ORIBASE.
COLLECTION MÉDICALE.
LIVRE VII
[DES ÉMISSIONS SANGUINES ET DES ÉVACUATIONS.]
LIVRE VII.
[DES ÉMISSIONS SANGUINES ET DES ÉVACUATIONS.]
1.
Quelles sont les affections qui réclament l'évacuation.- De la saignée, tiré
de GALIEN (02) (Gal. Comm. in Hum. I, § 12, et II, § 22, t. XVI, p. 132
et 281; Aët. III, 10 (03); Paul. VI, 40)
2. Quels sont les états qui exigent la saignée (Gal. Comm. in Hum. I,
§ 12, et II, § 28, t. XVI, p. 132-134 et 307; Aët. III, 10; Paul. VI, 4o;Act.
Meth. med. III, 1)
3. De la répétition de la saignée (Synops. I, 8; Aët. III, 17; Paul.
VI, 40)
4.. De la mesure de l'évacuation du sang (Gal. Comm. I in Hum. § 12, t.
XVI, p. 140-141; Synops. I, 9; Aët. III, 11, et V, 71; Paul. VI, 40;
Act. Meth. med. III, 1)
5. Quelles sont les veines qu'il faut inciser (Gal. Comm. I in Hum. §
12, t. XVI, p. 139-140 ; Synops. I, 10 ; Aët. III, 12 ; Paul. VI, 40 ;
Act. Meth. med. III, I)
6. Quel est le temps opportun pour faire la saignée et pour la réitérer (Gal.
Comm. l in Hum. § 12 , t. XVI , p. 134 ; Synops. I, 11; Aët. III, 16,
et V, 71; Paul. VI, 40)
7. Quels sont les vaisseaux qu'on doit ouvrir dans les diverses parties du
corps, tiré d'ANTYLLUS (Gal. Comm. l in Hum. § 12, t. XVI, p. I34-136;
Paul. VI, 4o; Act. Meth med. III, 1)
8. Quel est le temps opportun pour la saignée aux périodes partielles [de la
fièvre], tiré d'HÉRODOTE (Gal. Comm. I in Hum. § 12, t, XVI, p. 334)
9. Ce qu'il faut faire avant la saignée, tiré d'ANTYLLUS (Paul. VI, 40)
10. Comment il faut exécuter la saignée (Aët. III, 13; Paul. VI, 40)
I1. Quand il faut exécuter la saignée, et quelle doit être la grandeur et la
forme de l'incision (Aët. III, 34 et 35; Paul. VI, 40)
12. Quelles manoeuvres il faut employer pour faciliter l'écoulement du sang,
tiré du même livre (Paul. VI, 40)
13. De la saignée artérielle, tiré de GALIEN (Synops. I, 12 ; Aët.
III, 18 et19 ; Paul. VI, 4; Act. Meth. med. III, 2)
14. De la saignée artérielle, tiré d'ANTYLLUS
15. Des ventouses, tiré de GALIEN (Cels. II, 113 ; Gal. t. XI, p. 320-321; Synops.
I, 13 et 25; Aët. III, 20; Paul. VI, 41; Act. Meth. med. III, 4)
16. Des ventouses, tiré d'ANTYLLUS (Hippocr. De med. p. 20, l. 38 sqq.
ed. Foës; Cels. II, 11 ; Synops. I, 13; Aët. III, 20; Paul. VI, 41)
17. Des ventouses, tiré d'HÉRODOTE (Gal. t. XI, p. 321)
18. De la scarification, tiré d'ANTYLLUS (Gal. t. XI, p. 321; Act. Meth. med.
III, 3)
19. De la scarification, tiré d'APOLLONIUS (Gal. Comm. I in Hum. § 9,
t. XVI, p. 95; Gal. t. XI, p. 322; Synops. I, 14; Aët. III, 21)
20. Que la scarification convient aux femmes mal réglées, et dans plusieurs
autres affections (Gal. t. XI, p. 321 ; Synops. 1, 14; ad Eun. I,
9; Aët. III, 21)
21. Des sangsues, tiré d'ANTYLLUS (Gal. t. XI, p. 3I7-319; Synops. 1,
15;Aët. III, 22 ; Act. Meth. med. III, 3)
22. Des sangsues, tiré de MÉNÉMAQUE
23. Quelles sont les gens qu'il faut purger, à l'aide de quels moyens il faut
le faire, et dans quelles circonstances, tiré de GALIEN (Cels. II, 12; Gal.
Com. I in Hum. §§. 1, 2 et 12, t. XVI, p. 55-56, 64 et 122-124; Gal. t.
XI, p. 343-354; Synops. I, 16; Aët. III. 23; Paul. VII, 4 ; Act. Meth.
med. III , 7 et 8, et V, 8)
24. De combien de manières il peut se faire que le ventre n'expulse rien après
l'administration d'un purgatif (Gal. t. XI, p. 354-355; Aët. III, 118)
25. Des ingrédients qu'on mêle aux médicaments purgatifs (Gal. Comm. I in
Hum. § 12, t. XVI, p. 117; Gal. t. XI, p. 355-356; Synops. I, I6;
Act. Meth med. III, 8)
26. Des médicaments purgatifs, tiré de RUFUS (Gal. Comm. I in Hum. §
12, t. XVI, p. 117-119 et 126-130; Synops. 1,17; Aët. III, 23-57; Paul.
VII, 4; Act. Meth. med. III, 7 et 8, et V, 8 et 9)
(02)
Voy. note 2 de la même table.
(03) Nous citons toujours l'édition grecque pour les huit premiers livres
d'Aëtius; et nous avertissons ici que la numération des chapitres n'est pas
toujours conforme à celle des éditions latines.
1. QUELLES SONT LES AFFECTIONS QUI RÉCLAMENT L'ÉVACUATION. - DE LA SAIGNÉE. TIRÉ DE GALIEN.
La pléthore se produisant de deux manières et se désignant par deux noms différents, la pléthore eu égard aux forces, la pléthore eu égard à la capacité des vaisseaux qui contiennent les humeurs, toutes deux exigent l'évacuation, que cet état ait lieu chez un malade, ou chez un individu en bonne santé : en effet, de même que celui qui porte un fardeau ne s'affaisse ni ne succombe sous sa charge dès qu'elle lui pèse et qu'il commence à se fatiguer, de même il peut arriver qu'un individu reste encore exempt de maladie, lorsque la pléthore pèse déjà sur ses forces. Si donc quelques individus, qui se livrent encore à leurs occupations habituelles, se plaignent d'être lourds, engourdis, paresseux, et de se mouvoir difficilement, c'est justement là la pléthore eu égard aux forces; de même, s'ils éprouvent une sensation tensitive semblable à celle qu'on éprouve après les exercices, c'est là un signe assez important de l'autre pléthore, appelée par quelques-uns pléthore eu égard au contenu, parce qu'elle est produite par les humeurs contenues dans les vaisseaux et qu'on se la représente comme existant dans ces humeurs. La sensation de plaie, qui a lieu dans tout le corps, et surtout pendant les mouvements, est un produit des humeurs mauvaises, et on la voit aussi se manifester chez beaucoup de gens qui se livrent encore à leurs occupations habituelles. Quelquefois aussi il se révèle, non pas dans tout le corps, mais dans quelques-unes de ses parties, des signes qui nous montrent que ces parties sont dans des états semblables à ceux dont nous venons de parler comme existants dans tout le corps. Ainsi, nous éprouvons quelquefois de la pesanteur ou une sensation de plaie dans la tête, ou de la tension aux muscles temporaux, et ces sensations peuvent exister seules, ou être accompagnées d'augmentation de chaleur; de même, nous sentons souvent aussi de la pesanteur au foie, à la rate, à l'estomac, aux côtés ou au diaphragme; enfin l'orifice de l'estomac devient quelquefois le siège d'un sentiment de pesanteur, de picotement, de nausée, d'aversion des aliments, ou d'appétits déréglés; ces sensations, aussi bien que les douleurs fixées dans une partie quelconque, que ces douleurs tiennent à une surabondance d'humeurs qui se porte subitement vers une partie, ou à un pneuma flatulent, indiquent l'évacuation; il en est de même de celles que produit une humeur âcre qui ronge et corrode la partie ; quelques douleurs tiennent aussi à une mauvaise composition élémentaire; cette composition est quelquefois simple, sans complication du côté des humeurs; d'autres fois, elle existe avec cette complication. Dans tous ces cas susdits, l'individu est, par conséquent, délivré de ses souffrances par l'évacuation des humeurs ou du pneuma qui l'incommodaient; cependant il n'est pas nécessaire, en toute circonstance, de saigner; il suffit aussi de purger, de donner des bains, de frictionner, ou de faire des onctions avec quelque médicament qui favorise la perspiration. Nous allons expliquer dans quels états de l'économie la saignée convient.
2. QUELS SONT LES ÉTATS QUI EXIGENT LA SAIGNÉE.
L'évacuation est nécessaire à ceux qui, tout en se livrant encore à leurs occupations habituelles, sentent de la pesanteur ou de la tension, soit dans un des organes essentiels, soit dans tout le corps. Si les individus dont il s'agit ne sont ni des enfants, ni des vieillards, il faut, pour savoir si on doit saigner ou non, considérer les points suivants comme les principaux : la quantité et la qualité de la pléthore, l'intégrité ou l'absence des forces, ensuite la complexion naturelle de tout le corps, la saison, la localité, la constitution actuelle de l'air, la vie que l'individu a menée auparavant; - on examinera, par exemple, si, dans cette situation, il ingérait beaucoup d'aliments et de boissons, et surtout des aliments qui nourrissent fortement; s'il a pris quelque mouvement, soit contre son habitude, soit en s'y conformant; s'il a quelques excrétions habituelles, ou si ces excrétions sont retenues; il faut, en outre, examiner encore si l'individu est maigre ou gras. Le degré de chaque espèce de pléthore se reconnaîtra par l'intensité des signes propres à chacune d'elles, car, cela est évident, la pléthore eu égard aux forces sera d'autant plus intense, que l'individu, par le sentiment de pesanteur qu'il éprouve, semblera s'écarter davantage de son état normal; de même, l'autre espèce de pléthore, appelée, comme je l'ai déjà dit, par quelques-uns, pléthore eu égard au contenu, s'aggrave en raison de l'intensité de la sensation de tension, On reconnaîtra la qualité des humeurs prédominantes dans chaque espèce de pléthore, par la couleur, en se rappelant quelle est la couleur des humeurs, lorsque tout le corps se trouve, à l'extérieur, dans une condition moyenne sous le rapport du chaud et du froid, et quels sont les symptômes qui tiennent à la nature de l'humeur [et à l'endroit du corps où elle se trouve]; car une humeur plus ou moins froide produira un sentiment de froid plus ou moins prononcé dans tout le corps, et une humeur chaude, un sentiment de chaleur; les humeurs accumulées dans les vaisseaux en produiront la tuméfaction et la distension, tandis que les humeurs accumulées dans les chairs y donneront lieu à un sentiment de pesanteur, ou de tension, ainsi qu'à un sentiment de chaleur ou de froid. L'intégrité ou la diminution des forces qui règlent notre économie se distinguent au moyen des actions qui leur sont propres, pour celle qui réside dans les nerfs et dans le cerveau d'où ils tirent leur origine, par les actions dépendantes de la volonté; pour celle qui réside dans les artères et dans le coeur, par le pouls, tandis que c'est par la bonne ou mauvaise nutrition, et la bonne ou la mauvaise coloration, que se reconnaît l'état de la force nutritive, qui est la troisième, et qui, ainsi que nous l'avons montré, a son point de départ dans le foie. Si donc, lorsqu'il existe des signes de pléthore, les forces sont intactes, on saignera dans le cas de sensation tensitive sans faire aucune autre distinction; on en fera encore moins, à plus forte raison, s'il existe une sensation d'inflammation; mais, quand l'individu souffre de la pléthore appesantissante, il ne faut pas tirer de sang dans tous les cas, car il serait possible qu'il y eût accumulation d'humeurs crues dans le corps, et, alors, il faut examiner avec une attention scrupuleuse jusqu'à quel point les forces sont intactes, et jusqu'à quel degré l'humeur elle-même est refroidie; en effet, dans une pareille situation, les forces, déjà épuisées, tombent ordinairement par la saignée au dernier degré de faiblesse, de façon à ne pouvoir plus être relevées; dans ce cas, le danger est assez grand, surtout s'il survient une fièvre pendant que la constitution de l'air est estivale, ou si le malade est naturellement mou et d'un tempérament humide ; car de pareils sujets s'épuisent par la perspiration et tombent très facilement en défaillance, même quand la fièvre qui les attaque n'est pas très forte. Si, au contraire, il n'existe aucune de ces circonstances, si on est en hiver, si le pays est naturellement froid et si l'individu est d'une nature plus ou moins froide, tout son corps sera considérablement refroidi par la saignée, et il se présentera quelques-uns des symptômes que produit un refroidissement intense. Aux individus qui sont dans un pareil état il faut procurer une évacuation, non pas par la saignée, mais à l'aide de frictions, de liniments modérément réchauffants et de boissons qui divisent les humeurs épaisses et échauffent modérément; car tout ce qui échauffe fortement abat les forces et augmente la fièvre. Ceux qui ont été guéris d'un crachement de sang dès le début de cet accident, mais qui conservent dans la poitrine et dans les poumons une conformation telle, que, s'il s'accumule un peu plus de sang que de coutume, un vaisseau s'ouvre, ou se déchire aussitôt de nouveau, doivent être saignés au commencement du printemps, même lorsqu'il n'existe encore aucun symptôme morbide; il en est de même de ceux qui sont sujets à tomber dans l'épilepsie ou dans l'apoplexie. De même, si nous savons qu'un individu a de la tendance à être attaqué de quelques autres maladies, comme de la péripneumonie, de la pleurésie, ou de l'angine, il vaut mieux prévenir ces accidents par la saignée, et ne pas attendre qu'il se présente quelque symptôme manifeste de pléthore; cette règle s'applique également à ceux dont les hémorroïdes ne fluent pas, surtout si on voit qu'ils sont plus ou moins atrabilaires. Il faut aussi saigner, au commencement du printemps, ceux qui, chaque