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ATTENTION : police Athenian pour le grec.

 

VITRUVE

LIVRE QUATRIÈME.

INTRODUCTION.

A LA vue des nombreux ouvrages qui ont été écrits sur l'architecture, et dont la plupart n'offrent qu'un amas confus de principes sans ordre et sans suite, j'ai regardé, illustre empereur, comme chose honorable et utile de faire entrer clans un seul traité tout ce qui avait rapport à la science architecturale, et de classer dans chaque livre ce qui était relatif à chaque espèce de matière. Voilà pourquoi, César, j'ai traité, dans le premier livre, des devoirs de l'architecte, et des connaissances qu'il doit avoir ; dans le second, des différents matériaux qui servent à la construction des édifices, et, dans le troisième, de la forme des temples, de leurs différents genres, de leurs espèces, et de la distribution qu'il convient de donner à chaque ordre.
Parmi les trois ordres qui offrent le plus de délicatesse dans leurs parties, à cause de la proportion de leurs modules, j'ai fait connaître l'ordre ionique avec ses caractères. Je vais, dans le livre suivant, parler des qualités et des règles des ordres dorique et corinthien, et en faire voir les différences et les particularités.

I. Des trois ordres de colonnes, de leur origine et de la proportion du chapiteau corinthien.

Les colonnes corinthiennes ont les mêmes proportions que les colonnes ioniques, à l'exception du chapiteau dont la grandeur fait qu'elles sont, à proportion, plus hautes et plus déliées, puisque la hauteur du chapiteau ionique n'est que de la troisième partie du diamètre de la colonne, tandis que celle du chapiteau corinthien en a le diamètre tout entier. Cette différence en plus de deux parties de diamètre donne à la colonne corinthienne une hauteur qui la fait paraître plus délicate.
Les autres membres qui portent sur les colonnes corinthiennes empruntent leurs proportions et leur ordonnance à l'ordre dorique ou ionique. C'est que l'ordre corinthien n'a point de règles qui soient particulières à sa corniche, ni à ses autres ornements : l'ordre dorique prête à sa corniche les mutules qui conviennent aux triglyphes, et des gouttes à son architrave, et il doit à l'ordre ionique sa frise ornée de sculptures, et sa corniche avec des denticules.
Des deux ordres on a donc formé un troisième, n'ayant que le chapiteau qui lui appartienne. La forme des colonnes a fait naître trois ordres nommés dorique, ionique et corinthien : la première et la plus ancienne est la colonne dorique. L'Achaïe et tout le Péloponnèse furent gouvernés par Dorus, fils de Hellen et de la nymphe Orséide, et ce roi fit bâtir dans l'ancienne ville d'Argos, dans un lieu consacré à Junon, un temple qui se trouva par hasard être dans le genre qu'on appela dorique. On suivit ce modèle dans les autres villes d'Achaïe, à une époque où l'architecture n'était point encore une science.
Après avoir consulté l'oracle d'Apollon, à Delphes, les Athéniens, de concert avec toutes les villes de la Grèce, envoyèrent d'une seule fois, en Asie, treize colonies, ayant chacune son chef particulier. Le commandement général fut confié au fils de Xuthus et de Créuse, à Ion qu'Apollon de Delphes avait, par son oracle, reconnu pour son propre fils. Ce fut lui qui conduisit les colonies en Asie, et qui, après s'être emparé de la Carie, y fonda treize villes fameuses : Éphèse, Milet, Myonte, qui fut un jour engloutie par la mer, et dont les Ioniens transférèrent tous les droits aux Milésiens ; Priène, Samos, Téos, Colophon, Chios, Érythrée, Phocée, Clazomène, Lébédos et Mélite. L'arrogance des habitants de cette dernière ville provoqua la vengeance des autres cités, qui, lui ayant déclaré la guerre, la ruinèrent d'un commun accord. Elle fut remplacée dans la suite, grâce au roi Attale et à Arsinoé, par la ville de Smyrne, qui fit partie de la confédération ionienne.
Après l'expulsion des Cariens et des Lélèges, ces treize villes appelèrent le pays Ionie, en l'honneur d'Ion, leur chef, et se mirent à bâtir des temples aux dieux immortels dans les lieux qu'ils avaient consacrés. Le premier qu'elles construisirent fut dédié à Apollon Panionius. On le bâtit dans le genre de ceux qu'on avait vus en Achaïe, et ce genre, fut appelé dorique, parce que les villes des Doriens leur en avaient présenté de pareils.
Lorsqu'il fut question d'élever les colonnes de ce temple, comme on ne savait pas bien quelles proportions il fallait leur donner, on chercha les moyens de les rendre assez solides pour qu'elles pussent supporter le fardeau de l'édifice, sans rien perdre de la beauté du coup d'oeil. Pour cela on eut recours à la longueur du pied de l'homme qui fut comparée à la hauteur de son corps. C'est sur cette proportion que fut formée la colonne ; la mesure du diamètre qu'on donna au bas du fût, on la répéta six fois pour en faire la hauteur, y compris le chapiteau. Ainsi commença à paraître, dans les édifices, la colonne dorique offrant la proportion, la force et la beauté du corps de l'homme.
Plus tard ils élevèrent un temple à Diane, et, cherchant pour les colonnes quelque nouvel agrément, ils leur donnèrent, d'après la même méthode, toute la délicatesse du corps de la femme. Ils prirent d'abord la huitième partie de leur hauteur pour en faire le diamètre, afin qu'elles s'élevassent avec plus de grâce. On les plaça sur des bases en forme de spirale, qui figuraient la chaussure ; le chapiteau fut orné de volutes qui représentaient la chevelure dont les boucles tombent en ondoyant à droite et à gauche; des cymaises et des festons, semblables à des cheveux ajustés avec art, vinrent parer le front des colonnes, et du haut de leur tige jusqu'au bas descendirent des cannelures, à l'imitation des plis que l'on voit aux robes des dames. Ainsi furent inventés ces deux genres de colonnes : l'un emprunta au corps de l'homme sa noblesse et sa simplicité, l'autre à celui de la femme, sa délicatesse, ses ornements, sa grâce.
Dans la suite le goût et le jugement se perfectionnèrent ; l'élégance des petits modules eut de la vogue, et l'on donna à la hauteur de la colonne dorique sept de ses diamètres, et huit et demi à la colonne ionique. Cette colonne, dont les Ioniens furent les inventeurs, fut appelée ionique. La troisième, qu'on nomme corinthienne, représente toute la grâce d'une jeune fille, à laquelle un âge plus tendre donne des formes plus déliées, et dont la parure vient encore augmenter la beauté.
Voici l'anecdote que l'on raconte au sujet de l'invention du chapiteau de cette colonne. Une jeune fille de Corinthe, arrivée à l'âge nubile, fut atteinte d'une maladie qui l'emporta ; après sa mort, de petits vases qu'elle avait aimés pendant sa vie, furent recueillis par sa nourrice, arrangés dans une corbeille, et déposés sur sa tombe, et pour qu'ils se conservassent plus longtemps au grand air, elle les recouvrit d'une tuile. Cette corbeille avait été par hasard placée sur une racine d'acanthe. Pressée par le poids qui pesait en plein sur elle, cette racine d'acanthe poussa vers le printemps des tiges et des feuilles. Ces tiges grandirent tout autour de la corbeille, puis rencontrant aux angles de la tuile une résistance qui les comprimait, elles furent forcées à leur extrémité de se recourber en forme de rouleau.
Le sculpteur Callimaque, que l'élégance et la délicatesse de son ciseau firent nommer chez les Grecs
Kat‹texnow (01), passant auprès de ce tombeau, aperçut ce panier et les feuilles qui l'entouraient d'une manière si gracieuse. Charmé de cette forme nouvelle, il l'adopta pour les colonnes qu'il éleva à Corinthe. Ce fut d'après ce modèle qu'il établit et régla les proportions de l'ordre corinthien.
Or, voici quelles doivent être les proportions du chapiteau corinthien : le diamètre du bas de la colonne donnera la hauteur du chapiteau, y compris le tailloir, et la largeur du tailloir sera telle que la diagonale qui le coupe depuis un de ses angles jusqu'à l'autre, comprendra deux fois la hauteur du chapiteau. Cette extension donnera aux quatre faces du tailloir une grandeur convenable. Ces faces seront courbées en dedans, et cette courbure sera de la neuvième partie d'un côté, en mesurant d'un angle à l'autre. Le bas du chapiteau aura la même largeur que le haut de la colonne, sans le congé et l'astragale. L'épaisseur de tailloir sera de la septième partie de la hauteur du chapiteau.
Cette hauteur, moins l'épaisseur du tailloir, sera divisée en trois parties, dont une sera donnée à la feuille d'en bas ; la seconde feuille sera placée au milieu; et le même espace restera pour les caulicoles d'où naissent les troisièmes feuilles, du milieu desquelles sortent les volutes qui s'étendent jusqu'à l'extrémité des angles du chapiteau ; d'autres volutes plus petites seront sculptées au-dessous des roses qui se trouvent au milieu des faces du tailloir. Ces roses, figurées aux quatre côtés, seront aussi grandes que le tailloir est épais. Telles sont les proportions que doivent avoir les chapiteaux corinthiens pour être réguliers. Sur ces mêmes colonnes se placent d'autres chapiteaux qui portent différents noms ; mais les colonnes, conservant les mêmes proportions, ne doivent point changer celui qu'elles ont. Et ces chapiteaux n'ont reçu une nouvelle dénomination que parce qu'ils ont emprunté quelques parties à ceux des ordres corinthien, ionique et dorique, dont les proportions ont servi à en faire sculpter de nouveaux qui n'ont pas moins d'élégance.

II. Des ornements des colonnes.

Après avoir parlé ci-dessus de l'origine des différents genres de colonnes, je ne pense pas qu'il soit, non plus, hors de propos de faire connaître comment en ont été découverts les ornements, et à quelle causé on doit en rapporter l'origine. Dans tous les édifices, les parties supérieures sont faites en charpente. Les différentes pièces qui les composent prennent des noms qui varient selon l'usage auquel elles sont destinées. Les poitrails portent sur les colonnes, sur les piédroits et sur les pilastres; dans les contignations, servent les solives et les planches ; sous les toits, s'il y a beaucoup d'espace, on place, pour soutenir le faîtage, le columen (d'où les colonnes ont pris leur nom), les entraits et les contrefiches; si l'espace n'est pas considérable, on fait usage du poinçon et des forces qui s'avancent jusqu'au bord de l'entablement. Sur les forces sont placées les pannes, et ensuite, pour porter les tuiles, les chevrons, dont la saillie est telle qu'elle met les murailles à couvert.
Ainsi chaque chose, dans un édifice, doit occuper la place que lui assigne l'usage auquel elle est propre. Toutes ces différentes pièces de bois que les charpentiers font entrer dans leurs ouvrages, les architectes, dans l'édification des temples de pierre et de marbre, en ont reproduit la disposition par des ornements sculptés, et ont cru devoir en conserver l'invention. Les anciens ouvriers, dans leurs constructions, après avoir placé les poutres de manière que de l'intérieur des murs elles passassent a l'extérieur en faisant une saillie, remplissaient de maçonnerie l'espace compris entre chaque poutre, et élevaient au-dessus les corniches et les frontons qu'un habile ciseau embellissait des ornements les plus délicats ; le bout des poutres qui dépassait le niveau du mur était ensuite coupé à plomb ; mais comme le résultat de cette opération leur paraissait peu gracieux, ils taillaient de petites planches auxquelles ils donnaient la forme de nos triglyphes, et les clouaient au bout des poutres coupées ; puis ils les couvraient de cire bleue pour cacher ces coupures qui auraient choqué la vue. C'est cette manière de couvrir les bouts de poutres qui donna l'idée d'introduire, dans les ouvrages doriques, la disposition des triglyphes et les intervalles des métopes.
Quelques-uns ensuite, dans d'autres édifices, prolongèrent au droit des triglyphes le bout des forces, dont ils recourbèrent la saillie. Il en est résulté que, comme la disposition des poutres a donné les triglyphes, de même la saillie des forces a fait naître les mutules qui soutiennent les corniches. Souvent il arrive que, dans les édifices de pierre et de marbre, les mutules reçoivent du ciseau une forme inclinée, ce qui n'est qu'une imitation des forces dont l'inclinaison est nécessaire pour l'écoulement des eaux. C'est donc à ces imitations que l'ordre dorique doit l'invention des triglyphes et des mutules.
On a dit que les triglyphes représentaient des fenêtres ; c'est une erreur, il ne peut en être ainsi : les triglyphes se placent aux angles et sur le milieu des colonnes, et ce n'est point là qu'il peut y avoir des fenêtres. Ne verrait-on pas les angles d'un édifice se disjoindre, si l'on y pratiquait des ouvertures de fenêtres ?
Et si l'endroit où se voient les triglyphes était considéré comme l'emplacement des fenêtres, il faudrait dire, par la même raison, que les denticules, dans l'ordre ionique, occupent la place des fenêtres : car les intervalles qui se trouvent entre les denticules, aussi bien que ceux qu'on voit entre les triglyphes, se nomment métopes, et les Grecs appellent
ôp¡w les trous dans lesquels on fait entrer les bouts des poutres et des chevrons; nous leur avons donné, nous, le nom de columbaria : voilà pourquoi l'espace compris entre deux opes a été appelé par eux métope.
Telle est dans l'ordre dorique l'origine des triglyphes et des mutules, et dans l'ordre ionique celle des denticules, dont on retrouve la disposition dans les charpentes. Les mutules représentent l'extrémité saillante des forces; et de la saillie des chevrons ont été imités les denticules ioniques. Voilà pourquoi, dans leurs édifices, les Grecs n'ont jamais mis de denticules au-dessous des mutules ; les chevrons ne peuvent en effet se trouver sous les forces. Si ce qui doit réellement être posé sur les forces et sur les pannes vient, dans l'imitation, à être placé au-dessous, il y aura évidemment incorrection dans le travail. C'est par la même raison que les anciens n'ont point mis de mutules ni de denticules aux frontons ; ils n'y voulaient avoir que de simples corniches : ce qui est facile à concevoir, puisque ni les forces ni les chevrons ne sont disposés dans le sens des frontons, où ils ne peuvent faire saillie, et qu'ils ont, au contraire, leurs pentes vers les gouttières. Ce qui ne peut exister en réalité, ils ont pensé qu'ils ne pouvaient avec raison le représenter dans leurs imitations.
Aucune des parties de leurs ouvrages ne représente une chose impropre : toutes sont fondées sur la nature, dont ils ne s'écartent jamais; jamais ils n'ont approuvé ce dont la raison et la vérité ne pouvaient soutenir l'explication. C'est d'après ces principes qu'ils ont établi pour chaque ordre les proportions qu'ils nous ont laissées. J'ai puisé dans leurs leçons les explications que je viens de donner pour l'ordre ionique et le corinthien ; je vais maintenant dire quelques mots de l'ordre dorique, et de tout ce qui le concerne.

