MAXIME DE TYR

 

DISSERTATIONS

DISSERTATION XI.

S'il faut adresser des prières aux dieux (27).

Εἰ δεῖ εὔχεσθαι.

 

 

[1] Ἀνὴρ Φρύξ, ἀργὸς τὸν βίον, ἐραστὴς χρημάτων, λαμβάνει τὸν Σάτυρον, ὡς φησὶν ὁ μῦθος, δαίμονα φίλοινον, κεράσας οἴνῳ κρήνην, εἰς ἣν φοιτῶν διψήσας ἔπινεν. Εὔχεται ὁ ἀνόητος Φρὺξ δαίμονι αἰχμαλώτῳ· εὔχεται δὲ εὐχήν, οἵαν εἰκὸς ἦν καὶ τοῦτον αἰτεῖν, καὶ ἐκεῖνον τελεσιουργεῖν, γενέσθαι αὐτῷ τὴν γῆν χρυσῆν, καὶ τὰ δένδρα χρυσᾶ, καὶ τὰ λήϊα, καὶ τοὺς λειμῶνας, καὶ τὰ ἐν αὐτοῖς ἄνθη. Δίδωσιν ταῦτα ὁ Σάτυρος· ἐπεὶ δὲ αὐτῷ ἐκεχρύσωτο ἡ γῆ, λιμὸς εἶχεν Φρύγας· καὶ ὁ Μίδας ὀδύρεται τὸν πλοῦτον, καὶ ποεῖται παλινῳδίαν τῆς εὐχῆς,

καὶ εὔχεται Σατύρῳ μὲν οὐκέτι, θεοῖς δὲ καὶ θεαῖς, ἐλθεῖν αὐτῷ τὴν ἀρχαίαν πενίαν, τὴν εὔφορον ἐκείνην καὶ πάμφορον καὶ καρποτρόφον, τὸν δὲ χρυσὸν ἀπελθεῖν εἰς ἐχθρῶν κεφαλάς. Ὁ μὲν ταῦτα εὔχετο ποτνιώμενος, ἐτελεῖτο δὲ οὐδὲν μᾶλλον. Ἐπαινῶ τὸν μῦθον τῆς χάριτος καὶ τῆς πρὸς τ´ ἀληθὲς ὁδοῦ. Τί γὰρ δὴ ἄλλο αἰνίττεται, ἢ ἀνοήτου ἀνδρὸς εὐχὴν ἐπ´ οὐδενὶ χρηστῷ, εὐχομένου μέν, ἵνα τύχῃ, μεταγιγνώσκοντος δέ, ἐπειδὰν τύχῃ; Τὴν δὲ θήραν τοῦ Σατύρου, καὶ τὰ δεσμά, καὶ τὸν οἶνον ᾐνίξατο ὁ μῦθος· ὅτι οἱ μὲν ἀπατήσαντες, οἱ δὲ καὶ βιασάμενοι τυχόντες ὧν ἐπεθύμουν, οὐχ ὧν εὔξαντο, ἀνατιθέασιν θεοῖς τὴν δωρεάν, οὐ παρ´ ἐκείνων λαβόντες· οὐδὲν γὰρ τῶν μὴ καλῶν δίδωσιν θεός, ἀλλ´ ἐστὶν ταῦτα δωρεὰ τύχης, ἄλογος ἀλόγου, οἷαι καὶ παρὰ τῶν μεθυόντων  φιλοσοφρύναι.

UN Phrygien qui vivait dans l'oisiveté (28), et qui aimait beaucoup l'or, prit un jour, suivant ce que la fable raconte, un Satyre (29), espèce de dieu, qui aime beaucoup le vin. Pour le prendre, il avait jeté une quantité de cette liqueur dans la fontaine où ce dieu venait boire quand il avait soif. L'insensé Phrygien pria le dieu son prisonnier, et lui adressa un vœu tel qu'il était probable qu'il le formerait; un vœu, qui était d'ailleurs de nature à être accompli par le dieu, savoir, que toutes les campagnes de ses États fussent convertis en or, que les arbres, que les guérets, que les prés et les fleurs dont ils étaient émaillés, que tout devînt or. Le Satyre lui accorda ce qu'il demandait. Mais le territoire de la Phrygie n'eut pas été plutôt changé en or, que les peuples furent en proie à la famine. Midas alors pleura sur ses richesses. Il chanta la palinodie de son vœu.

Il supplia, non plus le Satyre, mais les dieux et les déesses du premier ordre, de lui rendre son ancienne médiocrité, de rétablir la fécondité de ses campagnes, et d'envoyer son or à ses ennemis. C'est là ce qu'il demandait aux dieux en les implorant. Mais il n'en était pas plus exaucé (30). Je loue cette fable sous le rapport de son agrément, et sous celui de la vérité morale où elle conduit. Car quel autre emblème nous présente-t-elle, sinon celui de la démence d'un homme qui demande aux dieux une chose qui ne peut lui être bonne à rien, et qui croyant demander ce qui doit faire son bonheur, se repent de l'avoir demandé, aussitôt qu'il l'a obtenu. Quand la fable parle de la prise du Satyre, des liens dont il fui chargé, du vin qui servit à le prendre, elle fait allusion aux stratagèmes, aux moyens violents que mettent en oeuvre, pour satisfaire leurs désirs, pour remplir leurs vœux, ceux qui n'y sont pas plutôt parvenus, qu'ils se hâtent de vouloir rendre aux dieux les dons qu'ils ne veulent point garder. Car les dieux ne nous dispensent rien de ce qui ne nous est pas bon. Les dons de cette nature nous viennent de la fortune. Ce sont des dons que la clémence adresse à la folie, comme les caresses que distribuent en passant les gens pris de vin.

[2] Τί δὲ Λυδός, ὁ τοῦ Φρυγὸς ἀνοητότερος; οὐκ εὔξατο μὲν τῷ Ἀπόλλωνι ἑλεῖν τὴν Περσῶν ἀρχήν, καὶ ἐθεράπευεν χρυσῷ πολλῷ τὸν θεόν, ὥσπερ δωροδόκον δυνάστην; ἀκούων δὲ αὐτοῦ θαμὰ ἐκ Δελφῶν ἐπιστέλλοντος Κροῖσος Ἅλυν διαβὰς μεγάλην ἀρχὴν καταλύσει, ἐκδεχόμενος πρὸς ἡδονὴν τὸν χρησμόν, διέβη Ἅλυν, καὶ κατέλυσεν τὴν Λυδῶν μεγάλην ἀρχήν. Ἀκούω δὲ καὶ παρ´ Ὁμήρῳ εὐχομένου Ἕλληνος ἀνδρός,

Ζεῦ πάτερ, ἢ Αἴαντα λαχεῖν, ἢ Τυδέος υἱόν,
ἢ αὐτὸν βασιλῆα πολυχρύσοιο Μυκήνης·
καὶ δηλαδὴ ὁ Ζεὺς ἐπιτελεῖ τὴν εὐχήν,
ἐκ δ´ ἔθορε κλῆρος κυνέης, ὃν ἄρ´ ἤθελον αὐτοὶ
Αἴαντος.

Καὶ τῷ μὲν Πριάμῳ εὐχομένῳ ὑπὲρ τῆς οἰκείας γῆς, βοῦς καὶ ὄϊς ὁσημέραι τῷ Διὶ καταθύοντι, ἀτελῆ τὴν εὐχὴν τίθησιν· τῷ δὲ Ἀγαμέμνονι

- - - ὑπέσχετο καὶ κατένευσεν
ἐπὶ τὴν ἀλλοτρίαν ἐλθόντι
Ἴλιον ἐκπέρσαντ´ εὐτείχεον ἀπονέεσθαι.

