Cornélie, mère des Gracques

Une mère remarquable

VALERE-MAXIME : Valerius Maximus est l'auteur de Faits et dits mémorables, rédigés au début de l'époque impériale. Son oeuvre est un recueil de thèmes sur certains sujets (Présages, Modération, Gratitude, ...) illustrés par des anecdotes tirées de l'histoire de Rome et des peuples étrangers.

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Cornelia a tougours été pour les anciens le type de la matrone courageuse dans ses malheurs.

Maxima ornamenta esse matronis liberos, apud Pomponium Rufum collectorum libro sic invenimus: Cornelia Gracchorum mater, cum Campana matrona, apud illam hospita, ornamenta sua pulcherrima illius saeculi ostenderet, traxit eam sermone, donec e schola redirent liberi, et: "Haec, inquit, ornamenta sunt mea." Omnia nimirum habet qui nihil concupiscit; eo quidem certius, quia dominium rerum collabi solet, bonae mentis usurpatio nullum tristioris fortunae recipit incursum. Itaque quorsum attinet aut divitias in prima felicitatis parte, aut paupertatem in ultimo miseriarum statu ponere ? cum et illarum frons hilaris multis intus amaritudinibus sit referta et huius horridior aspectus solidis et certis bonis abundet.

VALÈRE-MAXIME, IV, 4 (intro)

  vocabulaire

Dans un livre de recueil de Pomponius Rufus nous lisons que les enfants sont la plus grande parure d'une mère. Une mère de famille campanienne, reçue par Cornélie mère des Gracques, lui montrait ses parures les plus belles de cette époque. Cornélie traîna en longueur la conversation jusqu'à ce que ses enfants rentrent de l'école. "Voilà, dit-elle, mes parures." Il possède certainement tout celui qui ne désire rien. C'est d'autant plus certain que la propriété des choses, habituellement, disparaît tandis que l'usage d'un bon esprit ne subit pas les chocs d'un sort trop défavorable. Pourquoi importe-t-il de placer les richesses en premier lieu et la pauvreté comme le pire des malheurs? Le front riant des richesses est rempli d'amertume tandis que l'aspect de la pauvreté est beaucoup plus terrible, mais il est rempli de biens solides et sûrs.

VALÈRE-MAXIME, IV, 4 (intro)

 

 

 

Cornélie vue par Plutarque

I. Tibérius et Caius Gracchus étaient les fils de Tibérius Gracchus, qui, bien qu’auparavant avait été censeur, deux fois consul, et avait reçu deux fois le triomphe, pourtant était plus renommé et estimé pour sa vertu que pour ses honneurs. Aussi, après la mort de Scipion qui avait vaincu Hannibal, il fut jugé digne d’épouser Cornélie la fille de celui-ci.: il n’y avait aucune amitié entre Scipion et lui, mais c’était plutôt le contraire. On raconte qu’un jour il a trouvé dans son lit un couple de serpents, et que les devins consultés au sujet de ce prodige lui conseillèrent de ne pas les tuer tous les deux ni les laisser s'échapper. Ils ajoutèrent que si le serpent mâle était tué, Tibérius devait mourir, et si c’était la femelle, c’était à Cornélie de mourir. Alors Tibérius, qui aimait très fort son épouse, et pensant, en outre, que c'était à lui de mourir le premier, lui qui était un vieil homme, alors que sa femme était encore jeune, tua le serpent mâle et relâcha la femelle. Peu de temps après il mourut, laissant douze enfants qu’il avait eu de Cornélie.
Cornélie, prenant sur elle-même tout le soin le ménage et l'éducation de ses enfants, se montra une matrone si discrète, une mère si affectueuse et une veuve si magnanime et si noble que Tibérius sembla pour tout le monde avoir fait un choix raisonnable en choisissant la mort pour une telle femme. Quand le roi Ptolémée lui-même lui offrit de partager sa couronne et de l’épouser, elle refusa et choisit plutôt de rester veuve. Elle continua ainsi et perdit tous ses enfants, sauf une fille, qui se maria avec Scipion Emilien, et deux fils, Tibérius et Caius, dont nous allons relater maintenant la vie.

