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ARISTOTE

TRAITÉ DE L'ÂME.
LIVRE PREMIER.
POSITION DES QUESTIONS.
- EXAMEN CRITIQUE DES THÉORIES ANTÉRIEURES.

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Importance et difficulté de l'histoire de l'âme. - De la méthode â suivre dans cette étude : il ne faut pas se borner à l'âme de l'homme : questions à poser et à résoudre. - De l'union de l'âme et du corps : l'âme étant unie indissolublement au corps, c'est au naturaliste, surtout, qu'appartient l'étude de l'âme. - Rapports de la physique, des mathématiques et de la philosophie première. |
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§ 1. 402a Bien que toute science
soit, selon nous, une chose belle et de grand prix, on peut pourtant
s'occuper de telle science plus que de telle autre, soit parce
qu'elle exige des recherches plus précises, soit parce qu'elle
traite d'objets plus relevés et plus admirables; et à ces deux
titres, nous avons toute raison de placer en première ligne
l'histoire de l'âme. On peut dire que cette connaissance contribue
beaucoup à compléter l'ensemble de la vérité, et surtout à faire
comprendre la nature, parce que l'âme est en quelque sorte le
principe des êtres animés. Nous cherchons donc à découvrir et à
connaître d'abord sa nature et son essence, et ensuite tous les
faits accessoires qui se rapportent à elle. C'est que, parmi les
divers faits qui la concernent, les uns semblent être ses affections
propres; et quant aux autres, c'est à cause d'elle qu'ils
appartiennent aussi aux êtres animés. |
§ 1. Bien que toute science. Cette phrase n'est pas très bien construite dans le texte. Alexandre d'Aphrodise, dans son commentaire spécial sur ce traité, proposait une variante, si l'on en croit Philopon, et Plutarque dont Philopon invoque le témoignage. Cette variante aurait rétabli une ellipse qu'admettait Alexandre : « Bien que la science des choses belles et de grand prix soit belle et de grand prix elle-même, etc. » Cette correction n'est pas heureuse, sans doute: mais elle indique que la construction grammaticale de cette phrase ne satisfaisait pas Alexandre: et je suis tout-à-fait de son avis. Les commentateurs attiques, elles par Philipon, n'en étaient pas choqués; et le texte, tel que nous l'avons aujourd'hui. a été dès longtemps admis. Peut-être, pour tout concilier, serait-il possible de comprendre le sens un peu autrement qu'on ne le fait ordinairement, et de traduire, par exemple : « Quand on entreprend de se faire une idée des choses belles et de grand prix , on s'occupe de l'une plus que de l'autre , etc. » La grammaire ne s'opposerait pas précisément à ce sens, que je n'ai pas osé adopter contre l'avis unanime des commentateurs. - Et à ces deux titres. Alexandre, poursuivant sa première pensée, croyait que ces deux titres étaient d'être belle et de grand prix. Philopon lui reproche avec raison de fausser ce passage, qui est parfaitement clair : et ces deux titres dont parle Aristote, c'est évidemment, d'après la phrase même, d'être à la fois et une étude plus difficile, et une étude qui s'applique à des objets plus importants. Voir une pensée analogue. mais plus développée, dans le Traité des Parties des animaux . liv. I , ch. 5, p. 644, b, 35, éd. de Berlin; et aussi Derniers Analytiques, liv. I, chap. 27, § 1. - L'histoire de l'âme. Aristote dit ici histoire, et non pas science. Les commentateurs, Simplicius et Philopon, croient que ces deux mots sont synonymes. Je pense que l'on pourrait, avec quelque attention, découvrir entre eux de la différence et Aristote a probablement en mémoire, quand il traite de l'histoire de l'âme, l'Histoire des animaux, qui en est la suite et le complément. - A compléter l'ensemble de la vérité. Les commentateurs veulent que vérité soit pris ici pour philosophie, et ils ont certainement raison. La connaissance générale de l'âme est indispensable à la logique, à la morale, à la métaphysique même, tout aussi bien qu'à l'étude de la nature à la physique. Dans le Phèdre, au contraire, Socrate prétend que, pour bien connaître la nature de l'âme, il faut connaître la nature universelle, trad. de M. Cousin, p. 109. - Les faits accessoires ou les accidents; les affections propres de l'âme, constituant l'essence de l'âme. Philopon s'appuie sur ce passage pour prouver qu'Andronicus de Rhodes a eu tort de révoquer en doute l'authenticité de l'Hermeneia. Voir ce dernier traité, chap. 1, § 4. - A cause d'elle, ou par elle. Voir plus loin, liv. II, chap. § 5, cette pensée développée tout au long : La nature ne forme le corps de l'être vivant, plante ou animal, qu'en vue de l'âme qui est la cause finale de tous ses efforts. Voir Reid, Rech. sur l'ent. hum., chap. 1, sect. 1. § 2. Question de savoir ce qu'est l'essence, ce qu'est la chose, c'est une seule et même idée sous des expressions différentes. Voir plus loin, dans le livre Il , le chap. I, consacré tout entier à la définition de l'âme. Voir, pour la difficulté de démontrer l'essence, les Derniers Analytiques, liv. II , sect. 1 , chapp. 1 à 10. - Cette méthode unique, voir dans la Métaphysique, liv. III , chap. 3, 1005, b, 7, édit. de Berlin : Aristote y attribue d'une manière générale l'étude et la recherche de l'essence au philosophe seul. - Par démonstration, c'est l'une des méthodes indiquées par Aristote lui-même. - Par division, c'est la méthode de Platon qu'Aristote a réfutée, Premiers Analytiques, liv. 1, ch. 31, et Derniers Analytiques, liv. Il, chap. 5. - Ou par telle autre méthode, par exemple la méthode de composition recommandée par Aristote, Derniers Analytiques, liv. Il, chap. 13. Voir la Métaphysique, à la fin du liv. II. Platon trace aussi dans le Phèdre (p. 111, trad. de M. Cousin) le plan des recherches que l'on doit faire sur l'âme; mais c'est seulement à l'usage de la rhétorique. - Les principes sont différents. Voir Derniers Analytiques, liv. I, chapp. 