année, sont pris, en été, de maladies tenant à la pléthore; il en est encore de même pour ceux qui sont attaqués par de pareils accidents pendant le printemps même, car l'expérience a appris aux hommes, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour les bêtes de somme, qu'il est utile de tirer du sang vers la fin du printemps, avant le commencement de l'été, parce que, s'il survient subitement un été chaud, ils ont des retours des maladies qui les attaquent habituellement; en effet, ce changement distend et liquéfie le sang et y produit, pour ainsi dire, une espèce d'ébullition, de façon que la quantité qui, jusque-là, n'était ni en excès ni en défaut, n'est plus contenue maintenant dans les veines, mais les déchire ou les corrode. Si cet excès de sang se porte vers une partit déterminée, il y produit une inflammation, un érésipèle, ou quelque maladie semblable; car, parmi les maladies qui dépendent de la pléthore, les plus nombreuses et les plus graves sont produites par la liquéfaction du sang. Certaines personnes qui ont les yeux faibles, ou qui sont prises facilement des maladies appelées scotomatirques (c'est-à-dire accompagnées de vertige), doivent être aussi soumises à l'évacuation au commencement du printemps, après, toutefois, qu'on aura déterminé préalablement quelle est l'humeur en excès, car, chez quelques-uns, il y a surabondance plutôt de bile amère que des autres humeurs ; chez d'autres, c'est la bile noire ou la pituite qui prédomine; chez d'autres enfin, il y a surabondance égale de toutes, et on dit, dans ce dernier cas, qu'il y a pléthore sanguine. Vous soumettrez donc à l'évacuation, au commencement du printemps, tous ces individus et aussi ceux qui sont affectés de goutte ou de rhumatisme; mais vous vous servirez tantôt d'un médicament purgatif, et tantôt de la saignée. Ce n'est pas seulement dans le cas de pléthore, soit eu égard aux forces, soit eu égard au contenu, que la saignée réussit parfaitement, mais aussi lorsqu'il y a inflammation commençante sans pléthore, que cet accident tienne à une violence extérieure, à la douleur, ou à la faiblesse des parties. On saignera encore, en tout état de cause, s'il y a imminence d'une maladie grave, même quand il n'existe aucun signe distinctif de pléthore, en ayant égard toutefois à l'âge, à la saison, au pays et aux forces; par conséquent, on se détermine pour ou contre la saignée d'après trois éléments : la gravité de la maladie, soit présente, soit imminente; l'intégrité des forces, et l'âge, qui ne doit être ni celui des enfants, ni celui des vieillards; en effet, ces trois moyens d'indication suffisent à eux seuls pour nous déterminer à saigner; en effet, lors même qu'il y a une telle accumulation d'humeurs crues surabondantes, qu'elle nous empêche de saigner, le raisonnement ne se trouve pas en défaut, puisque, dans ce cas, l'intégrité des forces n'existe pas; or, c'est justement cela qui nous fait reconnaître que ces sujets ne peuvent pas supporter la saignée, lorsque la couleur de tout le corps est loin de celle qui indique la pléthore sanguine, en même temps que le pouls est inégal eu égard à la force et à la grandeur, avec prédominance des pulsations faibles et petites dans cette inégalité. Examinons maintenant les signes distinctifs de chaque espèce de pléthore [pour savoir] si, dès que ces signes se présentent chez quelqu'un qui se livre encore à ses occupations habituelles, il faut avoir recours à la saignée, ou si cela n'est pas nécessaire, quand il n'y a aucune imminence de maladie grave. Vous savez quelle est mon opinion à cet égard, car vous m'avez souvent vu donner des avis à des gens affectés de goutte ou de rhumatisme, à des épileptiques, à des mélancoliques, à des sujets qui avaient autrefois craché du sang, ou dont les organes de la poitrine avaient de la tendance à devenir le siège de quelque maladie semblable, qui avaient du vertige, ou qui étaient sujets à l'angine, à la péripneumonie, à la pleurésie, à l'hépatite, aux ophtalmies graves, ou, pour le dire en un mot, à une maladie importante; en effet, je soutiens que, pour tous ces individus, la saignée est un remède indispensable qu'on doit administrer immédiatement, après avoir toutefois constaté l'état des forces et l'âge, car cela doit être sous-entendu, même quand parfois je ne le dis pas. Quant à ceux qui n'ont présenté auparavant aucun symptôme semblable et dont toutes les parties du corps ont une conformation irréprochable, vous savez que je leur applique deux méthodes d'évacuation, la saignée, quand ils mènent une vie intempérante, et l'autre méthode, s'ils sont tempérants; en effet, on peut rapidement évacuer les humeurs surabondantes par une friction prolongée, par des bains, par les promenades et par les autres exercices, ou bien encore par des liniments qui favorisent la perspiration, à moins qu'on ne juge parfois qu'il y a surabondance de sang épais, lequel est le plus souvent de la nature de la bile noire, dans quelques cas rares de celle des humeurs appelées crues; mais, s'il y a surabondance de bile noire, il vaut mieux saigner, ou, du moins, administrer en tout cas un médicament qui purge les matières noires; si, au contraire, les humeurs crues prédominent, on évacuera avec précaution avant que les individus commencent à être malades, et on s'abstiendra tout à fait, comme je l'ai déjà dit, quand ils ont la fièvre. Vous reconnaîtrez ces gens à leur couleur, qui est d'une pâleur jaunâtre, ou imitant, en quelque sorte, le plomb, et se rapprochant de toute autre nuance plutôt que du rouge, ainsi qu'à l'inégalité du pouls. Si une pareille surabondance d'humeurs est portée à un degré très avancé, les malades sont pris de pesanteur du corps, de paresse pour les mouvements, de torpeur de l'intelligence et d'affaiblissement des sensations. Il faut, au contraire, saigner hardiment ceux qui ont une accumulation de sang par suite de la rétention des hémorroïdes, même lorsqu'ils n'ont pas encore eu auparavant quelque maladie importante, car il pourrait se faire qu'ils fussent prédisposés à quelque maladie de cette nature, bien qu'ils n'en eussent pas encore été attaqués à cause de l'évacuation produite par les hémorroïdes. S'ils paraissent, en outre, avoir certaines parties mal conformées, et surtout les organes de la poitrine, on se hâtera de les saigner en tout état de cause. Vous savez que je professe encore la même opinion par rapport aux femmes dont les règles sont supprimées ; dans ce cas, en effet, on ne différera pas non plus l'évacuation du sang; cependant, il n'est pas nécessaire d'inciser la veine, car les scarifications des malléoles suffisent pour évacuer le superflu; de plus, elles provoquent, jusqu'à un certain point, l'écoulement des règles; il en est de même des saignées aux malléoles, ou à la fosse poplitée. C'est donc toujours aux jambes qu'on pratiquera l'émission sanguine chez les femmes dont les règles sont supprimées, soit qu'il faille inciser une veine, ou faire des scarifications, car la saignée du pli du bras exerce ordinairement une action révulsive sur les règles. Les femmes blondes amassent plutôt du sang ténu; pour cette raison, ce sont surtout les mouchetures aux malléoles qui leur font du bien; mais il faut traiter les femmes brunes par la saignée, parce que, chez elles, il y a plutôt surabondance de sang épais et atrabilaire, surtout si on voit qu'elles ont de grandes veines ; cette ampleur des veines se rencontre ordinairement chez les femmes qui sont plutôt maigres et brunes; de même, la petitesse des veines s'observe chez celles qui ont de l'embonpoint et dont le teint est clair; chez ces dernières, il vaut mieux scarifier les malléoles que de faire une saignée, car les veines de leurs jambes sont si petites, qu'il ne s'écoule pas même une quantité suffisante, quoiqu'on les ait incisées comme il faut. Beaucoup de femmes ont une pléthore assez considérable, quoiqu'elles soient extrêmement maigres ; de même, d'autres sont grasses, quoiqu'elles aient peu de sang. J'ai ramené en très peu de temps à son état normal une femme dont les règles étaient supprimées depuis huit mois et qui était très maigre, en lui enlevant une quantité assez considérable de sang; le premier jour je lui en tirai environ une livre et demie; le second, une livre, et le troisième, un peu plus d'une demi-livre ; je fus amené à ce traitement, en voyant que ses veines étaient turgescentes et se montraient pleines d'un sang livide. Ne rejetez pas la saignée comme dépourvue d'action révulsive, car vous m'avez vu souvent employer ce traitement dans les cas de fortes hémorragies nasales et arrêter ainsi immédiatement l'écoulement. Cependant, il ne faut pas attendre que les forces soient parvenues au dernier degré d'abattement, mais inciser la veine du pli du bras, quand il semble qu'une quantité suffisante a été évacuée et que le jet du sang est encore vigoureux.
3. DE LA RÉPÉTITION DE LA SAIGNÉE.
Chez un sujet qui a besoin d'évacuation abondante, mais dont les forces ne sont pas intactes, il faut diviser l'évacuation; après avoir fait une première saignée qui soit plus ou moins insuffisante, on la répétera encore une fois, et même, si l'on veut, une troisième, comme vous m'avez, du reste, vu faire chez les gens qui avaient une surabondance d'humeurs plus ou moins crues; dans ce cas, après avoir tiré un peu de sang, je donne immédiatement de l'eau miellée bien cuite avec quelque médicament atténuant, comme l'hysope, l'origan, quelquefois aussi la menthe sauvage, ou le pouliot; ou bien j'ajoute à l'eau miellée du vinaigre miellé, ou de l'eau de rayons de miel ; je répète ensuite la saignée quelquefois le même jour, quelquefois le lendemain, et ce jour-là je saigne de nouveau, après avoir donné encore une fois quelqu'un des médicaments susdits; le troisième jour, j'agis de la même manière, après avoir donné la même boisson. Mais, quand il y a une surabondance de sang en effervescence, qui allume une fièvre suraiguë, une évacuation abondante et subite est nécessaire, et on tâchera de pousser l'évacuation jusqu'à la défaillance, en ayant égard à l'état des forces; ainsi je me rappelle avoir tiré d'un seul coup à quelques malades six cotyles de sang, soit le second, soit le troisième, soit le quatrième jour, quelquefois même le premier, quand l'invasion de la fièvre avait eu lieu au commencement, ou au milieu de la nuit, et que les aliments de la veille étaient bien digérés. Je me rappelle encore avoir tiré du sang vers la fin du premier jour, chez certains malades qui avaient accusé, la veille, un sentiment de malaise, ou bien de la pesanteur, ou de la douleur, soit de la tête, soit de quelque autre partie, qui, pour cette raison, avaient observé un régime frugal, et qui avaient commencé à avoir de la fièvre à une époque déjà avancée de la nuit; en effet, chez les sujets qui présentent une surabondance de sang en effervescence, tâchez de l'évacuer aussi vite que possible, avant qu'il ne tombe sur quelque partie importante ; quelquefois donc vous ne craindrez pas de saigner même pendant la nuit. De tels malades doivent, comme je l'ai déjà dit, être amenés à une défaillance je me souviens en effet que quelques-uns d'entre eux furent refroidis par la défaillance, comme cela est inévitable; mais ils furent rapidement délivrés de leur maladie lorsqu'il survint de la moiteur sur tout le corps, ou une déjection alvine abondante. Dans les inflammations très intenses, ainsi que dans les douleurs très fortes, je ne connais pas de remède plus efficace que l'évacuation poussée jusqu'à la défaillance, après qu'on a déterminé toutefois s'il faut saigner, ou purger. Cependant, on ne prendra pas pour terme de l'évacuation toute espèce de défaillance; par exemple, celle qui tient à la frayeur des malades ne remplit pas plus ce but que s'ils ont à l'orifice de l'estomac certaines humeurs qui y causent des picotements; dans ce dernier cas, en effet, ils ont aussi des défaillances, mais celles-là ne sauraient nous fournir un moyen suffisant de mesurer l'évacuation, puisqu'elles ont quelquefois lieu plus tôt qu'il ne le faut; de même il arrive souvent que certains fébricitants tombent en défaillance uniquement pour s'être levés, ou pour s'être mis sur leur séant. C'est donc la défaillance tenant à l'évacuation elle-même qui doit servir de mesure dans les maladies susdites. Cependant il est bon de faire attention à l'affaiblissement du pouls, en le tâtant pendant que le sang coule encore, comme j'ai également l'habitude de le pratiquer chez les autres malades que je saigne, afin que, sans s'en douter, on ne donne pas lieu à la mort au lieu de produire une défaillance.