Καὶ ὁ Ἀπόλλων πρότερον μὲν οὐκ ἐπαμύνει τῷ Χρύσῃ ἀδικουμένῳ, ἐπεὶ δὲ πρὸς αὐτὸν ἐπαρρησιάσατο καὶ ἀνέμνησεν τῆς κνίσης τῶν μηρίων, τότε τοὺς ἰοὺς ἀφίησιν εἰς τὸ Ἑλληνικόν, « ἐννῆμαρ ἐποιχόμενος » αὐτούς,  καὶ « ὀρεῖς καὶ κύνας. »

II. Et ce Roi de Lydie, qui ne fut pas moins insensé que le Phrygien, ne demanda-t-il point à Apollon qu'il lui accordât de renverser l'Empire des Perses : ne fit-il pas tout son possible pour se concilier ce dieu à force d'or, comme un potentat capable de se laisser corrompre par des présents (31). II savait que l'oracle de Delphes avait dit plusieurs fois, «Que Crésus en passant le fleuve Halis, renverserait un grand empire (32) ». Il prit cet oracle à son profit : il passa le fleuve, et son empire en Lydie fut renversé. J'entends dans Homère un Grec qui s'adresse à Jupiter en ces mots : « Ô Jupiter ! fais tomber le sort ou sur Ajax ou sur le fils de Tydée ou même sur le roi de l'opulente Mycènes (33). Et Jupiter accomplit son vœu : le nom que le sort fait tirer du casques est celui d'Ajax qu'ils désiraient (34) ». Tandis que Priam, qui implore aussi Jupiter pour sa patrie, qui lui sacrifie tous les jours des bœufs et des moutons, ne fait que des vœux inutiles. Le même dieu promet à Agamemnon, et lui assure par un signe de sa tête, au moment où ce prince s'embarque pour une région étrangère, « qu'après avoir renversé les fortes murailles de Troie, il retournera chez lui (35) ». D'un autre côté, Apollon ne venge pas d'abord Chrysès de l'injure qu'il a reçue dans le camp des Grecs; mais aussitôt que Chrysès lui a librement raconté ce qui vient de se passer (36), et qu'il lui a rappelé les holocaustes qu'il fait fumer sur ses autels, le dieu lance, pendant neuf jours, ses flèches contre les Grecs, exterminant leurs mulets, leurs moutons, et leurs chiens.

[3] Τί ταῦτα, ὦ ποιητῶν ἄριστε; λίχνον καὶ δωροδόκον τὸ θεῖον, καὶ μηδὲν διαφέρον τῶν πολλῶν ἀνθρώπων;  καί σου τὸ ἔπος τοῦτο ἀποδεξόμεθα,

- - -στρεπτοὶ δέ τε καὶ θεοὶ αὐτοί;

ἢ τουναντίον, ἄστρεπτον τὸ θεῖον καὶ ἀτενὲς καὶ ἀπαραίτητον;  μετατίθεσθαι γὰρ καὶ μεταγινώσκειν προσήκει μὴ ὅτι θεῷ, ἀλλ´ οὐδὲ ἀνδρὶ ἀγαθῷ· ὁ γὰρ στρεπτὸς ἀνὴρ καὶ μετανοητικός, εἰ μὲν εἰς τὸ βέλτιον ἐκ τοῦ φαυλοτέρου μετατίθεται, πονήρως ἐβουλεύσατο· εἰ δὲ : εἰς τὸ χεῖρον ἐκ τοῦ βελτίστου, πονηρῶς μετέθετο· τὸ δὲ θεῖον ἔξω πονηρίας. Καὶ γὰρ ἤτοι ὁ εὐχόμενος ἄξιος τυχεῖν ὧν ηὔξατο, ἢ οὐκ ἄξιος· εἰ μὲν οὖν ἄξιος, τεύξεται καὶ μὴ εὐξάμενος· εἰ δὲ οὐκ ἄξιος, οὐ τεύξεται οὐδὲ εὐξάμενος. Οὔτε γὰρ ὁ ἄξιος μὲν, παραλείπων δὲ τὴν εὐχήν, διὰ τοῦτο οὐκ ἄξιος, ὅτι οὐκ ηὔξατο· οὔτε ὁ μὴ ἄξιος μὲν τυχεῖν, λαβεῖν δὲ εὐχόμενος, διὰ τοῦτο ἄξιος, ὅτι εὔξατο· ἀλλὰ αὐτὸ τοὐναντίον, ὁ μὲν ἄξιος λαβεῖν, μὴ ἐνοχλῶν, τυχεῖν ἀξιώτερος· ὁ δὲ οὐκ ἄξιος, ἐνοχλῶν, καὶ διὰ τοῦτο οὐκ ἄξιος· καὶ τῷ μὲν ἀναθήσομεν αἰδὼ καὶ θάρσος, διὰ μὲν τὸ θαρρεῖν πιστεύοντι ὡς τευξομένῳ, διὰ δὲ τὴν αἰδὼ ἡσυχάζοντι, κἂν μὴ τύχῃ· τῷ δὲ ἀμαθίαν καὶ μοχθηρίαν, διὰ μὲν ἀμαθίαν εὐχομένῳ, διὰ δὲ μοχθηρίαν οὐκ ἀξιουμένῳ. Τί δέ, εἰ στρατηγὸς ἦν ὁ θεός, κᾆτα ὁ μὲν σκευοφορεῖν  ἄξιος ᾔτει τὸν στρατηγὸν ὁπλίτου χώραν, ὁ δὲ ὁπλιτεύειν ἐπιτήδειος τὴν ἡσυχίαν ἦγεν· ἆρα οὐ κατὰ τὴν χρείαν τῆς τάξεως τὸν μὲν ἀχθοφορεῖν εἴα, τὸν δὲ εἰς τοὺς ὁπλίτας ἔταττεν; Ἀλλὰ στρατηγὸς μὲν κἂν ἀγνοήσαι, κἂν δωροδοκήσαι, κἂν ἐξαπατηθείη· τὸ δὲ θεῖον οὐ τοιοῦτον· οὔτε οὖν εὐχομένοις δώσει παρὰ τὴν ἀξίαν, οὔτε οὐκ εὐχομένοις οὐ δώσει κατὰ τὴν ἀξίαν.