9, 10 et 11, sur les principes et sur l'emploi qu'on en peut faire dans la démonstration. - Dans la Métaphysique, liv. Ill, chap. 1, Aristote établit combien il est nécessaire d'exposer d'abord dans toute recherche les difficultés que soulève la question spéciale dont on s'occupe. Il faut avant tout étudier ces difficultés logiquement, en se demandant quelles elles sont; puis ensuite historiquement, en parcourant les opinions précédemment émises sur le même sujet: c'est ce qu'il fait dans tout ce premier livre du Traité de l'âme. Voir plus loin, ch. 2, § 1. § 3. Telle autre des catégories et divisions admises. Voir le traité spécial des Catégories, et particulièrement chap. 4. - Philopon et Simplicius remarquent avec raison que Xénocrate faisait de l'âme une quantité, quand il la définissait : « Un nombre qui se meut lui-même: » et que les médecins en font une qualité, quand ils soutiennent qu'elle est la résultante du tempérament. Les Pythagoriciens et Platon en font une substance. - Si elle fait partie des choses en puissance, si elle est simplement en puissance et non point en acte. Aristote se pose aussi la même question pour tous les principes en général, Métaphysique, liv. III , chap. 1. - Une sorte de réalité achevée et complète. J'ai paraphrasé d'abord le mot d'entéléchie, pour le rendre parfaitement intelligible. Voir plus loin la définition de l'âme, liv. II, ch. I : le mot d'entéléchie, grâce à ces développements, y devient très clair. - Et cette différence n'est pas de petit intérêt. Ce qui le prouve, c'est qu'Aristote a consacré tout un livre de la Métaphysique, c'est le neuvième, à expliquer la notion de puissance. De plus, ici, comme l'a bien vu Philopon, il s'agit de savoir pour l'âme si elle est corporelle ou incorporelle; et les mots d'acte et de puissance ont en effet toute cette portée. II sera établi plus loin, liv. Il, chap. 1, que l'âme est une forme ; et , comme le remarque très bien Simplicius, la forme est plus qu'un acte . elle est l'acte lui-même. § 4. Si l'âme est divisée en parties. Alexandre, d'après Philopon, rapportait ceci aux facultés de l'âme, et croyait qu'il s'agissait ici de la diversité ou de l'unité de ces facultés. Démocrite, qui la faisait indivisible, ne lui accordait qu'une seule faculté, et confondait en une seule puissance sentir et penser. Le second sens que donne Philopon, à côté de celui-là, est plus naturel et a été généralement adopté : L'âme est-elle une dans chaque être? ou peut-elle se diviser en plusieurs autres âmes? - Est ou n'est pas de même espèce. Aristote reconnaîtra plus loin diverses espèces d'âmes, l'âme nutritive, l'âme sensible, l'âme motrice, l'âme intelligente. Voir plus loin le liv. II, chap. 2 et suivants. - En espèce ou en genre, si elles sont des espèces d'un même genre, ou si elles sont des genres différents. - A présent ceux qui parlent. Simplicius et Philopon croient qu'il s'agit de Platon et de ses théories dans le Timée. Philopon fait même remonter l'allusion jusqu'à Démocrite. - Se borner exclusivement à l'âme de l'homme. C'est que l'âme de l'homme, ainsi que le fait observer Simplicius, et après lui Philopon, est le résumé de toutes les autres. Au fond, Aristote a raison, et l'étude, en recevant ce développement, devient plus complète et plus exacte. § 5. Si l'on peut donner de l'âme une seule définition. Plus loin, liv. II, chap. 3, § 5, il établira qu'il faut pour chaque individu chercher en particulier quelle âme il a, et donner par conséquent des définitions différentes pour l'âme de la plante, pour celle de l'homme, pour celle de la brute. La question n'est pas, il est vrai, tout-à-fait la même; et ici il s'agit de savoir si l'on peut donner une seule définition pour l'âme dans tous les animaux. La réponse semblerait donc affirmative: et pourtant Aristote paraît penser le contraire: car l'âme du chien, celle de l'homme et celle de Dieu ne peuvent être évidemment définies d'une seule façon. - C'est que l'animal pris en un sens universel. Philopon soutient qu'il ne s'agit point, dans ce passage, de la théorie des idées de Platon : il y a cependant grande apparence qu'Aristote veut critiquer l'animal en soi. Voir l'explication de ce passage, par Alexandre d'Aphrodise, dans ses Questions, liv. I, chap. 11. - Ou n'est rien. C'est ce qui est établi formellement dans la Métaphysique, liv. VII, ch. 16, p. 1010, b, 27, édit. de Berlin, et dans une foule d'autres passages. - Pour tout autre terme commun, tout autre terme que celui d'animal. § 6. S'il y a seulement plusieurs parties de l'âme. C'est, à ce qu'il semble, l'avis de Platon dans le Timée, et aussi celui d'Aristote. - L'âme tout entière avant ses parties. Voir la Métaphysique, Liv. VII, chap. 10, sur le rapport des parties au tout. Aristote revient d'ailleurs sur la question des parties de l'âme, plus loin, liv. III, chap. 9, § 2 et suiv., et chap. 10, § 5. Il se prononce pour l'unité de l'âme et la diversité de ses parties, nutritive, sensible, motrice, intelligente ; il y ajoute même l'imagination. - La pensée avant l'intelligence. La pensée est l'acte, le produit de l'intelligence; l'intelligence est le principe, la cause de la pensée; la sensation est de même le produit de la sensibilité. Il appliquera, du reste, cette théorie plus loin, liv Il , chap. 4 , § 1; et il commencera l'étude des facultés par celle des fonctions. § 7. S'il faut d'abord étudier lei opposés. Voir un passage analogue, liv. Il, chap. 4, § 1. Dans ces deux passages, opposés ne veut dire que relatifs; voir les Catégories, ch. 10, et Métaphysique, liv. V, chap. 10 et 15.
§ 8. Suivant ce qui nous semble.
Mot à mot, suivant l'imagination. suivant les images que nous
recevons des objets. Ceci répond à ce qui est dit plus bas
«Où il n'est pas même aisé
de s'en faire une idée.
» -
Des définitions de pure dialectique et tout-à-fait vides.
Voir M. Ravaisson, Essai sur la Métaphysique d'Aristote, tom.