4. DE LA MESURE DE L'ÉVACUATION DU SANG.
Sachez que les indications de l'évacuation, qui ont été énumérées plus haut, exigent, si elles croissent en intensité, une augmentation dans l'évacuation, tandis que, si elles sont moins prononcées, on diminuera en proportion la quantité de l'évacuation ; or les principales indications de la saignée étaient la gravité de la maladie et l'intégrité des forces. Si donc ces deux indications existent, il est clair, comme je l'ai déjà dit, qu'il ne saurait exister une accumulation d'humeurs crues assez forte, assez caractérisée pour mettre obstacle à l'évacuation. Il convient, après cela, d'examiner quel est le tempérament naturel de l'individu; car on peut, sans beaucoup de réserve, saigner ceux qui ont de grosses veines, qui sont modérément maigres, et qui n'ont ni le teint clair, ni la chair molle, tandis qu'on doit être prudent pour ceux qui ont une disposition contraire, puisqu'ils ont peu de sang et que leur chair se dissipe facilement par la perspiration. Pour la même raison, on ne saignera pas non plus les enfants jusqu'à leur quatorzième année; mais, après cette époque, on tirera du sang, si parfois il y a une pléthore très considérable, si l'on est au printemps, si le pays est naturellement tempéré, et si l'enfant a naturellement beaucoup de sang, à plus forte raison s'il est menacé de péripneumonie, d'angine, ou de pleurésie, ou, en général, de quelque autre maladie aiguë grave. D'abord on ne tirera pas plus d'un cotyle de sang; si, plus tard, l'examen du malade semble montrer que les forces sont restées intactes, vous augmenterez la seconde saignée de la moitié. Vous savez qu'on peut toujours se fier à un pouls fort avec régularité, et, si cela ne vous suffit pas, à un pouls grand, comme à un signe infaillible de l'intégrité des forces. Vous saignerez donc aussi les septuagénaires, s'ils présentent le pouls dont nous avons parlé, et si leur état exige la saignée; car, même à cet âge, il y a des gens qui ont encore beaucoup de sang et dont les forces sont intactes, comme il y en a d'autres qui sont secs, qui ont peu de sang, et chez lesquels toute partie blessée a de la tendance à se noircir. Vous ne ferez donc pas seulement attention au nombre des années, mais aussi à la complexion du corps : en effet, il y a des sexagénaires qui ne supportent pas la saignée, tandis que des septuagénaires la supportent; mais il faut, bien entendu, tirer moins de sang, lors même que les sujets seraient dans le même état qu'un adulte. Le mieux est de prendre en considération toutes ces choses avant d'inciser la veine, surtout quand des hémorroïdes ou les règles sont supprimées. Quand la veine est incisée et que le sang coule, on fera attention aux changements que présente ce fluide, surtout s'il y a déjà quelque inflammation, et on examinera si le jet perd de sa vigueur; on fera surtout attention au changement du pouls, comme à un signe infaillible, et on s'arrêtera aussitôt que le pouls présente un changement sous le rapport de la grandeur, ou d'une inégalité quelconque; est-il nécessaire de parler encore du changement par lequel le pouls devient faible ? en effet, vous avez appris que le pouls de cette espèce offre un moyen sûr de reconnaître l'anéantissement ou l'intégrité des forces. Quand il existe quelque inflammation grave dans le voisinage de la veine incisée, le mieux est d'attendre un changement dans le sang, sous le rapport de la couleur et de la consistance; car le sang de la partie enflammée est d'une autre espèce que le sang naturel; échauffé à l'excès, il devient rougeâtre ou jaunâtre, s'il était auparavant plus ou moins cru, tandis que, s'il était déjà rouge ou jaune, il tournera au noir par l'effet de la torréfaction : en effet, un changement qui se montre dans le sang est le signe qu'une partie de celui qui était contenu dans la région enflammée a été transportée dans la veine incisée. Cependant il ne faut pas, dans tous les cas, attendre le changement; on s'arrêtera, au contraire, quelquefois avant qu'il ne se produise, soit à cause de l'abattement des forces, soit à cause de la malignité de l'inflammation; car, dans certains cas, la partie enflammée ne laisse rien s'échapper, mais retient tout dans une forte étreinte. Cependant, si les forces ne paraissent pas s'épuiser par l'effet de l'évacuation (on saura cela en tâtant le pouls), et si celui qu'on saigne est un adulte, il faut attendre le changement; principalement si l'atmosphère est tempérée; car il y a surtout deux causes qui nous empêchent de déterminer la quantité de l'évacuation, quand il s'agit d'émission sanguine : c'est l'impossibilité où nous sommes de reconnaître exactement quelle est la nature du malade, et de savoir quelle sera la température de l'atmosphère après la saignée; en effet, si la chaleur fébrile a enlevé une grande partie du sang, si le malade mène une vie frugale, les matériaux nutritifs qu'il retire du sang lui feront bien vite défaut, cela est inévitable, et c'est justement par là que les forces s'épuisent; or ces matériaux nutritifs sont consumés par l'effet d'un tempérament humide et chaud, tel qu'est celui des enfants, et par l'atmosphère d'un pays chaud et d'une saison estivale. Pour cette raison donc, les motifs qui nous font tirer moins de sang que la maladie ne le réclame sont, par rapport à l'âge, celui des enfants; par rapport à la complexion du corps, une chair molle et un teint clair; par rapport aux saisons, les approches de la canicule : il en est de même pour le pays et pour la constitution atmosphérique. Pour une autre raison, comme je l'ai également dit auparavant, on évitera une évacuation abondante dans les conditions opposées, c'est-à-dire dans les saisons froides et les pays froids, à cause du refroidissement qui en est la suite. Il n'est donc pas possible de préciser dans un livre la mesure de l'évacuation pour chaque cas particulier dont il vient d'être question; car, je m'en souviens, chez quelques-uns, je n'ai pas dépassé la mesure en tirant six livres, et j'ai éteint immédiatement la lièvre, sans qu'il s'ensuivît le moindre dommage pour les forces; chez d'autres, au contraire, je n'ai pu tirer une livre et demie sans que les forces en souffrissent un peu, et, si on en eût tiré deux livres à ces malades, on aurait causé le plus grand dommage; je me rappelle que, pour cette raison, j'ai quelquefois réussi en tirant une livre de sang, et parfois même encore moins.
5. QUELLES SONT LES VEINES QU'IL FAUT INCISER.
Lorsqu'on saigne pour opérer une révulsion, on verra se produire rapidement un soulagement manifeste, si l'on ouvre les veines du côté où se produit l'hémorragie; tandis que, si l'on agit de la manière opposée, on n'en recueillera aucun avantage. Ainsi donc, quand la rate est affectée, l'ouverture de la veine du doigt annulaire de la main gauche est utile; quelques-uns incisent la veine qui se trouve entre le doigt du milieu et le doigt annulaire, et laissent couler le sang jusqu'à ce qu'il s'arrête de lui-même ; ils disent que cela est tout aussi profitable à la rate que si l'on saignait la veine intérieure du pli du bras; en effet, tirer du sang du bras gauche soulage considérablement quand la rate est en mauvais état; le mieux cependant est de ne pas évacuer d'un seul coup toute la quantité de sang requise, mais de tirer cette quantité en deux jours. Dans la pleurésie, la saignée du même côté que la partie affectée produit souvent aussi un soulagement très-manifeste, tandis que celle du côté opposé ne donne que des résultats extrêmement faibles, ou qui se font attendre longtemps ; l'incision de la veine du côté de la partie affectée arrête souvent aussi, en moins d'une heure, de très-fortes douleurs des yeux. Ainsi, en cas d'affection des yeux, la saignée de la veine appelée scapulaire, ainsi que celle du rameau qui s'en détache au pli du bras, produisent rapidement un soulagement manifeste; si le côté, le poumon, le diaphragme, la rate, le foie ou l'estomac, sont affectés, la saignée de la veine qui se rend à l'articulation du coude en passant par l'aisselle a le même résultat. S'il s'agit de cette veine, on incisera de préférence le tronc même qui se trouve du côté intérieur, sinon le rameau qui s'en détache pour se rendre au pli du coude, et qui, ainsi que vous le savez très bien, se réunit avec le rameau qui se détache de la veine scapulaire; car il y a trois régions du pli du coude où l'on peut faire la saignée : la première est du côté interne, la seconde à l'extérieur, et la troisième au milieu. La saignée du côté interne convient quand les organes placés au-dessous du cou sont malades, et celle du côté extérieur eh cas d'affection des organes du cou lui-même, de la face ou de la tête. Dans la région moyenne, on voit quelquefois les deux rameaux se rendre à la partie antérieure du bras, pour se réunir ensuite ; d'autres fois, ils se réunissent promptement au pli de l'articulation ; d'autres fois enfin, l'un est apparent, tandis que l'autre ne l'est pas. Si la veine qui convient à la partie affectée est peu apparente, et si vous avez recours à l'un des rameaux du milieu, tâchez d'inciser de préférence celui qui se détache de la veine qu'on aurait dû saigner; quelquefois aussi on peut saigner les veines de l'avant-bras au-dessous de l'articulation du coude; en effet, rien n'empêche de les inciser, si celles du pli du coude ne sont pas visibles; mais, dans ce cas aussi, on prendra les veines du même côté que la partie affectée. Si la saignée du bras est faite convenablement, ce n'est pas une opération bien importante; mais on peut commettre trois fautes: diviser un petit nerf, si on saigne la veine médiane; piquer la tête d'un muscle tendineux, si c'est la veine scapulaire ; couper l'artère située au-dessous de la veine, si l'on saigne au côté interne, ou enfin couper une artère, quand on saigne dans un autre endroit que celui-là. On évitera surtout d'inciser la veine interne; si quelque motif vous y oblige, vous ferez attention aux deux points suivants : entourer le bras d'une bande à l'endroit où l'on distingue le mieux les pulsations de l'artère, et, après avoir appliqué la bande, examiner s'il se montre quelque part du gonflement; s'il en existe, on desserrera la bande; on réprimera le gonflement, et on appliquera une nouvelle bande en plaçant l'un des chefs sur l'endroit où est située l'artère qui se trouve sous le condyle interne de l'humérus; ensuite on tâchera d'inciser la veine au-dessous, puisque c'est là qu'elle s'éloigne de l'artère. Sous la veine médiane, il ne se trouve aucune artère; mais, comme je l'ai déjà dit, il existe, au milieu du pli du coude un petit nerf important, qu'on doit éviter même de toucher. La veine scapulaire ne présente aucun danger, de quelque manière qu'on l'incise; cependant on a vu quelques individus, après la saignée de cette veine, éprouver des douleurs au muscle qui couvre le radius; chez d'autres, il s'en est même suivi de l'inflammation, et les douleurs persistèrent pendant longtemps; chez aucun de ces sujets, le vaisseau n'avait été incisé du premier coup, mais, après avoir manqué une première fois la saignée, on s'était repris une seconde, une troisième, quelquefois même une quatrième fois, de manière à produire des affections consécutives par la piqûre répétée de la tête du muscle; mais, quand on a fait du premier coup une très large ouverture, il ne s'est jamais manifesté ni inflammation, ni douleur; on incisera donc cette veine sans crainte; pour la veine du côté interne, au contraire, on usera de beaucoup de prudence et de circonspection; pour celle du milieu, on tâchera d'éloigner l'incision du point où elle est placée sur le nerf. Toutes les parties énumérées plus haut étant soulagées par les saignées au pli du bras, faites comme je viens de le décrire, les organes situés plus bas le sont par celles de la fosse poplitée, ou des malléoles : or les organes situés plus bas sont la hanche, la vessie et la matrice. Les reins tiennent de la nature des uns et des autres organes; car ils sont situés plus bas que les organes énumérés en premier lieu, et plus haut que ceux que nous avons nommés ensuite : pour cette raison, les maladies des reins cèdent quelquefois aux saignées du pli du bras, si l'inflammation est récente et s'il y a surabondance de sang; mais, chez les malades qui sont atteints de l'affection appelée proprement néphrite (gravelle), on incisera la veine de la fosse poplitée, ou, du moins, celles des malléoles. Les inflammations de la matrice se trouvent encore mieux que celles des reins de la saignée aux jambes; car, pour la matrice, les évacuations au pli du coude ont encore un autre inconvénient particulier, celui de supprimer les règles, en attirant, par leur action révulsive. le sang vers les parties supérieures du corps, tandis que les saignées aux jambes ont même la propriété de provoquer les règles. Je sais aussi que des sciatiques, qui ne tenaient pas au refroidissement, mais à la réplétion par le sang des veines de la hanche, ont été guéries en un jour par une émission sanguine pratiquée aux jambes; c'est aussi à cause de cette réplétion des veines que la saignée à la fosse poplitée est plus utile dans ce cas que celle qu'on pratique aux malléoles, tandis que la scarification ne produit aucun effet appréciable. Pour le dire en un mot, on pratiquera une émission sanguine révulsive au début d'une inflammation ; mais, si l'inflammation dure déjà depuis longtemps, on saignera, s'il est possible, les organes affectés eux-mêmes, ou, du moins, les parties qui en sont les plus rapprochées : en effet, dans les inflammations commençantes, il faut dériver ce qui afflue, tandis que, dans les inflammations chroniques, il s'agit uniquement d'évacuer ce qui est fortement enclavé dans la partie affectée; et cela se fait le mieux par la voie des veines qui s'abouchent avec celles de la partie elle-même. L'expérience confirme ce raisonnement; c'est pour ce motif que toutes les inflammations de la gorge et de la trachée artère sont, au début, notablement amendées par la saignée du pli du bras; mais, après cette opération, la saignée à la langue est un remède très efficace, si on ouvre à la fois les deux veines qui se trouvent sous cet organe. De même, ouvrir la veine du grand angle de l'oeil convient dans les engorgements squirreux qui restent après les ophtalmies; de même encore, ouvrir la veine du front soulage habituellement d'une manière notable la pesanteur et les douleurs chroniques de la tête qui tiennent à la pléthore; tandis que, si ces affections sont à leur début, ou à leur acmé, c'est la révulsion vers l'occiput qui les guérit; on la pratique à l'aide de ventouses sèches, ou scarifiées; cependant, il faut qu'auparavant on ait évacué tout le corps. De la même manière, l'incision de la veine du front soulage les douleurs de la partie postérieure de la tête, quand elles sont à leur début, ou à leur acmé. Quand aucune partie du corps n'est le siège d'une affection quel-conque, mais que nous voulons faire une médecine préventive par une déplétion au commencement du printemps, aucune des parties dont on peut tirer du sang ne mérite la préférence sur les autres, s'il s'agit, bien entendu, d'un individu qui est habituellement attaqué en été de maladies fébriles, et chez lequel nous voulons évacuer les matières qui les produisent; il en est de même pour un goutteux, dont toutes les articulations sont sujettes à être prises; si, au contraire, il s'agit d'un individu dont une partie déterminée sera affectée de préférence, si l'on n'a pas fait préalablement de déplétion, on ne saignera pas sans discernement une partie quelconque, mais on suivra la même règle que chez ceux qui commencent déjà à être affectés; pour cette raison on pratiquera la saignée au pli du coude chez les individus sujets à la podagre, et aux jambes chez ceux qui sont menacés d'épilepsie ou de vertige. Si l'on a recours à la saignée pour remédier aux hémorroïdes supprimées, on doit, si l'on veut les supprimer [pour toujours], saigner au bras; si, au contraire, on veut les provoquer, on saignera aux jambes ; mais, quand les règles sont supprimées, on incisera toujours les veines des jambes, car on doit toujours provoquer cet écoulement. Cependant il arrive quelquefois qu'il se fait une hémorragie utérine par érosion; dans ce cas, le traitement n'a plus le même but, puisqu'alors nous ne désirons plus que le sang coule comme lorsqu'il s'agissait des règles, niais qu'il s'arrête complètement. J'ai vu un jour, en disséquant un singe, qu'un petit nerf croisait la veine placée du côté interne du pli du coude; une autre fois, chez un autre singe, j'ai vu la même chose pour la veine qui forme une paire avec celle-là. Cette observation constitue un cas rare ; elle me fut utile lorsqu'on reprocha à certains médecins d'avoir coupé un nerf, les malades ayant éprouvé, immédiatement après la saignée, un engourdissement dans toute la longueur du bras, accident qui persista ensuite durant tout le reste de leur vie. Ayant montré aux gens qui faisaient ces reproches qu'une pareille structure particulière du corps se rencontrait quelquefois, je mis les médecins à l'abri du blâme.