XIX. On raconte que Comélia supporta son malheur - la mort de ses deux fils, Tibérius et Caius Gracchus, après beaucoup d'autres deuils - avec noblesse et grandeur d'âme [...] Elle passa le reste de sa vie au lieu appelé Misène, sans rien changer à son régime habituel. Elle avait beaucoup d'amis et une grande table pour les accueillir. Elle était toujours entourée de Grecs et de lettrés, et tous les rois recevaient d'elle et lui envoyaient des présents. Elle était très agréable pour ses visiteurs et leur retraçait dans la conversation l'existence et la façon de vivre de son père, l'Africain.

Plutarque, Caius Gracchus, I;  XIX, 1-3

Des précautions que réclame l'enfant dans les commencements de son éducation. Des nourrices et des précepteurs.

(6) Pour ce qui est des parents, je voudrais en eux beaucoup de savoir; et ici je ne parle pas seulement des pères. On sait combien Cornélie, dont le langage élégant a passé jusqu'à nous avec ses lettres, influa sur l'éloquence des Gracques. On dit aussi que la fille de Lélius ne parlait pas moins bien que son père; et nous lisons encore un discours de la fille de Q. Hortensius, prononcé devant les triumvirs, qui fait honneur à son sexe et n'en ferait pas moins au nôtre.

QUINTILIEN, L'INSTITUTION ORATOIRE, LIVRE PREMIER, Chapitre I

 

 