1, p. 247 et 284. Voir aussi plus loin, pour les conditions de la
vraie définition de l'âme, liv. II , ch. 2, § 1. § 10. Qui lui soit spécialement propre. Le texte semble incliner à la négative, malgré ce qu'en dit saint Thomas, soutenant que , selon Aristote, le propre de l'âme, c'est de penser, de comprendre (intelligere), et que l'âme est une substance, une forme substantielle et sans matière. Voir plus loin la théorie de l'intelligence active, Iiv. III, chap. 5. Philopon atteste que, dès l'antiquité, ce passage avait embarrassé beaucoup les péripatéticiens ; et les commentateurs attiques avaient fait de grands efforts pour l'expliquer dans un sens favorable. - C'est ainsi que le droit en tant que droit. Droit n'est pas pris ici deux fois dans le même sens; il signifie d'abord le droit abstrait, la droiture, s'il est permis d'employer ce mot; puis le droit concret, le droit tel qu'on le découvre dans un corps matériel ; et c'est seulement en ce dernier sens qu'on peut dire que le droit touche en un point à une sphère d'airain. - Le droit séparé d'un corps quelconque, la droiture abstraite. - C'est que le droit n'existe pas à part. La pensée d'Aristote est ici parfaitement claire : L'âme ne peut pas être isolée du corps. La comparaison qu'il choisit est décisive à ses yeux. - Les affections de l'âme sont des raisons matérielles. J'aurais voulu trouver un mot un peu moins vague que celui de raison; mais le mot correspondant de l'original ne l'est pas moins. - Matérielle. Le texte dit plus positivement : « Qui sont dans la matière, ou dans une matière. »
§ 11. C'est au physicien. J'ai
conservé le mot de physicien, qui a en grec un sens beaucoup plus
étendu qu'en français. Ce qui suit rend d'ailleurs la pensée
parfaitement nette. - D'étudier l'âme. Il répète la même
pensée dans la Métaphysique, liv. VI, chap. I. p. 1026. a, 6.
édit. de Berlin, mais avec celte restriction, que le physicien ne
doit s'occuper que de l'âme, qui est mêlée à la matière. Il
semblerait donc ôter à la physiologie l'étude de l'âme active, de
l'intelligence active. Voir liv. III. ch 5. - Le naturaliste,
ou le physicien, ou même, si l'on veut, le physiologiste. - Le
dialecticien. Il faut se rappeler le sens défavorable donné un
peu plus haut aux recherches de la dialectique, § 8. - Où est ici
le naturaliste? Est-ce celui, etc. Il semblerait, d'après les
commentaires de Simplicius et de Philopon, qu'il faudrait entendre
ceci, non du physicien et du dialecticien, mais des définitions qui
conviennent soit à l'un, soit à l'autre. Et alors il faudrait
traduire :
« Où est la
définition adoptée par le physicien? Est-ce celle , etc.
»
Je n'ai rien trouvé dans les textes ni dans les variantes qui
motivât nécessairement ce changement. Le texte peut se prêter
d'ailleurs à ces deux interprétations. J'ai préféré celle qui se
rapporte directement aux personnes et aux définitions. L'aurais
peut-être dû, avec saint Thomas, conserver celle des commentateurs
grecs; mais il me semble que la netteté de la pensée y aurait un peu
perdu. - Non séparées d'elle et en tant qu'elles n'en sont pas
séparées. Voir un passage tout-à-fait analogue dans la
Métaphysique, liv. XI, chap. 3, p. 1081. a, 28, édit. de Berlin.
- L'objet de la philosophie première, de la métaphysique. -
Comme la ligne et la surface, qui peuvent être considérées
d'une manière abstraite, comme elles le sont par les mathématiques.
Les passions de l'âme, au contraire, doivent toujours être
considérées dans ses rapports avec le corps, dont elle n'est jamais
séparée. C'est ainsi que les considère Descartes. - C'est
l'affaire du mathématicien. On peut voir une discussion
tout-à-fait analogue à celle-ci, mais plus développée , dans les
Leçons de Physique, liv. II, chap. 2, pag. 193, a, 22, éd. de
Berlin. Aristote s'y attache surtout à comparer le physicien et le
mathématicien, et ses pensées y sont plus claires et plus complètes. |
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Opinions des philosophes antérieurs sur
l'âme ; elles se rapportent toutes à deux caractères de l'âme : le mouvement et
la sensibilité. |
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§ 1. Puisque nous nous proposons
d'étudier l'âme, il est nécessaire, en même temps que nous indiquons les doutes
qu'il faut lever, d'examiner et de recueillir, avant d'aller plus loin , les
opinions de tous ceux qui antérieurement en ont dit quelque chose; nous leur emprunterons ce qu'elles
ont de vrai, et s'il y a quelques erreurs, nous apprendrons à nous en défendre. |
§ 1. Recueillir... les
opinions. C'est un soin auquel Aristote n'a jamais manqué dans
ses grands ouvrages; et, de plus, il s'en est fait comme un devoir,
qu'il a appuyé sur la théorie la plus positive. C'est ainsi que,
dans la Métaphysique, liv. I, ch. 3, il recommande et
applique ce précepte. il y revient avec insistance au début du
second livre de la Métaphysique, au début du troisième. Même
observation dans la Politique, liv. II, chap. 1, § 1, et dans
le Traité du ciel, liv. I, chap. 10, p. 219, b, 4, édit. de
Berlin. Aristote peut donc être considéré comme le premier historien
de la philosophie, c'est-à-dire le véritable fondateur de la
tradition dans la science. C'est un mérite qu'on lui a souvent
attribué et avec toute justice. Voir ma préface à le Politique, pag.
