi d'Athènes de la famille de Thésée. Ce n'est pas ici le lieu de parler des descendants de Cresphonte et d'Aristodème. Téménus et ses descendants. Temple d'Apollon Lycien. Biton. Hypermnestre. Tombeaux. Téménus, au lieu d'employer ses fils, confiait ouvertement le commandement de ses troupes à Déiphonte, fils d'Antimaque, fils de Thrasyanor, fils de Ctésippe, fils d'Hercule; et comme il lui avait donné en mariage Hyrnétho, sa fille, qu'il aimait mieux que ses autres enfants, il le consultait sur toutes choses, et on lui soupçonnait l'intention de disposer de ses états en faveur de sa fille et de son gendre. Ses fils, alarmés de ce bruit, conspirèrent contre lui et le tuèrent, et Cisus, leur aîné, monta sur le trône. Mais les Argiens, qui dès les temps les plus reculés avaient eu beaucoup de goût pour l'indépendance et l'égalité, réduisirent à un tel point l'autorité de leurs rois, qu'il n'en resta que le nom à Médon, fils de Cisus, et à ses descendants. Le peuple condamna même et priva tout à fait de la couronne Miltas, fils de Lacide, et petit-fils de Médon. Le temple d'Apollon Lycien est le plus beau de tous ceux que les Argiens ont dans leur ville. La statue qu'on y voit maintenant est l'ouvrage d'Attale Athénien. L'ancien temple et la statue en bois étaient une offrande de Danaüs : je crois que toutes les statues étaient alors en bois, surtout celles qui venaient de l'Égypte. Danaüs érigea ce temple à Apollon Lycien, à l'occasion suivante. Étant arrivé à Argos, il disputa la couronne à Gélanor, fils de Sthénélas. Ils plaidèrent leur cause devant le peuple, et chacun d'eux fit valoir beaucoup de raisons en sa faveur. Celles de Gélanor ne paraissant pas moins bonnes que celles de Danaüs, le peuple remit, dit-on, son jugement au lendemain. Le jour commençait à peine, lorsqu'un loup se jeta sur un troupeau de bœufs qui paissait devant les murs de la ville, et attaqua le taureau qui était à leur tête. L'idée vint aux Argiens d'assimiler Gélanor au taureau, et Danaüs au loup, cet animal ne vivant point avec les hommes, et Danaüs, jusqu'alors, n'ayant point vécu parmi eux. Le loup ayant tué le taureau, ils donnèrent la couronne à Danaüs; et ce prince imaginant que c'était Apollon qui avait amené ce loup contre le troupeau de bœufs, lui dédia un temple sous le nom d'Apollon Lycien. On y voit le trône de Danaüs et Biton portant un taureau sur ses épaules. Lycias dit dans ses vers que les Argiens conduisant un jour des victimes à Némée pour un sacrifiée à Jupiter (Zeus), ce Biton, qui était d'une force et d'une vigueur extraordinaires, prit un taureau et le porta sur ses épaules. Vient ensuite une place où on allume un feu qu'on nomme le feu de Phoronée, car c'est à lui, et non à Prométhée, que les Argiens attribuent la découverte du feu. Vous y voyez aussi deux statues en bois, l'une de Mercure (Hermès), qui est, disent-ils, l'ouvrage d'Épéius, et l'autre de Vénus (Aphrodite), qui a été érigée par Hypermnestre. Ils racontent que Danaüs irrité de ce que seule de toutes ses filles, elle avait refusé d'exécuter ses ordres, la livra à un tribunal pour la juger, soit qu'il ne se crût pas en sûreté tant que Lyncée serait vivant, soit qu'Hypermnestre refusant de partager le crime de ses sœurs, lui parut blâmer celui qui en avait donné l'ordre. Elle fut jugée par les Argiens, gagna son procès, et érigea par reconnaissance une statue à Vénus (Aphrodite) Nicéphore. Dans l'intérieur du temple est représenté Ladas, l'homme le plus léger à la course qu'il y eût de son temps; on y voit aussi un Mercure (Hermès) qui vient de trouver une tortue pour faire une lyre. Sur un piédestal placé devant le temple, est un bas relief représentant le combat du loup et du taureau, dont nous avons parlé, et une jeune fille jetant une pierre au taureau. On croit que cette jeune fille est Diane (Artémis). Ce piédestal