III. Incomparable poète, que voulez-vous dire ? Quoi ! les dieux sont cupides, ils sont susceptibles de se laisser gagner par des présents; et à cet égard, ils ne diffèrent point du commun des hommes ! Devons-nous vous en croire, lorsque vous nous dites que « les dieux eux-mêmes ne sont point inflexibles » : ou bien croirons-nous, au contraire, qu'ils ne se laissent ni toucher, ni attendrir, ni émouvoir ? Changer de volonté, passer d'une affection à une autre, ne convient pas plus aux dieux qu'à l'homme de bien. Car l'homme versatile dans ses volontés ne peut passer du mal au bien, que parce que sa première intention était mauvaise; et, si c'est du bien au mal qu'il passe, le vice est dans son changement de volonté. Or, rien de mauvais, rien de vicieux n'entre dans la notion de la divinité. Ou bien, celui qui lui demande quelque chose mérite de l'obtenir, ou bien il ne le mérite pas. S'il le mérite, il l'obtiendra, quoiqu'il ne l'ait pas demandé. S'il ne le mérite pas, il ne l'obtiendra pas, quoiqu'il le demande. Car celui qui mérite d'obtenir, et qui néglige de s'adresser aux dieux, n'en devient point indigne, parce qu'il ne s'adresse point à eux. De même que celui qui ne mérite point d'obtenir, et qui invoque les dieux, ne devient point digne de leurs bienfaits parce qu'il les invoque. C'est tout le contraire. Celui qui mérite la bienfaisance des dieux, s'en rend encore plus digne en s'abstenant de les fatiguer. Celui qui ne la mérite pas, s'en rend d'autant plus indigne qu'il les fatigue davantage. Ajoutons que le premier a de la vénération pour les dieux, et qu'il place en eux sa confiance. Ce dernier sentiment fait qu'il se repose en leur bonté, comme s'il en avait déjà éprouvé les effets; et le premier ferme sa bouche au murmure, lors même que les Dieux ne font rien pour lui. Celui, au contraire, qui est indigne de leurs bienfaits, réunit la méchanceté au défaut de lumières. Ce défaut l'empêche de voir qu'il n'est pas nécessaire de prier les Dieux, sa méchanceté empêche que ses vœux ne soient exaucés. Quoi donc ! si dieu était un général d'armée, et qu'un des goujats demandât à ce général de l'envoyer dans les rangs au milieu du champ de bataille, tandis qu'un des combattants se tiendrait à l'écart et en repos, le général, fidèle aux lois de la discipline militaire, ne ferait-il point retourner le goujat à ses fonctions serviles, et ne laisserait-il pas le combattant à son poste ? Or, un général d'armée peut ne pas tout savoir. Il peut se laisser gagner par des largesses. Il peut être trompé. Auprès de la divinité rien de semblable ne peut avoir lieu. Autant elle s'abstiendra de verser ses bienfaits sur ceux qui le lui demandent, lorsqu'ils ne le mériteront pas, autant elle les répandra sur ceux qui ne le lui demandent pas, lorsqu'ils le mériteront.

[4] Καὶ μὴν τῶν ὅσα οἱ ἄνθρωποι εὔχονται γενέσθαι, φησί, τὰ μὲν ἡ πρόνοια ἐφορᾷ· τὰ δὲ εἱμαρμένη καταναγκάζει, τὰ δὲ μεταβάλλει ἡ τύχη, τὰ δὲ οἰκονομεῖ  ἡ τέχνη. Καὶ ἡ μὲν πρόνοια θεοῦ ἔργον, ἡ δὲ εἱμαρμένη ἀνάγκης, ἡ δὲ τέχνη ἀνθρώπου, ἡ δὲ τύχη τοῦ αὐτομάτου. Διακεκλήρωνται δὲ τούτων ἑκάστων αἱ ὕλαι τοῦ βίου· ἃ τοίνυν εὐχόμεθα, ἢ εἰς πρόνοιαν συντελεῖ θεοῦ, ἢ εἰς εἱμαρμένης ἀνάγκην, ἢ εἰς ἀνθρώπου τέχνην, ἢ εἰς τύχης φοράν. Καὶ εἰ μὲν εἰς πρόνοιαν συντελεῖ, τί δεῖ εὐχῆς; εἰ γάρ τοι προνοεῖ ὁ θεὸς (ἤτοι προνοεῖ τοῦ ὅλου, τῶν δὲ κατὰ μέρος οὐ φροντίζει, ὥσπερ οἱ βασιλεῖς σώζουσι τὰς πόλεις νόμῳ καὶ δίκῃ, οὐ διατείνοντες ἐφ´ ἕκαστον τῇ φροντίδι), κἀν τοῖς ἐπὶ μέρους ἡ πρόνοια ἐξετάζεται. Τί δὴ φῶμεν; βούλει τοῦ ὅλου προνοεῖν τὸν θεόν; οὐκ ἐνοχλητέον ἄρα τῷ θεῷ· οὐ γὰρ πείσεται, ἤν τι παρὰ τὴν σωτηρίαν αἰτῇς τοῦ ὅλου. Τί γὰρ εἰ καὶ  τὰ μόρια τοῦ σώματος φωνὴν λαβόντα, ἐπειδὰν κάμνῃ τὶ αὐτῶν ὑπὸ τοῦ ἰατροῦ τεμνόμενον ἐπὶ σωτηρίᾳ τοῦ ὅλου, εὔξαιτο τῇ τέχνῃ μὴ φθαρῆναι; οὐκ ἀποκρινεῖται ὁ Ἀσκληπιὸς αὐτοῖς, ὡς· « Οὐχ ὑμῶν ἕνεκα, ὦ δείλαια, χρὴ οἴχεσθαι τὸ πᾶν σῶμα, ἀλλὰ ἐκεῖνο σωζέσθω, ὑμῶν ἀπολλυμένων. » Τοῦτο καὶ τῷ σύμπαντι τούτῳ γίγνεσθαι φιλεῖ. Ἀθηναῖοι λοιμώττουσιν, σείονται Λακεδαιμόνιοι, ἡ Θετταλία ἐπικλύζεται, ἡ Αἴτνη φλέγεται· ὧν σὺ μὲν τὴν διάλυσιν φθορὰν καλεῖς· ὁ δὲ ἰατρὸς οἶδεν τὴν αἰτίαν, καὶ ἀμελεῖ εὐχομένων τῶν μερῶν, σώζει δὲ τὸ πᾶν· φροντίζει γὰρ τοῦ ὅλου. Ἀλλὰ καὶ τῶν κατὰ μέρος προνοεῖ ὁ θεός. Οὐδὲ ἐνταῦθα τοίνυν εὐκτέον; Ὅμοιον ὡς εἰ καὶ ἰατρὸν ᾔτει ὁ κάμνων φάρμακον ἤ σιτίον· τοῦτο γὰρ εἰ μὲν ἀνύτει τι, καὶ μὴ αἰτοῦντι δώσει· εἰ δὲ ἐπισφαλές, οὐδὲ αἰτοῦντι δώσει. Τῶν μὲν δὴ κατὰ τὴν πρόνοιαν, οὐδὲν οὔτε αἰτητέον, οὔτε εὐκτέον.