abundo, as, are : être en grand nombre
amaritudo, inis, f. : l'amertume, l'aigreur
apud, prép. : + Acc. : près de, chez
aspectus, us, m. : 1. le regard 2. la faculté de voir 3. la vue
attineo, es, ere, tinui, tentum : tenir, aboutir, s'étendre; attinet : il importe
aut, conj. : ou, ou bien
bonus, a, um : bon (bonus, i : l'homme de bien - bona, orum : les biens)
Campanus, a, um : Campanien, de Campanie
certius, adv. : comparatif adverbial on neutre de certus, a, um : fixe, sûr, certain
certus, a, um : certain
collabor, eris, i, lapsus sum : tomber, s'écrouler
collego, is, ere, legi, lectum : rassembler
concupisco, is, ere, cupivi, pitum : convoiter, souhaiter
Cornelia, ae, f. : Cornélie (mère des Gracques)
cum, inv. :1. Préposition + abl. = avec 2. conjonction + ind. = quand, lorsque, comme, ainsi que 3. conjonction + subj. : alors que
divitiae, arum, f. :les richesses
dominium, ii, n. : 1. la propriété 2. le festin
donec, conj. : jusqu'à ce que
e, prép. : + Abl. : hors de, de
eam, 1. Acc. fem. sig. de IS-EA-ID = la (pronom), ce, cette 2. 1ère pers. sing. du Subj. Présent de IRE : aller
eo, 1. ABL. M-N SING de is, ea, id : le, la, les, lui... ce,..; 2. 1ère pers. sing. de l'IND PR. de eo, ire 3. adv. là, à ce point 4. par cela, à cause de cela, d'autant
et, conj. : et. adv. aussi
felicitas, atis, f. : le bonheur
fortuna, ae, f. : la fortune, la chance
frons, frontis, f. :le front
Gracchus, i, m. : Gracchus
habeo, es, ere, bui, bitum : avoir (en sa possession), tenir (se habere : se trouver, être), considérer comme
hic, haec, hoc : adj. : ce, cette, ces, pronom : celui-ci, celle-ci
hilaris, e : qui rit, enjoué, gai
horridior, oris : comparatif de horridus, a, um : hérissé, rugueux, âpre, sauvage
hospita, ae, f. : l'hôtesse, l'étrangère
ille, illa, illud : adjectif : ce, cette (là), pronom : celui-là, ...
in, prép. : (acc. ou abl.) dans, sur, contre
incursus, us, m. : le heurt, le choc
inquit, vb. inv. : dit-il, dit-elle
intus, inv. : a l'intérieur
invenio, is, ire, veni, ventum : trouver
itaque, conj. : c'est pourquoi, aussi, par conséquent
liber, bri, m. : le livre
liberi, orum, m. pl. : les enfants (fils et filles)
mater, tris, f. : la mère
matrona, ae, f. : la matrone, l'épouse, la mère de famille
maximus, a, um : superlatif de magnus, a, um : grand
melius, adv. : mieux
mens, mentis, f. : l'esprit
meus, mea, meum : mon
miseria, ae, f. :le malheur, l'adversité, l'inquiétude, le souci
multus, a, um : en grand nombre (surtout au pl. : nombreux)
nihil, indéfini : rien
nimirum, adv. : assurément, certainement
nullus, a, um : aucun
omnis, e : tout
ornamentum, i, n. : 1. l'appareil, l'équipement 2. l'ornement, la parure
ostendo, is, ere, tendi, tentum : tendre, montrer
pars, partis, f. : la partie, le côté
paupertas, atis, f. : la pauvreté
persona, ae, f. : le masque, le rôle, le caractère
Pomponius, i, m. : Pomponius
pono, is, ere, posui, situm : 1. poser 2. déposer 3. placer, disposer 4. installer 5. présenter, établir
primus, a, um : premier
pulcherrimus, a, um : très beau
quam, 1. accusatif féminin du pronom relatif = que 2. accusatif féminin sing de l'interrogatif = quel? qui? 3. après si, nisi, ne, num = aliquam 4. faux relatif = et eam 5. introduit le second terme de la comparaison = que 6. adv. = combien
qui, 1. n N.M.S ou N.M.PL. du relatif 2. idem de l'interrogatif 3. après si, nisi, ne, num = aliqui 4. Faux relatif = et ei 5. interrogatif = en quoi, par quoi
quia, conj. : parce que
quidem, adv. : certes (ne-) ne pas même
quod, 1. pronom relatif nom. ou acc. neutre singulier : qui, que 2. faux relatif = et id 3. conjonction : parce que, le fait que 4. après si, nisi, ne, num = aliquod = quelque chose 5. pronom interrogatif nom. ou acc. neutre sing. = quel?
quorsum, adv. : dans quelle direction, vers quoi, à quel résultat
recipio, is, ere, cepi, ceptum : 1. retirer, ramener 2. reprendre 3. recevoir, accepter, admettre 4. se charger de
redeo, is, ire, ii, itum : revenir
refertus, a, um : plein, rempli
repraesento, as, are : mettre devant les yeux, représenter
res, rei, f. : la chose, l'événement, la circonstance, l'affaire judiciaire; les biens
Rufus, i, m. : Rufus
saeculum, i, n. : l'époque, l'âge
schola, ae, f. : l'école, la salle de cours
sermo, onis, m. : 1. l'entretien, la conversation 2. le dialogue, la discussion 4. le discours 5. la langue
sic, adv. : ainsi ; sic... ut : ainsi... que
soleo, es, ere, solitus sum : avoir l'habitude de (solitus, a, um : habituel, ordinaire)
solidus, a, um : solide, massif, compact; entier
status, us, m. : l'attitude, la position, la forme de gouvernement, le bon état
sum, es, esse, fui : être
suus, a, um : adj. : son; pronom : le sien, le leur
traho, is, ere, traxi, tractum : 1. tirer 2. solliciter, attirer 3. traîner 4. extraire 5. allonger, prolonger 6. différer, retarder
tristior, oris : comparatif de tristis, e : triste
ultimus, a, um : dernier
usurpatio, ionis, f. : l'usage, l'emploi, l'abus
verbum, i, n. 1. le mot, le terme, l'expression 2. la parole 3. les mots, la forme
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