iv. § 3. Comme ces corpuscules. Philopon croit, d'après Simplicius, qu'Aristote attribue à Démocrite d'avoir dit que ces corpuscules sont les atomes, et qu'ils composent par conséquent l'âme et le feu. Philopon s'est trompé : le texte d'Aristote n'a point ce sens évidemment, et il se borne à rappeler la comparaison très connue dont se servait Démocrite pour démontrer l'existence des atomes invisibles à nos yeux, aussi bien que le sont ces corpuscules qui voltigent dans l'air, tant qu'un rayon de soleil ne nous les fait pas apercevoir. - Ces atomes semés partout, et non point ces corpuscules, comme le voudrait Philopon : j'ai rendu plus précis le sens du texte, qui peut prêter à l'équivoque, grammaticalement, il est vrai, mais non point logiquement. - Les petits corps doués de telle forme. L'expression grecque dit un peu plus, et implique une Idée de mouvement que je n'ai pu rendre: il aurait fallu une longue périphrase. Voir plus loin, ch. S. § 2, cette opinion de Démocrite comparée à une autre opinion analogue. Voir aussi Métaphysique, liv. 1, chap. 4, p. 985. b, 15, où l'expression attribuée ici à Démocrite est reproduite. Philopon affirme que cette expression , et les deux autres mentionnées dans la Métaphysique, ib., sont propres au dialecte des Abdéritains. - Celles des figures, c'est-à-dire ceux des atomes qui... etc., figures étant pris ici pour atomes. § 4. Ce que disent les Pythagoriciens semble avoir le même sens. Simplicius nie que les Pythagoriciens aient jamais eu cette doctrine. - Est les corpuscules. J'ai conservé cette tournure assez peu correcte, parce qu'elle est aussi dans l'original. Ceci semblerait donner raison à la critique de Philopon. Voir plus haut, § 3. - Si l'on en parle. J'ai conservé encore ici le vague de l'expression du texte, afin de n'être pas plus explicite que l'auteur lui-même. SI l'on en parle signifie : Si les Pythagoriciens et Démocrite ont pris cet exemple, s'ils ont comparé l'âme à ces corpuscules, etc. - L'opinion de ceux qui... Philopon pense qu'il s'agit ici de Platon, de Xénocrate et d'Alcméon. § 5. C'est encore de la même façon qu'Anaxagore... Voir la Métaphysique, liv. I, chap. 3, p. 984 b, 18, éd. de Berlin, et 985, a, 18. - Si c'est lui ou tel astre. Dans le premier de ces deux passages de la Métaphysique, cet autre qui aurait inspiré Anaxagore lui-même est Hermotime de Clazomènes. - Le vrai est ce qui parait à chacun de nous. C'est le principe des sophistes et particulièrement de Protagore. - Comme changeant de pensée, ou « perdant la pensée. » Cette idée est répétée et presque dans les mêmes termes. Métaphysique, liv. IV, chap. §. 5. 1009, b, 30. Pacius ne retrouve point ceci dans Homère; et, en effet, cette expression, qui est employée dans l'Iliade, chant 23, v. 698, s'y applique, non point à Hector, mais à un autre guerrier. On sait d'ailleurs que, depuis Aristote, l'œuvre d'Homère a subi plus d'une mutilation. Simplicius explique fort bien, pour le sujet spécial qui est ici traité, l'expression d'Homère et l'éloge qu'en faisait Démocrite. Hector, atteint d'une grave blessure, perd pour quelques instants cette partie de la vie, de l'intelligence, qui permet à l'homme de juger les choses ; mais il n'est pas atteint dans cette partie de l'intelligence qui est séparable du corps. - Il est moins clair. C'est que tantôt il distingue et tantôt il confond l'âme et l'intelligence, comme la suite le prouve. - Ni même entre tuas les hommes. Pour les différences entre les hommes, voir le début du huitième livre de l'Histoire des animaux, p. 588 , a , 31, édit. de Berlin. § 6. Et que chacun d'eux fût une âme. Philopon conteste que ce fût là la pensée d'Empédocle, et il soutient qu'il ne faut pas prendre les expressions d'Empédocle plus à la lettre que les expressions mêmes d'Aristote. quand il dit que l'âme est le lieu des formes, ne voulant pas certes dire par là que les objets matériels sont dans l'âme. - Par la terre nous voyons la terre. Ces trois vers sont encore cités dans la Métaphysique, liv. III, chap. 4, p. 1000. b, 6, édit. de Berlin. On peut voir aussi dans ce chapitre une longue exposition des théories d'Empédocle. La théorie que supposent ces vers est celle même qu'Aristote attribue à Platon dans le paragraphe suivant, et qui se fonde sur ce principe que le semblable connaît le semblable.
§ 7. Dans le Timée, Platon. Voir la traduction de M. Cousin, p. 125 et suiv.
- Fait venir l'âme des éléments. Il ne s'agit pas des quatre éléments; mais il
s'agit de la substance indivisible et toujours la même, de la substance
divisible et corporelle, et enfin de la substance intermédiaire composée de ces
deux premières. Voir les excellentes études de M. H. Martin sur le Timée, tom.
I, p. 346, et tome II. p. 149. - Traites appelés traités de philosophie. Suivant
Simplicius et Philopon, c'est l'ouvrage d'Aristote intitulé du Bien, où il
avait exposé les doctrines de Platon et celles des Pythagoriciens sur cette
question. C'était là qu'était conservée cette partie du système de Platon que le
maître n'a point écrite lui-même, et que le disciple avait recueillie de ses entretiens. Voir l'ouvrage de M. Brandis : De perditis Aristotelis libris de
ideis et de bono seu philosophia; et celui de M. Nic. Nitze: De Aristotelis
operum serie, p. 70. - L'animal en soi, c'est-à-dire l'idée de l'animal.
Thémistius et
Simplicius croient qu'il s'agit du monde intelligible du Timée. - L'idée même de
l'un. On ne peut trouver ce passage dans Platon; mais la doctrine lui appartient
certainement. - Des premières longueur, largeur et profondeur. La longueur n'a
qu'un sens, la largeur en a deux , la profondeur en a trois. Voir la suite de ce
paragraphe sur la théorie des nombres et des éléments. - Pour les autres êtres.
Simplicius et Philopon comprennent qu'Il s'agit ici les trois autres genres des
choses
qui peuvent être saisis par la science, par l'opinion, par la sensibilité. J'ai
préféré le sens que j'ai donné comme plus clair. L'idée des êtres autres que
l'animal se compose comme celle de l'animal et d'après les mêmes principes.
- Platon dit encore. Voir le livre
de M. Trendelenbourg : De Plaltonis ideis et numeris ex Aristotete illustratis,
p. 86 et suiv. - La science est le nombre deux. Voir
la Métaphysique, Iiv. l, chap. 5, p. 985, b, 30, édit. de Berlin. - C'est que dans le système de Platon. Métaphysique. liv. 1, chap.