IV. Mais parmi les choses que les hommes demandent aux dieux, les unes émanent de leur providence, les autres sont nécessairement produites par le sort ; celles-ci dépendent des vicissitudes de la fortune ; celles-là sont l'effet de l'industrie des humains. Or la providence est l'œuvre des dieux; le sort est l'œuvre de la nécessité; l'industrie est l'œuvre de l'homme; et la fortune l'œuvre du hasard. Les parties intégrantes de la vie de l'homme sont, par l'effet du destin, pour chacune de ces choses, l'objet de leur activité, de leurs résultats respectifs (37). Tout ce que nous demandons se rapporte donc ou à la providence des dieux, ou à la nécessité du sort, ou à l'industrie de l'homme, ou au cours de la fortune. Si ce que nous demandons regarde la providence, qu'avons-nous besoin de le demander ? Car si dieu agit par sa providence, ou bien il l'étend sur l'univers entier, sans s'occuper de ses différentes parties, (ainsi que les Rois de la terre régissent les peuples par les lois et par la justice, sans entrer dans les détails relatifs aux individus) ou bien sa providence en surveille jusqu'aux plus petites parties. Que dirons-nous donc ? Veut-on que DIEU n'embrasse que le tout ? Il est donc inutile de l'importuner par des vœux. Il ne les écoutera point, si l'on demande quelque chose de contraire à la conservation du tout. Quoi donc ! si les membres du corps recevaient le don de la parole, lorsque, dans une maladie, le médecin. veut faire amputer l'un d'entre eux, pour la conservation du malade, ce membre-là demanderait-il au médecin de ne point le faire amputer ? Le disciple d'Esculape ne lui répondrait-il point : « Malheureux, ce n'est point sur ton intérêt que celui du corps doit être réglé. Il faut qu'il se sauve, même à tes dépens ». Il en est de même de cet univers. Les Athéniens éprouvent la famine; les Lacédémoniens sont ébranlés par un tremblement de terre; la Thessalie est submergée par des inondations ; l'Etna vomit ses torrents de flamme. On crie à la destruction, à l'anéantissement. Mais le médecin sait bien pourquoi tout cela. II ne s'arrête point aux vœux particuliers, aux supplications individuelles. Il ne voit que la conservation du tout. Il ne songe qu'à l'opérer. Dira-t-on, au contraire, que DIEU étend sa providence, jusque dans les détails ? Il est donc inutile encore ici de rien demander. Il en est comme d'un médecin à qui un malade demanderait, ou un médicament, ou quelque chose à manger. Selon que l'un ou l'autre conviendra, ou ne conviendra pas au malade, il l'ordonnera sans qu'on le demande, ou ne l'ordonnera pas, quand même on le demanderait. En ce qui concerne la providence de DIEU, on n'a donc rien à lui demander, ni aucune prière à lui adresser.

[5] Τί δὲ τῶν κατὰ τὴν εἱμαρμένην; ἢ κἀνταῦθα ἡ εὐχὴ γελοιότατον· θᾶττον γὰρ ἄν τις βασιλέα ἔπεισεν, ἢ τύραννον· τυραννικὸν δὲ ἡ εἱμαρμένη, καὶ ἀδέσποτον, καὶ ἀμετάστρεπτον· ἣ, καθάπερ ψάλιον ἐμβάλλουσα ταῖς τῶν ἀνθρώπων ἀγέλαις, βίᾳ σπᾷ καὶ προσαναγκάζει συναπονεύειν ταῖς αὐτῆς ἀγωγαῖς· ὡς Συρακοσίους  Διονύσιος, ὡς Πεισίστρατος Ἀθηναίους, καὶ Περίανδρος Κορινθίους, καὶ Θρασύβουλος Μιλησίους. Ἐν μὲν γὰρ δημοκρατίᾳ δύναταί τι καὶ πειθώ, καὶ εὐχή, καὶ θεραπεία, καὶ λιταί· ἐν δὲ τυραννίδι ἡ βία κρατεῖ· ὡς ἐν πολέμῳ Ὅμηρος, ζώγρει Ἀτρέος ὑιέ, σὺ δ´ ἄξια δέξαι ἄποινα. Τίνα τοίνυν ἄποινα δόντες τῇ εἱμαρμένῃ ἐκλυσόμεθα ἑαυτοὺς τῆς ἀνάγκης καὶ τοῦ δεσμοῦ; τίνα χρυσόν; τίνα θεραπείαν; τίνα θυσίαν; τίνα εὐχήν; Ἀλλ´ οὐδὲ ὁ Ζεὺς αὐτὸς εὕρατο παρ´ ἐκείνης ἀποτροπήν, ἀλλ´ ὀδύρεται· ὤμοι ἐγών, ὅτε μοι Σαρπηδόνα φίλτατον ἀνδρῶν μοῖρ´ ὑπὸ Πατρόκλοιο Μενοιτιάδαο δαμῆναι. Τίνι θεῶν εὔχεται ὁ Ζεὺς ὑπὲρ τοῦ παιδός; Καὶ ἡ Θέτις βοᾷ,

ὤμοι ἐγὼ δειλή· ὤμοι δυσαριστοτόκεια.

Τοιοῦτο χρῆμα ἡ εἱμαρμένη Ἄτροπος, καὶ ἡ Κλωθώ, καὶ ἡ Λάχεσις, ἄτρεπτον, καὶ ἐπικεκλωσμένον, καὶ διειληχὸς τοὺς ἀνθρωπίνους βίους. Πῶς ἂν οὖν τις εὔξαιτο ἀπαραιτήτῳ εἱμαρμένῃ;

V. Que dirons-nous des choses qui dépendent du sort ? Faire des vœux à cet égard, serait la chose du monde la plus ridicule. On obtiendrait plutôt ce qu'on demanderait à un roi, ou à un tyran. Le sort est une puissance tyrannique, qui n'est subordonnée à aucune autre, et dont les décrets sont immuables. C'est comme s'il attachait la bride et le frein à l'espèce humaine, s'il l'entraînait avec violence, s'il la forçait de suivre, de toute nécessité, le chemin qu'il voudrait lui faire prendre. C'est Denis qui commande, à Syracuse. C'est Pisistrate qui commande à Athènes. C'est Périandre qui commande à. Corinthe. C'est Trasibule qui commande à Milet. Car chez les peuples où le gouvernement est démocratique, les discours éloquents, les prières, l'intrigue (38), les supplications, peuvent quelque chose. Mais chez les tyrans, c'est comme à la guerre, le pouvoir n'appartient qu'à la force. « Prenez-moi vivant, fils d'Atride, et recevez le juste prix de ma rançon (39) ». Mais, quelle rançon donnerons-nous au sort pour nous soustraire au joug de la nécessité, pour échapper à ses chaînes ? Quelle somme en or lui offrirons-nous ? Par quels bons offices nous concilierons-nous sa bienveillance ? Quelles oblations lui présenterons-nous ? Quels vœux lui adresserons-nous ? Mais Jupiter lui-même est sans moyens pour faire révoquer ses décrets. Il pousse des cris de douleur : « Malheureux que je suis », s'écrie-t-il, « que le Destin ait réglé que Sarpédon, celui des mortels qui m'est le plus cher, périrait de la main de Patrocle (40) fils de Mendetide ! » Lequel des Dieux Jupiter implore-t-il pour son fils ? Thétis aussi s'écrie, « Que je suis malheureuse, d'avoir mis un héros au monde, et de le voir périr ainsi ! (41) » Tel est le sort. Telles sont Atropos, Clotho, Lachésis, à qui l'empire de la vie des hommes est échu. Elles sont inflexibles, inexorables. Qui donc leur adressera des vœux ?
 