III. De l'ordre dorique.

Quelques anciens architectes ont dit que l'ordre dorique ne convenait point pour les édifices sacrés, à cause de ses proportions vicieuses et incommodes. Tel fut le sentiment de Tarchesius, de Pytheus et d'Hermogène. Celui-ci avait beaucoup de marbre de préparé pour construire un temple d'ordre dorique ; mais il changea d'idée, et ses matériaux furent employés à la construction d'un temple d'ordre ionique, qui fut consacré à Bacchus. Ce n'est pourtant pas que l'ordre dorique manque de grâce dans son aspect et dans son genre, ou de majesté dans ses formes ; mais il y a gêne et embarras pour la distribution des triglyphes et des plafonds ou larmiers.
En effet, dans la distribution de ces ornements, il est nécessaire que les triglyphes correspondent avec le milieu des colonnes, et que les métopes qui se font entre les triglyphes soient aussi longues que larges : cependant les triglyphes qui se trouvent aux extrémités, au-dessus des colonnes placées aux angles, ne se rapportent pas au milieu des colonnes, et les métopes les plus rapprochées des triglyphes destinés aux angles ne conservent plus la forme carrée : elles sont plus longues de la moitié de la largeur du triglyphe. Si l'on veut avoir des métopes de même grandeur, le dernier entre-colonnement devra être plus étroit que les autres de la moitié de la largeur du triglyphe ; mais, soit qu'on élargisse les métopes, soit qu'on rétrécisse les entre-colonnements, il y aura toujours quelque chose d'incorrect. Voilà sans doute pourquoi les anciens ne se sont point servis de l'ordre dorique pour les édifices sacrés.
Nous ne laissons point d'en donner ici les proportions telles que nos maîtres nous les ont transmises, afin que si on veut les observer avec exactitude, les règles en soient si clairement expliquées, qu'on puisse élever des temples d'ordre dorique qui ne laissent rien à reprendre ni à corriger. La façade du temple dorique, à l'endroit où sont placées les colonnes, doit être divisée, si l'on veut un tétrastyle, en vingt-sept parties ; en quarante-deux, si c'est un hexastyle. Une de ces parties sera le module, appelé par les Grecs
¤mb‹thw. Ce module une fois déterminé, c'est d'après lui qu'il faut régler les distributions de l'édifice.
Le diamètre des colonnes doit être de deux modules ; la hauteur, compris le chapiteau, de quatorze; la hauteur du chapiteau, d'un module, et sa largeur, de deux modules et demi. La hauteur du chapiteau doit être divisée en trois parties, une pour la plinthe et la doucine, une autre pour le quart de rond et les annelets, une autre pour la gorge du chapiteau. La diminution de la colonne doit être semblable à celle que nous avons indiquée dans le troisième livre pour la colonne ionique. La hauteur de l'architrave, avec la plate-bande et les gouttes, doit être d'un module ; la plate-bande, de la septième partie d'un module ; les gouttes qui sont sous la plate-bande, au droit des triglyphes, y compris la tringle, doivent pendre de la sixième partie du module ; la largeur du bas de l'architrave doit correspondre à celle de la gorge du haut de la colonne. Sur l'architrave doivent être placés les triglyphes et les métopes, dont la hauteur sera d'un module et demi, et la largeur, d'un module. Telle doit être la disposition des triglyphes, qu'il y en ait un de placé aussi bien au-dessus des colonnes angulaires qu'au-dessus de celles du milieu, correspondant parfaitement au droit de ces colonnes, deux dans les entre-colonnements, et trois dans les entre-colonnements du milieu, tant à l'entrée qu'à la sortie; ce qui donnera à cette dernière partie assez de largeur pour qu'on puisse, sans difficulté, se diriger vers les statues des dieux.
La largeur des triglyphes doit se diviser en six parties, cinq pour le milieu ; la sixième formera les deux demi-parties placées l'une à droite et l'autre à gauche. On tracera au milieu une règle que nous appelons fémur, et les Grecs
mhrñw . De chaque côté de ce fémur on tracera deux petits canaux, creusés selon la carne de l'équerre ; à la droite de l'un de ces canaux et à la gauche de l'autre se trouvera un autre fémur ; aux extrémités, enfin, il y aura deux demi-canaux tournés en dehors. Les triglyphes une fois placés, que les métopes, qui sont entre les triglyphes, soient aussi hautes que larges, et qu'aux angles, il y ait des demi-métopes auxquelles on fasse perdre la largeur d'un demi-module. C'est par ce moyen qu'on remédiera à tous les défauts des métopes, des entre-colonnements et des plafonds, dont les divisions seront égales.
Les chapiteaux des triglyphes doivent avoir la sixième partie du module ; au-dessus de ces chapiteaux doit se placer le larmier avec une saillie d'un demi-module et d'une sixième partie de module, comprenant la cymaise dorique qui est au-dessous, et l'autre cymaise qui est au-dessus ; le larmier, y compris les cymaises, aura de hauteur la moitié d'un module. Au plafond du larmier, il faut creuser des chemins droits, au-dessus des triglyphes, et au droit du milieu des métopes. Les gouttes doivent être disposées de telle sorte qu'il y en ait six sur la longueur, et trois sur la profondeur ; le reste de l'espace, qui est plus grand au-dessus des métopes qu'au-dessus des triglyphes, doit rester sans ornements ou ne recevoir que des foudres; vers le bord du larmier, il faudra tailler une moulure concave, qu'on appelle scotie. Tous les autres membres, comme tympans, cymaises, corniches, doivent être semblables à ceux dont on a donné la description pour l'ordre ionique.
Telles sont les proportions établies pour les édifices diastyles ; mais si l'on veut avoir un temple systyle et monotriglyphe, sa façade, si elle est tétrastyle, devra être divisée en vingt-deux parties, ou en trente-deux, si elle est hexastyle ; une de ces parties sera le module d'après lequel, comme nous l'avons dit plus haut, tout l'ouvrage sera mesuré. Au-dessus de chaque entre-colonnement doivent se trouver deux métopes et un triglyphe ; aux angles il doit y avoir l'espace d'un demi-triglyphe seulement, et à l'entre-colonnement, qui est sous la pointe du fronton, la place de trois triglyphes et de quatre métopes, afin que cet espace offre un passage plus large à ceux qui montent au temple, et que les images des dieux puissent être vues dans toute leur majesté.
Sur les chapiteaux des triglyphes doit se mettre la corniche, qui aura, comme nous l'avons dit, une cymaise dorique au-dessous, et une autre cymaise au-dessus ; cette corniche avec les cymaises sera haute d'un demi-module. Il faudra aussi sous la corniche, au-dessus des triglyphes et au droit du milieu des métopes, creuser des chemins droits, disposer les gouttes et faire les autres ornements, comme on l'a prescrit pour le diastyle.
Les colonnes devront avoir vingt cannelures. Si elles doivent être à pans, il faudra qu'elles présentent vingt angles ; si l'on veut que les cannelures soient creusées, voici de quelle manière il faudra procéder : on tracera un carré dont les côtés seront égaux à la largeur de la cannelure ; au milieu du carré se placera le centre d'un compas ; puis on décrira une ligne courbe qui passera par les angles du carré ; l'espace compris entre la ligne courbe et les côtés du carré indiquera 1a forme qu'il faudra donner à la cannelure. La colonne dorique se trouvera ainsi ornée de la cannelure qui lui est particulière.
Quant au renflement qui doit exister au milieu de la colonne, il se fera d'après les règles établies au troisième livre pour la colonne ionique.
Après avoir décrit les proportions des colonnes corinthiennes, doriques et ioniques, et ce qui concerne l'extérieur des temples, il reste à expliquer la disposition intérieure des cella et du pronaos.

IV. De l'intérieur des cella, et de la distribution du pronaos.

Voici les dimensions que l'on donne à un temple : sa largeur doit être de la moitié de sa longueur, et la cella, y compris la muraille où se trouve la porte, doit être d'un quart plus longue que large. Les trois parties que comprend le pronaos doivent s'étendre jusqu'aux pilastres qui terminent les murs, et ces pilastres doivent avoir la grosseur des colonnes. Quand le temple a plus de vingt pieds de large, on met entre les deux pilastres deux colonnes qui ferment l'espace compris entre les deux ailes, c'est-à-dire le pronaos. Les trois entre-colonnements qui sont entre les pilastres et les colonnes seront fermés par une balustrade de marbre ou de menuiserie ; on y ménagera des portes pour donner entrée dans le pronaos.
Si la largeur du temple est de plus de quarante pieds, il faudra mettre alors en dedans des colonnes sur la ligne de celles de devant ; mais voici dans quelle proportion leur grosseur devra être diminuée : si celles de devant sont grosses de la huitième partie de leur hauteur, celles du dedans le seront de la neuvième ; si les premières n'étaient grosses que de la neuvième ou de la dixième partie, il faudrait diminuer les secondes dans la même proportion. L'obscurité du lieu empêchera qu'on ne s'aperçoive de ce rétrécissement ; si pourtant elles paraissaient trop grêles, il faudrait leur faire vingt-huit ou trente-deux cannelures, en supposant que les colonnes du devant en eussent vingt ou vingt-quatre. Par ce moyen , ce qu'on aura enlevé à la tige de la colonne sera compensé par l'augmentation du nombre des cannelures qui fera moins remarquer cette diminution, et la grosseur paraîtra la même dans ces différentes colonnes.
Or, voici la cause de cet effet : l'oeil en parcourant des faces plus nombreuses et plus serrées, semble errer sur une plus vaste circonférence. Car si vous mesurez avec un fil deux colonnes d'égale grosseur, mais dont l'une soit cannelée, et l'autre sans cannelures, et que vous promeniez ce fil dans les cavités et sur les angles des cannelures, bien que ces colonnes soient de même grosseur, le fil don vous vous serez servi n'aura point la même dimension, le chemin qu'on lui aura fait faire dans les cannelures et sur le plein qui les sépare, devant le rendre plus long. Cela posé, rien n'empêche que, dans des lieux étroits, dans une espace resserré, on ne mette des colonnes plus minces, sans qu'elles paraissent l'être, puisque nous trouvons un remède dans le nombre des cannelures.
Quant à l'épaisseur des murs de la cella, elle doit être proportionnée à leur grandeur. Il suffit toutefois de donner à leurs pilastres la largeur du diamètre des colonnes. S'ils doivent être construits avec des pierres ordinaires, il faudra employer les plus petites ; si on les veut en marbre ou en pierre de taille, on prendra de préférence des quartiers médiocres et égaux, afin que les jointures des pierres du rang supérieur correspondent avec le milieu des pierres du rang inférieur, ce qui donnera à l'ouvrage plus de solidité et de durée ; de plus, les intervalles où la chaux fait saillie, à cause de la compression qui a lieu entre les joints montants et les joints des assises, donneront à l'édifice un aspect agréable.

V. De l'orientation des temples.

Les demeures sacrées des dieux immortels doivent être orientées de manière que, si rien ne s'y oppose, si l'on peut à son gré en fixer la position, la statue du dieu qui aura été placée dans la cella, regarde l'occident, afin que ceux qui viennent déposer des victimes sur l'autel ou faire des sacrifices, aient en même temps le visage tourné vers l'orient et vers l'image qui est dans le temple, et puissent, eu adressant leurs voeux, regarder et le temple et l'orient, et pour que les statues elles-mêmes paraissent se lever avec le soleil et regarder ceux qui les prient et qui leur offrent des sacrifices. Il paraît donc nécessaire que tous les autels des dieux soient tournés du côté du levant.
Si toutefois la nature du terrain ne le permet pas, il faut alors placer le temple de manière qu'il puisse avoir vue sur la plus grande partie de la ville, ou bien s'il est bâti auprès d'un fleuve, comme en Égypte où l'on construit les temples sur les bords du Nil, il importe qu'il soit tourné vers la rive du fleuve. De même, s'il doit être bâti auprès d'un grand chemin, il faudra le construire de manière que les passants puissent en regarder et saluer la façade.