6. QUEL EST LE TEMPS OPPORTUN POUR FAIRE LA SAIGNÉE ET POUR LA RÉITÉRER.
Quand une déplétion est nécessaire, il faut se hâter de la faire, à moins qu'il n'y ait dans l'estomac quelque corruption des aliments qui s'y digèrent, que la digestion ne se fasse lentement, ou que cet organe ne contienne des aliments. Mais, comme souvent le malade est déjà arrivé au cinquième ou au sixième jour de la maladie quand nous sommes appelés pour le traiter, il conviendra de faire une saignée mémé à cette époque, lorsque la première occasion pour administrer ce moyen de traitement aura été négligée; car on doit se servir de cet agent thérapeutique, quand on reconnaît chez les malades les indications qui l'exigent, quel que soit le jour où ces indications se présentent, même si le malade en était, par exemple, au vingtième jour. Or quelles étaient ces indications? la gravité de la maladie et l'intégrité des forces, en faisant une exception pour l'enfance et pour une chaleur excessive de l'air ambiant; mais, comme, par la longueur du temps, les forces s'abattent dans la plupart des maladies avant qu'on ait fait une saignée, le nombre des jours détruit l'opportunité pour la saignée, non pas directement, mais indirectement, par suite de l'abattement des forces; si donc on trouve, au deuxième jour de la maladie, que les forces sont abattues, on s'abstiendra de saigner. On saignera à toute heure du jour ou de la nuit, en prenant pour indication, chez les fébricitants, le déclin des accès partiels, et, quand la saignée est réclamée par une ophtalmie, ou par quelque autre maladie semblable non fébrile, on prendra pour indication la gravité de la douleur, de l'inflammation, ou de toute la maladie pour laquelle on a besoin de saigner. Si l'on n'est ni pressé, ni empêché par quelque circonstance semblable, le mieux est de saigner le matin,. non pas aussitôt qu'on s'éveille, mais à peu près une heure après; il est bon aussi de donner un bain à certains individus, et, s'il en est ainsi, il n'est pas moins avantageux de leur faire faire auparavant une promenade. Quant aux individus chez lesquels nous avons recours à une saignée au commencement du printemps, parce que nous soupçonnons l'approche d'une fièvre, ou de quelque autre maladie, je me rappelle en avoir saigné quelques-uns même après qu'ils s'étaient livrés à une partie de leurs occupations habituelles. Pour réitérer la saignée, le temps opportun est le jour même [on l'on a fait la première], si l'on veut simplement opérer une déplétion; tandis que, s'il s'agit d'une révulsion, il vaut mieux que la seconde saignée ait lieu l'un des deux jours suivants.
7. QUELS SONT LES VAISSEAUX QU'ON DOIT OUVRIR DANS LES DIVERSES PARTIES DU CORPS. - TIRÉ D'ANTYLLUS, DU SECOND LIVRE, CELUI QUI TRAITE DES MOYENS ÉVACUANTS.
Si nous faisons la saignée au front, nous incisons la veine droite de cette région, le plus souvent vers la partie supérieure du front près du bregma, là ou la veine se bifurque; on fera l'incision près de la bifurcation elle-même à sa partie inférieure ; on incisera les veines du grand angle de l'oeil, près de la paupière, beaucoup au-dessus de l'angle lui-même. Derrière les oreilles, on ouvrira la veine qui est opposée au cartilage de cette partie. Si nous saignons sous la langue et sans couper les deux veines à la fois, nous prendrons celle qui est plus volumineuse que l'autre, c'est-à-dire la droite; à la main nous divisons celle de la face dorsale qui se trouve placée entre le doigt du milieu et le doigt annulaire; on prend, à la fosse poplitée, celle qui se rapproche le plus du mi-lieu; à la malléole, celles du côté intérieur; et, si quelques-unes sont situées devant la malléole et d'autres derrière, on préfère les antérieures; mais le plus souvent la petitesse des vaisseaux nous empêche de choisir ceux que nous voulons. Quant à la saignée du pli du bras, les vaisseaux qu'on incise dans cette région ont besoin d'une distinction plus détaillée. Là, en effet, s'il n'est pas en notre pouvoir de choisir, soit qu'un seul vaisseau proémine, soit que les autres étant également apparents, un seul d'entre eux convienne mieux pour le cas donné, nous prendrons nécessairement ce vaisseau pour faire la déplétion. Si, au contraire, comme cela est naturel et comme cela a lieu sur la plupart des sujets, les trois vaisseaux sont tous apparents et se prêtent également bien à l'opération, le vaisseau supérieur qui est placé sur le muscle, le vaisseau moyen et celui qui est placé près de l'apophyse de l'humérus, vaisseau qui est, en outre, de la nature des artères, nous déterminerons quel est le vaisseau qu'il faut inciser dans chaque cas particulier. Chez les individus sujets aux défaillances, ou dont l'orifice de l'estomac est malade, ou chez lesquels nous nous défions de l'état des forces, nous piquerons le vaisseau supérieur; chez ceux qui ont besoin d'une déplétion abondante et subite, et d'une évacuation considérable, nous prendrons celui du milieu, et le vaisseau inférieur chez ceux qui ont besoin de rénovation et de transformation, comme les épileptiques, les maniaques et les gens sujets au vertige. On se gardera de la veine supérieure, quand les muscles sont ramassés et bien circonscrits ; quand la convexité des muscles tombe sur le vaisseau, on fera l'incision un peu au-dessus du pli du bras. On doit éviter de saigner la veine inférieure chez les gens très-maigres et chez ceux où elle est développée et très-saillante; car, si, dans ce cas, nous faisons une grande incision, il y aura à craindre pour les forces, et, si, pour éviter cet inconvénient, nous faisons une petite incision, il se formera des thrombus et des dilatations qui persisteront pendant longtemps pour cesser plus tard. Chez les individus très-gras, et qu'on saigne, en quelque sorte, en devinant [la place de la veine], on piquera le vaisseau qui est en haut; car le muscle, étant [chez ces individus] pétri d'humidité, s'écarte en haut beaucoup de la veine; les nerfs en sont aussi très éloignés à la région supérieure, de façon que, même si on fait à dessein une incision très profonde; on ne les atteindra pas; mais la veine, pour le dire en peu de mots, est toujours à découvert, dé-pourvue de graisse, aisée à couper et procure un écoulement facile. La veine médiane est aussi très-éloignée des nerfs placés sous elle; mais souvent elle se divise en plusieurs rameaux avant d'arriver au pli du bras, ou bien en deux, dont l'un se dirige en haut et l'autre en bas ; c'est là le motif pour lequel, dans les saignées qu'on nomme saignées au tact, mais qui se font en devinant, on commet des erreurs, en enfonçant l'instrument à plusieurs reprises, car, les veines étant très-petites et devenant très-peu apparentes là où elles se bifurquent, on tombe sur des endroits impropres à la saignée. On ne doit donc pas inciser cette veine, car elle donne encore lieu à une autre erreur, qui tient à l'appareil qu'on applique avant la saignée; en effet, la peau, qui se tend fortement au mi-lieu du pli du coude, présente souvent l'aspect d'une veine parce qu'elle est attirée vers le muscle du bras ; il faut éviter cela.
8. QUEL EST LE TEMPS OPPORTUN POUR LA SAIGNÉE AUX PÉRIODES PARTIELLES [DE LA FIÈVRE]. - TIRÉ D'HÉRODOTE, DU LIVRE DES MOYENS ÉVACUANTS.
Eu égard aux périodes partielles de la fièvre, le commencement de l'accès ne se prête pas à la saignée, à moins qu'il n'y ait quelque accident grave qui fasse invasion en même temps que la fièvre, comme un étouffement, des convulsions, une douleur qui met le malade hors de lui-même ; mais, si aucun accident étranger à la fièvre ne nous presse, nous attendrons l'époque de la rémission, et, si les intervalles entre les accès sont longs, nous saignerons quand la rémission sera complète, parce que les forces, étant en bon état à cette époque, résistent mieux aux moyens déplétifs, leur prêtent un puissant secours et leur tendent, en quelque sorte, la main ; l'essentiel donc, dans le traitement, consiste [alors] à produire un grand changement; pendant les accès, au contraire, les forces sont abattues et n'exigent, pour cette raison, qu'un moyen sédatif. Si la durée de la rémission est courte, on agira avant qu'elle ne soit complète, et on saignera les malades quand la fièvre commence à baisser; nous aurons ainsi le temps de les nourrir pendant la rémission, en mettant quelque intervalle entre l'alimentation et la saignée; car on peut quelquefois user avec succès, pendant la fièvre, des moyens déplétifs, mais jamais des moyens réplétifs; il n'est donc pas raisonnable de prendre, pour saigner, le temps destiné à nourrir les malades. Si une exacerbation intercurrente cause du trouble, mais qu'on ignore le temps où elle reprendra, il faut, à cause de cette exacerbation, saigner quand la rémission n'est pas encore tout à fait déclarée; en effet, l'indication deviendra complète, car, ou l'exacerbation baisse, et cela équivaut à une rémission, ou elle persiste, et alors on doit la précipiter, surtout par la saignée. Dans une fièvre continue, sans intermission ou rémission, le temps pour la saignée est le même que celui pour donner de la nourriture, car il faut tirer du sang un peu de temps avant de s'occuper à restaurer le corps. Si les fièvres sont continues, mais en présentant une exacerbation manifeste, et qu'après avoir augmenté en intensité par cette exacerbation, elles persistent dans cette même intensité, avec des accès réguliers ou irréguliers, on s'efforcera, autant que possible, d'administrer les déplétions, non à l'époque de l'augmentation amenée par l'accès, mais à celle où l'intensité persiste au même degré; car c'est là aussi le temps pour donner de la nourriture.
9. CE QU'IL FAUT FAIRE AVANT LA SAIGNE. -TIRÉ D'ANTYLLUS, DU SECOND LIVRE, CELUI QUI TRAITE DES MOYENS ÉVACUANTS.
Avant la saignée, on entourera le bras d'une bande solide de la largeur d'environ deux doigts, ou un peu plus. Quand les muscles du bras sont saillants et ont des contours bien dessinés, on appliquera la bande au-dessous d'eux, surtout si ceux qu'on saigne sont d'une taille élancée; dans ce cas, en effet, la distance qui existe entre le pli du coude et le muscle est suffisante; chez les gens très petits et qui ont également des muscles saillants, il est inutile d'appliquer la bande au-dessus, mais on placera la ligature un peu au-dessous du milieu du muscle, en passant la bande sur son extrémité. Chez les femmes et chez les individus qui ont les muscles pétris d'humidité, rien n'empêche de faire la ligature sur le milieu du muscle ; si on applique l'appareil tout à fait au-dessous du muscle, ou sur sa partie inférieure, on pourra serrer très fortement, sans que les parties sur lesquelles on agit y mettent obstacle; seulement cela ne sert à rien, car la ligature rend les vaisseaux moins apparents, engourdit et endolorit le bras. Si on applique l'appareil sur le milieu du muscle, il ne faut pas serrer du tout, principalement chez les femmes et chez les sujets délicats, car, si le ventre du muscle est froissé, il se forme souvent une ecchymose au bras; chez quelques individus cette compression donne lieu à un érésipèle, ou à un abcès. On tâchera d'éviter aussi que la bande dont on entoure le bras ne plisse la peau du pli du coude; elle doit, au contraire, lui conserver sa position naturelle, afin que la peau, quand on défait la bande, en reprenant sa position propre, n'intercepte pas l'écoulement du sang, en détruisant le parallélisme de l'incision de la peau et de celle du vaisseau. Dans le cas où les vaisseaux ne sont pas apparents, si on applique une bande au-dessous du pli du coude, on n'agit pas comme il faut, car jamais, dans aucune partie, une bande ne fait gonfler les vaisseaux qui sont placés au-dessus d'elle; faire préalablement des fomentations avec des éponges au pli du bras, ne produit non plus aucun effet, car les vaisseaux ne se gonfleront par aucun autre moyen que par l'application d'une bande. Après avoir appliqué l'appareil, on frottera les mains l'une contre l'autre et on y tiendra quelque chose. Quand on saigne au front, à l'angle de l'oeil, à la langue, ou près des oreilles, on entourera le cou d'une bande, et on ordonnera au malade de placer sa main gauche, ou sa main droite sous le menton, soit tout entière, soit le pouce seulement; ensuite on serrera la bande sur les doigts; de cette manière, la trachée artère ne sera pas interceptée, et les vaisseaux qui, de chaque côté, se rendent à la tête, se gonfleront à leur partie supérieure par l'effet de la pression. Chez les individus faibles, ou paralytiques, il faut qu'un aide, placé près du malade, mette sa main au-dessous du menton. Si on fait une saignée à la main, et s'il est nécessaire de bassiner préalablement cette partie, on la placera dans de l'eau chaude, sans négliger pour cela l'application de l'appareil; si on saigne à la fosse poplitée, on appliquera la bande à la cuisse, au-dessus du genou, et, si cela est possible, on doit saigner dans un bain, ou après avoir fait des fomentations. Après l'application de l'appareil, le malade se promènera; quand on est sur le point de faire l'incision, il se tiendra droit, en s'appuyant uniquement sur la jambe. On agira de même quand on saigne aux malléoles, en appliquant toutefois la bande un peu au-dessus de ces parties.
10. COMMENT IL FAUT EXÉCUTER LA SAIGNÉE. - TIRÉ DU MÊME LIVRE.
On saigne, tantôt en enfonçant l'instrument, tantôt en le relevant; en l'enfonçant, quand les vaisseaux ne sont pas apparents, et en le relevant, quand ils sont très près de la surface. Il ne faut pas diviser entièrement le vaisseau, car, dans ce cas, les deux extrémités se retirent et le sang ne sort pas en jet; on ne doit pas piquer non plus la partie inférieure du vaisseau, mais la partie supérieure; or j'appelle inférieure celle qui se trouve du côté de l'apophyse de l'humérus et qui est tournée vers l'extrémité inférieure du membre, et supérieure celle qui est du côté du radius; en effet, si on pique la partie supérieure, le sang jaillit avec élégance, mais, si on coupe l'inférieure, il ne jaillit pas du tout.