6,
p. 957, b, 12. - Les unes par l'intelligence... Voir, sur ces quatre degrés de la connaissance, la
République,
liv. Vll, p. 127, trad. de M. Cousin. La doctrine de Platon est fort claire. § 9. Les uns font les principes corporels. Philopon nomme, parmi ces philosophes, Thalès, Démocrite, Anaximandre, Anaximène et Héraclite. - Les autres les font incorporels : les Pythagoriciens; et Xénocrate ajoute Philopon. Simplicius y comprend aussi Platon. - D'autres enfin les mêlent, Empédocle et Anaxagore, dit Simplicius. - On pourrait croire qu'Aristote, dans ce qui va suivre, répète une partie de ce qu'il a dit précédemment. Mais Philopon fait remarquer avec raison qu'il y a cette différence, qu'Aristote a rapporté plus haut les opinions de ces philosophes sur l'âme, et qu'ici il rapporte leurs opinions sur les principes d'où ils tirent l'âme. Cette distinction est exacte en quelques points. II faut rapprocher de tout ce passage la critique de Platon contre cette diversité des théories philosophiques, sur le nombre et les rapports des éléments. Voir le Sophiste, p. 241, de la traduction de M. Cousin. § 10. Ils ne s'accordent pas davantage sur la quantité. Dans le paragraphe précédent, il e été question de la qualité et de l'espèce des principes, corporels pour les uns, incorporels pour les autres, mixtes pour d'autres philosophes encore. - Des causes premières, ou d'une manière plus générale des choses premières. § 11. Quelques uns ont pensé que l'âme est le feu. Plus haut, il a prêté cette opinion à Démocrite : voir ci-dessus, § 3. C'était aussi l'opinion d'Héraclite, à qui Aristote en attribuera une un peu différente, plus bas, § 16: Philopon ajoute Hippasus à Héraclite. § 12. Démocrite s'est expliqué ici. Voir aussi plus haut §§ 3 et 5. - Chacun de ces deux caractères, le mouvement propre de l'âme et le mouvement qu'elle transmet au dehors. - L'âme est identique à l'intelligence. Voir plus haut, § 5. - C'était la sphère. Voir plus haut § 3. § 13. Comme nous l'avons déjà dit, plus haut, § 5. Aristote ne fait guère que répéter ici ce qu'il a déjà dit sur Anaxagore. Voir la note relative au § 9. il semble qu'Aristote ne partage pas l'opinion de Socrate sur le vice du système d'Anaxagore. Voir le Phédon. p. 278, trad. de M. Cousin. § 14. Thalès aussi. Philopon blâme Aristote d'avoir ici rapporté l'opinion de Thalès; car il s'agit dans ce passage des philosophes qui ont confondu l'âme avec les principes qu'ils reconnaissaient aux choses, et Aristote revient à l'idée de mouvement dont il n'est plus question. La critique est vraie et cette pensée pouvait être mieux placée. § 15. Diogène, d'Apollonie. - Aussi bien que quelques autres, tels qu'Anaximène, par exemple. Voir la Métaphysique, liv. I, ch. 3, p. 984, a, 5, éd. de Berlin. § 16. Héraclite... dans un flux perpétuel. Voir sur cette opinion d'Héraclite, qui de lui est passée jusqu'à Platon par Cratyle, la Métaphysique, liv. I, ch. 8, p. 987, a, 33, éd. de Berlin. - Le mobile est connu par le mobile, même principe que celui-ci : Le semblable est connu par le semblable: seulement, il est moins général. - Toutes choses sont en mouvement. On sait que c'est là le trait spécial de la philosophie d'Héraclite, et que c'est ce qui lui donne une grande importance en histoire. - Schleiermacher, dans sa dissertation sur Héraclite, prétend qu'Aristote n'a pas très bien compris la pensée qu'il expose. Ce doute est fort permis; mais il est difficile, en l'absence des ouvrages mêmes d'Héraclite, de prouver qu'on le comprenne mieux. Simplicius et Philopon surtout, en commentant ce passage, se tiennent dans une grande réserve; et on doit appliquer ici le précepte que donne ce dernier relativement à Alcméon, dont il sera question dans le paragraphe suivant. Héraclite, il est vrai, a écrit, tandis qu'Alcméon n'a pas laissé d'ouvrage ; mais nous n'avons que des fragments d'Héraclite; et à une telle distance des temps, avec des documents si imparfaits, il y a quelque péril à contester la critique d'Aristote. § 17. Les opinions d'Alcméon. Aristote faisait assez de cas des opinions d'Alcméon pour qu'il l'ait cité dans la Métaphysique parmi les philosophes dont les doctrines méritent un examen attentif. Voir la Métaphysique, liv. I, ch. 5, p. 888, a, 37, éd. de Berlin. Aristote fait Alcméon de Crotone contemporain de Pythagore, qu'il a pu voir lorsque Pythagore était déjà vieux. Philopon doute qu'Alcméon ait attribué la connaissance à l'âme; ou du moins il ne peut expliquer comment cette faculté était accordée à l'âme par Alcméon, outre celle du mouvement. § 18. Quelques ans, plus grossiers... Hippon. Dans la Métaphysique, liv. 1, ch. 3, p. 981, a, 5, éd. de Berlin, Aristote daigne à peine nommer Hippon après Thalès, « à cause, dit-il, de la simplicité de sa doctrine » un peu grossière. Thalès aussi croyait que l'eau était le principe de tout; mais, comme le remarque Simplicius, Thalès appliquait cette théorie aux corps, et non point à l'âme. Hippon a été aussi surnommé l'athée. - Hippon blâme ceux qui prétendent que l'âme est du sang. Comme c'est là l'opinion de Critias, cité au paragraphe suivant, on pourrait croire qu'Hippon est contemporain de Critias, ou postérieur à lui. Tennemann, dans son Manuel. § 95, classe Hippon parmi les Pythagoriciens, dont la doctrine inclinait à l'lonisme. M. Brandis, dans son Manuel, t. 1, p. 121, classe avec beaucoup plus de raison Hippon parmi les Ioniens, et il blâme Censorinus de l'avoir pris pour un Pythagoricien. Tennemann avait donc pour excuse l'exemple et l'autorité de Censorinus ; mais son erreur n'en est pas moins probable. § 19. D'autres comme Critias. Simplicius et Philopon ne savent s'il agit ici du Critias qui fut un des Trente, ou de tel autre. Alexandre d'Aphrodise, au rapport de Philopon, croyait que Critias était un sophiste, dont il restait encore quelques ouvrages au temps où Alexandre écrivait. Critias le tyran avait fait des vers sur la République, et Philopon en cite un où la pensée dans l'homme est rapportée à la région du cœur. Ce serait là une opinion analogue à celle que rappelle Aristote. Quoi qu'il en soit, Philopon essaie de la réfuter, et il n'y a pas de peine. Voir Platon, Phédon, p.271, trad. de M. Cousin. - De tous les éléments, et par conséquent aussi de la terre. § 20. Par trois caractères. Aristote a dit plus haut, § 2, deux caractères et non pas trois. Il y a donc ici une petite contradiction que Pacius cherche sainement à nier ou à justifier. - Si l'on en excepte un seul. Simplicius et Philopon croient qu'Aristote veut désigner ici Anaxagore, et cette conjecture est très probable. § 21. Soit le feu, comme Héraclite; soit l'air, comme Diogène d'Apollonie, - que l'âme est multiple, ou plutôt et plus littéralement :. que l'âme est plusieurs principes. § 22. Anaxagore seul prétend. Voir la Métaphysique , liv. I, ch. 3, p 984, a, 11, éd. de Berlin. et l'estime toute particulière que fait Aristote de ce philosophe. Voir la même pensée prêtée à Anaxagore, Leçons de Physique, I. VIII, p. 256, b, 25, éd. de Berlin.