est une offrande de Danaüs, qui a aussi placé, non loin de là, deux colonnes en bois, comme statues de Jupiter (Zeus) et d'e Diane (Artémis). Des tombeaux voisins, l'un est celui de Linos, fils d'Apollon et de Psamathé, fille de Crotopus; l'autre est, dit-on, celui de Linus le poète. Ce que j'ai à dire de ce dernier, se trouvera mieux placé dans un autre livre : quant au fils de Psamathé, j'en ai parlé dans la description de la Mégaride. On voit au-dessus de ces tombeaux la statue d'Apollon Agyieus et l'autel de Jupiter (Zeus) Hyetius (Pluvieux), sur lequel ceux qui avaient promis à Polynice de le ramener à Thèbes, prêtèrent serment de perdre tous la vie plutôt que de revenir sans avoir pris cette ville. Quant au tombeau de Prométhée, les prétentions de ceux d'Opunte me paraissent mieux fondées que celles des Argiens; ces derniers ne laissent cependant pas de le montrer. Jupiter (Zeus) Milichius. Bryas. Temple de Jupiter (Zeus) Néméen. Tombeau de Choria. Statues de Polynice et autres. Théâtre. Télésille. En laissant de côté la statue de Creugas, vainqueur au pugilat, vous trouvez un trophée élevé à la suite d'une victoire remportée sur les Corinthiens, et une statue en marbre blanc, représentant Jupiter (Zeus) Milichius assis. Elle est de Polyclète, et fut érigée à l'occasion suivante. Les Lacédémoniens dès l'instant qu'ils eurent commencé à faire la guerre aux Argiens, ne leur laissèrent plus de repos que lorsque Philippe, fils d'Amyntas, les eut contraints de s'en tenir à leurs anciennes limites. Avant lui, les Lacédémoniens, lorsqu'ils ne se mêlaient pas encore des affaires étrangères au Péloponnèse, cherchaient à s'agrandir aux dépens des Argiens; et ceux-ci de leur côté ne manquaient pas d'attaquer les Lacédémoniens, dès qu'ils les voyaient engagés dans quelque expédition hors de leur pays. La haine étant portée de part et d'autre à son comble, les Argiens crurent devoir entretenir mille hommes d'élite dont ils donnèrent le commandement à Bryas leur compatriote; celui-ci, entre autres traits d'insolence, se permit d'enlever une jeune fille qu'on conduisait à son fiancé, et de la violer. La nuit étant survenue, cette fille ne vit pas plutôt Bryas endormi, qu'elle lui arracha les yeux. Lorsque le jour parut, se voyant surprise, elle s'enfuit et se mit sous la protection du peuple qui ne voulut pas la livrer à la vengeance des Mille. Les deux partis ayant pris les armes, il y eut un combat dont le peuple sortit victorieux, et dans sa fureur il ne laissa la vie à aucun de ceux du parti contraire. On eut recours à différents moyens expiatoires, pour purifier la ville du sang qui avait coulé dans cette guerre civile, et on érigea cette statue à Jupiter (Zeus) Milichius. On voit près de là un bas relief de marbre qui représente Cléobis et Biton traînant un char et conduisant leur mère au temple de Junon (Héra). Le temple de Jupiter (Zeus) Néméen est vis-à-vis les statues dont nous venons de parler; le dieu est debout; sa statue en bronze est l'ouvrage de Lysippe. Après ce temple, à droite, se présente le tombeau de Phoronée, à qui on offre encore maintenant des sacrifices comme à un héros. Au-dessus du temple de Jupiter (Zeus) Néméen, s'élève l'antique temple de la Fortune, où Palamède fit l'offrande des dés qu'il avait inventés. On dit que le tombeau voisin est celui de la Ménade Choria, qui était du nombre de ces femmes qui combattirent sous les ordres de Bacchus (Dionysos) dans son expédition contre Argos. Persée, ayant remporté la victoire, les tua pour la plupart, et on les enterra toutes ensemble, excepté celle-ci, qui, étant d'un rang plus relevé, eut un tombeau à part. Un peu plus loin est le temple des Saisons. En revenant de là, vous trouvez les statues de Polynice, fils d'Œdipe, et de tous les chefs qui furent tués avec lui en combattant devant les murs de Thèbes. Eschyle n'en