VI. Portes et chambranles des temples ; leurs proportions.

Avant de s'occuper des proportions des portes et de leurs chambranles, il faut arrêter le genre qu'on veut leur donner ; car il y a trois espèces de portes, la dorique, l'ionique, l'atticurge. Les proportions de la porte dorique sont telles, que le haut de la couronne qui est placée au. dessus de la partie supérieure du chambranle soit parfaitement de niveau avec le haut des chapiteaux des colonnes qui sont au pronaos. Pour déterminer la hauteur de l'ouverture de la porte, il faut que l'espace compris entre le pavé et le plafond soit divisé en trois parties et demie, dont on doit donner deux à la hauteur de l'ouverture de la porte. Cette hauteur devra être subdivisée en douze parties, dont cinq et demie formeront la largeur du bas de la porte. Le haut devra être plus étroit de la troisième partie du chambranle, si l'ouverture de la porte, depuis le bas jusqu'en haut, est de seize pieds ; de la quatrième, si elle est de seize à vingt-cinq pieds ; de la huitième, si elle est de vingt-cinq à trente pieds. Plus elles seront élevées, plus elles devront se rapprocher de la ligne perpendiculaire.
La largeur des parties du chambranle qui font les jambages sera de la douzième partie de la hauteur de l'ouverture de la porte, et ces jambages seront rétrécis par le haut de la quatorzième partie de leur largeur. La partie du chambranle qui traverse sera aussi large que le haut des jambages. La cymaise doit avoir la sixième partie du chambranle, et sa saillie la même largeur. Cette cymaise doit être lesbienne avec un astragale. Au-dessus de la cymaise qui est à la partie du chambranle qui traverse, il faut placer l'hyperthyron, dont la largeur sera égale à celle du linteau, et lui faire une cymaise dorique avec un astragale lesbien. Enfin il faut poser la couronne plate avec sa cymaise. Elle aura en saillie la largeur du linteau qui porte sur les jambages. A droite et à gauche, les saillies doivent être telles que les extrémités des cymaises débordent et aillent se joindre exactement.
Si la porte doit être ionique, on en fera l'ouverture d'après les proportions de la porte dorique. Afin d'en avoir la largeur, on divisera la hauteur en deux parties et demie pour en donner une à la largeur d'en bas ; le rétrécissement du haut se fera comme pour la porte dorique. La largeur du chambranle sera de la quatorzième partie de la hauteur de l'ouverture de la porte ; sa cymaise, de la sixième partie de sa largeur ; le reste de cette largeur, sans la cymaise, sera divisé en douze parties dont trois seront données à la première fasce, y compris son astragale, quatre à la seconde, cinq à la troisième ; ces fasces avec leurs astragales, régneront tout le long du chambranle.
L'hyperthyron aura les mêmes proportions que celui de la porte dorique. Les consoles appelées prothyrides, taillées à droite et à gauche,, descendront jusqu'au niveau de la partie inférieure du linteau, sans comprendre la feuille qui les termine. Leur largeur par le haut sera des deux tiers de celle du chambranle, et par le bas d'un quart plus étroite que par le haut. Le bois des portes doit être assemblé de manière que les montants où sont les gonds soient larges de la douzième partie de la largeur de l'ouverture de la porte. Les panneaux qui se trouvent entre les montants auront trois de ces douze parties.
Les traverses seront disposées de telle sorte que la hauteur de la porte, ayant été divisée en cinq parties, deux soient assignées à la partie supérieure, les trois autres à la partie inférieure. Sur la ligne qui partage ces deux parties sera placée la traverse du milieu ; les autres seront assemblées l'une en haut et l'autre en bas ; la largeur de la traverse devra être de la troisième partie du panneau ; la cymaise, de la sixième partie de la traverse ; la largeur des montants, de la moitié de la traverse ; le châssis des panneaux sera large de la moitié de cette traverse et d'une sixième partie. Les montants qui sont devant le deuxième assemblage doivent avoir la moitié de la traverse. Si les portes sont à deux battants, ces hauteurs n'auront besoin d'aucun changement ; il n'y aura qu'à doubler la largeur ; dans le cas où elles seraient à deux battants brisés, il faudrait ajouter à la hauteur.
Les portes atticurges se font d'après les mesures établies pour les portes doriques ; seulement les chambranles sont entourés, sous les cymaises, de plates-bandes dont la proportion est des deux septièmes des chambranles, moins la cymaise. Ces portes ne sont point, non plus, ornées de marqueterie ; elles ne sont point à deux battants ; elles n'en ont qu'un qui s'ouvre en dehors.
Je viens de traiter des proportions qu'il c
onvient de donner aux temples bâtis selon l'ordre dorique, ionique et corinthien : je l'ai fait suivant les règles que j'ai jugées les plus raisonnables ; je vais maintenant parler de l'ordre toscan et des principes qui le constituent. 

VII. De l’ordre Toscan

Après avoir divisé en six parties la longueur de l'emplacement destiné à la construction du temple, on en déterminera la largeur en retranchant l'une d'elles. Il faudra encore partager la longueur en deux parties, dont celle du fond sera réservée aux cella, et celle du devant à la disposition des colonnes.
La largeur sera aussi divisée en dix parties: trois à droite et trois à gauche seront consacrées aux petites chapelles ou aux ailes, si l'on en fait ; les quatre autres formeront le milieu du temple. L'espace qui est en avant de la cella, le pronaos, sera disposé pour recevoir les colonnes, de manière que celles des angles soient placées dans la direction des antes qui terminent les murs. Devant les murs qui sont entre les antes, et le milieu du temple, il y aura deux colonnes disposées de telle sorte qu'elles se trouvent entre les antes, tandis que deux autres encore seront élevées au milieu des premières colonnes, et sur la même ligne : leur diamètre par le bas doit être de la septième partie de leur hauteur, et leur hauteur de la troisième partie de la largeur du temple ; le haut des colonnes sera d'une quatrième partie moins gros que le bas.
Leurs bases auront en hauteur la moitié du diamètre de la tige : elles auront une plinthe arrondie dont l'épaisseur répondra à la moitié de leur hauteur, et le tore avec le congé sera aussi haut que la plinthe. La hauteur du chapiteau sera de la moitié de la grosseur de la colonne, et l'on donnera à la largeur du tailloir tout le diamètre du bas de la colonne. La hauteur du chapiteau sera divisée en trois parties, une pour la plinthe qui tient lieu de tailloir, une autre pour l'ove, la troisième pour la gorge et le congé.
Sur les colonnes il faudra mettre des pièces de bois jointes ensemble, dont la hauteur répondra au module qu'exigera la grandeur de l'ouvrage ; l'assemblage de ces pièces de bois sera tel qu'il représentera, dans son épaisseur, la largeur du diamètre rétréci du haut de la colonne, et que, fait à l'aide de tenons et de queues d'aronde, il laissera entre chaque pièce un vide de la largeur de deux doigts. Autrement, si elles se touchaient, si l'air, par son souffle, ne venait les rafraîchir, elles s'échaufferaient et ne tarderaient pas à se pourrir.
Au-dessus de ces pièces de bois il y aura un mur, qui supportera les mutules, dont la saillie sera du quart de la largeur de la colonne. Sur ces mutules il faudra clouer les membres de la corniche qui sera de bois ; puis au-dessus on élèvera le fronton, dont l'intérieur se fera en maçonnerie ou en charpente. Ce fronton soutiendra le faîtage, les chevrons et les pannes, de manière que la saillie du toit représente le tiers du toit entier.

VIII. Des temples ronds et de ceux qui présentent d'antres dispositions.

Il se fait aussi des temples ronds ; les uns ne sont soutenus que par des colonnes, sans avoir de cella : on les appelle monoptères; les autres prennent le nom de périptères. Ceux qui n'ont point de cella ont un tribunal et des degrés qui doivent avoir la troisième partie du diamètre du temple. Les piédestaux portent des colonnes dont la hauteur est égale à la longueur de la, ligne diamétrale conduite de la partie extérieure d'un piédestal à celle d'un autre. Leur grosseur est de la dixième partie de toute la colonne, y compris le chapiteau et la base. La hauteur de l'architrave est de la moitié du diamètre de la colonne. La frise et les autres parties qui se trou-vent au-dessus, ont les proportions que j'ai établies dans le troisième livre.
Si le temple doit être périptère, il faudra établir deux degrés sur lesquels poseront les piédestaux ; la muraille de la cella sera éloignée des piédestaux de la cinquième partie environ de la largeur du temple ; on laissera au milieu un espace pour la porte d'entrée. Le diamètre de cette cella sera dans oeuvre égal à la hauteur de la colonne, moins le piédestal. Les colonnes qui doivent entourer le temple auront les proportions de celles du monoptère.
Telle doit être la proportion de la couverture que le dôme, moins le fleuron, ait de hauteur la moitié du diamètre du temple. La grandeur du fleuron sera la même que celle des chapiteaux des colonnes, moins la pyramide. Le reste semble devoir être fait selon les proportions qui ont été déterminées ci-dessus.
Il existe encore d'autres espèces de temples. Bien qu'ils aient les mêmes proportions, ils diffèrent cependant par la disposition de leur plan : tel est celui de Castor dans le cirque de Flaminius ; celui de Véjovis, placé entre deux bois sacrés ; celui de Diane, dans la forêt Aricine, qui a des colonnes ajoutées à droite et à gauche, aux côtés du pronaos. Or, le plan d'après lequel on a bâti dans le Cirque le temple de Castor, avait d'abord servi pour le temple de Minerve, dans la citadelle d'Athènes, et pour celui de Pallas, au cap Sunium, dans l'Attique. Leurs proportions sont absolument les mêmes : car la cella est deux fois aussi longue que large, et tout ce qui se trouve ordinairement aux façades a été exactement transporté aux côtés.
Quelques architectes, empruntant à l'ordre toscan la disposition de ses colonnes, l'ont adoptée pour des temples corinthiens et ioniques, et pour ceux où les côtés du pronaos sont fermés par des murs qui avancent avec leurs antes ; plaçant deux colonnes au droit des murs qui séparent le pronaos de la cella, ils font un mélange de l'ordre toscan et des ordres grecs.
D'autres en éloignant les murs du temple, et en leur faisant franchir l'espace de l'entre-colonnement, agrandissent la cella de toute la largeur du portique qui disparaît , et ne changeant rien aux proportions des autres parties du temple, lui donnent un autre plan et un autre nom, celui de pseudopériptère. Ces changements ont été introduits pour la commodité des sacrifices. Tous les dieux, en effet, ne peuvent avoir des temples construits dans les mêmes proportions, à cause de la différence que produit, dans les cérémonies, la diversité des sacrifices.
J'ai décrit tontes les espèces de temples, telles qu'elles me sont connues, et j'en ai distingué les ordres et les proportions d'après, les caractères qui leur sont propres. Les différences que présentent leurs plans, les particularités qui les diversifient, je les ai expliquées, autant qu'il m'a été possible de le faire. Je vais maintenant parler des autels des dieux immortels, et de la manière de les disposer pour la commodité des sacrifices.

IX. De la disposition des autels des dieux.

Les autels des dieux doivent être tournés vers l'orient. Il faut qu'ils soient toujours moins élevés que les statues qui sont dans les temples, afin que ceux qui adressent à une divinité leurs voeux et leurs sacrifices, reconnaissent, à la différence de leur hauteur, le degré de dignité qui appartient à chaque dieu. Or, le développement de leur hauteur doit être tel que Jupiter et les autres dieux du ciel en aient de fort hauts, Vesta et les divinités de la terre et de la mer de plus bas. C'est d'après ces règles que devront être établies les proportions des autels placés au milieu des temples.
Après avoir traité dans ce livre de l'ordonnance des édifices sacrés, nous allons, dans le suivant, nous occuper de la distribution des édifices publics.

(01) Premier ouvrier.

NOTES DU LIVRE QUATRIÈME.

1. - De earum generum varietate. Après avoir traité des genres qui appartiennent particulièrement aux temples, dont Vitruve a fait sept espèces, en établissant leurs différences sur les diverses dispositions de leurs parties, qui sont le dedans du temple, le pronaos, le posticum et les colonnes, sans avoir égard soit à leurs proportions, soit à leurs ornements ; après avoir parlé des genres communs aux temples et aux autres édifices, dont les différences sont prises de la disposition, ou de la proportion des colonnes (de la disposition des colonnes, suivant laquelle il a fait cinq espèces d'édifices ; de la proportion des colonnes et de leurs ornements, suivant lesquels il a fait trois ordres, le dorique, l'ionique et le corinthien), il va établir des règles pour la proportion des colonnes, et pour le caractère et la figure de certaines parties qui leur conviennent. La proportion des colonnes prend ses différences de leur grossièreté ou de leur délicatesse; et la figure des membres particuliers qui leur conviennent suivant leur proportion, prend ses différences de la simplicité ou de la richesse des ornements de leurs chapiteaux, de leurs bases, de leurs, cannelures et de leurs modillons ou mutules.

2. - Columnae Corinthicae. On distingue quatre ordres de colonnes, dit Pline (Hist. Nat., liv. XXXVI , ch. 56). Celles qui ont en hauteur six fois le diamètre de leur partie inférieure, s'appellent colonnes doriques ; neuf diamètres caractérisent les ioniques ; sept diamètres les toscanes. Les colonnes d'ordre corinthien ont les mêmes proportions que les ioniques ; mais elles en diffèrent en ce que la hauteur du chapiteau égale le diamètre de la base, ce qui les fait paraître plus sveltes. La hauteur du chapiteau ionique, au contraire, n'est que le tiers du diamètre de la base. L'ancien rapport entre la largeur du temple et la hauteur des colonnes, était de trois à un. C'est dans le temple de Diane Ephésienne que se virent les premiers chapiteaux et les premiers piédestaux. Là aussi, on régla que la hauteur égalerait huit fois le diamètre de la base ; que les piédestaux auraient en hauteur moitié de ce même diamètre ; enfin, que celui de l'extrémité supérieure aurait un septième de moins que celui de l'extrémité inférieure. On distingue de plus les colonnes attiques, qui sont quadrangulaires et partout d'égal diamètre.

3. - Quod Ionici capituli altitude tertia pars est crassitudinis columnarum. Cette hauteur ne comprend pas ce qui pend des volutes au-dessous de l'astragale, mais seulement ce qui est au-dessus, parce que, dit Perrault, il s'agit ici de comparer la hauteur du chapiteau avec la hauteur du fût de la colonne ; ce qu'on ne pourrait faire si l’on prenait la hauteur du chapiteau entier dont une partie anticipe sur le fût ; encore ne faut-il voir dans la proportion de Vitruve qu'un à peu près ; car, sans les volutes, le chapiteau a encore quelque chose de plus que le tiers du diamètre du bas de la colonne.