11. QUAND IL FAUT EXÉCUTER LA SAIGNÉE, ET QUELLE DOIT ÊTRE LA GRANDEUR ET LA FORME DE L'INCISION. - TIRÉ DU MÊME LIVRE.
Quand une déplétion abondante et subite est nécessaire, on fera une grande incision ; mais elle doit être très-petite, quand il s'agit de détourner et de dériver l'afflux du sang, comme chez les individus qui crachent du sang, ou qui ont une hémorragie, que le sang vienne du nez, ou de quelque autre partie; en effet, ces malades n'ont pas besoin d'évacuation, puisque la maladie en produit une, mais de révulsion; on laissera donc, dans ce cas, le sang couler longtemps de la veine. Nous pratiquons encore une petite incision, quand les vaisseaux sont petits, et une grande, quand ils sont grands, car, si on fait une petite incision à un grand vaisseau, on ne saurait éviter qu'un thrombus n'intercepte le cours du sang. L'incision peut avoir trois directions : la transversale, la droite, qui ne coupe pas le vaisseau en travers, niais le fend en long, et l'oblique, qui est intermédiaire entre ces deux. Nous pratiquons l'incision transversale, quand nous n'avons nulle intention de réitérer la saignée, parce que, le bras une fois fléchi, la plaie s'agglutine de suite. L'incision oblique convient quand on désire réitérer la saignée, car, pendant la flexion du bras, les lèvres de la plaie ne se touchent pas exactement. L'incision droite convient aussi lorsqu'on doit avoir de nouveau recours è la saignée, non-seulement le même jour, ruais aussi le troisième ou le quatrième, car, en fléchissant le bras, les lèvres de la plaie restent notablement écartées l'une de l'autre.
12. QUELLES MANOEUVRES IL FAUT EMPLOYER POUR FACILITER L'ÉCOULEMENT DU SANG. - TIRE DU MÊME LIVRE.
Si l'écoulement s'arrête parce qu'on a trop serré la bande, on la relâchera. Si, par l'effet d'un appareil mal appliqué, la peau a été déplacée et recouvre l'ouverture de la veine, on changera la position du coude de toutes les façons, le portant tantôt dans la pronation, tantôt dans la supination, tantôt dans l'extension, tantôt dans la flexion, jusqu'à ce qu'il se trouve dans une position qui facilite l'écoulement, en rétablissant la correspondance directe de l'ouverture de la veine avec celle de la peau. Quand on fait une incision trop petite, on doit l'agrandir. Quand c'est la peur qui arrête l'écoulement, on fera en sorte que le sang coule sans faire de bruit, car les malades cessent d'avoir peur quand ils pensent que l'écoulement est arrêté. Si c'est une défaillance qui gêne le succès de l'opération, il faut saigner en couchant les malades, leur irriter l'oesophage par des vomissements et par l'intromission des doigts, les rappeler à eux par des médicaments qu'on leur fait respirer, et serrer leurs extrémités avec des bandes, quand ils sont fortement incommodés. Si c'est un thrombus qui fait obstacle et qui arrête l'écoulement, on écrasera ce thrombus avec les doigts indicateurs des deux mains, on le fera disparaître par la compression et on versera dessus de l'huile, ou mieux encore du vinaigre, car ce liquide dissout les caillots. Si l'écoulement est entravé par un refroidissement, que cela tienne au froid de l'air, ou à une affection froide, comme l'épilepsie, l'apoplexie et les autres affections semblables, on fera des fomentations, des affusions, des frictions et des onctions sur la partie; en un mot, on la ramènera à un état contraire. La graisse et la chair s'échappent à travers la plaie, chez les malades très gras et très charnus, et interceptent l'écoulement; ce qu'il faut faire dans ce cas est bien simple; il suffit d'enlever ou de refouler ce qui s'échappe.
13. DE LA SAIGNÉE ARTÉRIELLE. - TIRÉ DE GALIEN.
Les médecins ont l'habitude d'inciser aussi les artères ; celles des tempes, dans les fluxions chaudes des yeux compliquées de pneumatose, et celles qui sont situées derrière les oreilles, surtout chez les malades attaqués de vertige, ou chez ceux qui ont un mal de tête chronique chaud avec pneumatose. On incise aussi les artères derrière les oreilles pour d'autres maladies chroniques qui se forment à la tête, mais on n'a pas encore eu recours à ce moyen de traitement, dans une affection de quelque autre partie, quoique la plupart d'entre elles aient plutôt besoin de ce remède que d'une saignée veineuse, car, si l'on est incommodé par une accumulation de sang chaud et mêlé d'air dans les artères, il est utile d'ouvrir les artères qui communiquent avec la partie affectée; mais, à cause de la difficulté d'arrêter l'écoulement du sang, les médecins n'osent pas saigner les artères, et aussi parce qu'à l'époque de la cicatrisation il peut se former un anévrisme. Pour ces raisons, les médecins respectent les artères d'un grand calibre; ils négligent les petites, croyant que la saignée de ces petits vaisseaux ne saurait produire un très grand effet, bien que nous ayons vu souvent que la saignée de ces artères procurait un avantage assez notable; ajoutez à cela que la cicatrisation a lieu sans anévrisme. Cependant, quand une artère est plus volumineuse, elle se cicatrise aussi sans anévrisme, si on la coupe en entier, et souvent cette manière d'agir a remédié en même temps au danger qu'amène l'écoulement du sang; en effet, quand une artère est complètement divisée transversalement, on voit manifestement que chacune des deux extrémités éprouve de son côté une rétraction, et qu'une partie de l'artère est placée en haut et l'autre en bas. Moi-même, engagé par certains songes qui m'apparurent clairement, j'ai divisé l'artère située entre l'indicateur et le pouce de la main droite et je laissai couler le sang jusqu'à ce qu'il s'arrêtât de lui-même, le songe me l'ayant ainsi prescrit. Il s'écoula un peu moins d'une livre de sang, ce qui fit cesser aussitôt la douleur chronique fixée surtout à la région où le foie touche au diaphragme. Chez un autre malade, où l'on avait fait une incision aux malléoles et coupé l'artère, l'écoulement du sang ne s'arrêta pas avant qu'on m'eût appelé et que j'eusse complètement divisé le vaisseau, et employé ensuite le médicament fait avec de l'aloès, de la poussière d'encens et du blanc d'oeuf, que j'appliquai sur des poils fins de lièvre; la plaie se guérit sans anévrisme, l'ouverture de l'artère ayant été obstruée de tous côtés par de la chair. Cet homme, qui éprouvait déjà depuis quatre ans, à des intervalles assez rapprochés, des douleurs à la hanche, fut guéri complètement. Ce fait m'engagea à ouvrir souvent les artères aux extrémités des membres, aussi bien qu'à la tête, pour toutes les douleurs qui me semblaient provenir d'une substance chaude, ou mêlée d'air, surtout quand ces douleurs avaient leur siège dans les membranes, cas dans lequel elles sont pungitives et s'étendent lentement; le sentiment de piqûre offre alors le caractère d'une pointe fixée au centre de la partie affectée, tandis que toute la région qui environne cette pointe est le siège d'un sentiment de tension.
14. DE LA SAIGNÉE ARTÉRIELLE. - TIRÉ D'ANTYLLUS, DU SECOND LIVRE, CELUI QUI TRAITE DES MOYENS ÉVACUANTS.
Nous divisons, s'il est possible, l'artère qui se trouve à la nuque, derrière, le sommet de la tête, entre les grands tendons; si cela ne se peut pas, nous prenons celle qui est placée derrière les oreilles, ou celles qui sont placées des deux côtés du sommet de la tête, au niveau du bregma, lesquelles se réunissent aux sutures coronaire et moyenne. On évitera celles qui se rendent des tempes au front, parce qu'elles sont situées sur un muscle; il est facile en effet de les couper sans danger, en recommandant à celui qui subit l'opération de mouvoir et de serrer la mâchoire; car, pendant cette manoeuvre, les muscles temporaux sont manifestement mis en mouvement dans leur totalité ; on peut donc, en s'écartant de la partie mobile, faire l'incision, sans être gêné par le mouvement, à la partie du front qui est en repos; mais le sang ne s'écoule ni en grande quantité, ni beaucoup à la fois, à cause de la petitesse du vaisseau, et ce sang n'est pas non plus mélangé de beaucoup d'air, car ces artères se rapprochent de la nature des veines; d'où il résulte donc que la déplétion à cet endroit ne vaudra pas beaucoup mieux qu'une saignée ordinaire. Les artères placées au-devant des oreilles, à l'origine des muscles masséters, sont très volumineuses, il est vrai, mais on ne les incise que rarement, et non sans danger, à cause de la proximité des muscles et de l'intrication des membranes dans cette région. On doit inciser les artères de l'occiput en allant jusque sur l'os et en le raclant de manière que la surface de cet os engendre de la chair; on saisira ensuite les orifices de l'artère [entre les mors d'une pince], et on les serrera. Il est plus convenable encore d'isoler l'artère comme une varice, en plaçant dessous, soit une sonde à deux boutons, soit quelque autre instrument analogue, et de faire au vaisseau une incision petite et partielle; quand il s'est écoulé assez de sang, on attirera légèrement le vaisseau à l'extérieur, à l'aide de la sonde à deux boutons, qu'on a placée dessous, et on excisera la partie moyenne ; de cette manière, l'artère ne se réunira pas, et il n'y a pas de danger d'hémorragie, parce qu'il y a rétraction des orifices du vaisseau dans la chair.
15. DES VENTOUSES. - TIRÉ DE GALIEN.
Les ventouses sont utiles après qu'on a fait, préalablement une déplétion, car, si le corps est surchargé d'humeurs, on n'emploiera pas de ventouses. Pour la même raison, on n'y recourra non plus ni dans les inflammations du cerveau et des méninges, ni dans les inflammations d'aucune autre partie, au début de la maladie, mais quand il n'y a plus aucun afflux, qu'on a pratiqué d'abord une déplétion de tout le corps, et qu'il est nécessaire de mettre en mouvement et de soutirer quelque matière de la partie enflammée, ou de l'attirer vers l'extérieur. Quand, au contraire, les maladies sont encore en voie de formation, on n'appliquera pas les ventouses aux organes eux-mêmes qui commencent à être malades, mais aux parties qui communiquent avec eux, afin d'opérer une révulsion; au début, on emploiera les médicaments répercussifs.
16. DES VENTOUSES. - TIRÉ D'ANTYLLUS, DU SECOND LIVRE, CELUI QUI TRAITE DES MOYENS EVACUANTS.
Lorsqu'il existe une douleur modérée, ou quelque autre affection semblable, on emploie des ventouses légèrement appliquées, sans scarifier; mais, quand on veut tonifier, on applique fortement les ventouses ; nous scarifions, quand il y a des parties obstruées de matières, ou quand les malades sont incommodés par une humeur corrompue. Avant d'appliquer les ventouses, on doit relâcher le ventre, ou tout au moins avoir des raisons de croire à l'absence de toutes superfluités nuisibles ; le malade doit aussi observer préalablement une abstinence absolue, ou boire de l'eau après avoir pris des aliments légers et qui se sont bien distribués. Si l'on veut tirer du sang, on emploiera surtout peu de feu à la première application des ventouses; ensuite, quand la ventouse a donné lieu à une rougeur et à un gonflement suffisants de la partie, on scarifiera; dans le cas contraire, on appliquera la ventouse pour la troisième fois, jusqu'à ce que la partie se gonfle et rougisse; s'il y a absence totale de gonflement et de rougeur, on fomentera les parties avec des éponges, jusqu'à ce qu'elles rougissent; on pratiquera ensuite les scarifications. Si on sait d'avance que les parties ne rougiront pas, comme cela a lieu quand les téguments du ventre sont surchargés de graisse, ou chez les malades refroidis, et chez les femmes qui viennent d'accoucher, on mettra des cataplasmes avant d'appliquer les ventouses. Quelquefois les ventouses sèches donnent lieu à un gonflement très prononcé, mais d'une couleur plus ou moins livide; aussi, lorsqu'on scarifie, il s'écoule peu ou point de sang, parce que la partie de ce sang qui est en avant est plus ou moins épaisse et charnue; dans ce cas, on fomentera donc également avant tout avec des éponges, et on rendra le sang ténu et propre à couler facilement. On évitera d'appliquer des ventouses au voisinage des seins, car ces organes tombent quelquefois dans les ventouses, et rendent fort difficile, en se gonflant, l'enlèvement de ces instruments. Après l'application des ventouses, on versera de l'huile dessus........... On applique les ventouses en n'employant pas trop de feu; car, si on les appliqué fortement, elles n'attirent presque rien, attendu que la vapeur augmente l'inflammation des parties et les met dans un état de tension. C'est un fait généralement reçu, qu'il faut mettre les parties dans une position telle, que le sang ne se fixe pas sur elles, et ne devienne pas, en s'épaississant, un obstacle à l'écoulement, mais dans une situation où ce liquide s'écoule vers la partie déclive. Si, après avoir enlevé les ventouses, le sang tiré est en quantité suffisante, on soumettra les parties à un traitement secondaire; dans le cas contraire, on applique de nouveau les ventouses. Quand on pose des ventouses à la tête, on n'emploiera pas beaucoup de feu, car elles tireraient très fort et seraient difficiles à enlever; tandis que des ventouses modérément appliquées produiront l'effet désiré. Lorsque les ventouses sont difficiles à enlever, on les entoure d'éponges trempées dans de l'eau chaude, car ainsi les parties se relâchent; et, si, même avec ces moyens, elles ne se relâchent pas, il faut percer la ventouse. -Il y a trois espèces de ventouses, eu égard à la matière :les ventouses en verre, en corne et en bronze; car les ventouses en argent doivent être rejetées, attendu qu'elles développent une chaleur démesurée; l'usage des ventouses en bronze est le plus répandu. On peut employer les ventouses en verre chez les malades où il faut observer l'écoulement du sang, et les ventouses en corne pour la tête, lorsqu'on a constaté que les ventouses en bronze s'enlèvent difficilement, ou encore chez les malades peureux qui s'effraient à la vue de la flamme. C'est surtout pour les ventouses en bronze qu'il existe des différences dans la forme : les ventouses hautes tirent plus fortement que celles qui sont basses; les ventouses basses s'appliquent mieux à la tête, parce qu'elles ne tirent pas très fort; les ventouses à bords plats conviennent mieux pour les parties étendues en largeur, celles à bords concaves pour les parties à surface courbe ou étroites, celles à bords minces quand on veut non pas scarifier, mais appliquer des ventouses sèches et tirer fortement, car l'exiguïté des bords contribue à la force de l'attraction ; enfin on applique les ventouses à bords épais principalement à la tête, quoiqu'on les emploie aussi sur d'autres parties. Le tirage des ventouses en bronze se fait à l'aide du feu; il en est de même pour les ventouses en verre; mais celui des ventouses en corne se fait sans feu ; car elles sont percées à leur partie supérieure, et, en les appliquant, on aspire fortement à travers l'ouverture pour les faire tirer ; puis on bouche immédiatement cette ouverture avec le doigt, ou avec de la cire.