compte que sept, mais il y en avait bien davantage, soit d'Argos, soit de la Messénie; il en était même venu quelques-uns de l'Arcadie. Les Argiens se sont conformés à la tragédie d'Eschyle. On voit auprès de ces sept statues celles des chefs qui prirent Thèbes, savoir : Ægialéus, fils d'Adraste; Promaque, fils de Parthénopæus, fils de Talaüs; Polydore, fils d'Hippomédon; Thersandre; Alcméon et Amphiloque, fils d'Amphiaraüs; Diomède et Sthénélus. On comptait encore parmi ces chefs Euryalus, fils de Mécistée; Adraste, fils de Polynice et Timéas. A peu de distance de ces statues, vous voyez le tombeau de Danaüs, le cénotaphe des Argiens qui périrent soit au siège de Troie, soit en revenant dans leur pays, et le temple de Jupiter (Zeus) Sauveur. De là, vous passez à l'édifice où les femmes d'Argos vont pleurer la mort d'Adonis; le temple du Céphise est à droite de la porte de ce bâtiment. Les Argiens disent que Neptune (Poséidon) n'a pas fait disparaître entièrement les eaux de ce fleuve, et ils l'entendent couler sous terre, principalement à l'endroit où est ce temple. Vers le temple du Céphise, vous apercevez la tête de Méduse; elle est en marbre, et sortie, dit-on, des mains des Cyclopes. L'endroit qui est derrière se nomme encore maintenant Critérion (le tribunal); ce fut là, dit-on, qu'Hypermnestre fut jugée sur les poursuites de Danaüs. Le théâtre est à peu de distance de là; parmi d'autres objets qui fixeront votre attention, vous y remarquerez Périlaüs Argien, ôtant la vie à Othryades Spartiate. Ce Périlaüs, fils d' Alcénor, avait remporté précédemment le prix de la lutte aux jeux Néméens. Il y a au-dessus du théâtre un temple de Vénus (Aphrodite), et devant ce temple un cippe sur lequel on a représenté Télésille, femme célèbre par ses poésies lyriques : ses livres sont épars à ses pieds, et elle tient à la main un casque qu'elle regarde comme pour le mettre sur sa tête. Télésille jouissait déjà à d'autres égards de beaucoup de considération parmi les femmes d'Argos; elle était surtout célèbre par ses poésies, lorsque se passa l'événement que rappelle cette sculpture. Les Argiens avaient été malheureux au-delà de toute expression dans leur guerre contre les Lacédémoniens commandés par Cléomène, fils d'Anaxandride : les uns, en effet, avaient péri dans le combat, et ceux qui s'étaient réfugiés dans le bois Argos y avaient aussi perdu la vie : car on avait massacré ceux qui étaient sortis les premiers par capitulation, et les autres s'étant aperçu qu'on les trompait, ne voulurent plus sortir et furent tous brûlés avec la forêt. Argos se trouvant ainsi sans défenseurs, Cléomène y conduisit les Lacédémoniens, mais Télésille ayant rassemblé les esclaves et tous ceux que leur jeunesse ou leur âge avancé rendaient incapables de porter les armes, les fit monter sur les murs. Ayant ensuite ramassé tout ce qui restait d'armes dans les maisons, et celles que renfermaient les temples, elle les fit prendre aux femmes qui étaient dans la force de l'âge, et rangea celles-ci en bataille à l'endroit par ou elle savait que les ennemis devaient arriver. Les Lacédémoniens s'étant présentés, elles ne s'effrayèrent point de leur cri de guerre, et soutinrent le choc avec la plus grande valeur. Alors les Lacédémoniens, considérant qu'une victoire remportée sur des femmes serait peu honorable pour eux, et qu'une défaite les couvrirait de honte, prirent le parti de se retirer. Ce combat avait été prédit par un oracle qu'Hérodote rapporte, soit que le sens lui en fût connu, soit qu'il l'ait ignoré. Lorsque les femmes victorieuses auront repoussé les hommes, et auront rempli Argos de leur gloire, alors beaucoup d'Argiennes, de douleur, se déchireront les joues. Voilà ce que dit cet oracle, relativement à cet exploit des femmes. Méduse. Gorgophone, Laphaès. Chloris. En descendant du temple de Vénus (Aphrodite), pour retourner vers la place publique, on trouve le tombeau de Cerdo, femme de Phoronée, le temple d'Esculape et celui de Diane (Artémis), surnommée Pitho (la Persuasion), temple qu'Hypermnestre érigea, lorsqu'elle eut gagné le procès que son père lui avait intenté au sujet de Lyncée. On y voit aussi une statue d'Énée, en bronze, et une place nommé le Delta. La raison qu'on donne de cette dénomination ne me satisfaisant pas, je la passerai sous silence. Il y a devant cette place un autel de Jupiter (Zeus) Phyxius, et à peu de distance de cet autel, le tombeau d'Hypermnestre, mère d'Amphiaraüs, et celui d'Hypermnestre, fille de Danaüs : Lyncée est enterré avec cette dernière. En face de ces tombeaux est celui de Talaüs, fils de Bias. J'ai déjà parlé de Bias et de ses descendants. Le temple de Minerve (Athéna) Salpinx (trompette) a été, dit-on, érigé par Agéléon, qui passait pour fils de Tyrsénus, fils d'Hercule et de la Lydienne (Omphale). Tyrsénus fut l'inventeur de la trompette, Agéléon enseigna aux Doriens, que commandait Téménus, l'usage de cet instrument; c'est pour cela qu'on a donné à Minerve (Athéna) le surnom de Salpinx. Les Argiens disent que le tombeau d'Épimenide est devant le temple de Minerve (Athéna); ils racontent que les Lacédémoniens, dans une guerre contre les Gnossiens, prirent Épimenide vivant, et le tuèrent, parce qu'il ne leur faisait que des prédictions sinistres : les Argiens, ayant enlevé son corps, l'enterrèrent dans cet endroit. L'édifice en marbre blanc, qui est au milieu de la place publique, n'est point un trophée relatif à Pyrrhus, roi d'Épire, comme le disent les Argiens; il serait plus raisonnable de le regarder comme un monument qu'on aurait érigé à ce prince, à l'endroit où son corps fut brûlé, car on y voit sculptés toutes les machines qu'il employait à la guerre, et les éléphants dont il se servait. Cet édifice fut construit à la place où était son bûcher, et ses os sont dans le temple de Cérès (Déméter), vers lequel il fut tué, comme je l'ai dit dans la description de l'Attique. Son bouclier d'airain est à l'entrée de ce temple de Cérès (Déméter), au-dessus des portes. Sur la place publique d'Argos, à peu de distance de l'édifice dont je viens de parler, se trouve une éminence de terre qui renferme, dit-on, la tête de la Gorgone Méduse. Indépendamment des fables, voici ce qu'on raconte de Méduse. Elle était fille de Phorcus, après la mort duquel elle devint reine des peuples des environs du lac Tritonis; elle commandait les Libyens lorsqu'ils allaient à la chasse ou à la guerre, et marcha à leur tête à la rencontre de Persée, qui avait avec lui quelques troupes d'élite du Péloponnèse. Elle fut tuée par trahison durant la nuit, et, quoiqu'elle fût morte, Persée fut tellement frappé de sa beauté, qu'il lui coupa la tête pour la faire admirer aux Grecs. Proclès, Carthaginois, fils d'Eucrate, croit la tradition suivante plus vraisemblable que la première. Les déserts de la Libye produisent beaucoup de monstres dont l'existence paraît incroyable à ceux qui en entendent parler. On y trouve, entre autres, des hommes et des femmes sauvages, et Proclès assura avoir vu un de ces hommes qu'on avait amené à Rome. Il conjecture donc qu'une femme de cette espèce s'étant égarée, vint aux environs du lac Tritonis, dont elle désolait les habitants, jusqu'à ce que Persée l'eût tuée. Comme cette contrée est consacrée à Minerve (Athéna), le bruit se répandit que cette déesse avait aidé Persée dans son entreprise. Vous remarquerez dans Argos, vers le monument de la Gorgone, le tombeau de Gorgophone, fille de Persée. Son nom s'expliqua de lui-même. Elle est, à ce qu'on dit, la première femme qui ait eu deux maris, ayant épousé Œbalus après la mort de Périérès, fils d'Éole, son premier mari. Avant elle, il était d'usage que les femmes restassent veuves lorsqu'elles