4. - Corinthii tota crassitudo scapi. Serlio dit que dans tous les chapiteaux corinthiens qu'il a mesurés, il n'en a point trouvé où le tambour, sans le tailloir, ne fût plus haut que le diamètre du bas de la colonne ; ce qui le porterait à croire que le texte de Vitruve est ici corrompu. Toutefois, Vitruve déclare un peu plus loin, dans le même chapitre, que le tailloir est compris dans cette grandeur du chapiteau, comparée au diamètre du bas de la colonne.

5. - Duae partes e crassitudine Corinthiarum adjiciuntur. Toute cette hauteur ne va qu'à neuf diamètres et un sixième, parce que le chapiteau corinthien qui avait de hauteur le diamètre tout entier ne pouvait donner à la colonne corinthienne, de plus qu'à la colonne ionique, que deux tiers de diamètre, qui, joints à huit et demi, font neuf un sixième.

6. - Cetera membra. Ces autres membres sont l'architrave, la frise et la corniche. Je ne sache point, dit Perrault, que personne ait fait réflexion sur cet endroit de Vitruve où il est dit, ce me semble, assez clairement, que les anciens mettaient indifféremment sur les colonnes corinthiennes des entablements tantôt doriques, tantôt ioniques. Il ne reste point d'exemple de colonnes corinthiennes qui aient un entablement dorique, comme il en est resté qui en ont un ionique, au Panthéon, au temple de Faustine et au portique de Septimius.

7. - Sed aut e triglyphorum rationibus mutuli in coronis, et in epistyliis guttae Dorico more disponuntur. Les mutules sont des espèces de modillons carrés qui servent de couronnement aux triglyphes. Vitruve, dans la description qu'il donne de la corniche dorique, n'en fait aucune mention, dit Perrault ; il met seulement au droit des triglyphes, à la place des mutules, trois rangs de gouttes attachées sous le plafond du larmier ; néanmoins, dans le chapitre qui suit, de même qu'ici, il joint les triglyphes avec les mutules. La vérité est que les corniches où il y a des mutules ont plus de grâce que les autres qui sont trop petites : car les mutules augmentent beaucoup la saillie et la hauteur de cette corniche.

8. - Zophori scalpturis ornati cum denticulis. De même que la moulure appelée échine, à cause des espèces de châtaignes qui y sont taillées, ne laisse pas de porter le même nom dans le chapiteau dorique, bien qu'elle ne soit pas taillée, de même il y a apparence que le membre carré, qui d'ordinaire est recoupé dans l'ordre ionique, peut être appelé denticule, lors même qu'il n'est pas recoupé ; et on peut croire, dit Perrault, que Vitruve a entendu qu'il ne doit point l'être dans la corniche corinthienne quand elle a des modillons, puisqu'il déclare au chapitre suivant qu'on n'a jamais vu dans les ouvrages des Grecs de denticules au-dessous des modillons, c'est-à-dire des denticules taillés. Or, quand il dit que la corniche corinthienne n'a rien de particulier, il, faut l'entendre de celle qui est sans modillons, dans laquelle le membre carré du denticule est coupé et taillé comme à la corniche ionique.

9. - Dorus. Bien que les Doriens, une des quatre tribus helléniques, eussent pour héros Éponyme Dorus, fils d'Hellen, ils ne descendaient pas de lui, puisqu'ils existaient déjà sous Deucalion (1635 avant J.-C.).

10.- Argos. On voit à Argos des ruines nombreuses : une citadelle dont les assises sont de construction cyclopéenne, un amphithéâtre, des vestiges de temples, etc.

11.- Junonis templo aedificavit ejus generis fortuito formae fanum. Galiani fait remarquer que le mot templum, dans son origine, voulait dire un lieu consacré et destiné à la construction d'un temple, et le mot fanum le temple même. En effet, on trouve un peu plus loin dans le texte, templa constituentes coperunt fana aedificare, c'est-à-dire qu'ils consacrèrent d'abord un lieu choisi (templum), et qu'ils y bâtirent ensuite un temple (fanum), ce qui confirme l'observation de Galiani. Il n'en est pas moins certain que ces deux mots ont été indistinctement employés par les auteurs latins pour exprimer la même chose.

12. - Et summum imperii potestatem Ioni, Xuthi et Creusae filio, dederunt. Selon Pausanias (liv. VII , ch. 1, 2, 3,4 ) , Vitruve ferait, à l'égard de cet établissement, un anachronisme assez considérable, quand il dit qu'Ion, fils de Xuthus, conduisit dans l'Asie Mineure les colonies qui construisirent le temple de Diane d'Éphèse. Ces colonies ne s'y transportèrent que quatre cents ans après lui, sous la conduite de Nylée et des autres fils de Codrus, mécontents de leur frère Médan, à qui la Pythie avait adjugé le royaume d'Athènes.

13. - Ephesum. Éphèse est surtout célèbre par le temple magnifique de Diane, qui fut incendié par Erostrate, et rebâti depuis avec plus de magnificence encore.

14 - Myunta. Bien que Pausanias (liv. VII , ch. 2) ne raconte pas de la même manière la ruine de Myonte, il dit néanmoins que les eaux furent la première cause de l'abandon de cette ville par les habitants, qui se réfugièrent à Milet, à cause de la quantité prodigieuse de cousins produites par des eaux stagnantes.

15.- Idem in columnam transtulerunt. L'analogie que Vitruve établit entre le corps de l'homme et une colonne, est un peu forcée. Quelle conformité y a-t-il, en effet, entre le rapport de la longueur du pied à la hauteur de l'homme, entre celui du diamètre du bas de la colonne à la longueur. On ne laisse pas toutefois de l'admettre à cause de la perfection du corps humain pris pour modèle. On ne trouve, non plus, rien de ridicule dans la comparaison de la colonne dorique avec la vigueur mâle et robuste de l'homme, de la colonne corinthienne avec la taille souple et gracieuse d'une jeune fille, de la colonne ionienne avec le corps d'un jeune homme qui n'a ni la vigueur de celui de d'homme fait, ni la délicatesse de celui de la jeune fille. C'est peut-être trop caresser l'idée de cette analogie, que de comparer la base d'une colonne à des chaussures , et les volutes à des boucles de cheveux.

16. - Et qua crassitudine fecerunt basim scapi. Le mot basis signifie ici, non la base, mais le bas du fût de la colonne car dans les anciens temps, la colonne dorique n'avait point de base, comme on le voit dans les monuments qui nous restent encore de cette architecture, particulièrement dans les temples de Pestum, de Girgenti et d'Athènes, où les colonnes posent immédiatement sur un piédestal. Cet ancien ordre n'était qu'une copie de quelque morceau de l'architecture égyptienne, que les colonies amenées en Grèce par Cécrops leur avaient sans doute fait connaître. Les proportions n'étaient pas les mêmes que celles qu'on leur donna ensuite. Il n'y eut pas d'autre architecture en Grèce que ce dorique massif, jusqu'à l'époque où elle envoya des colonies en Asie.

17. - Et cymatiis et encarpis. Par le mot cymaise, Vitruve entend sans doute le tailloir du chapiteau ionique. Quant au mot encarpi, dont Vitruve se sert pour désigner les festons de fleurs ou de fruits qui ornent la volute ionique, il a singulièrement exercé les commentateurs. Philander croit qu'il signifie ces guirlandes de fleurs et de fruits (karpñw, fruit) qui ornent quelquefois la frise ionique. Perrault l'a rendu par gousse, croyant que c'était cet ornement du chapiteau ionique, formé de trois gousses de fèves uuu, qu'on voit sortir de l'angle où la volute rencontre l'ove (fig. 46, p. 314). Ces deux opinions peuvent être admises, puisqu'on voit dans les chapiteaux antiques de ces gousses et de ces festons. Cependant Galiani croit, avec beaucoup de vraisemblance, que le mot encarpi désigne cet ornement contourné, formé de feuilles ou d'autres choses que les anciens mettaient dans le creux ou enfoncement de la volute. Il a suivi ce sentiment, dit de Bioul, parce qu'il trouve que l'expression encarpis pro crinibus ne peut se rapporter ni aux gousses ni aux festons, qui ont peu de rapport avec une chevelure. Je ne sais, dit Perrault, si Michel-Ange, qui a mis des festons dans le chapiteau ionique qu'il a inventé, s'est fondé sur cet endroit de Vitruve ; mais il est certain qu'il n'y en avait point dans le chapiteau antique...

18. - Strias.... demiserunt. Sponius, dans sa relation d'Athènes, avait écrit qu'il était persuadé que les cannelures n'avaient été en usage qu'après le siècle de Néron. Puis, dans son Voyage d'Italie, t. II, il chante la palinodie, soutenant toutefois que les cannelures ne sont pas aussi anciennes qu'on le pense ordinairement. Mais ce passage de Vitruve montre assez que leur invention date de celle de l'ordre ionien.

19. - Septem crassitudinis diametros in altitudinem columnae Doricae. D'après Perrault, les proportions des membres d'architecture n'ont point une beauté qui ait un fondement tellement positif, qu'il soit de la condition dès choses naturelles, et pareil à celui de la beauté des accords de la musique qui plaisent à cause d'une proportion certaine et immuable qui ne dépend point de la fantaisie : car la proportion qui fut premièrement donnée à la colonne dorique et à l'ionique, a été changée ensuite, et pourrait encore l'être sans choquer ni le bon sous ni la raison.

20. - Ionicae novem. Joconde, Perrault, Ortiz, de Bioul, en dépit des manuscrits et des éditions de Vitruve, ont traduit comme s'il y avait dans le texte lonicae octo semis. C'est une erreur qui est repoussée et par Pline, qui a dit (Hist. Nat., liv. XXXIV, ch. 51) : « Columnae quae sextam partem altitudinis in crassitudine ima habent, Doricae vocantur, quae nonam lonicae; » et par M. de Chanibray, qui, dans son Parallèle d'architecture, assure que les colonnes ioniques du théâtre de Marcellus et du temple de la Fortune Virile ont de hauteur dix-huit modules, c'est-à-dire neuf fois leur diamètre.

21. - Poculis delectabatur. Sauntaise trouve ridicule la version poculis, comme s'il n'y avait que de petits vases qui pussent servir de joujoux à des petites filles, et veut qu'on mette joculis à la place de ce mot. Poleni trouve le mot pocula admissible, et Galiani n'y voit rien à reprendre; seulement il explique que ces petits vases n'étaient point vides ; qu'après les avoir remplis de mets, on les recouvrait de tuiles, pour que le contenu fût conservé, précaution inutile, s'ils avaient été vides. Je ne sais trop où j'ai lu que de jeunes mères allaient mêler leur lait aux larmes qu'elles versaient sur la tombe de leur enfant.

22. - Monumentum. Il est ici question non d'un tombeau , comme l'ont cru quelques commentateurs, mais de ce simple tumulus qu'on voit dans nos cimetières.

23. - Supra acanthi radicem. Il y a deux espèces d'acanthe, l'une petite, à feuilles piquantes et frisées (acanthes spinosus), l'autre lisse et unie (acanthes mollis). Presque tous les poètes ont parlé de l'acanthe, dit un annotateur de Pline, et l'on sait quelle célébrité elle a acquise en architecture pour avoir fourni le principal ornement du chapiteau corinthien (fig. 54). Les sculpteurs gothiques avaient aussi adapté l'acanthe dans leurs ornements d'architecture ; mais au lieu de prendre l'acanthe cultivée, comme les anciens, ils avaient adopté l'acanthe épineuse , dont les formes sont beaucoup moins gracieuses. Virgile (Égl. III, v. 45) entoure de cette feuille les coupes destinées à récompenser les vainqueurs du chant.

 

 

 

Il est à remarquer, dit Perrault, que les architectes romains n'ont pas imité les ouvrages de Callimaque dans leur chapiteau corinthien : car ils y ont mis le plus souvent des feuilles qui sont fort différentes de celles de l'acanthe, qu'ils ont réservées pour l'ordre composite, comme on le voit à l'arc de Titus. Ces feuilles sont bien plus profondément refendues, et ou les appelle feuilles d'olivier ou de laurie r; et le chapiteau composite dont les volutes ne naissent pas des feuillages, mais qui sortent du vase, pouvait avec plus de raison admettre ces feuilles de laurier (fig. 55) . Villalpande prétend que les feuilles d'acanthe n'ont jamais été mises dans les chapiteaux corinthiens par les anciens; on remarque néanmoins le contraire dans plusieurs chapiteaux qu'on retrouve encore dans la Grèce, et même aux colonnes des Tutelles à Bordeaux.

 

24. - Animadvertit eum calathum. Philander a vu à Rome, bien qu'en petit nombre, des chapiteaux dont le travail assez grossier représentait parfaitement la corbeille (fig. du titre de ce volume) qui avait donné l'idée du chapiteau corinthien. Il a vu aussi, sur le mont Quirinal, un chapiteau dont la figure était celle d'une corbeille avec toutes les baguettes entrelacées dont elle est faite, et ayant un tailloir en place de tuile.