[6] Ἀλλ´ οὐδὲ ἐν τοῖς κατὰ τὴν τύχην εὐκτέον, καὶ πολὺ μᾶλλον ἐνταῦθα οὐκ εὐκτέον· οὐδὲ γὰρ ἀνοήτῳ δυνάστῃ διαλεκτέον, ἔνθα οὐ βούλευμα οὐδὲ κρίσις οὐδὲ ὁρμὴ σώφρων οἰκονομεῖ τὴν ἀρχήν, ἀλλὰ ὀργή, καὶ φορά, καὶ ἄλογοι ἕξεις, καὶ ἔμπληκτοι ὁρμαί, καὶ ἐπιθυμιῶν διαδοχαί. Τοιοῦτον ἡ τύχη, ἄλογον, ἔμπληκτον, ἀπροόρατον, ἀνήκοον, ἀμάντευτον, Εὐρίπου  δίκην μεταρρέον, περιφερόμενον, καὶ οὐδεμιᾶς ἀνεχόμενον  κυβερνήτου τέχνης. Τί ἂν οὖν τις εὔξαιτο ἀστάτῳ χρήματι, καὶ ἀνοήτῳ, καὶ ἀσταθμήτῳ, καὶ ἀμίκτῳ;  Λοιπὸν δὴ μετὰ τὴν τύχην ἡ τέχνη. Καὶ τίς τέκτων εὔξεται περὶ κάλλους ἀρότρου, τὴν τέχνην ἔχων; ἢ τίς ὑφάντης περὶ κάλλους χλανίδος, τὴν τέχνην ἔχων; ἢ τίς χαλκεὺς περὶ κάλλους ἀσπίδος, τὴν τέχνην ἔχων; ἢ τίς ἀριστεὺς περὶ εὐτολμίας, τὴν ἀνδρείαν  ἔχων; ἢ τίς ἀγαθὸς περὶ εὐδαιμονίας, τὴν ἀρετὴν ἔχων;
 

VI. Il n'y a pas non plus de vœux à former, en ce qui concerne les choses qui dépendent de la fortune. Bien moins encore pour celles-ci que pour les autres. Quel langage parler à un souverain insensé, dans l'empire duquel il n'existe ni conseil, ni délibération, ni mesures modérées, où l'on ne voit que de la fougue, de l'emportement, des passions désordonnées, des impulsions folles, des volontés qui se succèdent sans cesse ? Telle est la fortune, dénuée de raison, de sens, de prévoyance, n'écoutant rien, ne consultant jamais les augures, allant et venant comme l'Euripe, étant dans une rotation perpétuelle, et incapable de souffrir la direction d'aucun guide. Que demander donc à une puissance aussi instable (42), aussi insensée, aussi versatile, aussi inabordable ? Il ne nous reste plus que l'industrie humaine. Mais où est le charron qui lui adressera des vœux pour avoir une belle charrue, lorsqu'il a tout le talent qu'il faut pour la faire ? Où est le tisserand qui lui adressera des vœux pour avoir une belle étoffe, lorsqu'il a tout le talent nécessaire pour la fabriquer ? Où est le faiseur de boucliers qui se mettra en frais de prières vis-à-vis d'elle, pour avoir un beau bouclier, lorsqu'il est assez habile pour le forger lui-même ? Où est l'homme vaillant qui lui demandera de la confiance, lorsqu'il a du courage ? Où est l'homme de bien qui viendra lui demander le bonheur, lorsqu'il possède la vertu ?

[5,7] Εἶεν. Τί τοίνυν ἐστίν, ὑπὲρ ὅτου κἂν εὔξαιτο ἄν τις τοῖς θεοῖς, ὃ μὴ προνοίας ἔχεται, ἢ εἱμαρμένης, ἢ τέχνης, ἢ τύχης; Χρήματα αἰτεῖς; Μὴ ἐνόχλει θεοῖς, οὐδὲν αἰτεῖς τῶν καλῶν· μὴ ἐνόχλει τῇ εἱμαρμένῃ, οὐδὲν αἰτεῖς τῶν ἀναγκαίων· μὴ ἐνόχλει τῇ τύχῃ, οὐ γὰρ τοῖς δεομένοις δίδωσιν· μὴ ἐνόχλει τῇ τέχνῃ, ἀκούεις γὰρ Μενάνδρου λέγοντος,

οὐ πάνυ τι γηράσκουσιν αἱ τέχναι καλῶς,
ἐὰν μὴ λάβωσι προστάτην φιλάργυρον.

« Ὁ δὲ χρηστὸς ἦν. » Μετάθου τὸν τρόπον, εὔξαιο μοχθηρίαις, ἐπιτήδευσον τὸ πρᾶγμα. Καὶ ἢ « πλοῦτον καὶ πρᾶγμα λαμβάνεις » πορνοβοσκῶν, ἢ καπηλεύων, ἢ ληϊζόμενος, ἢ πανουργῶν, ἢ ψευδομαρτυρῶν, ἢ συκοφαντῶν, ἢ δωροδοκῶν. Νίκην αἰτεῖς; ἣν δύνασαι λαβεῖν ἐν πολέμῳ μὲν παρὰ μισθοφόρου, ἐν δικαστηρίῳ δὲ παρὰ συκοφάντου. Ἐμπορίαν αἰτεῖς; ἣν δίδωσιν ναῦς καὶ θάλαττα καὶ πνευμάτων φορά· ἀγορὰ πρόκειται· ὤνιον τὸ χρῆμα. Τί τοῖς θεοῖς ἐνοχλεῖς; μηδὲν τὸ παρὰ τὴν ἀξίαν φοβηθῇς· καὶ πλουτήσεις, κἂν Ἱππόνικος ἦς· νικήσεις, κἂν Κλέων ᾖς· αἱρήσεις, κἂν Μέλητος ᾖς. Ἐὰν δὲ εἰς τὰς πρὸς τοὺς θεοὺς παρέλθῃς εὐχάς, εἰς δικαστήριον παρελήλυθας ἀκριβὲς καὶ ἀπαραίτητον· οὐδεὶς ἀνέξεταί σου θεὸς εὐχομένου τὰ μὴ εὐκτά, οὐδὲ δώσει τὰ μὴ σοὶ δοτά. Ἐξεταστὴς καὶ λογιστὴς ἐφέστηκεν ταῖς ἑκάστου εὐχαῖς πικρός, εὐθύνων τῷ τοῦ συμφέροντος μέτρῳ τὰ σά· οὐδὲ αὐτὸν μεταχειριῇ ἀναβιβασάμενος ὥσπερ εἰς δικαστήριον  τὰς ὀρέξεις τὰς σὰς ἐλεεινὰ φθεγγομένας, « Οἴκτειρον » βοώσας, πολλὴν τὴν κόνιν καταχεομένας  τῆς κεφαλῆς, εἰ δὲ οὕτω τύχοι, καὶ ὀνειδιζούσας τῷ θεῷ,

- - - εἴ ποτέ τοι χαρίεντ´ ἐπὶ νηὸν ἔρεψα.

Ἀλλ´ ὁ θεὸς λέγει,

Ἐπὶ ἀγαθῷ αἰτεῖς; λάμβανε, εἰ ἄξιος ὢν αἰτεῖς· ταῦτα ἔχοντί σοι οὐδὲν εὐχῆς δεῖ, λήψῃ καὶ σιωπῶν.

