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Démosthène, contre Timocrate

LES LOIS DES LOCRIENS

 

 

 

 

 

 

[139] Βούλομαι δ' ὑμῖν, ὦ ἄνδρες δικασταί, ἐν Λοκροῖς ὡς νομοθετοῦσι διηγήσασθαι· οὐδὲν γὰρ χείρους ἔσεσθε παράδειγμά τι ἀκηκοότες, ἄλλως τε καὶ ᾧ πόλις εὐνομουμένη χρῆται. Ἐκεῖ γὰρ οὕτως οἴονται δεῖν τοῖς πάλαι κειμένοις χρῆσθαι νόμοις καὶ τὰ πάτρια περιστέλλειν καὶ μὴ πρὸς τὰς βουλήσεις μηδὲ πρὸς τὰς διαδύσεις τῶν ἀδικημάτων νομοθετεῖσθαι, ὥστ' ἄν τις βούληται νόμον καινὸν τιθέναι, ἐν βρόχῳ τὸν τράχηλον ἔχων νομοθετεῖ, καὶ ἐὰν μὲν δόξῃ καλὸς καὶ χρήσιμος εἶναι ὁ νόμος, ζῇ ὁ τιθεὶς καὶ ἀπέρχεται, εἰ δὲ μή, τέθνηκεν ἐπισπασθέντος τοῦ βρόχου. [140] Καὶ γάρ τοι καινοὺς μὲν οὐ τολμῶσι τίθεσθαι, τοῖς δὲ πάλαι κειμένοις ἀκριβῶς χρῶνται. Καὶ ἐν πολλοῖς δὲ πάνυ ἔτεσιν, ὦ ἄνδρες δικασταί, εἷς λέγεται παρ' αὐτοῖς νόμος καινὸς τεθῆναι. Ὄντος γὰρ αὐτόθι νόμου, ἐάν τις ὀφθαλμὸν ἐκκόψῃ, ἀντεκκόψαι παρασχεῖν τὸν ἑαυτοῦ, καὶ οὐ χρημάτων τιμήσεως οὐδεμιᾶς, ἀπειλῆσαί τις λέγεται ἐχθρὸς ἐχθρῷ ἕν' ἔχοντι ὀφθαλμὸν ὅτι αὐτοῦ ἐκκόψει τοῦτον τὸν ἕνα. [141] Γενομένης δὲ ταύτης τῆς ἀπειλῆς χαλεπῶς ἐνεγκὼν ὁ ἑτερόφθαλμος, καὶ ἡγούμενος ἀβίωτον αὑτῷ εἶναι τὸν βίον τοῦτο παθόντι, λέγεται τολμῆσαι νόμον εἰσενεγκεῖν, ἐάν τις ἕνα ἔχοντος ὀφθαλμὸν ἐκκόψῃ, ἄμφω ἀντεκκόψαι παρασχεῖν, ἵνα τῇ ἴσῃ συμφορᾷ ἀμφότεροι χρῶνται. Καὶ τοῦτον μόνον λέγονται Λοκροὶ θέσθαι τὸν νόμον ἐν πλεῖν ἢ διακοσίοις ἔτεσιν.

[139] Je vais vous raconter en quelle forme on porte les lois dans la Locride ; car il est bon que vous soyez instruits des usages d'une république bien policée. Les Locriens sont tellement dans le principe qu'ils doivent se gouverner d'après les lois anciennes, maintenir les réglements de leurs pères, sans établir des lois au gré de chacun, pour assurer au crime l'impunité ; les Locriens, dis-je, sont tellement dans ce principe, qu'ils ont voulu qu'on ne portât chez eux de loi nouvelle, qu'ayant le cou passé dans une corde ; de sorte que, si la loi est jugée utile, celui qui l'a proposée se retire avec la vie sauve sinon, il est étranglé sur-le-champ. [140] Aussi, les particuliers de ce pays, fidèles à observer les lois anciennes, n'osent point en porter de nouvelles ; et l'on dit que, dans un long intervalle de temps, il n'y en a eu qu'une seule de portée. Voici à quelle occasion. Il était ordonné, par une loi, que quiconque arracherait un oeil à quelqu'un serait condamné,à perdre un oeil, sans pouvoir se racheter de cette peine à quelque prix que ce fût. Un Locrien, dit-on, menaça son ennemi qui n'avait qu'un oeil, de lui arracher le seul qui lui restait. [141] Celui-ci, irrité de cette menace, et croyant que le rendre aveugle ce serait lui rendre la vie insupportable, osa proposer une loi aux fins que quiconque arracherait un oeil à celui qui n'en n'aurait qu'un, serait condamné à perdre les deux yeux, pour que les choses fussent égales de part et d'autre. On prétend que c'est la seule loi qui ait été portée chez les Locriens, dans l'espace de plus de deux siècles.