25. - Corinthii generis distribuit rationes. Il y a des personnes qui prennent pour une fable l'anecdote de Vitruve, et qui pensent qu'il n'y eut jamais en Grèce d'ordre corinthien, parce que les ruines des anciens monuments grecs n'en offrent aucun modèle. On dit que les Romains donnèrent à ce genre le nom de corinthien, peut-être parce que les chapiteaux auxquels on donna d'abord cette forme, furent composés de ce métal mêlé qu'on avait l'habitude de nommer corinthien ; on ajoute que, quoique la lanterne, dite de Démosthène, et la tour des Vents eussent été construites d'après les règles de cet ordre, cela ne prouverait rien autre chose, sinon que ces édifices ont été construits après l'invention du genre corinthien par les Romains. Ainsi, Vitruve aurait enlevé à sa nation la gloire de cette invention pour l'attribuer aux Grecs, et aurait fait à Auguste un mensonge public, dans un moment où le souvenir de la ruine de Corinthe était encore tout récent. Mais pouvait-on ignorer alors l'histoire de la découverte de ce genre de colonne ? C'est probable ; et faut-il s'en étonner, surtout si nous considérons que la plupart du temps nous ignorons les noms des inventeurs, et l'époque des inventions auxquels on rattache souvent une fable ? Ceux qui défendent l'opinion que l'invention de l'ordre corinthien appartient aux Romains, s'appuient sur un passage de Pline (Hist. Nat., liv. XXXIV, ch. 7), où cet auteur dit que le préteur Cn. Octavius, celui qui fut décoré du triomphe naval pour avoir vaincu Persée, éleva dans le cirque Flaminius un double portique, que ses colonnes à chapiteaux d'airain firent appeler portique corinthien. Ce ne fut point assurément parce qu'ils auraient été faits avec cet alliage renommé dont on dut la découverte au hasard, lors de l'incendie qui suivit la prise de Corinthe par L. Mummius, l'an de Rome 608, puisque le triomphe de Cn. Octavius eut lieu en l'année 586. Ajoutons encore que le temple de Jupiter Olympien à Athènes était d'ordre corinthien, et qu'il fut bâti par Cossutius, architecte romain, un siècle avant l'incendie de Corinthe. D'ailleurs les chapiteaux corinthiens qu'on remarque dans les ruines de la Grèce et de Palmyre, sont bien antérieurs au temps de la domination romaine. Pausanias (liv. VIII) fait mention d'un temple qui est orné à l'intérieur de colonnes doriques, au-dessus desquelles il y en a de corinthiennes ; les colonnes extérieures sont ioniques.

 

26. - Abaci latitudo. Le plan du chapiteau (fig. 56, p. 384) est conforme, je crois, à la description qu'en a donnée Vitruve. Chaque côté du carré ADCB est d'un module et demi ; les diagonales AB, CD, ont deux fois la hauteur du chapiteau ; la courbure de l'abaque mi est la neuvième partie du côté du Carré AC, la petite face r ne va pas jusqu'à B, comme cela se fait aux chapiteaux qui ont une hauteur plus grande que le diamètre du bas de la colonne, et dont le plan se trace d'une autre manière : car AED est un triangle équilatéral dont le côté AD étant divisé en dix parties, une de ces parties est égale à l'enfoncement no, suivant lequel en traçant une ligne du centre E, on a les coins du tailloir aux endroits où cette ligne courbe coupe la ligne xu qui touche l'extrémité de la diagonale CD, et qui est parallèle à l'autre diagonale AB.

 

27. - Sinuentur introrsus. C'est-à-dire que la ligne de la face du tailloir CB, qui se développe entre les angles CB, doit être conduite à l'intérieur de manière à former une courbe dont le plus grand éloignement de la droite soit mi.
Vitruve ne dit pas qu'il faille recouper les quatre angles de l'abaque de ce chapiteau, comme on le fait ordinairement aujourd'hui : ce qui porterait à croire qu'il n'aurait voulu parler que des abaques terminés par des angles aigus ; il y a, en effet, plusieurs exemples de chapiteaux ainsi terminés dans les monuments antiques, entre autres ceux du temple de Vesta à Rome.

28. - Praeter apothesin. Le congé, nommé aussi apophige et escape, est la retraite qui se fait en dedans par un trait concave e (fig. 40, p. 306), depuis le filet a jusqu'au nu de la colonne e.

29. - Quae ex cauliculis notae. Les caulicoles sont de petites tiges, ordinairement cannelées et quelquefois torses A l'endroit où elles commencent à jeter les feuilles qui produisent et soutiennent les volutes, elles ont un lien en forme d'une double couronne. Il faut remarquer, dit Perrault, que sous le nom de caulicoles, Vitruve comprend ici non seulement les tiges cannelées, mais encore les feuilles qui en naissent, et les volutes qui sortent des feuilles.
Ce ne sont point les feuilles des caulicoles qui soutiennent le tailloir, ce sont les volutes qui sont immédiatement sous le tailloir ; et les extrémités des feuilles recourbées soutiennent les volutes.

30. - Minoresque helices. Ces volutes, appelées par Vitruve heures, à cause de leur forme entortillées sont qualifiées de petites, par opposition à celles des coins, qui sont beaucoup plus grandes Les vrilles de la vigne sont nommées en grec §likew.

31. - Sunt autem , quae iisdem columnis imponantur capitulorum genera. Vitruve semble parler ici du chapiteau de l'ordre composite, qui est fait de l'assemblage des parties des autres chapiteaux, comme de celles de l'ionique, dont il emprunte l'échine et les volutes, et de celles du corinthien, dont il a les feuillages. Ceux qui prétendent avec Philander que Vitruve n'a point parlé de l'ordre composite, dit Perrault, se fondent sur ce qu'il a dit, que la diversité des ornements du chapiteau ne change point l'espèce de la colonne, comme si la différence spécifique des colonnes consistait dans la proportion de leur hauteur comparée à leur grosseur ; malgré cette raison, on peut dire sans erreur que Vitruve a traité de l'ordre composite aussi bien que du corinthien, puisque, selon lui, l'ordre corinthien n'est différent de l'ionique que par le chapiteau , et qu'il est vrai que le seul changement des ornements du chapiteau peut faire un ordre différent, bien que la proportion de toute la colonne ne soit en rien changée : car les ordres composites qui nous restent des anciens, tels que sont ceux de l'arc de Titus et de celui de Vérone, n'ont rien dans leurs colonnes qui soit différent de l'ordre corinthien, que les ornements du chapiteau. Cependant Philander dit que l'ordre composite n'a été introduit que longtemps après Vitruve, bien que l'on croie que le baptistère de Constantin, qui est d'ordre composite, ait été bâti des ruines d'édifices très anciens, et que le temple de la Concorde, dont on voit encore des restes à Rome , ait été fait par Camillus, qui vivait longtemps avant Vitruve : or, les colonnes de ce temple tiennent de l'ionique et du dorique, ce qui peut les faire passer pour composites; à moins que Philander n'entende par ordre composite un certain ordre réglé, qui est celui qu'on appelle autrement italique, et non pas tout ce qui participe de plusieurs autres ordres : ce qui fait que quelques-uns nomment composés les ordres qui peuvent être infinis, et les distinguent du composite, qui est un ordre fixé, et qui a une figure et des proportions certaines et établies dans un grand nombre de fameux édifices.
Ces différents chapiteaux qu'on avait coutume de placer sur les colonnes corinthiennes, et que les ornements seuls distinguent du chapiteau corinthien, ne suffisaient point, selon Vitruve, pour former un ordre particulier, ce qui fait croire à de Bioul, malgré l'opinion de Perrault, que ce n'est point de l'ordre que nous avons appelé composite que l'auteur latin parle ici ; on ne le connaissait probablement pas alors. Il parle donc de ces chapiteaux qui sont semblables au chapiteau corinthien, et en ont toutes les proportions, mais qui en différent par la bizarrerie des emblèmes dont ils étaient ornés. C'étaient des symboles qui faisaient allusion à la divinité du temple, ou à la destination de l'édifice. J. B, Montano a publié un recueil considérable de dessins qui représentent une infinité de ces chapiteaux antiques, remarquables parleurs singularités. Celui de la figure de la 13e planche est du nombre il représente un des chapiteaux du temple de Jupiter Tonnant, au Capitole ; on le voit encore à Rome aujourd'hui. Dans les uns ce sont des cornes d'abondance qui tiennent lieu de volutes : c'est pour un temple de Cérès ; dans d'autres ce sont des aigles c'est pour un temple de Jupiter ; pour un temple de Neptune, ce sont des tridents qui remplacent les fleurs. Si l'on réfléchit bien aux paroles du texte, ce n'est que de ces chapiteaux qu'il est question.

32. - De ornamentis eorum. Ces ornements sont l'architrave, la frise et la corniche, ce qu'on appelle en français entablement ou couronnement. Ce nom d'ornement est assez impropre pour désigner des parties si essentielles dans les bâtiments, et au soutien même desquelles sont destinées les colonnes. Il ne devrait s'entendre que de choses ajoutées aux membres essentiels, comme les sculptures taillées dans tes frises, les moulures des architraves, des corniches, des bases, des tailloirs, etc.

33. In aedificiis omnibus. Cela ne doit s'entendre que des bâtiments ordinaires, et non des grands et magnifiques édifices où l'entablement est de pierre, mais dont toutes les parties sont faites à l'imitation de ceux qui sont composés de plusieurs pièces de bois. Dans quelques temples, les architraves qui servaient de travées au dedans des péristyles étaient de bois : l'historien Josèphe rapporte qu'au superbe temple qu'Hérode fit bâtir à Jérusalem, les architraves étaient de bois de cèdre.

34 . - Supra columnas et parastaticas et antas. Les antes que nous avons déjà appelées pilastres, dit Perrault, et les parastaticae, que nous appelons ici piédroits, ne sont le plus souvent qu'une même chose ; on y peut pourtant mettre cette différence que le mot antae convient mieux aux pilastres plats, quine montrent que la partie de devant, et celui de parastaticae aux piédroits, qui sont des piliers carrés, ou qui sortent du mur de la moitié ou des deux tiers du carré.

35. - In contignationibus ligna et axes. Les contignations, ou planchers, pourraient, si elles étaient inclinées, servir pour les toits, puisqu'un toit se compose de forces, d'entraits, de pannes, de chevrons, de tuiles, et le plancher de poutres, de soliveaux de lattes, de carreaux.
On dit aussi asses, au lieu de axes. Ces mots qui ont formé coaxatio et coassatio, signifient des planches de bois divisées. Quant au mot asseres, il se traduit par celui de chevrons, c'est-à-dire pièces de bois de sciage de trois ou quatre pouces d'équarrissage, sur, lesquelles sont attachées les lattes qui portent les tuiles et les ardoises (z, fig. 57; zz, fig. 58 , p. 389).

 

36. - Columen in summo fastigio culminis. Tous les interprètes, dit Perrault, ont cru que le mot columen signifiait faîtage, sans considérer que Vitruve le distingue de culmen. Les grammairiens, il est vrai, prennent ces deux mots indifféremment l'un pour l'autre, bien qu'ici ils signifient des choses différentes : car le culmen ou faîtage est une longue pièce de bois e (fig. 57),qui se pose à niveau au haut du toit, qui porte le sommet d'un comble, et où vont se terminer les chevrons ; et le columen ou poinçon est une autre pièce de bois ii qui se pose à plomb, à la quelle sont assemblés les forces an et le faîtage e (culmen) qu'il soutient. Voilà pourquoi Vitruve dit que le mot columnae vient de columen. Il y a deux choses ici qui font voir que, bien que Vitruve emploie quelquefois columen pour exprimer le faîtage, comme au ch. 7 de ce livre, il est pourtant certain qu'il le prend dans ce passage pour désigner le poinçon :la première est que le faîtage ne fait point l'office d'une colonne comme le poinçon ; la seconde, que le texte dit que columen et cantherii sunt aliquando prominentes ad extremum subgrundationem, c'est-à-dire que le columen et les forces descendent quelquefois, jusqu'au droit de l'entablement, ce que ne peut faire le faîtage.

 

37. - Transtra. L'entrait est une maîtresse pièce de bois dont les deux bouts xx (fig. 57, p. 387) s'appuient sur des murs, et dans laquelle s'assemble le pied des forces. Les hauts combles ont deux entraits, dont le premier se nomme grand ou maître-entrait, et celui de dessus petit entrait, dont les deux extrémités vont se lier aux deux forces.

38. - Capreoli. Les contre fiches sont des pièces de bois assemblées avec le poinçon et les forces, et en décharge des pans de bois ss (fig. 57). Les Latins les ont sans doute nommées capreoli à cause de la ressemblance qu'elles ont avec des cornes de chèvre, qui, s'écartant à droite et à gauche sont assez bien représentées par les contrefiches qui, sortant de çà et de là du poinçon, vont soutenir les forces.

39. - Cantherii. Les forces nn sont deux poutres qui s'élèvent diagonalement des deux côtés, s'unissent en pointe en se rencontrant dans le milieu, et forment un triangle avec l'entrait (fig. 57). L'assemblage d'une charpente composée au moins de deux forces, d'un entrait et d'un poinçon, s'appelle ferme.

40. - Supra cantherios templa. Les pannes sont des pièces de bois oo (fig. 57), qui s'assemblent sur les forces d'un comble, et servent à soutenir les chevrons. Souvent elles sont portées sur des tasseaux et des chantignoles.
Un tasseau est un petit morceau de bois arrêté par tenon et mortaise sur les forces.
Une chantignole est un petit corbeau de bois sous un tasseau, entaillé et chevillé sur les forces.

41. - Tigna prominentia. Ce bout de poutre b (fig. 58,) est représenté sortant du niveau du mur, marqué par le plomb ru de la partie bqq.

42. - Inter ligna struxerunt. Cet espace vide qui est marqué h dans la fig. 58, et qui se trouve entre les poutres b et d, fut rempli de maçonnerie g. Il sera bientôt appelé métope.

 

43. - Projecturas tignorum. Le plomb ru placé au niveau de la muraille, détermine la ligne qq. C'est la saillie qqb qui était coupée ; d représente la poutre coupée.

44. - Quae species quasi invenusta. Vitruve dit qu'on clouait comme un ornement, des triglyphes v (fig. 58) sur le bout des poutres; mais ce n'est, selon de Bioul, qu'une pure conjecture: car de son temps il ne subsistait plus de ces anciens temples, et il ne donne aucune raison de cette espèce d'ornements.