17. DES VENTOUSES. - TIRÉ D'HÉRODOTE, DU TRAITÉ SUR LES MOYENS DE DÉPLÉTION.
Les ventouses peuvent évacuer les matières de la tête, supprimer la douleur, diminuer l'inflammation, dissiper les accumulations de gaz, rappeler l'appétit, renforcer l'orifice de l'estomac, quand il est relâché, ou affaibli, faire cesser la défaillance, transporter les matières de la profondeur du corps vers la surface, dessécher les fluxions, arrêter les écoulements de sang, rappeler le retour des règles, attirer les substances délétères, chasser les frissons, résoudre les maladies périodiques, réveiller les malades plongés clans le cataphora, produire du sommeil, soulager la lourdeur : tels sont les effets des ventouses, auxquels il faut ajouter tous ceux qui leur sont analogues.
8. DE LA SCARIFICATION. - TIRÉ D'ANTYLLUS, DU LIVRE SUR LES MOYENS DE DÉPLÉTION.
Nous scarifions les parties qui sont enflammées, endurcies, distendues et frappées de douleurs, ou qui sont le siège de fluxions, lorsque la fluxion a déjà trouvé un point d'arrêt, ou lorsqu'il y existe une matière âcre. On prescrira, s'il est possible, un bain avant la scarification; si cela ne se peut pas, des affusions d'eau chaude, jusqu'à ce que la partie rougisse; ou bien on fomentera avec des éponges, ou on exposera au soleil, ou au feu la partie qu'on va scarifier. Les scarifications seront faites aux jambes et au ventre, ainsi qu'à la poitrine, au dos et au cou, en ligne droite, à la tête, selon la direction des cheveux, et au front, transversalement. Les incisions auront toutes la même grandeur et seront placées à une distance égale les unes des autres. On commencera la scarification sur les parties inférieures; car, de cette manière, le sang, en s'écoulant en bas, ne cachera pas la partie qu'un va scarifier; on disposera aussi les mouchetures sur des lignes parallèles. La scarification doit se faire, non en enfonçant, mais en tirant horizontalement la lame devant soi; car, de cette manière, l'opération sera exempte de douleur.
19. DE LA SCARIFICATION. - TIRÉ D'APOLLONIUS.
Sachant, d'une part, que c'est le sang qui exerce la plus grande influence sur la tonicité et aussi pour préserver d'un état [morbide] quelconque, et, d'une autre, que ce fluide est ordinairement en quantité surabondante, et quelquefois détérioré sous le rapport de la qualité, je jugeai qu'il fallait opérer une diminution en cas de surabondance, et un changement en cas de corruption. Je pensai cependant qu'il ne conviendrait pas d'ouvrir la veine plusieurs fois par an, car je savais qu'avec le sang il s'échappe une grande quantité d'air vital; que, par l'épuisement de cet air, tout le corps se refroidit plus aisément, et que toutes les fonctions naturelles s'accomplissent alors moins bien. Je m'avisai donc de faire la déplétion à l'aide d'une scarification, aux parties les moins importantes, comme, par exemple, aux jambes, en proportionnant la quantité du sang évacué à la complexion et au besoin de l'individu. C'est là un excellent moyen pour conserver la santé, ou pour la rétablir, quand elle a été déviée par quelque cause de ce genre. Que personne cependant n'aille croire que je rejette la saignée; mais je la réserve pour les maladies les plus graves et les plus périlleuses, où il faut évacuer beaucoup des humeurs à la fois, car c'est contre les maladies violentes que conviennent les déplétions qui enlèvent du premier coup une grande quantité de sang; mais, quand il s'agit d'une pléthore modérée qui va produire quelque effet nuisible ou (lui a déjà commencé à faire tomber dans quelque état morbide, des scarifications pratiquées à la jambe font disparaître cette prédisposition, en enlevant sans inconvénient et dans la proportion qu'on désire la surabondance du sang; de cette opération il ne résultera pas même un trouble notable dans le corps. Souvent il s'accumule plus de sang qu'il n'en faut; on ne doit donc pas, toutes les fois qu'il se présentera des signes de pléthore, négliger de détruire cet état de la manière indiquée plus haut; car les viscères, aussi bien que les vaisseaux qui se trouvent dans tout le corps, ne doivent pas être dans un état de turgescence ou de distension; ils doivent, au contraire, se trouver plutôt dans un relâchement modéré, afin que le pneuma naturel chemine facilement.
20. QUE LA SCARIFICATION CONVIENT AUX FEMMES MAL RÉGLÉES, ET DANS PLUSIEURS AUTRES AFFECTIONS.
La scarification soulage admirablement les femmes mal réglées; car le sang que les règles n'enlèvent pas, cette opération l'évacue; mais on doit attendre l'époque des règles, et alors, quand le sang ne paraît pas, ou paraît peu, on appliquera le traitement déplétif dans la mesure que le cas exige. Chez quelques femmes, ce traitement contribue aussi à rappeler l'habitude de l'écoulement mensuel; car l'appel continuel du sang vers les parties inférieures lui imprime une tendance à couler dans cette direction. Cependant je soulage aussi par ce traitement les femmes qui sont déjà parvenues à un âge très-avancé, et chez lesquelles la menstruation a cessé depuis longtemps, quand elles éprouvent quelque incommodité corporelle; car ce moyen est spécialement d'une grande efficacité chez les femmes, attendu qu'il imite l'évacuation naturelle. J'ai l'habitude de faire la déplétion quelquefois à l'aide d'un petit couteau, et d'autres fois en appliquant des sangsues. Un individu, dont les yeux étaient depuis longtemps gravement lésés par une fluxion qui ne tarissait pas, fui, guéri à l'aide de ce moyen de traitement, auquel fut joint l'autre traitement, c'est-à-dire les topiques pour les yeux et le régime de tout le corps. Un vieillard incommodé par un resserrement du poumon accompagné de suffocation à des intervalles d'abord éloignés, puis plus rapprochés, fut guéri de la même manière. On continue à tirer du sang aussi longtemps que l'évacuation produit un effet évidemment salutaire; on évitera le refroidissement et on donnera pendant trois ou quatre jours des aliments en quantité modérée. Une peste grave, qui fit mourir beaucoup de monde, ayant envahi l'Asie, je fus attaqué moi-même de la maladie; je profitai d'une rémission qui se présenta le deuxième jour pour me scarifier la jambe, de manière à enlever environ deux livres de sang : ce fut là ce qui me fit échapper au danger. Plusieurs autres malades furent également sauvés en employant le même moyen, car il y avait des signes de pléthore, et ce furent surtout les malades auxquels on tira abondamment du sang qui réchappèrent. La scarification [aux jambes] guérit encore les douleurs de tête de gravité moyenne, les inflammations des amygdales et les fortes douleurs de côté; mais, quand ces accidents ont déjà duré quelque temps, on les fait disparaître à l'aide des scarifications locales. Enfin, rien, en vérité, ne rend aussi facilement un embonpoint convenable aux convalescents qui reprennent difficilement leur complexion naturelle, que l'évacuation du sang à l'aide de la scarification.
21. DES SANGSUES. - TIRE D`ANTYLLUS, DU LIVRE SUR LES MOYENS DE DÉPLÉTION.
Quelques personnes vont à la pêche des sangsues et les mettent en réserve pour qu'elles servent plusieurs fois; car ces sangsues prennent facilement, attendu qu'elles sont exercées, tandis que les autres sont quelquefois désorientées. On appliquera immédiatement les sangsues exercées, mais on conservera pendant un jour celles qu'on vient de pêcher, en leur jetant un peu de sang pour se nourrir en attendant; de cette manière leur venin s'évaporera. Quand on veut s'en servir, on frottera préalablement la partie sur laquelle on veut les appliquer avec de la soude brute, et on l'enduira du sang de quelque animal, ou de terre glaise humide, ou bien on fera des fomentations, ou on la grattera avec les ongles; grâce à ces préparatifs, elles prendront plus prompte-ment. On doit les jeter dans un vase grand et large, contenant de l'eau pure et tiède, afin qu'elles perdent leur venin par le mouvement; on les saisit ensuite avec une éponge, on essuie ce qu'elles ont de visqueux et on les applique avec les mains; quand toutes ont pris, on verse de l'huile . tiède sur la partie, afin qu'elle ne se refroidisse pas. S'il s'agit des bras ou des jambes, on place la partie dans l'eau où se trouvent les sangsues. Si l'on est obligé de les employer encore quand elles se sont déjà rem-plies, ou si on n'en a qu'un petit nombre, ou si quelques-unes seulement ont pris, on leur coupera la queue avec des ciseaux dès qu'elles seront pleines; de cette manière, le sang s'écoule et elles ne cessent de tirer, jusqu'à ce qu'on leur saupoudre le suçoir avec du sel, de la soude brute, ou de la cendre. Quand elles sont tombées, on doit, si la partie se prête à l'application d'une ventouse, attirer le venin à l'aide de cet instrument, en l'appliquant fortement et en l'enlevant rapidement; mais, si cela ne se peut pas, on fera des fomentations avec des éponges. Si les piqûres faites par les sangsues laissent suinter un peu de sang, on les saupoudrera de poussière d'encens, de cumin, ou de farine, et ensuite on les enveloppera de laine trempée d'huile. S'il y a une hémorragie, on appliquera des linges, ou des toiles d'araignée trempées dans du vinaigre, ou la noix de galle torréfiée, ou une éponge neuve imbibée de goudron et brûlée ensuite, on mettra par-dessus du papyrus trempé dans du vinaigre et on l'assujettira avec un bandage. C'est là ce qu'il faut faire quand il s'agit des parties centrales du corps; car, sur les membres, le bandage seul suffit pour arrêter le sang. Le lendemain on défera le bandage, et, si le sang s'est arrêté, on lavera la partie; sinon, on aura recours aux moyens susdits. On doit savoir que les sangsues ne tirent pas le sang de la profondeur du corps, mais qu'elles sucent seulement celui qui se trouve dans les chairs mêmes. On emploie les sangsues chez les individus qui ont peur des scarifications, ou sur les parties qui n'admettent pas l'application d'une ventouse, à cause de leur petitesse, de leur courbure, ou de leur inégalité. Nous enlevons les sangsues quand nous supposons qu'elles ont tiré la moitié du sang que nous avions jugé devoir être évacué; nous laissons ensuite couler le sang, jusqu'à ce qu'une quantité suffisante se soit écoulée. Comme la partie se refroidit aussi bien par le froid naturel des sangsues que par l'effet de l'air ambiant, il faut la fomenter, la réchauffer et arrêter le sang, non avec des réfrigérants, mais à l'aide de moyens astringents et qui bouchent les pores, comme nous l'avons déjà dit.
22. DES SANGSUES. - TIRÉ DE MÉNÉMAQUE.
On applique les sangsues aux parties malades elles-mêmes, ou à des parties voisines exemptes de graisse, car la graisse leur ôte l'appétit; à cet effet, on les place dans une plume étroite qui n'est pas percée aux deux extrémités, ou dans le couvercle d'un tuyau, ou dans quelque instrument semblable. Le nombre doit être proportionné à deux circonstances, le volume de la partie affectée et la gravité de la maladie. On les enlèvera, en laissant couler goutte à goutte de l'huile chaude sur. leurs suçoirs, car il faut éviter d'appliquer du sel sur les plaies à cause de ses qualités mordantes. Le sang, qui continué à couler après qu'on les a ôtées, s'arrête, si on met le doigt sur la piqûre. On évalue la quantité du sang évacué, en les effilant, mais on l'évalue encore mieux, quand on ras-semble le sang qu'elles vomissent après avoir été détachées des parties. Si elles tardent à prendre, on scarifiera superficiellement les parties, car, lorsqu'elles ont goûté du sang, elles le recherchent plus avidement.
23. QUELLES SONT LES GENS QU'IL FAUT PURGER, À L'AIDE DESQUELS MOYENS IL FAUT LE FAIRE, ET DANS QUELLES CIRCONSTANCES. - TIRÉ DE GALIEN.