avaient perdu leurs époux. Devant ce tombeau est un trophée de marbre érigé en mémoire de la défaite d'un Argien nommé Laphaès, qui, ayant usurpé la tyrannie, (je rapporte ce que disent les Argiens eux-mêmes), fut chassé par le peuple qui s'était soulevé contre lui. Il s'enfuit à Sparte, et les Lacédémoniens cherchèrent à le rétablir; mais ils furent défaits par les Argiens, qui tuèrent dans le combat Laphaès et la plupart des Lacédémoniens. Le temple de Latone n'est pas loin de ce trophée; sa statue est un ouvrage de Praxitèle. La jeune fille qu'on voit auprès de la déesse, est, à ce qu'on dit, Chloris, l'une des filles de Niobé. Elle s'appelait d'abord Mélibée. Quand Apollon et Diane (Artémis) tuèrent les enfants d'Amphion, elle fut épargnée, ainsi qu'Amycla, sa sœur; et elles durent toutes deux la vie aux prières qu'elles adressèrent à Latone. Mais la frayeur dont Mélibée fut saisie lui occasionna sur-le-champ une pâleur qu'elle conserva jusqu'à la fin de ses jours; ce qui lui fit donner le nom de Chloris (blême), au lieu de celui qu'elle portait auparavant. Les Argiens attribuent à ces deux sœurs la première fondation de ce temple de Latone : mais comme Homère me paraît mériter beaucoup plus de confiance qu'on ne lui en accorde ordinairement, je ne crois pas qu'aucun des enfants de Niobé ait échappé à la colère des enfants de Latone. Ce poète dit, en effet, en parlant d'Apollon et de Diane (Artémis) : quoiqu'ils ne fussent que deux, ils les firent tous périr. Il savait donc que la famille d'Amphion avait été entièrement détruite. Junon (Héra) Anthéa. Cérès (Déméter) Pélasgie. Jupiter (Zeus) Méchanéus. Tantale. Poséidon Prosclystius. Sacadas. A droite du temple de Latone, est celui de Minerve (Héra) Anthéa, devant lequel on voit le tombeau des femmes qui furent tuées dans un combat contre Persée et les Argiens. Ces femmes, qui faisaient partie de l'armée de Dionysos, venaient des îles de la mer Égée; c'est pour cela qu'on les nomme Haliæ (femmes marines). A l'opposite de leur tombeau est le temple de Cérès (Déméter), surnommé Pélasgie, parce qu'il a été érigé par le fils de Triopas, Pélasgus, dont le tombeau est à peu de distance de ce temple. Au-delà de ce tombeau est un petit édifice en bronze sur lequel sont placées les statues de Diane (Artémis), Jupiter (Zeus) et Minerve (Athéna), ouvrages anciens. Lycias dit dans ses vers que ce Jupiter (Zeus) est surnommé Méchanéus (l'inventeur); et c'est là que les Argiens avant d'aller au siège de Troie, jurèrent de continuer la guerre jusqu'à ce que cette ville fût prise, ou qu'ils eussent tous perdu la vie en combattant. D'autres disent que ce monument en bronze renferme les os de Tantale, fils de Thyeste ou de Brotéus (car on dit l'un et l'autre), qui avait été le premier mari de Clytemnestre. Je veux bien que ce soit le tombeau de ce Tantale; quant à celui de Tantale, fils de Jupiter (Zeus) et de Pluto, il est à Sipyle, où je l'ai vu moi-même, et il mérite d'être remarqué; Tantale, d'ailleurs ne se vit point dans la nécessité d'abandonner Sipyle, comme le fit dans la suite Pélops, son fils, qu'Ilus le Phrygien vint attaquer à la tête d'une armée. Mais en voilà bien assez sur cet article. Les cérémonies qu'on fait dans la fosse voisine ont été instituées, dit-on, par un Nicostratus d'Argos. On y jette encore maintenant des flambeaux allumés en l'honneur de la fille de Cérès (Déméter). Le temple de Neptune (Poséidon) Prosclystius (inondateur) est dans le même endroit. Ce dieu, irrité de ce qu'Inachus et les Argiens avaient décidé que le pays appartenait à Junon (Héra), en inonda la plus grande partie; Junon (Héra) obtint cependant de lui qu'il fît retirer la mer, et les Argiens érigèrent un temple de Neptune (Poséidon) Prosclystius à l'endroit jusqu'où les flots s'étaient avancés. Vous trouvez un peu plus loin le tombeau d'Argus, |