45. - Uti nunc fiunt triglyphi. Les triglyphes sont donc placés à l'endroit où, dans les plus anciens temps, les poutres du plafond intérieur des temples avançaient au dehors et passaient sur une poutre de bois, laquelle portait immédiatement sur les colonnes. Dans les triglyphes se trouvent deux rainures et deux demi-rainures qu'on faisait à l'extrémité des poutres, pour en rendre l'aspect plus agréable : puisqu'on les peignait avec de la cire teinte eu bleu, façon de peindre des anciens dont il sera parlé dans le VIIe livre. Il semble aussi qu'on faisait au bout des poutres des entailles, afin que l'eau des pluies ne pût pénétrer par les pores du bois, et pourrir l'extrémité des poutres; réunie dans ces rainures, elle ne pouvait y séjourner; elle coulait de suite par dessous et s'y formait en gouttes p ( fig. 58). Ce sont ces gouttes que les architectes ont imitées avec le marbre.

 

 

46. - Cantherios prominentes projecerunt. Cette saillie est marquée re, rc, dans les forces xx de la fig. 58, p. 389. Perrault, qui s'est imaginé que Vitruve voulait dans ce passage décrire l'espèce de toit qu'on emploie aujourd'hui en France, comprend difficilement que les forces puissent avoir des saillies en dehors, parce que leur principal usage étant de porter toute la couverture, il est impossible qu'elles aient la force qui leur est nécessaire pour cela, si elles ne sont solidement appuyées sur les poutres ou sur les plates-formes ; ce qui ne saurait être avec ces saillies. Il aurait dû, pour faire disparaître toutes ces difficultés, s'en tenir à l'idée qu'il développe lui-même sur la disposition des toits des anciens qui était différente de celle des nôtres, et qui faisait que les forces, les pannes et les chevrons pouvaient produire d'autres effets : car les toits des anciens étant bas, sans pente droite comme les nôtres, les forces étaient couchées de telle sorte qu'appuyant presque également sur le faîtage et sur l'entablement, et non pas sur des poutres ou tirants, de même que dans nos toits, elles pouvaient sortir hors de l'entablement et descendre, comme lé dit Vitruve, usque ad extremum subgrandationem, sans être en danger de glisser, pour peu qu'elles fussent attachées au faîtage ; et ainsi elles pouvaient faire le même effet que les chevrons, et produire les mutules dans l'ordre dorique, et les modillons dans le corinthien, de même que les bouts des chevrons produisent les denticules dans l'ordre ionique. Si l'on objectait que les modillons sont trop près à près pour représenter les forces qui sont beaucoup plus espacées que les chevrons, et que les triglyphes sont bien plus serrés que les poutres qui ne portent que sur les colonnes, puisqu'il y a deux et quelquefois trois triglyphes entre chaque colonne, il n'y aurait qu'une chose à répondre : c'est que les modillons qui sont au droit des colonnes sont les seuls qui représentent les bouts des forces, et que ceux qui sont entre deux y sont ajoutés. pour la-bienséance, de même que les triglyphes.

 

47. - Proiecturas sinuaverunt. Nous ne voyons pas trop clairement, dit de Bioul, quel était l'espèce de contour dont les anciens embellissaient l'extrémité des forces; je crois néanmoins que Vitruve entend par là cette sinuosité dont le contour agréable ressemble à une gorge droite, comme elle est représentée (fig. 59) , mm.

 

48. - Mutulorum sub coronis. Le mot mutule signifie généralement en latin un membre d'architecture qui a une saillie , et qui soutient la corniche, quelle qu'en soit la forme. Perrault dit que ces mutules ne furent connus qu'après Vitruve. Le Panthéon cependant, qui date du temps de Vitruve, est orné de ces sortes de mutules.

 

49. - Mutuli inclinatis scalpturis. Le mot inclinati, qui se trouve dans quelques éditions, semblerait faire entendre que les mutules et les forces sont inclinées de la même manière ; ce qu'il n'est pas possible de croire. Car, si telle devait être l'inclinaison des mutules, telle serait celle non seulement du larmier, mais encore celle des autres membres du haut de la corniche ; or, il n'est personne qui voulût prêter cette idée à Vitruve, qui a dit d'ailleurs clairement que tous les membres qui doivent être au-dessus des chapiteaux des colonnes, comme les épistyles, les frises, les corniches, les tympans, les faîtes, les acrotères doivent pencher en avant de la douzième partie de leur hauteur. Ce n'est donc point l'inclinaison des forces qui doit régler celle des mutules. Et puis la correction introduite par Poleni, inclinatis scalpturis, est justifiée par l'inclinaison des gouttes (guttis inclinatis), qui ornent le dessous du larmier de la corniche d'ordre dorique du théâtre de Marcellus, acne (fig. 6o) ; voilà bien certainement l'inclinaison recommandée par Vitruve pour les mutules. Perrault est le seul, dit Poleni, qui ait fait remarquer cette inclinaison des gouttes; mais il ajoute que ces gouttes ne passent point dans cette corniche pour des mutules je ne veux point dire qu'elles en soient ; mais je pense qu'on peut faire pour les mutules ce qu'on a fait pour les gouttes. Selon Perrault, il ne nous reste point d'exemple de ces mutules inclinées, et Philander assure qu'il ne s'en trouve point. Cependant tout en convenant de leur extrême rareté, Stratifia assure qu'on en voit a Agrigente et à Athènes.

50. - Fenestrarum imagines esse triglyphos. Jamais les triglyphes n'ont représenté des fenêtres, dit de Bioul ; si quelques personnes l'ont cru, c'est qu'elles ont confondu les triglyphes avec les métopes. Ces deux parties composaient les frises de l'ordre dorique. Les triglyphes, comme nous l'avons vu, représentent les extrémités des poutres, et les métopes l'intervalle qui se trouve entre deux poutres, ce qui fait que Vitruve appelle ici les métopes intertignia, et le triglyphe opa, parce que opa signifie en grec, le lit ou la place de la poutre. L'intervalle qui se trouve entre deux poutres, appelé métope, était revêtu de maçonnerie, comme le fait remarquer l'architecte romain ; mais il parait que dans les plus anciens temps cet espace restait vide, ce qui donnait du jour à l'entablement. C'est un passage d'Euripide qui me donne cette idée : car au moment où Oreste et Pylade concertent ensemble les moyens d'entrer dans le temple de Diane, en Tauride, pour enlever la statue de cette déesse, Pylade propose à son ami de passer entre les triglyphes, à l'endroit où il y a une ouverture ; ainsi que je crois devoir l'interpréter
÷ra d' ¤g' eàstv triglæfvn, ÷poi kenòn
d¡maw kayeÛnai.

(Iphigénie en Tauride, v,113.)

51. - Contraque tetrantes columnarum. Tetr‹w, en grec, comme tetrans, en latin , signifie non le quart d'une chose, mais la chose divisée en quatre par le moyen d'une croix.

52. - Dissolvantes enim angulorum in aedificiis juncturae. Les plus beaux édifices de Venise ont le défaut d'avoir des fenêtres aux angles. C'est cependant aux angles que doit être la construction la plus solide ; qu'un des angles vienne à manquer, sa chute entraînera celle de l'édifice. Aussi voyons-nous dans les édifices anciens que les angles ont beaucoup plus d'épaisseur que le reste des murailles.

53. - Ita uti ante in Doricis. Quel que soit le genre des colonnes, quels qu'en soient les ornements , la construction du toit et des contignations sera toujours la même ; et partout, même mode d'ornementation, mêmes pièces de bois dans la charpente ; mais ces pièces ne présentent pas toujours la même position. Ainsi le côté du toit qui laisse voir l'extrémité des poutres horizontales et des forces, doit avoir dans l'ordre dorique des triglyphes et des mutules, et non des denticules qui représentent le bout des chevrons, et qui forment pour l'ordre ionique un genre d'ornement qui lui est particulier ; et jamais au-dessous des forces et des pannes ne doivent paraître les chevrons qui sont toujours placés au-dessus.

54. - Itaque in Graecis operibus nemo sub mutulo denticules constituit. Le denticule, dans l'ordre ionique, représente, comme nous l'avons vu, l'extrémité des chevrons qui ne peuvent jamais être placés sous les forces ; aussi Vitruve loue-t-il les Grecs de ce qu'ils ne les employaient pas en même temps que les mutules. Aujourd'hui personne n'oserait en cela suivre l'exemple des Grecs, parce que parmi les monuments antiques qui nous sont restés, il se trouve plusieurs belles corniches qui toutes ont des denticules sous les modillons ; et l'usage a prévalu sur la raison. Il en est de même de l'usage de placer des modillons et des denticules dans la corniche des frontons, parce que, comme le croit de Bioul, ces corniches auraient eu mauvaise grâce, si elles n'avaient pas ressemblé à celles qui formaient le tour du reste de l'édifice.
Vitruve n'explique point, dit Perrault, comment les Grecs s'abstenaient de mettre des denticules sous les modillons, si c'était en ne taillant point de denticules dans un membre qui pouvait recevoir ces entailles, comme on a fait au Panthéon, où la règle des Grecs est religieusement observée partout, tant au portique qu'au dedans. Il y a apparence que quand ils mettaient des denticules, ils ne mettaient point de modillons; mais je crois que l'on ne taillait point les denticules dans les corniches où il y avait des modillons, parce que les modillons étant taillés de feuillages et de volutes, on était obligé de tailler aussi le quart de rond et les autres membres de moulure, au milieu desquels est le membre carré du denticule, qui avait meilleure grâce n'étant pas taillé , pour éviter la confusion que tant d'ornements de suite pouvaient causer. Il en est ainsi au Panthéon.

55. - Neque instituerunt in fastigiis mututos aut denticules fieri. Les forces nn (fig. 57, p. 387) et les chevrons z sont en effet inclinés vers la gouttière. Mais cette règle, dit Perrault, a encore été négligée par les Romains et par les modernes, qui ont presque toujours fait les corniches des frontons avec des modillons, comme celles de dessous. Il y a un exemple de la manière des Grecs dans la ville de Schisi, rapporté par Palladio, où les autres, qui sont à niveau, en aient, et où la corniche de dessous est sans denticules. A la place des modillons du fronton, il y a une grande cymaise en doucine recouverte de feuillage.
Il y a encore, ajoute-t-il, une chose qui se pratique contre cette raison d'imitation , c'est de faire dans les frontons des modillons taillés perpendiculairement à l'horizon , et non pas à la corniche qu'ils soutiennent. La fig. 61. Représente un fronton où l'on voit la moitié a, qui , selon Vitruve, a ses modillons perpendiculaires au tympan, et le membre carré du denticule non taillé, tandis que l'antre moitié n a, selon les modernes, ses modillons perpendiculaires à l'horizon , et ses denticules taillés. Or, cela est contraire à ce que ces choses représentent : car les modillons du fronton représentant le bout des pannes qui sont les seules pièces de bois qui puissent sortir de la couverture en cet endroit, ils doivent suivre la position de ces pièces de bois qui sont sur le tympan qui est en pente, et, par conséquent, ne peuvent être posés droits et perpendiculaires à l'horizon. Quelques-uns de nos architectes modernes ont exécuté avec succès ces modillons perpendiculaires au tympan.

56. - Ita quod non potest in veritate fieri. Vitruve a raison sans doute ; mais il ne faut pas être trop rigoureux dans l'application de ce principe. Si dans les arts on doit désapprouver une trop grande licence, il ne faut pas cependant , par trop de scrupule, arrêter l'essor de l'imagination.
Qu'aurait dit Vitruve, s'écrie de Bioul, s'il avait vu construire des frontons sur la longueur des bâtiments, comme cela se pratique de nos jours. Puisque le fronton n'est que la représentation du pignon du toit, il doit être placé conformément à l'objet qu'il représente. Que nos architectes réfléchissent un peu sur ce raisonnement qui est de la plus grande simplicité; et il ne leur arrivera pas de placer au milieu d'une longue façade des frontons postiches qui ne signifient rien. Ils pensent donner plus d'agrément, en interrompant ainsi l'uniformité; mais qu'ils sachent que, dans tous les arts, c'est pécher contre les règles que de mettre des inutilités.
Puisque les frontons représentent les toits, ils doivent toujours couvrir la partie la plus élevée du bâtiment, et ne jamais se trouver dans le milieu de leur hauteur.
C'est encore un grand défaut de faire des frontons qui ne soient point triangulaires. Le toit se termine toujours en une pointe plus ou moins aiguë; le fronton, qui en est la représentation, doit imiter servilement cette forme donc les frontons cintrés sont coutre nature, donc les frontons brisés et à volutes sont détestables.
Rien n'est plus absurde encore que de mettre des frontons les uns sur les autres, que d'en mettre au-dessous de l'entablement. Quoi qu'en dise de Bioul, il est certains frontons qui surmontent avec élégance des portes et des fenêtres.

57. - De Ionicis et Corinthiis institutionibus. Dans plusieurs endroits Vitruve nous apprend que l'ordre corinthien ne diffère de l'ionique que par la forme du chapiteau et par les mutules ; de sorte que si, pour une colonnade ionique, on employait le chapiteau corinthien, ce serait du corinthien, quoiqu'il n'y eût pas de mutules. Ce serait se tromper, que de croire que Vitruve a voulu établir des proportions particulières pour l'ordre corinthien.

58. - Tarchesius. Le nom de cet architecte, dont Vitruve n'a parlé qu'une fois, ne se trouve point, que je sache, dans un autre écrivain ancien.

59. - Pytheus. Quel est ce Pythée ? Est-il le même que le Pythius dont Vitruve a déjà parlé au liv. I, ch. 1 et 12 ? Serait-il ce Pythie qui sculpta un quadrige de marbre pour le sommet du tombeau de Mausole ? Ce nom se rencontre fréquemment dans Hérodote et dans Pausanias.