C'est une chose fâcheuse que de purger les gens qui ont le corps sain, car ils sont pris de vertige et de coliques, et la purgation marche difficilement chez eux; ils sont, en outre, sujets à s'affaiblir rapidement; et tout cela arrive, parce que le médicament purgatif tâche d'attirer l'humeur . avec laquelle il a de l'affinité et qu'à défaut de cette humeur il fond le sang et les chairs pour l'en tirer. Quant aux gens qui sont encore bien portants, mais qui tomberaient malades si l'on n'opérait chez eux une déplétion, on se hâtera d'en pratiquer une, au commencement du printemps, soit à l'aide de la saignée, quand ils sont habituellement pris de maladies tenant à la pléthore, soit à l'aide d'une purgation, quand ces maladies tiennent à la corruption des humeurs. Pendant plusieurs années j'ai empêché, à l'aide d'une pareille déplétion, le développement de la podagre, ou d'une goutte commençante, quand ces maladies n'avaient pas encore produit des tophi autour des articulations. J'ai arrêté, de la même manière, chez plusieurs individus, l'épilepsie, l'apoplexie, la mélancolie et d'autres maladies chroniques semblables, à l'aide de la déplétion dont nous venons de parler. Chez quelques-uns, il est utile d'évacuer les humeurs pituiteuses; chez d'autres, la bile amère; chez d'autres encore, l'atrabile ; chez d'autres enfin, les superfluités séreuses selon la nature des maladies dont ils souffrent habituellement. Je con-nais, par exemple, un homme qui est pris, chaque année, de mélancolie, à moins qu'on ne le purge, et je le purge non seulement au printemps, mais aussi en automne. De même, j'opère, chaque année, au commencement du printemps, une déplétion chez une femme qui a une affection cancéreuse au sein; je l'ai guérie, en pratiquant une forte déplétion à l'aide d'un médicament qui purge les humeurs noires, et, si parfois on oublie la purgation, elle est prise d'une douleur profonde. Chez un autre malade, je guéris un éléphantiasis commençant, d'abord à l'aide de la saignée et de la purgation; maintenant, il lui suffit d'être purgé une fois chaque année, et, si on l'oublie, la maladie reprend immédiatement. Ces maladies-là réclament donc une purgation qui chasse les humeurs noires, tandis que l'épilepsie, l'apoplexie et l'asthme demandent l'évacuation des humeurs pituiteuses; la goutte exige, lorsqu'elle est accompagnée d'une forte chaleur, qu'on expulse la bile amère, tandis qu'elle réclame l'évacuation des humeurs pituiteuses, si elle est accompagnée de tumeurs froides. Un autre malade souffrait toujours l'été d'une fièvre tierce, mais, depuis plusieurs années déjà, il n'en a plus été repris, parce que nous prévenons les accès en purgeant la bile pâle vers la fin du printemps car, chez ces malades, il vaut mieux faire la déplétion à cette époque, tandis qu'il est préférable de la faire au commencement du printemps, chez les épileptiques, les goutteux, les mélancoliques, et chez tous ceux dont les maladies tiennent à des humeurs épaisses. On exercera préalablement une action atténuante et incisive sur les humeurs épaisses et visqueuses, et on ouvrira les conduits à travers lesquels les médicaments purgatifs les transportent et les attirent, si l'on veut que la purgation soit irréprochable sous tous les rapports; cela doit se pratiquer surtout chez ceux qui prennent de l'ellébore, car l'intensité des tiraillements, qui chasse les humeurs enclavées dans les parties malades de manière à en être détachées difficilement, et qui, par ce moyen-là, soulage les maladies chroniques, produira plus facilement ce résultat, si on a d'abord atténué les humeurs. Ceux qui négligent cette précaution verront la purgation s'opérer difficilement et s'accompagner quelquefois de coliques, de vertige, d'une grande anxiété, de dérangement du pouls, d'affaiblissement et de malaise. On expérimentera d'abord la nature du malade qui va prendre de l'ellébore, et on verra comment il se comporte à l'égard des purgations par le haut, c'est-à-dire de celles qui se font par le vomissement. Cette expérimentation se fait à l'aide des émétiques doux, car, si l'on voit que la purgation ne s'opère pas facilement, on ne sou-mettra pas un pareil malade à l'ellébore sans l'y préparer auparavant; or cette préparation se fera d'abord par les vomissements continuels, qui habituent celui qui va prendre de l'ellébore à vomir promptement ; mais elle se fera mieux encore, si avant on humecte aussi le corps; or on l'humecte par une nourriture abondante et par le repos. Pour le repos, la chose est évidente, car, de même que les exercices dessèchent naturellement, le repos, c'est-à-dire la vie sédentaire et le défaut d'exercice, conserve l'humidité; quant aux aliments, ce n'est pas simplement leur abondance qui est de nature à humecter, mais il en est ainsi de toute nourriture destituée de propriétés efficaces, c'est-à-dire qui n'est ni âpre, ni âcre, ni salée, ni amère. Nous avons donné quelquefois des raiforts dans du vinaigre miellé, dans lesquels nous avons enfoncé des rameaux d'ellébore blanc, que nous y laissions pendant un jour et une nuit; cette préparation peut tenir lieu d'une purgation faible par l'ellébore. Ceux qui ont la poitrine étroite, et, par conséquent, le poumon comprimé, se prêtent très mal aux purgations par les vomitifs, quels qu'ils soient, mais surtout à celle qui se fait par l'ellébore blanc, car on voit alors se rompre quelqu'un des vaisseaux qui se trouvent dans les organes de la respiration. On évacuera, de préférence, par le haut la bile amère, et par le bas la pituite; cependant, quelquefois on fera le contraire, quand l'humeur pituiteuse est accumulée dans l'estomac, ou quand la bile amère l'est dans les intestins; mais l'humeur atrabilaire doit toujours être chassée par le bas. Hippocrate a écrit dans les Aphorismes (IV, 4) par rapport aux saisons : « En été, on purgera le ventre supérieur, et, en hiver, le ventre inférieur. Les divers pays, en les distinguant d'après le chaud et le froid, se prêtent aux mêmes considérations que les saisons il en est encore de même pour les âges. En vérité, l'habitude nous fournira encore un élément assez important pour trouver les indications de la déplétion, car ceux qui sont habitués à vomir supportent, sans trop d'inconvénient, les purgations par le ventre supérieur, tandis que ceux qui ne le sont pas ne les su-bissent pas sans danger, surtout s'il s'agit de l'ellébore. On doit encore considérer l'espèce de la maladie, car, dans l'hydropisie dite leucophlegmatie, on aura recours à un médicament qui chasse la pituite, d'abord par le ventre inférieur, ensuite par les vomissements, et, en dernier lieu, par les masticatoires; en effet, quand l'humeur surabondante est dispersée par tout le corps, on emploiera des déplétions de toute espèce. Au contraire, on donnera quelqu'un des médicaments qui évacuent l'eau, s'il existe une hydropisie ascite, et, contre la jaunisse, un médicament qui expulse la bile; car, dans ce dernier cas, il faut purger la bile de plusieurs façons, par le haut, par le bas, par les urines, par le palais et par le nez. De même, s'il y a excès d'humeur atrabilaire, comme dans la mélancolie, le cancer et l'éléphantiasis, on donne un médicament qui chasse la bile noire, tandis qu'on purge les épileptiques avec des médicaments qui chassent la pituite : d'où il résulte que l'état de la maladie indique aussi bien l'humeur qu'il faut évacuer que la voie par laquelle il faut le faire. Par exemple, les humeurs qui causent une inflammation au foie, lorsqu'elles sont arrivées à coction, nous les purgeons par le bas-ventre, si la maladie a son siège à la surface concave de ce viscère, et par les urines, si c'est à la surface convexe. Dans les autres cas, on considérera de même l'humeur qui est en excès et la partie affectée d'où la maladie prend son point de départ comme d'un foyer; en effet, ces circonstances indiqueront l'humeur qu'il faut évacuer, la manière dont il faut s'y prendre, la voie par où on doit la faire passer, et, en outre, le temps opportun, car, au commencement, on évacuera les humeurs séreuses et ténues, tandis qu'on attendra l'époque de la coction pour les humeurs épaisses et visqueuses, genre d'humeurs auquel appartiennent la pituite et la bile noire. Les accès de la maladie sont encore un moyen d'indication pour reconnaître la manière dont il faut opérer la déplétion, car on purge par le haut pendant les accès et par le bas pendant ce qu'on appelle les rémissions; en effet, c'est aussi dans cet ordre que les évacuations spontanées profitent aux malades, car, pendant les accès, beaucoup vomissent, ou saignent du nez; pendant les rémissions, au contraire, il se fait des excrétions par les urines et par les selles. On évitera surtout les jours d'exacerbation et de crise, quand on veut faire une purgation abondante par le bas, car l'action du médicament purgatif sera contrariée par cette circonstance que les humeurs tendent vers le haut. Pour les sujets déjà malades, on attendra toujours l'époque de la maturité, dans le cas d'affections chroniques, tandis que, dans les maladies aiguës, il est possible de faire une purgation au début, lorsque les humeurs sont turgescentes; cependant, dans ce cas même, il faut mettre beaucoup de prudence et de circonspection, car, dans une maladie aiguë, il y a grand danger de purger mal à propos, attendu que tous les médicaments purgatifs ont des propriétés chaudes, et que la fièvre, en tant que fièvre, bien loin de réclamer l'emploi des desséchants et des échauffants, exige par elle-même tout ce qu'il y a de plus contraire, c'est-à-dire l'administration des humectants et des refroidissants. Aussi n'est-ce pas à cause de la chaleur brûlante que nous administrons la purgation (car on sait que, considérée en elle-même, cette chaleur en éprouve du dommage), mais à cause des humeurs qui la produisent; l'avantage retiré de l'évacuation des humeurs nuisibles doit donc être plus grand que le tort qu'on fait inévitablement au corps, en donnant des médicaments purgatifs; or cet avantage primera, si toute l'humeur nuisible est évacuée sans causer des incommodités ; pour que cela puisse arriver, on examinera d'abord si le malade est dans un état qui favorise une pareille purgation; car ceux qui viennent d'éprouver plusieurs indigestions, ou de prendre des aliments visqueux ou épais, et aussi ceux qui ont les hypocondres tendus et gonflés, ou démesurément chauds et brûlants, ou chez lesquels il y a quelque inflammation des viscères dans cette région, ne se prêtent pas aux purgations. Il importe donc que ces circonstances n'existent pas et que les humeurs soient aussi coulantes que possible, c'est-à-dire ténues et arrivées au plus faible degré possible de viscosité; en outre, les conduits par lesquels la purgation doit s'opérer doivent être béants, car c'est justement cet état que nous tâchons de produire par la préparation, quand nous voulons purger. Mais, lorsque, dans les maladies aiguës, nous voulons employer dès le début un médicament purgatif, soit le premier jour, soit à une époque qui ne dépasse pas le second, lorsque les humeurs sont en turgescence, il n'est pas possible de soumettre le malade à une pareille préparation, à moins qu'on n'ait le temps de donner à boire de l'eau miellée, dans laquelle on a fait bouillir un peu d'hysope, d'origan, d'origan de bouc, de thym, de pouliot, ou de quelque médicament qui atténue de cette manière; il est donc probable que nous aurons rarement besoin de purger au début des maladies aiguës, parce que les humeurs qui incommodent ne sont pas sou-vent en turgescence au commencement, et que, même s'il en était ainsi, le malade non-seulement se prêterait mal à l'emploi de la purgation, mais ne nous fournirait pas même un temps opportun pour l'y préparer. Or, on dit que les humeurs sont turgescentes, quand elles se trouvent dans un état de mouvement plus ou moins violent, qu'elles sont en voie de transport d'une partie à une autre, et qu'ainsi elles incommodent le malade, en lui causant des agacements et des chatouillements et en ne lui permettant pas de se tenir tranquille. On évacuera donc ces humeurs, c'est-à-dire celles qui sont en mouvement, en fluxion, en voie de transport, tandis qu'on ne doit ni purger, ni mettre en mouvement par quelque autre remède, celles qui sont fixées dans une partie déterminée, avant qu'elles ne soient arrivées à coction, car c'est alors seulement que nous aurons la nature pour auxiliaire, en opérant la déplétion; en effet, on voit qu'après la coction elle sépare les humeurs et repousse ce qu'il y a de superflu, et c'est justement à celte époque que se font les crises; mais, si la nature opère un mouvement complet, nous n'avons nul besoin de médicaments purgatifs, tandis que, si elle agit d'une manière plus restreinte et plus faible, nous devons suppléer nous-mêmes, à l'aide de ces médicaments, à ce que son mouvement a d'incomplet. On doit savoir que les transports des humeurs, tantôt vers telle partie, tantôt vers telle autre, n'ont lieu que rarement, et que le plus souvent elles restent immobiles pendant tout le cours de la maladie, jusqu'à sa solution, dans une seule partie, où elles subissent aussi la coction. Si donc la maladie n'est pas seulement aiguë, mais aussi accompagnée d'une fièvre très violente, on doit craindre de donner un médicament purgatif, surtout quand on ne connaît pas la nature du malade, car quelques-uns sont naturellement difficiles à purger, tandis que d'autres éprouvent une purgation abondante après avoir bu une petite quantité du médicament. Si donc la fièvre n'est pas forte et si vous connaissez par expérience la nature du malade, vous aurez recours au médicament purgatif et vous emploierez l'ellébore noir, ou quelque autre médicament du même genre : tel est, par exemple, celui qu'on prépare avec la coloquinte et qu'on appelle habituellement sacré. On le prépare de différentes manières; mais celui où on a mis de l'ellébore, sans qu'il y entre de la scammonée, est un excellent médicament pour ceux qui, du reste, se trouvent dans des conditions telles, qu'ils peuvent prendre un purgatif. Après qu'on a pris le purgatif, il est bon de boire la ptisane, comme Hippocrate le prescrit; car le purgatif descend, il est vrai, immédiatement au fond de l'estomac, parce qu'il est d'un petit volume, cependant l'oesophage et toute la partie supérieure de l'estomac en éprouvent un dommage assez considérable, attendu que, pendant le passage, ces parties sont exposées à l'action non seulement des qualités du purgatif, mais aussi à celle de sa substance qui s'y attache, pendant que le médicament les traverse. Il est donc utile de prendre de la ptisane passée après le purgatif, parce que cette préparation a la propriété de déterger et d'entraîner avec elle, vers le bas, ce qui s'était attaché aux parties pendant le passage, et qu'elle peut, en même temps, tempérer et changer les propriétés du médicament purgatif qui avaient pénétré dans la substance même des parties. Pour cette raison donc Hippocrate recommande de prendre la ptisane après qu'on a bu le purgatif; mais, quand la purgation a déjà commencé à s'effectuer, il ne veut plus qu'on en donne, dans la crainte d'affaiblir l'activité du purgatif.
24. DE COMBIEN DE MANIÈRES IL PEUT SE FAIRE QUE LE VENTRE N'EXPULSE RIEN APRÈS L'ADMINISTRATION D'UN PURGATIF.
Quelquefois le ventre n'expulse rien après l'administration d'un purgatif, soit à cause d'une disposition spéciale de la nature du malade, soit parce que le purgatif a été administré en trop petite quantité; souvent aussi ce qui empêche la déplétion de se produire, ce sont des matières fécales dures, enclavées dans quelque partie de l'intestin et qui auraient eu besoin d'être évacuées à l'aide d'un lavement avant qu'on donnât le médicament purgatif. Il peut arriver aussi que le purgatif ne produit aucun effet, parce que la nature a son activité tournée du côté des urines. Si les médicaments purgatifs échouent, quelques-uns, non-seulement ne causent aucun dommage, niais se changent en nourriture, tandis que d'autres se convertissent en agents de corruption et de mort.