§ 23. Des oppositions dans les
principes: c'est toute la doctrine des Pythagoriciens suivant
Aristote. Voir la table des catégories pythagoriciennes qu'il nous a
conservées, Métaphysique, liv. I, ch. 5, p. 986, a, 23, éd.
de Berlin. - D'autres disent qu'elle est le froid. On sait
quelle est l'étymologie donnée dans le Cratyle, par Platon.
Voir la traduction de M. Cousin, p. 49. Il semblerait, du reste,
d'après ce passage d'Aristote, que celte explication de l'âme
n'appartient pas en propre à Platon, et qu'elle est plus ancienne
que lui. - Telles sont donc les opinions. Cette histoire des
opinions antérieures est fort intéressante, tout abrégée qu'elle
est; l'intention surtout en est excellente. Mais on peut trouver
qu'elle présente bien des lacunes; et, pour n'en signaler qu'une
seule qui est incontestable, les théories de Platon sur l'âme, que
nous pouvons étudier tout au long dans ses œuvres, ont-elles été
bien représentées par son disciple? Évidemment, l'analyse d'Aristote
est en ce point tout-à-fait insuffisante: et ce qu'il pourra dire
plus loin, ch. 3, § 11, des opinions de Platon, ne réparera point
toutes les omissions qu'il commet et qui sont très graves. |
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Examen des théories qui font du mouvement l'essence de l'âme. - Division générale du mouvement eu spontané et acquis. - Réfutation d'une opinion de Démocrite. - Réfutation des théories du Timée. - Toutes les théories sur l'âme ont le tort de ne point s'occuper assez du corps. |
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§ 1. Examinons d'abord les
théories relatives au mouvement; car peut-être, non seulement est-ce
une erreur de croire que la substance de l'âme soit telle que
406a le
prétendent ceux qui assurent que l'âme est ce qui se meut soi-même,
ou qui peut produire le
mouvement, mais encore y a-t-il
impossibilité que le mouvement lui appartienne. |
§ 1. Ceux qui assurent que l'âme est ce qui se meut soi-même. Ceci rapporte certainement à Platon. Voir le Phèdre. traduction de M. Cousin, p. 46. Platon tire, en titre, de la spontanéité de l'âme la preuve de son immortalité et même de son éternité ; voir aussi les Lois, X, p. 241. - Il y a impossibilité que le mouvement lui appartienne. Il semblerait résulter de ceci qu'Aristote refuse le mouvement à l'âme. Philopon démontre longuement que, dans ce cas, Aristote se contredirait lui-même; et il cite divers passages où le mouvement est accordé à l'âme, qui non seulement se meut elle-même, mais qui en outre meut le corps. II nous suffira de rappeler que, dans ce traité même, c'est la toute la doctrine aristotélique. La suite explique qu'Aristote refuse le mouvement â l'âme, parce qu'il regarde l'âme comme un moteur immobile, qui donne le mouvement sans être mû lui-même. Descartes aussi refuse le mouvement à l'âme, en ce sens que beaucoup de mouvements se passent dans le corps sans l'intervention de l'âme, bien que l'âme puisse aussi lui donner certains mouvements: voir le traité des Passions de l'âme, article 16 et passim. Voir les théories sur la locomotion, plus loin, liv. Il, ch. 2 § 2, et surtout liv. III, ch. 9. § 2. On a démontré antérieurement. Ce n'est pas dans ce traité même, à moins qu'on ne voie une allusion à ceci au chap. 2, § 2 et § 4, à la fin; il est plus probable qu'il s'agit ici de la Physique, liv. VIII, où cette question a été discutée tout au long; et aussi dans la Métaphysique, liv. XII, chap. 2, p. 1072, édit. de Berlin. - Ainsi les passagers d'un navire. Même comparaison dans les Leçons do physique, liv. VIII , ch. 4, b, 30, édit. de Berlin. - Et si elle reçoit le mouvement. M. Trendelenbourg n'approuve pas cette dernière partie de la phrase, et il la trouve tout au moins inutile, malgré les explications que donne Philopon. J'ai rendu la pensée d'une manière plus précise que ne le fait le texte, qui dit seulement : « Et si elle participe du mouvement. » Ces mots peuvent signifier également, et que l'âme jouit du mouvement comme d'une qualité qui lui est propre, et qu'elle le reçoit du dehors. C'est ce dernier sens qu'adopte aussi M. Trendelenbourg; et voilà pourquoi il propose de changer et, conjonction copulative, en ou, conjonction disjonctive. Cette variante n'est autorisée par aucun manuscrit, et n'est pas indispensable, bien qu'elle rendit l'expression plus nette et plus positive. Je ne crois pas devoir l'adopter. § 3. Comme il y a quatre mouvements. Dans les Catégories, ch. 14, § 1, Aristote reconnait six mouvements au lieu de quatre; et c'est à ce nombre six qu'il s'arrête le plus ordinairement. Les deux mouvements omis ici sont la génération et le décroissement.
§ 4. Si elle se meut par
sa nature, elle peut être mue même par force, etc. Il est
fort difficile de faire accorder ce passage avec les opinions bien
connues d'Aristote sur le mouvement; Simplicius et Philopon se
donnent beaucoup de peine pour défendre la théorie exprimée dans ce
paragraphe, et qui, à première vue, parait tout-à-fait insoutenable.
Si l'âme a le mouvement par sa propre nature, elle peut aussi, il
est vrai, être mue par une force étrangère, et il n'y a point de
contradiction. Mais, de ce qu'elle est mue par une force étrangère,
il ne s'ensuit pas du tout qu'elle ait le mouvement en propre.