60. - Eam Ionicam Libero Patri fecit. On ne saurait trop pourquoi Hermogène élève à Bacchus un temple d'ordre ionique plutôt que d'ordre dorique ou corinthien, si Vitruve ne nous l'avait appris au ch. 2 du liv. I.

61. Impedita est distributio. Les difficultés qu'offre l'ordre dorique ne se rencontrent pas dans les autres ordres. Ce mélange alternatif de triglyphes et de métopes qui en décorent la frise, en rend l'exécution très gênante car il faut ou plier un triglyphe en mutilant les deux métopes voisines, ou joindre deux métopes ensemble sans aucun triglyphe intermédiaire. L'ordre dorique dont Vitruve donne ici les proportions, ne convient qu'aux temples ; il est grossier et massif, dit Perrault. Il y en a un autre pour les portiques des théâtres, plus léger et plus délicat, qui est décrit au ch. 9 du liv. V.

62. - Et lacunariorum distributione. Par le mot lacunaria, qui signifie proprement les entre-deux des solives d'un plancher, ou tous les enfoncements qui sont dans les plafonds , on entend ici le dessous du larmier de la corniche. On verra à la fin de ce chapitre, où il est parlé de la distribution des parties qui composent les plafonds de la corniche dorique, dans quel embarras cette distribution peut jeter.

63. - Contra medios tetrantes. Imaginez une ligne droite qui passe par le centre de plusieurs colonnes formant une suite ; supposez le diamètre de chaque colonne coupé à angle droit par une autre ligne diamétrale, la colonne se trouvera divisée en quatre . parties égales. C'est sur les deux parties antérieures que doivent être disposés les triglyphes, et comme la largeur de ces triglyphes est d'un module ou de la moitié du diamètre du bas de la colonne, elle ne dépassera pas la moitié de chacune de ces deux parties antérieures. Je ne compte pour rien ici la diminution du haut de la colonne.

64. - Contraque in angulares columnas trigtyphi in extremis partibus constituantur. C'est-à-dire qu'au lieu de porter également sur les deux parties antérieures de la colonne, comme aux colonnes médianes, le triglyphe ne s'appuie que sur la partie extérieure des colonnes angulaires, auquel cas la métope voisine s'élargit de la moitié du triglyphe.

65. - Dimidia latitudine. Perrault et Galiani font observer que toutes les fois qu'on trouve dans ce chapitre dimidius ou semitriglyphus, on ne doit pas entendre exactement la moitié d'un triglyphe, mais un à peu près, parce que dans le fait, disent-ils, il manque quelque chose à cette grandeur, pour qu'elle soit précisément égale à un demi-triglyphe, ce qui vient de l'atténuation des colonnes qui varie à proportion de leur hauteur. Mais je demanderai avec Stratico pourquoi ils ne veulent donner à ce triglyphe que la moitié du diamètre du haut de la colonne, qui est plus petit que celui du bas. C'est avec raison que Newton recommande de faire avancer le triglyphe au delà de l'angle de la frise auquel les Grecs l'arrêtaient, de manière qu'un plomb fixé à l'angle du triglyphe touche en descendant la circonférence du bas de la colonne. La largeur du triglyphe devient par là égale au demi-diamètre du bas de la colonne, et non à celui du haut, ce qui donne à la métope voisine une largeur d'un demi-module de plus qu'aux autres.
Tous les exemplaires portent oblongiores triglyphis dimidia altitudine. Ce texte doit être corrigé ; il faut lire oblongiores triglyphis dimidia latitudine. L'une et l'autre version ont un sens, mais celui des exemplaires ne saurait être le véritable. Que veut dire Vitruve ? Que quand on met un triglyphe dans un des coins, la métope voisine est plus large que les autres d'un demi-triglyphe, parce que le triglyphe A, qui est au coin, sans porter sur le milieu de la colonne comme les antres, s'éloigne du triglyphe B de la moitié d'un triglyphe de plus que le triglyphe B n'est éloigné du triglyphe C (fig. 62, p. 399).

66. - Extrema contrahunt. Les anciens tenaient tant à donner aux métopes la forme carrée, et aux métopes voisines des triglyphes angulaires la forme oblongue, que, plutôt que d'y manquer, ils aimaient mieux rétrécir le dernier entre-colonnement. Antoine Labacco et autres nous ont conservé des dessins de temples doriques avec les triglyphes placés sur les coins ; dans ces dessins la métope voisine de ces triglyphes n'est pas élargie, mais l'entre-colonnement est rétréci. Parmi les temples de Pestum qui se sont conservés presque intacts jusqu'à présent, on remarque des triglyphes qui sont également placés à l'extrémité des angles.
Je ne puis comprendre, dit de Bioul, pourquoi, sans nécessité, les anciens élargissaient ainsi la dernière métope pour placer, à l'extrémité de l'angle, le triglyphe ; tandis que, s'ils avaient donné à la métope sa vraie grandeur, le triglyphe serait naturellement tombé au milieu de la colonne. Pourquoi, d'un autre côté, rétrécissaient-ils le dernier entre-colonnement pour placer le triglyphe à l'extrémité de l'angle ; tandis qu'il serait tombé précisément au milieu de la colonne, si l'entre-colonnement avait eu sa juste grandeur ? Le passage où Vitruve veut qu'on rétrécisse le dernier entre-colonnement de la largeur d'un demi-triglyphe, ne se trouve pas de même dans les anciennes éditions ; au lieu de latitudine, on lit altitudine, ce qui est une faute manifeste de copiste, comme l'a remarqué Philander et tous les autres. Il n'est pas difficile de s'en apercevoir, parce qu'il est évident que cette moitié de la largeur d'un triglyphe que la métope aurait de trop, est la même grandeur qu'il faudrait ôter au dernier entrecolon­nement pour rendre la métope égale.

67. - Antiqui vitare nixi sunt. Les triglyphes se rencontraient rarement dans les angles rentrants des temples; aussi Vitruve ne parle-t-il ici que des inconvénients qui résultaient des triglyphes placés à l'extérieur contre les angles saillants. De son temps on avait déjà. commencé à y remédier en plaçant ce triglyphe comme les autres, perpendiculairement au-dessus du milieu de la colonne, et en ajoutant au delà une partie de métope qui terminait la frise. Cette correction a fait disparaître le plus grand des inconvénients qui empêchait les anciens d'employer l'ordre dorique pour les temples.

68. - Dividatur, si tetrastylos erit, in partes septem et viginti, si hexastylos, in duas et quadraginta. Bien que dans les éditions antérieures à celle de Philander, et dans les manuscrits qu'il dit avoir vus. il y ait XXVIII pour les tétrastyles et XXXIV pour les hexastyles, la faute est si visible, qu'il est impossible d'en douter. Car si sur chaque colonne se trouve un triglyphe, dans chacun des entre-colonuements angulaires deux triglyphes et trois métopes , et dans l'entre-colonnement du milieu quatre métopes et trois triglyphes ; si les métopes sont d'un module et demi, et les triglyphes d'un module ; s'il y a à chaque extrémité un demi-module, il y aura onze triglyphes, dix métopes et deux demi-modules, en tout vingt-sept modules.
Les mêmes éditions et manuscrits, en parlant des temples doriques hexastyles, disent qu'il faut diviser leur façade en quarante-quatre parties, au lieu de quarante-deux qu'il faut mettre, d'après la correction de Philander et des autres auteurs, correction nécessaire, puisque dans le nombre quarante-deux se trouve exactement le compte de tous les modules contenus dans la largeur des triglyphes et des métopes. Perrault nous apprend qu'il avait entre les mains un manuscrit où ces deux nombres étaient indiqués conformément à la correction de Philander.

69. - Qui Graece ¤mb‹thw dicitur. Ce mot grec est fort ambigu, puisqu'il exprime à la lettre une chose qui entre ou qui marche, ce qui n'a point de rapport avec la signification de module, que Vitruve lui donne ; mais on peut dire que ¤mb‹thw signifie le module, parce que le module est la mesure des membres de l'architecture, de même que le pied l'est de toutes les autres choses, ou bien parce qu'on mesure les distances en marchent.
La proportion d'un édifice dépend de la correspondance de mesure que les parties qui le composent ont entre elles ; elle se connaît et se règle par le module qui se prend sur un des membres : c'est ordinairement le diamètre ou le demi-diamètre de la colonne. Jusqu'à présent Vitruve s'est servi du diamètre; mais ici, pour l'ordre dorique, il emploie le demi-diamètre.

70.-Altitudo cum capitilo quatuordecim .Il y a des manuscrits qui , au lieu de XIV modules en portent XVII et XV.
Vitruve (liv. IV, ch 1, p. 336) dit, en parlant de la colonne dorique: « Qua crassitudine fecrrunt basim scapi, tantam sexies cum capitulo in altitudinem extulerunt » et un peu plus loin il semble lui avoir donné sa véritable hauteur : « Posteri vero elegantia subtilitateque judiciorum progressi et gracilioribus modulis delectati , septem crassitudinis diametros in altitudinem columnae Doricae,Ionicae novem constituerunt, » y compris bien certainement le chapiteau : or, sept dia-mètres font XIV modules. Ce qui confirme encore cette opinion, c'est que Vitruve (liv. V, ch. 9) dit, au sujet des portiques qui terminent la scène : « Columnarum autem proportiones et symmetriae non erunt iisdem rationibus, quibus in aedibus sacris scripsi. » Et deux lignes plus bas il ajoute : « Itaque si Dorici generis erunt columnae, dimetiantur earum altitudines cum capitulis in partes quindecim.» Dans le temple dont il s'agit ici, la hauteur pouvait donc bien être de quatorze modules.

 

71. - Capituli crassitudo unius moduli. Cette hauteur du chapiteau est, dans la fig. 62, eo. Perrault fait remarquer que dans les ouvrages doriques qui nous sont restés, et qui se réduisent presque tous au théâtre de Marcellus et au Colisée, les proportions du chapiteau dorique sont bien différentes de celles que Vitruve lui donne : la hauteur de tout le chapiteau, au théâtre de Marcellus, est plus grande qu'un module; au Colisée, elle est plus petite. Dans l'un et l'autre de ces édifices, le tailloir a beaucoup plus que le tiers du chapiteau.

72. - Latitude duorum et moduli sextae partis. Serlio tout en adoptant les proportions de Vitruve, trouve néanmoins que la saillie des parties supérieures du chapiteau est bien pauvre, bien étroite, et qu'elle ne répond pas à celle des anciens chapiteaux doriques qui nous restent. Perrault croit qu'il y a corruption dans le texte, et que dans le manuscrit dont on s'est servi pour imprimer la première fois Vitruve, après le mot moduli il y avait un s avec en point, et qu'au lieu de lui faire signifier semissis, on l'avait mal à propos interprété par sextae partis. Le peu de largeur qu'on donne ici au chapiteau, a fait supposer une erreur ; mais il est plus naturel de croire que les proportions qu'on employait du temps de Vitruve, différaient de celles que les Romains employèrent ensuite, lorsqu'il furent plus perfectionnés dans les arts.

73. - Crassitudo capituli dividatur in partes tres. Ces trois parties égales sont (fig. 62 , p. 399) dm , mn, np. Cette division, dit Perrault, est méthodique et facile à retenir. Les autres parties dont ces trois premières se composent peuvent aussi se diviser et se subdiviser en trois. La première partie dm, qui est pour le tailloir, étant divisée en trois, on en donne une à la cymaise, qui se subdivise en trois, dont deux sont données au talon, et la troisième au filet ; la deuxième partie mn, qui est pour le quart de rond et les annelets, étant divisée en trois parties, on en donne deux au quart de rond, et la troisième se subdivise encore en trois, dont chacune est pour chacun des annelets ; il est bon de savoir que les bords de cet trois annelets ne sont pas perpendiculaires, mais que, semblables à des fasces, ils font saillie les uns sur les autres, celui d'en haut sur celui du milieu, et celui-ci sur celui d'en bas. Nous voyons cependant des monuments antiques, et des édifices modernes où, au lieu de ces trois annelets, on a placé une gorge et un listel ou d'autres moulures semblables ; la troisième partie enfin, np, comprend la gorge du chapiteau.

74. - Epistylii altitudo. L'architrave est marquée (fig. 62, p. 399) GDFI, dont la hauteur GD est d'un module. Dans cette hauteur sont comprises la plate-bande GF et les gouttes r, s. Telle est la mesure de l'architrave dorique du théâtre de Marcellus. Celles qu'on observe en Grèce, à Pestum et à Agrigente, sont plus hautes d'un module et demi.

75. - Taenia moduli septima. En grec et en latin le mot taenia signifie un ruban ou bandelette. La plate-bande est à l'architrave dorique ce que la cymaise est aux autres. Quelques architectes donnent ce même nom à la partie qui. est au-dessus des triglyphes, et que Vitruve appelle leur chapiteau. Sa saillie, selon la règle générale de Vitruve, est égale à sa hauteur ; elle est nécessaire pour les gouttes et le réglet.

76. - Guttarum longitude. Il n'est point dit quelle doit être la longueur des gouttes, quelle doit être celle du réglet ; mais Poleni a trouvé dans l'architrave du théâtre de Marcellus que cette proportion est à peu près comme deux est à trois.

77.- Quinque partes in medio. Ces cinq parties 1, 2, 3, 4, 5, qui ont une largeur égale , sont chacune de la sixième partie de la largeur du triglyphe (fig. 62, p. 399).

78. - Deforrnetur femur, quod Graece mhròw dicitur. Le mot latin femur et le mot grec mhròw signifient une cuisse. Il y a trois parties dans les triglyphes qui sont ainsi appelées, parce qu'elles sont droites comme trois pieds, jambes ou cuisses. Elles sont marquées 1, 3, 5, dans la fig. 62. Les deux petits canaux sont 2, 4.