VII. Que demander donc aux dieux qui ne dépende, ou de leur providence, ou du sort, ou de la fortune, ou de l'industrie humaine ? Demandera-t-on de l'argent ? Mais qu'on n'importune point les Dieux. Ce n'est rien demander de ce qui nous est bon. Qu'on n'importune point le sort. Ce n'est rien demander de ce qui nous est nécessaire. Qu'on ne fatigue point la fortune. Elle n'en donne point à ceux qui lui en de-mandent. Qu'on ne fatigue point l'industrie humaine: Qu'on écoute Ménandre, qui dit : « Quand on vit de sa profession, on n'a pas une belle vieillesse, si l'on n'a pas aimé l'argent (43). N'est-ce pas le cours des choses humaines? Êtes-vous homme de bien? changez de mœurs; commencez à devenir un méchant homme; mettez-y tous vos soins, et amassez de l'argent à faire l'un de ces métiers, à servir de courtier d'amour, à donner du vin frelaté, à détrousser sur les grands chemins, à commettre toute sorte de mauvaises actions, à vendre un faux témoignage, à jouer le rôle de sycophante, à laisser acheter votre conscience (44). Demandez-vous de vaincre vos adversaires ? vous le pouvez, en achetant, pour faire la guerre, des mercenaires, pour parler devant les tribunaux, des sycophantes. Demandez-vous quelque espèce de denrée ? Les vaisseaux, la mer, les vents vous la fourniront. Les marchés vous sont ouverts. On en vend partout. Pourquoi donc harceler les Dieux ? Bravez toute espèce d'infamie, et vous vous enrichirez, fussiez-vous un Hipponicus; et la victoire sera pour vous, fussiez-vous un Cléon; et vous gagnerez votre procès, fussiez-vous un Mélitus. Mais si vous vous amusez à vous adresser aux dieux, c'est tout comme si vous vous adressiez à un tribunal sévère et inexorable. Aucun des immortels ne supportera que vous veniez lui demander des choses qui ne peuvent être demandées ; aucun ne vous accordera ce qui ne peut vous être accordé. Toutes les demandes seront examinées, contrôlées à la rigueur, et elles seront ramenées à la mesure de l'intérêt particulier. On ne parviendra point à se concilier les dieux. On aura beau s'ouvrir un accès auprès d'eux, comme ou le pratique dans nos tribunaux, on aura beau prendre le ton suppliant, faire entendre les accents de la pitié, de la commisération, se couvrir la tête de beaucoup de cendre (45), leur rappeler même, s'il en est besoin, « qu'on a prodigué à leurs autels des sacrifices qui ont dû leur être » agréables (46) » . Les Dieux répondront ; « Si vous demandez de bonnes choses à bonne fin, et que vous méritiez de les obtenir, les voilà ». Dès lors, vous n'avez pas besoin de les demander. Vous les obtiendrez, quoique tous gardiez le silence.

[8] « Ἀλλὰ Σωκράτης εἰς Πειραιᾶ κατῄει προσευξόμενος τῇ θεῷ, καὶ τοὺς ἄλλους προετρέπετο, καὶ ἦν ὁ βίος Σωκράτει μεστὸς εὐχῆς. » Καὶ γὰρ Πυθαγόρας ηὔξατο, καὶ Πλάτων, καὶ ὅστις ἄλλος θεοῖς προσήγορος· ἀλλὰ σὺ μὲν ἡγεῖ τὴν τοῦ φιλοσόφου εὐχὴν αἴτησιν εἶναι τῶν οὐ παρόντων, ἐγὼ δὲ ὁμιλίαν καὶ διάλεκτον πρὸς τοὺς θεοὺς περὶ τῶν παρόντων καὶ ἐπίδειξιν τῆς ἀρετῆς· ἢ, οἴει, τοῦτο εὔχετο ὁ Σωκράτης, ὅπως αὐτῷ χρήματα γένηται, ἢ ὅπως ἄρξει Ἀθηναίων; πολλοῦ γε καὶ δεῖ. Ἀλλ´ εὔχετο μὲν τοῖς θεοῖς, ἐλάμβανεν δὲ παρ´ ἑαυτοῦ, συνεπινευόντων ἐκείνων, ἀρετὴν ψυχῆς, καὶ ἡσυχίαν βίου, καὶ ζωὴν ἄμεμπτον, καὶ εὔελπιν θάνατον, τὰ θαυμαστὰ δῶρα, τὰ θεοῖς δοτά. Ἐὰν δέ τις παρὰ μὲν τῆς γῆς εὔπλοιαν αἰτῇ, παρὰ δὲ τῆς θαλάττης εὐκαρπίαν, καὶ παρὰ μὲν ὑφάντου ἄροτρον, παρὰ δὲ τέκτονος χλανίδα, ἄπεισιν ἀτελὴς καὶ ἄδωρος καὶ ἄτευκτος. Ὦ Ζεῦ, καὶ Ἀθηνᾶ, καὶ Ἄπολλον, ἐθῶν ἀνθρωπίνων ἐπίσκοποι, φιλοσόφων ὑμῖν μαθητῶν δεῖ, οἳ τὴν ὑμετέραν τέχνην ἐρρωμέναις ψυχαῖς ὑποδεξάμενοι  ἄμητον βίου καλὸν καὶ εὐδαίμονα ἐκκαρπώσονται· ἀλλὰ ἐστὶν σπάνιον μὲν τὸ τῆς γεωργίας ταύτης χρῆμα, μόλις δὲ καὶ ὀψὲ παραγινόμενον. Δεῖ γε μὴν τοῦ σπανίου τούτου καὶ ὀλίγου ἐναύσματος τῷ βίῳ ἄλλοτε ἐν ἄλλοις σώμασιν φανταζομένου, ὡς ἐν νυκτὶ πολλῇ δεῖ φωτὸς ὀλίγου· τὸ γὰρ καλὸν ἐν ἀνθρωπίνῃ φύσει οὐ πολύ, φιλεῖ γε μὴν πρὸς τοῦ ὀλίγου τούτου σώζεσθαι τὰ πάντα. Ἂν δ´ ἐξέλῃς τοῦ βίου φιλοσοφίαν, ἐξεῖλες αὐτοῦ τὸ ζώπυρον, τὸ ἔμπνουν, τὸ ζωτικόν, τὸ μόνον εὔχεσθαι ἐπιστάμενον· ὡς ψυχὴν σώματος ἐὰν ἀφέλῃς, ἔπηξας τὸ σῶμα· ὡς καρποὺς γῆς ἐὰν ἀφέλῃς, τὴν γῆν ἐξέτεμες· ὡς ἥλιον ἡμέρας, τὴν ἡμέραν ἔσβεσας.

VIII. Et cependant Socrate allait au Pirée, pour y faire ses prières à la Déesse (47) ; il y invitait ses concitoyens. Il paraît d'ailleurs que, durant le cours de sa vie, il ne fit que prier. Et Pythagore aussi pria; et Platon aussi; et tous les, philosophes qui rendaient hommage à l'existence des Dieux. Mais pensez-vous que la prière du philosophe ait pour objet de demander aux dieux les choses qu'il n'a point ? Je pense, au contraire, qu'elle consiste à s'entretenir, à causer avec eux, sur les choses qu'il possède, et à leur présenter ainsi le tableau de sa vertu. Certes, pensez-vous que Socrate ait demandé aux dieux de lui envoyer une grande fortune, ou de lui donner le pouvoir suprême, à Athènes ? Bien loin de là. Sans doute Socrate honorait les dieux ; mais c'était en lui-même qu'il cherchait, sous leurs auspices, les moyens de se rendre vertueux, de mener une vie tranquille, d'avoir des mœurs irréprochables, d'attendre la mort avec confiance ; dons admirables, dont les dieux devraient être les dispensateurs (48). Si quelqu'un s'avisait de demander au continent une heureuse navigation, à la mer une abondante récolte, à un tisserand une charrue, à un charron une pièce de toile, il demanderait en vain : il serait éconduit sans rien obtenir. Ô Jupiter! ô Minerve ! ô Apollon ! ô vous, qui surveillez la conduite de tous les mortels, vous avez besoin d'avoir pour disciples des philosophes, dont les âmes vigoureuses et énergiques se plaisent à devenir vos émules, et recueillent de leur zèle, à cet égard, les fruits d'une vie heureuse et prospère. Mais les résultats de ce genre de culture sont une chose assez rare : à peine sont-ils sensibles, au déclin des ans. Quoi qu'il en soit, les hommes ont besoin de voir paraître de temps en temps chez quelques-uns de leurs semblables des étincelles de ce feu divin, quelque rares, quelque faibles qu'elles puissent être, ainsi qu'au milieu d'une profonde nuit, on a besoin d'un peu de lumière. Le beau dans le moral de l'homme n'est qu'en très petite mesure; mais, toute petite qu'elle est, elle suit pour la conservation de l'espèce humaine entière. Ôtez à l'homme la philosophie, vous lui ôtez le feu qui l'anime, qui le sou-tient, qui lui donne la vie. Vous lui ôtez la seule chose qui lui enseigne à (49) honorer les dieux. Il en est, comme du corps humain, lorsqu'on lui ôte l'âme; c'est en faire un cadavre : comme d'une contrée à qui l'on ôte sa fécondité; c'est la changer en désert : comme du soleil à qui l'on ôte sa lumière; c'est anéantir le jour.