25. DES INGRÉDIENTS QU'ON MÊLE AUX MÉDICAMENTS PURGATIFS.
Comme tous les médicaments purgatifs lèsent l'estomac, et surtout son orifice, attendu qu'il est très abondamment pourvu de nerfs et qu'il est doué d'une sensibilité très-exquise, on a inventé d'y mêler des substances odoriférantes, afin que le médicament ne frappe pas tout seul et sans mélange l'orifice de l'estomac. Les graines qu'on y ajoute doivent être de telle sorte qu'elles soient capables d'amortir les propriétés malfaisantes de ces médicaments sans mettre obstacle à leur activité, étant douées de vertus atténuantes et incisives; elles doivent donc diviser les humeurs épaisses, et ouvrir et aplanir les voies par lesquelles ces humeurs sont évacuées. Les médicaments purgatifs qu'on mêle ensemble doivent aussi s'accorder entre eux et ne pas être en antagonisme; or cet antagonisme a lieu, non pas lorsque, par exemple, l'un d'eux évacue la bile tandis que l'autre évacue la pituite (car ces deux humeurs peuvent être évacuées simultanément), mais lorsque l'un d'eux est de nature à opérer immédiatement la déplétion, tandis que l'autre ne donne lieu à la purgation que longtemps après qu'il a été administré : de cette manière, la déplétion devient inégale, si on donne les deux médicaments à la fois; or j'appelle une déplétion inégale, quand une autre purgation commence à l'instant où la première semble s'arrêter.
26. DES MÉDICAMENTS PURGATIFS. - TIRÉ DE RUFUS.
Ne purgez pas tout individu dans quelque état qu'il se trouve, ni dans toute saison, ni par telle voie qui plaira le mieux; par exemple ne purgez pas les gens sains et qui n'ont aucune superfluité dans le corps ; quel avantage y a-t-il, en effet, à détacher quelque chose qui a de l'affinité avec l'économie? mais, de plus, vous produirez une évacuation accompagnée de souffrances ; car on tiraille nécessairement en sens contraire, la matière étant naturellement bonne et le médicament voulant agir. Les évacuations seront donc peu considérables, et, malgré cela, donneront lieu à des défaillances, à des affaiblissements, ou à d'autres incommodités; car, quelque petite que soit l'évacuation, vous enlèverez toujours quelque chose qui a de l'affinité avec l'économie. Si, au contraire, l'individu a un peu de pituite, ou de bile, ou quelque autre humeur en surabondance, il est facile de le purger, car l'expulsion se fait par les deux mobiles à la fois, la nature et le médicament; et celui qu'on purge se sent de plus en plus à son aise, attendu que les matières expulsées le gênaient. On évitera aussi de purger ceux qui ont de l'embonpoint ou une complexion phtisique; car, chez les premiers, l'embonpoint se fond rapidement, et chez les seconds toute purgation, quelque petite qu'elle soit, est nuisible à cause de la maigreur. On se gardera encore des transitions subites des saisons, ainsi que du coucher et du lever des constellations, qui causent de grands changements ; je veux parler d'Arcture, des Pléiades, des solstices, des équinoxes et de la Canicule; en effet, avant que tout soit revenu à son état habituel, il ne convient pas de mettre en mouvement les matières. On prendra aussi des précautions pour les purgations par le bas, en cas d'hémorroïdes, ou de flux sanguin chez les femmes, ainsi que chez les individus affectés de ténesme, de diarrhée, d'ulcères aux intestins, ou qui ont habituellement le ventre très resserré. S'il y a quelque nécessité de purger ces derniers, faites-le après avoir donné un lavement. Telles sont les circonstances qu'on doit éviter pour les purgations par le bas; pour les purgations par le haut, on se gardera, eu égard aux maladies, de la toux, de l'asthme et des ulcères internes, qui sont la phtisie du poumon, ou la fonte du foie ; on, prendra aussi des pré-cautions pour ceux qui ont craché autrefois du sang, quoiqu'ils semblent se porter mieux pour le moment (car il y a danger de rupture d'un vaisseau), pour ceux qui sont habituellement incommodés de quelque maladie de la luette, de la gorge, ou du cou; car toutes ces circonstances sont des obstacles pour les purgations par le haut, et surtout pour l'ellébore; enfin on se défiera encore des cardialgies et de l'état de ceux qui ne peuvent ni retenir leurs aliments, ni les rejeter par le vomissement. Quant à la forme extérieure du corps, on prendra, pour les purgations par le haut, des précautions pour ceux qui ont le cou long et effilé et le dos resserré, à cause de sa voussure; car, en général, ces gens-là sont enclins aux abcès de la poitrine, à la dyspnée, à la toux, en sorte qu'il survient, pendant les vomissements intenses, des suffocations et du crachement de sang. Ni les gens qui ont beaucoup d'embonpoint, ni ceux qui sont très-pâles, ou très-fortement colorés, ni les gens peureux ou pusillanimes, ne supportent facilement non plus les purgations par le haut; car, avant tout, il faut une âme forte; pour cette raison donc, les femmes, les enfants et les vieillards ne se prêtent pas très bien aux purgations par le haut; en effet tous ces gens sont peureux. En outre, les femmes courent aussi le risque d'être prises de spasme de l'utérus, et par là de privation de la voix et du sentiment. Purgez les pituiteux par le haut et les bilieux par le bas, surtout ceux chez qui il faut évacuer la bile noire; dans l'automne et au printemps; on purge par la voie qui semble devoir être la plus avantageuse; mais, si, en hiver ou en été, il est nécessaire de produire quelque évacuation, on purgera par le bas en hiver, et par le haut en' été; purgez les uns dans la direction opposée à celle où les humeurs se portent d'elles-mêmes ; car souvent il n'est pas trop mauvais d'opérer une révulsion; les autres, au contraire, dans la même direction, surtout si le transport des humeurs s'opère par une voie avantageuse et s'il est modéré; dans les autres cas, on suivra la méthode contraire. La meilleure saison pour les purgations est le printemps, ensuite l'automne; en effet, vers le coucher des Pléiades, cette saison prend souvent un caractère semblable à celui du printemps ; il s'ensuit que certaines gens ne sont pas difficiles à purger à cette époque et expulsent comme il faut les superfluités de l'été, avant que l'hiver ne survienne pour les coaguler. En effet la raison pour laquelle les purgations du printemps sont les meilleures, c'est qu'elles chassent les superfluités qui se sont formées peu à peu en hiver, avant que la chaleur ne s'en empare pour les mettre en mouvement et les troubler. Les signes suivants indiquent la nécessité d'une purgation : vertige, pesanteur et douleurs subites de la tête, tintements d'oreilles continuels ; obscurcissement de la vue, dureté de l'ouïe, engourdissement d'un des autres sens, tendance au sommeil, défaut d'appétit, goût amer ou autre goût quelconque désagréable après avoir bu quelque chose de bon, ennui sans aucune raison, affaiblissement de la mémoire quand on l'avait bonne jusque-là, palpitations se manifestant çà et là dans le corps, rêves fréquents qui effrayent et troublent, un certain sentiment de frisson à la peau, pesanteur aux lombes, coliques, n'avoir point d'appétence pour les aliments, ou, si on en a, ne pas digérer ceux qu'on a pris, ou, si on les digère, ne tirer aucun profit des substances qu'on a désirées; évacuations alvines hors de proportion avec les aliments qu'on a pris, diminution de l'urine, nausées, humidité de la bouche, couleur bilieuse chez les uns, pituiteuse chez les autres, noirâtre chez d'autres encore, en opposition avec la constitution habituelle de l'individu ; affaiblissement, gêne de la respiration et difficulté de se mouvoir, quoique le corps semble dans un état irréprochable; enfin tous les petits abcès, les ulcères spontanés, les rugosités et les taches de rousseur qui surgissent à la peau. Tous ces signes et les autres indices qu'on pourrait encore découvrir et qui décèlent la surabondance ou le mauvais état des humeurs, engagent à provoquer une purgation; si on la diffère, on aura à traiter, non pas une maladie qui n'est pas encore tout à fait sur le point de se déclarer, mais une maladie déjà formée; or il vaut en vérité beaucoup mieux pré-venir, si l'on peut, les incommodités par tous les moyens possibles. Nous dirons, à propos de chaque médicament, dans quelle maladie il convient. On fera observer un régime frugal à ceux qu'on veut purger par le bas; ce régime ne doit cependant pas être trop rigoureux, mais tel, qu'on digère rapidement les aliments accordés, et qu'il ne se forme pas beaucoup de matières fécales dans les intestins, car cette circonstance produit des douleurs au ventre et des vomissements, quand le médicament empêche ces matières de passer, en les attirant à lui : pour ce motif, il n'est pas hors de saison, avant de donner le purgatif, de relâcher le ventre à l'aide de la mauve, de la bette, de la patience, du bouillon de coquillages, ou de quelque autre moyen analogue du genre de ceux que chacun, suivant sa convenance, a inventés en grand nombre pour cet usage, sinon on provoque une évacuation à l'aide d'un lavement doux. Il convient aussi, chez certains sujets qui sont plus ou moins pituiteux, d'évacuer complètement les aliments qui ont été pris la veille; il n'est pas mauvais non plus qu'ils vomissent avant la purgation; car il n'y a rien qui soit un obstacle plus réel à la liberté du ventre qu'un excès de pituite; pour cette raison, je ne loue pas non plus sans restriction les purgations par le bas chez les pituiteux; cependant, il y a des circonstances où la maladie exige qu'on agisse ainsi : en effet, les purgations par le bas réussissent contre la pesanteur de tête, les douleurs des yeux, dans certaines épilepsies, et dans certaines espèces de vertiges, dans la plupart des cas d'hydropisie ou de goutte, ainsi que dans d'autre maladies; enfin, la purgation par le bas est nécessaire chez les individus qui auraient besoin d'être purgés par le haut, mais qui ne peuvent l'être, à cause des circonstances énumérées plus haut, même quand ils sont pituiteux; seulement il faut les y pré-parer par le régime; je nommerai [plus bas] les médicaments qui con-viennent aux pituiteux, qui ont besoin d'une purgation par le bas. Mais, comme le passage des aliments est plus ou moins facile, en raison de la disposition du canal intestinal, il convient que le médecin qui veut purger comme il faut par le haut et par le bas, soit au courant de ces détails; en effet, si l'estomac de l'homme est naturellement conformé, il a son orifice tourné en bas, du côté droit, vers l'épine du dos, et plus large que chez les autres animaux; à partir de ce point, l'intestin devient plus étroit, après cela il se cache sous le mésentère jusqu'au commencement du colon. Quand cette conformation existe, on se débarrasse facilement des aliments; mais, quand l'orifice de l'estomac est tourné vers le haut, ou plus étroit qu'il ne le faut, que cette disposition soit congéniale, ou qu'elle tienne à une inflammation, ou à la pression exercée par des tumeurs dures qui ne suppurent pas, ou enfin à quelque autre cause d'obstruction, les aliments descendent difficilement, et rejaillissent facilement. Les sujets chez lesquels cette conformation est congéniale présentent les symptômes suivants : ils sont toujours prompts à vomir, mais le passage à travers les intestins est pénible, et ils sentent que les aliments restent longtemps dans l'estomac ; les flatuosités s'échappent plu-tôt par le haut que par le bas, et les parties situées au-dessus du nombril sont beaucoup plus saillantes que dans l'état normal : on se gardera donc de les purger par le bas. Ceux qui ont l'orifice de l'estomac étroit par suite de maladie, présentent, il est vrai, les mêmes symptômes, mais, quand les maladies se résolvent par l'effet du temps, les symptômes disparaissent aussi ; les malades ne présentent donc pas toujours les mêmes phénomènes par rapport à la digestion, aux éructations et aux selles, et ne se trouvent pas non plus en tout temps dans la même dis-position par rapport aux purgations par le bas. Ce que nous avons dit de l'intestin supérieur s'applique également à l'intestin inférieur; en effet, si l'intestin inférieur est naturellement conformé, il est large à son origine, mais il se rétrécit à sa terminaison, surtout au côté gauche, à l'endroit où il est appliqué contre la rate. Là où cet intestin commence, s'adapte l'appendice qu'on appelle caecum; cet appendice est situé dans le flanc droit; à son origine il est large, mais il se rétrécit toujours de plus en plus, et à son extrémité il est borgne. S'il arrive aussi à cet appendice d'être moins largement ouvert qu'il ne convient, que ce soit congénialement, ou par l'effet d'une maladie, les aliments descendent nécessairement, il est vrai, assez rapidement des parties supérieures, mais, arrivés au caecum, ils s'arrêtent et causent des coliques, des flatuosité,, des borborygmes et de la pesanteur, jusqu'à ce qu'ils tombent peu à peu dans le colon; à partir de ce point, ils s'acheminent déjà avec plus de facilité pour être expulsés par les selles. Dans ce cas, comme pour l'intestin supérieur, la conformation congéniale produit toujours les mêmes symptômes, tandis que celle qui tient à une maladie présente une gravité proportionnelle à l'accroissement ou à la résolution de cette maladie; on se tiendra donc toujours en garde contre la conformation congéniale; mais, pour celle qui tient à une maladie, on proportionnera ses précautions au degré d'obstacle qu'elle cause; en effet, chez les gens dont nous venons de parler, le danger est plus grand que chez ceux dont l'orifice [inférieur] de l'estomac ne laisse pas passer comme il faut les superfluités ; car elles doivent, en rebroussant chemin, parcourir un plus grand espace et traverser des parties qui ne sont pas habituées au vomissement. Quand l'orifice du colon ne laisse pas passer les aliments, on éprouve les douleurs lés plus fortes au flanc droit; car c'est à partir de ce point que le colon se tourne vers le côté gauche, en passant au-dessus du nombril; au côté gauche, il se retourne vers le bas et se cache sous les intestins grêles : il est donc naturel que les douleurs se révèlent surtout au point indiqué. Nous parlerons spécialement des purgations par le haut, surtout de celle par l'ellébore, ainsi que du régime et de tout le reste. Avant tout, le médecin s'enquerra de la localité d'où il peut tirer les médicaments de qualité supérieure, car les meilleurs ne croissent pas indifféremment partout; ainsi la scammonée la plus renommée croît à Colophon dans l'Ionie, et sous l'Olympe de Mysie; la meilleure thapsie en Sicile et en Libye; le meilleur elaterium, c'est-à-dire le suc de la concombre [sauvage], vient de Cyrène; la meilleure agourre, d'Athènes et de l'Isthme; les meilleures baies de garou croissent [à Gnide,] aux environs de la Carie, circonstance à laquelle ce médicament doit aussi son nom de baies de Gnide, parce que les Asclépiades de Gnide l'employaient surtout en grande quantité ; les deux espèces d'ellébore croissent, en qualité supérieure, sur l'Oeta et à Anticyre ; le noir n'est pas trop mauvais non pins dans le pays de Lynceste et au delà du lac Ascanien, ainsi que sur le Parnasse et dans l'Etolie; mais le blanc est très-mauvais