79. - Metopae, quae sunt inter triglyphos, aeque altae sint quam longae; item in extremis angulis semimetopia sint. Ainsi, la métope hx (fig. 62, p. 399), qui est entre les triglyphes BC, présente une forme carrée. Ce que Vitruve appelle ici demi-métope aux extrémités, ne représente que la moitié d'un module, comme il le dit plus loin : « In angularibus non amplius quam quantum est spatium hemitriglyphi ». Ici, Philander fait remarquer que ce demi-module doit être pris non par le bas de la colonne, mais par le haut. Aussi Poleni pense-t-il que l'espace que Vitruve nomme demi-métope doit être à peu près égal à un demi-module, c'est-à-dire un demi-module qui a perdu la moitié de la diminution qui s'opère au haut de la colonne, opinion confirmée par Vitruve lui-même lorsqu'il dit : « epistylii latitudo ima respondeat hypotrachelio summae columnae ». Aussi Perrault me semble-t-il être dans le vrai, lorsqu'il croit qu'il faut corriger le texte et lire : In extremis angulis semimetopia sint, suppressa (au lieu de impressa) dimidia contracturae latitudine : car outre que le mot impressa n'a point ici de sens, celui de suppressa en a un qui établit la proportion de la métope dont il s'agit avec une entière exactitude.

80. - Triglyphi capitula. La partie du membre z, qui est immédiatement sur le triglyphe (fig. 62, p. 399) , et qu'on appelle plate-bande, est prise pour son chapiteau, parce qu'il a une saillie sur chaque triglyphe, quoique, en réalité, selon Perrault, il doive être attribué à la corniche et non à la frise, la frise n'ayant point de moulure. Toutes les moulures d'un entablement appartiennent à l'architrave ou à la corniche.

81. - Sexta parte moduli. Cette mesure n'a point été suivie dans les ouvrages antiques, pas plus que dans les modernes; dans les uns ce chapiteau du triglyphe a jusqu'à la cinquième partie d'un module, dans les autres il n'en a que la dixième.

82. - In projectura dimidia et sexta parte. Cette saillie paraît bien petite à Perrault. Aussi pense-t-il que Vitruve , par cette mesure, n'a voulu indiquer que la saillie de la sofite du larmier, à la prendre depuis la cymaise dorique qui est au-dessous du larmier, jusqu'à l'extrémité du larmier appelé mouchette. Cette saillie, dans la fig. 62 (p. 399) est marquée 7, 6. Poleni ne la trouve pas trop petite, et fait observer que M. de Chatnbray, dans son Parallèle d'architecture, donne la figure d'un fragment de larmier des Thermes de Dioclétien appartenant au genre dorique, dont la saillie, loin de dépasser la mesure donnée par Vitruve ,est au contraire plus petite.
La saillie du larmier du théâtre de Marcellus est deux fois plus grande, ce que ne comprend pas Philander, bien qu'elle n'ait pas déplu à Sangalle, qui l'a suivie pour le palais Farnèse.

83.- Habens cymatium Doricum in imo. Les auteurs ne sont pas bien d'accord sur la signification générale de la cymaise : Philander dit qu'elle est faite de la moitié d'une scotie, appelée cavet, marquée u dans la fig. 62, (p. 399). Telle est aussi l'opinion de Palladio, de Perrault, de Poleni.

84. - Alterum in summo. Puisque Vitruve vient d'écrire cymatium Doricum in imo, et qu'il ajoute immédiatement après alterum in summo, il est évident que cette autre cymaise est aussi une cymaise dorique. C'est pourquoi au-dessus du larmier j'ai fait une cymaise dorique marquée t, comme celle de dessous, qui est indiquée par la lettre u. Poleni pense que c'est s'écarter du précepte de Vitruve que de faire deux cymaises différentes, comme l'a fait Perrault, qui a mis une cymaise dorique sous le larmier, et une gueule renversée au-dessus.

85. - Item cum cymatiis corona crassa ex dimidia moduli. Galiani ajoute à ce demi-module une sixième partie, pour deux raisons, la première parce que, au liv. III, ch. 3, l'auteur établit la règle générale que la saillie des membres doit être égale à leur hauteur omnino omnes ecphorae venustiorem habent speciem quae quantum altitudinis tantumdem habeant profecturae; or, puisqu'il a dit plus haut que la saillie du larmier doit être d'un demi-module et d'une sixième partie, dimidia et sexta parte, sa hauteur doit être égale, d'autant plus qu'en parlant de cette hauteur, il commence la phrase parle mot item, qui indique similitude ; c'est la seconde raison.

 

86. - Ad medias metopas. Cette disposition des chemins et des espaces du plafond de la corniche dorique de Vitruve, dit Perrault, est fort différente de ce qui était dans l'ordre dorique du théâtre de Marcellus, et qui se voit dans le Parallèle de M. de Chambray : car il ne reste presque plus rien à Rome de cette corniche. La différence de ces corniches vient du peu de saillie que Vitruve donne à la sienne ; car la grandeur de la saillie de celle du théâtre de Marcellus fait que les espaces qui sont au droit des métopes sont plus petits entre, les chemins que ceux qui sont au droit des triglyphes. Tout au contraire, dans la corniche de Vitruve , les espaces qui sont au droit des métopes sont plus grands que ceux qui sont au droit des triglyphes. En voici la raison : c'est qu'au théâtre de Marcellus les trois gouttes étant fort grandes à cause de l'espace que la grande saillie leur donne, il s'ensuit que les six gouttes occupent aussi un fort grand espace. Au con-traire, les trois gouttes de l'ordre de Vitruve étant petites et serrées à cause du peu d'espace que la petitesse de la saillie de la corniche leur donne, il arrive que les six gouttes sont serrées à proportion, et cela fait que l'espace qui est au droit des métopes est si grand, qu'il a fallu le partager en deux par le moyeu du chemin qui est au droit du milieu des métopes - La fig. 63 fait voir le plafond de la corniche dorique. La corniche n'a de saillie qu'autant qu'il en faut pour faire que les dix-huit gouttes laissent assez d'espace au droit du triglyphe A, pour y placer les chemins 11, et pour abandonner tout l'espace de la métope C aux carrés DD et au chemin 22 qui est au droit du milieu de la métope.

87. - Uti guttae sex in longitudinern, tres in latitudinem pateant. Les gouttes qui sont sculptées sous le plafond du larmier de la corniche, au droit des triglyphes, au nombre de dix-huit, Philander dit qu'elles diffèrent de celles de l'architrave, en ce que celles de la corniche sont coupées carrément par-dessous, et que celles des architraves sont rondes comme la tête d'une toupie ; mais cela manque d'exactitude , en ce que les unes et les autres sont coupées carrément par-dessous. On pourrait les distinguer par une autre différence qui est que celles des architraves sont quelquefois carrées en pyramide, et que celles des corniches sont toujours coniques.
Alberti croit que ce qu'on appelle des gouttes, représente des clous ; mais cette pensée lui est particulière.
Les trois gouttes sculptées dans la largeur du plafond du larmier sont ane (fig. 63, p. 403) , et dans le rectangle tracé au droit de la lettre A sont les six gouttes sculptées dans la longueur du larmier.

88. - Pura relinquantur, aut fulmina scalpantur. Philander n'a vu nulle part, dans les monuments antiques, de foudres sculptées aux plafonds des larmiers. Ces espaces laissés vides sont marqués DDBBB dans la fig. 63 (p. 403). Parmi les membres d'architecture, il en est, selon Perrault, où la sculpture est essentielle, tels que les chapiteaux corinthiens et ioniques, les triglyphes, les modillons, etc. Il en est d'autres où elle n'est pas absolument nécessaire, comme au quart de rond des grandes corniches, où l'on n'est point obligé de tailler des oves ; au denticule de la corniche corinthienne où l'on peut s'abstenir de faire des découpures ; aux frises corinthiennes et ioniques qu'on est libre de laisser pures, ou d'enrichir de figures ; aux métopes de l'ordre dorique, où l'on ne taille ni têtes de boeuf, ni trophées, si l'on veut. Vitruve fait entendre ici que dans le plafond de la corniche dorique, il n'y a de sculpture essentiellement nécessaire que celle des gouttes. Ces foudres de Vignole, ces feuillages de Serlio, ces roses de Palladio et de Scamozzi ne semblent pas bien convenir à la simplicité de l'ordre dorique.

89. - Ad ipsumque mentum coronae incidatur linea, quae scotia dicitur. Le petit rebord o qui se trouve entre le creux de la scotie r (fig. 63 , p. 403) et l'extrémité du larmier, s'appelle mouchette. Il est fait pour arrêter l'eau : car, pour aller plus loin, il faudrait qu'elle montât vers r pour descendre vers a.

90. - Simae. Presque tous les monuments antiques, dit Perrault, ont la cymaise, qui est au haut de la corniche dorique, différente de celle de la corniche ionique. La cymaise ionique est toujours la doucine v (fig. 62, p. 399) et la dorique est formée comme les cavets, ta. Parmi les architectes modernes, Vignole et Viola ont mis le cavet au lieu de la doucine, à leur ordre dorique, conformément à l'ordre dorique du théâtre de Marcellus.

91. - Haec ratio in operibus diastylis erit constituta. C'est en effet du diastyle que les entre-colonnements de ce temple approchent le plus, selon de Bioul ; ils ne sont pas précisément semblables, puisqu'ils sont d'un quart de diamètre plus grands que les entre-colonnements diastyles, dont il est parlé dans le ch. 2 du liv. III, auxquels il veut qu'on donne trois diamètres, tandis que ceux-ci ont six modules et demi, partant trois diamètres et quart, le module n'étant ici que de demi-diamètre. On a dû augmenter ainsi cet entre-colonnement diastyle à cause du compartiment des triglyphes et des métopes dont on ne peut s'écarter. De plus l'en­tre-colonnernent du milieu, à cause de sa grande largeur, approche de l'aréostyle, ce qui n'empêche pas qu'on ne nomme cette espèce de temple diastyle, comme on dit qu'un temple est eustyle, quoique l'entre-colonnement du milieu ait la largeur de celui du diastyle.

92. - Si vero pycnostylon et monotriglyphon. Dans la plupart des éditions de Vitruve, au lieu de pycnostylon, que Barbaro a introduit dans son édition latine, on lit systylon, ce qui est évidemment une faute : car, comme on le voit au ch, 2 du liv. III, la largeur d'un entre-colonnement pycnostyle est d'un diamètre et demi, cc qui est l'espace nécessaire à ces sortes de temples qui n'ont qu'un triglyphe au-dessus du milieu de l'entre-colonnement, tandis que l'entre-colonnemeut du systyle qui , dans l'ordre dorique, serait de deux diamètres qui font quatre modules, ne pourrait pas s'accorder avec les monotriglyphes qui n'en demandent que trois. Philander dit que dans l'ordre dorique les proportions peuvent se prendre de l'entre-colonnement des triglyphes, au lieu que dans les autres ordres, ils se prennent de l'entre-deux des colonnes ; de sorte que, au lieu de intercolumnium, il voudrait qu'on dit monotriglyphium :cela étant, ne faudrait-il pas des noms particuliers au genre des temples doriques, et les appeler pycnotriglyphes, syntriglyphes, diatriglyphes, etc., au lieu de pycnostyles, systyles, etc.? Perrault repousse l'observation de Philander.

93.- Frons aedis, si tetrastylos erit, dividatur in partes duas et viginti, si herastylos erit, dividatur in partes duas et triginta. Dans l'indication du nombre des parties qui doivent se trouver dans la façade de ces sortes de temples, il s'est glissé une faute à peu près semblable à celle qui a été relevée au commencement du chapitre 3, où il s'agit aussi de la même division. On lit ordinaire-ment XXIII, au lieu de XXII, et XXXV au lieu de XXXII. On peut aisé-ment en faire le compte; il suffit de se rappeler que le triglyphe occupe la largeur d'un module, et la métope celle d'un module et demi, et que l'entre-colonnement du milieu est diastyle, c'est à-dire qu'il contient, comme le dit Vitruve lui-même , trois triglyphes et quatre métopes. Philender et Barbaro n'ont point songé à cela, lorsqu'ils ont donné à l'entre-colonnernent du milieu seule-ment deux triglyphes et trois métopes, et ont voulu qu'on lût XIXS , c'est-à-dire dix-neuf et demi , au lieu de XXIII, et XXIXS au lieu de XXXV. Cependant le temple de la Piété, dont parle Palladio, est monotriglyphe, et il n'a que deux triglyphes à l'entre-colon­nement du milieu.

94.- Ita supra singula epistylia. Que le mot epistylium désigne, si l'on veut, chacun des morceaux d'architrave qui sont entre les deux colonnes sur lesquelles posent leurs extrémités, aussi bien que la suite de tous ces morceaux sur toute l'étendue de la colonnade, soit : mais Perrault me semble remplacer avec raison epistylia par intercolumnia, parce qu'il ne serait pas vrai que chaque architrave n'eût au-dessus de soi que deux métopes et un triglyphe, comme le dit le texte ; parce que, selon Perrault, il y aurait encore eu, à chaque côté, la moitié du triglyphe qui est au droit du milieu de la colonne qui soutient les deux bouts des pierres qui font l'architrave.

95.- Culumnas autem striari. Vitruve termine ce qui concerne l'ordre dorique par expliquer les différentes manières de canneler les colonnes de cet ordre. La première (Voir la note 149 du liv. III, ci-dessus, p. 329) consiste à changer la forme circulaire des colonnes en un polygone qui représente vingt faces plates (fig. 53, vxz, p. 330). La seconde diffère de celle-ci en ce qu'on fait dans toute la longueur de ces faces un creux circulaire vs. Comme ces cannelu