N O T E S.

(27)  Platon, dans son second Alcibiade, autrement intitulé, de la Prière, nous a transmis l'ancien formulaire d'une prière très courte, que Socrate dit qu'il emprunte d'un poète, sans le nommer. La voici. « Roi de l'univers, accorde-nous ce qui nous est bon, soit que nous te le demandions, soit que nous ne te le demandions pas, et éloigne de nous les maux, quand même nous te les demanderions ». Dans les diverses liturgies qui ont paru, ou qui paraîtront sur la terre, ou trouvera bien, je crois, des prières plus longues que celle-là. Je doute qu'on en trouve de plus majestueuse, de plus auguste, de plus digne du Grand Être qui est prié, et de l'homme qui le prie. D'ailleurs, les philosophes en général n'ont guère été les partisans de la prière. Les Péripatéticiens, les Cyrénaïques, et tous ceux qui niaient la providence de DIEU, lorsqu'ils admettaient son existence, ou qui attribuaient tout à un destin aveugle, ont regardé la prière comme absolument inutile. On peut consulter là-dessus, Origène contre Celse; liv. II, pag. 68, et son Traité sur la Prière, § 11 ; Lucien, in Jove confut. tom. II, pag. 120; St. Jérôme sur St. Mathieu, chap. 6 ; Proclus sur le Timée de Platon, liv. II, pag. 64; et Hiéroclès, sur les vers dorés de Pythagore, ch. 49.
Au reste, dans l'édition de Henri Étienne, cette Dissertation est intitulée : de Mydas le Phrygien.
(28)  Marklard a regardé comme suspects les mots ἀργὸς τὸν βίον; or, sous prétexte qu'il est question plus bas d'une médiocrité aisée, et de fécondes campagnes. Cette considération ne parait pas suffisante. Il propose d'y substituer ἄγροικος τὸν βίον, parce que, dans le vœu de Midas, il s'agit de champs, d'arbres, de guérets, de prés, de fleurs. Mais ce n'est peut-être pas encore une raison pour métamorphoser un Roi de Phrygie en paysan.
(29) Xénophon, dans le premier livre de l'Expédition de Cyrus, ch. I, parle d'un chemin, « dans le voisinage duquel était la fontaine qu'on appelait de Midas, roi de Phrygie, où l'on disait que ce prince avait pris un Satyre, après y avoir jeté du vin ». Philostrate, dans la Vie d'Apollonius de Thyane, liv. VI, chap. 27, et dans ses Images, liv. I, chap. 22, parle aussi de ce Satyre. D'autres auteurs lui donnent le nom de Silène. Tels sont, Hérodote, liv. VIII, n° 138; Cicéron, dans ses Tusculanes, liv. I, n° 48; Athénée, liv. II, p. 45; Élien, dans ses Histoires diverses, liv. III, n° 18; et Pausanias, dans ses Attiques, pag. 12. S'il faut en croire ce qu'en disent Pausanias dans son premier livre, pag. 54, et le célèbre Scholiaste de Virgile, Servius, sur le 14e vers de la sixième Eclogue, il n'y avait de différence entre les Satyres et les Silènes, qu'en ce que les uns étaient jeunes, et que les autres étaient vieux. Sur ce pied-là, il n'est pas étonnant que les auteurs de l'antiquité les aient alternativement pris les uns pour les autres.
(30)  Ovide parle de ce même trait de la mythologie dans le onzième livre de ses Métamorphoses. Il y change, à la vérité, quelques circonstances; et au lieu que Maxime de Tyr laisse ici son Midas dans une situation très critique, Ovide fait venir Bacchus au secours de son étourdi:
Bacchus pecavisse fatentem
Restituit, factique fide data munera solvit.
Il lui indique d'aller se plonger tout entier dans la source du fleuve qui passe auprès de Sardes, d'où il résulte que le fleuve acquiert la propriété dont Midas est trop heureux d'être délivré.
Vis aurea tinxit .
Flumen, et humano de corpore cessit in amnem.
 