D'autre part, il n'y a point à supposer d'altération dans le texte :
Alexandre d'Aphrodise, cité par Philopon, l'avait déjà, comme nous
l'avons aujourd'hui nous-même. Faut-il croire qu'Aristote n'a point
exprimé sa pensée d'une manière assez développée et assez claire? On
peut encore supposer que les idées de nature et de violence sont
corrélatives ici: et que, du moment qu'il y a violence, c'est qu'il
y a une disposition antérieure contraire, qui, par conséquent, est
naturelle; et réciproquement, que là où il y a disposition
naturelle, la violence peut aussi la changer en une disposition
contraire. Le passage, malgré toutes ces explications plus ou moins
hypothétiques, n'en reste pas moins fort obscur. M. Trendelenbourg
proposerait de rejeter la dernière partie de la phrase:
« Et si elle l'est par
force, etc.
» Ce qui l'en empêche,
c'est une pensée presque pareille dans le Traité du ciel,
liv. IlI , chap. 2, p. 300, a, 22, édit. de Berlin. Mais celte
pensée, dans le Traité du ciel, est très bien justifiée, et
Aristote se borne à démontrer qu'un mouvement contre nature suppose
nécessairement un mouvement naturel. C'est là sans doute le sens
véritable dans lequel il faut entendre le présent paragraphe. Voir
plus haut § 1. § 8. Pourtant alors. Aristote veut trouver, ce semble, encore une autre contradiction dans la théorie du mouvement attribué à l'âme. L'âme a beau se mouvoir elle-même, elle n'en est pas moins mue quand elle se meut; et, comme tout ce qui est mû sort de sa nature, l'âme sort de sa nature quand elle se meut elle-même, à moins qu'on ne dise que se mouvoir soi-même ne soit en elle qu'un accident. Voir sur ce passage l'explication d'Alexandre, Traité des questions, liv. II, ch. 2. § 9. Comme elle-même est mue. L'âme ne ferait alors que transmettre au corps le mouvement qu'elle recevrait elle-même de l'extérieur, et elle le lui transmettrait sans y rien changer. - Philippe, l'auteur comique. Je ne sais sur quelle autorité M. Meineke, cité par M. Trendelenbourg, fait de ce Philippe le fils d'Aristophane. Il reste de lui quelques fragments. Voir Quaestionum scenicarum specimen nonum, p. 9, de M. Meineke. - Une Vénus de bois qui se remuait toute seule. Aristote parle encore de ces statues de Dédale, Politique, Iiv. I, ch. 4, § 5, p. 20, de mon édition. - Quand on y versait de l'argent fondu, du vif-argent, du mercure. - Les sphères indivisibles, les atomes qui sont sphéroïdes. J'ai conservé l'expression même d'Aristote ; peut-être eût-il été plus exact de dire : «Les atomes sphériques. » - Et font mouroir tous les corps. Voir plus haut , chap. 2, §§ 3 et 12. § 10. Nous demanderons à Démoctite. Si les atomes qui meuvent le corps sont toujours en mouvement, comment le corps peut-il jamais être en repos? - Ce n'est donc pas du tout ainsi; c'est-à-dire d'un mouvement purement corporel, et pareil à tous les mouvements que nous connaissons. - C'est par une sorte de volonté et de pensée. Ainsi Aristote accorde bien le mouvement à l'âme ; mais c'est un mouvement spécial et dont la nature nous reste inconnue, bien que nous le sentions et le portions en nous. § 11. C'est de la même manière que Démocrite, parce que, dans le système de Platon, l'âme du monde communique au corps du monde qu'elle meut, le mouvement dont elle est elle-même animée. - Dans sa physiologie. Il faut entendre ici ce terme dans le sens fort étendu que lui donnaient les anciens. On pourrait aussi traduire : « Timée explique par des raisons toutes physiques; » ou bien : « Dans son système de la nature. » - Composée avec les éléments. Voir sur tout ce passage fort embarrassé du Timée la traduction de M. Cousin, p. 125 et suiv. avec les notes. Aristote l'a résumé très brièvement et peut-être avec peu d'exactitude. Voir aussi le commentaire de M. Henri Martin sur ce passage du Timée. §12. Que l'âme soit une grandeur, Platon ne le dit pas en propres ternes ; mais c'est ce qui résulte évidemment de toute sa théorie. L'âme, pour être divisée et subdivisée, comme il le dit, doit être nécessairement une grandeur, - comme ce qu'on appelle ('intelligence, et l'intelligence, évidemment, ne peut être considérée comme une grandeur ; - car cette âme du monde, qui est l'intelligence, ne ressemble ni à la sensibilité ni à la passion, dont le mouvement, si elles en ont un, serait plutôt en ligne droite qu'il ne serait circulaire. - La translation ou le mouvement circulaire. § 13. L'intelligence est une et continue. Je n'ai pu rendre ici toute la force du grec, où le mot qui exprime l'intelligence est le radical de celui qui exprime la pensée. Notre langue ne m'offrait pas ces ressources. On voit, du reste, que la pensée d'Aristote est tout-à-fait conforme à celle qu'énoncèrent plus tard Spinoza et Hume. Voir I'Ethique, de Mente. - C'est comme le nombre. Les unités qui forment le nombre sont continues, puisqu'elles forment, toutes réunies, un total qui est le nombre même. - Elles ne le sont pas comme la grandeur, dont les parties sont continues, et de plus contigus les unes aux autres. - De cette même façon, comme l'entend Timée. - Elle est sans parties contiguës, comme celles de la grandeur. - Penserait-elle tout entière ou par une quelconque de ses parties? L'édition de Berlin ne donne pas ainsi cette phrase, et elle dit seulement : « Si elle était une grandeur, comment penserait-elle par l'une quelconque de ses parties ? » De cette façon, la pensée est incomplète et peu intelligible. M. Trendelenhourg a cru pouvoir rétablir le texte tel que je l'ai traduit, d'après l'autorité de Philopon, que confirme aussi la paraphrase de Thémistius. A ces deux autorités déjà suffisantes, on pourrait ajouter aussi celle de Simplicius, qui ne s'exprime pas moins formellement que Philopon. § 14. Il est évident que l'intelligence. J'ai cru devoir ajouter « l'intelligence; » Aristote ne donne pas de sujet au verbe qu'il emploie à la troisième personne du singulier. - Ou plutôt un nombre infini de fois, parce qu'il y a dans une grandeur un nombre infini de points dans lesquels cette grandeur peut être touchée, et la pensée sera multipliée autant de fois qu'il y a de points, tandis