(31) Heinsius avait, sans doute, si bonne opinion des princes, qu'il ne les croyait pas capables de se laisser engager pour de l'argent dans des coalitions hostiles. En conséquence, il a pensé que le mot δυνάστην du texte, qui se rend littéralement par le mot français Potentat, était une bévue de copiste, et il a lu δικαστήν, un Juge. C'est-à-dire, qu'il a fait sa cour aux souverains, aux dépens des officiers de justice. Davies a été moins habile ou moins servile courtisan qu'Heinsius. Il est allé déterrer dans le 3e livre de la République de Platon, un vers dont le sens est, « Que les rois et les dieux se laissent toucher aux présents qu'on leur fait »; et il a rappelé qu'Hésiode, au 39e. vers du premier livre de son poème des Oeuvres et des Jours, a donné aux rois l'épithète de διωροφάγους, donivoros, « mangeurs de présents ».
(32)  Dans ses démêlés avec Cyrus, roi de Perse, Crésus fit consulter, à plusieurs reprises, Apollon, qui répondit constamment de la même manière, par le vers amphibologique du texte.
(33)  Il s'agit ici de l'exclamation d'un soldat de l'armée des Grecs, qu'Homère ne nomme point, et qui, voyant tirer le sort entre les principaux chefs, pour savoir quel sera celui d'entre eux qui ira se mesurer contre Hector, élève ses mains vers le ciel, et demande que le sort tombe, ou sur Ajax, ou sur Diomède, ou sur Agamemnon. Iliade, chant septième, vers 179 et suivants.
(34) Voyez la note qui précède.
(35)  C'est Agamemnon lui-même qui dit, au 113e vers du chant second de l'Iliade, que Jupiter lui a fait cette promesse. 
(36) Pacci, Heinsius et Formey se sont ici réciproquement induits en erreur. Ils ont parlé de reproches adressés à Apollon par Chrysés, et il n'y a rien qui ait pu donner lieu à ce mot, ni dans le texte de Maxime de Tyr, ni dans la narration du premier chant de l'Iliade, où il est question de l'injure faite au Grand-Prêtre, et de la vengeance du dieu. Voyez l'Iliade, chant premier vers 37 et suivants.
(37) Le texte porte
αἷδλαι τοῦ βίου. J'ai dû paraphraser ici, pour rendre de mon mieux le sens de l'original.
(38)  Le mot grec θεραπεία a un point de vue sous lequel il peut être rendu par le mot intrigue
(39)    C'est dans le sixième chant de l'Iliade, vers 46, le cri d'Adraste, un des chefs des Troyens, qui a été renversé de son char, et vers lequel Ménélas se précipite fumant de carnage.
(40)  Voyez l'Iliade, chant seizième, vers 433.
(41)  Voyez l'Iliade, chant dix-huitième, vers 54.
(42) Le grec porte littéralement, que demander donc ci une chose aussi instable, etc.
(43)   Ménandre a raison. Lorsque l'on n'a d'autre moyen de subsistance, que le produit de sa profession, si l'on ne met pas en réserve pour la vieillesse, on la passe mal. Car un âge arrive où les infirmités annulent la profession. Remarquons que selon son usage, Formey a voulu renfermer dans des vers français, les deux vers latins, par lesquels il a trouvé la pensée de Ménandre rendue dans la version d'Heinsius. Mais autant la pensée du comique Grec est juste, autant celle dans laquelle Formey l'a travestie, est fausse : « Dans les Arts le succès dépend le plus souvent, du désir d'amasser moins d'honneur que d'argent ». Je crois au contraire que les artistes qui se sont le plus illustrés par leur art, sont ceux qui, sans songer à la fortune, n'ont connu que l'émulation de la gloire.
(44)  Les copistes ont un peu brouillé le texte en cet endroit. Il est évident, par exemple, que Maxime de Tyr n'a point écrit εὔξαι μοχθηρίας. Markland a mis à la place, ἄρξαι μοχθηρίας. Reiske a proposé τευξη μοχθηρίαις. Cette dernière leçon m'a paru la plus heureuse, et je l'ai suivie. Pecci s'est contenté de la leçon vulgaire, et il a traduit, funde sceleribus preces. Heinsius a adopté la conjecture de Markland, et il a traduit fraudes strue. Au surplus, notre auteur imite ici ce que dit Hésiode, dans le premier livre de son poème des Oeuvres et des Jours, qui revient à peu près au conseil que donne Juvénal, avec sa verve ordinaire, au 73e vers de sa première satyre :
Aude aliquid brevibus Gyaris et carcere dignum,
Si vis esse aliquid : probitas laudatur et alget.
Il est malheureux que, dans tous les siècles, le train de la société conduise à cette épouvantable doctrine.
(45) C'était chez les anciens une des pratiques caractéristiques du deuil et de la douleur. Ovide, dans ses Métamorphoses, liv. VIII, vers 528, dans le tableau qu'il fait de la douleur d'Oenée, roi de Calydon, père de Méléagre, s'exprime ainsi :
Pulvere canitiem genitor vultusque seniles
Foedat, humi fusus, spaciosumque increpat aevum.
Voyez également Sénèque le tragique, dans sa Troade, vers 84 et 101. Cet usage était répandu chez les peuples de l'Orient, comme chez les Grecs et chez les Romains.
(46) C'est ce que Chrysès rappelle à Apollon, au commencement de l'lliade, pour l'exciter à le venger de l'outrage qu'il vient de recevoir d'Agamemnon. Maxime de Tyr se sert ici du mot ὀνειδιζούσας, qui peut avoir déterminé le sens que les deux interprètes Latins ont donné plus haut à un de ses passages, analogue à celui-ci (sect. Il, note 6.)
Il a donc pensé que c'était sur le ton du reproche que Chrysès rappelait à Apollon les principaux détails de ses fonctions sacerdotales, pour mieux le pousser à la vengeance. Sur quoi je prends la liberté d'observer, d'abord, que dans les six vers de la première page de l'Iliade, qui renferment tout ce que Chrysès adresse à Apollon à ce sujet, on ne trouve ni le mot ὀνειδιζείν, ni aucun de ses synonymes prochains ou éloignés; et ensuite que c'eût été, de la part du prêtre, pécher contre les convenances, que de prendre un ton pareil, vis-à-vis du dieu dont il implorait les secours.
(47) Notre auteur fait allusion ici à ce que dit Platon, dans les pre­mières lignes de sa République. « J'allai hier, dit Socrate, au Pirée avec Glaucon, fils d'Ariston, pour faire ma prière à la Déesse. » Markland pense que la Déesse dont il s'agit ici, est Minerve; et il reproche à St. Athanase de s'être trompé, lorsqu'il dit dans son Oraison contre les Gentils, que « Socrate vint au Pirée avec Platon, offrir ses hommages à Diane ». L'estimable traducteur de la République de Platon, pense avec Origène, comme St. Athanase, et il croit que c'est réellement de Diane qu'il est question dans ce passage. Son opinion paraît fondée. Voy. sa note, à la première page de sa traduction. 
(48)  Heinsius a traduit, bona praeclara et quae libenter donare solent. Cette version, donare solent, ne m'a point paru correcte. Car, si dans la théologie des Platoniciens, toute vertu eût été un don de DIEU, comme dans le système évangélique, pourquoi Maxime de Tyr aurait-il dit aussi expressément qu'il le fait, que Socrate ne demanda point aux dieux la vertu, mais qu'il en chercha la source en lui-même ? Il ne faut pas non plus entendre ce passage de notre auteur en ce sens, que dans les efforts que fait l'homme pour acquérir la vertu, DIEU n'y entre pour rien, et que seulement il les permet. Diis annuentibus συνεπινεύοντων ἐκείνων Ce n »était pas là l'opinion de Platon. Il n'admettait pas que la vertu vint de dieu, comme par voie d'infusion. Il pensait que l'homme devait se diriger vers elle, par son intention, sa volonté, faire des efforts pour l'atteindre; mais il pensait aussi que DIEU secondait l'homme dans ses efforts, lui aidait à parvenir à son but, et que ce secours lui était, pour cet effet absolument nécessaire. D'ailleurs, les manuscrits ne sont pas d'accord sur la véritable leçon du mot qui doit terminer cette phrase. Peut-être notre auteur a-t-il écrit, δώρα ἀθεοσδοτά, avec l'a privatif, dona quae a deo non dantur, ce qui aura paru une hérésie à des copistes chrétiens, qui, en conséquence, auront fait disparaître l'a privatif. Pour revenir à la question, si la vertu vient de dieu, Cicéron l'a fait nier par Cotta dans son troisième livre de la Nature des Dieux, n° 36. Après lui avoir fait dire que les hommes regardent unanimement les dieux, comme les dispensateurs de tous les biens, de toutes les commodités de la vie, il ajoute : Virtutem autem nemo unquam acceptam Deo retulit. Nimirum recte. Propter virtutem enim jure laudamur, et in virtute recte gloriamur: quod non contingeret, si id donum a Deo, non a nobis haberemus. N'en déplaise à Cotta, on avait reconnu avant lui que les dieux étaient pour quelque chose dans la vertu des hommes. Pythagore et Platon avaient dit τὴν μὲν οὖν ἀρετὴν ἔχει διὰ τὴν θείαν μοῖραν. Les poètes eux-mêmes avaient rendu hommage à ce principe, car Pindare, dans la neuvième de ses Olympiques, dit en propres termes
Καὶ σοφοὶ χατὰ διαίμον' ἄνδρες
᾿Εγένοντο. 

À la vérité, Horace était du même sentiment de Cotta ; car, dans le dernier vers de sa 18e Épître, il s'exprime, au sujet de Jupiter, en ces termes : « Qu'il me conserve la vie, qu'il me donne des richesses; quant à ma vertu, j'en fais mon affaire »
Det vitam, det opes; aequum me animum ipse parabo.

(49)   Le texte porte littéralement, la seule chose qui sache prier.

Paris, le 8 floréal an IX. (28 avril 1801.)