que l'acte de la pensée semble unique. - Ou même lui donner absolument aucune grandeur. M. Trendelenbourg trouve cette addition peu nécessaire, et, sans l'autorité des commentateurs, il serait assez porté à la supprimer. II me semble que, sans être indispensable, elle achève fort bien la pensée, et qu'on aurait tort de la retrancher. - Pensera-t-il par ce qui n'en a pas. Peut-être vaudrait-il mieux traduire sans la proposition par: « Pensera-t-il ce qui n'en a pas, » et de même dans le second membre de la phrase. J'ai préféré une fidélité scrupuleuse, sauf à paraître l'avoir poussée trop loin. - La pensée est le mouvement de l'intelligence. Voir au paragraphe précédent la remarque sur la ressemblance des mots « pensée et intelligence » en grec. - Périphorie, mouvement circulaire. § 15. Si donc la pensée est un mouvement de circonférence. Comme, suivant le Timée, le mouvement de ce cercle de l'univers est éternel, il faut que l'acte de l'intelligence qui se confond avec ce cercle même, soit éternel comme luit en d'autres termes, soit infini et illimité. Or, nous voyons au contraire que tout acte de l'intelligence, toute pensée est limitée, donc la théorie du Timée est fausse. Cette réfutation d'Aristote est juste dans ses conclusions; mais seulement, ici, il ne s'aperçoit pas qu'il transporte à l'intelligence humaine, individuelle, ce que Platon a dit de l'intelligence universelle, de l'âme du monde. C'est déplacer la question, et au moins eût-il fallu le faire remar quer. - En vue d'un certain but extérieur. Le texte dit littéralement : « En vue d'un autre.» - Dans leurs raisonnements. Je n'ai pu trouver dans notre langue un autre mot pour rendre le mot grec, qui est beaucoup plus vague. -. Tout raisonnement est ou une définition. Même remarque. - Ou une démonstration. Voir dans les derniers Analytiques. liv. Il, section 1, les rapports et les différences de la démonstration et de la définition. — Ont aussi pour terme. Il a été démontré dans les derniers Analytiques, liv. 1, ch. 19 et 20, que les extrêmes et les moyens dans les démonstrations étaient nécessairement limités. - Le syllogisme ou la conclusion. Voir les définitions diverses du syllogisme, dans les Analytiques passim, et surtout Premiers Analytiques, liv. I, ch. 1, § 8. - Elles ne reviennent pas... à leur principe. Il a été prouvé dans les Derniers Analytiques que la démonstration ne pouvait être circulaire, liv. 1, ch. 3, § 3 et suiv. - Toujours un moyen et un extrême. Philopon semble avoir lu : « Prenant toujours le moyen pour extrême. » Cette leçon serait peut-être préférable. - Quant aux définitions, elles sont toutes limitées: le mot lui-même le dit assez. § 16. Si le même mouvement. Objection toute pareille à celle qui a été faite plus haut, § 14. § 17. La pensée ressemble, on peut dire, à un repos. M. Trendelenbourg cite, pour appuyer ce passage, que Thémistius et Philopon ont assez mal compris, deus passages analogues et tout-à-fait décisifs, Leçons de physique, liv. VII, chap. 3, p. 247, b, 11, édit. de Berlin: et Problèmes, sect. XXX, chap. 14, 956, b, 39. - Il en est de même pour le syllogisme. L'étymologie du mot syllogisme, en grec, semble aussi confirmer cette théorie, tout comme la confirme l'étymologie du mot « science » dans la même langue. § 18. Si le mouvement n'est pas l'essence de l'intelligence, telle que Timée la conçoit dans l'âme du inonde. - L'âme serait donc mue contre sa nature, et par conséquent ne serait pas heureuse, puisqu'elle souffrirait une sorte de violence. § 19. Que d'être unie au corps. L'âme du monde est unie au corps du monde. Voir le Timée, p. 128, trad. de W Cousin : Platon le dit positivement. § 20. Ce n'est pas l'essence de l'âme qui est cause. II semblerait, au contraire, d'après le passage qui vient d'être cité du Timée (et aussi p. 124), que Platon considère l'âme comme la cause du mouvement par rapport au corps du monde. La critique d'Aristote ne serait donc pas très juste. § 21. Timée ne dit pas non plus que le mouvement soit un état meilleur, cela est vrai; mais Dieu, ayant voulu faire, selon Timée. un monde vivant, une âme vivante, a dû nécessairement lui donner le mouvement - Dieu a voulu que l'âme se mût circulairement. Timée dit positivement que si Dieu n'a laissé au monde que le mouvement de rotation, c'est qu'il n'a pas voulu que le monde errât au gré des six autres mouvements moins réguliers. Voir la trad. de M. Cousin, p. 124. Ici encore la critique d'Aristote ne serait pas parfaitement exacte. On peul trouver, du reste, qu'il a donné, en général, beaucoup trop d'importance à ces opinions étranges du Timée, et qu'il aurait peut-être bien fait de ne pas négliger les théories exposées sur la question de l'âme, dans plusieurs autres dialogues non moins graves que celui-là. - A une autre étude. Peut-être l'étude générale du mouvement dans les Leçons de physique. C'est ce que croyaient Alexandre d'Aphrodise et Plutarque le grand ; mais Simplicius pense qu'il s'agit plutôt de la Métaphysique.
§ 22. Du reste, cette théorie de Timée. Ce paragraphe semble faire double
emploi avec celui qui suit. - Un point très nécessaire. Ceci est
parfaitement vrai: mais, dans le Timée, Platon s'est arrêté fort
longuement à décrire le corps du monde, avant d'y placer l'âme. Il semblerait donc que cette objection ne l'atteint pas, à moins
qu'Aristote ne veuille parler du corps humain. Mais Timée en a parlé aussi tout
au long. |
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Réfutation de ces deux opinions :
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§ 1. Il existe encore sur l'âme une autre opinion qui, pour bien des gens, ne
paraît pas moins certaine que toutes celles qu'on vient de rappeler, et dont
nous avons déjà fait justice par la discussion dans nos Études faites en commun.
On dit que l'âme est une harmonie; l'harmonie, ajoute-t-on, est un
mélange et un composé de contraires, et le corps se compose aussi de
contraires. |
§ 1. Dans nos Études faites en commun. L'expression est très vague, et je ne
suis pas sûr d'avoir bien saisi le sens :.
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